Jibun Kakumei > Chapitre 12 : Libre arbitre


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********************************first step********

Il replia et mit en boule une nouvelle feuille où il avait à peine écrit quelques lignes, soupira et s'appuya contre le dossier de sa chaise. Il regarda son bloc-notes, espérant voir les mots s'écrire tout seuls sur la page blanche. Il s'était motivé du mieux qu'il l'avait pu dès qu'il s'était complètement remis de sa grippe. Il voulait mettre un terme à cet incident. Il s'était senti réellement perdu quand il avait lu la lettre de ses parents qui lui interdisaient de rentrer chez lui. Mais cela lui semblait si loin maintenant. Il avait décidé d'aller chez Sano pour les vacances de Noël et il commençait à oublier qu'il se destinait à aller autre part à l'origine. Il était tellement content qu'il en oubliait le mal que ses parents lui avaient fait et ne désirait plus que rester en bons termes avec eux. Il ne pensait pas que sa réponse puisse être mal accueillie, il voulait leur écrire pour minimiser la gravité de ce qu'ils avaient dit. Il ne voulait pas se laisser aller à la mélancolie, cela ne servirait à rien et d etoutes manières il était plus que satisfait de la façon dont s'arrangeaient ses vacances. Il avait tellement redouté de voir la famille de son ami mais désormais il lui tardait d'y être et de découvrir plein d'aspects différents de sa vie. Rien que d'avoir parlé avec lui de son enfance l'avait passionné, il ne pensait pas pouvoir être si à l'aise aussi vite mais cela l'intéressait tellement qu'il n'avait pu s'empêcher de lui poser des questions, oubliant sa timidité excessive. Il repensait à cet épisode avec étonnement, il s'était surpris lui-même. Malgré la maldie, ou peut-être grâce à elle il avait été beaucoup plu sociable et plus ouvert avec son ami, il en était ravi. Il se rendait compte que son caractère si peureux était dur à vivre pour ceux qui l'entouraient, il désirait tant arrêter de les inquiéter et les gêner. Avec l'aide de Sano qui ne lu laissait aucun répis, il serait sûrement possible de changer sa façon d'être. Et puis il n'avait pas toujours été comme ça. Le temps où il était si sûr de lui et dévorait la vie à pleines dents lui semblait si loin maintenant. Il n'arrivait même plus à retrouver en lui-même des restes de cette force et cette combattivité qui avaient tant marqué tous ceux qu'il avait cotoyé pendant ces années de collège. Il ne restait en lui qu'une profonde incertitude et des doutes par milliers qui s'accumulaient, essayant de l'étouffer. Il aurait dû ne faire que déprimer vu les idées noires qui le taraudaient sans cesse et pourtant depuis quelques temps une chose était apparue en lui qu'il pensait disparue à jamais. Une petite lumière fragile qui scintillait doucement dans son coeur. L'espoir de jours meilleurs était revenu en lui. Il ne s'enlisait plus dans le désespoi, il était retenu à la vie et aux joies qu'elle pouvait apporter. Et surtout il était sûr de pouvoir changer et sortir de son carcan de timidité et de peur qui l'étouffait tellement. Son était d'esprit n'était plus une fatalité, il se sentait capable de tout réaliser. Au moins devenir plus fort et être rassurant pour ses amis autant qu'ils l'étaient pour lui. S'il y arrivait il pourrait affronter ses parents sans aucune peur, sans se laisser influencer et culpabiliser. Il voulait se détahcer d'eux mais en même temps il ne pouvait les renier. Il aurait tellement souhaité qu'ils se rendent ocmpte de qui il était vraiment et qu'ils le reconnaissent en tant que personne capable de décider de ses actes par elle-même. Il fallait qu'il leur motnre qu'il pouvait se débrouiller seul et qu'il n'avait pas besoin de leur accord pour faire ce qu'il voulait le plus. Sano avait raison, il fallait qu'il leur montre combien il était fort et comment il pouvait affronter les problèmes qui se présentaient. Il se redressa et se pencha de nouveau sur sa feuille, bien décidé à mettre dans cette lettre toute sa résolution et de ne plus se plaindre. Il ne leur parlerai pas du regret qu'il avait de ne pas pouvoir aller chez eux pour Noël ni de ce qu'il allait faire. Qu'ils imaginent ce qu'ils voudraient. Ils lui avaient dit de rester là où il était mais ils n'avaient pas demandé s'il ferait quelque chose. Ils pensaient sûrement qu'il allait se retrouver seul au pensionnat à ruminer son comportement et que finalement il changerait d'avis et les supplierai de rentrer immédiatement à la maison. Mais ce qu'ils ne savaient pas et qu'il garderait pour lui, c'était que finalement il préférait largement rester. Il allait passer ses premières vacances chez un ami et il savait qu'il ne s'ennuierait pas et passerait un des meilleurs moments de sa vie là-bas. Juste parce qu'il serait accepté tel quel et qu'on ne lui demanderait sous aucun prétexte de changer ou de se forcer à faire quoi que ce soit. Il n'imaginait même pas le bonheur que ce serait de vivre ainsi tous les jours. Pendant la période de cours il ne goûtait que parcimonieusement à cette vie, savourant chaque instant passé avec son ami dans cette atmosphère si accueillante et rassurante. Il allait sûrement changer s'il vivait ainsi tous les jours pendant les vacances. D'y penser ainsi, cela lui donna encore plus envie d'y être déjà. Il savait maintenant ce qu'il devait dire dans sa lettre. Ce serait court mais c'était évident pour lui, les mots venaient tout seuls.
"Je suis désolé que vous ne vouliez pas que je vienne pou les vacances mais je comprends et respecte votre choix. J'écrirai à grand-mère pour lui souhaiter mes voeux. Je vous les souhaite en avance, je n'aurai certainement pas trop de temps à ce moment-là pour écrire de nouveau.
Portez-vous bien."
C'était largement suffisant, il ne voulait pas en rajouter. C'était déjà assez dur de leur écrire en restant détaché des choses. Mais il avait quelque chose de spécial, rien qu'à lui désormais. Il allait chez son ami mais n'en parlerait pas à ses parents, il allait savourer son petit secret, c'était son univers et il ne voulait en aucun cas le voir souillé par la réalité.
Satisfait, il replia la feuille ainsi remplie et la glissa dans une enveloppe. Il enverrait cette lettre dès le lendemain. Alors il se sentirait totalement libéré de ce problème.
Bientôt aurait lieu la journée portes ouvertes du lycée et il jouerait de nouveau un match de football avec ses camarades. Maintenant il préférait que ses parents ne soient pas là. c'était une journée importante pour ses amis et il ne voulait pas y mêler ses problèmes. Au moins s'amuserait-il et se sentirait-il tranquille. Sano serait seul comme lui, ils se tiendraient sûrement compagnie et cette idée lui plaisait énormément. Il prendrait de l'avance pour les vacances. Il ne craignait pas du tout de passer tant de temps seul avec son ami, c'était plutôt un enchantement. Il serait à côté de lui toute la journée et le suivrait partout. Il voulait lui fair eplaisir et ferait de son mieux pour ne pas se sentir gêné ou coupable, cela attristerait sûrement Sano. S'il appréciait vraiment sa présence et que ça l'aidait c'était le minimum qu'il pouvait faire. Depuis qu'il avait entendu tous ses souvenirs il voulait être près de lui si jamais il avait besoin de se confier de nouveau. Il se rendait compte avec le recul combien il avait été privilégié, Sano luia vait vraiment fait confiance pour lui dire tout cela. Il ne voulait pas que cette confiance disparaisse, il voulait rester avec lui et que leur amitié grandisse encore. Malgré sa faiblesse il voulait protéger son ami et l'aider autant qu'il l'avait fait pour lui. Enfin il pourrait montrer sa reconnaissance, il espérait ce moment depuis longtemps.
Il se leva finalement, content de lui-même. Il avait hâte de vivre les instants futurs. Il éteignit la lumière de son bureau et quitta sa chambre pour aller manger. Il eut une pensée pour Sano qui devait sûrement chercher un moyen de s'entraîner quelque part malgré les conseils du doc, il n'en doutait pas. Comme à chaque fois il lui ferait garder des restes pour quand il rentrerait. Il aimait s'occuper de lui comme ça, il se sentait utile. C'était bien peu mais il espérait que cela facilitait la vie déjà si occupée et compliquée de son ami. Il allait encore devoir affronter ce petit regard entendu de la part de Kosugi. Il regardait comme si ce dont il s'inquiétait était futile mais qu'il était tout de même admiratif de son attention pour Sano. C'était un regard étrange comme s'il devenait une attraction intéressante. Mais il se battait contre son malaise, bien qu'il fut fragile dès qu'on semblait vouloir décortiquer ce qu'il pensait et faisait. Il continuait à agir le plus normalement possible, de ce qu'il faisait dépendait le bien-être de son ami. Il ne fallait pas qu'il fléchisse et retombe dans son silence gêné, peut-être se sentirait-il mieux ainsi, il serait rassuré, il n'aurait pas pris de risques. Mais il ne pouvait plus supporter cette façon de faire. Il se sentait obligé de réagir rien que pour être présent pour son ami. Il ravalait ses frayeurs et continuait de manger comme si ce qu'il faisait était normal alors qu'à l'intérieur il bouillait de honte à chaque fois. Il avait peur de faire quelque chose de déplacé mais pourtant il savait qu'il n'en était rien. Il ne faisait que rendre service du mieux qu'il pouvait. Et pourtant ce simple geste était spécial pour lui et d'après ce que Sano lui avait dit ça l'était pour lui aussi. Il était déjà assez déçu de ne plus pouvoir partager le repas avec ses camarades. Il rentrait si tard, il semblait si fatigué. Miroku s'inquiétait de temps en temps mais il lui faisait confiance et il ne pouvait l'empêcher de faire quoi que ce soit. Tout comme il ne pouvait l'arrêter s'il voulait courir ou s'entraîner comme il le faisait sûrement. Il avait besoin de bouger, de respirer. Personne ne pouvait lui imposer de décisions. Et pourtant il se pliait en quatre pour aider Miroku. Celui-ci n'en revenait pas et pourtant c'était vrai. Il s'inquiétait pour lui et le faisait toujours passer avant le reste. C'était de là que venait la force qui permettait au garçon de pouvoir affronter ce qui lui arrivait avec de plus en plus de facilité. C'était cela qui lui avait permis d'écrire une réponse à ses parents. C'était ce qui lui permettait de respirer beaucoup plus librement alors qu'il était entroué de tant de personnes. Cette force solidifiait et rassurait son coeur. Il arrivait même à hocher la tête à quelques plaisanteries qui fusaient autour de la table. Il se sentait tellement apaisé et ça rien que par quelques mots de son ami. Il n'aurait jamais pensé cela possible. Il voulait en être digne et préserver ce sentiment de plénitude qui l'envahissait si souvent depuis qu'il connaissait Sano.
