Jibun Kakumei > Chapitre 4 : Souvenirs


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*******************************************first step****

Miroku était plongé dans ses devoirs alors qu'un vent frais essayait de se glisser par les fentes de la fenêtre. Il releva la tête pour contempler le paysage qui s'étendait depuis lepensionnat jusqu'au haut de la colline qui protégeait la vallée des assauts du mauvais temps. Des lumières se voyaient déjà dans les habitations, le jour finissait de plus en plus tôt, c'était à peine si le soleil se laissait apercevoir pendant la journée. Il ne restait que les humains pour arriver à continuer à travailler malgré tout, tous les animaux s'étaient plusou moins déjà préparés pour l'hiver.
Le visage reposant sur sa main, il était perdu dans ses pensées, son stylo reposant sur son cahier et dessinant des motifs étranges sous les mouvements involontaires de son bras.
Le silence qui s'était installé fut interrompu par des pas précipités dans le couloir. Il n'en tint pas compte, s'intéressant plus à la fin du jour qui colorait le ciel d'étrange façon. Il se demandait si les nuages allaient enfin céder la place au ciel limpide et surtout aux étoiles qui se cachaient depuis trop longtemps à son goût.
Le coup frappé à sa porte le fit littéralement sauter de sa chaise et son stylo lui échappa, allant rouler sous son lit. Intrigué, il alla ouvrir la porte qui révéla un Sano à bout de souffle, échevelé, les joues rosies par le froid, son air assuré habituel s'ornant d'un petit sourire confiant à l'adresse de son ami.

- Sempai ?
- S'lut Miroku !
- Euh... bonsoir...
- Désolé d'te déranger maintenant, dit-il en lorgnant du côté du bureau de Miroku où s'accumulaient des livres de cours, mais j'aurai besoin de ton aide..
- Oh... oui pourquoi ?
- Ben en fait les gars sont sortis en ville - bande de lâcheurs - et j'ai des problèmes avec l'éclairage du stade de foot... L'entraîneur a pas eu l'temps de le réparer alors j'essaie de l'faire. Seulement j'peux pas être à deux endroits en même temps... C'est pour ça que j'aurai besoin de toi... Si ça t'gêne pas... Ca sera l'histoire de cinq minutes pas plus...
- Oh mais il n'y a pas de problème. Qu'est-ce que je dois faire ?
- Prends ton manteau déjà, fait froid dehors, j't'expliquerai l'reste quand on sera arrivés.
- D'accord, j'arrive tout de suite.

Il abandonna l'idée d'essayer de récupérer son stylo sous le lit, attrapa son manteau au portoir et y ajouta une écharpe avant de se dépêcher de rejoindre Sano.
Dans sa chambre vide, le vent siffla contre les carreaux, collant une feuille d'érable contre la vitre. Quand la brise fut passée, la feuille retomba mollement et fut emportée au loin par un nouvelle bourasque. Une lettre qui restait en équilibre sur le rebord du bureau, poussée par un courant d'air, tomba par terre. Une feuille de papier sortait un peu de l'enveloppe, révélant des bouts de phrase :
"... revienne à la maison. Au moins pour les vacances de Noël.
... au moins à ta soeur
... reparler de ta situation ensemble."

Alors qu'il suivait son sempai, Miroku entendait cette dernière phrase dans sa tête. Il souhaitait plus que toute autre chose se divertir et oublier l'été qu'il venait de passer chez lui.

*******************************************second step****

Il rejoignit Sano qui l'attendait devant la porte du pensionnat, réajusta son écharpe qu'un coup de vent avait failli emporter. Il suivit son sempai en courbant la tête contre les brusques raffales de vent qui s'abattaient sur eux de temps à autre.
Ils se dirigèrent rapidement vers le local du club de foot qui était resté ouvert.
"En fait le compteur électrique des spots est caché dans ce coin en bas et comme il n'y a pas de fenêtres je n'arrive pas à voir si ce que je fais change quelque chose. J'aurai juste besoin que tu te mettes sur le pas de la porte et que tu me dises ce qui se passe."
En disant cela, Sano alla s'accroupir devant le compteur, une lampe torche à la main alors que Miroku regagnait la nuit sombre et ventée, attendant le signal.
"Y'a quelque chose là ?
- Non, rien ne s'allume.
- Ok... Et là ?
- La lampe au fond à droite est allumée !
- Ouf, au moins une... Et là ?
- Là y'a rien."

