4.2 Les
éléments qui favorisent ou déclenchent la croissance
Le premier élément qui favorise la croissance numérique est de
donner la priorité à l’évangélisation. La mission de l’Église est considérée avant
tout comme celle d’aller « à la recherche
des brebis perdues », d’aller au-devant des personnes qui ne font pas
partie de la communauté. Les Églises qui se développent ont une philosophie de croissance : leurs
activités sont choisies en fonction de ce but ; le pasteur parle régulièrement,
dans ses homélies, de cette orientation fondamentale de la communauté.
L’évangélisation fait partie de la nature de l’Église, c’est sa façon de vivre[1]. Elle est
comprise comme une entreprise qui réconcilie les hommes et les femmes avec
Dieu, forme des disciples et implique les chrétiens dans les activités de l’Église.
Le deuxième élément qui favorise la croissance est de donner
beaucoup d’importance à la prière, la
vision et la foi[2]. Les Églises en croissance possèdent une
vision claire de ce qu’elles sont appelées à faire. Cette vision procède de la
prière, de la foi et de l’observation des besoins du milieu. Elle s’élève
au-dessus du statu quo et est réaliste afin que les membres de l’Église
puissent y croire et la suivre. Les responsables présentent les étapes à suivre
afin ne pas se perdre dans une
vision, certes belle, mais qui relèverait du rêve plutôt que d’un projet
réalisable et planifié[3]. Les Églises en
croissance insistent sur l’importance de la prière et du rôle de l’Esprit dans
l’évangélisation. C’est grâce à l’Esprit Saint que les membres se sentent
animés du désir de témoigner de leur foi[4].
Le troisième élément qui favorise la
croissance est une bonne connaissance de la communauté chrétienne et du milieu
dans lequel elle est implantée. Cette connaissance du milieu permet de mieux
formuler la vision. Il s’agit de cerner les forces de la communauté chrétienne[5] et de savoir qui l’on veut rejoindre, qui l’on peut
rejoindre et comment les rejoindre[6]. En connaissant mieux les spécificités de son milieu,
on aura d’autant plus de chance de discerner les services qui permettront de répondre aux besoins spécifiques du milieu[7]. Les activités de
l’Église doivent répondre aux attentes du milieu et faire de la communauté
chrétienne un lieu d’accueil, d’ouverture et de recherche de personnes
nouvelles[8].
Le quatrième élément concerne le
leadership de la communauté chrétienne. Les
dirigeants doivent savoir organiser leur communauté pour le futur, ils pensent à
l’avance, observent et précisent son rôle dans son environnement. Ils scrutent
les possibilités du milieu, formulent une vision pour l’avenir et communiquent
cette vision de manière à motiver les membres de l’Église à la suivre[9]. L’assurance doit
les animer ainsi qu’un enthousiasme communicatif[10]. Ils ne doivent
pas tout faire eux-mêmes, mais au contraire,
déléguer responsabilités et pouvoir afin que le plus de personnes
possible s’engagent dans l’évangélisation, soient formées et envoyées[11]. Il ne s’agit pas
pour eux de se servir des chrétiens pour réaliser leurs plans et leurs
objectifs personnels, mais plutôt, en inversant la pyramide de l'autorité, de
les servir en les aidant à exercer de réelles responsabilités missionnaires[12].
Les responsables de la
communauté ne doivent pas agir seuls afin que leur efficacité ne soit pas
réduite à leurs seules ressources. Ils doivent plutôt engager toute la
communauté dans l’œuvre d’évangélisation afin de multiplier les actions de
l’Église[13]. Ils travaillent avec les membres de la communauté, leur
assurent une formation et restent accessibles. La majorité de leur temps est consacré aux personnes de leur communauté
qui peuvent elles-mêmes exercer des responsabilités, ils aident les meilleurs à
donner ce qu’ils ont de meilleur[14]. Leur rôle consiste donc principalement
à former et motiver les membres non-ordonnés pour la
tâche de l’évangélisation.
