PHILOSOPHIE D’APPUI

 

 

Notre idéologie prend appui sur plusieurs points de la philosophie du « Personnalisme »* qu’a élaborée Emmanuel Mounier, (fondateur de la revue « Esprit ») à la fin des années 1940 et de son prédécesseur spirituel, Jacques Maritain. Nous puisons également à la pensée de Pierre Teilhard de Chardin nous parlant de la « confluence des hommes » et de Henri de Lubac pour qui « l’homme a une destinée transcendante et l’humanité une destinée commune.

 

La mise en application de la pensée de ces philosophes du christianisme est aujourd’hui, plus que jamais, essentielle à la reconstruction d’un tissu social sain au Québec comme ailleurs dans le monde. Plus que jamais, ces idéologies apparentées , qui ouvrent sur la nécessaire responsabilisation de la personne humaine en qui il faut continuer avoir confiance, devraient être remises à l’ordre du jour de nos discussions.

 

Des passages synthèses de la pensée du Mounier, pertinents à l’action de notre mouvement, apparaissent à la suite de notre propre texte idéologique.

 

 

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Ce que nous voulons...

 

Ce que nous voulons construire, ce n’est pas seulement l’Affirmation nationale du Québec via un statut particulier dans lequel s’inscrirait un mouvement en faveur d’un système économique procurant à chacun le moyen de vivre décemment, mais aussi un climat de civilisation profondément humain marqué au coin de l’éthique et de la morale, de la responsabilisation collective et individuelle, de la réussite et du partage. Une société ou droits et devoirs se côtoient à hauteur égale.

 

Nous rejetons la présente société qui a perdu toute finalité hormis celle de l’argent et qui s’avilit toujours plus profondément dans le matérialisme, parfois le plus sordide. Le triomphe du matérialisme engendre une crise des valeurs de l’esprit. Nous voulons être un mouvement politique qui va dans le sens de la révolution des mœurs et de la restauration des grandes valeurs de l’esprit que sont la dignité, la loyauté, l’amour du travail, la persévérance et  le sens du devoir. Il faut apprendre à refuser parfois le facilité et le lucre pour mieux accomplir son devoir. Il faut nous éloigner de plusieurs de nos intellectuels de gauche aux idées permissives et  dissolues.

 

L’urgence de la renaissance physique s’amplifie de jour en jour. L’activité physique, la pratique de sports exigeants, le plein air, mais aussi la vie en groupe et l’esprit d’équipe sont autant de moyens de revaloriser l’être humain membre d’une collectivité à laquelle il a droit d’être fier et heureux d’appartenir.

 

Sans y être opposée, l’Affirmation nationale souhaite un éloignement du matérialisme et de l’hédonisme tout azimut que le Québec connaît en ce moment. Nous ne sommes pas antimatérialistes, mais nous voulons que les valeurs que le matérialisme véhicule soient soumises à celles de l’esprit, c’est-à-dire à celles qui grandissent la personne humaine et lui évitent la domination avilissante de la matière.

 

Ce concept de société nouvelle, qui doit être imprégné de sérénité, est de nature à freiner la compétition et la recherche exagérée de la performance : deux éléments qui incitent à la lutte entre individus, groupes d’individus, entreprises et syndicats, et entre classes sociales. La société ne doit plus être un champ de bataille ou s’affrontent individus carriéristes ou groupes sociaux en quête de toujours plus de pouvoir, mais une collectivité ou seront harmonieusement intégrées toutes les classes et les couches de la société.

 

Nous avons besoin d’un mouvement  qui travaille à la renaissance de la vie spirituelle et physique, d’une transformation morale qui donne un sens nouveau à la dignité de la personne, qui refaçonne après des décennies de décadence, à la fois le corps et l’âme.

 

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* Le Personnalisme

Emmanuel Mounier (1905-1950), agrégé de philosophie, fonde la revue Esprit en 1932 qui regroupe des intellectuels brillants de l'époque (HI Marrou, JM Domenach...). Son siège devient un foyer de rayonnement spirituel. Sa philosophie est fondée sur la grandeur et le respect de la personne humaine. Face au capitalisme, à l'individualisme, mais aussi au collectivisme, il oppose le personnalisme ouvert aux valeurs chrétiennes et à la dimension sociale de l'homme (manifeste au service du personnalisme, 1936, le personnalisme, 1949). Son influence sur le monde intellectuel français et étranger a été grande entre les deux guerres et après la guerre.

La présentation ci-dessus et les passages et les paragraphes que vous allez lire sont en grande partie tirées d’un texte de Vincent Triest, animateur de l’Atelier du Personnalisme (Louvain-la-Neuve, Belgique).

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Personnalisme et individualisme : deux ensembles de valeurs (paradigmes) qui s’affrontent.

Le personnalisme affirme une confiance dans la capacité de dépassement des personnes qui passe par la " révolution intérieure". Dès lors, l'idéologie personnaliste ne peut se contenter de la seule voie politique, au sens strict du terme, pour réformer la société. Elle ne peut lui réserver un monopole d'intervention. Elle croit aux vertus du pluralisme qui repose sur les institutions intermédiaires (les associations). Il faut donner une possibilité d'expression à toutes les formes d'organisation spontanées qui font progresser la solidarité.En réalité, l'idéologie personnaliste ne se retrouve pas vraiment dans le clivage de la gauche et de la droite. Elle ne leur dénie pas une réalité mais elle en remet le sens en question en soulignant leur contingence et leur relativité.