Miroku commençait à se frotter les mains l'une contre l'autre pour essayer de les désengourdir. Il ne faisait pas si froid mais le vent était mordant. Il se cacha jusqu'au nez dans son écharpe, les oreilles rosissant, les cheveux retombant dans ses yeux. Mais alors tout s'illumina devant lui et tous ses souvenirs lui revinrent en mémoire.

Sano s'emmêlait les pinceaux avec le panneau électrique qui semblait dater de bien avant la naissance de l'entraîneur. Pourtant, malgré le fouillis de fils et le mauvais éclairage, il lui sembla qu'il avait trouvé la bonne combinaison de fils. Il fit alors tous les branchements d'un coup, espérant ne pas passer trois heures de plus sur ce problème.
Il enclencha l'interrupteur en croisant les doigts et attendit une quelconque réaction venant de l'extérieur. N'entendant rien à part le souffle du vent qui s'engouffrait par la porte restée ouverte et qui venait lui froler la nuque, il se leva et s'apprêtait à appeler son ami lorsqu'il entendit une sorte de petit cri de terreur et un bruit sourd. Il appela Miroku, hésitant. Il n'eût pas de réponse et, anxieux, il se précipita vers la porte pour voir ce qui se passait. Il faillit buter dans le corps de son ami qui gisait dans l'herbe, le teint pâle et le visage tendu, évanoui.
Il tourna son regard vers le stade qui semblait illuminé de mille feux. Son branchement avait bien marché, pourtant il n'y avait rien sur le terrain qui ait pu effrayer Miroku. Il ne semblait pas blessé non plus. Alors, pourquoi était-il évanoui ?
Sano s'apprêtait à le porter pour le ramener au pensionnat lorsque son ami laissa échapper des mots, comme s'il faisait un cauchemard en dormant. "Non... je ne voulais pas... je suis désolé... c'est ma faute... ma faute..." Quand il se fut calmé, Sano, intrigué, le transporta jusque dans sa chambre où il l'étendit sur son lit. Après être retourné au local pour éteindre les spots, il revint avec un verre d'eau, au cas où Miroku émergerait. Il poussa les volets, balayant les quelques feuilles d'érables accumulées puis il approcha une chaise au chevet du lit et s'apprêtait à s'y installer lorsqu'il remarqua la lettre tombée par terre. Bien qu'il fut discret et ne désira pas s'immicer dans la vie privée des autres, les quelques mots qu'il entraperçut furent bien trop tentants et il ne résista pas plus longtemps à l'attrait de la lecture de cette lettre.
Il s'assit sur la chaise, vérifia que Miroku était bien installé et ne faisait que dormir, puis il sortit les quelques feuillets de l'enveloppe et entama sa lecture. Peu à peu ses doigts se serrèrent sur le bord des papiers, ses sourcils se froncèrent et son regard se durcit. Il ne s'attendait certainement pas à ça.

*******************************************third step****

Miroku faisait partie de l'équipe de football de son collège. C'était une grande équipe qui avait toujours obtenu d'excellents résultats en compétition régionale, et souvent grâce à lui.
Il était apprécié de tous les joueurs. C'était un gamin souriant et plein de vie, qui attirait tout le monde. Il avait même la côte auprès des filles qui trouvaient son air chétif bien mignon. Il était toujours prêt à aider tout le monde et la cohésion au sein de l'équipe était en grande partie dûe à sa bonne humeur et sa simplicité. Il allait à une école différente de celle de ses deux amis d'enfance, Minami et son frère Hosei, mais il les retrouvait tous les matins pour aller à l'école et rentrait tous les soirs avec eux. Ils passaient leurs week-ends et même leurs vacances ensemble. Leurs parents se connaissaient bien et l'entente entre les deux familles était vraiment exceptionnelle. Miroku était amoureux de Yasumi depuis qu'il savait ce que cela voulait dire. Hosei en était content et s'amusait à le taquiner.
Il était responsable de classe et s'occupait attentivement des problèmes de ses camarades de classe.