Le cinquième élément qui favorise la
croissance est de viser à accomplir la mission en se servant d’objectifs
mesurables. L’Église se fixe des buts précis car les idées et les plus beaux rêves
s’incarnent dans des objectifs mesurables. Comment ces buts sont-ils fixés ? On
met par écrit une liste des besoins du
milieu, puis on établit des priorités d’action selon ce qui est le plus
important et le plus urgent. En prenant comme base ces besoins et ce qui est
possible de faire avec les moyens de la communauté, des buts sont fixés qui
décrivent les résultats concrets qu’on souhaite atteindre d’ici un an, cinq ans
et dix ans. On veille aussi à ne pas
faire ce que d’autres organismes font efficacement dans un même domaine[15].
Le sixième élément qui favorise la
croissance des Églises est la présence d’une structure de groupes de maison[16] : Il s’agit de multiplier les petits groupes de
partage, qui ne soient pas des comités et qui répondent aux besoins, aux désirs
d’appartenance et de socialisation des membres de la communauté[17]. On y étudie la Bible, on y actualise les textes et on
cherche à y trouver des applications concrètes pour la vie de tous les jours.
Les chrétiens d’aujourd’hui ne se contentent plus des homélies et des
sacrements pour vivre leur foi, ils désirent expérimenter la communion
fraternelle. Là où l'amour fait défaut,
le développement de l'Église est compromis[18]. Ces petits groupes sont aussi des lieux où les chrétiens
peuvent exercer des responsabilités et se mettre au service des
autres par leurs dons spirituels. La
participation à ces groupes de maison ne doit pas être considérée comme une
option, mais comme un lieu indispensable pour cheminer vers la maturité chrétienne[19]. Ces groupes sont des espaces où l’on peut parler de
ses épreuves, poser des questions et chercher des solutions. Ils sont un
facteur universel de croissance[20].
Le septième élément concerne la formation
de responsables non-ordonnés. La multiplication des
responsables permet de multiplier les services. Mais ils ne sont pas
simplement des exécutants, ils
travaillent de concert avec le pasteur pour définir la vision et en planifier
les activités concrètes. Ils sont le ferment de la pâte communautaire et
stimulent les autres membres à atteindre les objectifs[21]. Grâce à eux[22] on peut envisager une structure communautaire de décision
participative[23]. Ils
doivent êtres convaincus que le plan de Dieu est d’amener de nouvelles personnes à la
communauté[24]. Leur
formation les amènera à devenir des être relationnels, attentifs et chaleureux.
Développer leurs qualités humaines est important car leur bonne attitude
attirera du monde à l’église. Pour choisir ces responsables et leur assurer une
formation adéquate, la communauté chrétienne doit concevoir un système interne
pour les repérer, les choisir, les recruter et les former[25]. Il faut investir financièrement plus dans ces
personnes que dans les éléments matériels de l’organisation.
Le huitième
élément vise la mobilisation et l’implication de l’ensemble des membres de la
communauté chrétienne dans la mission d’évangélisation. Si tous les
chrétiens ne sont pas appelés à proclamer la Parole, tous peuvent cependant
employer leurs dons pour évangéliser à leur manière : Chaque
chrétien doit mettre ses dons au service des non-chrétiens
en entretenant de bonnes relations personnelles et en faisant en sorte que ces
derniers puissent entrer en contact avec l'Église et entendre l'Évangile[26]. Le dirigeant communique
aux membres de l’Église le souci de la croissance[27] et leur propose
une méthode pour aller vers les non-chrétiens et les non-pratiquants et qui permette de créer des liens avec les
personnes distantes[28]. Il s'agit
surtout pour les chrétiens d'utiliser leurs relations existantes[29] et de témoigner
auprès des personnes avec qui elles sont déjà en lien. Il est démontré que
l’évangélisation est beaucoup plus efficace auprès des personnes que l’on
connaît déjà. La majeure partie de celles qui sont retournées à l’Église l’ont
fait grâce au témoignage d’une personne qu’ils connaissaient[30].
Les membres devraient être impliqués
selon leurs talents, leurs dons spirituels et leur formation. Très souvent, les responsables
décident quels services sont à accomplir mais il est important de comprendre
que c'est Dieu qui détermine lui-même quelles personnes accompliront le mieux
tel ou tel service; le rôle des dirigeants consiste à aider les membres à
découvrir leurs dons, leurs intérêts et à exercer les services qui y
correspondent[31]. Toutes les personnes de l’Église devraient avoir une
tâche personnelle à accomplir, si petite soit-elle, que ce soit dans un service
communautaire ou dans l’œuvre de l’évangélisation.
