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Trente-sept jours apr�s la greffe Yannick Dagenais, atteint de leuc�mie, a re�u une greffe de moelle osseuse le 11 f�vrier dernier. Trois semaines plus tard, il quittait l'h�pital. La greffe a r�ussi, disent ses m�decins. Le Sentier a voulu savoir comment Yannick vit l'apr�s-greffe. Comment vas-tu, Yannick, depuis ta sortie de l'h�pital ? Je ne suis pas mal nerveux, je dois faire attention tout le temps, il faut pas que j'attrape des virus, mon �tat est plut�t fragile. Je peux pas aller en public, parmi la foule, je dois rester chez moi. Je suis comme au ralenti, ma t�te veut foncer, mais mon corps n'est pas pr�t. � quel moment pourras-tu vraiment dire que tu as remport� la victoire contre le cancer ? Je suis pr�sentement dans la p�riode la plus critique, je ne peux pas encore crier victoire, loin de l�. Les 120 jours qui suivent une greffe de moelle osseuse sont d�terminants. Apr�s cette p�riode, mon corps pourrait encore rejeter la greffe, mais �a pourrait pas me tuer. Je n'en suis qu'� la 37e journ�e apr�s la greffe Quels sont les signes ou les sympt�mes qui pourraient annoncer le rejet de cette greffe? Des plaques rouges dans les paumes des mains, des boutons ou des rougeurs, des picotements. Si tout � coup mes yeux ou ma peau devenaient jaunes, cela voudrait dire que le foie est attaqu�, et les chances de m'en sortir seraient tr�s faibles. Aucune prise de sang ne peut r�v�ler s'il y a rejet. C'est juste moi qui peux le savoir. Je dois m'observer tout le temps, pis je me regarde en tabarnouche. J'ai assez peur! Mais chaque fois qu'une journ�e se termine, je me dis, en voil� une de pass�e ! Est-ce que tu dois retourner � l'h�pital parfois? Tous les jeudis de la semaine, je re�ois, par intraveineuse, un traitement de gamma globuline qui dure six heures. C'est pour renforcer mon syst�me immunitaire.
Le plus dur, c'est l'attente, voir les quatre murs de ma chambre et me demander si c'est la derni�re chose que je vais voir avant de mourir. Se dire, j'ai juste 20 ans, j'ai encore rien vu, je veux pas que ma vie s'arr�te ici. La souffrance physique, tu sais que �a va finir � un moment donn�, pis dans mon cas, �a s'est bien fini. Mais le pire je le vis maintenant, je ne sais pas si je vais m'en sortir, mais je m'encourage : plus je m'�loigne du moment de la greffe, plus mon corps s'habitue � sa nouvelle moelle. Comment t'es-tu senti au moment de recevoir la moelle de ton donneur ? C'est difficile � expliquer. C'est �nervant, tu ne sais pas quoi faire. Tu te dis que c'est ta deuxi�me chance qui s'en vient, que tu peut t'en sortir. La moelle arrive, une carte de souhaits l'accompagne, c'est ton donneur qui t'envoie ses encouragements et ses pri�res. Tes parents, divorc�s depuis longtemps, sont l�, � cot� de toi, leurs conjoints aussi. Ils sont super nerveux. Eux savent les risques que tu prends. L'infirmi�re aussi. Tout se joue en 15 ou 20 minutes. J'aurais pu me mettre � trembler, avoir un arr�t respiratoire, mourir � ce moment-l�, comme tant d'autres.... Une des cons�quences de la chimioth�rapie, c'est de rendre le malade st�rile. Qu'en penses-tu ? Il n'y a encore rien de s�r � ce sujet-l�. Je vais le savoir dans un an quand je ne prendrai plus aucun m�dicament. �a pourrait prendre trois ou dix ans avant que tout soit correct. Mais, en attendant, ma famille est sur la glace. Que veux-tu dire par l�? La plupart des leuc�miques ne le font pas, mais moi, je suis all� � PROCREA pour faire conserver mon sperme. Cela m'a co�t� 230 $. Ensuite, ce sera 100 $ par ann�e jusqu'� ce que je d�cide de l'utiliser. �a ne co�te pas trop cher de gardienne, je trouve ! Si je suis vraiment st�rile, je pourrai alors me tourner vers l'ins�mination artificielle. Et si �a ne marche pas, il me restera toujours l'adoption internationale. Est-ce que tu te sens diff�rent d'avant ? Qu'est-ce qui a chang� en toi depuis le d�but de ta maladie? � l'h�pital, tu te remets en question. Tu ne fais que �a, penser. Tu te dis qu'il est temps de te r�veiller, que t'as fait des affaires tout croches avant. T'es isol� dans ta chambre; le soir, quand tu te couches, t'es tout seul. Je pensais beaucoup � mes deux grands-p�res, Jacques et Albert. Et aussi � Denis Moquerelle, un ami qui s'est tu� dans un accident d'auto, celui qui m'a tout appris de ma job de boucher. Je disais � mon grand-p�re Jacques qui m'appelait toujours son chum : tu peux pas laisser ton chum partir si vite, de m�me, j'ai rien v�cu encore, aide-moi ! Je me trouve chanceux quand m�me, j'ai pas eu de mis�re, j'ai eu rien en comparaison avec d'autres malades. 98 % des greff�s n'arrivent plus � manger, ils ont la gorge br�l�e � cause de la chimio. Moi, �a me prenait peut-�tre 45 minutes, mais je pouvais encore manger. 95 % font de la fi�vre, j'en faisais pas. Ils sont super faibles, moi j'arrivais encore � faire du bicycle stationnaire. Ce ne sont pas tes joueurs de hockey que j'admire le plus maintenant, ce sont les malades, comme ceux que j'ai vus � l'h�pital. Quand je serai tout � fait gu�ri, je vais aller les encourager. Je vais �tre davantage en mesure d'aider les autres. ___________________________ |
