C'est toute l'ambition du projet élaboré depuis des années par la FAO (Organisation mondiale pour l'agriculture et l'alimentation des Nations unies). En 1979, lors de la vingtième conférence générale de l'Agence, la délégation espagnole émet pour la première fois l'idée que les ressources phytogénétiques sont un «patrimoine commun de l'humanité», et qu'il convient d'établir un cadre juridique garantissant leur libre accès. La Commission
internationale pour les ressources phytogénétiques est donc
créée en 1987. Cent vingt-cinq pays en sont membres et quatre-vingt-dix
ont adhéré à un engagement international. Ce texte propose
notamment la création d'un réseau, alimenté par un fonds
international, de banques de gènes (végétales et animales)
placé sous l'égide des Nations unies. Mais
l'affaire se corse quand la FAO élabore le concept de «Droit
des agriculteurs» (Farmers Rights). Il s'agit de reconnaître le
rôle déterminant que les agriculteurs du tiers-monde ont joué
dans la conservation et le développement du patrimoine génétique,
et de les faire bénéficier directement de l'accroissement de
la productivité agricole, obtenu grâce à l'amélioration
des variétés végétales. On peut
noter que dans le même temps un document de la commission des Communautés
européennes, que l'on ne saurait taxer de tiers-mondisme forcené,
soulignait que «les récents et très importants progrès
réalisés dans le domaine de la biotechnologie font peser sur
le tiers-monde une nouvelle menace. Elle permettra peu à peu la substitution
de matières premières agricoles d'origine tropicale (huile de
palme, manioc) par des produits provenant de l'agriculture des pays industrialisés,
et notamment celle des pays de la CEE. Cette
évolution pourrait se traduire, si l'on n'y prend pas garde, par un
véritable désastre pour les pays du tiers-monde, très
dépendants de ces marchés». Reste que les modalités
concrètes de fonctionnement de ce «fonds de compensation»
soulèvent maintes polémiques. Pour certains PVD, Il devrait
être alimenté par des taxes prélevées sur le
commerce des semences. La FAO
penche plutôt pour un financement, obligatoire, par les États
ayant adhéré à l'engagement international. Mais qui en
assurerait la distribution, et selon quelles modalités? Renforcer
les capacités des PVD en matière de conservation et de gestion
des ressources génétiques, mais aussi de sélection végétale
et de production de semences. La solution ? Soutenir les programmes nationaux
des PVD, dont certains sont remarquables. La conservation
est donc indissociable d'un nouveau type de développement». C'est
tout l'enjeu du bras de fer auquel se livrent actuellement les grandes agences
internationales impliquées dans la préservation du patrimoine
terrestre. Edward Goldsmiffi, le bouillant directeur de The Ecologist, résume ainsi les enjeux de la prochaine session du PNUE qui se tiendra à Nairobi en novembre: « La Banque mondiale, l'UICN, le WWF; nombre de fonctionnaires des autres agences des Nations unies impliquées dans ces questions mettent surtout l'accent sur la "préservation". Si on s'en tient là, on aura quelques parcs nationaux genre Ecodisneyland, et tout autour on continuera â détruire la planète. Un ministre brésilien m'interpellait récemment : "Vous dites que la maison doit rester ce qu'elle est, nous, on dit qu 'il faut manger!" » «
Le compromis est possible, assure un haut fonctionnaire de la FAO, les PVD
pourraient accepter la convention de 1' UPOV, les pays industrialisés
acceptant en retour le principe des Farmers Rights. On allierait ainsi le
principe du libre accès au patrimoine génétique mondial
a celui d'une rétribution équilibrée des deux parties
en présence. »
Un espoir encore fragile, à en juger par les deux réunions très confidentielles qui se sont tenues à Keystone dans le Colorado en août 1988, puis à Madras le 1" février dernier. Organisées par le Keystone Center, une fondation américaine qui s'est fixé pour objectif la résolution des conflits politiques par le biais d'un processus de dialogue consensuel, elles réunissaient une cinquantaine de hauts fonctionnaires et d'experts internationaux de la conservation des ressources génétiques, les responsables des leaders de l'agrochimie mondiale, et des représentants d'organisations écologiques. Accord sur le besoin urgent de création d'un Fonds international des ressources phytogénétiques, qui exigerait un investissement minimal annuel de cinq cents millions de dollars, reconnaissance de la notion de « Farmers Rights », mises en garde contre les projets de brevetabilité du vivant... En conclusion, le Docteur Emil Salim, ministre indonésien de l'Environnement, soulignait avec force qu' «il ne fait désormais aucun doute que seule une nouvelle politique de développement intimement liée à une préservation active de l'environnement et des ressources génétiques, permettra de faire face à la destruction accélérée de la planète. Il faut absolument qu'un plan global de préservation de la diversité biologique soit étudié avant la conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement de 1992. C'est le défi crucial des années à venir qui nous concerne tous ».
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