CONGRÈS DES AGRICULTEURS D’ALGÉRIE
des 2, 3 et 4 juin 1919
La Question Indigène
RAPPORTde M. Fernand ANCEY
Vice-Président de la Confédération des Agriculteurs
du Département d’Alger.
AGHA-ALGER
IMPRIMERIE F. MONTAGUT
12, Rue Charras,12
Reproduction à l’identique .
Avril 2001.
La Question Indigène
RAPPORT de M. F. ANCEY
Vice-Président de la Confédération
des Agriculteurs du Département d’Alger
Avant de déclencher la grande guerre,
l’Allemagne, qui la préparait de longue date, avait tenté de semer, en Algérie,
des germes de discorde, de haine, de révolte contre l’occupation française, et
elle s’était servie adroitement d’une organisation puissante qui sévissait en
Turquie, le groupe « Union et Progrès ».
Les indigènes algériens étaient travaillés par une ligue fondée en 1913 à
Constantinople et qui était « animée du plus pur esprit de panislamisme et de la
haine la plus ardente vis à vis de l’Europe ».
Chérif Pacha, grand officier de la Légion d’honneur, directeur du journal turc
le « Mechroutiette », écrivait à cette époque :
« Si jamais éclate une guerre européenne, la France verra en « Tunisie, en
Algérie et au Maroc, les résultats de semblables menées « souterraines, car les
ramifications de cette ligne vont s’étendre « maintenant à tous les pays
musulmans, si ce n’est déjà fait… »
Il ajoutait : « C’est le moment que choisit la France pour donner « des
centaines de millions au gouvernement du Comité Union et « Progrès »… Est-il
possible de se montrer naïf à ce point ?… « L’Angleterre se trouve également
menacée en Egypte et aux Indes…
Il ajoutait : « Le Comité a envoyé aux Indes, au Maroc, en Algérie « et en
Tunisie, de fervents propagandistes qui essaient de soulever les « populations
musulmanes contre les Européens. »
Le résultat de cette propagande, nous l’avons vu se produire en pleine guerre,
sur une petite échelle, il est vrai : les événements du Sud tunisien, quelques
rebellions en Algérie, à Perrégaux, à Batna, puis cette recrudescence de la
guerre au Maroc, et enfin cette immense révolte aux Indes, et surtout en Egypte,
où tout n’est pas complètement apaisé.
Le manque de coordination dans ces révoltes
successives qui, mieux organisées, auraient pu embraser simultanément tout
l’empire musulman de Fez à l’Indus, ont amené une répression violente parfois et
rapide toujours, montrant énergiquement que les Français en Afrique du Nord,
aussi bien que les Anglais en Egypte et aux Indes, avaient la ferme volonté de
maintenir le drapeau de la civilisation européenne au milieu des populations
musulmanes.
Peut-on penser que ces germes de révolte, autrefois adroitement répandus, soient
étouffés à jamais et n’aient laissé aucune trace susceptible de faire craindre
un nouveau réveil du nationalisme indigène ?
La guerre dont la France vient de sortir victorieuse, montrant sa vitalité et sa
puissance guerrière, pourrait à elle seule indiquer que toute velléité de
révolte serait impitoyablement réprimée.
Ainsi bien n’est-ce pas de ce côté qu’est le danger actuel pour notre occupation
française dans l’Afrique du Nord, surtout si l’on s’en rapporte au loyalisme des
indigènes, si souvent exprimé au cours de la guerre, dans toute la Presse.
Et d’ailleurs, l’heure n’est plus aux mouvements de violence, ils ont toujours
été vains. Pourtant, le nationalisme persiste encore.
L’émir Khaled, un officier de notre armée, écrivait dans l’ Akbar, du 30 mars,
au milieu d’un appel au calme, cette phrase typique : « Kabyles, Mozabites et
Arabes, doivent former un seul et unique parti « partout où ils se trouveront en
commun. Loin de nous l’esprit de race, « puisque la même foi nous unit. »
Il a raison. Et nous devons lui savoir gré
d’une si franche déclaration, car nous ne comprendrions pas qu’un peuple ne
manifestât pas un sentiment nationaliste, surtout après la grande tourmente que
nous venons de traverser, et qu’il ne sentit pas le besoin de se grouper pour
aspirer un jour à la liberté de se gouverner lui-même s’il en a les moyens.
Il faut donc admettre ce nationalisme latent que chacun de ceux qui vivent au
milieu des indigènes sent percer, dont chacun à l’intuition et même les preuves,
et nous ne pouvons en toute sincérité nous offusquer d’un sentiment qui se
manifeste parmi tous les autres peuples de l’Europe, enhardis après la débâcle
de l’Allemagne, à se grouper par race, par religion, et que les puissances
victorieuses encouragent même, en application de la formule wilsonienne.
Mais si les indigènes algériens veulent
reconquérir leur indépendance, leur entière liberté, en ont-ils la possibilité,
sans porter atteinte à la souveraineté française ?
