Jibun Kakumei > Chapitre 12 : Libre arbitre
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********************************first step********
Il
replia et mit en boule une nouvelle feuille où il avait à
peine écrit quelques lignes, soupira et s'appuya contre le
dossier de sa chaise. Il regarda son bloc-notes, espérant
voir les mots s'écrire tout seuls sur la page blanche. Il
s'était motivé du mieux qu'il l'avait pu dès
qu'il s'était complètement remis de sa grippe. Il
voulait mettre un terme à cet incident. Il s'était
senti réellement perdu quand il avait lu la lettre de ses
parents qui lui interdisaient de rentrer chez lui. Mais cela lui
semblait si loin maintenant. Il avait décidé d'aller
chez Sano pour les vacances de Noël et il commençait à
oublier qu'il se destinait à aller autre part à
l'origine. Il était tellement content qu'il en oubliait le
mal que ses parents lui avaient fait et ne désirait plus
que rester en bons termes avec eux. Il ne pensait pas que sa
réponse puisse être mal accueillie, il voulait leur
écrire pour minimiser la gravité de ce qu'ils
avaient dit. Il ne voulait pas se laisser aller à la
mélancolie, cela ne servirait à rien et d etoutes
manières il était plus que satisfait de la façon
dont s'arrangeaient ses vacances. Il avait tellement redouté
de voir la famille de son ami mais désormais il lui tardait
d'y être et de découvrir plein d'aspects différents
de sa vie. Rien que d'avoir parlé avec lui de son enfance
l'avait passionné, il ne pensait pas pouvoir être si
à l'aise aussi vite mais cela l'intéressait
tellement qu'il n'avait pu s'empêcher de lui poser des
questions, oubliant sa timidité excessive. Il repensait à
cet épisode avec étonnement, il s'était
surpris lui-même. Malgré la maldie, ou peut-être
grâce à elle il avait été beaucoup plu
sociable et plus ouvert avec son ami, il en était ravi. Il
se rendait compte que son caractère si peureux était
dur à vivre pour ceux qui l'entouraient, il désirait
tant arrêter de les inquiéter et les gêner.
Avec l'aide de Sano qui ne lu laissait aucun répis, il
serait sûrement possible de changer sa façon d'être.
Et puis il n'avait pas toujours été comme ça.
Le temps où il était si sûr de lui et dévorait
la vie à pleines dents lui semblait si loin maintenant. Il
n'arrivait même plus à retrouver en lui-même
des restes de cette force et cette combattivité qui avaient
tant marqué tous ceux qu'il avait cotoyé pendant ces
années de collège. Il ne restait en lui qu'une
profonde incertitude et des doutes par milliers qui
s'accumulaient, essayant de l'étouffer. Il aurait dû
ne faire que déprimer vu les idées noires qui le
taraudaient sans cesse et pourtant depuis quelques temps une chose
était apparue en lui qu'il pensait disparue à
jamais. Une petite lumière fragile qui scintillait
doucement dans son coeur. L'espoir de jours meilleurs était
revenu en lui. Il ne s'enlisait plus dans le désespoi, il
était retenu à la vie et aux joies qu'elle pouvait
apporter. Et surtout il était sûr de pouvoir changer
et sortir de son carcan de timidité et de peur qui
l'étouffait tellement. Son était d'esprit n'était
plus une fatalité, il se sentait capable de tout réaliser.
Au moins devenir plus fort et être rassurant pour ses amis
autant qu'ils l'étaient pour lui. S'il y arrivait il
pourrait affronter ses parents sans aucune peur, sans se laisser
influencer et culpabiliser. Il voulait se détahcer d'eux
mais en même temps il ne pouvait les renier. Il aurait
tellement souhaité qu'ils se rendent ocmpte de qui il était
vraiment et qu'ils le reconnaissent en tant que personne capable
de décider de ses actes par elle-même. Il fallait
qu'il leur motnre qu'il pouvait se débrouiller seul et
qu'il n'avait pas besoin de leur accord pour faire ce qu'il
voulait le plus. Sano avait raison, il fallait qu'il leur montre
combien il était fort et comment il pouvait affronter les
problèmes qui se présentaient. Il se redressa et se
pencha de nouveau sur sa feuille, bien décidé à
mettre dans cette lettre toute sa résolution et de ne plus
se plaindre. Il ne leur parlerai pas du regret qu'il avait de ne
pas pouvoir aller chez eux pour Noël ni de ce qu'il allait
faire. Qu'ils imaginent ce qu'ils voudraient. Ils lui avaient dit
de rester là où il était mais ils n'avaient
pas demandé s'il ferait quelque chose. Ils pensaient
sûrement qu'il allait se retrouver seul au pensionnat à
ruminer son comportement et que finalement il changerait d'avis et
les supplierai de rentrer immédiatement à la maison.
Mais ce qu'ils ne savaient pas et qu'il garderait pour lui,
c'était que finalement il préférait largement
rester. Il allait passer ses premières vacances chez un ami
et il savait qu'il ne s'ennuierait pas et passerait un des
meilleurs moments de sa vie là-bas. Juste parce qu'il
serait accepté tel quel et qu'on ne lui demanderait sous
aucun prétexte de changer ou de se forcer à faire
quoi que ce soit. Il n'imaginait même pas le bonheur que ce
serait de vivre ainsi tous les jours. Pendant la période de
cours il ne goûtait que parcimonieusement à cette
vie, savourant chaque instant passé avec son ami dans cette
atmosphère si accueillante et rassurante. Il allait
sûrement changer s'il vivait ainsi tous les jours pendant
les vacances. D'y penser ainsi, cela lui donna encore plus envie
d'y être déjà. Il savait maintenant ce qu'il
devait dire dans sa lettre. Ce serait court mais c'était
évident pour lui, les mots venaient tout seuls.
