
l y avait il n'y a pas si longtemps à Ste Marguerite une sympathique
petite brocante. Ça se passait sur la petite place en face du
centre social tous les mercredis après-midi, sur le parking.
Ce n'était peut-être pas la plus renommée
mais elle était simple, conviviale, chaleureuse. En tout cas, elle
avait cette particularité de fonctionner dans l’utilitaire et de servir
les plus démunis : on y trouvait mobilier, casseroles, assiettes,
bigoudis, savonnettes et tout ce qu'il faut pour monter un ménage pour
à peine quelques euros. Pas si mal ! On pouvait aussi quelques
fois y dégoter l'objet rare, l'ustensile insolite et quelques jolis
grigris pour mettre du baume au cœur.
Ça permettait aux uns de partir en vacances, à
d'autres de tromper leur déprime et aux plus démunis
de simplement survivre en restant droits dans leurs bottes.
A force de fréquenter la petite place, on a
fini par tous se connaître. On se donnait rendez-vous pour
le simple plaisir de se rencontrer, papoter, fureter et tromper l'ennui.
Même par temps de pluie, on était tous là : on attendait
ensemble le retour du beau temps, calfeutrés dans nos impers et nos
capuches. Certains s'abritaient dans les voitures, d'autres se serraient
sous les parapluies. On s'entraidait pour recouvrir la marchandise sous
des bâches pendant l'averse, chacun usant de bons trucs et d'astuces
pour limiter les dégâts en attendant l'éclaircie.
Il me semble que même s'il y eut quelques fois
des coups de gueule et des frictions comme partout ailleurs, l'esprit d'entraide
et de solidarité était plus fort.
Pour ma part, j'ai d'abord fréquenté
cette brocante en cliente et j'ai trouvé beaucoup de plaisir à
dégoter en petite souris curieuse quelques trésors... Mais
quand la crise fut venue je fus fort aise de pouvoir aller rejoindre
mes amis et revendre à mon tour mes quelques brics et brocs pour
remplir le garde manger et clôturer plus à l’aise les fins de
mois.
Mais voilà, c'était le bon temps,
c’est bien fini, on a viré tout le monde. C'est plus propre !
On a fait place nette !
Ça ne rapportait probablement pas assez à
la Ville et comme chacun le sait : Rentabilité d'abord ! Alors
chacun s'en est retourné chez soi gentiment sur la pointe des pieds
sans demander son reste !
On ne faisait pourtant de mal à personne…
On faisait juste notre petit commerce gentiment entre amis. Peut-être
étions-nous trop gentils ? Trop petits ? Trop démunis ? Donc
pas assez rentables ? Rentabilité, laissons ce mot aux politiciens
et aux patrons ! Rentabilité, tu parles ! Et le prix de nos
vies humaines, de nos amitiés, de notre détresse et de nos
espoirs, ça pèse combien dans la balance ?