S’ils sont convaincus que par la force ils n’ont rien à espérer, ils ont à leur
disposition des moyens tout pacifiques qu’ils ont déjà mis en œuvre et contre
lesquels nous ne pouvons rien opposer, sinon notre volonté bien ferme de ne pas
nous déposséder de nos biens en leur faveur.
En effet, comme obéissant à un mot d’ordre, les indigènes rachètent, même à prix
d’or, les immeubles détenus par les Européens. Les maisons dans nos villages,
les propriétés dans le bled, trouvent preneur à des prix que ne peut
raisonnablement payer l’Européen.
D’où vient cet argent ? Mais de la France qui a si généreusement payé tous les
services rendus, qui a, en salaires seulement, envoyé en Algérie des sommes
énormes, sans compter les allocations si libéralement attribuées, auxquelles il
faut encore ajouter les salaires élevés payés à la main-d’œuvre par les colons.
De plus, le fermier ou le propriétaire indigène a retiré de la vente de ses
céréales, de ses tabacs, de ses oliviers, de ses figuiers, de son bétail, des
prix élevés, tandis que ses besoins demeuraient à peu près les mêmes.
Les commerçants eux aussi ont profité largement de la guerre, et tout cet argent
laissé entre leurs mains sous forme de papier monnaie, représentant à leurs yeux
une faible valeur, ils l’ont employé à l’achat d’immeubles d’une valeur au moins
tangible.
Le remède à cela n’est-il pas de vendre aux indigènes, et n’est-ce pas, en
effet, faire une œuvre contraire à la colonisation française que de permettre
ainsi le retour des terres conquises au du sang et des souffrances des nôtres à
leurs premiers occupants ?
Nous avons là une ligne de conduite, ´ observer, bien qu’il semble impossible
que les indigènes puissent arriver à racheter toutes nos terres, tous nos
immeubles.
Et pourtant, c’est un grave danger qu’il devrait suffire de mettre en évidence
pour le conjurer définitivement, mais à côté duquel s’en est développé un
nouveau, bien plus sérieux pour l’avenir, danger que la France imprudente a créé
elle-même, en dépit des avis fournis : c’est le danger politique qui, si l’on
n’y prend garde, submergera l’élément français tôt ou tard, remettant entre les
mains des indigènes la direction de nos affaires publiques, notre administration
même, et compromettant ainsi gravement notre souveraineté nationale.
C’est d’ailleurs l’opinion exprimée par un grand chef indigène dont les paroles
ont été recueillies : « Dans dix ans, s’ils le veulent, dit-il, et « sans tirer
un seul coup de fusil, les indigènes musulmans pourront être « les maîtres de ce
pays. »
***
En récompense de leur loyalisme, pendant la
guerre, en récompense des services rendus par la conscription, la loi du 19
février 1919 a permis l’accession des indigènes au titre de citoyens français.
Nous ne dirons rien de leur loyalisme que nous avons tous pu apprécier, mais
nous indiquerons plus nettement l’importance de l’effort des troupes prélevées
sur les indigènes d’Algérie.
Au dernier recensement de 1911, on comptait en
Algérie :
304.592 Français d’origine ;
188.068 Etrangers naturalisés ;
70.271 Israélites naturalisés.
_______
Au total : 562.931 français ou naturalisés.
Si nous ajoutons 189.112 européens non
naturalisés, nous avons 751.045 Européens.
Or la population indigène est de 4.740.526, ce
qui revient à dire, en chiffres ronds, qu’il y a :
Un Européen pour un peu plus de six indigènes.
Un Français de sang pour un peu plus de quinze indigènes.
En ce qui concerne le département d’Alger, les soldats fournis par les Européens
représentent de 24% de la population française et naturalisée, tandis que les
soldats fournis par les indigènes ne représentent qu’un peu plus du 3% de la
population indigène.
L’Effort de ce côté a donc été minime et il nous donne pour l’ensemble des
soldats indigènes, 145.000 hommes, chiffres de 1918, communiqués à la Chambre
des députés, par M. Moutet, rapporteur de la loi.
A la déclaration de guerre, on comptait déjà 40.000 tirailleurs et spahis
incorporés. Les engagements volontaires pendant la guerre ont été de 42.000 et
les soldats des classes 1914-15-16 et 1917, d’environ 30.000. Les derniers
soldats appelés, porteraient ce chiffre à 63.000 hommes.
Ce serait donc ces 60.000 soldats appelés qui justifieraient la possibilité aux
cinq millions d’indigènes de se faire naturaliser.
Quant aux pertes et tués, elles ne sont pas encore connues et on a de bonnes
raisons de croire qu’elles n’ont pas été aussi importantes que celles annoncées
par le journal « Le Temps » qui les évalue à 30%.
D’ailleurs nous ne savons où « Le Temps » prend ses chiffres, puisque le
rapporteur de la loi évalue le contingent indigène à 145.000 hommes, tandis que
« Le Temps » trouve 177.000 hommes. Si sa statistique pour les tués n’est pas
plus exacte, nous ne pouvons y ajouter foi.
