Traversée de la France en cyclocamping, de Bordeaux à Lausanne
 

 

Traversée de la    France en    cyclocamping,    de Bordeaux à    Lausanne   

(mai - juin 2007)    

 

La piste cyclable du Canal de la Garonne
 
Le tombeau de Clement V à Uzeste

Itinéraire
  

             Ce qui devait être une promenade du dimanche sur l’Eurovéloroute de Nantes à Bâle, en suivant la Loire, le canal du Centre et le Doubs, a pris l’allure d’une véritable expédition à travers les collines du Périgord, du Limousin et du Jura, avec une étape facile sur la belle piste cyclable du canal du Centre, comme prévu. 

La vie étant pleine de surprises, une amie m’a convaincu d’aller passer quelques jours chez elle à Agen. Comme il était trop tard pour changer ma ville d’arrivée, j’ai décidé de sauter dans le premier train de Nantes à Bordeaux – une décision audacieuse, comme j’allais l’apprendre, pour une personne seule qui traîne un gros carton de vélo de 33 kg malmené par les manutentionnaires des aéroports, et qui contient, en plus d’un vélo démonté, tout un équipement de camping. 

           C’était mon deuxième voyage de vélo dans le Sud de la France. La première fois (voir Une autre randonnée à vélo dans le Sud de la France), avec la moitié moins de bagages, je couchais dans les petits hôtels. Sans une modification de dernière minute apportée à mon vélo, je n’aurais jamais osé entreprendre une telle expédition. Après avoir fait le tour de la Gaspésie sur la même monture en 2002 (voir Un tout p’tit tour de la Gaspésie), j’avais porté un jugement définitif sur nos capacités respectives et combinées : « Jamais plus! ». Ce vélo n’était pas un bon grimpeur, et moi non plus – je n’utilise pas de stéroïdes. La modification était simple : Cyclo Pop, mon réparateur de vélo, a remplacé mon petit plateau à 16 dents par un plus petit à 12 dents, pour seulement 30 $CAN. Ce simple changement a mis à ma portée les longues montées de la France rurale et les contreforts des Alpes. Le meilleur vélo pour le cyclotourisme, ce n’est pas nécessairement une bécane high-tech hors de prix, mais une machine qui permet de mouliner sans se crever pendant les longues montées.  Le vélo nu pesait 13 kg, et 36 kg en charge.         


Sommaire

  
La traversée

              Air Transat m’a demandé un supplément de 70 $ CAN pour un excès de poids de 10 kg. J’avais deux autres pièces de bagage, un sac de sport de 10 kg et un petit sac de cabine de 3,6 kg. J’avais choisi cette compagnie (un charter) parce qu’elle offre des vols directs de Montréal à Nantes. Les petits aéroports sont le meilleur choix pour ceux qui transportent leur vélo démonté dans un carton. Toutefois, d’autres cyclistes sur ce vol arrivaient avec leur vélo assemblé, qui était simplement emballé sur place dans du plastique. Je suppose que c’est une bonne idée de s’informer à l’avance des possibilités et des prix afin de choisir la meilleure option en toute connaissance de cause. Par exemple, avec un billet peu coûteux sur un charter, vous volerez en « classe sardine », et il n’y a pas de mal à cela si vous n’êtes pas claustrophobe.

               Le premier problème est survenu ici même à Montréal, quand mon petit réchaud à naphta a été interdit de vol. Quand la préposée au comptoir d’Air Transat m’a demandé à quoi servait la bouteille de métal rouge vide, j’ai répondu que c’était une bouteille d’eau. « Et où est le brûleur qui s’ajuste dessus? », a-t-elle répondu, imperturbable. Un peu avant l’heure du départ, un de mes amis est venu le chercher à l’aéroport, tout en m’apportant le chargeur de batteries de mon appareil numérique, que j’avais oublié chez moi. C’est toujours une bonne idée d’arriver tôt à l’aéroport quand on a des bagages non standard.

Le train Nantes-Bordeaux

Jour 0  – Lundi 21 mai (376 km)

             À Nantes, le transport en taxi de mon énorme boîte de carton de l’aéroport à la gare a coûté presque aussi cher que le billet de train pour Bordeaux (26,5 et 40 €, respectivement), mais la dépense totale était quand même raisonnable, considérant la distance entre les deux villes.

             La partie de plaisir a commencé vers midi, dès que le taxi m’a déposé à la gare : il n’y avait aucun chariot en vue. J’ai traîné ma grosse boîte trouée et cabossée dans le hall. La gentille préposée du kiosque d’information m’a dit que vraisemblablement, tous les chariots étaient rendus sur les quais de départ. Rendu là, j’en ai repéré un, mais de l’autre côté de la voie ferrée. Pour gagner du temps, j’ai sauté en bas de la plate-forme et enjambé la voie ferrée, pour remonter de l’autre côté. Par bonheur, j’avais la pièce d’un euro nécessaire pour le déverrouiller. Alors que je poussais triomphalement mon chariot vers la salle d’attente, un TGV entrant en gare a ralenti, la fenêtre s’est baissée et le conducteur m’a averti de ne plus jamais faire cela. Peu après, le chef de gare s’est pointé avec un sale regard et m’a apostrophé, mettant en doute ma santé mentale. Je lui ai dit que je ne le referais plus. De retour dans la salle d’attente, lorsque le numéro de plate-forme de mon train s’est allumé sur l’écran, 15 minutes avant le départ, je suis parti sans tarder par les couloirs, poussant tant bien que mal mon chariot mal équilibré. Bloqué par un escalier et ne sachant où trouver le monte-charge, j’ai tiré mes bagages jusqu’en haut, en commençant par le gros sac de sport. Quant à la boîte, elle était si encombrante que je pouvais la laisser seule sans risque de me la faire voler.

             Cinq minutes avant le départ, j’ai demandé au chef de gare s’il y avait un wagon ou un compartiment spécial pour ma boîte. Il m’a regardé, l’air horrifié : « Vous voulez dire cette énorme boîte? Monsieur, vous vous démerdez, je ne vous ai pas vu! » Il m’a ensuite expliqué que parce que ma boîte était surdimensionnée, je devrais normalement retourner au guichet afin de payer un tarif supplémentaire de 45 € (ce qui revenait à doubler le prix du transport) au même imbécile qui m’avait dit qu’il n’y avait pas de frais supplémentaires pour la boîte – et manquer du même coup le seul train de jour. J’ai eu des sueurs froides. Puis, il m’a dit que le compartiment vélo était dans le dernier wagon. 

            Dans le train, j’ai bavardé avec un jeune travailleur d’une entreprise agroalimentaire, qui avait de bonnes idées pour préserver l’environnement. Descendu à la gare St-Jean de Bordeaux vers 6 h 30, j’étais confronté au même problème : il n’y avait aucun chariot en vue! L’agent de sécurité de la SNCF m’a conseillé d’assembler mon vélo sur la plate-forme et de partir dès que possible, car cet endroit était peu recommandable le soir! Le contenu de ma boîte était pratiquement intact, ce qui constitue un petit miracle en soi. J’ai dû improviser des pièces de rechange pour remplacer une courroie manquante au sac de guidon et un boulon du porte-bagages. Une heure plus tard, j’ai quitté la gare sur des pneus à demi gonflés, chargé comme un autobus afghan. Dans la rue, un jeune d’une douzaine d’années m’a demandé si j’avais des pinces pour resserrer le câble de son frein avant. Horrifié à la vue de son vélo tout déglingué, j'ai serré son frein en lui recommandant de le faire réparer correctement s’il tenait à améliorer son espérance de vie. 