Il soupira de contentement alors qu'il avait fini de manger et retournait dans sa chambre. Alors que le couloir s'était vidé il regarda un instant vers l'entrére du pensionnat. Il resta là sans bouger pendant un instant, espérant malgré tout voir arriver Sano un peu échevelé et essoufflé qui lui lancerait un regard à demi étonné et un petit sourire malicieux comme il savait si bien les faire. Mais il ne se passait rien, comme à chaque fois. Il ne faisait que rêver. Déçu et amer malgré son bon état d'esprit il se retourna et se dirigea lentement vers sa chambre, espérant pouvoira voir un moment tranquille avec son ami de nouveau. Il n'aimait pas ces journées où ils étaient tous les deux occupés et ne pouvaient se voir. Maintenant qu'il avait accepté de reconnaître ce qu'il pensait et ressentait il avait beaucoup plus envie de communiquer et de s'exprimer. Mais cela il ne voulait et ne pouvait le faire que lorsqu'il était avec Sano. Le reste du temps il était vraiment trop cripé et peu sûr de lui, ça le rendait malade et c'était pour cela qu'il évitait tout contact le plus possible. Il se libérait avec son ami et se sentait bien plus à l'aise. Ce qu'il disait était important et comptait pour une fois.
Il n'était plus un élément de décor qu'on regardait à peine. Il était devenu quelqu'un d'important qu'on écoutait attentivement et dont on s'inquiétait. Il avait encore un peu de mal à réagir face à cette nouvelle situation. Il sursautait encore lorsqu'on l'appelait et ne pouvait empêcher une peur inconnue de sourdre en lui. Soit il pensait avoir fait quelque chose de mal soit il était sûr qu'on allait lui demander de repartir chez lui, qu'il n'était plus désiré là où il était. C'était ce qu'il redoutait le plus et il ne pouvait s'empêcher d'y penser tout le temps. Il lui fallait toujours quelques secondes pour se remettre de ses émotions et se concentrer sur ce qu'on lui voulait réellement. Il se savait catalogué comme le garçon timide et apeuré du pensionnat mais il aurait été étonné de savoir qu'il était immensément respecté. Non seulement il avait sauvé l'équipe du naufrage mais c'était surtout qu'il avait remplacé Sano malgré sa peur et les problèmes qu'il avait eu avant. Et en plus il ne s'en ventait pas du tout. Il était très modeste et discret, prêt à aider tout le monde s'il le pouvait. Il était très intelligent mais ne jouait pas au snob et ça plaisait à ses camarades. Il était une référence pour les autres mais ne s'en rendait absolument pas compte. Il était dans son petit monde, essayant de faire des efforts dans la limite de ce qu'il percevait. En bref, il voulait faire de son mieux pour bien s'entendre avec son ami et arriver à surmonter les problèmes qui revenaient le tarauder à travers Kotaro. Rien que cela lui semblait déjà immense et très difficile à assumer. Il ne pensait même pas qu'il pouvait ya voir des gens pour s'inquiéter de ses soucis, à part Sano bien sûr, qui lui avait clairement dit qu'il voulait s'en occuper. Du moment qu'il était là il n'avait besoin de personne d'autre. Cette pensée était étrange, il aurait dû vouloir l'aide de tout le monde et pourtant depuis que son ami s'en occupait il n'avait plus envie d'en parler à qui que ce soit, même pas à Saya et pourtant elle avait le droit d'être au courant de ce qui lui arrivait. Elle avait été si souvent près de lui à l'aider, il ne pouvait l'abandonner comme ça et la faire sortir de sa vie. Mais il n'aimait pas aller al voir juste pour se plaindre alors maintenant qu'il pouvait éviter de l'impliquer dans ses problèmes il préférait ne pas le faire. Seul Sano semblait pouvoir toujours savoir ce qui lui arrivait. Il lui paraissait si grand et fort, iren n'aurait pu rivaliser avec lui. En même temps il était invincible mais il avait aussi sa part de tristesse. Miroku sentait qu'il n'avait pas le droit de tout remettre sur lui, qu'en tant qu'ami il devait l'aider lui aussi. Il avait de ces regards un peu las qui le touchaient. Quelque chose devait peser sur son coeur. Parfois il n'arrivait pas à savoir où les pensées de Sano le menaient. Il aurait tellement voulu l'aider lui aussi. Il en revenait inlassablement à la même conclusion. Il se devait de devenir fort et de prêter plus d'attention à son ami.
Maintenant qu'il se sentait si résolu il ne pouvait rien faire. Il était coincé dans sa chambre et son ami rentrerait certainement encore trop tard pour qu'ils puissent se voir, c'était frustrant. Pour éviter ses réflexions de tourner en rond il se plongea dans ses cahiers de cours, le seul moyen qu'il avait trouvé pour se calmer rapidement. Après une séance de mathématiques intense il était sûr d'être prêt à aller se coucher. Son cerveau en ébullition ne permettait aucune pensée de venir l'envahir. Il n'aspirait qu'à trouver le sommeil et reposer son corps. Il essayait de faire plus d'efforts pendant les entraînements, de se donner vraiment à fond. Il ne se donnait pas de répis, s'entraînant alors que les autres soufflaient. Il voulait vraiment s'améliorer pour être au niveau de Sano quand il reviendrait. Il sentait que son ami, même amoindri pas sa blessure, devait être immensément plus fort et doué que lui. Il s'attendait à être réellement impressionné lorsqu'il jouerait avec lui. Il voulait être capable de suivre son rythme et de ne pas le ralentir. Il avait hâte d'y être. Enfin quelqu'un pourrait rattraper ses passes et construire des phases de jeu rapides et innovantes. Il s'endormit en rêvant du jour où ils seraient tous les deux sur le terrain et ne laisseraient aucune chance à leurs adversaires.

********************************second step********

Il avait de plus en plus de mal à trouver le sommeil. Il n'arrêtait pas de ressasser toutes ses pensées depuis qu'il avait parlé avec Kotaro. Toute cette histoire lui avait fait un choc, il s'était senti tellement bafoué par sa propre soeur. Ne pas lui dire que son ami d'enfance était dans la même ville que lui et qu'il aurait pu le voir à n'importe quele moment, ça le mettait en boule et pourtant il n'était pas d'un naturel colérique. Il aimait sa soeur plus que tout et il lui pardonnerait bien vite mais maintenant il voulait rattraper le temps qu'il avait perdu avec Miroku. Il se sentait pressé de le revoir, presqu'excité comme à la veille d'un départ en voyage scolaire. Deux longues années étaient passées et ils avaient sûrement beaucoup changé, ce serait intéressant de voir comment son ami d'enfance était devenu. S'il avait toujours la même coiffure, la même rpséence et le même caractère. S'il reconnaîtrait ses mimiques, ses petits gestes que seuls les gens qui se cotoyaient souvent pouvaient remarquer et retenir dans leur mémoire. Il avait encie de voir s'il avait gardé tout cela quelque part dans sa tête. Son amitié avec Miroku avait été très forte et il s'en souvenait avec beaucoup de nostalgie. Il se rappelait de la saveur particulière des journées qu'il avait passées avec son ami, tous deux se passionnant pour le football, se libérant du stress accumulé en se donnant à fond à chaque fois qu'ils pouvaient. S'amusant à se défier techniquement après les cours, à des heures où les autres enfants étaient déjà rentrés manger chez eux, le soleil se cachant derrière l'horizon.
Et pourtant, cette même personne qui lui avait apporté tant de joie et qu'il avait tellement envie de revoir, était responsable de son plus grand malheur. Il ne pouvait s'empêcher de ressentir un reste de la douleur insupportable qu'il avait ressentie lors de son accident dès qu'il se remémorait cet instant. Il pressa ses mains sur ses jambes, essayant vainement de stopper la montée du fantôme de cette douleur déchirante. Elle avait traumatisé son corps en entier. Elle se rappelait à lui lors de nuits agitées où il ne contrôlait plus ses pensées, tous ses membres se contractaient, son corps essayant de le faire fuir de ce souvenir où il tombait inlassablement, se brisant, les yeux fixés sur ceux de Miroku.
Ses jambes le démangeaient de nouveau. Il aurait tout donné pour rejeter sa colère et sa douleur pour oublier tout le passé et se lancer avec élan sur un terrain de foot et rejouer encore contre Miroku. Il serait si léger et détaché de toutes ces contraintes mécaniques qui le ralentissaient tant. Mais ce n'était qu'une utopie, jamais il ne se sentirait aussi bien que lorsqu'il était encore valide et courrait sans effort sur les terrains de foot.