"Je
suis désolé que vous ne vouliez pas que je vienne
pou les vacances mais je comprends et respecte votre choix.
J'écrirai à grand-mère pour lui souhaiter mes
voeux. Je vous les souhaite en avance, je n'aurai certainement pas
trop de temps à ce moment-là pour écrire de
nouveau.
Portez-vous bien."
C'était largement
suffisant, il ne voulait pas en rajouter. C'était déjà
assez dur de leur écrire en restant détaché
des choses. Mais il avait quelque chose de spécial, rien
qu'à lui désormais. Il allait chez son ami mais n'en
parlerait pas à ses parents, il allait savourer son petit
secret, c'était son univers et il ne voulait en aucun cas
le voir souillé par la réalité.
Satisfait,
il replia la feuille ainsi remplie et la glissa dans une
enveloppe. Il enverrait cette lettre dès le lendemain.
Alors il se sentirait totalement libéré de ce
problème.
Bientôt aurait lieu la journée
portes ouvertes du lycée et il jouerait de nouveau un match
de football avec ses camarades. Maintenant il préférait
que ses parents ne soient pas là. c'était une
journée importante pour ses amis et il ne voulait pas y
mêler ses problèmes. Au moins s'amuserait-il et se
sentirait-il tranquille. Sano serait seul comme lui, ils se
tiendraient sûrement compagnie et cette idée lui
plaisait énormément. Il prendrait de l'avance pour
les vacances. Il ne craignait pas du tout de passer tant de temps
seul avec son ami, c'était plutôt un enchantement. Il
serait à côté de lui toute la journée
et le suivrait partout. Il voulait lui fair eplaisir et ferait de
son mieux pour ne pas se sentir gêné ou coupable,
cela attristerait sûrement Sano. S'il appréciait
vraiment sa présence et que ça l'aidait c'était
le minimum qu'il pouvait faire. Depuis qu'il avait entendu tous
ses souvenirs il voulait être près de lui si jamais
il avait besoin de se confier de nouveau. Il se rendait compte
avec le recul combien il avait été privilégié,
Sano luia vait vraiment fait confiance pour lui dire tout cela. Il
ne voulait pas que cette confiance disparaisse, il voulait rester
avec lui et que leur amitié grandisse encore. Malgré
sa faiblesse il voulait protéger son ami et l'aider autant
qu'il l'avait fait pour lui. Enfin il pourrait montrer sa
reconnaissance, il espérait ce moment depuis longtemps.
Il
se leva finalement, content de lui-même. Il avait hâte
de vivre les instants futurs. Il éteignit la lumière
de son bureau et quitta sa chambre pour aller manger. Il eut une
pensée pour Sano qui devait sûrement chercher un
moyen de s'entraîner quelque part malgré les conseils
du doc, il n'en doutait pas. Comme à chaque fois il lui
ferait garder des restes pour quand il rentrerait. Il aimait
s'occuper de lui comme ça, il se sentait utile. C'était
bien peu mais il espérait que cela facilitait la vie déjà
si occupée et compliquée de son ami. Il allait
encore devoir affronter ce petit regard entendu de la part de
Kosugi. Il regardait comme si ce dont il s'inquiétait était
futile mais qu'il était tout de même admiratif de son
attention pour Sano. C'était un regard étrange comme
s'il devenait une attraction intéressante. Mais il se
battait contre son malaise, bien qu'il fut fragile dès
qu'on semblait vouloir décortiquer ce qu'il pensait et
faisait. Il continuait à agir le plus normalement possible,
de ce qu'il faisait dépendait le bien-être de son
ami. Il ne fallait pas qu'il fléchisse et retombe dans son
silence gêné, peut-être se sentirait-il mieux
ainsi, il serait rassuré, il n'aurait pas pris de risques.
Mais il ne pouvait plus supporter cette façon de faire. Il
se sentait obligé de réagir rien que pour être
présent pour son ami. Il ravalait ses frayeurs et
continuait de manger comme si ce qu'il faisait était normal
alors qu'à l'intérieur il bouillait de honte à
chaque fois. Il avait peur de faire quelque chose de déplacé
mais pourtant il savait qu'il n'en était rien. Il ne
faisait que rendre service du mieux qu'il pouvait. Et pourtant ce
simple geste était spécial pour lui et d'après
ce que Sano lui avait dit ça l'était pour lui aussi.
Il était déjà assez déçu de ne
plus pouvoir partager le repas avec ses camarades. Il rentrait si
tard, il semblait si fatigué. Miroku s'inquiétait de
temps en temps mais il lui faisait confiance et il ne pouvait
l'empêcher de faire quoi que ce soit. Tout comme il ne
pouvait l'arrêter s'il voulait courir ou s'entraîner
comme il le faisait sûrement. Il avait besoin de bouger, de
respirer. Personne ne pouvait lui imposer de décisions. Et
pourtant il se pliait en quatre pour aider Miroku. Celui-ci n'en
revenait pas et pourtant c'était vrai. Il s'inquiétait
pour lui et le faisait toujours passer avant le reste. C'était
de là que venait la force qui permettait au garçon
de pouvoir affronter ce qui lui arrivait avec de plus en plus de
facilité. C'était cela qui lui avait permis d'écrire
une réponse à ses parents. C'était ce qui lui
permettait de respirer beaucoup plus librement alors qu'il était
entroué de tant de personnes. Cette force solidifiait et
rassurait son coeur. Il arrivait même à hocher la
tête à quelques plaisanteries qui fusaient autour de
la table. Il se sentait tellement apaisé et ça rien
que par quelques mots de son ami. Il n'aurait jamais pensé
cela possible. Il voulait en être digne et préserver
ce sentiment de plénitude qui l'envahissait si souvent
depuis qu'il connaissait Sano.