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Victoire sur la leuc�mie Yannick Dagenais, atteint de leuc�mie, a re�u une greffe de moelle osseuse le 11 f�vrier 2000. Il peut aujourd'hui crier victoire ! Aux Jeux olympiques de la Vie, il remporte la palme d'or. La greffe a r�ussi et Yannick est gu�ri ! Yannick, comment �a va ? �a va tr�s, tr�s bien. J'ai recommenc� � travailler au MAXI � Saint-Antoine depuis presque trois semaines. Je fais ce qu'on appelle un retour progressif � l'emploi. J'avais vraiment besoin de travailler; car je n'avais plus d'argent apr�s avoir �coul� les semaines d'assurance salaire et d'assurance ch�mage auxquelles j'avais droit. Il ne me restait plus qu'�, demander l'aide sociale, c'�tait d�primant et pas du tout motivant. Je travaille depuis l'�ge de neuf ans, moi ! Je ne peu pas rester � rien faire. Tu n'as plus le cancer alors ? Non, le m�decin m'a dit que mon sang �tait parfait : il n'y a plus aucune cellule canc�reuse. La greffe a r�ussi, mais comme aucun docteur ne va garantir une gu�rison � 100 %, on dit que je suis en r�mission. Si je prends bien soin de moi, si je m'alimente bien, si je ne mange pas trop mes �motions, on en parlera plus de mon cancer dans trois ans. Comment as-tu v�cu les sept mois qui viennent de s'�couler depuis ta greffe ? Le premier mot qui me vient � l'esprit, c'est la peur. La peur d'attraper un virus. J'avais les nerfs � vif. J'�tais tellement pr�s du but, fallait pas que j'attrape de virus. Je vais chez toi, tu tousses ou ton enfant a la grippe, je te dis pourquoi t'as pas averti, je deviens impatient, �nerv�, je ne pense qu'aux virus qui peuvent m'avoir. Fallait toujours faire attention. Des mois d'angoisse, vraiment. Dans les moments de solitude, as-tu parfois pens� que tu allais mourir ? J'ai eu peur de mourir, c'est s�r. Comme j'ai re�u une greffe d'un donneur non apparent�, j'avais 70 % de risques de faire un rejet. Et quand un rejet survient 120 jours apr�s une greffe, c'est un rejet aigu et c'est tr�s dangereux, t'as la peau toute br�l�e et tu peux en mourir. Moi, j'ai fait un rejet chronique 167 jours apr�s ma greffe, l� t'en meurs pas, c'est la nouvelle moelle qui se place, mais faut pas que t'attrape de virus parce que la, t'as pas grand chance de t'en sortir. Dois-tu prendre des m�dicaments, recevoir des traitements de chimio ou autres ? Pendant les six prochains mois, je dois prendre beaucoup de m�dicaments : de la cortisone, du magn�sium, un anti-rejet, des antibiotiques. Mais je diminuerai les doses progressivement. Je prends �a un peu comme un jeu, j'aligne les couleurs, pis j'avale ! Tu sais, quand tu peux respirer, quand tu peux marcher, quand tu peux jouer au golf ou au hockey, c'est rien de prendre un tas de pilules! Yannick que comptes-tu faire maintenant de cette nouvelle vie qui t'est donn�e ? Je reviens de loin, j'ai pass� quelque chose de pas facile, les chances de m'en sortir �taient pas tr�s grandes. Des �motions, j'en ai connues beaucoup, �a trop brass�, alors l�, je relaxe, je me place tranquillement. Mais j'ai bien l'intention d'en profiter � fond. Pas dans le sens de tout avoir ou de tout avoir tout de suite ou tout neuf comme beaucoup de jeunes le veulent. Le flashing, �a m'int�resse plus. Je veux appr�cier ce que j'ai, ne pas rouler au-dessus de mes moyens. Avant, j'aurais dit je vis au jour le jour, maintenant j'ai des projets � long terme. Par exemple, en octobre je m'en vais en appartement avec mon fr�re Francis, je suis bien content, �a va aller bien avec lui. Je veux aussi aller encourager les personnes qui ont le cancer, leur dire qu'il ne faut jamais l�cher, qu'il faut continuer � se battre. Les malades, moi, j'admire leur courage en tabarnouche, ce sont eux les vrais h�ros ! _________________________ |
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