Il n'arrivait toujours pas à comprendre comment l'accident avait pu arriver. Malgré le temps qui avait passé il n'avait pas résolu ce problème. Il avait réussi à s'en détacher suffisamment pour ne plus penser qu'au futur et à se battre pour guérir. Il avait occulté toute cette scène du mieux qu'il avait pu mais inconsciemment il l'avait ressassée dans le fond de sa tête. Miroku lui avait fait mal et cela inutilement, il l'avait fait intentionnellement et pourtant il n'avait lu que de l'étonnement et de l'incompréhension dans ses yeux. Mais peut-être avait-il mal vu ce qu'avait ressenti son ami. Si Kotaro avait dit vrai alors il devait se repentir sincèrement de son geste. D'un certain côté c'était évident, il avait toujours été sincère. Alors pendant deux ans il l'avait rabroué et ignorépour de fausses raisons ? Il s'était laissé convaincre pas sa soeur que le seul fautif était son ami d'enfance.
À cette époque, il avait été tellement fragile et perdu qu'il avait cru tout ce qu'elle lui avait dit. Il avait perdu tous ses repères et avait erré dans l'obscurité, ne pouvant se raccrocher qu'à elle. Mais tout ça c'était fini, il n'avait plus besoin d'être protégé, il devait se prendre en main tout seul. Il s'était caché derrière elle pendant trop de temps, il voulait sortir de nouveau, prendre l'air et goûter à la vie. Rencontrer de nouvelles personnes et sortir de cette atmosphère oppressante qui l'étouffait tellement. C'était pour ça qu'il avait intégré une école spécialisée depuis quelques jours sans rien en dire à sa soeur. Il se sentait si peureux et lâche à se cacher ainsi, il voulait tout changer. Il éviterait ainsi d'avoir à supporter tout le temps les intrigues et le caractère colérique de sa soeur. Il se sentirait un peu revenu à une vie normale, sorti de ce cauchemar, de ce cercle vicieux où la seule solution était de devenir plus méchant et retors que les autres.
C'était étrange de détester autant le caractère et l'attitude d'une personne et en même temps de l'aimer plus que tout juste parce que le même sang coulait dans ses veines. Malgré tout ce qu'elle avait fait, il ne pourrait jamais vraiment lui en vouloir. Tout comme pour Miroku qu'il avait considéré comme faisant partie de sa famille depuis le début. Il en voulait au destin, à la fatalité, à la malchance. A tout ce que la vie produisait comme coïncidences et drames. Il se battait contre quelque chose d'immatériel, qui ne pourrait jamais être battu. Pendant tout ce temps il lui avait donné le visage de son ami d'enfance pour avoir un coupable et pouvoir s'acharner sur quelqu'un. Désormais il se devait d'être réaliste. Il s'en était finalement remis et malgré le temps infini qu'il passerait dans son fauteuil roulant rien ne pourrait plus le faire replonger aussi abs qu'il l'était. Il pouvait affronter la réalité sans peur dorénavant. Et tout ce qu'il voyait c'était qu'il avait écarté Miroku de sa vie de façon brutale. Il voulait tout réparer et reconstruire leur amitié. Il était décidé, il irait le voir. Il se sentait fébrile rien qu'à penser à leur entrevue. Saurait-il quoi lui dire ? Ne se ferait-il pas rabrouer ? Aurait-il autant changé que ce que Kotaro semblait dire ? Toutes ses pensées tournaient en rond, occupant totalement son esprit. Il était curieux et cela l'aiderait largement à prendre confiance en lui et surmonter son appréhension. Il sourit à son reflet dans la vitre alors qu'il avait observé les lumières de la ville s'allumer tandis que le jour finissait.
« Je ferai de mon mieux. »
Sur cette parole rassurante il fit pivoter son fauteuil roulant avec dextérité et retourna se coucher.

********************************third step********

Kotaro traînait sa peine partout où il allait. Son coeur oppressé semblait une énorme enclume qui le tirait vers le bas, cherchant à l'immobiliser. Il s'était senti libre après avoir pris la décision d'arrêter d'obéir simplement aux ordres de Yasumi, il pensait que ce sentiment allait durer puisqu'il était sûr d'avoir fait le bon choix. Et pourtant c'était la première fois qu'il avait réellement exprimé son désaccord, il ne s'était pas attendu à ce que ça se passe bien. Il avait déjà vu la jeune fille excédée ou irritée mais sa colère s'était toujours dirigée contre d'autres personnes et elle avait toujours justifié son comportement de manière raisonnée. Il avait toujours cru qu'elle agissait de son plein droit, qu'elle faisait toujours ce qui était juste. Maintenant qu'il avait pu vraiment observer une situation de façon objective, tout seul face aux personnes visées, il avait réalisé à quel point tout était différent. Il avait été induit en erreur tant de fois, il préférait ne pas trop penser à toutes ces impressions et ses sentiments qu'il avait cru lui être propres et qui n'avaient été qu'artificiels, imposés par une volonté plus forte. Pendant combien de temps encore cela aurait-il pu continuer ? Combien de temps aurait-elle attendu avant de se décider à lui rendre sa liberté ? Il n'avait jamais eu le courage n'écessaire pour s'éloigner d'elle, de prendre du recul. Qu'aurait-il fait si'l n'avait pas rencontré Hosei à ce moment-là ? Il n'était pas du tout décidé lorsqu'il était arrivé chez ses amis. Il avait été si étonné de le voir alors qu'il était venu pour sa soeur. Il était toujours touché de voir le garçon si patient et calme malgré son handicap. Il se sentait apaisé en sa présence mais un peu honteux aussi de tirer tant de bénéfices de sa présence alors qu'il ne faisait rien de son côté pour l'aider. Mais il ne pouvait pas faire autrement, il aimait tellement le voir et s'assurer de sa bonne santé. Il s'installait une atmosphère douce et rassurante à chacune des rares fois où il arrivait à le voir. Mais Yasumi avait toujours mal réagi dès qu'il parlait de son frère. Il n'avait pas bien compris pourquoi mais il sentait qu'elle voulait conserver cette partie de sa vie rien que pour elle. Et pourtant il l'avait connu bien avant en jouant au football, il avait tous les droits de rester avec Hosei. En fait c'était grâce à la force tranquille du jeune homme qu'il avait trouvé assez de courage en lui pour prendre sa décision. S'il ne l'avait pas vu ce jour-là il n'aurait jamais tenu tête à Yasumi. Cela lui avait été très difficile et pas seulement parce qu'il rejetait son autorité et toute l'entreprise qu'ils avaient mise sur pied. Il avait su que cela le séparerait définitivement d'elle. En même temps qu'il refusait de se soumettre, il prenait la décision de taire à jamais tout ce qu'il avait ressenti pour elle. Il n'avait jamais reçu de geste affectif de sa part, elle n'avait jamais montré si elle était sensible à sa présence ou non. Et pourtant sous ses ordres et ses demandes il avait senti qu'il était le seul à pouvoir l'aider, qu'elle n'aurait demandé cela à personne d'autre. Il s'en était contenté pendant tout ce temps, pensant d'abord à être digne d'elle, à faire tout ce qui était en son pouvoir pour l'aider. Il avait profité à fond des rares moments où il s'était retrouvé tout seul avec elle, essayant vainement de la mettre à l'aise opur qu'elle se confie à lui. Malgré toutes ces rebuffades il s'était senti tellement heureux et comblé de la connaître. Il était tombé tellement amoureux, il ne s'était plus intéressé qu'à elle, le reste n'avait plus eu la moindre importance. Il avait traversé ces années comme dans un rêve dont il venait à peine de s'éveiller. Il ne voulait pas regretter cette époque, elle était spéciale pour lui et pourtant il se sentait un peu nauséeux quand il y pensait. Il aurait pu faire tant de choses s'il n'avait pas été retenu par Yasumi. Mais son visage et ses longs cheveux avaient suffi à le charmer, il ne pourrait oublier tous ces moments où il s'était senti plus proche d'elle. Sa patience avait fini par un peu payer malgré tout. Et maintenant tout était fini, tout était mort. Ses sentiements si ardents avant ne faisaient que l'effrayer. Il se sentait encore attiré par cette époque révolue mais plus rien ne pouvait être comme avant. Il ressentait une tristesse et une amertume qu'il n'avait pas connues jusque là. Il aurait voulu tout effacer, fouler au pied ses fantômes de sentiments pour ne plus qu'ils le hantent. Mais apparemment seul le temps opuvait y remédier, il devrait prendre son mal en patience, affrontant tous ses souvenirs qui srugiraient du passé, lui rappelant combien il s'était senti heureux et utile rien qu'en prenant soin d'elle. Désormais il était libre de faire ce qu'il voulait mais il se sentait terriblement perdu maintenant que plus personne n'était là pour lui montrer le chemin. Il était vide et seul, abandonné. Mais il ne voulait pas avoir de regrets, il sentait qu'ila vait pris la bonne décision et il ne reviendrait certainement pas en arrière. Il avait longtemps tourné en rond dans sa chambre, ne sachant pas quoi faire. Mais quelque chose s'était imposé à son esprit, il se devait de le faire il ne savait pas bien pourquoi mais c'était une évidence. Avant de perdre ce but qui lui permettrait de savoir quoi faire, même si ce n'était que pour un moment, il était sorti précipitamment de chez lui, jetant une veste sur son dos au dernier instant. Le froid lui avait piqué les joues, il avait allongé le pas, regardant sa montre avec anxiété. Il était parti sur un coup de tête, il ne savait pas s'il allait réussir mais il préférait essayer plutôt que de rester enfermé chez lui. C'était étrange, il avait passé les derniers mois à faire ce même trajet, craignant de ne pas arrive rà l'heure mais son but était vraiment différent. Il goûtait à ce nouveau sentiment. Il allait pour une fois apporter une nouvelle qui serait à coup sûr bien accueillie, il n'avait plus d'appréhensions, il ne se sentait plus malvenu comme un oiseau de mauvaise augure. Pour autant il ne s'attendait pas à ce qu'elle soit aprticulièrement aimable avec lui. Et il préférait que cela se passe ainsi d'ailleurs. C'était grâce à son attitude brusque et franche qu'il avait pu réaliser à quel point il s'était fourvoyé. Même si'l s'était senti grondé ocmme un enfant, honteux de se faire rabrouer par une jeune fille si gentille il lui en était reconnaissant. Elle s'était même inquiétée pour lui. Pourtant le doute persistait, il ne pouvait pas assurer qu'elle avait été sincère, surtout quand il se référait à ses propres actes. Il avait tant caché de choses, faisant tout le contraire de ce qu'il voulait, comment aurait-il pu exiger d'elle qu'elle soit réellement honnête avec lui ? Et pourtant à ses yeux elle semblait tellement intègre qu'il ne pouvait empêcher une partie de son esprit de la croire malgré tout.