Il soupira de contentement
alors qu'il avait fini de manger et retournait dans sa chambre.
Alors que le couloir s'était vidé il regarda un
instant vers l'entrére du pensionnat. Il resta là
sans bouger pendant un instant, espérant malgré tout
voir arriver Sano un peu échevelé et essoufflé
qui lui lancerait un regard à demi étonné et
un petit sourire malicieux comme il savait si bien les faire. Mais
il ne se passait rien, comme à chaque fois. Il ne faisait
que rêver. Déçu et amer malgré son bon
état d'esprit il se retourna et se dirigea lentement vers
sa chambre, espérant pouvoira voir un moment tranquille
avec son ami de nouveau. Il n'aimait pas ces journées où
ils étaient tous les deux occupés et ne pouvaient se
voir. Maintenant qu'il avait accepté de reconnaître
ce qu'il pensait et ressentait il avait beaucoup plus envie de
communiquer et de s'exprimer. Mais cela il ne voulait et ne
pouvait le faire que lorsqu'il était avec Sano. Le reste du
temps il était vraiment trop cripé et peu sûr
de lui, ça le rendait malade et c'était pour cela
qu'il évitait tout contact le plus possible. Il se libérait
avec son ami et se sentait bien plus à l'aise. Ce qu'il
disait était important et comptait pour une fois.
Il
n'était plus un élément de décor qu'on
regardait à peine. Il était devenu quelqu'un
d'important qu'on écoutait attentivement et dont on
s'inquiétait. Il avait encore un peu de mal à réagir
face à cette nouvelle situation. Il sursautait encore
lorsqu'on l'appelait et ne pouvait empêcher une peur
inconnue de sourdre en lui. Soit il pensait avoir fait quelque
chose de mal soit il était sûr qu'on allait lui
demander de repartir chez lui, qu'il n'était plus désiré
là où il était. C'était ce qu'il
redoutait le plus et il ne pouvait s'empêcher d'y penser
tout le temps. Il lui fallait toujours quelques secondes pour se
remettre de ses émotions et se concentrer sur ce qu'on lui
voulait réellement. Il se savait catalogué comme le
garçon timide et apeuré du pensionnat mais il aurait
été étonné de savoir qu'il était
immensément respecté. Non seulement il avait sauvé
l'équipe du naufrage mais c'était surtout qu'il
avait remplacé Sano malgré sa peur et les problèmes
qu'il avait eu avant. Et en plus il ne s'en ventait pas du tout.
Il était très modeste et discret, prêt à
aider tout le monde s'il le pouvait. Il était très
intelligent mais ne jouait pas au snob et ça plaisait à
ses camarades. Il était une référence pour
les autres mais ne s'en rendait absolument pas compte. Il était
dans son petit monde, essayant de faire des efforts dans la limite
de ce qu'il percevait. En bref, il voulait faire de son mieux pour
bien s'entendre avec son ami et arriver à surmonter les
problèmes qui revenaient le tarauder à travers
Kotaro. Rien que cela lui semblait déjà immense et
très difficile à assumer. Il ne pensait même
pas qu'il pouvait ya voir des gens pour s'inquiéter de ses
soucis, à part Sano bien sûr, qui lui avait
clairement dit qu'il voulait s'en occuper. Du moment qu'il était
là il n'avait besoin de personne d'autre. Cette pensée
était étrange, il aurait dû vouloir l'aide de
tout le monde et pourtant depuis que son ami s'en occupait il
n'avait plus envie d'en parler à qui que ce soit, même
pas à Saya et pourtant elle avait le droit d'être au
courant de ce qui lui arrivait. Elle avait été si
souvent près de lui à l'aider, il ne pouvait
l'abandonner comme ça et la faire sortir de sa vie. Mais il
n'aimait pas aller al voir juste pour se plaindre alors maintenant
qu'il pouvait éviter de l'impliquer dans ses problèmes
il préférait ne pas le faire. Seul Sano semblait
pouvoir toujours savoir ce qui lui arrivait. Il lui paraissait si
grand et fort, iren n'aurait pu rivaliser avec lui. En même
temps il était invincible mais il avait aussi sa part de
tristesse. Miroku sentait qu'il n'avait pas le droit de tout
remettre sur lui, qu'en tant qu'ami il devait l'aider lui aussi.
Il avait de ces regards un peu las qui le touchaient. Quelque
chose devait peser sur son coeur. Parfois il n'arrivait pas à
savoir où les pensées de Sano le menaient. Il aurait
tellement voulu l'aider lui aussi. Il en revenait inlassablement à
la même conclusion. Il se devait de devenir fort et de
prêter plus d'attention à son ami.
Maintenant
qu'il se sentait si résolu il ne pouvait rien faire. Il
était coincé dans sa chambre et son ami rentrerait
certainement encore trop tard pour qu'ils puissent se voir,
c'était frustrant. Pour éviter ses réflexions
de tourner en rond il se plongea dans ses cahiers de cours, le
seul moyen qu'il avait trouvé pour se calmer rapidement.