Il tombait, plus près, plus près de l'herbe.

Il habitait encore avec ses parents et sa soeur dans une maison dans la banlieue. Son père travaillait dans une entreprise japonaise depuis deux ans avant sa naissance. Ils s'étaient installés rapidement et Miroku était venu au monde, sa soeur, quatre ans plus tard. Ils formaient une heureuse famille. Sa mère avait quitté son emploi à la naissance de Kunihiko. Elle s'occupait désormais entièrement de la maison. Son père attendait beaucoup de lui et comptait l'inscrire dans une grande université dès la fin de ses études au Japon. Miroku n'était pas au courant et continuait à vivre tranquillement dans l'insouciance de la jeunesse. Bien qu'il soit typé, avec ses cheveux blonds et ses yeux verts, il n'envisageait pas de pouvoir vivre autre part. Sa jovialité lui avait permis de passer outre toutes les remarques acides que ces premiers petits camarades de classe lui avaient jeté à la figure. Toutes ses journées étaient merveilleuses. Il n'aurait jamais cru que cela pourrait changer un jour.

Et ce bruit, ce craquement, qui ne voulait pas en finir...

En ce jour de fin d'hiver, le soleil était revenu, chassant les nuages. Un air printanier s'était installé et rendait les élèves plus joyeux que d'habitude. C'était le dernier jour du tournoi régional entre collèges.
C'était la grand finale tant attendue, des élèves des deux écoles s'étaient déplacés pour venir encourager les deux équipes. L'ambiance était survoltée bien que les deux camps se respectent et s'apprécient beaucoup.
Miroku et Hosei se retrouvèrent au centre du terrain pour se souhaiter bonne chance. Une fois de plus ils s'affrontaient, mais ils appréciaient ces joutes footbalistiques plus que toute autre chose.
C'est donc avec un sourire de satisfaction aux lèvres qu'ils entamèrent le match. Ils étaient tous deux attaquants et avaient atteint un niveau d'excellence telle que personne d'autres n'aurait pu prendre leur poste. C'était un combat entre les deux meilleurs attaquants du championnat. Chacun tour à tour faisait montre de son habileté et de ses capacités. Le match était serré, leurs coéquipiers essayant de soutenir le niveau de leurs capitaines. A la mi-temps les deux équipes repartirent au vestiaire sur un score nul, ce qui n'avait pas empêché le match d'être palpitant. Miroku proposa une nouvelle combinaison avec un autre attaquant de son équipe, Kotaro, qui était bien content de pouvoir participer plus à l'action du match.

La lumière... si forte...

Ils retournèrent sur le terrain, remontés à bloc, saluant au passage l'autre équipe qui revenait des vestiaires. Le jour qui tombait força les organisateurs à allumer les lumières du stade, celui-ci sembla tout d'un coup s'illuminer, aveuglant momentanément les joueurs qui rentraient sur le terrain.
La deuxième mi-temps repartir sur les chapeaux de roue, le public suivant avec passsion toutes les actions tentées. L'air semblait s'être figé... Miroku s'arrêta, contempla le ciel puis son adversaire sérieusement, il secoua la tête et repartit jouer. Le vent commença à agiter les arbres autour et les dernières feuilles d'érable qui s'accrochaients encore s'envolèrent dans le ciel. Une seule vint se poser là où Miroku s'était tenu un moment plus tôt.
C'est ma faute

*******************************************fourth step****

"C'est ma faute..."