Mais ce dont on peut faire état, c’est la statistique du ministère de la guerre
qui indiquait les pertes subies jusqu’au 1er avril 1916 pour les
100.000 combattants indigènes. Or à cette date il y avait eu 7.822 tués, soit à
peine 8% du contingent indigène. Si l’on admet autant de pertes pour les deux
autres années de guerre, qui probablement n’ont pas été plus meurtrières que les
premières, nous obtenons 16.000 tués en chiffres ronds. Mais on peut admettre
aussi des tués pour les 45.000 soldats complémentaires, et l’on peut arriver à
avoir peut-être 20.000 tués, soit 15%, ce qui déjà serait sensiblement supérieur
aux pertes françaises.
Ne chicanons pas sur ces chiffres, et quel que soit le nombre de tués, de part
et d’autres, cela ne diminue en rien la mérite des troupes indigènes, qui côte à
côte avec les nôtres, auxquelles elles étaient mêlées souvent par moitié et
plus, dans les régiments de tirailleurs et les régiments mixtes, encadrés
merveilleusement, ont vaillamment combattu ensemble, ont versé généreusement
leur sang, ont en un mot fait leur devoir.
Mais la récompense qui ne s’est pas fait attendre, est-elle en proportion des
sacrifices consentis, aussi lourds soient-ils ?
Les indigènes auraient pu recevoir de belles compensations à leur effort
militaire, telles que des modifications importantes du Code de l’indigénat, des
tribunaux répressifs, l’octroi de libertés nouvelles et surtout la suppression
déjà acquise de leurs impôts spéciaux dont la charge retombe sur les épaules du
colon.
C’était suffisant pour commencer, d’autant plus que non seulement les indigènes
ne demandaient pas leur naturalisation intégrale, mais que, bien mieux, les
propositions de loi sur ce sujet n’allaient pas aussi loin que celle présentée
par M. Moutet et défendue par notre Gouverneur.
En effet, M. Albin Rozet, grand défenseur des indigènes, avait déposé un projet
de loi ayant pour objet de faciliter aux seuls anciens militaires et aux
militaires d’Algérie, l’accession à la qualité de citoyen français.
Une autre proposition de M. Paul Bluysen, demandait la même faculté pour les
militaires et anciens militaires des colonies et pays de protectorat.
La proposition de MM. Georges Boussenot et Ernest Outrey, voulait créer un droit
de la qualité de citoyen français, et les conditions en étaient plus
restrictives que celles du Sénatus-consulte de 1865.
M. Maurice Viollette voulait soustraire la naturalisation des indigènes à
l’arbitraire administratif, et sa proposition tendait à modifier seulement les
textes du Code civil en la matière.
Une proposition de M. Lagrosillière comportait deus parties : l’une relative à
la qualité de citoyen, l’autre à la qualité d’électeurs à titre indigène. Mais
elle était tout de même limitée aux militaires, anciens militaires ou à leurs
parents.
Enfin la proposition de M. Doizy qui remplace auprès des indigènes M. Albin
Rozet, tendait simplement à améliorer les droits de représentation des indigènes
dans les Assemblées algériennes. Elles ne faisaient pas d’eux les égaux des
citoyens français. Elle ne créait même pas un statut politique pour les
indigènes, ne modifiait rien au régime de l’indigénat au point de vue répressif,
fiscal et judiciaire.
Tous ces projets de loi n’ayant pas paru
suffisamment complets, le Gouvernement français publie un programme le 30
janvier 1918, qui servira à établir, d’accord avec le Gouvernement général de
l’Algérie, la proposition de M. Moutet, rapporteur de la loi qui a pour but :
1e De faciliter l’accession de tous les indigènes musulmans d’Algérie
à la qualité de citoyen français, sous certaines réserves, ou en d’autres
termes, de simplifier les conditions et les formalités exigées pour la
naturalisation.
2e D’étendre le statut politique des indigènes restés musulmans.
Cette proposition de loi a pu faire dire à M.
Doizy à la Chambre : « M. Le Gouverneur général va même plus loin que nous.
« Notre proposition visait les militaires et anciens militaires. M. le
« Gouverneur général accorde le bénéfice de la loi nouvelle à une « catégorie
d’indigènes beaucoup plus étendue. »
Défendu par notre Gouverneur, ce projet a été
adopté à l’unanimité des douze députés présents à la séance, y compris trois
députés algériens.
Ce fut une première erreur, grosse de conséquence, les intérêts français étant
déjà nettement sacrifiés aux intérêts indigènes.
Nous disons une première erreur, car s’il faut en croire des personnalités bien
informées, le Gouvernement français, qui n’entend rien aux questions
algériennes, ne s’arrêtera pas à cette loi qui n’est à son idée qu’un
acheminement vers des concessions encore plus grandes aux indigènes.