            La promenade dans le centre de Bordeaux, soleil couchant dans le dos, fut bien agréable; c’était comme une balade dans une petite ville européenne – sauf que Bordeaux n’est pas une petite ville. Peu après, je suis arrivé à l’hôtel Studio, où j’avais réservé une chambre sur Hostels.com. Après un dernier effort pour hisser tout mon barda au troisième, j’étais enfin rendu au Kilomètre zéro. Je me sentais un peu étourdi à cause du décalage horaire : il était 4 h à l’heure de Montréal. De retour à l’hôtel après une bouchée dans un petit restaurant, je suis tombé dans une profonde léthargie.

                      

Repos à Villandrault

Un balcon à Montcrabau

L’Aquitaine

Jour 1 – Mercredi 23 mai - De Bordeaux à Villandrault (77 km en 6 h) – v.m.d. (vitesse moyenne en déplacement) : 17 km/h

             Tôt le matin, le temps était beau et frais, idéal pour le vélo. J’ai marché jusqu’au centre commercial pour acheter un petit réchaud au butane, mais le magasin de sport n’ouvrait pas avant 11 h, un peu trop tard à mon goût. Parti de l’hôtel vers 10 h 30, je devais d’abord sortir de Bordeaux. Cela n’était pas trop énervant parce que cette ville de plus d’un million d’habitants, desservie par plusieurs pistes cyclables, est raisonnablement accueillante pour les cyclistes. Mon plan était simple : filer vers le nord jusqu’à la Garonne, puis vers l’est sur la rive gauche. Suivre l’eau, c’est presque toujours la meilleure stratégie pour traverser une grande ville : on peut alors rouler en regardant autour de soi, sans avoir à vérifier la carte tout le temps. Malgré les grands travaux de restauration ici et là, le centre–ville de Bordeaux est propre et pittoresque; c’était un plaisir d’explorer les petites rues ensoleillées. Je me suis arrêté dans une station–service pour gonfler mes pneus mous, mais il n’y avait ni pompe, ni préposé dans ce poste complètement automatisé. Un peu plus loin, le propriétaire d’une petite entreprise de pneumatiques a gentiment ajusté la pression. À quelques kilomètres plus loin, une partie du large trottoir a été convertie en piste cyclable, mais il reste bien des viaducs et toutes sortes d’autres obstacles à franchir. Rendu dans les banlieues cossues de Bègles et de Villenave d’Ornan, j’ai su que j’étais sorti de la grande ville. J’ai fait une pause, le temps de prendre une bouchée à St–Médard–d’Eyrans. 

Rendu là, il était inutile de continuer à longer l’eau : d’après ce que j’en ai lu sur le Net, la voie de halage du canal de la Garonne est à peine cyclable et ce, à la condition que le sol ne soit pas détrempé. J’ai donc filé vers le sud à La Brède, puis vers l’est sur la D116, à travers les grands boisés de Cabanac. Pendant cette journée, j’avais des hauts et des bas d’énergie à cause du décalage horaire. À Budos, j’ai visité le château du même nom (14e siècle). Les ruines encore en bon état, qui dominent les lieux du haut d’une petite colline entourée de vignobles, étaient ouvertes à tous. La seule montée digne de mention de cette journée est celle juste avant Sauternes. J’ai fait une autre halte pour remplir mes trois bidons de 750 mL; il faut beaucoup d’eau pour rouler par un beau jour de juin. La petite pharmacie n’en vendait pas, mais la propriétaire a rempli mes bidons. Alors que je fouillais dans mes cartes pour trouver le terrain de camping le plus près*, un vieux monsieur est descendu de sa mobylette pour bavarder. C’était un socialiste qui en avait gros sur le cœur à cause de l’élection de Sarkozy, mais qui était bien aise de la défaite de Juppé. Il m’a recommandé le camping de Villandrault. 

            J’y suis arrivé vers 17 h, ravi de ma première journée. C’est un endroit propre, à moins d’un kilomètre du château et de la ville de Villandrault. J’étais le seul occupant. Il y avait des moustiques, mais ils n’étaient pas bien voraces. Mon seul regret, c’était de devoir manger froid, mais j’avais trouvé de la bière froide. Plus tard, le propriétaire est venu se faire payer (5 €). Il m’a conseillé de continuer par la D110, la vieille route pittoresque, et de choisir un endroit bien drainé pour cette nuit, parce qu’un gros orage se préparait. Après un coucher de soleil dramatique, orange sur fond de nuages indigo, je me suis glissé dans ma tente. Le crépitement de la pluie sur la toile m’a jeté dans un sommeil profond. 

* À mesure que j’avançais à travers l’Hexagone, je choisissais mon camping à l’aide du Guide des campings 2006 – j’avais copié les pages pertinentes. La France est l’un des pays les mieux organisés qui soient pour le camping; peu importe où l’on est, il y a presque toujours au moins un camping dans un rayon de 30 km. La plupart d’entre eux sont ouverts dès juin, malgré le petit nombre de campeurs en début de saison. La vaste majorité des sites occupés l’était par les caravanes de touristes hollandais, britanniques ou allemands qui revenaient d’Espagne ou du Portugal.

 

          

La Baïse à Nérac

Statue du roi Henric à Nérac

Jour 2 – Jeudi 24 mai - De Villandraut à Nérac – 101 km en 8½ h; v.m.d. : 17,4 km/h  

            Après neuf heures de profond sommeil, mon horloge biologique était correctement recalée. À lextérieur, tout était mouillé et froid. Pendant les derniers jours de mai, la température du matin n’était que de 8 à 10 °C (et un jour, de seulement 5°). Pour la plupart des Européens (ou des gens normaux, si l’on veut), dormir sous la tente dans ces conditions n’est pas envisageable. Lever le camp sous un épais brouillard chargé d’humidité est juste un cran au–dessus des conditions les plus défavorables, lever le camp sous la pluie. Une heure et demie plus tard, j’étais en route et peu après, j’aperçus une immense forme dans le brouillard. C’était le majestueux clocher de l’église collégiale d’Uzeste, qui abrite le tombeau de Clément V. Ce pape français a dissous l’Ordre des templiers et préparé le déménagement du siège de la papauté à Avignon. En route pour Bazas, je me suis perdu dans le brouillard, mais le hasard a voulu que je croise la piste cyclable Mios – Bazas (Mios est une petite ville sur la côte atlantique, près du bassin d’Arcachon). Rendu à Bazas, alors que le soleil perçait le brouillard, j’ai fait une halte dans un café, mais il n’y avait rien à manger là : la boulangerie avait été inondée la veille. Pour la suite, j’ai pris la route principale, la D655, qui était un peu plus courte que la route panoramique. Malgré la présence occasionnelle de camions lourds, c’est une belle route de campagne pourvue d’un accotement, qui file à travers des collines en pente douce couvertes de verts pâturages et des petits boisés. 

