Dom Juan
Les motifs pour lesquels les h�ros de chacune de nos �uvres se rendent en enfer sont diff�rents.   Dans Dom Juan, la raison pour laquelle le personnage se retrouve en enfer est parce qu�il a p�ch�. 

L�Enfer dans le Dom Juan de Moli�re est surtout vu sous un angle catholique.  La pi�ce traite de libertinage, entre autre de libertinage religieux.  � L�ath�isme de Dom Juan semble �vident : il refuse toute croyance qui ne peut �tre contr�l�e de mani�re pr�cise; il nie tout ce qui fait appel � l�imagination, c�est-�-dire qui rel�ve des apparences; il repousse donc les superstitions, ne croit pas [�] en la possibilit� des apparitions (acte III, sc�ne 5; acte IV, sc�nes 1, 7 et 8; acte V, sc�nes 4 et 5) [�] �.
* L�Enfer y est donc l�endroit o� les p�cheurs vont une fois leur p�riple sur terre achev�.  On le d�crit bien peu dans la pi�ce, mais plus de la moiti� des sc�nes y font r�f�rence.  On n�en parle directement qu�une seule fois, lorsque Dom Juan y tombe, entra�n� par le Commandeur : � Un feu invisible me br�le, [�] tout mon corps devient un brasier ardent. � ** Il est donc trait� de la mani�re dite normale : chaud et br�lant, d�plaisant et souffrant, mani�re caract�ristique des religions monoth�istes, puisqu'elles furent les premi�res � en faire des descriptions.  On peut aussi distinguer certains aspects mythologiques dans l��uvre de Moli�re.  Le Commandeur, cet homme que Dom Juan a tu� et qui l�a invit� � manger avec lui, peut �tre rattach� � Charron, cette cr�ature qui faisait traverser aux �mes le Styx, ce fleuve menant aux Enfers de la mythologie greco-romaine.  Lorsque Dom Juan accepte l�invitation du Commandeur � manger avec lui, il accepte en fait de mourir.  Lorsque le d�funt lui tend la main, c�est comme s�il lui faisait traverser ce cours d�eau, puisque le libertin meurt au m�me moment.  Le Spectre qui hante Dom Juan illustre la superstition, fant�mes et compagnie, ainsi que le merveilleux chr�tien.  On peut m�me le relier � Cronos, le Titan qui r�gie le temps dans la mythologie grecque, puisqu�il se transforme en faux, symbole du temps qui passe.

L��uvre de Moli�re fut cr��e en 1665, donc au XVIIe si�cle, en pleine p�riode classique.  Cette pi�ce, en prose, d�joue la plupart des r�gles puisqu�il n�y a ni unit� de temps, ni unit� d�action, ni unit� de lieu, la rendant doublement audacieuse.  Pourtant, l�Enfer y est repr�sent�e de fa�on tr�s classique.  Le classicisme supporte l�id�e que l�art se doit d��tre le reflet de la civilisation, pr�sentant les choses telles qu�elles sont et tentant d��duquer ceux qui seront touch�s par l��uvre.  L�Enfer, ici, a un peu cette fonction.  On montre comment ne pas agir si l�on veut aller au Ciel et d�crit les horreurs que vivront les libertins qui, h�r�tiques, ne croient pas en Dieu.  Au nom de la biens�ance, on �pure tout art de la violence et de la vulgarit� et on exige la vraisemblance.  L�Enfer y est donc pr�sent� de mani�re tr�s classique.  La mort de Dom Juan n�a rien de violente ou de vulgaire.  Au lieu de pr�senter une mort flamboyante, dans un �clat de feu et de sang, comme un baroque aurait repr�sent� la descente aux Enfers, Moli�re s�est contenter de le faire mourir sans grande excentricit�, comme s�il mourait r�ellement devant les spectateurs.  La descente aux Enfers de Dom Juan peut donc �tre consid�r�e comme vraisemblable et est donc caract�ristique du classicisme  Mais il doit �tre dit que cette pi�ce est la plus baroque des cr�ations de Moli�re.

L�enfer dans le Dom Juan de Moli�re est surtout pr�sent� par les nombreuses r�f�rences et allusions textuelles.  Par exemple, Done Elvire dit � Dom Juan : � j�aurais une douleur extr�me qu�une personne que j�ai ch�rie tendrement dev�nt un exemple funeste de la justice du Ciel �.
*** La justice, utilis�e en connotation, fait r�f�rence � l�enfer. Th��tralement, l�enfer est pr�sent� au travers, entre autre, du jeu des personnages.  Les deux personnages surnaturels, la Statue du Commandeur et le Spectre, en sont des exemples.  Le Commandeur repr�sente un peu l�Ordre social que l�on se doit de respecter selon les valeurs chr�tiennes. Au sens d�not�, ce n�est qu�une statue de pierre, mais l�on peut lui donner une connotation se rattachant au th�me de l�enfer.  � Messager du Ciel ou �missaire de l�au-del�, il vient r�tablir la morale et la religion que bafoue Dom Juan, symbolisant le triomphe du bien sur le mal, repr�sent� par les d�bauches du h�ros. � **** Le spectre, quant � lui, est un symbole que le temps est venu pour le libertin h�r�tique de tenter de sauver son �me.  Aucun objet, mis � part la Statue du Commandeur, n�est mis en didascalie alors l�auteur n�a point tent� de les rendre signifiant.  Ceci est laiss� au bon plaisir du metteur en sc�ne.  Cependant, un geste est tr�s important : la poign�e de main entre la Statue du Commandeur et Dom Juan.  Lorsque celui-ci donne sa main au revenant, il lui donne son �me.  C�est ce que le geste symbolise.
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* HORVILLE, Robert, Dom Juan de Moli�re, une dramaturgie de rupture, Paris, 1972, p. 158-159
**FOREST, Michel. Dom Juan de Moli�re, suive de l��tude de l��uvre, Beauchemin, 1999, p. 94, v. 1963-1965
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Ibid., p. 78, v. 1609-1611
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ibid., p. 124
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