e dispositif du COV, comme l'absence de législation relative aux espèces animales, dessinaient un paysage assez libre. « L'obtenteur qui souhaitaient créer une nouvelle variété pouvait aller la chercher librement dans le monde entier la recombiner dans son programme de sélection, faire du nouveau et refaçonner par là même le pool génétique mondial »,  souligne Renée Vellvé, du réseau Genetic Resources Action International.

L'équilibre a commencé à se fissurer avec les hybrides, qui ont créé une brèche dans le « privilège du fermier », l'empêchant de conserver une partie de sa récolte pour réensemencer l'année suivante. Mais la brèche la plus sérieuse est venue du tiers-monde, qui place à nouveau les nations industrialisées au banc des accusés: « Vous venez prendre des plantes chez nous, vous les insérez dans vos programmes de sélection et vous gagnez de l'argent, y compris en nous revendant les nouvelles semences que nous sommes contraints d'adopter pour demeurer compétitifs. Nous avons fourni une matière première qui est la ressource génétique, pour laquelle nous ne recevons aucune rémunération. »

L'origine du conflit est simple. Comme l'ont établi les travaux du généticien russe Vavilof dans les années 30, la plupart des plantes actuellement cultivées dans les pays industrialisés ont leur centre d'origine, ou de diversité, dans des pays sous-développés (voir carte page suivante). « Cela signifie, précise Marie-Angèle Hermitte, que pour poursuivre la sélection, il est souvent nécessaire d'aller chercher un caractère intéressant dans une plante sauvage qui n’a par ailleurs pas d'intérêt agronomique, n'ayant généralement aucun rendement. Ce caractère et la plante qui en est le support ont-ils une valeur? »

Deux positions s'affrontent violemment. Le Nord affirme un droit à rechercher et collecter ces plantes sauvages sans contrepartie. Position à laquelle les pays du Sud opposent un autre principe, celui de la souveraineté permanente sur les ressources naturelles. Un conflit juridique, mais aussi philosophique, et aux considérables implications économiques. La création de banques de gènes, plus de cent cinquante aujourd'hui dans près de quatre-vingts pays, qu'elles appartiennent à des firmes privées ou au vaste réseau du CGIAR (Consultative Group on Intemational Agricultural Research) n'a en rien atténué le conflit. Bien au contraire.

Tout commence en 1971 avec la création du CGIAR, regroupant des États, des organisations internationales et des firmes privées. Les fondations Ford et Rockefeller, auxquelles s'associera la Banque mondiale, suscitent la création d'un réseau de centres internationaux de recherche agricole, établis dans les principales zones de diversité mondiale. En vingt ans les «chasseurs de gènes» travaillant dans treize centres ont collecté et entreposé dans leurs banques près de cinq cent mille échantillons de variétés de plantes, auxquels ont librement accès les sélectionneurs du monde entier.

Mais nombre d'organisations écologiques et de chercheurs critiquent tout à la fois la gestion de ces banques et les inégalités qui président à l'utilisation de ce patrimoine génétique. Pour André Charrier, chercheur à l'ORSTOM (Institut français de recherche pour le développement en coopération) : « Personne ne sait vraiment ce qu'on va faire des échantillons qui y sont entreposés. Les choix qui sont opérés par les responsables des centres de gènes ne reposent sur aucune base scientifique sérieuse. » Une assertion contestée par Dick H. Van Sloten, directeur de l'IBPGR, à Rome (conseil international des ressources phytogénétiques), centre de recherche lié au CGIAR: « Nous avons pour principe de fournir le matériel contenu dans les collections actives à tous les chercheurs reconnus du monde entier, dans la mesure où nous en possédons suffisamment, et nous encourageons tous les pays à favoriser sans restriction les échanges de matériel génétique. Une polémique se développe à l'heure actuelle autour des droits respectifs des agriculteurs du tiers-monde, des obtenteurs de variétés et des inventeurs de nouveaux procédés biotechnologiques. Il faut réinventer un équilibre entre des exigences parfois contradictoires, mais je me réjouis qu'on commence a s'en soucier au niveau des politiques. » Et d'insister sur les recherches entreprises pour promouvoir notamment la conservation des semences par cryogénie.

Mais le débat fait rage. Un patrimoine brut de ressources génétiques n'a aucune valeur Si on ne lui adjoint pas un ensemble de technologies permettant de le répertorier, l'évaluer et l'utiliser pour une sélection qui aboutisse. Les pays du Sud, à l'évidence, ne possèdent pas ces moyens. « A niveau de qualification égal, les quatre cents cher-cheurs de bon niveau en biotechnologies que compte l'Afrique pèsent bien peu au regard de leurs cinq cents collègues qui travaillent dans la seule France...», souligne Bertrand Codron, de SOLAGRAL (Solidarités agro-alimentaires). Le coût de la création d'une variété nouvelle de plante est estimé à deux millions de dollars, mais celui d'un pesticide s'élève à quarante millions de dollars.

L'industrie préfère donc très logiquement adapter les plantes aux pesticides que procéder à l'opération inverse. Nouveau grief pour le Sud, puisque cette tendance «lourde» de l'agrochimie favorise le modèle d'une agriculture intensive, au détriment de techniques culturales mieux adaptées aux spécificités des PVD. .. Le conflit était donc patent depuis quelques années entre nations industrialisées et pays du tiers-monde, autour du problème de la maîtrise des ressources génétiques. Il a franchi un nouveau palier depuis qu'est envisagée au niveau international: la « brevetabilité des espèces vivantes ».

 
ARACHIDE

Légume tropical. 
Production mondiale 1988: 22,7 millions de tonnes. 
 


 
CONSERVATION 

Depuis 1984, l'Éthiopie conserve des cousins sauvages du caféier dans des réserves spéciales. Ces nouvelles réserves génétiques représentent les premiers efforts pour protéger in situ les cousins sauvages des plantes cultivées.
 

Centres de diversité génétique
découverts par le généticien
russe Vavilof

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