| L'enfant qui pleurait sans l'arme (suite) |
| Je l'avais m�pris tr�s souvent et je le sais, il ne m'a pas crue tout de suite. J'avais cru qu'en l'approchant, il s'approcherait lui aussi, comme pour le petit Prince de St-Exup�ry, mais �a n'avait pas fonctionn�. Le travail est plus dur et plus frustrant, alors j'avais laiss� tomber. Il est tr�s difficile de donner sans recevoir, de semer sans r�colter, de peindre sans voir de tableau et de croire que peut-�tre finalement, n'y-a-til pas de coop�ration de la part de ce sombre bambin. C'est le pi�ge. L'histoire se r�p�te. Quand on l'approche on finit par le laisser tomber. Alors, pour ne pas vivre cette l�gitime souffrance, il est effectivement dans son int�r�t de ne pas s'ouvrir. Imaginez, si �a lui prend deux ans � vous laisser l'approcher � moins d'un m�tre, qu'il le fait non sans douleur et effort et qu'apr�s il est laiss� pour contre... on comprend que son espoir s'effrite et qu'il ne croit plus personne. Son cercle est vicieux... J'ai une agr�able impression de commencer � le conna�tre un peu... Il m'appara�t pourtant pris dans une cage dans laquelle je refuse de croire qu'il peut vraiment vivre. Quelque chose cloche. Quel est son monde et � quoi ressemble la terre, la vie, vues de cette tour bien herm�tique. --- Il a attir� ma curiosit�, suscit� mon sens du d�fi et tout-�-coup j'ai envie de jouer le jeu de la patience avec lui. � patience, arme secr�te... pourras-tu �tre l'Arme... --- Au fond (et c'est tant mieux), je ne crois pas trouver quoique ce soit, je n'esp�re m�me pas � arriver � quelque chose avec lui, mais son jeu m'attire quelque part. Il a donn� une nouvelle teinte � mon arc-en-ciel du matin. Je l'explore comme une enfant qui a trouv� une grenouille derri�re chez elle. Moi j'ai ma grenouille et je ne veux surtout pas qu'elle se transforme en prince... pour � son tour me laisser jouer toute seule. En plus... je crois qu'il me laisse errer dans son univers. Je ne suis pas psychi�tre, ni psychologue, ni m�decin et je ne suis pas certaine d'�tre m�me adulte. Cet enfant n'est pas malade. Il n'est ni schizophr�ne, ni autiste, nid�bile... et j'imagine qu'il n'est pas s�r d'�tre un enfant non plus... Tr�s de philosophie. Nous ne nous connaissons pas et n'avons aucune raison bien particuli�re de nous croiser vraiment, sinon qu'on en a envie... enfin... je parle pour moi et pourquoi pas pour lui puisqu'il ne parle pas. --- Nos �changes sont silencieux. Je crois que c'est normal pour moi, d'avoir eu cette envie d'�crire sur ce dr�le de bonhomme que je m'approprie de plus en plus... Je prends des notes, j'observe et je m'amuse � d�couvrir cette �trange chimie qui s'op�re quand on p�n�tre le cercle de quelqu'un de si diff�rent. C'est comme un travail secret que je fais et j'adore �a. Pourtant, et c'est la richesse de ce qui est d�routant, il me semble que les plus grands moments que j'ai connus en la pr�sence de mon nouvel ami se sont pass�s alors que rien n'avait �t� intellectualis�. Il appara�t que l'instinct, l'�coute, la pr�sence, c'est �a qui marche le plus. J'avoue que c'est plus ou moins �tonnant. Parfois pourtant, je me demande si dans son silence, il ne lui ferait pas du bien de "mieller" ses murs � l'aide de petites paroles bien douces, bien simples, bien inoffensives, de chant peut-�tre, d'un peu de mots pour placer ceux qui doivent n�cessairement se balader dans sa petite t�te. Je n'ai pas encore os�. J'attends d'�tre s�re d'en avoir envie... et puis ne sommes-nous pas dans du "senti" ? Bien s�r. Continuons. Je ne sais pas s'il y a beaucoup de monde sur sa route. Je ne sais m�me pas quelle est son histoire, sa famille, je ne suis m�me pas s�re de conna�tre vraiment l'endroit qu'il habite... et je me demande s'il en a une id�e lui-m�me... Tout ce que je sais, c'est qu'il pleure sans larmes. je suis maintenant presque certaine que c'est sa fa�on � lui de pleurer. On peut ne rien comprendre, tous les gestes humains sont semblables et ont un langage d�codable. Visiblement, il souffre et quelque chose se passe en lui qu'il a du mal � apaiser. Il est comme coinc� quelque part et ses sourcils se froncent tellement qu'on peut penser qu'il ext�riorise tout de m�me quelque chose. On reconna�t quelqu'un qui est dans le petit trou noir que nous vivons juste avant de pleurer et de se calmer par nos larmes, celles qui humectent les rus ass�ch�s par un des barrages que l'humain sait trop bien faire. Mais dans le cas de cet enfant - et c'est ce qui est dur � voir - aucune larme ne vient et on se demande ce qui se passe pour que la temp�te cesse. S'apaise-t-il vraiment ou renforce-t-il un ph�nom�nal bouchon fait d'une mati�re que j'ignore et qui est peut-�tre la cl� de ses jours et peut-�tre surtout de ses nuits... Je crois qu'il a toujours le m�me visage depuis toujours. Pourtant, au d�but je le voyaix gai et aujourd'hui je l'interpr�te triste. Est-ce moi qui le voit triste parce que je ne peux croire qu'il ne pleure pas ou bien est-ce une r�alit� que je n'avais tout simplement pas comprise la premi�re fois ? A-t-il des moments de joie ? C'est difficile � voir. |