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Les sans-emploi, les chômeurs, les damnés de la Terre présentent leur journal: Ouvrez-Les-Yeux! le journal des Liégeois démunis.
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| dernière mise à jour: 22 janvier 2007 | ![]() |
Ouvrez Les Yeux! n°9 été 2006 |
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| Un jour, un jour… Un jour… il y aura cet incommensurable chaos cosmotique intersidéral Un jour, un jour… Enfin quand je dis un jour… Ce sera plutôt un soir Disons que le jour aura pris la couleur du soir… Le soir dans la nuit tombante lorsqu’on entend à peine les criquets dans l’herbe mouillée Et que les briques très rouges exhalent cette tenace odeur de résine… Ce sera ce jour-là, cette nuit-là Et le ciel subitement très noir sera sans étoile Comme une nuit sans lune Une éclipse totale Et il fera très doux, très chaud au dehors. Donc un jour, un jour… Surviendra cette nébuleuse interspaciale gigantesque et brutale. Plus de courant, plus d’antenne, plus de réseau, plus aucun satellite ni d’onde ni de ras de marée… ni rien ! Les ordis disjoncteront de concert, les GSM éclatés, les bigophones muets, la télé, la techno, les luminaires ratiboisés, rasés dans un râle tout sec ! The big bug ! Alors les internautes, gégéonautes, téléonautes et tous les autes sidérés, sciés, blêmes… Seront pris d’un malaise suprême, d’une nausée qui les pousseront au dehors dans un même élan comme des communiants vers leur voiture, turtur, turtur ! Dur dur ! Plus rien ! Plus une seule ! Disparue comme par enchantement ! La rue est déserte à l’infini… Il y fait décidément terriblement sombre et les réverbères ne répondent plus de rien ! Quelques curieux se hasardent au dehors, déambulant en aveugles, automates, noctambules… Ils avancent à tâtons cherchant une lueur salvatrice, un signe céleste, une issue fatale… Nageant dans ce paysage apocalyptique, Spectres errants, hantant les rues, arpentant les trottoirs, rampant contre les murs, titubant dans la pénombre… brandissant leur zippo dans une procession divine On entends des prières, des notre père, des stabat mater ! Voilà qu’on amène des torches, des bougies, des lampes tempête… Qui éclairent enfin un petit coin de macadam : La rue est vide, vide à perte de vue. Il y a bien cette chaussée qui monte vers le petit bois Et les murs des maisons semblent grimper très haut dans le ciel Tout paraît irréel. Et il y a toujours cette forte odeur de résine… |
Et l’on devine peu à peu sous les reflets des lampes des formes, des corps, des visages blafards que l’on
croyaient étrangers… celui de l’autre, de son propre voisin… Mon voisin ! Jusqu’à ce jour, il ne possédait qu’un visage sans nom. Et aujourd’hui, j’apprends qu’il s’appelle Arthur, qu’il joue très bien de la cithare et qu’il a un grand aquarium avec des requins d’eau douce et qu’il se passionne pour tous les jouets anciens qu’il retape avec amour dans son petit atelier. J’apprends aussi qu’un soir où il avait perdu sa clef, j’ai refusé de le faire entrer parce que je n’avais pas reconnu sa voix et je l’ai laissé à la rue… ! Et puis y a Fredo en face, il a perdu son boulot suite à une restructuration. Il s’est retrouvé brusquement au chômage. Il a une petit fille de huit ans qui fait de la danse et qu’il adore plus que tout, Sofia dont sa mère a la garde. Fredo ne peut pas recevoir sa gamine dans un appartement si petit et il se démène comme un fou pour trouver un nouveau boulot. Et puis elle, c’est Marguerite et lui son mari, Lucas. Ils ont toujours l’air tellement tristes ! Leur fils aîné Gilles est hospitalisé depuis six mois ! Une tumeur au cerveau ! Ils espèrent ! Et puis elle, c’est Fabienne, une ancienne copine du Lycée. Je ne l’avais pas reconnue. Pourtant je m’entendais bien avec elle ! On se parle jamais, faut dire ! Et puis y a cet autre voisin que je crois connaître mais… On sort des divans, des poufs, des vieux coussins, des couvertures et on s’installe pour parler plus à l’aise… en grignotant des tortillas aux crevettes, des pains bagnats, des cakes à la cacahuète et des chips au tapioca. Chacun trouve ce qu’il peut ! François apporte une bouteille et nous dégotte un vieux barbecue. On se grille des pommes à la cannelle avec des tranches de pain aux herbes. Luc amène sa guitare, Arthur l’accompagne et Franco suit avec ses percus et Laura chante des mélopées aériennes. C’est un instant magique ! On démystifie un peu nos peurs, on se confie, on se console, on se berce de paroles, de promesses… Et bien sûr on se réinvente le monde, un tout nouveau monde très coloré, très grand, très chaud plein de tendresses et d’amitiés avec surtout beaucoup beaucoup de mots d’amour… On a presque tout oublié de nos craintes, de nos peurs… lâché les tabous et le reste… On a presqu’oublié l’heure… Quand la lumière des réverbères se ranime progressivement et nous arrache et nous éblouit ! Dur le réveil ! Petit à petit on rentre chacun chez soi, repu, fatigué, comblé et abasourdi du voyage, de cet instant presqu’irréel qu’on vient de vivre ensemble. Un rêve… Un rêve ? Non ! Dites-moi que ce n’était pas un rêve ! Pourtant… il me semble encore sentir cette odeur de résine… |
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