J’ai pris une bouchée au Grand Café de Casteljaloux. Alors que je me lavais les mains dans la toilette des hommes, j’ai vu dans le miroir un adolescent à perçages qui se piquait avec une seringue. Plus tard, à Fargues–sur–Ourbise, j’ai visité une vieille église–forteresse romane du 13e siècle. Ensuite, quittant la D655, je suis monté sur la colline de Xantrailles, pour la vue panoramique et le château. Un vieux de la place, qui promenait sa chienne Fifi, m’a expliqué, avec un fort accent occitan, que le château ne pouvait être visité que sur rendez–vous. J’en fus quitte pour une belle descente dans la vallée, en freinant dans les virages. Après un dernier arrêt à Barbaste pour voir le Moulin des Tours, j’ai pris le temps de rééquilibrer ma charge, qui prenait un peu trop de gîte sur bâbord. Comme je moulinais dans une montée escarpée, mon vélo s’est bloqué net et j’ai quasiment roulé dessous : un tendeur libre s’était pris dans l’engrenage – quel accident stupide!. Heureusement, la dame qui arrivait à l’intersection m’a vu et s’est arrêtée. Vers 16 h, après un dernier sprint sur la plate D930 bordée d’énormes platanes, je suis finalement entré dans Nérac. Après un coup de téléphone à mon amie, j’ai attendu sur la terrasse d’un café en sirotant une bière froide bien méritée, sous le regard moqueur de la statue d’Henri IV. Le roi Henric, comme on l’appelait avant qu’il ne devienne le Souverain très catholique de la France en 1594, était le roi protestant de Navarre, et Nérac était sa capitale. 

             Parce qu’elle n’avait pas de porte–vélo, mon amie a pris mes sacoches dans sa voiture et je l’ai suivie jusque chez elle, à la campagne. Au cours des deux jours qui ont suivi, elle m’a promené dans tout le pays autour d’Agen, la capitale régionale sur la Garonne. Nous avons visité toutes sortes de châteaux et d’églises, ainsi que des bastides joliment restaurées et des ruines romaines, notamment un petit pont très robuste près du Fréchou. J’ai profité de ce répit pour sécher mon équipement et pour me procurer les quelques articles qui manquaient, comme un petit réchaud au butane pour remplacer celui que j’avais laissé à l’aéroport et un tube de dentifrice (depuis les attentats du 9 septembre, les voyageurs doivent se départir de tous les liquides ou gels avant de prendre place dans l’avion). Cette denrée rare et à prix exorbitant est vendue exclusivement en pharmacie, tout comme la soie dentaire, virtuellement introuvable. Je comptais me remettre en route le dimanche, mais la pluie intermittente a retardé mon départ d’un jour. Le dernier soir, nous avons dîné dans un restaurant glacier de Nérac, sur le bord de la Baïse. La propriétaire nous a proposé l’une des spécialités de la maison, ses glaces sans fruits ni sucre – un oxymoron? Nous en avons essayé deux, l’une un peu relevée, aux poivrons et aux piments d’Espelette et l’autre au Reblochon (un fromage à pâte molle de Savoie), et les deux étaient tout simplement délicieuses.

 

Chapelle du 12e siècle à Agen

Le pont-canal d'Agen

Le Périgord et le Limousin

Jour 3 – Lundi 28 mai - De Nérac à Eymet – 112 km en 9½ h; v.m.d. : 15 km/h

              L’étape principale du voyage a commencé vers 9 h, sous un ciel gris. Une demi–heure plus tard, la pluie a commencé à tomber et, peu après, les nuages ont littéralement crevé. J’ai poursuivi ma course vers le nord sur la D930. À Lavardac, la pluie était devenue intermittente. Trop tard : mes chaussures et mes gants étaient trempés. Juste avant d’atteindre le fleuve, j’ai trouvé la belle piste cyclable du canal de la Garonne. Peu après, le soleil a commencé à se pointer, alors que je pédalais joyeusement vers l’ouest, seul sur la piste déserte. Encadrés par un double rang de platanes géants, certains tronçons offrent des vues fabuleuses de plan d’eau. Après un arrêt dans une épicerie de Buzet–sur–Baïse, j’ai cassé la croûte dans la marina, près d’une péniche amarrée, occupée par des Britanniques à la tête blanche. J’ai quitté la voie de halage au Mas d’Agenais pour filer vers le nord jusqu’à Fauguerolles. La route la plus courte pour la Suisse est la diagonale qui passe par Clermont–Ferrand, mais j’ai choisi une trajectoire en forme d’arc passant par les collines du Périgord et du Limousin, de manière à contourner les formidables montées du Massif Central. 

             Pour rejoindre la D641, je devais faire environ 4 km sur la N113. Les routes nationales sont à éviter dans la mesure du possible à cause de la circulation dense roulant à un train d’enfer. Après Gontaud de Nogaret, le paysage est devenu vallonné : bienvenue au Périgord! Un vent vif et froid du sud–ouest soufflait des Pyrénées, mais sans trop me ralentir. À Seyches, j’ai obliqué vers le nord sur la D933, après une pause pour faire sécher mes chaussures au soleil et au vent. Sentant la fatigue, j’ai cherché le terrain de camping le plus proche dans le Guide. Dans la belle ville de Miramont de Guyenne, j’ai suivi le chemin bien indiqué par des affiches jusqu’au camping de Saut–du–Loup, pour me frapper le nez contre la grille verrouillée. Après un bref arrêt pour des vivres et de l’eau, j’ai repris la route, prêt à camper n’importe où, au besoin. Le camping suivant était à Eymet, à environ 10 km. J’étais de retour en Dordogne après neuf ans. Les habitués d’un bar m’ont dirigé vers le camping municipal (6,5 €), sis dans un méandre de la Dopt, près d’un impressionnant donjon du 14e siècle. Le sol était encore boueux par endroits. La plupart des sites étaient occupés par des caravanes d’Anglais ou de Hollandais. Je suis arrivé peu après 18 h, mais il restait plus de deux heures de clarté parce qu’en France, on avance l’horloge de deux heures en été. Je me suis mitonné mon premier bon repas sur le petit réchaud au butane – une escalope de veau aux nouilles et légumes, en compagnie des canards et d’un gros cygne blanc qui nageaient sur la rivière.

 

Jour 4 – Mardi 29 mai - D’Eymet à Vergt – 85 km en 8 h; v.m.d. : 16,1 km/h

Parti à 9 h 15 par un beau matin froid, j’ai continué vers le nord sur la D933, puis sur la D17 vers l’ouest, pour visiter les églises romanes de Ste–Innocence et de Monbos (11e et 12e siècle). Tournant vers l’est, j’ai grimpé sur les hauteurs de Montbazillac. À cause du temps nuageux, la vue de Bergerac, dans la vallée, était quelconque. Mon tachymètre marquait 55 km/h pendant la descente sur la D13. Je n’ai fait qu’un bref tour du centre–ville de Bergerac, sans m’arrêter, pour ne pas me refroidir. Bientôt, je filais vers Creysse, sur la rive nord de la Dordogne. J’ai entamé la montée du versant nord de la vallée par des petites routes, jusqu’à St–Sauveur, où l’on peut voir un beau mur–clocher roman, puis, j’ai filé à nouveau vers le nord pour prendre la D21, afin d’éviter la N21. Le temps était gris et froid (15o), mais par bonheur, il n’y a eu qu’un peu de bruine. La D21 (qui devient la D8 un peu avant Vergt) est une route relativement tranquille qui se faufile entre des collines boisées, certaines coiffées d’un château. À Vergt, une grosse commune qui ressemble plus à St–Clinclin, Québec, qu’à un village du Périgord, la caissière m’a indiqué la direction du camping du Lac de Neufond (7 €), que j’avais dépassé de quelques kilomètres. C’est un beau gros camping dont j’étais, encore une fois, l’unique occupant, sauf pour une flopée de canards qui sont venus me tenir compagnie pendant que je cuisinais. Rien de tel qu’un repas chaud pour se remonter un peu le moral.