Après une séance de mathématiques intense il
était sûr d'être prêt à aller se
coucher. Son cerveau en ébullition ne permettait aucune
pensée de venir l'envahir. Il n'aspirait qu'à
trouver le sommeil et reposer son corps. Il essayait de faire plus
d'efforts pendant les entraînements, de se donner vraiment à
fond. Il ne se donnait pas de répis, s'entraînant
alors que les autres soufflaient. Il voulait vraiment s'améliorer
pour être au niveau de Sano quand il reviendrait. Il sentait
que son ami, même amoindri pas sa blessure, devait être
immensément plus fort et doué que lui. Il
s'attendait à être réellement impressionné
lorsqu'il jouerait avec lui. Il voulait être capable de
suivre son rythme et de ne pas le ralentir. Il avait hâte
d'y être. Enfin quelqu'un pourrait rattraper ses passes et
construire des phases de jeu rapides et innovantes. Il s'endormit
en rêvant du jour où ils seraient tous les deux sur
le terrain et ne laisseraient aucune chance à leurs
adversaires.
********************************second step********
Il
avait de plus en plus de mal à trouver le sommeil. Il
n'arrêtait pas de ressasser toutes ses pensées depuis
qu'il avait parlé avec Kotaro. Toute cette histoire lui
avait fait un choc, il s'était senti tellement bafoué
par sa propre soeur. Ne pas lui dire que son ami d'enfance était
dans la même ville que lui et qu'il aurait pu le voir à
n'importe quele moment, ça le mettait en boule et pourtant
il n'était pas d'un naturel colérique. Il aimait sa
soeur plus que tout et il lui pardonnerait bien vite mais
maintenant il voulait rattraper le temps qu'il avait perdu avec
Miroku. Il se sentait pressé de le revoir, presqu'excité
comme à la veille d'un départ en voyage scolaire.
Deux longues années étaient passées et ils
avaient sûrement beaucoup changé, ce serait
intéressant de voir comment son ami d'enfance était
devenu. S'il avait toujours la même coiffure, la même
rpséence et le même caractère. S'il
reconnaîtrait ses mimiques, ses petits gestes que seuls les
gens qui se cotoyaient souvent pouvaient remarquer et retenir dans
leur mémoire. Il avait encie de voir s'il avait gardé
tout cela quelque part dans sa tête. Son amitié avec
Miroku avait été très forte et il s'en
souvenait avec beaucoup de nostalgie. Il se rappelait de la saveur
particulière des journées qu'il avait passées
avec son ami, tous deux se passionnant pour le football, se
libérant du stress accumulé en se donnant à
fond à chaque fois qu'ils pouvaient. S'amusant à se
défier techniquement après les cours, à des
heures où les autres enfants étaient déjà
rentrés manger chez eux, le soleil se cachant derrière
l'horizon.
Et pourtant, cette même personne qui lui
avait apporté tant de joie et qu'il avait tellement envie
de revoir, était responsable de son plus grand malheur. Il
ne pouvait s'empêcher de ressentir un reste de la douleur
insupportable qu'il avait ressentie lors de son accident dès
qu'il se remémorait cet instant. Il pressa ses mains sur
ses jambes, essayant vainement de stopper la montée du
fantôme de cette douleur déchirante. Elle avait
traumatisé son corps en entier. Elle se rappelait à
lui lors de nuits agitées où il ne contrôlait
plus ses pensées, tous ses membres se contractaient, son
corps essayant de le faire fuir de ce souvenir où il
tombait inlassablement, se brisant, les yeux fixés sur ceux
de Miroku.
Ses jambes le démangeaient de nouveau. Il
aurait tout donné pour rejeter sa colère et sa
douleur pour oublier tout le passé et se lancer avec élan
sur un terrain de foot et rejouer encore contre Miroku. Il serait
si léger et détaché de toutes ces contraintes
mécaniques qui le ralentissaient tant. Mais ce n'était
qu'une utopie, jamais il ne se sentirait aussi bien que lorsqu'il
était encore valide et courrait sans effort sur les
terrains de foot.
Il n'arrivait toujours pas à
comprendre comment l'accident avait pu arriver. Malgré le
temps qui avait passé il n'avait pas résolu ce
problème. Il avait réussi à s'en détacher
suffisamment pour ne plus penser qu'au futur et à se battre
pour guérir. Il avait occulté toute cette scène
du mieux qu'il avait pu mais inconsciemment il l'avait ressassée
dans le fond de sa tête. Miroku lui avait fait mal et cela
inutilement, il l'avait fait intentionnellement et pourtant il
n'avait lu que de l'étonnement et de l'incompréhension
dans ses yeux. Mais peut-être avait-il mal vu ce qu'avait
ressenti son ami. Si Kotaro avait dit vrai alors il devait se
repentir sincèrement de son geste. D'un certain côté
c'était évident, il avait toujours été
sincère. Alors pendant deux ans il l'avait rabroué
et ignorépour de fausses raisons ? Il s'était laissé
convaincre pas sa soeur que le seul fautif était son ami
d'enfance.
