Voyons ce qu’était la dette publique et parapublique des États-Unis telle que l'estimait le quotidien « Le Monde » au début de 2011
« … La dette des administrations fédérales est inquiétante. Elle était de 13871 mille milliards $ au 31 décembre 2010, soit 94,1 % du PIB…. La dette de marché proprement dite, c’est-à-dire la dette dont les titres sont librement aliénables, est inférieure à la dette publique. La dette de marché des USA serait approximativement de 8780 milliards $, soit 59,4 % du PIB. Le chiffre souvent cité, permet de donner l’impression que l’État américain est peu endetté. C’est oublier les fonds sociaux et surtout la dette des entreprises soutenues par l’Etat, les célèbres Government Sponsored Enterpise (GSE) dont le passif représente 7593 milliards $. A elles seules, Ginnie Mae, Freddie Mac et Fannie Mae ont un passif de 6000 milliards $. Si l’on ajoute aux dettes publiques, les dettes des GSE garanties par l’État, le périmètre de la dette fédérale passe de 13871 milliards $ à 21464 milliards $, soit 145,6 % du PIB. Et si l’on veut calculer l’ensemble des dettes publiques (Etat fédéral et administrations subfédérales) et parapubliques (GSE), le chiffre de la dette grimpe à 23881 milliards $, soit 162 % du PIB » http://criseusa.blog.lemonde.fr/2011/01/05/dette-publique-et-dette-privee-aux-usa-fin-2010/.
D’autre part, le 29 août 2003, j’écrivais ce qui suit : « ... Devant ces constatations, il faut se demander pourquoi l’économie américaine continue, malgré tout d’inspirer confiance. Cette confiance, les États-Unis la doivent à la perception mondiale d’invulnérabilité de son économie, laquelle engendre un flux important de fonds venant de l’extérieur. Plus de un milliard $US par jour. Le fait que le dollar américain soit accepté d’emblée comme monnaie refuge et le rôle politico-militaire joué sur le plan international par les USA contribuent énergiquement à entretenir le haut degré de confiance que toute la planète leur témoigne. En effet, en dépit de tout ce qui grève l’économie américaine, qui objectivement croit à la possibilité, même lointaine, de l’effondrement de la seule super-puissance mondiale? Bien peu de personnes ! Le cas américain est donc unique. Le capital de confiance dont bénéficient les États-Unis leur permet d’accéder à un développement économique des plus dynamiques en n’adhérant que très mollement aux normes qui caractérisent les économies en santé. http://www3.sympatico.ca/b1npin24/Idees_et_opinions/fragil_econo_usa.htm
L’État américain obtiendra encore un sursis financier qui lui permettra de gonfler sa dette à un niveau jamais atteint. Ce pays en faillite technique, qui vit au dessus de ses moyens depuis des décennies, grâce aux milliards qui lui arrivent de l’étranger à tous les jours par voie d’investissements directement ou indirectement , profitera encore une fois de la confiance que le reste du monde persiste à lui accorder. Mais cela durera combien de temps ?
À 14,300 milliards, la dette des États-Unis égale sinon dépasse la valeur de son PIB. Les agences de cotation de crédit (Standard and Poor, Moody’s, etc…) s’inquiètent, de même que de nombreux pays. Ainsi en est-il du FMI qui craint les conséquences d’une décote des USA, même si l’impasse de la dette devrait être bientôt levée. Pour plusieurs connaisseurs, le mal est déjà fait. La Chine, un des principaux créanciers en soutien à la dette américaine, commence à s’interroger sur la capacité de son débiteur à rembourser sa dette. D’autres pays créanciers aussi. Les conséquences d’une simple décote du crédit des États-Unis pourraient être dramatiques.
Le gouvernement américain doit commencer immédiatement à travailler à réduire son déficit budgétaire et sa dette s’il veut éviter les conséquences d’une décote ou de tout simplement d’une perte de confiance de la part de ses créanciers. Ce ne sera pas facile pour un pays qui a toujours vécu au dessus de ses moyens. Habitués à la puissance et à la douceur d’une économie dominante, que favorisent les investissements étrangers, la tâche ne sera pas facile pour le gouvernement et les citoyens américains. Parce que réduire ses dépenses veut souvent dire amoindrir son niveau de vie. Si l’Asie, Chine et Japon en tête, cessaient simplement d’investir aux États-Unis, la conséquence serait déjà dramatique. S’ils décidaient de retirer leurs mises de fonds, il faudrait alors parler de catastrophe et de tragédie. Le déclin des États-Unis passerait à la puissance « grand V » !
