Le docteur Moreau.

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Cette exposition, qui fut également la première manifestation de ce genre dans le département de Constantine avait obtenu un vif succès et avait placé notre ville, dès ce moment, à la tête du mouvement économique régional.
    Après l'exposition il avait participé à l'installation d'une magnanerie dans ces mêmes locaux, ce qui avait provoqué un engouement marqué pour les plantations de mûriers nécessaires à la nourriture des vers à soie.
    Ainsi ce disciple d'Hippocrate que rien ne prédisposait à l'agriculture et qui n'était venu en Algérie que comme médecin militaire pour soigner les blessés et combattre la malaria et les épidémies, s'était transformé en apôtre de la colonisation tout comme les Uzer et les Bugeaud. Comme eux, il avait un foi profonde dans la nouvelle possession française en Afrique du Nord.
    Moreau Isidore Eugène, était né en 1800 à Thuin, prés de Waterloo
1, dans le Brabant, qui faisait alors parti du territoire de la France. Après avoir fait ses études médicales à Strasbourg il était entré dans l'Armée comme médecin militaire. Venu en Algérie avec le Corps expéditionnaire, il avait dirigé sur Bône où stationnait la colonne du duc de Nemours qui devait partir le 27 septembre 1837 de cette ville pour aller mettre le siège devant Constantine et s'emparer de la capitale du royaume de Salah bey.
    Après la prise de Constantine, il était revenu à Bône et s'y était marié avec une franc-comtoise originaire de Besançon qui lui donna sept enfants lesquels ont tous fait souche en Algérie, et dont l'un, Louis Moreau, devait être successivement Secrétaire général des préfectures de Constantine et d'Alger. L'une de ses filles, d'autre part, avait épousé Alexis Lambert qui fut, en 1871, Commissaire Général de la République en Algérie. Ayant quitté l'armée, il s'était installé comme médecin civil à Bône, dans la rue Louis Philippe, où les malheureux purent éprouver sa science, son dévouement et sa charité.
    En allant à Constantine avec la colonne Nemours, il avait vu les eaux sulfureuses d'Hamman-Meskoutine
2 s'épandre dans un bouillonnement intense sur le bord du chemin et il avait immédiatement envisagé tout le parti que l'on pourrait tirer de ces sources au point de vue thérapeutique. C'est ainsi qu'il avait été le créateur de la station thermale d'Hamman-Meskoutine. Il s'y était installé, donnant ses consultations et ses soins dans un petit pavillon construit en bois sous un immense micocoulier tout près des sources d'eau chaude. Ce pavillon existe encore. C'est là qu'il devait mourir en 1870. Il est enterré à HammanMeskoutine sur la colline qui domine les sources sulfureuses qui avaient été l'objet de ses soins et de ses espérances.
    La tombe est simple et modeste comme l'avait été sa vie. Une dalle de marbre qui porte une citation rappelant sa bonté et sa charité, entourée d'une grille de fer, sans aucun ornement, évoque, dans ce paysage nu, le tombeau de Chateaubriand en face de l'immensité de l'Océan.

Pour ceux qui ignorent le passé de Bône, ce nom de Moreau sur une plaque bleue est presque une énigme.

1 En fait près de Charleroi. (D.C.)
2
En arabe « bain des damnés ». H.Meskoutine est située près de Guelma, l'eau y jaillit en cascades torrides (95o) et fumantes. On y soignait les rhumatismes
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