Où compte-il en venir ? C’est le mystère de demain. Mais n’est-il pas notre
devoir de l’avertir que s’il va dans cette voie il court à une aventure dont la
colonisation par les Français sera l’enjeu ?
Car il ne faut pas laisser dire qu’il n’y a aucun péril pour la colonisation, si
les indigènes devenus citoyens français remplacent un jour les colons dans leurs
propriétés, puisqu'en somme elles seront toujours occupées par des Français.
Non ! car ce n’est pas une loi qui peut décider du pouvoir d’assimilation d’un
peuple lorsqu’il n’y a identité ni de race, ni de mœurs, ni de religion, ni de
sang.
Nous n’avons jamais cru à l’assimilation aux Allemands de nos vaillants
Alsaciens-Lorrains. Comment alors pouvons-nous espérer qu’un peuple musulman
puisse vouloir abdiquer le passé de quinze siècles d’histoire, et renoncer en
cinq minutes à ce qui constitue sa Patrie ?
Si cela doit arriver jamais, ce ne sera que dans des siècles, quand l’indigène
se sera façonné à notre contact, aura pris nos idées, nos goûts, parlera et
agira comme nous, aura passé d’un atavisme à l’autre. Et à ce moment seulement,
il pourra jouir d’une naturalisation complète, oublieux du ressentiment de ses
ancêtres.
Que de difficultés à surmonter avant d’en arriver là, surtout quand on pense que
l’Islam n’est pas une religion comparable aux christianismes modernes, mais une
nationalité basée sur une religion, et que la religion les séparera encore
longtemps de nous.
C’est donc faire injure à nos populations indigènes que de les croire capables
d’un renoncement total à leur passé, à leur race, à leur religion qui interdit
tout rapprochement avec le chrétien.
Et l’on peut bien penser, sans vouloir les froisser, que si nos indigènes
veulent se faire naturaliser français, abandonnant aisément leur statut
personnel basé non pas sur la religion, mais plutôt sur les coutumes, ce n’est
pas parce qu’ils auront senti que notre civilisation est meilleure que la leur,
mais parce que vraisemblablement ils devront retirer de cette naturalisation
d’abord un avantage considérable et ensuite atteindre un but marqué d’avance.
Si cet avantage ne consistait autrefois qu’à posséder les mêmes droits
politiques que les Français qui leur permettaient de se soustraire aux lois de
l’indigénat et aux impôts indigènes, il faut reconnaître que depuis la guerre
les mêmes raisons n’existent plus.
Mais alors quel sera leur but ?
Il est incontestable que si l’élément indigène était inférieur en nombre à
l’élément français, sa naturalisation en masse ne changerait rien à sa
situation, elle pourrait tout au plus accentuer nos divisions politiques et
fausser l’expression de l’opinion publique dans la politique algérienne.
Mais les indigènes, neuf fois plus nombreux que les Français et Européens
naturalisés, représentés par 100.000 électeurs environ, n’auraient pas un gros
effort à accomplir pour détruire à leur profit l’équilibre politique.
Si l’on s’était arrêté à la proposition de loi Doizy, qui n’accordait
l’accession aux droits politiques qu’aux militaires et anciens militaires, on
aurait déjà pu craindre par la naturalisation de ceux-ci un envahissement
inquiétant.
On a fait pire, puisque tous les indigènes, ou à peu près tous, peuvent
prétendre à cette naturalisation dont était parcimonieuse l’administration,
abritée derrière le Sénatus-Consulte de 1865, tandis qu’elle peut maintenant
être obtenue sur simple demande adressée au juge de paix, le Gouvernement ne
conservant qu’un illusoire droit de veto, en cas d’indignité.
Et c’est bien là le plus grave danger, car
toute la question indigène tient en somme dans la question du droit électoral.
Or, est-on sûr que l’on n’assistera pas alors à la constitution d’un bloc
musulman de cent mille électeurs, et ce jour-là ne faudra-t-il pas que la
souveraineté française, menacée, ait peut-être recours, pour se maintenir, aux
moyens extrêmes que nous voyons employer en Egypte et aux Indes, avec cette
aggravation qu’ils seront dirigés contre des indigènes devenus Français par
naturalisation ?
Il suffit d’évoquer cette possibilité pour en comprendre la gravité, et les
colons qui sont les premiers intéressés doivent-ils laisser se constituer ce
bloc contre eux, qui seront une minorité demain au point de vue politique comme
ils le sont déjà au point de vue nombre ?
Certes les colons ne sont pas hostiles aux indigènes, n’ont aucun parti-pris
contre eux et feront toujours tout ce qui est en leur pouvoir pour améliorer
leur sort, car ils savent que le véritable secret de leur loyalisme pendant la
guerre a été d’avoir pu satisfaire leurs intérêts matériels.
D’ailleurs ces intérêts sont en grande partie identiques à ceux des colons,
puisque tout en Algérie se rattache à la culture, et ce sera peut-être la seule
garantie pour plus tard d’une naturalisation sincère.