Sano leva la tête de la lettre, intrigué. Il vit que Miroku recommençait à s'agiter dans son sommeil, il essaya de le calmer, le prenant par les épaules et lui parlant doucement. Après quelques mouvements, il se rendormit plus calmement.
Sano se leva et s'étira. Il ne savait plus quelle heure il était orsqu'il avait commencé à lire la lettre mais il devait y avoir passé du temps vu les courbatures qu'il ressentait à être resté assis longtemps dans la même position.
Les nombreux feuillets de la lettre n'étaient pas très joyeux et éveillaient en lui une colère sourde. Mais il ne pouvait s'empêcher de continuer à lire. Maintenant qu'il savait de quoi il s'agissait, tous les prémices de culpabilité qu'il avait eu au début s'étaient envolés. Il n'était pas particulièrement ami avec Miroku mais il avait espéré que s'il avait eu des problèmes, il lui en aurait parlé. Il ne pourrait pas supporter l'air naïf et content du jeune garçon alors qu'il savait maintenant par quoi il était passé durant ces vacances d'été. Il se maudit intérieurement de ne pas avoir remarqué que son ami cachait quelque chose... Mais surtout il se maudit de l'avoir laissé seul rentrer chez lui. Quoi qu'il arrive dorénavant il ne le laisserai plus repartir aussi facilement. Le mieux pour le coincer serait de l'inviter pour les vacances de Noël, il ne pourrait pas refuser ça à son sempai. Sano n'aimait pas ce genre de procédés mais cela valait mieux que d'envoyer Miroku à la torture.
D'après la lettre qu'il était en train de lire, et les sous-entendus de ce qui s'était passé chez ses parents, Miroku avait dû beaucoup souffrir. Il semblait que seule sa soeur soit restée un tant soit peu compréhensive avec lui. Les vacances n'avaient pas duré trop longtemps mais un mois pouvait vite ressembler à une éternité quand l'ambiance familiale était mauvaise. Dans la lettre qu'il tenait à la main, Sano avait pu sentir la pression des parents sur Miroku pour qu'il les écoute et rentre aux Etats-Unis. Si ces sentiments étaient si forts juste à travers des mots écrits, il pouvait très bien imaginer ce que ça avait été en vrai. Et imaginer Miroku au milieu de tout ça, lui si fragile et gentil, ça avait dû être un véritable calvaire pour lui. Il avait certainement dû se sentir coupable de tout ce dont ses parents l'accusaient et devait avoir baissé la tête, abattu, encaissant toutes les remarques comme il pouvait. Il avait dû se sentir bien seul et ne plus savoir quoi faire.
Les quelques semaines passées au pensionnat avaient dû lui sembler bien irréelles, peut-être avait-il pris cette époque pour un rêve, une illusion de son esprit. Si ce qu'il y avait dans la lettre était vrai alors la vie de Miroku n'avait vraiment pas été joyeuse jusque là. Mais Sano ne voulait surtout pas qu'il pense que la vie heureuse et paisible qu'il vivait au pensionnat n'était qu'un rêve qui finirait par s'arrêter et qu'il ne pourrait se défaire de l'emprise de ses parents sur sa vie. Il fallait lui faire comprendre qu'il pourrait faire de sa vie ce qu'il en voulait. Déjà lui faire comprendre que sa venue au club avait été forcée mais qu'il pouvait toujours arrêter si ça le gênait, ça n'allait pas être une partie facile. Mais l'assurance de Sano s'était embrasée à la lumière de ce qu'il venait de lire. Il ne laisserait pas Miroku tomber aussi facilement.
"Je ne veux plus entendre ça... non..."
Il se retourna vers le lit et observa le visage fatigué et soucieux du jeune garçon qui continuait à s'agiter dans son sommeil. Il revint s'asseoir à son chevet et après s'être assuré qu'il s'était calmé, il reprit sa lecture. Il pensait avoir lu la partie la plus difficile mais ce qu'il apprit alors était bien plus impressionnant que la simple pression parentale que subissait Miroku. Il fut absorbé dans sa lecture durant deux pages, puis il releva la tête et observa son ami d'un oeil nouveau. Bien qu'il lui ait expliqué en gros pourquoi il avait arrêté le foot, il ne s'attendait pas à ça. Ca n'était vraiment pas étonnant qu'il ait du mal à jouer et à rester sur un terrain de foot. D'ailleurs, maintenant qu'il y pensait, ce qui s'était passé ce soir devenait parfaitement clair. Il faillit jurer à haute voix mais se retint et finit par grommeler des fausses menaces envers Miroku, lui reprochant de ne rien lui avoir dit. Comment pensait-il pouvoir tout supporter s'il n'acceptait jamais aucune aide ! Et dire que c'était à cuase de lui qu'il était tombé dans les pommes. Il n'aurait jamais dû l'amener au stade ce soir ! Essayant de se calmer il repris la lecture de la lettre qui se finissait bien rapidement avec d'autres admonestations de ses parents sur ce que leur fils devait faire. Ils n'essayaient même pas de savoir si ce qu'il faisait lui plaisait ou s'il allait bien. Ils imposaient juste leur bon vouloir en s'attendant à ce que Miroku obéisse sans se plaindre. Pourtant leur enfant se trouvait loin d'eux, dans un pays étranger, même s'il y avait vécu toute son enfance, il était presque seul, ne pouvant compter que sur lui-même. Cela ne leur faisait-il aucun effet ? Sano replia la lettre et la rangea dans l'enveloppe qui marquait qu'elle était arrivée à peine deux jours plus tôt au bureau de poste. Et tout ce temps, Miroku n'avait rien fait paraître de ce que cette lettre pouvait lui avoir fait, ce qu'elle avait réveillé comme souvenirs de moments difficiles en lui. Maintenant apparemment, il en subissait le contrecoup. Si au moins il se réveillait, ils pourraient en parler, cela l'aiderait peut-être. Mais tout ce que Sano pouvait faire désormais c'était de veiller à son chevet. Alors que le vent reprenait ses attaques contre la fenêtre, son regard fut attiré par un objet qui reflétait la lumière sous le lit.