De toute manière il ferait ce qu'il avait à faire et puis il s'en irait, il ne voulait surtout pas prendre le risque de voir l'autre garde du corps qui l'horripilait tant. Pas besoin non plus de voir le petite encore. Il ne supporterait certainement pas son regard interrogateur et perdu. Lui qu'il avait tant malmené. Rien que sa présence devait le dégoûter et lui faire peur. Pourtant il n'avait jamais rien dit ou fait contre lui, il ne s'en était pas pris à lui, il n'avait jamais protesté ni ne l'avait ensseveli sous des tonnes d'injures. Il avait eu un air qui l'avait encore plus énervé, comme s'il avait eu pitié de lui. La compassion s'était cachée derrière la peur mais elle lui était restée visible et c'était peut-être pour cela qu'il avait été si dur et méchant à cet instant. Excédé, il n'avait trouvé que ce moyen pour se défouler se sentant minable de faire ça mais ne pouvant s'en empêcher. Il était nerveux et imprévisible, il n'arrivait pas à se contenir tout le temps. Il préfèrait être brusque comme il l'était que mou comme une chiffe molle. Il se sentait entier lorsqu'il laissait son caractère fort reprendre le dessus, il savait quoi faire et comment réagir. C'était la seule manière qu'il connaissait pour être à l'aise. La seule.
Il arrivait finalement à l'endroit où il était resté tant de fois, il lui était devenu tellement familier, il y était venu automatiquement, remarquant à peine où il était lors de son trajet. Il se sentait pitoyable d'avoir des réactions aussi puériles mais il n'arrivait pas à s'en défaire. C'était son environnement, il y avait vécu tant de temps, s'y lovant et prenant ses marques, il ne pensait pas pouvoir changer cela aussi. Cela faisait trop d'un seul coup.
Il sursauta quand il vit les deux petites silhouettes qui sortaient du lycée, à la suite de toute une foule d'élèves. Il se recula et se colla contre le mur d'enceinte, dans un coin d'ombre, attendant qu'ils se séparent. Après il lui faudrait prendre son courage à deux mains et aller à la rencontre de la jeune fille, affronter son regard perçant. Mais pou une fois il serait réellement sincère, il n'aurait plus à se cacher. Malgré son appréhension cela devrait se passer largement mieux que les fois précédentes. Il aurait tant donné pour retrouver ces premiers instants où ils s'étaient rencontrés sans aucun à priori, sans préjugés. Ils avaient été si naturels, ils étaient restés eux-mêmes, étonnés de parler ausis facilement devant un étranger. Ses yeux vifs le repérèrent avant même qu'il ne s'avance. Il provoquait toujours la même réaction ; du dégoût, voilà tout ce qu'il lui inspirait. Il ravala son ego et redressa les épaules comme il put, se dirigeant vers Saya qui se prépara elle aussi, sentant la colère monter en elle malgré tout. Il ne laissa pas le silence s'installer entre eux et lui parla doucement tout de suite avant qu'elle ne l'interrompe.
« Je ne suis pas venu t'embêter ni pour parler à Miroku alors je t'en prie, ne t'emporte pas. »
Elle qui s'apprêtait à lui parler vertement et sans retenue, elle se retint de justesse, remarquant que l'impression qu'il lui faisait était bien différente de son comportement habituel. Il avait semblé plus direct et plus franc, ne marquant pas de pause pour se préparer. Il était tel qu'il était vraiment, son air suffisant et supérieur avait disparu, il semblait si clair. Elle eut l'impression qu'il faisait exactement ce qu'il pensait. Au moins la discussion serait possible et elle pourrait peut-être arriver à le raisonner.
« Alors, pourquoi es-tu venu ? »
Malgré toutes ses bonnes intentions elle avait du mal à lui parler calmement. Il représentait tant l'archétype des personnes qui pourraient s'en prendre à Miroku, qu'elle avait une terrible envie de se venger sur lui de tous les malheurs du garçon. C'était tellement tentant ! Mais pourtant elle ne pouvait se laisser aller comme ça, si elle laissait la colère l'envahir, elle deviendrait comme lui, ce n'était certainement pas ce qu'elle voulait. Elle parvint finalement à se contrôler, pensant à ce que Miroku ferait on voudrait qu'il se passe. Il ne voulait pas blâmer Kotaro pour ce qu'il avait fait, c'était un ancien camarade et coéquipier en plus. Il souhaitait tellement que tout s'arrange et qu'ils redeviennent amis comme avant. Il semblait vouloir tout supporter pour y parvenir. Et pourtant il avait eu tellement peur face au grand gabarit du jeune homme, rien que les souvenirs qu'il lui avait rappelés avaient torturé son esprit fragile. Il s'était senti si petit face à lui, perdu dans l'ombre immense qu'il projetait.
Changeant complètement son approche de la conversation, Saya adoucit son état d'esprit.
« Je suis venu m'excuser. »
L'avantage en disant la vérité c'est qu'elle vient toute seule, pas besoin de calculer les mots qu'on doit aligner. Il avait été impressionné une nouvelle fois par le ton si ferme de la jeune fille, elle en imposait malgré sa petite taille. Il était enfin content d epouvoir lui donner une bonne nouvelle. Il était fier de lui,d epouvoire faire autre chose que traumsatiser des gens et ruiner des vies. D'ailleurs elle n'en revenait pas. Qu'il dise ça maintenant après tout ce qu'il avait fait, c'était assez perturbant. Elle aurait voulu le croire sur parole à l'instant mais un doute persistait. Son attitude était tellement à l'opposé de ce qu'elle était avant. Il n'avait pas pu changer comme ça d'un seul coup, ou alors il lui était arrivé quelque chose d'important, de grave, qui avait complètement chamboulé sa conception du monde. Pour qu'il ait l'air aussi pur et transparent qu'un enfant qui se serait perdu, il avait dû subir un traumatisme important. Elle voyait son air patient, il attendait quelque chose d'elle. Peut-être pouvait-elle juste écouter ce qu'il avait à dire, cela ne l'engageait à rien. Il fallait qu'elle ait confiance en son jugement, même Sano y croyait malgré tout. De ses impressions dépendrait toute l'attitude du jeune homme envers Kotaro. Elle devait résoudre le mystère de toute cette comédie.
« Pourquoi ? »
Il avait observé longuement le visage levé vers lui, essayant de discerner ce qu'elle pensait mais c'était impossible. Ses yeux ne montraient qu'une chose : elle essayait de le percer à jour et elle y arriverait, comme toutes les fois où elle l'avait vu. Mais cette fois il ne se sentait nullement menacé, au contraire il était soulagé. Il ne mentait plus et elle le verrait aussi sûrement qu'elle avait deviné son double jeu. Il se sentait prêt à sourire mais ce n'était pas le moment, il devait rester sérieux le temps de tout lui expliquer, sinon elle ne le croirait pas.
« Pour tout le mal que je vous ai fait à Miroku et à toi. J'ai conscience que ça ne changera rien, que j'ai vraiment été odieux mais je tenais à te le dire. »
Il se tut de nouveau, attendant une quelconque réaction avant de continuer. Des paroles cinglantes lui montèrent à la bouche et elle ne le retint pas, il le méritait amplement.
« Tu crois que t'excuser maintenant va tout changer ? Tu t'es es pris à Miroku, tu as failli le briser de nouveau. Et tu viens me voir ? Tu penses pas que c'est lui à qui tu devrais faire des excuses ? Et encore ça n'est pas suffisant ! Tu crois qu'on va vite oublier tout ce qui s'est passé comme ça ? Tu manques pas de culot ! »
Et pourtant elle était sûre que Miroku lui pardonnerait tout de suite s'il allait le voir pour s'excuser de la même manière qu'il était venu la voir. Avec tant de sincérité. Cela lui donnait le tournis, elle s eplongeait dans ses yeux mais n'y voyait rien de plus que ce qu'il dégageait. Il n'y avait rien, il était vide. Si elle se laissait embarquer elle ne savait pas si elle pourrait revenir. Il était vraiment honnête, il ne jouait plus. Son masque était tombé et révélait un vide atroce et immense qui l'effraya d'un seul coup.