Le neuvième
élément consiste à élaborer des activités cohérentes avec la vision de la
communauté et les besoins du milieu. Dans l’œuvre d’évangélisation, faire de la
prédication et inviter des personnes nouvelles à l’église n’est pas suffisant.
On devrait essayer de soulager les misères et répondre à l’appel de détresse
des personnes du milieu[32]. L’Église doit être à la recherche des personnes qui
souffrent. Ce sont les besoins du milieu qui orientent et guident les plans
futurs. Les communautés en croissance sont en recherche des ponts de Dieu, c’est-à-dire des
différentes catégories de personnes qui sont susceptibles d’être réceptives à
l’Évangile. Ces personnes sont par exemple celles qui ont besoin de l’action libérante et guérissante de Dieu
ou qui vivent une période de transition, celles en recherche d’emploi, celles
qui ont vécu un divorce, celles qui sont seules. Une fois ces ponts découverts,
les Églises élaborent des stratégies et proposent des activités ecclésiales
pour aider ces personnes[33]. Mais les
responsables doivent aussi créer des services qui répondent aux besoins des
membres de la communauté chrétienne, par exemple des groupes de maison pour
personnes âgées, pour célibataires, pour personnes au chômage, etc.
Le dixième élément qui favorise la
croissance est l’attention portée à la
liturgie et à la qualité des célébrations. Il s’agit de savoir parfois sortir
des habitudes pour rejoindre les attentes et les goûts des personnes que l’on
cherche à rejoindre. Si la musique d’orgue n’intéresse pas les jeunes et que ce
sont les jeunes que l’on cherche à rejoindre, il est plus approprié de se
servir des instruments modernes de musique pour certaines célébrations[34]. Dans les Églises en croissance, on trouve des
célébrations dynamiques, expressives et significatives. Il y a un équilibre
entre l’exultation et l’adoration intérieure. Des équipes de laïcs et de
ministres ordonnés s’en occupent avec sérieux et grand soin et visent à ce que
toute la communauté participe[35]. Les célébrations devraient êtres vécues comme des expériences édifiantes[36] et les participants pouvoir dire qu’elles les
édifient, leur donnent de la joie, de l’allégresse et une meilleure
compréhension de la Parole. Ce genre de célébration est attrayante et permet à
la communauté de croître[37].
Le onzième élément est en lien avec la
capacité d’accueil de la communauté et la ferveur des membres. Tous les
membres de l’Église devraient avoir une attitude ouverte et accueillante envers
les personnes nouvelles, les personnes distantes et non-pratiquantes.
La chaleur de l’accueil est plus importante et plus éloquente qu’une belle
prédication[38]. C'est aussi
l’enthousiasme de la foi qui attire les gens dans la communauté. Quand les
chrétiens vivent leur foi avec joie et avec dynamisme, la communauté grandit.
Mais dans une communauté où la pratique religieuse est vécue comme une
obligation, comme une doctrine à connaître ou un code moral à suivre, on
remarque un manque de dynamique et de vie rayonnante.
L’attitude
générale des chrétiens est susceptible d’attirer des personnes nouvelles à
venir régulièrement à l’Église. Les membres des Églises en croissance se
sentent responsables des personnes qui ne connaissent pas le Christ ou qui ne
viennent pas le célébrer[39], ils sont donc
spécialement attentifs et accueillants vis-à-vis de ceux et celles qui visitent
leur Église. Les pasteurs font des efforts pour fidéliser les nouveaux en les
insérant, dès leur arrivée, dans des groupes fraternels[40] et en les
impliquant dans l’évangélisation. On peut leur demander par exemple de
témoigner de leur conversion ou de leur retour à l’Église. Si on n’implique pas
rapidement les nouvelles personnes dans une tâche et un groupe de partage, on
risque de les perdre[41].
Le douzième élément concerne les
structures matérielles des églises, comme la visibilité du bâtiment, les
commodités de stationnement, l’espace disponible pour les célébrations et la
possibilité d’agencement des espaces grâce à des structures modulables[42].