À cette époque, il avait été
tellement fragile et perdu qu'il avait cru tout ce qu'elle lui
avait dit. Il avait perdu tous ses repères et avait erré
dans l'obscurité, ne pouvant se raccrocher qu'à
elle. Mais tout ça c'était fini, il n'avait plus
besoin d'être protégé, il devait se prendre en
main tout seul. Il s'était caché derrière
elle pendant trop de temps, il voulait sortir de nouveau, prendre
l'air et goûter à la vie. Rencontrer de nouvelles
personnes et sortir de cette atmosphère oppressante qui
l'étouffait tellement. C'était pour ça qu'il
avait intégré une école spécialisée
depuis quelques jours sans rien en dire à sa soeur. Il se
sentait si peureux et lâche à se cacher ainsi, il
voulait tout changer. Il éviterait ainsi d'avoir à
supporter tout le temps les intrigues et le caractère
colérique de sa soeur. Il se sentirait un peu revenu à
une vie normale, sorti de ce cauchemar, de ce cercle vicieux où
la seule solution était de devenir plus méchant et
retors que les autres.
C'était étrange de
détester autant le caractère et l'attitude d'une
personne et en même temps de l'aimer plus que tout juste
parce que le même sang coulait dans ses veines. Malgré
tout ce qu'elle avait fait, il ne pourrait jamais vraiment lui en
vouloir. Tout comme pour Miroku qu'il avait considéré
comme faisant partie de sa famille depuis le début. Il en
voulait au destin, à la fatalité, à la
malchance. A tout ce que la vie produisait comme coïncidences
et drames. Il se battait contre quelque chose d'immatériel,
qui ne pourrait jamais être battu. Pendant tout ce temps il
lui avait donné le visage de son ami d'enfance pour avoir
un coupable et pouvoir s'acharner sur quelqu'un. Désormais
il se devait d'être réaliste. Il s'en était
finalement remis et malgré le temps infini qu'il passerait
dans son fauteuil roulant rien ne pourrait plus le faire replonger
aussi abs qu'il l'était. Il pouvait affronter la réalité
sans peur dorénavant. Et tout ce qu'il voyait c'était
qu'il avait écarté Miroku de sa vie de façon
brutale. Il voulait tout réparer et reconstruire leur
amitié. Il était décidé, il irait le
voir. Il se sentait fébrile rien qu'à penser à
leur entrevue. Saurait-il quoi lui dire ? Ne se ferait-il pas
rabrouer ? Aurait-il autant changé que ce que Kotaro
semblait dire ? Toutes ses pensées tournaient en rond,
occupant totalement son esprit. Il était curieux et cela
l'aiderait largement à prendre confiance en lui et
surmonter son appréhension. Il sourit à son reflet
dans la vitre alors qu'il avait observé les lumières
de la ville s'allumer tandis que le jour finissait.
« Je
ferai de mon mieux. »
Sur cette parole rassurante
il fit pivoter son fauteuil roulant avec dextérité
et retourna se coucher.
********************************third step********
Kotaro
traînait sa peine partout où il allait. Son coeur
oppressé semblait une énorme enclume qui le tirait
vers le bas, cherchant à l'immobiliser. Il s'était
senti libre après avoir pris la décision d'arrêter
d'obéir simplement aux ordres de Yasumi, il pensait que ce
sentiment allait durer puisqu'il était sûr d'avoir
fait le bon choix. Et pourtant c'était la première
fois qu'il avait réellement exprimé son désaccord,
il ne s'était pas attendu à ce que ça se
passe bien. Il avait déjà vu la jeune fille excédée
ou irritée mais sa colère s'était toujours
dirigée contre d'autres personnes et elle avait toujours
justifié son comportement de manière raisonnée.
Il avait toujours cru qu'elle agissait de son plein droit, qu'elle
faisait toujours ce qui était juste. Maintenant qu'il avait
pu vraiment observer une situation de façon objective, tout
seul face aux personnes visées, il avait réalisé
à quel point tout était différent. Il avait
été induit en erreur tant de fois, il préférait
ne pas trop penser à toutes ces impressions et ses
sentiments qu'il avait cru lui être propres et qui n'avaient
été qu'artificiels, imposés par une volonté
plus forte. Pendant combien de temps encore cela aurait-il pu
continuer ? Combien de temps aurait-elle attendu avant de se
décider à lui rendre sa liberté ? Il n'avait
jamais eu le courage n'écessaire pour s'éloigner
d'elle, de prendre du recul. Qu'aurait-il fait si'l n'avait pas
rencontré Hosei à ce moment-là ? Il n'était
pas du tout décidé lorsqu'il était arrivé
chez ses amis. Il avait été si étonné
de le voir alors qu'il était venu pour sa soeur. Il était
toujours touché de voir le garçon si patient et
calme malgré son handicap. Il se sentait apaisé en
sa présence mais un peu honteux aussi de tirer tant de
bénéfices de sa présence alors qu'il ne
faisait rien de son côté pour l'aider. Mais il ne
pouvait pas faire autrement, il aimait tellement le voir et
s'assurer de sa bonne santé. Il s'installait une atmosphère
douce et rassurante à chacune des rares fois où il
arrivait à le voir. Mais Yasumi avait toujours mal réagi
dès qu'il parlait de son frère. Il n'avait pas bien
compris pourquoi mais il sentait qu'elle voulait conserver cette
partie de sa vie rien que pour elle. Et pourtant il l'avait connu
bien avant en jouant au football, il avait tous les droits de
rester avec Hosei. En fait c'était grâce à la
force tranquille du jeune homme qu'il avait trouvé assez de
courage en lui pour prendre sa décision. S'il ne l'avait
pas vu ce jour-là il n'aurait jamais tenu tête à
Yasumi. Cela lui avait été très difficile et
pas seulement parce qu'il rejetait son autorité et toute
l'entreprise qu'ils avaient mise sur pied. Il avait su que cela le
séparerait définitivement d'elle. En même
temps qu'il refusait de se soumettre, il prenait la décision
de taire à jamais tout ce qu'il avait ressenti pour elle.