Il perçut son agitation et cligna des yeux, sortant de sa rêverie. Il s'était attendu à tous les mots durs qu'elle lui avait dit mais certainement pas à ce qui s'était passé ensuite. Il était tombé avec elle dans son désespoir et son chagrin, elle avait tout vu de lui et il serait resté au fond du gouffre si elle n'avait pas eu la force de sortir, l'attirant de nouveau vers la réalité. Il était sûr qu'elle le croirait maintenant. Il se sentait encore fébrile mais il devait à tout prix lui dire tout ce qu'il avait sur le coeur.
« Je sais très bien que m'excuser n'effacera rien mais je dois le faire, pour vous, pas pour moi. Je compte aller voir Miroku, j'ai beaucoup d'admiration pour lui. Malgré tout ce que j'ai fait il ne m'en a jamais voulu. Je m'en veux tellement d'avoir été si bête. Mais c'est fini maintenant, bel et bien fini. »
Une ombre passa dans ses yeux. En disant cela il mettait vraiment fin à toute l'utopie qu'il s'était forgée. Sa voix lui avait semblé si sûre et calme quand il avait dit ça, comme si c'était la voix de quelqu'un d'autre qui avait parlé, quelqu'un de posé et raisonnable. C'était la voix de la raison qu'il avait entendue, cela le soulagea, maintenant c'était vraiment réel.
Malgré toutes ses résolutions elle se sentit fléchir en entendant la voix si faible de Kotaro. Décidément elle ne pouvait pas s'empêcher de vouloir l'aider. Il le touchait vraiment. Il était fort et si sûr de lui mais en même temps il cherchait désespérément la manière d'utiliser son assurance. Il était venu la voir avant même d'aller parler à Miroku, se sentait-il redevable envers elle ? Il aurait très bien pu se passer de faire cette visite. Qu'attendait-il d'elle ? Elle s'approcha doucement de lui, perdant son air intransigeant et sévère.
« Que s'est-il passé ? »
Il ne s'attendait pas à ça, il ne pensait pas à ce qu'elle change de comportement aussi vite. Il était toujours étonné par la jeune fille, il ne pouvait jamais être sûr de ce qu'elle allait faire. Finalement il aimait ça, au moins il était obligé d'être lui-même, il respirait un air neuf et devait s'y habituer. Plus rassuré alors qu'elle était attentive, ne regardant que lui, lui offrant la possibilité de s'épancher, de libérer son coeur serré il se lança.
« J'ai parlé avec Yasumi et finalement je me suis rendu compte que tout ce que tu m'avais dit était vrai. Je ne voyais que ce que je voulais, je croyais agir pour le mieux, mais j'ai été trompé. Ce n'est pas une excuse mais je pensait que tout ce qu'elle me disait était vrai. »
Il n'arrivait pas à mieux s'expliquer, toutes ses excuses lui semblaient mauvaises, ça n'expliquait en rien pourquoi il était allé si loin mais il ne pouvait plus revenir en arrière, il avait agi en ayant partiellement conscience de ce qu'il faisait. Si tout ça devait recommencer il aurait tout fait de la même manière, son caractère borné ne lui aurait pas permis de réagir autrement. Il aurait voulu s'excuser de plus belle manière mais ses états d'âme n'intéressaient personne, l'essentiel pour Saya c'était le résultat, ce qui allait changer pour elle.
« En bref je ne viendrai plus vous gêner, c'est fini. Je resterai bien sagement de mon côté et vous pourrez avoir enfin la paix. » finit-il dans un soupir.
Elle avait vraiment beaucoup de mal à croire tout ce qu'il disait. Et pourtant il semblait on ne peu plus sincère. Rien ne lui coûtait de le laisser parler, elle verrait elle-même sit tout cela était vrai. S'il ne mentait pas, c'était la meilleure nouvelle qu'elle avait entendue depuis des siècles ! Elle ne put empêcher son optimisme de l'envahir, ne se souciant plus de ses doutes. Alors toute cette histoire contre Miroku allait finir, il serait enfin tranquille et pourrait profiter pleinement de sa dernière année de lycée.
« C'est vrai ?! »
Elle n'avait pu s'empêcher de lui poser cette question inutile, un sourire naissant sur ses lèvres.
Voyant qu'elle le croyait au moins un peu il se sentit immédiatement rassuré, s'il pouvait effacer aussi facilement son air préoccupé de son joli visage il ferait tout son possible pour ne lui annoncer que des bonnes nouvelles, cela lui faisait tellement chaud au coeur de la voir ainsi.
« Oui c'est définitif, je ne viendrai plus. »
Il réalisa ce que sa phrase impliquait. Il releva ses yeux qui s'étaient fixés au sol, honteux, et regarda attentivement Saya. Celle qui avait ouvert son esprit mais surtout celle qu'il ne reverrait plus jamais. Il ne pourrait plus reprendre courage rien qu'en profitant de sa présence. Il s'était senti libéré de ne plus être considéré comme un malvenu, il avait eu l'impression que les prochaines fois il pourrait mieux s'entendre avec elle. Seulement il n'avait pas pris en compte le fait qu'il n'aurait plus le droit de jamais la revoir. Cette pensée l'ébranla encore plus que son retour à la réalité. Il avait déjà du mal à encaisser sa rupture avec Yasumi, et son impression d'être devenu un paria ; mais si en plus il devait s'ôter le seul endroit de vérité pure qu'il connaissait il ne pensait pas pouvoir résister face à son désespoir et ses désillusions. Il déglutit péniblement, prenant la décision de partir le plus vite possible avant que tout tourne trop vite dans sa tête et qu'il n'ait plus aucun équilibre. Il fit un pas en arrière, détachant enfin son regard du visage radieux de la jeune fille, se détournant tristement, ses oreilles bourdonnant. Il ne savait plus qu'une chose c'était qu'il devait rentrer, il ne devait penser qu'à ça pour enfin se retrouver au calme, combattant tous ses tourments.
Il était si rapide, en un clin d'oeil il s'était éloigné d'elle. Elle perdit son sourire et tendit sa main vers son dos, n'atteignant que le vide.
« Attends ! »
Elle ne savait pas pourquoi mais elle sentait que si elle le laissait s'éloigner d'elle maintenant elle n'aurait pas accompli pleinement ce qu'elle devait faire. Il manquait encore quelque chose pour que tout soit vraiment fini.
Il s'arrêta immédiatement, clignant des yeux, semblant sortir de ses pensées. Il ne s'attendait pas à être retenu malgré ce qu'il avait dit. Il se tourna vers elle, tout penaud, osant à peine la regarder, s'attendant à recevoir plus de foudres. Mais elle semblait seulement inquiète de le voir s'en aller si vite. Comment cette fille si simpla pouvait avoir autant de poids dans sa vie, autant d'influance sur ses décisions ? Mais elle était la voix de la sagesse pour lui, il ne pouvait l'ignorer.
« Attends... » Elle se répéta, de peur qu'il ne l'ait pas entendue avant, profitant de cet instant pour combler la distance qui s'était formée entre eux.
Il ne bougeait plus, attendant qu'elle parle, sentant qu'elle allait sûrement exiger quelque chose de lui. De simples excuses ne lui suffisaient pas et il trouvait ça parfaitement normal. Du moment qu'elle en finissait rapidement cela lui importait peu. Il commençait à ne plus pouvoir supporter l'indécision et le doute qui n'arrêtaient pas de venir le tarauder.
« Si tu veux vraiment t'excuser il faut que tu ailles voir Miroku... » Elle vit son air plus qu'étonné et continua rapidement, un petit sentiment de satisfaction s'installant en elle. « Oui c'est sûr tu ne dois pas y aller quand il est seul, c'est hors de question ! Mais il va y avoir une rencontre sportive ce week-end. Il va jouer au foot. Si tu viens l'encourager à ce moment-là il sera suffisamment entouré pour ne pas prendre peur. »
Kotaro tiqua. S'il n'était pas seul cela voulait dire qu'il y aurait certainement Sano avec lui et cette fois-ci il ne pensait pas pouvoir éviter une correction si jamais il l'irritait. Le jeune homme était impressionnant, il ne souhaitait pour rien au monde éprouver sa force.
« Ca serait bien si tu venais le voir pour t'excuser, j'irai aussi. Je fais pas ça pour toi, attention ! Mais lui aussi a vraiment envie que tout s'arrange. »
Elle s'arrêta, calmant son impatience. Elle le regarda fixement, méfiante.
« Par contre tu as intérêt à être sincère, si tu m'as menti je ne te le pardonnerai pas !
- Oui je sais, ce n'est pas la peine de te mentir, tu le sens toujours. »
Elle recula un peu, étonnée. Décidément elle effrayait tout le monde. Elle ne pensait pas qu'autant de personnes puissent croire à tout ce qu'elle disait.
« Bon si c'est entendu, sache que Miroku ne t'en veut pas, il n'arrive à en vouloir à personne. Tu es son ami et il a envie que tout redevienne comme avant. Et moi tout ce que je veux c'est l'aider à faire ce qu'il souhaite le plus. Alors je t'accompagnerai pour que tout ses passe bien. »
Il resta un peu interdit devant son flot de paroles. Elle l'avait cru si facilement, il n'en revenait pas.
« Pourquoi tu me crois ?
- Et bien, depuis le début avec Miroku on sentait bien que tu étais contraint et forcé à faire tout ça. »
Il n'aurait jamais cru cela possible, il était à des milliers d'années d'imaginer Miroku et Saya en train de s'inquiéter pour lui. Il restait abasourdi devant leur perspicacité et surtout sur leur capacité à ne pas lui en vouloir. Il n'avait cherché qu'à leur faire du mal et pourtant ils ne désiraient pas se venger. Il ne comprenait pas cette façon de faire. Il aurait tenté de suivre leur raisonnement qu'il n'y serait pas arrivé, son cerveau n'aurait pas résisté. Leur conception de ce qui se passait était trop tordue. Il abandonna, il se sentait largement vaincu, il ne pourrait plus que faire tout ce qu'ils lui diraient de faire. Ils lui avaient pardonné avant même qu'il ne songe à s'excuser. Il sentit ses épaules s'affaisser, son visage s'attrista et sa voix se fit plaintive.
