Louis Bernard
(LouisBernard.com)
Il est essentiel à la survie même du Parti
Québécois que celui-ci fasse, dans un avenir rapproché et d’une manière
approfondie, un réexamen de son positionnement politique à la lumière du résultat
des dernières élections.
Le positionnement politique actuel du Parti Québécois repose sur la combinaison
de deux éléments : la réalisation de la souveraineté et la mise en œuvre d’un
programme de gouvernement axé sur la social-démocratie. Lors de son dernier
Congrès, à la suite de « la saison des idées », un compromis a été conclu entre
les deux tendances qui dominent les différentes instances du PQ en vertu duquel
les « progressistes » ont obtenu une radicalisation vers la gauche du programme
de gouvernement tandis que les « purs et durs » obtenaient la promesse de tenir
un référendum sur la souveraineté le plus tôt possible au cours du prochain
mandat.
Le résultat des dernières élections montre les limites d’un tel positionnement.
L’accent mis sur la social-démocratie ne répond pas aux attentes de cette
partie de la population qui se situe soit au centre, soit à droite. Et la
perspective d’un référendum hâtif fait peur à beaucoup de gens qui, bien qu’ils
soient favorables à l’indépendance, ne veulent surtout pas prendre le risque
d’un troisième échec. De sorte que le PQ ne peut pas faire le plein de tous les
votes qui, normalement, devraient lui être acquis.
Pour se repositionner vraiment, le PQ, à mon avis, ne peut éviter de faire un
choix fondamental : soit mettre en sourdine le projet de souveraineté au profit
d’un programme renouvelé de gouvernement ou, au contraire, mettre en veilleuse
le programme de gouvernement au profit de la question nationale. Dans les
circonstances actuelles, essayer de continuer à combiner les deux ne mène nulle
part.
Pour ma part, je propose que le Parti Québécois se repositionne non seulement
en mettant clairement la souveraineté au centre de son programme et en
orientant dorénavant toute son action vers la promotion et la préparation de la
souveraineté, mais également en se refusant d’avance et explicitement à
gouverner le Québec-province. Pour que cela soit bien clair, le PQ, d’une part,
demanderait aux électeurs de ne pas voter pour lui s’ils ne sont pas prêts à faire
l’indépendance et, d’autre part, promettrait de tenir un référendum
immédiatement après son élection sur la question suivante : « Acceptez-vous que
le Québec devienne un pays souverain et indépendant ? Oui ou Non. ». Advenant
que ce référendum soit perdu, le PQ s’engagerait à démissionner immédiatement,
se refusant à gouverner le Québec-province.
Un tel repositionnement aura, à mon avis, plusieurs avantages, dont le
principal est celui de la clarté démocratique en séparant nettement la question
de la souveraineté de celle du bon gouvernement.
De cette façon, tous ceux qui sont favorables à la souveraineté pourront voter
pour le Parti Québécois, quelle que soit leur orientation politique de droite,
de gauche ou de centre. Car, en votant pour le Parti Québécois, on ne votera
que pour l’indépendance puisque le seul mandat demandé par le PQ sera celui de
mettre en œuvre le chapitre de son programme portant sur la souveraineté, les
autres chapitres ne servant qu’à orienter les prises de position du PQ si celui-ci,
n’ayant pas gagné les élections, siégeait dans l’Opposition.
Je propose enfin que le PQ précise le plus explicitement possible dans son
programme la manière dont se fera la souveraineté, afin que la population ait
l’assurance que la transition pourra se faire correctement. Il faudra dire
clairement qu’après un référendum gagnant, le Québec ne deviendra pas souverain
instantanément, du jour au lendemain, mais qu’au contraire il y aura une
période de négociation avec le reste du Canada (à laquelle celui-ci est
d’ailleurs contraint par la Cour suprême) pour assurer une accession ordonnée à
la souveraineté. C’est ainsi que la continuité des services qui sont
actuellement dispensés par le gouvernement fédéral pourra être garantie et la
reconnaissance internationale du Québec assurée. Quant aux modalités de cette
négociation, il faudra bien sûr les préciser, mais on en retrouve déjà les
principaux éléments dans le projet de loi sur la souveraineté du Québec déposé
à l’Assemblée nationale par M. Jacques Parizeau dans le cadre du référendum de
1995.
Une telle façon de procéder règlerait également certains problèmes accessoires,
mais importants, qui ont toujours encombré le débat, comme la date du
référendum ou le texte de la question référendaire. Le référendum aura lieu
quand les électeurs eux-mêmes auront dit, en élisant le PQ souverainiste,
qu’ils sont prêts à le tenir. Elle devrait également réconcilier les tenants du
référendum et ceux qui préconisent plutôt une élection référendaire puisqu’elle
propose la tenue d’une élection pré-référendaire, suivie immédiatement d’un
référendum.
Une fois élu, le PQ aura comme seul mandat de mener le Québec à son
indépendance. Il devra, évidemment, continuer à administrer le Québec pour
assurer la continuité des affaires, mais il mettra toutes ses énergies à
organiser et à gagner le référendum. Et ensuite, à négocier les modalités de
l’accession du Québec à l’indépendance, puis à mettre en place des principales
institutions d’un Québec souverain, y compris la nécessaire décentralisation
des pouvoirs en faveur des régions. Cela occupera l’essentiel de son mandat.
Évidemment, une fois la souveraineté faite, le Parti québécois se donnera un
programme de gouvernement afin de le proposer aux électeurs lors de la première
élection générale qui suivra l’indépendance. Mais il faut souligner qu’il en
sera largement de même pour tous les autres partis puisque le Québec aura alors
acquis de nouvelles responsabilités sur lesquelles les programmes actuels de
tous les partis sont muets : droit criminel, aide internationale, défense,
transport, etc.
Personnellement, je suis convaincu que le développement de la nation québécoise
exige qu’elle devienne pleinement responsable d’elle-même afin de pouvoir aller
au bout de ses potentialités. Le grand projet de société dont on parle tant,
c’est précisément celui de se donner un pays – un pays que nous pourrons
ensuite construire à notre goût suivant ce que nous déciderons démocratiquement
d’en faire. Car si le Québec choisit de devenir indépendant, ce sera pour
devenir responsable de lui-même et maître de ses choix, contrôler l’ensemble de
ses moyens et parler en son propre nom aux autres nations – et non pour régler
les problèmes du fédéralisme, raccourcir les listes d’attentes dans les hôpitaux
ou geler les frais de scolarité universitaires.
Le Parti Québécois a été créé, d’abord et avant tout, pour faire l’indépendance
du Québec. Plus qu’un simple parti politique, il a également été conçu comme un
mouvement d’éducation politique pour faire la promotion de la souveraineté
comme instrument d’épanouissement de la nation québécoise. Ayant été appelé par
les circonstances à gouverner le Québec, il a développé un programme politique
de gouvernement qui, avec le temps, a pris le pas sur son objectif fondamental.
Le temps est venu de revenir à l’essentiel. Le Québec d’aujourd’hui n’a pas
besoin d’un PQ qui ne serait qu’un autre parti de centre ou de gauche, il a
besoin d’un parti souverainiste dont la tâche première sera de le conduire à sa
pleine maturité politique
3 avril 2007