 

Jour 5 – Mercredi 30 mai – De Vergt à Tourtoirac – 77 km en 9½ h; v.m.d. : 15,9 km/h 

            Levé à 6 h par un autre beau matin froid et ensoleillé, j’ai quitté la D8 peu après Église–Neuve–sur–Vergt pour ne pas tomber sur la N21. Après une montée escarpée jusqu’à Marseneix, la descente par Atur sur la D2 fut un pur plaisir. Une fois rendu à Périgueux, le soleil avait réchauffé l’air, et je n’ai pu résister au charme d’un petit café–terrasse près de la cathédrale St–Front. Les restaurants ne servent pas de repas avant midi précis, mais cela m’allait bien. Alors, j’ai fait une petit tour de la belle vieille ville, entrecoupée d’étroites rues piétonnières, après avoir jeté un coup d’œil sur l’étonnante tour du Vézone, une autre merveille apparemment indestructible de l’architecture romaine, ainsi qu’aux vestiges du château Barrière (16e siècle). Ensuite, en louvoyant à travers au moins une demi–douzaine de ronds–points très achalandés, j’ai filé vers l’ouest sur la D5 en suivant l’Auvézère. Lors d’un arrêt dans le beau village médiéval du Change, j’ai acheté du confit de canard, l’une des spécialités du Périgord. À Cubjac, ignorant les noirs nuages qui s’amoncelaient dans le ciel, j’ai poursuivi mon chemin. Quand un petit déluge a commencé à me tomber dessus en rase campagne, j’ai dû me réfugier sous un gros arbre. De retour sur la route dès que la pluie a cessé, j’ai filé à travers des champs mouillés et des petits villages pittoresques comme Ste–Eulalie–d’Ans, éclairés par de courts épisodes de soleil. Parce que le sol était complètement trempé, je me suis arrêté dans un petit hôtel de Tourtoirac, mais les chambres n’étaient pas prêtes. Comme le plus proche hôtel était à au moins 12 km, j’ai décidé d’aller jeter un coup d’œil au camping le plus près, en haut d’une montée assez raide. En fait, Les tourterelles, c’est le Ritz des bases de plein air, avec un centre d’équitation, une piscine et un restaurant en prime. Sauf les habituels Britanniques et Hollandais voyageant en caravane, il était peu achalandé. J’ai expliqué à la propriétaire que je voulais un coin sec pour dormir, et elle m’a permis de monter ma tente sous le porche d’un petit cottage inoccupé. Ainsi, pour 15 €, j’ai eu droit à une place au sec sur une dalle de béton, avec une table et une chaise en prime – des commodités rares dans la plupart des terrains de camping français. Comme on annonçait encore deux jours de temps variable, je me suis dit que le mieux à faire, c’était de rouler, ne serait–ce que pour me garder chaud.

                         

La gare Limoges-Bénédictins à Limoges

Bergerac

Jour 6 – Jeudi 31 mai – De Tourtoirac à St–Yrieix – 55 km en 6 h; v.m.d. : 13 km/h

             Reparti par un autre beau matin froid, je suis retourné à Tourtoirac pour visiter l’abbaye du 11e siècle au bord de l’Auvézère, puis j’ai mis le cap sur Hautefort, pour voir le beau château du 16e siècle du même nom, dont les tours rondes couronnées de lanternons lui donnent un petit air de château de la Loire égaré en Dordogne. J’ai dû mettre pied à terre pour atteindre le stationnement du château. Ensuite, j’ai dévalé les collines pour les remonter ensuite jusqu’à Génis. Après avoir jeté un coup d’œil au petit château d’Anlhiac, las de rouler sur des routes en montagnes russes, je suis retombé sur la D704 pour une longue croisière sans histoire au milieu des collines ondoyantes. Malgré la circulation, je me sentais en sécurité sur le bas–côté. Vers le milieu de l’après–midi, j’étais rendu à St–Yrieix (prononcer « Saint Irié »).

             Comme je grignotais une fougasse dans le parc du centre, de lourds nuages s’amoncelaient sur la ville. Quand l’orage a éclaté, je me suis réfugié sous l’auvent d’un marchand de vin. Le propriétaire est revenu pour ouvrir son magasin vers 16 h, je suis entré et il m’a montré ses trésors. J’ai acheté une bouteille d’Armagnac XO pour me donner du coeur au ventre. Comme le ciel n’augurait rien de bon, j’ai frappé à la porte d’un petit hôtel de tourisme qui annonçait des chambres pour 26 €. La moins chère des chambres disponibles (31 €) était située sous les combles d’une maison patrimoniale semi–restaurée du 18e siècle, plein de recoins, mais avec une belle vue sur le parc. Je n’étais pas sitôt installé que le soleil est revenu pour me narguer. Peu importe : après avoir campé dans le froid et l’humidité pendant trois jours de suite, j’ai apprécié le confort d’un bon lit. Après une bonne douche, je suis allé me promener vers 17 h pour prendre mes messages. Pas de chance : les postes Internet des PTT venaient de fermer et le cybercafé n’ouvrait qu’à 18 h 30. Dans le Sud de la France, les heures normales d’affaires sont de 10 h à 13 h et la reprise, de 17 h à 20 h; le reste du temps, tout est fermé. J’en ai profité pour prendre une grande marche dans la belle vieille ville, construite autour d’un vieux donjon arborant le pavillon occitan. Finalement, je me suis arrêté au cybercafé (3 €/h), rempli d’ados rivés à leur écran pour clavarder ou pour jouer, ou qui bavardaient autour des tables en sirotant un coca, dans l’air lourd d’odeurs de fritures. Comme on pouvait s’y attendre, j’étais encore une fois le seul touriste en ville. De retour à l’hôtel, je me suis endormi en regardant un documentaire sur la confection des archets de violon avec les longs poils de la queue d’étalons blancs de la Camargue.

 

         

Un boeuf charolais

Le donjon de St-Yrieux

Jour 7 – Vendredi 1er juin – De St–Yrieix au pont du Dognon – 98 km en 8,5 h; v.m.d. : 14,7 km/h

             Ce matin–là, il pleuvait à verse, mais j’étais bien au chaud dans mon lit! Heureusement, c’était fini quand je suis reparti. Le chemin le plus direct était la D19 qui filait vers le nord–ouest, mais je suis resté sur la D704 pour aller voir Limoges. Mauvais choix de route : je devais rouler sur la ligne blanche la plupart du temps parce que l’accotement avait rétréci à moins de 30 cm. Ah! Quelle misère, les routes achalandées. Réfugié dans un café devant l’abbaye de Solignac pour laisser passer l’orage, j’ai vu une scène d’une autre époque : un bar rempli de fumeurs! Les bars–tabacs sont le dernier refuge des fumeurs, mais cette tolérance vient à échéance le 1er janvier 2008. Les touristes feraient bien d’éviter la France en ce jour fatidique! 