Mais si les colons ont peiné, souffert pour créer la plus belle colonie
française, en utilisant la main-d’œuvre parfois ingrate des indigènes, il est
juste que cette prospérité rejaillisse sur les uns et les autres, mais non pas
sur l’un au détriment de l’autre.
La minorité dirigeante que représentent les colons n’est-elle pas condamnée à
l’avance si elle ne peut éviter l’envahissement, et prendre en mains elle-même,
les intérêts des indigènes ?
***
Et maintenant les indigènes ont-ils un réel
avantage à se faire naturaliser, y sont-ils préparés, le veulent-ils ?
Après les diverses réformes dont on vient de
gratifier la Colonie à leur profit, aspirer à devenir nos égaux au point de vue
politique peut leur paraître désirable.
Mais alors qu’ils se méfient d’un danger qu’ils ne soupçonnent pas : celui de
voir leurs coreligionnaires s’emparer de toutes les fonctions électives,
s’emparer même de tous les rouages administratifs, puisque la loi leur permet
d’occuper toutes les fonctions et de voir se substituer à l’administration
française, qui a fait ses preuves en Algérie et ailleurs, une nouvelle
administration qui serait pour eux un retour au régime turc.
Il est, en effet, indéniable que l’indigène qui possède une parcelle d’autorité,
tient à s’en servir abusivement contre ses semblables ou ses inférieurs.
Ainsi un exemple récent que nous fournit l’Ikdam
du 24 mai :
« La constitution des listes électorales
indigènes a donné lieu à des « manœuvres qui laissent bien loin derrières elles
tout ce qui peut se « faire, tout ce qui peut être imaginé pour les listes
françaises.
« Dans notre bonne ville de Tiaret, sous le proconsulat du chevalier « de la
Légion d’Honneur Aïsset, caïd, la passion a présidé à « l’établissement de la
liste. Notre caïd ayant la haute direction de ce « travail, en a profité pour
écarter des listes, 264 citoyens qui avaient « réclamé leur inscription. Par
contre, il a fait inscrire des Marocains, « des mineurs, des étrangers n’ayant
pas de résidence fixée. C’est la « phalange sacrée qui doit apporter la majorité
aux conseillers sortants. »
Ce sont les indigènes qui se plaignent des
abus de pouvoir d’un des leurs, et si ces pratiques s’étendaient sur un nombre
plus considérable de fonctionnaires indigènes, même naturalisés, n’en
arriveraient-ils pas à regretter amèrement cette domination française qu’ils
veulent battre en brèche pour la seule satisfaction de leurs jeunes ambitieux,
et ne reconnaîtraient-ils pas, mais un peu tard, que la tutelle de la France,
représentée par des fonctionnaires français d’origine leur était indispensable
pour de longues années encore ?
Si cette tendance à se faire naturaliser implique le désir de se soustraire à
l’autorité française, et même à se substituer à elle, nos ne pouvons sagement
regarder d’un œil morne cette révolution, et rien ne nous prouve mieux que ce
n’est pas à une simple évolution, comme le voudrait l’esprit de la loi, mais à
une véritable révolution qui se prépare, que la lecture de leurs journaux,
écrits en français, ne sachant ce qu’ils peuvent dire dans ceux écrits en arabe.
Ainsi nous lisons dans l’Ikdam du 3 mai :
« Nous voulons par notre « travail et notre bonne conduite, avoir libre accès
dans les castes « privilégiées de la Société algérienne. Que vous le vouliez ou
non, « Français arabophones, nous aurons notre place au soleil. »
Dans un autre article, du 12 avril, nous
lisons : « Un Français « musulman peut bien aspirer même au secrétariat général
de l’Algérie. « A plus forte raison doit-il prétendre à une mairie. La France le
veut, il « faut se soumettre ou se démettre. »
Le 15 mars, l’Ikdam écrit : « Le musulman
achète ces libertés au « plus haut prix, puisqu’il les paie avec son sang. Or
l’impôt du sang a « pour corollaire obligé, toutes les prérogatives du citoyen.
L’impôt du « sang implique la jouissance de tous les droits du citoyen sans en
« excepter un seul. »
Puis toujours dans l’Ikdam du 15 mars ce
passage d’un article d’un « Français arabophile : « Les avantages que comporte
la possession du « titre de citoyen français : de sujet devenir souverain, de
gouverné, « devenir gouvernant. »
Il y a aussi, en ce moment, dans les esprits
et dans les caractères des indigènes, comme l’a reconnu M. Luciani, aux
délégations financières, une émancipation quelquefois malheureuse, autant parmi
ceux qui reviennent du front avec des idées fausses sur leur participation à la
guerre et sur la France même, que parmi les intellectuels qui ont pu échapper à
la conscription et qui sont les plus portés à faire étalage du sang versé par
les troupes indigènes dans les gigantesques combats de la grande guerre.
