Le référendum à Clabecq

Un duperie à grande échelle

Les travailleurs de Clabecq ont été roulés lors du référendum de juillet 1997. Pour bien comprendre la manoeuvre, il faut rappeler quelques chiffres.

Les dettes de Clabecq aux banques et aux organismes: près de 2 milliards de cadeaux de l'État aux patrons.

Les banques récupèrent leurs sous jusqu'au dernier centime. L'État (avec l'argent du contribuable) fait jouer sa garantie sur l'hypothèque de 1,2 milliard de la SNCI. A ce sujet, la Commission européenne décidera sans doute que ce transfert des caisses du trésor public vers le coffre d'une banque est une aide publique illicite.

Les dettes de Clabecq à l'ONSS (400 millions) et à l'administration des impôts (370 millions de précompte professionnel sur les salaires) sont effacées de l'ardoise.

Les créances des travailleurs

"Sous réserve de l'approbation de l'accord social, la curatelle acceptera toutes les créances des travailleurs (y compris les arriérés depuis 1992 et à l'exclusion des protections syndicales).

Le fonds de fermeture prendra en charge toutes les créances acceptées par la curatelle dans les limites et plafonds prévus par la réglementation et ce pour un maximum de 900.000F brut" (paragraphe 2 du volet social du protocole d'accord). On va donc rembourser aux travailleurs tout ce qu'on leur doit? Pensez-vous!

Les préavis représentent globalement 2,3 milliards: 473 millions pour 1.364 ouvriers, 1,2 milliard pour 364 employés et 613 millions pour 84 cadres.

Pour les sommes retenues sur les salaires depuis 1992 sous forme de prêts à l'entreprise (10% du salaire pendant 10 mois, ainsi que la prime de fin d'année pendant 5 ans), nous ne disposons pas du chiffre global, mais dans la mesure où cela correspond à environ six mois de salaire, la somme totale (sur base du salaire d'un ouvrier) avoisine 1,2 milliard.

Le total des créances du personnel s'élève donc à environ 3,5 milliards. Or, la vente de la valeur brute (450 millions) du stock de produits finis (tôles) et semi-finis (brames) donnera un produit net de 350 millions pour le paiement des créances des travailleurs. Il manque donc plus de 3 milliards pour payer ces créances. De plus, ces créances n'étant pas payées de façon égalitaire, mais selon le principe "au marc le franc" (à la proportionnelle de la créance), ce sont principalement les employés qui bénéficieront de la vente du stock (un employé touchera environ 250.000F et un ouvrier 60.000F). Brut!

Le fonds de fermeture des entreprises interviendra, mais "dans les limites et plafonds prévus par la réglementation et avec un maximum de 900.000F brut". Un ouvrier avec 28 jours de préavis (créance de 600.000F) touchera 270.000F brut. Un autre, avec un préavis de 112 jours (créance de 800.000F) touchera 480.000F brut.

 

Duferco: par ici la monnaie!

Une usine sidérurgique occupe une superficie importante et le site est encombré de vieux bâtiments et de vieux outils de production. La première activité de la nouvelle société sera d'assainir le site. Duferco bénéficiera pour cela d'une aide de la Communauté européenne (1,5 milliard) et compte récupérer 2 milliards sur le site sous forme de mitrailles à traiter directement dans le haut-fourneau. Une fois assaini, le terrain industriel (100 hectares) aura une valeur de revente élevée.

On comprend donc pourquoi Duferco, qui n'a rien d'un philanthrope, voulait faire main basse sur ce pactole. L'enjeu du référendum était d'obliger les travailleurs à accepter un plafonnement de leurs créances. Compte-tenu de la valeur des mitrailles et du terrain, il y avait bien 3 milliards pour payer le total des créances des travailleurs!

Enfin, la faillite des Forges ayant été prononcée le 10 janvier, il fallait que la reprise s'opère au plus tôt 6 mois après la faillite (au plus tôt le 10 juillet) de manière à annuler toutes les conventions sociales existantes et avant la fin juillet de façon à profiter de la période de congé pour éviter toute mobilisation de masse.