*******************************************fifth step****

Le vent... C'est du vent qu'il se rappelait le plus... Ce vent si fort qui venait de se lever et rabattait ses cehveux dans ses yeux à chaque fois qu'il était parvenu à se les recoiffer. Les quelques cris des supporters et les appels des joueurs sur le terrain constituaient les seuls sons avec le bruit du ballon qui passait de pied en pied. Une atmosphère surréaliste s'était installée sur le terrain, qui, illuminé par les spots semblait un ovni perdu dans l'obscurité.
Le froid ne l'atteignait pas, il mettait toutes ses forces, toute son énergie dans le jeu, à courir après le ballon, à contrer son homologue et à passer à ses coéquipiers. C'étaient ses instant où tout son être était concentré sur l'effort à fournir, qu'il réagissait par réflexe, que Miroku aimait le plus. Rien ne comptait plus que le jeu. Il se concentrait sur sa respiration, sur ses pieds et laissait ses yeux le guider vers le ballon ou organiser le jeu avec ses coéquipiers.
Il était comme en transe, comme dans un rêve. Son corps réagissait tout seul aux voix qu'il entendait. Il se retrouva tout d'un coup aux prises avec Hosei pour la possession du ballon. Ils se regardèrent un instant, un air malicieux et satisfait sur leurs visages, heureux de pouvoir à nouveau se mesurer l'un à l'autre.

"Ne me ménage pas !
- Toi non plus !"

Il s'ensuivit une fabuleuse bataille de passements de jambe et de dribbles avec le ballon qui fit frémir les spectateurs d'admiration. Mais cela ne pouvait durer éternellement, ils sentaient fatiguer de plus en plus, leurs jambes devenaient lourdes, la sueur et les cheveux se mêlaient devant leurs yeux, les aveuglant.
Hosei essaya de passer, il avait presque réussit lorsque les pieds de Miroku, réagissant tous seuls se jetèrent sur le ballon, déséquilibrant leur propriétaire en même temps qu'ils faisaient tomber l'adversaire et s'enfonçaent dans ses jambes. Un horrible craquement se fit entendre alors que les deux garçons tombaient, le regard effrayé et remplit de douleur d'Hosei rencontrant celui perdu de Miroku. Cette chute ne semblait pas en finir.
Tout le public rassemblé se leva et cria devant ce triste spectacle. Pourquoi Miroku s'était-il jeté sur son adversaire aussi durement ? Il était battu, il aurait dû le laisser passer. Et ce bruit... Qu'est-ce que c'était ?
Le temps sembla infini avant que l'arbitre et les joueurs réalisent enfin ce qui s'était passé et se précipitent vers les deux joueurs à terre. Les entraîneurs et les remplaçants s'étaient levés et attendaient ce qui allait se passer, anxieux.
Le vent souffla de nouveau emportant son lot de feuilles d'érable avec lui mais personne ne s'en rendit compte.