Il n'avait jamais reçu de geste affectif de sa part, elle
n'avait jamais montré si elle était sensible à
sa présence ou non. Et pourtant sous ses ordres et ses
demandes il avait senti qu'il était le seul à
pouvoir l'aider, qu'elle n'aurait demandé cela à
personne d'autre. Il s'en était contenté pendant
tout ce temps, pensant d'abord à être digne d'elle, à
faire tout ce qui était en son pouvoir pour l'aider. Il
avait profité à fond des rares moments où il
s'était retrouvé tout seul avec elle, essayant
vainement de la mettre à l'aise opur qu'elle se confie à
lui. Malgré toutes ces rebuffades il s'était senti
tellement heureux et comblé de la connaître. Il était
tombé tellement amoureux, il ne s'était plus
intéressé qu'à elle, le reste n'avait plus eu
la moindre importance. Il avait traversé ces années
comme dans un rêve dont il venait à peine de
s'éveiller. Il ne voulait pas regretter cette époque,
elle était spéciale pour lui et pourtant il se
sentait un peu nauséeux quand il y pensait. Il aurait pu
faire tant de choses s'il n'avait pas été retenu par
Yasumi. Mais son visage et ses longs cheveux avaient suffi à
le charmer, il ne pourrait oublier tous ces moments où il
s'était senti plus proche d'elle. Sa patience avait fini
par un peu payer malgré tout. Et maintenant tout était
fini, tout était mort. Ses sentiements si ardents avant ne
faisaient que l'effrayer. Il se sentait encore attiré par
cette époque révolue mais plus rien ne pouvait être
comme avant. Il ressentait une tristesse et une amertume qu'il
n'avait pas connues jusque là. Il aurait voulu tout
effacer, fouler au pied ses fantômes de sentiments pour ne
plus qu'ils le hantent. Mais apparemment seul le temps opuvait y
remédier, il devrait prendre son mal en patience,
affrontant tous ses souvenirs qui srugiraient du passé, lui
rappelant combien il s'était senti heureux et utile rien
qu'en prenant soin d'elle. Désormais il était libre
de faire ce qu'il voulait mais il se sentait terriblement perdu
maintenant que plus personne n'était là pour lui
montrer le chemin. Il était vide et seul, abandonné.
Mais il ne voulait pas avoir de regrets, il sentait qu'ila vait
pris la bonne décision et il ne reviendrait certainement
pas en arrière. Il avait longtemps tourné en rond
dans sa chambre, ne sachant pas quoi faire. Mais quelque chose
s'était imposé à son esprit, il se devait de
le faire il ne savait pas bien pourquoi mais c'était une
évidence. Avant de perdre ce but qui lui permettrait de
savoir quoi faire, même si ce n'était que pour un
moment, il était sorti précipitamment de chez lui,
jetant une veste sur son dos au dernier instant. Le froid lui
avait piqué les joues, il avait allongé le pas,
regardant sa montre avec anxiété. Il était
parti sur un coup de tête, il ne savait pas s'il allait
réussir mais il préférait essayer plutôt
que de rester enfermé chez lui. C'était étrange,
il avait passé les derniers mois à faire ce même
trajet, craignant de ne pas arrive rà l'heure mais son but
était vraiment différent. Il goûtait à
ce nouveau sentiment. Il allait pour une fois apporter une
nouvelle qui serait à coup sûr bien accueillie, il
n'avait plus d'appréhensions, il ne se sentait plus malvenu
comme un oiseau de mauvaise augure. Pour autant il ne s'attendait
pas à ce qu'elle soit aprticulièrement aimable avec
lui. Et il préférait que cela se passe ainsi
d'ailleurs. C'était grâce à son attitude
brusque et franche qu'il avait pu réaliser à quel
point il s'était fourvoyé. Même si'l s'était
senti grondé ocmme un enfant, honteux de se faire rabrouer
par une jeune fille si gentille il lui en était
reconnaissant. Elle s'était même inquiétée
pour lui. Pourtant le doute persistait, il ne pouvait pas assurer
qu'elle avait été sincère, surtout quand il
se référait à ses propres actes. Il avait
tant caché de choses, faisant tout le contraire de ce qu'il
voulait, comment aurait-il pu exiger d'elle qu'elle soit
réellement honnête avec lui ? Et pourtant à
ses yeux elle semblait tellement intègre qu'il ne pouvait
empêcher une partie de son esprit de la croire malgré
tout.
De toute manière il ferait ce qu'il avait à
faire et puis il s'en irait, il ne voulait surtout pas prendre le
risque de voir l'autre garde du corps qui l'horripilait tant. Pas
besoin non plus de voir le petite encore. Il ne supporterait
certainement pas son regard interrogateur et perdu. Lui qu'il
avait tant malmené. Rien que sa présence devait le
dégoûter et lui faire peur. Pourtant il n'avait
jamais rien dit ou fait contre lui, il ne s'en était pas
pris à lui, il n'avait jamais protesté ni ne l'avait
ensseveli sous des tonnes d'injures. Il avait eu un air qui
l'avait encore plus énervé, comme s'il avait eu
pitié de lui. La compassion s'était cachée
derrière la peur mais elle lui était restée
visible et c'était peut-être pour cela qu'il avait
été si dur et méchant à cet instant.