Ce chapitre a tenté de dégager les éléments que
les auteurs du MCE considèrent en général comme des freins ou des déclencheurs
de croissance numérique. Les éléments auraient pu être classifiés autrement et
regroupés sous des thèmes différents, mais cette classification a surtout voulu
rendre compte des idées qui circulent communément dans le MCE.
Dans le chapitre qui suit nous allons observer les similitudes entre les
principes pastoraux et missionnaires utilisés dans les Églises reliées aux MCE
et les outils de gestion.
Retour
à la table des matières
Commentaires
et suggestions :
[1] Cf. T. Yamamori,
op. cit., p. 316.
[2] Cf.
R. LOGAN, Beyond Church Growth,
[3] Cf.
E. Gibbs interviewé
par Matthew Hannan le 11 juin
1992 et rapporté dans sa thése : Building a Church Worth Going To : A
Guide to Revitalizing Static and Declining Churches, (Talbot School of
Theology, 1994) p. 175.
[4] Cf. T. Yamamori,
op. cit., p. 319.
[5] Cf.
K. CALLAHAN, Twelve Keys to an Effective
Church : Strategic Planning for
Mission,
[6] Cf. R. LOGAN, op. cit., p. 27.
[7] Cf. T. Yamamori,
op. cit., p. 317.
[8] Cf.
R. SELLS et D. LASUER, « New Member
Recruitment », The pastor’s Church
Growth Handbook,
[9] Cf.
E. Gibbs, op. cit., pp. 175ss et Cf.
R. SHULLER, « Three Characteristics of a Successful Pastor », The pastor’s Church Growth Handbook,
[10] M. Hannan op. cit.,
pp. 175ss.
[11] Cf. T. Yamamori,
op. cit., p. 317.
[12] Cf. C. Schwartz,
Le développement de l’Église, une
approche originale et réaliste, Paris, Éditions Empreinte Temps
Présent, 1996, p. 22.
[13] Cf. R. SELLS et D.
LASUER, op. cit., pp. 185-188.
[14] Cf. M. Hannan op. cit., pp,179-184.
[15] Cf. R. SCHULLER, op. cit., pp.
136-138.
[16] L’expression groupes de maison fait référence aux cellules de maison dont nous avons parlé précédemment. Nous le
verrons, on utilise aussi l’expression cellules
paroissiales d‘évangélisation quand on se situe dans le contexte
catholique.
[17] Cf.
K. CALLAHAN, op. cit., pp. 35-41.
[18] C. Schwartz, op. cit., p. 37.
[19] Cf. R.
LOGAN, op. cit., pp.
119-141.
[20] Cf. C.
SCHWARTZ, op. cit., p. 32.
[21] Cf.
O.D. EMERY, « What Makes a Church Grow ? », The
pastor’s Church Growth Handbook,
[22] Cf. C.
SCHWARTZ, op. cit., p. 28.
[23] Cf.
K. CALLAHAN, op. cit., pp. 56-57.
[24] Cf. T. Yamamori,
op. cit., p. 317.
[25] Cf. M. Hannan, op. cit., pp.
179-184.
[26] C. Schwartz, op. cit., pp. 34-35.
[27] Cf.
O.D. EMERY, op. cit., pp. 136-138.
[28] Cf. T. Yamamori,
op. cit., p. 317.
[29] Cf. C.
SCHWARTZ, op. cit.,
p. 35.
[30] Cf. T. Yamamori,
op. cit., p. 317.
[31] Cf. C. Schwartz, op. cit., p. 24.
[32] Cf. R. SCHULLER, op. cit., pp. 136-138.
[33] Cf. T. Yamamori, op. cit., pp. 317-318.
[34] Cf. R. LOGAN, op. cit., p. 66.
[35] Cf.
K. CALLAHAN, op. cit., pp
24-35.
[36] Cf. C.
SCHWARTZ, op. cit., p. 30.
[37] Cf. ibid., p. 31.
[38] Cf.
O.D. EMERY, op. cit., pp. 136-138.
[39] Cf. ibid.,
pp. 136-138.
[40] Cf.
T. Yamamori, op. cit., p. 319.
[41] Cf. R. SELLS et D.
LASUER, op. cit., p. 188.
[42] Cf.
K. CALLAHAN, op. cit., pp. 95-106.