« Que veux-tu que je fasse ? Comment je peux réparer ce que j'ai fait ? »
Elle était rassurée de le voir réagir ainsi, elle arrivait à suivre ses pensées et tout ce qui se passait dans sa tête, elle sentait qu'il dégageait directement ce qu'il y avait dans son coeur. Elle se retint de lui attraper le bras, c'était encore trop tôt, autant pour lui que pour elle. Elle serra le poing en l'air à mi-hauteur, faisant un pas en avant, voulant le rassurer juste en étant près de lui. Il avait besoin d'un repère pour tenir le coup et continuer sur cette voie.
« Sois honnête. Ça sera dur mais tu le sais déjà. Miroku a besoin que tu ailles bien. Il a besoin que tu redeviennes comme avant, que tu soies son ami. C'est à toi maintenant de savoir ce que tu veux faire. »
Il fronça les sourcils, le regard perdu, ressentant que ce qui se passait allait être décisif, que s'il surmontait tout ça il en ressortirait changé. Il n'y avait plus de quoi se poser de questions, le plus important pour lui c'était de savoir qu'on lui donnait une chance de se racheter.
« Je veux revoir Miroku... Je veux être son ami. », finit-il en relevant la tête, la regardant d'un air décidé.
Elle lui sourit, apaisée.
« Alors tout va bien. »
Il la regarda, vaguement mal à l'aise. Elle lui avait pardonné si rapidement, cela ne cachait-il pas quelque chose d'autre ?
« Bon et bien on se reverra pour le match, d'accord ? »
Il ne put que hocher la tête puis elle partit rapidement, le laissant planté là, sans se retourner. Il ressentit un vide immense d'un seul coup. Jusque là il avait pris ses décisions parce qu'elle était là, il s'était senti sur la bonne voie mais désormais il devait se débrouiller seul. Ce n'était pas qu'il ne pouvait pas le faire, loin de là, mais une présence comme la sienne qui le rassurait autant c'était quelque chose de vraiment nouveau pour lui et il aurait préféré en profiter plus longtemps. Peu lui importait d'être égoïste pour ça, il savait pertinemment qu'il traversait une grande période de changements, toute aide serait la bienvenue.
Il s'ébroua un peu et se détourna, reprenant le chemin de sa maison d'un bon pas. C'était déjà une bonne chose de faite. Ça s'était passé si vite. Toute la tension qu'il avait ressentie avant commençait à retomber et il se sentit grisé en même temps qu'exténué. Il se traita d'imbécile. D'avoir autant gambergé pour si peu de conversation lui sembla ridicule. Et tout ça ne résolvait rien finalement. Il devrait voir Miroku bientôt et de voir son ami autrfois si fort le regarder avec un air si triste et déçu lui faisait plus peur que d'affronter Sano. Lire la déception dans le regard d'un être si important faisait l'effet d'un coup de poignard glacé dans le coeur. Il devait aussi se faire à l'idée de ne plus aller chez Yasumi tous les soirs. C'était devenu une sorte de tradition, une habitude. Il était bien accueilli du moment que Hosei ne risquait pas de le voir. Son coeur se serra malgré lui alors qu'il repensait à ses soirées hivernales où il avait réussi à soutirer un maigre sourire à la jeune fille alors qu'ils se réchauffaient devant une tasse de thé. La satisfaction qu'il ressentait en sachant qu'il allait pouvoir se réconcilier avec Miroku n'arrivait pas à effacer la nausée qui le prenait à chaque fois qu'li pensait à ce qu'il avait dit à Yasumi. Une rupture, voilà comment il voyait cela. Mais de son côté, elle n'avait pas dû trop s'en faire, il ne comptait certainement pas pour elle. Un soutien, une aide mais pas plus. Peut-être même qu'elle ne le considérait pas comme un ami. Toute cette relation n'avait été qu'à sens unique. Elle n'avait jamais voulu se rapprocher vraiment de lui sauf pour l'utiliser. Il était suffisamment clairvoyant pour s'en être rendu compte bien avant mais il avait eu confiance en sa propre détermination, il avait vraiment pensé qu'il pourrait faire évoluer leur relation. Mais c'était impossible, il n'y avait plus rien à faire maintenant. Il serait seul à nouveau, ne comptant pour personne, n'intéressant personne. Mais pour l'instant cela lui suffisait, il n'aurait pu se forcer à être avec quelqu'un si tôt. Jouer les solitaires lui convenait parfaitement. Il rentra donc tout seul chez lui, essayant vainement de se défaire de toutes les pensées qui l'assaillaient.

********************************fourth step********

Il tapa volontairement du pied dans l'entrée, se débarrassant rageusement de ses chaussures. Il serrait les dents réfrénant sa colère. Cette journée avait été particulièrement grâtinée. D'abord son prof de maths avait de nouveau trouvé sympathique de lui faire une réflexion cinglante qui n'avait pas eu lieu d'être. Il était habitué au caractère si particulier de ce prof mais cela ne l'excusait en rien de s'en être pris à lui cette fois-ci. Il savait bien qu'il n'était pas réputé pour être doué en mathématiques mais il avait réussi à limiter le sdégâts et s'offrir un peu de tranquilité, ce n'était pas juste pour arriver à se faire critiquer de nouveau, ce n'était pas ça qui l'aiderait à faire des efforts. Mais par la suite d'autres évènements étaient venus s'ajouter à cela, ne lui laissant pratiquement aucun répis. On le bousculait sans état d'âme en pleine rue sans s'excuser, l'envoyant presque par terre vu son faible équilibre sur sa jambe blessée. Ce n'était pas que son pied était encore fragile, bientôt il serait guérit. Mais de toutes façons se tordre le pied pour éviter de rentrer dans quelqu'un était un réel traumatisme pour le corps. Il avait eu peur un instant de devoir de nouveau se soigner pendant le reste de l'année, tout ça à cause d'un imbécile qui ne regardait pas où il allait. Il avait cru sentir son pied se détacher de sa jambe et l'abandonner. Un froid glacial l'avait bloqué et il s'était aussitôt penché pour vérifier que son corps était bien entier. Il avait longtemps ruminé cet incident tout en continuant son travail, se souciant de ménager son pied. C'est ce moment qu'avait choisi le patron, d'habitude si tranquille et ne se souciant de rien, d'avoir l'envie soudaine de s'occuper sérieusement de son affaire. Il voulait augmenter son rendement et l'efficacité du service. Bien sûr le handicap de Sano avait été largement mis en question. Alors qu'il avait toujours assuré son travail de façon correcte malgré la douleur, maintenant sa bonne volonté était remise en doute. Il ne savait pas d'où venait cette nouvelle idée de rendre plus rentable le café mais il se doutait que quelqu'un l'avait mise de force dans la tête de son patron. Il s'était défendu, surtout que toutes les critiques dataient du début de sa blessure, quand il ressemblait vraiment à un éclopé, elles n'avaient plus lieu d'être maintenant. Il avait tout encaissé sans broncher, sachant pertinemment qu'il quitterait bientôt ce boulot. D'une part parce qu'il pourrait enfin rejouer au foot et n'aurait plus le temps de rien faire d'autre ; et d'autre part, la situation du club s'améliorant ils seraient de nouveau aidés financièrement donc ce qu'il faisait n'aurait plus lieu d'être. Lui qui s'était senti si à l'aise au café, les prochains jours allaient être bien plus tendus. Il prévoyait une fatigue morale notable qui risquerait de le rendre irritable comme il l'était déjà ce soir. Son cerveau avait failli exploser sous le sdemandes incessantes de ses camarade spour réparer tout et n'importe quoi. Sous prétexte qu'il se débrouillait pas mal et semblait vouloir aider tout le monde ils pensaient pouvoir se délester sur lui de tous leurs problèmes. Sans compter toutes les remarques à moitié sympathiques et censées être amusantes, concernant son infirmité. D'habitude il appréciait ça, ne se formalisait nullement mais d'en entendre toute la journée c'en était trop. Il détestait déjà assez d'être si impuissant face à son handicap, il n'avait pas besoin que tous les gens qu'il croise le lui rappellent. Alors qu'il était d'un naturel plutôt tranquille et impassible face à toute situation, l'accumulation de tous ces ennuis l'irritait beaucoup, il se sentait remonté contre tout le monde. Pour une fois qu'il avait pu rentrer assez tôt de son travail il aurait préféré être plus tranquille. Il réussit finalement à se débarrasser de toutes les corvées qu'on lui avait données à faire et il n'attendit pas plus pour aller monopoliser la salle de bain, pendant que tous les pensionnaires se trouvaient à l'entraînement de football. Il s'autorisa enfin un moment de détente où il laissa à la porte tous ses soucis et ses états d'âme. Il se reposait complètement laissant son esprit flotter, léger, ne s'embarassant que de considérations futiles qui le divertissaient. Il se laissa engourdir par la chaleur de l'eau, appuyant sa tête sur le reboird de la baignoire, fermant les yeux. Il sentit ses muscles se détendre l'un après l'autre, il ne se rendit compte qu'à ce moment-là de la tension qui avait pesé sur son corps toute la journée. Il soupira, se sentant complètement détendu, sa jambe blessée bien appuyée au fond de la baignoire. Il se laissa aller à la somnolence, bercé par le bruit de l'eau qui clapotait doucement, résonnant dans la pièce vide. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas apprécié un moment de silence, le pensionnat débordait tant de vie habituellement, il était presqu'impossible de le voir au calme. Le temps semblait s'être arrêté, plus rien ne semblait devoir arriver, le monde était vide et plus personne ne se manifesterait. Il n'entendrait plus que le léger bruit de l'eau faisant écho sur les murs, indéfiniment. Il se sentait lentement attiré vers le sommeil, tous ses ennuis allaient bientôt s'évanouir comme de la vapeur d'eau dans l'air. Si simplement et facilement.