            Limoges est un gros centre industriel plutôt terne, mais il fallait bien visiter la butte centrale, sur laquelle trône une immense cathédrale du 14e siècle, un chef d’œuvre du gothique flamboyant. Puis, je suis allé voir l’antique pont St–Étienne, sur la route des pèlerins de St–Jacques, avant d’aller grignoter un pâté au porc dans une pâtisserie, devant l’hôtel de ville Second Empire, comme la pluie se remettait à tomber. Les pâtisseries sont un bon choix pour prendre une bouchée quand les restaurants sont fermés, c.–à–d. la plupart du temps. En quittant la ville, je suis passé devant la gare de Limoges–Bénédictins, une merveille de l’architecture Art déco d’entre les deux guerres, resplendissante sous les feux du soleil émergeant des nuages. Sortir de Limoges, la ville aux mille ronds–points congestionnés, est toute une aventure, qu’on préfère oublier. Je roulais sur la D29 le long de la Vienne. Soumis à une véritable douche intermittente, je me suis juré d’éviter à l’avenir les centres industriels si je réussissais à sortir vivant de cette invraisemblable suite de banlieues. 

            Une fois à la campagne, le soleil était de retour. Ivre d’air frais, de vitesse et de soleil, j’ai dévalé les collines, perdant en cours de route toute notion du temps et de l’espace, jusqu’à ce que j’arrive au barrage du moulin de Brignac. C’est alors que je me suis rendu compte que je m’étais écarté de ma route en suivant la Vienne. De retour à St–Priest après avoir remonté la route sur environ 8 km, j’ai suivi la Taurion à partir de son confluent. Arrivé au camping municipal de St–Martin–Teressus, vers 15 h, au bas d’une côte abrupte, j’ai eu la mauvaise surprise de me heurter à une porte close – pas si grave, le sol était détrempé. Avançant dans un état second qui rend insensible à la fatigue, j’étais réconforté par la superbe vue du réservoir de la Taurion. Dans une montée de l’autre côté du pont du Dognon, je suis tombé par hasard sur un superbe camping entouré de haies de laurier bien taillées. Sauf pour quelques remorques et deux tentes, il était vide. J’ai attendu que le soleil sèche le sol avant de dresser ma tente. Le seul problème, c’est que l’épicerie la plus proche était à quelque 7 km. Par bonheur, il y avait un bon restaurant employant des handicapés près du pont. J’ai eu droit à un excellent dîner pour 11 €. Cette journée avait été l’une des plus fatigantes de tout le voyage, et j’ai très bien dormi cette nuit–là.

Jour 8 – Samedi 2 juin – Du pont du Dognon à Chambon–sur–Voueize – 106 km en 9 h; v.m.d. : 14,7 m/h

             C’était mon premier jour sans pluie de la semaine, mais à cause du ciel couvert et de l’altitude des hautes terres de la Creuse, le temps était froid et brumeux. Parti dès 7 h sur la route de tourisme (soulignée d’un trait vert sur le Michelin), je me suis vite lassé parce que ça montait un peu trop à mon goût et qu’on n’y voyait goutte. Je suis retombé sur la D5 juste avant St–Pierre–Chérignat et St–Martin, dont les petites églises médiévales sont couronnées par des clochers typiques de la Creuse bardés d’ardoises noires (ce qui leur donne un petit air de bombardiers furtifs). C’est une région d’élevage, avec des petits champs d’orge ici et là. Tout ce qu’on pouvait voir dans le brouillard, c’était de vastes prés verts piqués de taches blanches grandes ou petites, selon qu’il s’agissait des vieux bâtiments de ferme en maçonnerie ou des belles Charolaises. Un peu frustré de manquer tous ces beaux panoramas, j’ai obliqué vers le sud et descendu les collines pour prendre le chemin le plus court, peu fréquenté. 

À Bourganeuf, alors que je buvais mon petit café, un bruit mat retentit à l’extérieur : mon vélo venait de rouler sur le côté. Sauf la béquille d’aluminium qui avait cédé sous l’effort, il n’y avait pas de dommages visibles; les sacoches gonflées avaient amorti l’impact. Un peu plus tard, dans une montée, j’entendis un bruit de frottement, signe de problème. Après avoir défait mon barda, j’ai trouvé le coupable : le bout de fil de fer tenant lieu d’écrou avait été cisaillé. De retour sur la route, j’ai fait quelques kilomètres sur la tranquille N141 pour rejoindre la D13. Vers midi, je suis passé par Ahun, un village d’une autre époque dont l’église est surmontée par un clocher d’ardoise typique. Parce que le camping de Chénérailles était fermé, j’ai dû continuer jusqu’au prochain, 20 km plus loin. La belle affaire : mieux vaut pédaler que de geler. 

             Le dernier droit, qui passait traversait St–Loup sur l’étroite, plate et panoramique D55, était un cadeau du ciel. Finalement, comme le soleil sortait des nuages, j’ai dévalé la dernière colline avant d’arriver à Chambon–sur–Voueize, au milieu d’une grande vallée aux pentes abruptes. Juste avant 6 h, j’ai monté ma tente dans le camping municipal. J’avais la face rouge ce soir–là parce que j’avais négligé de me barbouiller d’écran solaire; même couvert, le ciel peut laisser passer plein d’UV. Après un bon repas chaud, je suis allé faire un petit tour de vélo sans sacoches, pour voir le cimetière et la belle église abbatiale de Ste–Valérie (12e siècle), qui était un grand centre de pèlerinage à l’époque. Dans les rues, les enfants me saluaient, comme au Vietnam.

 

       

Le pont du Dognon

Ahun, en Creuse

Jour 9 – Dimanche 3 juin –De Chambon à Saint–Pourçain–sur Sioule – 88 km en 8½ h; v.m.d. : 15,2 km/h

             À mon départ de Chambon, vers 7 h 30, le soleil perçait avec peine le brouillard qui emplissait la vallée. Il faut se taper une très longue montée jusqu'à Évaux–les–Bains. La récompense de cette montée, c’était la longue déscente en virages de la D915. Peu après, je roulais au fond d’une vallée déserte, sans pouvoir vérifier mon chemin. Alors que je reprenais mon souffle dans le grand parc à Macillat, une vieille dame qui promenait son affreux carmin à museau écrasé s’est approchée pour me causer. Elle m’a dit que son chien était lent parce trop vieux, tout comme elle, et qu’elle l’avait choisi parce que les chiens de cette race n’aboient pas. Ensuite, j’ai filé sur la D4, une route panoramique au sommet d’une crête bordée de pâturages découpés par des haies. Après avoir traversé de charmants petits villages comme La Crouzille, je suis arrivé à la hauteur de Montaigut vers 11 h 30. C’est alors que ma chaîne s’est bloquée à l’avant comme à l’arrière à cause d’une fausse manœuvre. J’en ai profité pour la nettoyer et l’huiler, elle était pleine d’une pâte de boue, d’herbe et d’huile. 