*******************************************sixth step****

Tout ce qui se passait après, Miroku ne voulait plus le revivre, mais des flashes s'imposèrent à ses yeux alors qu'il continuait de regarder son ami tomber, tomber plus près, plus pèrs de l'herbe.

Et pourtant s'il l'avait juste laissé passer... rien de tout ça ne serait arrivé.
Il le savait, il se ferait rejeter par ses amis, par ses camarades de classe. Le matin en arrivant à l'école alors que le printemps reviendrait, personne ne lui dirait bonjour, tous les regards se détourneraient de lui... Ses amis d'enfance le rejetteraient, Minami lui demanderait de ne plus les approcher, de ne plus leur parler.

"Après tout le mal que tu nous as fait ! Ne reviens plus nous voir ! Tu as détruit mon frère, je te déteste !"

Il ne pourrait que la voir s'en aller en courant, pleurant de colère. Ce serait la dernière fois qu'il la verrait. Il ne se rapellerait plus son visage, mais son dos, sa silhouette s'éloignant de lui alors que les premiers pétales de cerisiers se détachaient de leurs branches et s'envolaient dans le vent. Toutes ces nuits ne seraient que cauchemards et pleurs. Les insomnies le tarauderaient, le poussant à se lever et observer la ville endormie par la fenêtre. Ses parents ne trouveraient pas les mots pour le consoler et ne sauraient faire que le forcer à travailler plus pour oublier. Il leur obéirait, trop heureux que quelqu'un lui dise quoi faire.

C'est ma faute... ma faute...

Il savait tout cela et pourtant son ami ne cessait de tomber, blessé, dans l'herbe, éclairée de mille feux, aucun reproches n'envahissait son regard pour l'instant mais la terreur qu'il y lisait était beaucoup plus terrifiante. Et pourtant il ne pouvait rien faire... rien...
Son ami se retrouverait paralysé dans un fauteuil roulant, il fuirait autant Miroku que ses anciens amis. Sa carrière footbalistique qui allait partir sur des chapeaux de roue était réduite à néant par sa faute. Mais pourquoi n'arrêtait-il pas d'entendre ce long et affreux craquement d'os.

Je ne veux plus entendre ça... non...

Il le poursuivait dans ses rêves la nuit, pendant ses journées dès qu'il laissait son esprit un tant soit peu inoccupé. Les cernes s'agrandissaient de jour en jour sous ses yeux qui perdaient leur éclat. Eux qui avaient été si rieurs à l'époque ne semblaient plus refléter aucune émotion.
Miroku avançait dans la vie comme un automate.

"Ce n'est pas la peine que tu continues à jouer au foot maintenant. Concentres-toi sur tes études.
- Tu n'as pas besoin de sortir avec des amis ça ne ferait que te distraire. Tu n'as besoin que de livres et de concentration.
- Nous, nous serons toujours là pour toi, fils..."

Il tombait toujours, le regard perdu dans la détresse de son ami. Enfin il touchait le sol, enfin il s'évanouissait, enfin il n'entendait plus cet affreux craquement.
Il se reposait.
Il savait ce qui alalit se passer et pourtant il était resté optimiste quand il s'était réveillé. Il pensait que peut-être tout allait s'arranger, qu'on lui pardonnerait ce qu'il ne pouvait se pardonner lui-même.
Il se réveilla seul dans sa chambre, un unique bandage au pied et un affreux mal de crâne étreignant sa tête. Il regarda par la fenêtre, c'était un bel après-midi ensoleillé et la maison restait silencieuse. Il resta assis, savourant ces quelques instants simples de calme avant la tempête qui allait le submerger à coups sûr.
Il n'oublierait pas le jeu du soleil à travers le feuillage de l'arbre devant sa fenêtre, il le graverait dans sa mémoire et n'espérerait plus qu'une chose, retrouver un jour cette tranquilité.

C'est ma faute... ma faute...