Les valeurs individualistes qui sont, en quelque sorte,  commun à la droite et à la gauche préside à leur affrontement. Pour les uns, qui inclinent au " minimalisme étatique", la vertu du " laisser faire " autorise l’individualiste. Pour les autres, la société, l'histoire, humanité, bref tous les "universaux" qui forment le grand tout, exigent d'être délivrés des impuretés liées à l'individualisme de l'homme "nature". En plaçant l’homme au centre des préoccupations, le personnalisme tente de réconcilier gauche et droite.

Les relations entre humains constituent le noyau dur du « Personnalisme. Le travail qu'opère la philosophie personnaliste à partir de la "relationalité" se prolonge dans une vision originale de l'organisation de la société. Cette vision forme une véritable idéologie.

 L’idéologie personnaliste voit dans l'État un acteur qui prolonge l'action des personnes dans leur effort pour faire progresser la société. Dès lors, les personnalistes seront eux aussi enclins à utiliser des moyens politiques pour hâter cette progression.

Ce qui a été créé par l'homme doit demeurer à son service, sous son contrôle. Il faut s'opposer aux conditionnements créés par les institutions. Toutes les institutions sont ici visées, qu'elles s'inscrivent dans l'ordre étatique ou dans celui du marché.

La justification de l'idéologie qui coïncide avec son mode d'emploi se révèle décapante. Peu de mécanismes sociaux déshumanisants (l'économisme de la " pensée unique ", la bureaucratie,…) y résistent. C'est que le raisonnable y prend le pas sur un rationalisme souvent cynique, cruel, ou simplement indifférent

Le marché n'est pas l'ennemi : ce n'est qu'une procédure qui organise les échanges. Le véritable adversaire n'est pas le marché, mais l'individualisme marchand. Face au paradigme individualiste, le personnalisme affirme que l'économie du marché libre ne peut se vouloir authentiquement "politique" que si l'éthique, qui est une dimension essentielle de l'art de gouverner, est intégrée au cœur de ses mécanismes.

La modernité nous a légué deux grandes conceptions de l'État : le modèle libéral et le modèle socialiste. Ces modèles ont en commun l'idée d'un État qui se situe en face de la société, comme un corps étranger. Un principe de séparation s'applique à lui. L'État forme comme une île artificielle, placée au-dessus de la masse indistincte des hommes. Il faut toutefois admettre qu’aujourd’hui, le modèle du socialisme excessif est en importante perte de vitesse. Mais bon nombre de ses éléments demeurent, qui par leurs excès, témoignent d’un grave manque de confiance dans la personne humaine.

Le modèle libéral repose sur le paradigme qui témoigne d'une compréhension de l'homme aussi pessimiste que tronquée. Mais cette vision négative est puissamment compensée par un optimisme sociétal dont l'assise réside dans la foi indéfectible envers les vertus du marché. La guerre économique de tous contre tous se déroule dans l'exaltation de la compétition.

S'inspirant d'une conception du sujet humain radicalement différente (fondamentalement équilibré et capable de se prendre en main), c'est dans une toute autre perspective que s'inscrit la conception personnaliste de l'État.

L'impératif de la "relation" s'applique aussi bien dans les relations courtes et directes que nous nouons avec notre entourage, que dans les relations longues, vers les générations futures, que nous établissons généralement de manière indirecte par le canal d'institutions.

 Replacer la personne au centre des institutions. Une telle " refondation " ne peut cependant être envisagée qu'au prix d'une seconde révolution. Cette révolution concerne l'organisation et le fonctionnement des institutions. Elle consiste à replacer la personne au centre de leur action. Dans l'optique de " l'État libéral", la solidarité est organisée de manière plutôt parcimonieuse et résiduaire. Dans celle de " l'État socialiste", elle est décrétée et plutôt procédurière. Dans l'un et l'autre cas, le formulaire est roi, la hiérarchie domine et la bureaucratie étend ses tentacules.

Du point de vue personnaliste, les institutions sont considérées comme le prolongement de l'action des personnes. Elles retrouvent ainsi une place centrale dans la société. Les institutions apparaissent comme des instruments dont les personnes se dotent pour poursuivre leur humanisation en creusant toujours plus loin et plus profond le sillon de la " relationalité ". L'État apparaît comme le vecteur des personnes dans ce qu'elles ont de meilleur, plutôt que comme le tuteur ou le recteur agissant de l'extérieur sur des individus isolés.

La crise de l'État providence n'apparaît pas uniquement comme une crise financière et une crise de la solidarité. Elle traduit aussi une crise de la bureaucratie. Qu'est-ce que la bureaucratie sinon le doublon du marché ? D'un côté comme de l'autre, n'a-t-on pas affaire à des modèles experts en dépersonnalisation ?

L'État personnaliste s'affirme comme un État agile et " pro-actif ". Cela signifie d'abord qu'il pratique une veille sociale en anticipant l'évolution des besoins. Ce n'est pas un État conservateur et codificateur. Il n'attend pas que les catastrophes se produisent pour réagir. S'agissant des relations avec les personnes, cela veut dire surtout que cet État n'attend pas qu'on vienne le solliciter en remplissant des formulaires.

Les accidents sociaux sont moins qu'avant définissables en termes de risques collectifs que l'on peut associer à des catégories précises de la population. Le phénomène de la " nouvelle pauvreté " l'illustre.


Pour le texte d’analyse complet sur le personnalisme voir :

http://www.philagora.net/personnalisme/index.htm

 

 

Mon refus global

 

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