Ensuite, j’ai pris la verte D13–D4. Dans un café de Montmarault, des gens de la place qui buvaient leur petit blanc m’ont fait un brin de causette. De retour sur la route vers 14 h, je filais vers St–Pourçain sur la D46, toute en montées et descentes. Comme je sortais d’un village, une trentaine de vaches blanches se sont levées et se sont mises à courir avec moi, de leur côté de la clôture. Je me sentais comme Buffalo Bill chevauchant au milieu d’une ruée de bisons sauvages. Mon maillot rouge? L’heure de la traite? L’explication m’échappe. Le jour précédent, j’ai également été témoin d’une autre scène bizarre dans un pâturage : une vache montait un bœuf, malmenant la loi naturelle. Il y a une longue descente jusqu’à l’église abbatiale de Bransat; fonçant à 55 km/h, j’ai dû fracasser mon record de vitesse en charge. 

À St–Pourçain, je me suis installé dans le camping municipal, admirablement situé sur une petite île tout près de la vieille ville (3,8 €). Un peu étourdi pour cause d’hypoglycémie, une maladie facile à soigner, j’étais en train de cuisiner quand un orage m’a forcé à me réfugier sous un gros platane. Quoi qu’il arrive, un bon repas chaud, c’est le meilleur moment de la journée après avoir roulé pendant des heures. Comme chaque région offre tout un choix de fromages et de vins, les possibilités sont infinies. Le fromage du jour était un exquis Caillou creusois. Ce dimanche, j’ai dû vivre de mes réserves parce que c’était la Fête des mères : tout était bouclé à double tour. 

Le lendemain, j’ai pris un jour de congé pour profiter de la journée chaude et ensoleillée, le premier jour sans pluie depuis mon départ de Nérac, une semaine plus tôt. Je voulais prendre mes courriels, mais le seul cybercafé de cette ville était fermé parce qu’il était situé dans une librairie – les librairies sont fermées le lundi. La France est l’un des pires pays que je connaisse pour ce qui est de l’accès à Internet. Au Vietnam, un pays communiste, on peut facilement trouver un cybercafé; les gens savent reconnaître une occasion d’affaires. Mais en France, pour le meilleur et pour le pire, les heures et les jours d’ouverture sont des vaches sacrées. « Travailler plus pour gagner plus? » Il y a loin de la coupe aux lèvres, M. Sarkozy! 

            Un peu sonné, j’étais content de n’avoir rien d’autre à faire que de visiter la ville et la magnifique église abbatiale du 11e siècle, enfin, la petite partie ouverte aux visiteurs. La ville de St–Pourçain, qui fournissait le vin au couronnement des rois de France, a été fondée au 5e siècle par le moine Porcinus, qui lui a donné son nom. Porcinus signifie gardien de porcs, car telle était sa condition avant de prendre le froc.

 

       

L'abbaye de St-Pourçain

Trézelles

Jour 10 – Mardi 5 juin – De St–Pourçain à Digoin – 91 km dans 8½ h; v.m.d. : 14,7 km/h

             Parti sur la D46 à 8 h, j’ai emprunté la N7 pour quelques kilomètres avant de passer sur la D23 après Varennes. Il n’y avait pas grand–chose à voir à cause du brouillard, qui gommait tout le paysage, soleil compris. J’ai traversé de beaux villages comme Trézelles. Je cueillais des griottes rouge vif sur le bord de la route, dont je recrachais les noyaux sur des kilomètres. Le soleil a percé un peu avant midi. Après avoir jeté un coup d’œil à un cimetière à l’aspect surréaliste qui aurait pu servir de décor à un film fantastique, je suis descendu jusqu’à la place du marché du Donjon. Flairant la bonne occasion, j’ai acheté un coquelet rôti sur un étal, que j’ai dévoré à belles dents plus loin, au bord de la route. 

Vers 2 h, comme je franchissais les dernières collines sur la D898, j’ai aperçu la Loire et son canal. Après avoir traversé plus de la moitié de la France, je me retrouvais sur mon itinéraire initial dans la vallée de la Loire. J’avais volontairement visé un point à quelque 20 km au sud de Digoin pour voir si le tronçon Digoin – Lyon du canal était cyclable. J’en fus pour ma peine, c’était désolant. Sauf pour un étroit sentier de terre battue, la plus grande partie de la voie de halage était recouverte de longues herbes. Après une pause près de l’écluse, j’ai viré vers le nord, ne rencontrant que quelques pêcheurs. Certains d’entre eux surveillaient jusqu’à quatre lignes, ce qui est probablement la limite légale. 

            J’avançais à un rythme d’escargot (de 10 à 12 km/h) sur le sentier, qui disparaissait parfois complètement, car certains tronçons avaient été annexés par des riverains rapaces. Près de Chassenard, l’état de la piste s’est amélioré et après la dernière écluse, elle débouchait sur la Voie verte, une piste cyclable asphaltée et très bien entretenue. J’étais rendu en Bourgogne. Le camping de la Chevrette apparut bientôt, de l’autre côté de la Loire. Malgré son coût élevé (8,6 €), ce camping municipal est bien tenu et offre des sites tranquilles au bord du fleuve, ainsi que des tickets gratuits pour la grande piscine juste à côté. Comme toujours, il était presque vide, et on m’a permis d’emprunter une table et une chaise de plastique de l’abri. Après avoir monté ma tente, j’avais le goût d’une bière froide, mais le prix demandé au bureau était scandaleux (2 € pour une minuscule canette de 250 mL!). Je suis donc parti pour la ville sur mon vélo allégé. Digoin est une ville de taille moyenne qui compte toute une variété de magasins d’alimentation, des petits dépanneurs aux hypermarchés comme le Leclerc, qui offre toutes sortes de boissons et des produits laitiers froids, mais seulement de la bière tablette. Maugréant contre la Bourgogne et les Bourguignons buveurs de pinard, j’ai finalement acheté une grosse canette de bière belge tiède pour seulement 0,43 €, ce qui est vraiment bon marché par rapport aux prix de Montréal. Toutefois, à bien y penser, ma situation était loin d’être tragique, parce que j’avais aussi une bouteille de Bourgogne, un régal avec un petit Nectaire. Ce n’est que plus tard que j’ai appris ce secret bien gardé : les meilleurs endroits pour trouver de la bière froide sont les petits magasins de fruits et légumes – cherchez la logique. 

            J’ai pris un autre jour de congé le mercredi pour visiter la ville, prendre mes courriels et profiter d’une denrée rare, une autre journée ensoleillée. De plus, mon vélo avait besoin d’une révision. J’ai même appris comment me servir de la drôle de pompe à air de la station service, graduée en bars. Le cybercafé municipal, ouvert dès 13 h, ne coûtait que 1 €/h, soit beaucoup moins que les autres du privé. À la fin de l’après–midi, je suis allé à la piscine. J’étais le seul adulte au milieu d’une bande d’enfants. Ils observèrent bouche bée mes plongeons bizarres et audacieux, que je n’avais pas pratiqués depuis des années, avant d’en redemander. La vanité étant le principal moteur de la plupart des activités humaines, je leur en ai resservi, mais pas trop, parce que j’étais un peu raide après 10 jours de route. La France est un pays très ouvert; tout le monde parle à tout le monde, et il ne semble pas y avoir de tabou qui empêche les enfants de parler aux étrangers, ou vice versa. Soudain, un fort vent s’est levé : une autre tempête s’approchait. Je me suis réfugié dans l’abri, où les seuls visiteurs étaient les campeurs qui venaient laver leur vaisselle.