Il importe de ne pas laisser s’égarer cet état d’esprit, mais il eût été si
simple de ne pas le provoquer, de ne pas l’encourager par cette loi du 4 février
1919, et si les colons peuvent l’enrayer en démontrant aux indigènes qu’ils ont
tout intérêt à vivre avec eux en bonne intelligence, il appartient ainsi à notre
administration de ne pas se laisser déborder par des demandes de naturalisation
en masse ou isolées, parce que les indigènes ne sont pas préparés à cette
naturalisation.
Ce n’est pas dans le métier militaire que l’indigène aura appris à respecter les
institutions françaises : il en aura plutôt rapporté les défauts, parce qu’il
est plus facile de s’assimiler le mal que le bien.
Ce n’est pas dans nos écoles que les indigènes apprendront à renier leur propre
patrie, et si l’instruction leur procure le moyen d’évoluer hors de leur milieu,
ne leur ouvre-t-elle pas de nouvelles vues sur la possibilité de parvenir
surtout à des situations libérales, de devenir fonctionnaires, et de nourrir
l’ambition de se gouverner eux-mêmes, un jour qui peut n’être pas très éloigné ?
Nos fonctionnaires sont déjà assez nombreux
pour ne pas favoriser une nouvelle éclosion. C’est donc encore une faute de
notre gouvernement de leur avoir permis l’accession à toutes les fonctions
publiques comme s’il y avait pénurie de fonctionnaires en Algérie.
L’administration semble déjà se rendre compte de l’envahissement possible de ses
cadres par les indigènes, puisqu’elle vient de leur refuser l’admission au
prochain concours pour douze emplois de commis de Trésorerie d’Algérie. Voilà
donc l’administration obligée, pour se garder, de violer la loi du 4 février.
N’eut-on, pas mieux fait de ne pas la voter, et n’en résultera-t-il pas des
conflits ou du moins des vexations ?
D’autant que ces lettrés semblent bien déjà former un parti libéral qui de plus
en plus exercera une action sur la masse et qui de plus en plus gagnera en
étendue et en autorité.
C’est par eux, à leur instigation que se formera le bloc musulman, et s’il faut
en croire un arabophile notoire M. Espé de Metz « si le bloc « musulman se fait
entendre dans notre Afrique du Nord, la génération « qui succédera à celle de
nos colons actuels vivra des jours d’angoisse « et sera frappée rudement dans
ses intérêts. »
Et il ajoute : « En refusant l’instruction on eut non empêché mais « retardé
l’éveil nationaliste. Si la diffusion de l’instruction a eu « d’inévitables
conséquences, je considère pour ma part, que « l’instauration de la conscription
en Algérie a donné au monde « indigène les clefs de l’Afrique du Nord. »
En dehors du militaire et du lettré, nous ne voyons pas pour l’instant d’autres
indigènes disposés à se faire naturaliser, bien qu’il suffise, comme il nous a
été dit, d’un mot d’ordre de leurs chefs pour demander une naturalisation en
masse. Mais militaires et lettrés seuls sont déjà assez nombreux pour faire
sombrer d’un coup notre prépondérance au point de vue politique, comme au point
de vue administratif.
Et pourtant quel écart entre les deux races française et arabo-berbère, entre
les mœurs de l’une et de l’autre, entre la religion chrétienne et la religion
musulmane.
Peut-on concevoir la possibilité d’un
rapprochement par-dessus cet abîme qui nous sépare ?
L’indigène ne peut s’assimiler, c’est reconnu
même par notre Gouverneur qui a dit dans son discours aux Délégations
financières qu’il ne nourrissait pas « l’illusion de voir se créer en Algérie
une âme commune. »
On peut en déduire que puisqu’il n’y a pas possibilité d’assimilation, il ne
saurait non plus y avoir de naturalisation sincère. Celle-ci est donc une utopie
dangereuse et le Gouverneur l’a si bien compris qu’il ajoutait : « Nous avons le
devoir et la volonté de faire « vivre et prospérer côte-à-côte des races
diverses par l’association des « intérêts qui développe les rapports
individuels, mine les préjugés et « forme les générations mieux faites pour se
comprendre et plus « désireuses de vivre ensemble. »
Il est si vrai que toute assimilation est
impossible, que les dominations successives et diverses en Afrique du Nord n'ont
laissé aucune empreinte spéciale sur les mœurs de l’indigène, sa religion et
même son sang, puisque Arabes et Berbères, d’une même race pourtant, n’ont pu
fusionner ensemble.
Il faudra vraisemblablement encore plusieurs siècles de vie en commun avec le
Français, pour espérer de l’indigène une identité de sentiments et c’est folie
d’avoir mis dans leurs mains inexpérimentées, une arme aussi dangereuse qu’un
bulletin de vote qui se retournera fatalement contre les Algériens, contre la
France, et contre eux-mêmes qui ne sauront se servir de la politique que pour
« procurer des situations aux ambitieux et la faveur de ces derniers à une
petite collectivité de gens », comme l’on dit dans l’Ikdam du 24 mai.
Une arme ?