Son esprit se perdit alors dans un chaos d'images de son ami blessé et de paroles acides qu'on lui jetait à la figure. Tout cela l'avait réduit à se taire et se cacher. Tout le mal qu'il avait fait à son ami ne pourrait jamais s'effacer.
Il avait voulu le voir à l'hôpital, s'excuser de ce qu'il avait fait mais Minami l'avait repoussé pour la première fois de sa vie, manquant lui faire perdre l'équilibre sur ses béquilles. Son bouquet de fleurs fut jeté à la poubelle, piétiné et il ne put que pleurer, adossé au mur du couloir.
La tristesse et les pleurs formaient son refuge. Le regret le taraudait, le plongeant dans des abîmes de réflexion qui aboutissaient au néant. Il ne voyait rien dans le futur, seul ce terrain incroyablement lumineux venait à son esprit, les cris et les sons lui revenaient comme s'il y était de nouveau. Et la scène se répétait indéfiniment. Alors qu'il souhaitait qu'elle s'arrête, il ne pouvait s'empêcher de penser que c'était mérité.
Il se retrouvait coincé entre le désir d'aller mieux et le besoin de culpabiliser. Il s'accrochait juste à l'idée que ses parents lui avaient imposée : que les études passaient avant tout et qu'il n'avait besoin de rien d'autre. Il se retrouvait perdu du jour au lendemain, sans personne à qui parler. Bien vite il avait transformé sa solitude en punition et ne cherchait plus aucun contact avec les autres élèves. Il errait dans l'école.

*******************************************seventh step****

Une nouvelle année commença, il changea d'école et arriva au lycée Seigaku. Il fit tout son possible pour rester loin des autres et pensait y être arrivé lorsqu'une jeune fille pimpante et fraîche l'aborda et resta avec lui toute l'année, bien qu'il ne fit aucun effort pour l'encourager à être son ami.
Mais malgré tout, sa générosité et son entrain finirent par s'imposer à Miroku qui commença peu à peu à se dérider. C'était imperceptible et cela ne l'aidait pas à mieux dormir ou à oublier toutes ses images qui s'accumulaient dans sa tête. Mais il ne ressentait plus cet immence poids sur le coeur lorsqu'il devait se rendre en cours.
C'est alors qu'il commençait à peine à regoûter à une vie tranquille que ses parents décidèrent de redéménager aux Etats-Unis. Cette proposition en elle-même ne le gênait pas mais il arrivait à peine à avoir des repères stables de nouveau, il ne se sentait pas de taille à tout recommencer.
Et puis, abandonner Saya, sa meilleure amie, maintenant, le culpabilisait bien plus que toute autre chose.
Contre toutes les attentes de ses parents, il refusa de les suivre. C'était la première fois qu'il s'opposait à eux depuis deux ans. Il invoqua le fait qu'il avait suivit toute sa scolarité au Japon et qu'il ne serait pas judicieux de l'arrêter maintenant alors qu'il ne lui restait qu'une année pour finir ses études obligatoires. Il penserait à rentrer après ça.
C'est ainsi qu'il fit sa demande d'entrée au pensionnat Seigaku et s'installa parmi les gars de l'équipe de football. Une belle ironie qui lui avait donné d'horribles cauchemards les premières nuits qu'il avait passées dans sa nouvelle chambre. Heureusement il continuait de voir Saya souvent, son petit rayon de soleil qui le réchauffait.
Il avait dû rentrer chez ses parents pendant les vacances d'été et sa nouvelle résolution de rester au Japon ne leur avait pas du tout plue. Ses parents n'étaient pas d'un tempérament violent avant mais il semblait qu'ils perdaient patience. Même sa mère l'avait gifflé si fort qu'il en avait saigné. Il était resté réfugié dans sa chambre, prétextant qu'il devait étudier pour des contrôles fictifs à la rentrée.
Seule sa soeur cadette s'était inquiétée de savoir comment sa vie se passait, tout seul dans son pensionnat. Elle le réconfortait après les remontrances de ses parents. Elle l'aimait vraiment et souhaitait qu'il prenne sa liberté et ne voie plus ses parents. Il semblait qu'avec elle ils étaient gentils mais comme Miroku était leur premier enfant, ils en attendaient beaucoup. Elle lui fit promettre de ne pas effacer ses rêves et ses attentes de la vie sous prétexte que leurs parents pensaient différemment. Elle lui ordonna de s'amuser le plus possible là où il était et de plus se sociabiliser.
"L'époque est loin où cet accident est arrivé.
Tu devrais enfin t'en débarrasser et penser à ton avenir !"