Excédé, il n'avait trouvé que ce moyen pour
se défouler se sentant minable de faire ça mais ne
pouvant s'en empêcher. Il était nerveux et
imprévisible, il n'arrivait pas à se contenir tout
le temps. Il préfèrait être brusque comme il
l'était que mou comme une chiffe molle. Il se sentait
entier lorsqu'il laissait son caractère fort reprendre le
dessus, il savait quoi faire et comment réagir. C'était
la seule manière qu'il connaissait pour être à
l'aise. La seule.
Il arrivait finalement à l'endroit où
il était resté tant de fois, il lui était
devenu tellement familier, il y était venu automatiquement,
remarquant à peine où il était lors de son
trajet. Il se sentait pitoyable d'avoir des réactions aussi
puériles mais il n'arrivait pas à s'en défaire.
C'était son environnement, il y avait vécu tant de
temps, s'y lovant et prenant ses marques, il ne pensait pas
pouvoir changer cela aussi. Cela faisait trop d'un seul coup.
Il
sursauta quand il vit les deux petites silhouettes qui sortaient
du lycée, à la suite de toute une foule d'élèves.
Il se recula et se colla contre le mur d'enceinte, dans un coin
d'ombre, attendant qu'ils se séparent. Après il lui
faudrait prendre son courage à deux mains et aller à
la rencontre de la jeune fille, affronter son regard perçant.
Mais pou une fois il serait réellement sincère, il
n'aurait plus à se cacher. Malgré son appréhension
cela devrait se passer largement mieux que les fois précédentes.
Il aurait tant donné pour retrouver ces premiers instants
où ils s'étaient rencontrés sans aucun à
priori, sans préjugés. Ils avaient été
si naturels, ils étaient restés eux-mêmes,
étonnés de parler ausis facilement devant un
étranger. Ses yeux vifs le repérèrent avant
même qu'il ne s'avance. Il provoquait toujours la même
réaction ; du dégoût, voilà tout ce
qu'il lui inspirait. Il ravala son ego et redressa les épaules
comme il put, se dirigeant vers Saya qui se prépara elle
aussi, sentant la colère monter en elle malgré tout.
Il ne laissa pas le silence s'installer entre eux et lui parla
doucement tout de suite avant qu'elle ne l'interrompe.
« Je
ne suis pas venu t'embêter ni pour parler à Miroku
alors je t'en prie, ne t'emporte pas. »
Elle qui
s'apprêtait à lui parler vertement et sans retenue,
elle se retint de justesse, remarquant que l'impression qu'il lui
faisait était bien différente de son comportement
habituel. Il avait semblé plus direct et plus franc, ne
marquant pas de pause pour se préparer. Il était tel
qu'il était vraiment, son air suffisant et supérieur
avait disparu, il semblait si clair. Elle eut l'impression qu'il
faisait exactement ce qu'il pensait. Au moins la discussion serait
possible et elle pourrait peut-être arriver à le
raisonner.
« Alors, pourquoi es-tu venu ? »
Malgré toutes ses bonnes intentions elle avait du mal à
lui parler calmement. Il représentait tant l'archétype
des personnes qui pourraient s'en prendre à Miroku, qu'elle
avait une terrible envie de se venger sur lui de tous les malheurs
du garçon. C'était tellement tentant ! Mais pourtant
elle ne pouvait se laisser aller comme ça, si elle laissait
la colère l'envahir, elle deviendrait comme lui, ce n'était
certainement pas ce qu'elle voulait. Elle parvint finalement à
se contrôler, pensant à ce que Miroku ferait on
voudrait qu'il se passe. Il ne voulait pas blâmer Kotaro
pour ce qu'il avait fait, c'était un ancien camarade et
coéquipier en plus. Il souhaitait tellement que tout
s'arrange et qu'ils redeviennent amis comme avant. Il semblait
vouloir tout supporter pour y parvenir. Et pourtant il avait eu
tellement peur face au grand gabarit du jeune homme, rien que les
souvenirs qu'il lui avait rappelés avaient torturé
son esprit fragile. Il s'était senti si petit face à
lui, perdu dans l'ombre immense qu'il projetait.
Changeant
complètement son approche de la conversation, Saya adoucit
son état d'esprit.
« Je suis venu
m'excuser. »
L'avantage en disant la vérité
c'est qu'elle vient toute seule, pas besoin de calculer les mots
qu'on doit aligner. Il avait été impressionné
une nouvelle fois par le ton si ferme de la jeune fille, elle en
imposait malgré sa petite taille. Il était enfin
content d epouvoir lui donner une bonne nouvelle. Il était
fier de lui,d epouvoire faire autre chose que traumsatiser des
gens et ruiner des vies. D'ailleurs elle n'en revenait pas. Qu'il
dise ça maintenant après tout ce qu'il avait fait,
c'était assez perturbant. Elle aurait voulu le croire sur
parole à l'instant mais un doute persistait. Son attitude
était tellement à l'opposé de ce qu'elle
était avant. Il n'avait pas pu changer comme ça d'un
seul coup, ou alors il lui était arrivé quelque
chose d'important, de grave, qui avait complètement
chamboulé sa conception du monde. Pour qu'il ait l'air
aussi pur et transparent qu'un enfant qui se serait perdu, il
avait dû subir un traumatisme important. Elle voyait son air
patient, il attendait quelque chose d'elle. Peut-être
pouvait-elle juste écouter ce qu'il avait à dire,
cela ne l'engageait à rien. Il fallait qu'elle ait
confiance en son jugement, même Sano y croyait malgré
tout. De ses impressions dépendrait toute l'attitude du
jeune homme envers Kotaro. Elle devait résoudre le mystère
de toute cette comédie.
