11.3 Libérer
les forces vives de la communauté pour accomplir la vision
Appliquez-vous à conserver l'unité dans l'Esprit par ce lien qu'est la
paix. Il n'y a qu'un seul corps et qu'un seul Esprit. C'est lui encore qui a
donné aux uns d'être apôtres, à d'autres d'être prophètes, ou encore
évangélistes, ou bien pasteurs ou docteurs, organisant ainsi les saints pour
l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ (Eph
4:3,11-12).
Dans un modèle de croissance intégrale les responsables de communauté
n’auront pas à assumer seuls l’accomplissement de la vision. Ils jouent certes
un rôle essentiel dans la mise en œuvre du modèle et leur identité de leaders
n’est pas remise en question, mais ils engagent l’ensemble de la communauté
dans la mission.
Pour ce faire, ils se serviront d’une
structure de petit groupe telle que décrite dans le chapitre sur les églises
de maisons. Grâce à elle, la plupart des membres peuvent êtres mobilisés. Elle permet aux laïcs
d’exercer des ministères et de libérer les forces vives de la communauté.
Les petits groupes permettent de libérer
l'énergie créatrice des membres de la communauté. Ils les incite à assumer des
responsabilités et à utiliser pleinement leurs habiletés et leurs compétences.
Ainsi chaque personne se sent investie d’une mission, rendant la communauté
plus efficace et plus apte à répondre aux besoins et aux attentes du milieu.
Si, par l’entremise des petits groupes,
les responsables confient de réelles responsabilités et partagent leur autorité
avec les membres, ceux-ci seront motivés et agiront en se sentant investis
d’une partie de la mission ecclésiale. Les
gens ont déjà du pouvoir grâce à leur connaissance et à leur motivation[1]. En fait, l’objectif des responsables à travers les
petits grupes n’est pas tant de donner du pouvoir, que de libérer le pouvoir et
les dons qui sont déjà là. Il suffit d’un peu de confiance et les gens seront
heureux de montrer ce qu’ils peuvent faire.
Certes, il faudra un certain temps avant
d’en arriver là, car les membres des communautés chrétiennes n’ont pas été
habitués à prendre des initiatives, mais de les voir s’engager volontairement
sera pour les responsables une source de grande satisfaction. Les responsables
fournissent l'infrastructure, les encouragements, l'espace; ils
établissent une certaine planification pour la formation des responsables et
constituent les équipes. À défaut de cet engagement personnel et d’une ferme
volonté d’accomplir des changements en vue de l’amélioration, les activités des
groupes missionnaires auront du mal à prendre leur essor.
Pour assurer l’efficacité des équipes missionnaires, les
pasteurs, ou l’équipe responsable, doivent s'occuper de trois éléments
importants : la participation des membres, les résultats des équipes et
l’évaluation du travail accompli. La participation des membres est volontaire
selon leur dons et leurs intérêts.
Les dirigeants s’assureront que les
activités mises sur pied par les équipes répondent effectivement aux attentes
et aux besoins de la communauté chrétienne et des personnes du milieu. Grâce à ces équipes de laïcs, ils
économiseront leurs énergies et leur temps et se consacreront à un petit nombre
de personnes. Pour démarrer, ils choisiront des membres qu’ils pensent pouvoir
avoir un impact à long terme sur la communauté chrétienne et dont les
compétences particulières sont complémentaires. Cette équipe se limitera à
trois ou quatre objectifs pendant une période d'activité soutenue.
Les responsables de communauté n’ont pas besoin d’intervenir
dans le travail des équipes, sauf exception. Ils délèguent réellement leur
pouvoir et ne s'intéressent à l'exécution que s’ils constatent qu'une des
priorités de la mission est négligée. C’est en reconnaissant leurs limites et
en demandant humblement l’aide des autres membres de l’Église qu’ils
mobiliseront la communauté. En faisant appel aux compétences déjà présentes
dans la communauté, ils se mettront au service des personnes impliquées pour
« les aider à les aider » à réaliser la vision. Les responsables
visent principalement à organiser l’Église afin que l’ensemble des membres la construise
et la fasse devenir un lieu de croissance et d’implication des chrétiens dans
la mission.