Il ne pouvait rien répondre à cela. Il n'avait pas encore pensé à ce qu'il alalit devenir. Il restait enchaîné au passé. Il n'avait pu que pleurer dans ses bras.
Et puis il était revenu au pensionnat et Sano s'était blessé. Tout ce qu'il avait vécu avant s'était éclipsé devant la détresse de son camarade.
Bien sûr ç'avait été un réel enfer de jouer et apparemment Sano s'en était rendu compte. Il ne voulait pas s'imposer ou gêner les autres, mais cela sebmalit impossible avec lui. Et puis... et puis... une nouvelle chaleur avait vu lejour en son coeur. Ses cauchemards l'avaient abandonné et même s'il se sentait encore très peu sûr de lui, il appréciait beaucoup la vie qu'il menait. Il attendait le lendemain avec impatience et s'amusait à observer ses partenaires. Il était de nouveau entouré et il ne pouvait s'empêcher de sourire et d'être de bonne humeur.
La lettre qu'il venait de recevoir aurait pu avoir un impact important sur son état d'esprit il y a à peine quelques semaines, mais maintenant elle ne faisait que confirmer sa décision. Toute cette histoire avec ses parents semblait loin, bien que ses bras soient encore douloureux des sévices qu'il avait subit.

*******************************************final step****

Les ténèbres s'éclaircirent et il reprit conscience de ses membres douloureux et de son mal de tête. Il ouvrit lentement les yeux pour voir la lumière du soleil qui rentrait à flots par la fenêtre.
Avec la tempête de la veille, le volet n'avait pas tenu.
Une douce chaleur et une tranquilité régnaient dans la pièce. La couleur du ciel frappa alors Miroku. C'était un de ces matins comme lorsqu'il s'était réveillé après sa blessure. Cette sorte de matin doux qu'il pensait ne jamais revoir. Il resta figé pour s'emplir les yeux de ce spectacle. Il sentit alors comme un poids sur le lit. Il tourna la tête et vit alors Sano qui dormait la tête appuyée sur ses bras qui reposaient sur la couette. Sa respiration était lente et régulière. Ses cheveux reposaient en corolle autour de son visage.
C'était la première fois que Miroku voyait son sempai aussi calme et reposé. D'habitude son visage reflétait tellement d'émotions, de la plus grande bonne humeur à la plus grande concentration. Il l'avait vu plus souvent s'inquiéter pour les autres, et divertir tout le monde d'une blague bien placée, aggrémentée d'un sourire, que l'air tranquille.
C'était étrange. C'était comme s'il le voyait pour la première fois. Il semblait bien plus fragile comme ça. Il ressemblerait presque à un enfant, endormi si innocemment. Son regard fut attiré par un éclat de lumière sur son bureau. Le stylo qui avait disparu sous son lit reposait désormais près de ses cours. Sano avait dû le ramasser... ce simple geste était tellement rassurant... Comme si ce simple fait représentait tout ce que le jeune homme faisait pour lui, qu'il l'avait sortit de l'ombre pour lui montrer la lumière.
Il ne pût empêcher sa main de se poser doucement sur sa tête en un geste protecteur. Il repoussa les quelques mèches de cheveux qui reposaient sur ses yeux. Il se rendit enfin compte que Sano avait surement passé toute la nuit à son chevet depuis qu'il s'était évanoui.
Il se sentit flatté et bien trop cajolé. En même temps il était content que son sempai soit resté près de lui, cela confirmait ce qu'il pensait depuis qu'il était rentré. Il n'était plus seul... il voulait être digne de Sano et être son ami. Il voulait plus que tout protéger ces instants tranquilles et heureux qu'il passait avec lui. Il reposa sa main sur les cheveux de son sempai et se rallongea dans son lit. Ainsi installé dans la douceur du jour nouveau il se rendormit, certain que tout se passerait bien désormais.

*******************************************the end****



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