La
résurgence du politique
Louis Bernard (www.louisbernard.org)
Comme certains commentateurs ont commencé à le
souligner, les effets à long terme de la crise économique actuelle se feront
sentir bien davantage sur la scène politique que sur la vie économique des
nations. Tout comme la grande dépression de 1929 a amené le remplacement du
laisser-faire caractéristique des années '20 par l'instauration du « New Deal »
de FDR, lequel redonna à l'État sa prédominance jusqu'à la montée du
néo-libéralisme de l'ère Reagan-Thatcher, la grande récession actuelle ramènera
la prééminence du politique sur la dominance des marchés.
Ce nouvel épisode est d'ailleurs tout à fait conforme à l'évolution de nos
sociétés modernes où l'on voit constamment se succéder les périodes où dominent
les forces économiques et celles où c'est l'État qui tient le haut du pavé. En
effet, dans nos sociétés démocratiques, les lieux de pouvoirs sont multiples et
en constante compétition entre eux, et, comme un balancier, la prédominance va
continuellement d'un extrême à l'autre. Après une vingtaine d'années de
parcours vers la droite, le balancier repart maintenant vers la gauche.
Plusieurs évènements se combinent pour assurer la persistance de cette nouvelle
direction au cours des prochaines années. Il y a d'abord la faillite des forces
du marché qui, laissées à elles-mêmes, appellent maintenant l'État à leur aide.
Puis, il y a le déséquilibre, de plus en plus intolérable, dans la distribution
des avantages de la mondialisation entre les riches et les pauvres, ce qui
explique l'arrivée au pouvoir de gouvernements de gauche, surtout en Amérique
latine. Enfin, il y a le réchauffement climatique dont la solution exige une
action gouvernementale concertée à l'échelle internationale. Seuls les États
sont en mesure de résoudre ces problèmes universaux.
Cette résurgence de l'État à travers le monde aura de profondes répercussions
sur l'avenir de nos sociétés en général et sur celle du Québec en particulier.
L'une de ces conséquences sera la revalorisation des processus et des acteurs
politiques. Lorsque les forces économiques prédominent et que l'État doit se
contenter d'un second rôle, les processus politiques ont tendance à se dégrader
et les acteurs politiques à perdre de leur influence. La corruption refait surface
et la confiance dans le personnel politique diminue. N'ayant pas de grands
objectifs à poursuivre, l'État perd en quelque sorte sa raison d'être et les
citoyens s'en désintéressent.
Nous vivons présentement cette période au Canada et au Québec. Sur la scène
constitutionnelle, tout semble bloqué, tant au Canada qu'au Québec. La lutte
aux changements climatiques se bute aux intérêts pétroliers de l'Ouest. Même la
redistribution de la richesse au moyen de la péréquation est coupée
unilatéralement, voire même remise en question. Les scandales, petits et
grands, se font de plus en plus nombreux et la participation électorale
diminue.
Les plus vieux d'entre nous se rappelleront la déliquescence des processus
politiques sous Maurice Duplessis et comment la Révolution tranquille, en
remettant l'État à la tête de notre devenir, a conduit à un assainissement de
nos mœurs politiques et à la naissance d'une ou deux générations d'hommes et de
femmes politiques hors du commun. La fonction crée l'organe et l'habit fait le
moine. Non seulement une société a, comme on dit, le gouvernement qu'elle
mérite, mais elle réussit normalement à se donner le gouvernement dont elle a
besoin pour mener à bien les projets qu'il lui tient à cœur de réaliser.
Déjà on sent partout une aspiration pour plus de dynamisme et de leadership à
tous les niveaux politiques. On recherche les visions d'ensemble, les objectifs
à long terme, les projets mobilisateurs, et les hommes et les femmes capables
de les formuler et de les mettre en œuvre. Ceux et celles qui réussiront à
répondre à ces attentes seront ceux et celles qui dirigeront nos destinées dans
les années à venir. La résurgence du politique leur en donnera l'occasion et
les moyens.
Louis Bernard
Mai 2009
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