 

Qui sera repris et à quelle condition?

D'ici mars 1998, 824 travailleurs seront engagés (682 ouvriers, 120 employés et 12 cadres) et 69 en sous-traitance. Comme le nouvel employeur compte s'adresser au service de recrutement de l'ONEm, rien ne dit que ce seront tous d' anciens travailleurs des Forges.

 

Les prépensionnés.

Les travailleurs en service au 10/1/97 qui atteindront l'âge de 50 ans au 31/12/98 seront prépensionnés (indemnité de chômage plafonnée à environ 34.000F brut + environ 14.000F de complément). On peut se demander le pourquoi de cette extension à la date du 31/12/98. De fait, tout travailleur prépensionnable devient un électeur qui votera probablement "Oui" lors du référendum.

 

Ceux qui resteront sur le carreau.

Ils toucheront 5.000F brut de complément mensuel pendant cinq ans tant qu'ils seront chômeurs complets. Ces sommes seront payées par un fonds social alimenté par Duferco (10 millions par an) et (comble du cynisme) par une contribution des travailleurs réembauchés!

Parmi ceux qui resteront sur le carreau, il y a la délégation syndicale. Les conditions de rémunération et la représentation syndicale (combien de délégués? élus comment?) seront n&eacu te;gociées par l'appareil syndical. Le plus scandaleux là-dedans est évidemment le fait que les bonzes syndicaux jettent à la poubelle ses meilleurs délégués syndicaux.

 

Médias:

Quand les journalistes lynchent les délégués

Léon Trotsky a un jour écrit que dans le système capitaliste, un bourgeois peut s'offrir une danseuse, un bordel ou un journal. A la veille du référendum, quotidiens et télés se sont déchaînées contre la délégation de Clabecq.

Dans un éditorial daté du 15/7, le distingué Écho de la bourse s'abandonne à une littérature de basse fosse. Roberto D'orazio, président de la délégation syndicale de Clabecq y est traité "d'archéo-marxiste" "préoccupé par sa précieuse petite personne," de "syndicaliste totalitaire, émule de l'intolérance, de l'intimidation, de la violence et de l'obscurantisme ".

La Libre Belgique (16/7) est allé dénicher un secrétaire de la fédération (chrétienne) des métallurgistes italiens qui affirmait sans rire: "Duferco est digne de confiance". (Tu parles! En 1995, Duferco a magouillé une joint-venture avec le groupe sidérurgiste Ilva. Ilva apportait 55% des capitaux mais Duferco gardait la majorité de vote. Juste avant la privatisation d'Ilva, Duferco rachetait la participation d'Ilva dans Duferco pour une croûte de pain!).

Le comble a été atteint par la RTBf (contrôlée par le PS) qui a passé sur antenne des interview de petits bourgeois enragés de Tubize se déchaînant contre "la maffia de D'Orazio". Pour un peu, on revenait aux années 50, quand les clichés racistes sur les "macaronis" humiliaient les premiers mineurs italiens arrivés en Wallonie.

Bien entendu les rédacteurs des journaux télévisés qui ont diffusé de telles saloperies ne se sont pas préoccupés de donner un droit de réponse aux intéressés ni même d'interviewer des travailleurs de Clabecq. La déontologie de tels journalistes est inversement proportionnelle à l'ambition qu'il nourrissent pour leur petite carrière personnelle...

Angelo Butera

1964 - 1997

Militant syndical FGTB à Clabecq, Angelo Butera était de tous les combats au cours de ces derniers mois. Le 5 juillet dernier, il est mort subitement d'un accident cardiaque, brutalement arraché à sa famille, à ses amis et à ses camarades de combat.

Une délégation de nos camarades représentait Militant lors des funérailles d'Angelo qui se sont déroulées à Clabecq en présence d'un millier de personnes.

A Gand, le samedi 12 juillet, au meeting international organisé par le Comité pour une Internationale ouvrière, la salle a observé une minute de silence à la mémoire d'Angelo avant que le camarade Dache ne prenne la parole.

Le Militant
Hosted by www.Geocities.ws

1