Comment faire pour amorcer le redressement de la situation financière américaine ?
1) Réduire les dépenses gouvernementales, incluant les dépenses militaires et spatiales
a) Les dépenses militaires. Réduire les dépenses militaires signifie mettre fin à de nombreuses missions militaires partout dans le monde et fermer plusieurs bases même sur le territoire américain. Beaucoup de militaires devront être mis à la retraite. Même s’il faut imaginer que de telles mises à la retraite, nombreuses, coûteront cher à l’État à court terme, le message envoyé par cette décision serait de nature à rassurer les créanciers des USA et les tenants de l’équilibre budgétaire national. N’oublions pas que les dépenses militaires, si elles créent de nombreux emplois, drainent des fonds publics pour soutenir une production destinée à la destruction. Au mieux un produit militaire demeure dans les entrepôt et se déprécie, au pire il s’use et se détruit sans avoir rien produit. Un bélier mécanique et un char d’assaut peuvent coûter le même prix à produire, mais le premier aura une longue vie utile. Le second est destiné à la ferraille sans avoir rien produit. Il faut admettre que la présence militaire des États-Unis dans plusieurs pays étrangers sert à défendre ses intérêts, mais aussi à asseoir son autorité et à servir son prestige. C’était tout à fait le cas dans le passé; ce l’est beaucoup moins aujourd’hui. En ce qui concerne l’autorité et le prestige, au contraire, cette présence à l’étranger coûte très cher aux États-uniens et ruine le capital de sympathie de leur pays un peu partout dans le monde. Sur le plan de la militarisation de l’espace, plusieurs analystes estiment que l’objectif américain serait plus offensif que défensif, auquel cas il faut absolument proscrire toute dépense visant la militarisation de l’espace. C’est aussi une grave question de morale.
b) La recherche spatiale. Sur le plan de la recherche et des activités dans le domaine spatial, il y a tout lieu de s’interroger sur ses « bienfaits » pour la population. Les avantages que la société civile en retire pourrait être beaucoup moins coûteux si la recherche était orientée directement vers les besoins des personnes. Nulle obligation de passer par la recherche spatiale pour développer ou miniaturiser telle ou telle technologie. La conquête de l’espace, née du différend États-Unis – URSS et de la trop grande fierté technologique et idéologique des deux états, continue encore trop à servir « l’orgueil » nationale des pays qui s’y adonnent. Le temps est venu pour les USA de réduire à presque rien leurs dépenses de recherches et de réalisations spatiales. Une mini-NASA pourrait très bien suffire à entretenir la présente station spatiale (ISS), qui déjà, pour plusieurs experts sert à bien peu de choses et est en passe de devenir un énorme éléphant blanc, surtout que vers 2020, elle serait désorbitée et envoyée à la casse. Réduire les fonds consacrés à la recherche spatiale, en ne conservant que les volets clairement utiles à la population, comme celui des communications, est une voie que les USA n’auront probablement pas le choix de suivre.
c) Autres dépenses. Un domaine dans lequel l’administration ne peut couper ses dépenses est celui des affaires sociales et de l’éducation, du primaire au collégial. À moyen et long terme une bonne politique sociale et éducative produit des personnes plus instruites et en meilleure santé. C’est en se montrant généreux envers la classe moins privilégiée qui, devenue plus vigoureuse, en meilleure santé et mieux éduquée, contribuera davantage à la vie de la nation. Il y aurait cependant beaucoup d’autres dépenses mues trop souvent par un désir de visibilité, de prestige, de fierté exacerbée et de domination qui pourraient être facilement éliminées ou substantiellement réduites. L’université ne devrait pas échapper à l’effort de compressions des dépenses.
2) Taxer et imposer davantage.
Les États-uniens sont sous imposés et sous taxés. La théorie de favoriser la consommation par la non taxation connaît sa limite. La population américaine a profité de ce « laisser-faire » pour dépenser à outrance. Ils ont surconsommé jusqu’au débordement du crédit disponible. L’épargne des ménages est depuis plusieurs années au négatif et trop d’entreprises sont surendettées. Les cartes de crédit, trop facile à obtenir, sont pleines et une partie importante de la population ne peut plus recourir au crédit. Leurs dépenses se limitent au comptant. La roue de la consommation est au ralenti et l’économie américaine basée en très grande partie sur la consommation intérieure risque la stagnation.
