par Guy Van Sinoy,
ex-délégué de la Centrale générale FGTB
Décembre et juillet sont des mois périlleux pour les travailleurs car l'activité industrielle tourne au ralenti et les militants syndicaux sont difficilement mobilisables. Gouvernement et patronat en profitent souvent pour faire l'un ou l'autre mauvais coup.
Cette année, ils ont profité de juillet pour acculer les travailleurs de Clabecq à un référendum truqué. Truqué car le référendum permettait une seule réponse à deux questions différentes: le démarrage d'une nouvelle société (Duferco) et le règlement des créances du passé (Clabecq). Faussé, car les secrétaires syndicaux nationaux(1) ont menti aux travailleurs en affirmant que toutes les créances depuis 1992 seraient remboursées(2). Falsifié, car une partie des prépensionnés a voté. Contrefait, parce que toute personne (voisin, parent) chargée de relever le courrier de travailleurs en vacances a pu voter à leur place car les bulletins de vote n'étaient pas envoyés en recommandé! L'essentiel pour Grosso, Collignon, et leurs complices de l'appareil syndical étaient de bourrer des urnes pour légitimer un accord juteux pour Duferco(2).
Malgré ces irrégularités flagrantes, il faut cependant considérer qu'une majorité importante de travailleurs a voté "Oui". Beaucoup de prépensionnables ont redouté de se retrouver chômeur complet jusqu'à la pension. Bon nombre de travailleurs, tout en continuant à soutenir la délégation syndicale sans laquelle rien n'aurait été obtenu, se sont sans doute trouvés déroutés par la position de la délégation qui acceptait le projet industriel Duferco tout en appelant au boycott de tout référendum qui amalgamerait la nouvelle société et les créances du passé. Le facteur le plus important a sans doute été l'isolement des travailleurs de Clabecq(3) d'autant plus que le manque d'argent s'est fait cruellement sentir après 6 mois de lutte. Comment peut-on parler de vote "libre" quand tous les médias, dans une atmosphère de pogrom, multiplient les menaces envers les travailleurs et déversent des tonnes de calomnies sur la délégation syndicale et sur son porte-parole Roberto D'Orazio(2).
Rentrant de vacances pour déclarer "on a oublié d'enlever à D'Orazio le drapeau de la FGTB", Michel Nollet a donné le coup de poignard décisif dans le dos de la délégation la plus combative de ce pays. Depuis vingt ans, des centaines de délégués syndicaux combatifs ont été abusivement licenciés. Au lieu d'engager une lutte pour changer la loi et imposer la réintégration de ces délégués, l'appareil syndical s'est contenté de réclamer le paiement d'indemnités de rupture aux délégués concernés (4). En cautionnant le refus de Duferco de réembaucher la délégation ET en acceptant la levée des indemnités de rupture aux délégués, Nollet porte un coup encore plus grave à tous les délégués syndicaux de ce pays. Un général qui se conduirait ainsi sur un champ de bataille serait immédiatement traduit en Conseil de guerre pour haute trahison.
Michel Nollet a au moins trois motifs de se méconduire de la sorte. C'est avant tout un homme d'appareil défendant un syndicalisme de concertation(5): il fallait éteindre à tout prix le foyer d'agitation à Clabecq car la situation est tendue dans de nombreuses entreprises (Sabena, SNCB, La Poste, FN,...). L'appareil syndical, terrifié par l'ampleur de la Marche pour l'Emploi du 2 février à Clabecq, n'a pas avalé que Nollet - noyé parmi les 70.000 manifestants - n'ait pu prendre la parole. Ensuite, en coupant l'herbe sous le pied de la délégation de Clabecq, Nollet veut déforcer le Mouvement pour le Renouveau syndical(6) avant le congrès de la FGTB. Enfin, pour permettre à ses amis politiques au gouvernement d'imposer un nouveau pacte social, Nollet devait d'abord éteindre les incendies à Renault et à Clabecq.
Que Nollet ne se réjouisse cependant pas trop vite. La voie dans laquelle il engage son organisation syndicale est sans issue car ses amis sociaux-démocrates au gouvernement continueront à servir la bourgeoisie et ses plans d'austérité.
En ce qui nous concerne, nous appelons les travailleurs écoeurés pas le comportement des bonzes syndicaux à ne pas jeter leur carnet syndical, mais à lutter ensemble avec le Mouvement pour le Renouveau syndical pour un syndicalisme de combat où les dirigeants - à tous les niveaux - sont démocratiquement élus et révocables par la base.
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(1) Delory (CSC/Métal), Coumont (CSC/Employé), Fontaine (FGTB/Métal), Labarbe (FGTB/Employé).
(2) Voir l'article sur Clabecq.
(3) Parmi ceux qui ont courageusement défendu les travailleurs de Clabecq jusqu'au bout il faut citer Paul Binje (président des métallos FGTB du Brabant) et la délégation FGTB de Caterpillar. D'autres délégations de la métallurgie devraient peut-être faire leur examen de conscience à ce sujet.
(4) Ce qui permet aux bureaucrates syndicaux de se débarrasser de délégués combatifs tout en laissant les patrons faire le sale boulot.
(5) Contrairement à certains, nous n'avons jamais écrit que Nollet était un dirigeant "de gauche". Voir Le Militant nE4, p.2, octobre 1995.
(6) Pour obtenir la plate-forme du Mouvement pour le Renouveau syndical, écrivez-nous: BP2, 9000 Gand 21 (tél 09/232.13.94)