D'un coup tout se brisa, quelqu'un frappa à la porte, réduisant ses rêveries à néant. Il faillit glisser dans l'eau tellement il était surpris. Il se rétablit comme il put, plaquant ses mains sur les côtés glacés de la baignoire. Qu'on vienne le gêner à ce moment-là c'était vraiment le bouquet. A tous les coups ce devait être un des gars qui avait besoin d'aide et qui allait prendre un ton plaintif pour lui demander ce service. Il n'était pas tout puissant, il ne pouvait pas résoudre tous les problèmes et puis ils pouvaient faire comme lui et se débrouiller comme ils pouvaient. Il n'avait pas la science infuse et personne ne lui avait montré comment réparer tous les objets, il avait appris sur le tas et aurait été ravi que ses camarades en fassent autant. Tout cet instant de détente partait en fumée, tous ses effets bénéfiques réduits à néant. D'un coup il était de nouveau nerveux et de mauvais poil. C'était rare mais quand cela lui arrivait il ne pouvait rien fair epour y remédier. Il espérait qu'une bonne nuit de sommeil le remettrait d'aplomb. En attendant il essaya de maîtriser sa voix pour qu'elle ne semble pas trop énervée. Les gars ne voyaient pas du tout que tout cela l'agaçait au final, ils ne savaient pas qu'il était déjà assez fatigué par sa journée. Il ne pouvait pas leur en vouloir et ne le voulait pas. Malgré tout il était attaché à ce petit groupe, il n'arriverait jamais à leur en vouloir bien qu'ils fassent preuve d'une immense stupidité quelques fois.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » Sa voix si forte d'un coup résonna contre les murs, semblant ne pas être à sa place.
« Ah ! » Une petite voix lui parvint de l'autre côté de la porte, un peu surprise. « Sano ? »
Il reconnut alors son ami. C'était Miroku qui avait interrompu son moment de détente. Toute sa colère et son impatience se calmèrent aussitôt. Tout ce qui lui importait maintenant c'était de savoir s'il pouvait être d'une quelconque aide pour le jeune garçon.
« Miroku ? Qu'est-ce qui se passe ? » Il commençait déjà à se préparer à sortir de la salle-de-bains dès qu'il saurait de quoi il retournait.
« Ah... Euh... Je ne voulais pas vous déranger, je reviendrai plus tard...
- Attends ! » Il sortit complètement du bain et commença à s'essuyer dans son immense serviette qui paraissait si petite par rapport à sa taille.
« Dis-moi pourquoi tu es venu ? » Il noua sa serviette autour de sa taille et jeta un coup d'oeil à son reflet dans le miroir, essayant de recoiffer ses cheveux qui même mouillés semblaient avoir leur vie propre. Ils étaient devenus de nouveau trop longs.
« En fait normalement c'est moi le premier à la douche après l'entraînement aujourd'hui mais ce n'est pas grave je peux repasser plus tard...
- Non, non ! Reste ! C'est moi qui suis venu sans tenir compte de l'ordre de passage. Et puis j'ai fini de toutes manières. » Il récupéra rapidement ses affaires éparpillées par terre et avant que Miroku n'ait pu répondre il ouvrit la porte, pieds uns, mouillant le sol là où il marchait. Son ami en resta interdit. Sano avait surgit devant lui, les cheveux en bataille, l'eau goûtant sur ses épaules, ses affaires en fouillis dans ses mains. Il lui apparut si grand d'un coup, si imposant, il en resta sans voix.
« Désolé, tu peux y aller maintenant. » Il libéra le passage, baissant un peu la tête. Il cligna des yeux, une mèche de cheveux venant lui chatouiller les cils, déposant des goutelettes d'eau sur sa joue. Tout son énervement avait soudain disparu bien qu'il n'ait pu complètement se reposer, toute son attention était tournée vers le bient-être de son ami, il ne pensait plus à rien d'autre. Il sentait vaguemen les gouttes d'eau qui coulaient sur sa nuque, si froides qu'elles lui donnaient la chair de poule.
« D'accord, merci... » Miroku disparut derrière la porte qu'il referma. Il n'aurait jamais osé faire ça si le premier conseil que lui ait donné Sano n'avait justement concerné ce droit de passage à la salle-de-bains. Ce n'était pas le moment de faire preuve de trop de retenue, il devait montrer qu'il se souvenait de ce qu'il lui avait dit. Il espérait qu'il s'en rappelait sinon Miroku serait de nouveau plongé dans la culpabilité. Mais il devait lui faire confiance, il verrait plus tard s'il devait s'excuser rétrospectivement sur ce qu'il venait de faire.
Sano restait planté là où il était, tout seul dans le couloir vide. D'un coup cette situation luia vait sauté aux yeux. Lui et Miroku devant la salle-de-bains c'était exactement lors de cette soirée où il avait croisé le jeune garçon qui semblait si seul et perdu. Cela remontait à plusieurs mois maintenant, une vraie éternité. Miroku avait beaucoup changé depuis et de constater ça lui fit plaisir. Tous ses efforts ne lui avaient pas semblés si importants que ça mais apparemment ça avait servi à quelque chose. A cette époquef Miroku était juste une petit nouveau qui semblait un peu perdu dans un environnement tout nouveau pour lui. C'était un inconnu, juste une connaissance qui était avec lui en classe et vivait au pensionnat avec tout le monde. Il ne s'y était pas intéressé plus que ça, ce n'était pas ses affaires. Il avait d'autres choses à faireà cette époque, le foot occupait quasiment toutes ses pensées alors, il était très insouciant et nonchalant. Sa rencontre avec Miroku l'avait bien changé lui aussi. Il avait finalement bien relativisé toutes ses activités et sa blessure. Il avait découvert plus de trésors qu'il n'en soupçonnait rien qu'en s'intéressant aux autres. Rester avec Miroku lui avait montré à quel point une personne pouvait recéler de secrets. Ce petit bout d'homme qui semblait si chétif lui avait plus appris sur lui-même qu'il ne l'aurait imaginé. Il n'imaginait plus se désintéresser totalement de sa vie, de ses inquiétudes et de ses peurs ; il partageait ses envies et ses problèmes. Avec ses autres camarades ils ne s'étalaient jamais là-dessus, trop fiers pour avouer leurs faiblesses mais toujours d'accord pour se soutenir mutuellement. Mais au final c'était complètement différent. Ils pouvaient ne plus s'occuper des soucis des autres dès qu'ils le voulaient. Mais ça, Sano ne pourrait plus le faire avec Miroku. Il s'était approprié tous ses problèmes, s'en souciant même plus que des siens. Il ne pouvait s'en empêcher, de le voir si petit et fragile face à des problème démesurés, cela le forçait à réagir. C'était assez nouveau pour lui et pourtant il trouvait ça tellement évident. Il ne pouvait plus le laisser se débrouiller seul, il se sentait trop impliqué et voulait plus que tout garder leur amitié telle qu'elle était, si pleine de confiance en l'autre. Tout ça tenait à si peu de choses, une simple rencontre, des circonstances particulières qui leur avait permis de se rencontrer. Cela finit par lui donner le tournis, en plus il s'était considérablement refroidi en restant debout en plein milieu du couloir. Il était encore mouillé, les gouttes d'eau coulant sur son torse jusqu'à toucher ses affaires qu'il avait toujours pressées dans ses bras contre lui. Une petite flaque s'était formée à ses pieds, il s'en rendit enfin compte et se déplaça légèrement, remettant ses pieds au sec. Les gouttes ruisselaient dans son dos, dans le creux entre les omoplates jusqu'au bas du dos et allaient se perdre dans la serviette qui arrêtait leur progression. Il frissonna, se demandant enfin combien de temps il était resté perdu dans ses pensées sans bouger. La porte de la salle-de-bains s'ouvrit alors et Miroku en sortit. Il fut très étonné de voir que son ami n'avait pas bougé d'un pouce depuis un bon quart d'heure. Il se bloqua, le regardant avec des yeux ronds. Il n'avait aucune raison de rester là, en plus il devait avoir froid comme il était peu couvert. Il eut soudain peur que quelque chose se soit passé. C'était la première fois qu'il faisait ça, qu'il semblait si perdu dans ses pensées. Il semblait aussi surpris que lui d'être resté comme ça pendant tout ce temps.
« Sano ? Est-ce que ça va ? »
Il commença à s'agiter, sentant la touche glacée des gouttes d'eau qui continuaient de tomber sur ses épaules, il se sentit bien nigaud d'un coup. Heureusement que c'était Miroku qui l'avait surpris comme ça. Au moins ne se moquait-il pas de lui. Au contraire il s'inquiétait pour lui, cela le décida réellement à bouger.
« Oui ça va t'inquiète pas. J'étais juste un peu perdu dans mes pensées. Et maintenant je suis gelé, c'est malin !
- C'est un peu normal. » Miroku était soulagé et il ne put s'empêcher de sourire devant l'attitude si gauche de sonami qui dansait un pied sur l'autre, l'air un peu bête.
Voyant ce petit sourire, Sano s'arrêta aussitôt et regarda gentiment son ami. C'était agréable de le voir si détendu et à l'aise.
« Je ne voulais pas vous presser pour la salle-de-bains... » Malgré tout il avait besoin d'une confirmation, il voulait faire les choses comme il faut et ne surtout pas froisser son ami.
