Méthodes par
biopsie
Sachant le caractère matrilinéaire de
la vie sociale des orques, Barrett-Lennard
a choisi de faire des
analyses sur l’ADN mitochondrial
ou ADNmt pour identifier les populations, et établir les
filiations* génétiques entre jeunes et leur mère.
Et également sur l’ADN
nucléaire et les microsatellites pour déterminer
la méthode de reproduction des orques et les liens de
paternité.
L'ADN
Mitochondriale :
La biologie moléculaire est une source
d’information sur l’histoire de l’évolution
des espèces. Nous savons que chaque être est
apparenté à un autre génétiquement. Mais l’image que nous avons
de l’évolution génétique n'est pas
très claire.
D’abord
parce que cette étude est basée sur la comparaison des
gènes du noyau où les mutations sont très faibles. Ensuite parce que les gènes
du noyau sont hérités des deux parents et sont
mélangés à chaque génération.
De plus, les
recombinaisons rendent difficiles le suivi d’un segment
particulier d’ADN. Mais le noyau
n’est pas le seul organite des cellules eucaryotes à
contenir de l’ADN.
Les mitochondries, présentes dans toutes les
cellules eucaryotes contiennent leur propre ADN : l’ADN mitochondrial. Cette petite
fraction d’ADN extra-nucléaire est plus apte à la filiation
génétique et c’est pour cela qu’elle
est utilisée par les chercheurs pour déterminer les
filiations entre mère et petits chez les orques.
Le type d’hérédité de l’ADN mt est
cytoplasmique (ou non Mendélienne). En effet, comme chez les
animaux supérieurs, la cellule de l’œuf apporte
toujours plus de cytoplasme au zygote que le spermatozoïde.
L’hérédité est uniparentale et plus
précisément maternelle. Les analyses faites avec
l’ADNmt ne peuvent donc pas renseigner sur le système de
reproduction, ni sur la paternité, et c’est donc pour cela
qu’on utilise aussi les microsatellites. ( Chan-ng-yok,
2004)
La région la plus variable de l’ADNmt
est la région codante pour l’ARNr, sa séquence
change 100 fois plus vite que pour l’ARNr du noyau. En ce qui
concerne les régions codantes pour l’ARNt et les
protéines, leurs évolutions se font 10 fois plus vite que
les proportions conventionnelles. D’autres éléments
entrent en compte dans le taux de mutation élevé de
l’ADN mt, notamment le manque de recombinaison, le manque de
fidélité dans la réplication et les
réparations défectueuses. Ce taux varie de 2 à 4%
par millions d’années. Cette accumulation de mutation
donne une bonne vue de la diversité génétique. En
plus, il n’y a pas une dérive génétique, ni
de sélection d’allèle contrairement à
l’ADN nucléaire. On peut donc, à partir d’un
échantillon d’une même population, remonter à
un ancêtre commun.
L’ADN
mitochondrial est donc un outil génétique avec les
particularités d’être petit, ne subissant pas de
recombinaison, ayant un taux de mutation élevé et
étant transmis par la mère.
Méthode d'extraction de
l'ADNmt :
Les analyses génétiques ont
été faites sur des orques de la planète
entière, en analysant la diversité de l’ADNmt
codant pour l’ATPase 6*, l’ATPase 8 et l’ARNtPro* en
prélevant des échantillons grâce à un fusil
à fléchettes pneumatique en aluminium léger. Ces
échantillons ont un diamètre de 30mm à 5mm,
composés de peau et de graisse d’animaux.
L’ADNmt
a été extraite de ses compartiments que sont les
mitochondries par la méthode
classique au phénol et au chloroforme et
séparée de ces lipides et de ces protéines
associées. Elle est ensuite amplifiée
à l’aide d’amorces
PCR* propres à chaque espèce.
Ensuite, il faut faire un
séquençage d’ADNmt, puis on peut visualiser les
fragments séquencés à l’aide de la
radioactivité ou par fluorescence. ( Barrett-Lennard
and Ellis,
2001)
L'ADN
nucléaire et microsatellite :
La stratégie est de faire des comparaisons interspécifiques
d’ADN de microsatellites.
L’ADN
nucléaire est l’ADN contenu dans les noyaux des cellules.
Les
microsatellites sont très polymorphiques. Il s'agit de
séquences répétées en tandem (de deux
à six paires de base) d'ADN contigu (par exemple
-------GAGAGAGAGAGA-------) qui sont répandues partout dans les
génomes des vertébrés.
Le taux de
mutation des microsatellites est élevé et en
conséquence, ils ont tendance à être
hypervariables. La méthode d’analyse s’effectue de
la même manière que pour l’ADNmt.
L’ADN
nucléaire et les microsatellites permettent de mettre en
évidence la méthode de reproduction des orques et les
liens de paternité. (
Barrett-Lennard and Ellis, 2001)