La structure de petits groupes doit idéalement favoriser la
croissance des personnes et les impliquer dans la mission. Une approche
intégrale de la mission a une double finalité : l’une à caractère
individuel qui est la croissance des membres dans le Christ par une formation
en Église (séminaires, cours bibliques, retraites, etc.) et l’autre à caractère
plus communautaire qui est leur croissance par une implication efficace dans la
mission de l’Église. Les responsables de la communauté forment des chrétiens de
la communauté qui à leur tout formeront les autres membres dans leurs
ministères respectifs.
La mobilisation et l’implication des membres de la
communauté visent à les faire grandir, non les asservir. Idéalement, les tâches
qui leur sont confiées sont sources de satisfactions personnelles, elles
répondent à leurs désirs. Grâce à l’équilibre du binôme : intérêts des
membres – objectifs communautaires missionnaires, un modèle missionnaire
intégral générera l’enthousiasme, sans créer d’opposition entre le désir
légitime de satisfaction dans l’implication communautaire et les objectifs à
atteindre. Il y a une symbiose entre les intérêts personnels des membres et l’accomplissement
de la vision.
La ressource missionnaire la plus précieuse dont dispose la
communauté est celle constituée par ses membres. Les responsables qui sauront
mobiliser l’ensemble des fidèles, accueillir leur volonté de participer à la
mission selon leurs intérêts et leur dons, leur confier des responsabilités,
développer leurs capacités de créer et d'innover, sauront faire la différence
et créer une synergie missionnaire au sein de la communauté.
Une autre ressource de grande valeur est celle des personnes
insatisfaites qui peuvent donner, dans la mesure où on leur permet de
s’exprimer, de très bonnes idées pour améliorer les activités ou en créer de
nouvelles en vue de mieux répondre aux attentes du milieu. L’Église a une
tendance conservatrice car une de ses responsabilités est de conserver le
message de l’Évangile tel qu’il lui a été transmis. Dans l’histoire de
l’Église, cette tendance conservatrice a parfois freiné des changements
organisationnels nécessaires. Le changement est déjà difficile dans des
organisations à caractère profane, mais il l’est peut-être encore plus dans
l’Église. Faire des bouleversements radicaux, sans préparer les personnes à
vivre ces changements, n’est pas mieux. La solution se trouve dans la douceur
et l’amélioration continue afin de s’adapter au fur et à mesure. Écouter les
insatisfactions des personnes devient alors important.
La possibilité d’action des membres de la
communauté chrétienne repose sur trois verbes : savoir, pouvoir et vouloir. Les
chrétiens seront impliqués efficacement si on leur communique les informations
nécessaires pour réaliser leurs tâches, si on leur donne les moyens matériels
et l’autorité nécessaire et si on les motive suffisamment dans leur mission.
Les personnes responsables devraient, tout en répondant aux attentes du milieu,
créer les conditions qui donnent aux personnes de la communauté de contribuer
du mieux qu’elles peuvent à l’accomplissement de la vision.
En faisant de la communauté un lieu d’appartenance, de croissance et de formation en vue d’impliquer le plus de monde possible, une telle structure génèrera l’enthousiasme et permettra aux chrétiens et aux chrétiennes de donner le meilleur d’eux-mêmes; il permettra aussi de découvrir les richesses ignorées dans la communauté et de les orienter vers la réalisation de la vision. Les idées et les initiatives de tous et toutes seront prises en compte générant un sentiment d’appartenance et de fierté. Les membres agiront aussi de façon plus responsable.
Mais, pour mettre en place une telle
structure d’équipes autonomes, les responsables de communauté devront peut-être
passer d’une mentalité «autorité et contrôle» à une de soutien, axé sur la
responsabilité, où tous les membres de la communauté sont motivés à faire de
leur mieux[2]. Il ne s’agit
pas de partir avec l’idée d’avoir une main-mise sur le chéquier et de
centraliser toutes les décisions. La réussite de la mise en place des petits
groupes dépend d’une volonté de faire confiance aux autres et de décentraliser
les décisions.
Certains membres ordonnés de l’Église pourraient craindre
qu’une telle manière de fonctionner entraîne pour eux une perte d’identité et
de pouvoir. Mais leur rôle est toujours aussi important sauf qu’au lieu de
passer leur temps à contrôler et à superviser, ils coordonnent les efforts,
planifient, s’assurent que les personnes de la communauté reçoivent une
formation et travaillent à créer des ponts avec le milieu. Ce qu’ils font vise
à aider les membres de la communauté chrétienne à réaliser la vision commune.
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