 

       

Un pêcheur sur la Voueize

Le pont-canal de Digoin

 

Le canal du Centre et le Jura

Jour 11 – Jeudi 7 juin – De Digoin à Sautenay – 116,5 km en 10½ h; v.m.d. : 17,2 km/h

           Levé vers 5 h 30, j’ai roulé ma tente mouillée et à 8 h, j’étais en route. Je suis repassé par le centre–ville désert pour traverser le pont canal monumental jeté sur la Loire, et bientôt, je roulais sur la Voie verte – une piste cyclable de première classe – mais dans la mauvaise direction. J’ai donc fait demi–tour vers le nord et suivi le canal du Centre. Une heure plus tard, j’entrais dans Paray–le–Monial, pour voir ses merveilles : l’impressionnante basilique, la tour Saint Nicolas et l’hôtel de ville du 16e siècle. Malgré le ciel couvert, cette randonnée le long du canal était un pur plaisir. Pendant un certain temps, je jouais à saute–mouton avec une péniche battant pavillon australien. Je leur ai lancé un vigoureux « G’day! » et ils m’ont envoyé la main. À la fin de la piste à Volesvres, je suis retombé sur la D974. Quelques kilomètres avant Palinges, je suis monté dans les collines pour jeter un coup d’œil sur le château de Digoine (19e siècle). À Guénelard, j’ai croisé deux cyclotouristes de Touraine en route pour Zurich. La seule grande ville que j’ai traversée était Monceaux–les–Mines, dominée par une énorme tour de refroidissement qui se mire dans le canal. Puis, le soleil est revenu. Je n’ai pu arrêter au camping de Torcy comme prévu, faute d’avoir vu l’affiche. Comme les nuages s’accumulaient dans le ciel, je me dépêchais, résolu à atteindre le camping de Conche avant qu’ils ne crèvent, mais c’est la pluie qui a gagné. Avisant un abribus à St–Léger, je suis allé tenir compagnie à un autre cycliste. C’était un ingénieur qui travaillait dans une centrale nucléaire – l’un de mes domaines de compétence en traduction. Depuis quelques années, le nucléaire, présenté maintenant comme une forme d’énergie « verte », fait un come–back en Europe et en Amérique du Nord. La cause est entendue, ils n’émettent que peu de gaz à effet de serre, mais le vert (ou mieux, le vert fluo) c’est aussi la couleur que la peau des gens peut prendre si cette industrie ne trouve pas un mode sécuritaire d’élimination pour leurs grands volumes de déchets radioactifs. 

            Après la pluie, tout était trempé et dégoulinant, on avait déjà vu de meilleures conditions pour camper. Comme les deux hôtels de St–Léger étaient fermés, j’ai décidé de continuer jusqu’à Sautenay, quelque 20 km plus loin, en espérant que le sol aurait le temps de s’assécher. Comme j’avais manqué le début du deuxième tronçon de la piste cyclable, à la sortie de St–Léger, je roulais sur la D974, quand la première crevaison est survenue. Rien de grave : 45 minutes plus tard, j’étais de retour sur la route. Un peu fatigué, c’est avec joie que j’ai quitté l’étroite D974 vers 18 h pour filer vers les collines – mais j’étais du mauvais côté du canal. Après avoir fait demi–tour, j’ai senti à nouveau du mou dans mon pneu arrière. J’ai foncé pour atteindre le camping avant qu’il ne soit complètement à plat. À Sautenay, il y avait de la bière froide dans une épicerie; comme quoi tout ne peut aller de travers le même jour! J’ai dû marcher et pousser mon vélo sur les derniers 300 mètres. J’ai choisi un site dans un grand champ avec vue sur vignoble, à quelque distance de la Grande Armada des caravanes. Encore une fois, le bon chaud soleil de juin avait asséché le sol. Après m’être égaré deux fois et avec deux crevaisons en ligne, ce fut ma journée la plus longue, sur une route par ailleurs sans difficulté.

 

        

Manoeuvre sur le Canal du Centre

Pêcheurs sur le Canal du Centre

 

Jour 12 – Vendredi 8 juin – De Sautenay à Mervans – 62 km en 9½ h; v.m.d. : 16,2 km/h

             Debout à 6 h dans le champ couvert de rosée, j’avais deux chambres à air à réparer. Comme les deux perdaient leur air au même endroit par rapport à la valve, il ne fallait pas être bien malin pour trouver le coupable : un minuscule éclat de verre invisible, incrusté dans mon pneu plutôt usé. À mesure que mon pneu arrière s’amincissait, les risques de crevaison augmentaient. Je devais le remplacer ou, à tout le moins, faire la rotation afin que le meilleur des deux se retrouve sur la roue arrière, qui supporte le gros de la charge. 

            Sur la piste asphaltée, c’était un pur plaisir de rouler le long du canal sous le soleil brillant. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, la Voie verte finissait à Chalon–sur–Saône – une très belle ville de taille moyenne. Dans le centre–ville, j’ai vite trouvé un marchand de vélos et une heure plus tard, je repartais avec un pneu neuf. Le propriétaire m’a conseillé de passer par Lons–le–Saunier et par Genève pour aller à Lausanne. Puis, j’ai téléphoné en Suisse à mon beau–fils Yannick, qui m’a dit que je pouvais arriver n’importe quand, pas de soucis. Émigré dans ce pays il y a quelques années, il a épousé Maryline. Ils vivent près de Lausanne avec Jade et Noah, leurs adorables mouflets. 

            Ensuite, comme la pluie commençait à tomber, j’ai trouvé un cybercafé avec une grande fenêtre, qui me permettait de garder à l’œil mon vélo cadenassé à l’extérieur. J’y suis resté pendant 1½ heure (5 €); sitôt reparti, les nuages se sont dispersés. Décidément, la France a maintenant un petit côté tropical avec ses ondées à heure fixe. Voilà que je retrouvais mon dilemme habituel : soit je me la joue sécuritaire dans un petit hôtel en ville, soit je continue jusqu’au prochain camping, qui pourrait bien être trempé. Je suis allé frapper à la porte de deux petits hôtels du centre–ville, mais l’un était fermé et l’autre était plein. J’aurais aimé passer toute une journée à Chalon – notamment pour visiter le musée Nicéphore Niepce, mais je déteste tourner en rond dans une ville sur un vélo chargé. Sur un coup de tête, j’ai quitté Chalon vers 16 h, la pire heure pour la circulation. Cela s’est bien passé grâce aux conseils de la gentille préposée du kiosque d’information touristique. Mon plan initial, qui était de suivre le canal du Centre le long du Doubs, n’était pas génial, parce que ce tronçon de la piste cyclable n’existe encore que sur papier... J’ai donc roulé vers l’est sur la N73 pendant quelque temps avant de filer vers l’est sur la belle D35 à travers les collines ondoyantes de la Bourgogne. Comme le camping municipal de St–Martin–en–Bresse était fermé, j’ai continué jusqu’au prochain, à Mervans. Arrivé juste avant 18 h, je me suis installé dans ce camping municipal peu coûteux, situé dans un champ à côté de la rivière. Encore une fois, le soleil avait séché le sol juste à temps. Après un bon repas, j’ai bavardé avec un vieux couple de touristes hollandais dans la salle de lavage. L’homme à l’allure athlétique, âgé de 73 ans, faisait encore du vélo chez lui.