Mais nos dirigeants ne prétendent-ils pas que les indigènes ne se feront pas
naturaliser ?
Et les grands chefs indigènes, et ceux qui occupent déjà des situations, qui
détiennent un pouvoir quelconque, ne disent-ils pas aussi qu’ils ne veulent pas
de la naturalisation ?
Et de fait, si l’obligation de renoncer au statut personnel n’implique pas
nécessairement l’abandon de la foi religieuse, il n’en est pas moins vrai que,
aux yeux du musulman, la dissociation entre loi civile et laïque et la loi
religieuse est impossible parce que contraire au Coran.
Mais alors à quoi bon cette loi dont les indigènes eux-mêmes semblent ne pas
vouloir, à part quelques ambitieux déjà connus par leurs intrigues !
Pourquoi cette loi qui froisse leurs croyances religieuses et qui pourra devenir
un danger pour nous ?
N’est-il pas prudent de réviser de suite cette loi surprise, et d’en tenir au
Sénatus-Consulte de 1865 qui permet la naturalisation individuelle raisonnée,
adaptée à chaque individu et sous le contrôle éclairé de l’administration ?
Cependant il est bon de conserver de cette loi le titre II concernant « le
statut politique des indigènes musulmans algériens qui ne sont pas citoyens
français », malgré le bénéfice inconcevable dont ils jouiront de pouvoir prendre
part, comme conseillers municipaux indigènes, à l’élection des maires et
adjoints. Si l’on peut voir un danger pour l’élection des maires, nous en
retirerons du moins la leçon salutaire de faire moins de politique de clocher
dans nos villages, de nous sentir unis, et d’être ainsi plus forts.
S’appuyant sur l’opinion des élus algériens, des fonctionnaires et surtout sur
l’opinion de la Colonie entière librement exprimée à cet imposant Congrès des
Colons, notre Gouverneur peut demander au gouvernement métropolitain de revenir
sur une erreur grosse de conséquence pour la souveraineté française en Afrique.
De leur côté les indigènes peuvent nous apporter la preuve irréfutable de leur
loyalisme, s’ils viennent spontanément nous dire, en toute sincérité, qu’ils ne
veulent pas de cette loi contraire à leur religion, et qu’ils se joignent aux
colons pour en demander eux aussi la révision.
Le contraire de leur part nous surprendrait et démontrerait mieux que les
meilleures protestations que le nationalisme chez eux s’est réellement réveillé
et que les indigènes entendent de ce fait, malgré leur répugnance, employer le
moyen mis à leur disposition pour secouer sans coup férir, pacifiquement la
domination française.
Espérons encore en leur loyalisme. La confiance réciproque renaîtra alors
partout, et c’est en toute sécurité que les colons pourront poursuivre leur
œuvre avec le concours des indigènes qui en retireront une amélioration de leurs
intérêts matériels, une augmentation de leur bien être, une évolution insensible
et progressive vers notre civilisation.
Ce sera des preuves les plus sincères des bons sentiments qu’ils nourrissent
envers la France, si les indigènes algériens lui permettent d’accomplir
pacifiquement le nouveau destin qui s’ouvre grandiose devant elle en Afrique, et
qui la fera encore plus belle, encore plus respectée, encore plus grande et plus
forte !
Alma, 26 mai 1919. Fernand ANCEY.
EXTRAIT DU PROGRAMME
Publié par le Gouvernement le 30 Janvier 1918,
en même
temps que la nomination de M. JONNART comme
Gouverneur Général de l’Algérie.
____________
…. Le Gouvernement, désireux de reconnaître le
loyalisme des indigènes algériens, est heureux de procéder, d’accord avec le
nouveau Gouverneur Général (M. Jonnart), à la réalisation d’une série
d’améliorations et de réformes intéressant la situation matérielle et morale de
nos sujets musulmans.
Au commencement de l’année 1914, le 9 février,
la Chambre a voté à l’unanimité, l’ordre du jour suivant :
« La Chambre, confiante dans le Gouvernement
pour réaliser à bref « délai l’égalité fiscale, pour modifier largement et
améliorer le statut « des indigènes, pour accorder à ceux-ci toutes les libertés
compatibles « avec la souveraineté française et persister à assurer le
développement « de la colonisation, passe à l’ordre du jour. »
…. Au point de vue administratif et
politique :
3° L’accession méthodique et progressive des
indigènes aux droits politiques, sera assurée ainsi :
a) Pour l’accession à l’intégralité des droits
de citoyens français qui exige la renonciation au statut personnel, les
dispositions du sénatus-consulte de 1865 et du décret de 1866, qui régissent la
matière, resteraient en vigueur, mais complétées par de nouvelles facilités et
de nouvelles garanties ;
b) A côté de cette naturalisation intégrale,
une naturalisation spéciale n’impliquant point la renonciation au statut
personnel sera instituée, réservant aux bénéficiaires, les avantages ci-dessous
énumérés :
1°……..
2°……..