Le gouvernement voudrait-il renflouer ses coffres en imposant et en taxant davantage la population et les entreprises, qu’il provoquerait de ce fait le ralentissement de l’économie. Bien sûr, la population paiera ses taxes et impôts à l’État, mais devant un crédit devenu impossible, elle devra réduire d’autant sa consommation, provoquant à son tour la fermeture de plusieurs entreprises et le ralentissement des activités chez de nombreuses autres. Ce que l’État gagnerait d’une main, il le perdrait de l’autre. Taxer et imposer davantage devient une problématique complexe pour le gouvernement américain.
À plus long terme, le gouvernement américain devra aller encore plus loin et restreindre l’accès trop facile au crédit à la consommation et à l’habitation. Les Américains devront apprendre à vivre selon leurs moyens et cesser de surconsommer.
3) Améliorer la balance commerciale par l’accroissement de l’exportation et la réduction de l’importation.
C’est une hypothèse de redressement soulevée assez souvent par les économistes pour améliorer la balance commerciale américaine. Mais l’application de cette mesure de redressement vient très tard. On sait que les USA, dont l’économie repose en très grande partie sur la consommation intérieure, ne sont par un pays véritablement exportateur de biens de consommation. Un faible pourcentage de leur PIB est exporté (11 % en 2010). D’autres pays ou états dont le Québec, le Canada, des États d’Europe et d’Asie agissent en ce domaine à hauteur de 25, 30 et 40 % et même plus en période normale d’activité économique. Ce sont des pays rompus à la discipline exportatrice dont les activités commerciales sont très bien adaptées aux exigences du commerce international : transports aérien et maritime, services des douanes, normes de mesures et de sécurité, etc… Ces pays dominent déjà les marchés d’exportation et voudront conserver leurs parts de marché.
L’État américain, sans être dépourvu face aux exigences de l’exportation, accuse un certain retard, notamment en ce qui touche au système de mesures (poids, volume, longueur, etc…). Il faut savoir que le système métrique est incontournable dans la fabrication de biens destinés à l’exportation. Les experts avançaient, il n’y a déjà un certain temps que le passage au système métrique chez nos voisins du Sud serait extrêmement coûteux et complexe, au-delà de ce qu’il rapporterait à l’économie américaine. Compte tenu de l’immense consommation intérieur, on ne voyait pas la nécessité ni la rentabilité d’un tel changement. C’était il y a quelques années, avant que ne surgissent les crises financières et que le besoin d’augmenter les exportations ne se fasse sentir. À ce moment, les Américains estimaient que leur économie serait toujours dominante. Les temps ont bien changés…
La métrisation complète des systèmes de mesures aux États-Unis prendra du temps et sera extrêmement coûteuse à l’état. Changer pour le métrique dans le contexte d’urgence actuel lié au redressement de la balance commerciale amènerait de très nombreuses entreprises à fermer leurs portes, d’autres à se concentrer sur des produits de consommation intérieure, laquelle est malheureusement plombée par l’endettement des ménages. Si certaines entreprises majeures, comme GM, Ford, Boeing, General Electric, etc… fonctionnent déjà partiellement en métrique, d’autres, nombreuses, devront y faire leurs premiers pas.
En conclusion, il semble bien que la meilleure façon pour les États-Unis de redresser rapidement - tout étant relatif - la situation actuelle dans laquelle il sont dramatiquement plongés est de réduire leurs dépenses dans des domaines qui en exigent beaucoup, comme ceux liés aux activités et à la recherche spatiale et militaire. Mais aussi dans d’autres domaines dont l’essentiel sert moins la nécessité socioéconomique que le prestige et l’orgueil de l'état.
Le grand économiste Kenneth Courtis déclarait un jour, alors qu’il était invité à prononcer une conférence au ministère des Relations internationales du Québec qu’un état peut toujours se relever d’une situation économique difficile s’il peut faire appel à l’épargne des ménages pour l’aider à rétablir l’équilibre budgétaire et à la longue, réduire sa dette. Ce n’est absolument pas le cas pour les États-Unis dont l’épargne des ménages est négative et l’endettement des Américains parvenu à son extrême limite.
L’avenir des États-Unis est sombre. Kenneth Courtis disait qu’il suffirait au gouvernement américain de sabrer résolument dans les dépenses militaires pour réussir son redressement financier. Le fera-t-il ? Le peut-il ? Est-il trop engagé partout dans le monde pour agir ainsi ? S’il ne le fait pas, les institutions internationales de financement, les pays créanciers, les décotes, etc… le forceront-il à le faire ? Si oui, préparons-nous au plus grand bouleversement financier, économique et forcément politique de l'Histoire
Claude Lalande
Économiste
30 juillet 2011