« Non de toutes manières je t'avais dit de le faire et ça marchea vec moi aussi. Je vais pas te dire de faire quelque chose avec tout le monde et ne pas m'y soumettre moi-même. »
Il vit Miroku soupirer de soulagement, apparemment il avait vraiment eu peur de mal agir. Mais il n'avait demandé cela qu'après l'avoir fait. Au moins n'avait-il pas hésité avant, il y avait de l'évolution. Il fallait l'encourager à être plus à l'aise, ne pas le laisser douter. Il libéra une de ses mains prises sous ses affaires et la tendit pour ébouriffer les cheveux encore mouillés du garçon. Il aimait bien le petit air à demi renfrogné et à demi content qu'il affichait le visage de son ami. Si vraiment ce geste l'avait excédé à force il l'aurait fait comprendre d'une manière ou d'une autre. Mais là c'était comme si au contraire il attendait avec impatience toutes les occasions de se retrouver dans une situation propice à ce geste. Peut-être cela le rassurait-il ? En tous les cas Sano ne se faisait pas prier pour le faire. Miroku releva la tête, les yeux rieurs.
« Est-ce que ovus voulez qu'on révise ensemble ce soir ? »
Cette proposition faite tout de go l'impressionna fortement. Mais il ne fallait pas faire l'étonné, il fallait montrer à son ami que c'était tout à fait normal, pour qu'il sache qu'il pouvait toujours le faire.
« Ouais pas de problème. Faut juste que j'aille me changer.
- Bon alors je vous attends dans ma chambre.
- Ok on fait comme ça.
- A tout de suite. »
Il regarda ce garçon si frêle repartir dans le couloir d'un pas des plus décidé. Avait-il tout préparé avant ? Avait-il répété ses phrases pour être sûr d'arriver à les dire ? Sano en doutait, tout cela lui avait semblé très naturel, comme une impulsion soudaine, une idée qui était apparue toute seule et qu'il n'avait pu s'empêcher d'exprimer tout haut. Cela ne présageait que de bonnes choses. Miroku se sentait plus à l'aise alors. Il fallait tout faire pour lui permettre de continuer sur cette voie. C'était tout ce qu'il pouvait faire.
Miroku sautillait presque en marchant. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il avait fait. Et pourtant il n'y avait pas du tout pensé à l'avance. Sous la douche il n'avait fait que penser à sa journée et son entraînement, à tout ce qu'il pouvait faire pour s'améliorer. Il s'était déjà établit un plan d'attaque et s'imaginait déjà retourner sur le terrain déserté, passer des heures à s'entraîner pendant que tous les autres se reposaient. En cela il se sentirait proche de Sano, il ne doutait pas que son ami s'entraînait discrètement sans que personne ne le sache et contre l'avis du docteur. Il avait ressassé toute sa journée et ne s'attendait vraiment pas à retrouver Sano devant la porte. Tout s'était passé comme dans un rêve, ses mots lui étaient venus à la bouche sans qu'il ait réfléchi à les dire à l'avance. Il ne s'était rendu compte de ce qu'il disait qu'une fois qu'il l'eut entendu. Il était resté un peu sidéré par sa proposition. Il avait attendu la réponse avec appréhension mais cela n'avait pas duré bien longtemps. Il était tellement heureux que tout se passe bien. Il se sentait léger, il ne se sentait plus peser sur le sol, il était sur un petit nuage. Finalement il pourrait réviser avec son ami, depuis le temps qu'il voulait l'aider en mathématiques.

********************************fifth step********

Sano rentra après avoir frappé à la porte. Il déposa ses cahiers sur le bureau de Miroku alors que celui-ci demandait d'attendre un moment pour lui de changer de t-shirt. Il se tourna vers lui, commençant à s'appuyer sur le bureau, croisant ses bras. Il arrêta son geste et se retrouva comme suspendu dans l'air, en équilibre précaire. Ses bras retombèrent ballants et il se tint penché en avant, ses yeux ne pouvaient plus quitter le dos de Miroku. Il mettait du temps à trouver quelque chose à se mettre. Sano réalisa enfin ce qu'il voyait, une chair de poule le parcourut des pieds à la tête alors qu'une rage sourdait en lui. Il levait le poing pour le cogner violemment contre le mur de dépis mais il se retint. Tout cela ne ferait qu'effrayer son ami. Il serra les dents, sentant son ressentiment s'accompagner de honte et de regret. Il aurait tout donné pour... Il aurait pu en pleurer tellement cela lui retournait le coeur. Et c'était à son ami si innocent, si doux et gentil que cela arrivait, c'était injuste. Il s'approcha lentement, tendant la main devant lui. Son épaule se souleva à ce contact et il frissonna. Sano affermit sa prise et se pencha, les sourcils froncés, toujours tourmenté par sa colère et son impuissance. Il regarda minutieusement le dos de son ami qui, effrayé, n'osait plus bouger.
Sano sentit que c'en était trop, son coeur était piétiné, ses doutes étaient confirmés. Il n'avait rien pu faire et pourtant il se sentait tellement responsable. Il se sentait si faible et impuissant, si petit face à la taille que pouvait atteindre la méchanceté. Il sentit que toutes les émotions de la journée n'étaient rien comparées à celle-la. Il était las de faire tant d'efforts alors que d'autres personnes ruinaient tant de vies d'un geste, sans y penser, sans mesurer les conséquences de leurs actes. Et malgré tout ce qu'il avait subi il sentait sous sa main la chaleur de ce corps si mince et fragile qui avait résisté malgré tout. Il recélait tellement plus de force et de courage que lui. Il ne lui avait été d'aucune aide. Il céda sous le flot d'émotions qui l'envahit. Il baissa la tête, fermant le plus fort possible ses yeux pour échapper à ce qu'il avait vu. Il eut une envie soudaine et irrépressible de le prendre dans ses bras et de l'éloigner de ses souvenirs, de le couper de tout ce mal qu'on lui avait fait. Il voulait faire quelque chose maintenant pour rattraper le fait qu'il n'avait pu agir quand il l'aurait fallu. Il pensait n'avoir fait qu'imaginer le serrer contre lui mais il réalisa qu'il l'avait vraiment fait. Il se sentait frustré de ne rien pouvoir faire pour effacer ses blessures. Il nepouvait revenir en arrière, il ne voulait plus le lâcher maintenant.
Miroku sentit le visage de son ami s'appuyer contre sa tête, ses cheveux venant lui chatouiller le front. Il ne savait plus quoi faire. Sano agissait vraiment étrangement. Il n'avait fait que regarder son dos et puis... Son sang sembla se glacer dans ses veines. Il frémit de nouveau, réalisant qu'il venait de s'exposer inconsidérément. Il voulait partager ses sentiments avec son ami, pas lui imposer des souvenirs.
« Miroku... Je suis tellement désolé... »
Sa voix plaintive chuchotait à son oreille. Il ne voulait pas que ça se passe comme ça. Il avait toujours réussi à se cacher des autres, à garder ça secret. Il n'avait pas été assez vigilant et voilà que maintenant il inquiétait Sano sans raison.
« Sano... Non...
- J'aurai voulu t'aider, j'aurai voulu être là pour te protéger mais je ne pouvais pas... Je n'ai rien pu faire.... »
Miroku sentit son étreinte se resserrer et abandonna l'idée de se dégager au plus vite. Il se détendit dum ieux qu'il put et posa une main qu'il voulait apaisante sur le bras de Sano. Il aurait tellement voulu ne pas être seul à ce moment-là, si seulement Sano avait été là. Il ne put s'empêcher de pleurer alors qu'il se rappelait des circonstances dans lesquelles il s'était retrouvé. Il avait cru être en plein cauchemar et que rien n'était réel mais à son réveil les marques dans son dos ne lui permettaient plus de fuir la réalité. Voilà pourquoi il savait soigner les blessures, il avait dû en cacher tant, il savait exactement combien de temps un bleu restait visible suivant la région où le coup avait été porté. Il voulait croire que ce démon qu'il avait vu n'était pas son père et que cette statue immobile et impassible, cruelle, n'était pas sa mère. Il avait cru et croyait encore que cela pouvait s'arrêter, il voulait espérer, il ne voulait pas admettre la fin de sa famille. Il se refusait à abandonner, même s'il devait en pâtir.
Une douce chaleur l'enveloppait à présent, les bras solides de son ami le soutenant et lui donnant bien plus de force et de courage que de simples mots. Il sentit quelque chose lui mouiller la joue mais ce n'étaient pas ses larmes qui déjà ruisselaient jusqu'à son menton. Il réalisa alors que c'était Sano qui pleurait, il pleurait sur son sort, il pleurait à cause de lui. Mais il ne pouvait se sentir coupable de ça, quelque chose dans sa façon de le tenir près de lui lui interdissait de s'en vouloir pour ça. Malgré sa tristesse et sa peur il se détendit petit à petit se laissant bercer par la respiration profonde de son ami qui résonnait dans son oreille.
Sano se pensait impuissant à présent mais c'était faux. Miroku sentit qu'une cicatrice qui était restée désespérément ouverte dans son coeur, venait de se refermer grâce à la présence de son ami. Eut-il gardé cela secret qu'il en aurait souffert. Maintenant il savait tout de lui et l'acceptait comme il l'était. Il se laissa aller contre l'épaule grande et rassurante de son ami, ne bougeant plus d'un pouce, profitant de ce moment pour se ressourcer.
Seuls tous les deux ils représentaient la pureté au milieu des problèmes et des mauvais sentiments, une étincelle dans l'obscurité, de la douceur et de la compréhension, un vrai paradis où se reposer l'esprit. Chaud, doux et lumineux.

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