3° Ils pourront accéder aux emplois publics
dont la liste sera
révisée par le Gouvernement.
Loi sur l’accession des indigènes de
l’Algérie aux droits politiques
Le sénat et la Chambre des députés ont adopté,
Le Président de la République promulgue la loi
dont la teneur suit :
TITRE Ier
De l’accession des indigènes d’Algérie à
la qualité de citoyen français
Art. 1er .- Les indigènes d’Algérie
pourront accéder à la qualité de citoyen français en vertu des dispositions du
sénatus-consulte du 14 juillet 1865 et de la présente loi.
Art. 2 .- Tout indigène algérien obtiendra,
sur sa demande, la qualité de citoyen français, s’il remplit les conditions
suivantes :
1° Etre âgé de vingt-cinq ans ;
2° Etre monogame ou célibataire ;
3° N’avoir jamais été condamné pour crime ou pour délit, comportant la perte des
droits politiques, et n’avoir subi aucune peine disciplinaire soit pour actes
d’hostilité contre la souveraineté française, soit pour prédication politique ou
religieuse ou menées de nature à porter atteinte à la sécurité générale ;
4° Avoir deux ans de résidence consécutive dans la même commune en France ou en
Algérie ou dans une circonscription administrative correspondante d’une colonie
française ou d’un pays de protectorat français ;
Et s’il satisfait, en outre, à l’une des
conditions spéciales suivantes :
a) Avoir servi dans les armées de terre et de
mer et justifier de sa bonne conduite par une attestation de l’autorité
militaire ;
b) Savoir lire et écrire en français ;
c) Etre propriétaire ou fermier d’un bien rural ou propriétaire d’un immeuble
urbain, ou être inscrit au rôle soit des patentes, soit des impôts de
remplacement, depuis un an au moins dans la même commune pour une profession
sédentaire ;
d) Etre titulaire d’une fonction publique ou d’une pension de retraite pour
services publics ;
e) Avoir été investi d’un mandat public électif ;
f) Etre titulaire d’une décoration française ou d’une distinction honorifique
accordée par le gouvernement français ;
g) )Etre né d’un indigène devenu citoyen français alors que le demandeur avait
atteint l’âge de vingt et un ans.
La femme d’un indigène devenu citoyen français postérieurement à son mariage
pourra demander à suivre la nouvelle condition de son mari.
TITRE II
Statut politique des indigènes musulmans
algériens qui ne sont pas citoyen français
Art. 12. – Les indigènes musulmans algériens
qui n’ont pas réclamé la qualité de citoyen français sont représentés dans
toutes les assemblées délibérantes de l’Algérie (délégations financières,
conseil supérieur du gouvernement, conseils généraux, conseils municipaux,
commissions municipales, djemaas des douars) par des membres élus, siégeant au
même titre et avec les même droits que les membres français, sous réserve des
dispositions de l’article 11 de la loi organique du 2 août 1875.
Dans les assemblées où siégent en même temps les membres indigènes nommés par
l’administration, ceux-ci ne peuvent pas être en nombre supérieur aux membres
élus.
Les conseillers municipaux indigènes participent, même s’ils ne sont pas
citoyens français, à l’élection des maires et adjoints.
Art. 14. – Les indigènes musulmans non-citoyens français sont admis au même
titre que les citoyens français, et sous les mêmes conditions d’aptitude, aux
fonctions et emplois publics.
Néanmoins, un décret déterminera la liste des fonctions d’autorité qu’ils ne
pourront exercer que s’ils sont citoyens français.
Décret du Ministre de l’Intérieur
____________
Paris, 30 mars 1919.
Les indigènes algériens préférant rester
soumis à leur statut personnel, sans réclamer la qualité de citoyen français, ne
pourront, en aucun cas, être admis à exercer les fonctions de secrétaire général
du Gouvernement, conseiller du Gouvernement, conseiller du Gouvernement adjoint,
directeur au Gouvernement général, préfet, secrétaire général de préfecture,
sous-préfet, conseiller de préfecture, inspecteur, administrateur et
administrateur adjoint de commune mixte, premier président de la Cour d’appel,
président de Chambre, conseiller à la cour, procureur général à la Cour d’appel,
avocat général, substitut du procureur général, président de tribunaux de
premières instances, vice-président des tribunaux, juge d’instruction, juge,
juge suppléant, procureur de la République, substitut du procureur, juge de
paix, juge suppléant, recteur d’Académie, conservateur et inspecteur des Eaux et
Forêts, trésorier général, payeur principal, payeur particulier, directeur et
inspecteur des Douanes, directeur et inspecteur de l’Enregistrement, du Domaine
et du Timbre, directeur et inspecteur des Contributions directes, inspecteur
divisionnaire et inspecteur du travail, directeur et inspecteur des Postes et
télégraphes.
Donc, tous les indigènes algériens, devenus
citoyens français, peuvent prétendre aux emplois ci-dessus.
Pour copie conforme,
F. ANCEY.
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