 

        

La piste cyclable de la Voie verte, Canal du Centre

Un écluse du Canal du Centre

Jour 13 – Samedi 9 juin – De Mervans à Pontarlier – 119 km en 11 h, v.m.d. : 14,3 km/h

            Parti sur la D970 et la D470 dans le brouillard matinal, je traversais de vertes prairies parsemées de bétail blanc. Arrivé vers 10 h, à Lons–le–Saulnier, un centre industriel grisâtre, j’ai fait une pause dans un café pour demander quel était le meilleur chemin pour la Suisse. « Prenez le bus », m’a dit le comique du groupe. Un autre m’a conseillé de prendre la D471, la voie principale qui relie la France à la Suisse en toute saison. Cela faisait bien mon affaire parce que cette route arrive directement à Cossonay, près de Lausanne, où j’étais attendu; de plus, elle évitait les grands axes achalandés autour de Genève et de Lausanne. 

            Peu après, j’ai attaqué la première montée, longue de 8 km. Avec son large bas–côté et sa faible pente d’environ 4°, et grâce à mon lecteur mp3, cette montée m’a paru très zen. J’étais maintenant dans les collines du Jura. Dans un bar de Pont–du–Navoy où je cassais la croûte, les gars étaient en grande conversation. Avant de partir, pour faire une blague, je leur ai demandé le chemin pour le parc Jurassique. L’un d’eux m’a dit de prendre la route de Besançon. Yannick m’a expliqué plus tard qu’il y avait un « vrai » parc Jurassique au Jura, où l’on pouvait voir d’authentiques dinosaures plastiques! À mon départ, les joyeux drilles m’ont recommandé de ne pas aller trop vite dans les montées. 

            La deuxième montée, juste après Champagnole, faisait bien elle aussi 8 km, et elle n’était pas plus difficile que la première, puis je filais sur le plateau de la Franche–Comté, dont les églises sont coiffées de clochers d’allure pas très catholique, pour ce que j’en sais. Quelque part dans une courbe au beau milieu d’un défilé, un motard m’a doublé à tombeau ouvert, moteur beuglant, penché à un angle extrême – j’ai senti son casque passer près de moi, pendant une fraction de seconde pas trop rassurante. Avant Pontarlier, j’ai vu un autre signe indiscutable de la proximité de la Suisse : les vaches avaient des taches noires ou brunes. J’étais très fatigué quand je suis arrivé à Pontarlier vers 18 h. Le camping municipal est juste à l’extérieur des limites de la ville, sur le flanc ouest du mont Larmont. J’ai dû me taper une dernière montée pour y arriver. C’était un beau camping avec une belle vue sur la vallée, baignée dans la lumière chaude du couchant. C’était ma plus longue journée sur la route (116 km), et la troisième sans pluie. 

            Mes voisins étaient un jeune couple d’Allemands avec leurs trois filles aux cheveux de lin. Ils avaient fait beaucoup de cyclocamping avec leurs petites, mais, lorsque la troisième est arrivée, ils ont acheté une minifourgonnette VW convertie en campeur. Ils m’ont invité pour le café. Les fillettes bien élevées sont allées se coucher sans rechigner, et nous avons continué à bavarder. Le piaffement des chevaux du champ voisin a cessé quand le soleil est disparu. Pour ma dernière nuit de camping, j’avais tout ce qu’on peut désirer : un sol sec et un ciel étoilé.

En Suisse

Jour 14 – Dimanche 10 juin – De Pontarlier à Cossonay – 52 km en 4½ h, v.m.d. : 16,1 km/h

             Prenant la E23 vers 7 h 30 h sous un ciel couvert, je suis passé par un défilé gardé par le Fort de Joux, perché au sommet d’un roc aux pentes abruptes dominant la vallée – flanqué d’une improbable grue distributrice. Au Moyen–Âge, les seigneurs de Joux prélevaient des droits de passage sur les marchandises qui traversaient les Alpes. Un seul coup d’œil aux gorges encaissées suffit pour comprendre l’intérêt de l’affaire. Puis, comme la bruine se mettait à tomber, j’ai attaqué d’un cœur vaillant les dernières collines avant la frontière de la Suisse. Après quelques kilomètres de collines ondoyantes, à ma grande surprise, j’ai vu cette affiche « Col des Hopitaux–Neufs (1028 m) » : j’étais déjà rendu au sommet! Je me suis pincé pour voir si je ne rêvais pas : la grosse journée de montée était derrière moi. Je roulais maintenant sur un haut plateau, du gâteau. À la frontière, sous la pluie, les agents des douanes français m’ont posé quelques questions, dictées par la curiosité pour la plupart, et ils m’ont souhaité bon voyage. Le douanier suisse, pour sa part, m’a fait signe de passer sans même contrôler mon passeport; il était clair que je ne pouvais passer un bien gros volume de marchandises françaises. J’ai fait une pause dans un café bondé de Vallorbe. Après m’être procuré des francs suisses et une carte d’appel, je suis reparti sur le chemin de Lausanne (Route 9). La pluie s’était calmée, mais la vue de la montagne était bouchée par des nuages trop bas. Après avoir traversé Croy et Pompalle, j’ai gravi une dernière colline et j’ai filé sur un plateau recouvert de diverses cultures ou de jachères piquées de coquelicots. Enfin rendu à Cossonay vers midi, j’ai trouvé sans problème la maison de Yannick et de Maryline. Plutôt crevé, j’ai remisé mon vélo dans le garage. Selon l’odomètre, j’avais parcouru une distance totale de 1 158 km pendant ce voyage. 

            Après quelques jours de visite et de marche en montagne autour du lac Léman avec Yannick, j’ai repris le train de Lyon pour le voyage de retour. Comme la Suisse est en plein centre de l’Europe, j’ai pensé que ce serait dommage de rapporter mon matériel à Montréal, la seule pensée d’avoir à traîner tout ce stock dans les transports publics me donnait des sueurs froides! Avec la gentille permission de mes hôtes, j’ai laissé le gros de mon équipement à Lausanne pour un autre voyage de vélo en 2008, probablement en Italie ou en Allemagne. 

            La France est un endroit formidable pour le cyclocamping : ce mode de voyage peu coûteux est une façon très agréable de visiter ce beau pays aux multiples facettes. L’inconvénient du cyclocamping est une mobilité limitée, par rapport aux autres moyens de transport, mais les mordus du vélo y trouveront leur compte, peu importe leur motivation.

         
Vallorbe, Suisse
Le beau lac Léman, près de Lausanne
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