« Pourquoi ? »
Il avait observé longuement le visage levé vers
lui, essayant de discerner ce qu'elle pensait mais c'était
impossible. Ses yeux ne montraient qu'une chose : elle essayait de
le percer à jour et elle y arriverait, comme toutes les
fois où elle l'avait vu. Mais cette fois il ne se sentait
nullement menacé, au contraire il était soulagé.
Il ne mentait plus et elle le verrait aussi sûrement qu'elle
avait deviné son double jeu. Il se sentait prêt à
sourire mais ce n'était pas le moment, il devait rester
sérieux le temps de tout lui expliquer, sinon elle ne le
croirait pas.
« Pour tout le mal que je vous ai
fait à Miroku et à toi. J'ai conscience que ça
ne changera rien, que j'ai vraiment été odieux mais
je tenais à te le dire. »
Il se tut de
nouveau, attendant une quelconque réaction avant de
continuer. Des paroles cinglantes lui montèrent à la
bouche et elle ne le retint pas, il le méritait amplement.
« Tu crois que t'excuser maintenant va tout changer
? Tu t'es es pris à Miroku, tu as failli le briser de
nouveau. Et tu viens me voir ? Tu penses pas que c'est lui à
qui tu devrais faire des excuses ? Et encore ça n'est pas
suffisant ! Tu crois qu'on va vite oublier tout ce qui s'est passé
comme ça ? Tu manques pas de culot ! »
Et
pourtant elle était sûre que Miroku lui pardonnerait
tout de suite s'il allait le voir pour s'excuser de la même
manière qu'il était venu la voir. Avec tant de
sincérité. Cela lui donnait le tournis, elle s
eplongeait dans ses yeux mais n'y voyait rien de plus que ce qu'il
dégageait. Il n'y avait rien, il était vide. Si elle
se laissait embarquer elle ne savait pas si elle pourrait revenir.
Il était vraiment honnête, il ne jouait plus. Son
masque était tombé et révélait un vide
atroce et immense qui l'effraya d'un seul coup.
Il perçut
son agitation et cligna des yeux, sortant de sa rêverie. Il
s'était attendu à tous les mots durs qu'elle lui
avait dit mais certainement pas à ce qui s'était
passé ensuite. Il était tombé avec elle dans
son désespoir et son chagrin, elle avait tout vu de lui et
il serait resté au fond du gouffre si elle n'avait pas eu
la force de sortir, l'attirant de nouveau vers la réalité.
Il était sûr qu'elle le croirait maintenant. Il se
sentait encore fébrile mais il devait à tout prix
lui dire tout ce qu'il avait sur le coeur.
« Je
sais très bien que m'excuser n'effacera rien mais je dois
le faire, pour vous, pas pour moi. Je compte aller voir Miroku,
j'ai beaucoup d'admiration pour lui. Malgré tout ce que
j'ai fait il ne m'en a jamais voulu. Je m'en veux tellement
d'avoir été si bête. Mais c'est fini
maintenant, bel et bien fini. »
Une ombre passa
dans ses yeux. En disant cela il mettait vraiment fin à
toute l'utopie qu'il s'était forgée. Sa voix lui
avait semblé si sûre et calme quand il avait dit ça,
comme si c'était la voix de quelqu'un d'autre qui avait
parlé, quelqu'un de posé et raisonnable. C'était
la voix de la raison qu'il avait entendue, cela le soulagea,
maintenant c'était vraiment réel.
Malgré
toutes ses résolutions elle se sentit fléchir en
entendant la voix si faible de Kotaro. Décidément
elle ne pouvait pas s'empêcher de vouloir l'aider. Il le
touchait vraiment. Il était fort et si sûr de lui
mais en même temps il cherchait désespérément
la manière d'utiliser son assurance. Il était venu
la voir avant même d'aller parler à Miroku, se
sentait-il redevable envers elle ? Il aurait très bien pu
se passer de faire cette visite. Qu'attendait-il d'elle ? Elle
s'approcha doucement de lui, perdant son air intransigeant et
sévère.
« Que s'est-il passé
? »
Il ne s'attendait pas à ça, il ne
pensait pas à ce qu'elle change de comportement aussi vite.
Il était toujours étonné par la jeune fille,
il ne pouvait jamais être sûr de ce qu'elle allait
faire. Finalement il aimait ça, au moins il était
obligé d'être lui-même, il respirait un air
neuf et devait s'y habituer. Plus rassuré alors qu'elle
était attentive, ne regardant que lui, lui offrant la
possibilité de s'épancher, de libérer son
coeur serré il se lança.
« J'ai parlé
avec Yasumi et finalement je me suis rendu compte que tout ce que
tu m'avais dit était vrai. Je ne voyais que ce que je
voulais, je croyais agir pour le mieux, mais j'ai été
trompé. Ce n'est pas une excuse mais je pensait que tout ce
qu'elle me disait était vrai. »
Il
n'arrivait pas à mieux s'expliquer, toutes ses excuses lui
semblaient mauvaises, ça n'expliquait en rien pourquoi il
était allé si loin mais il ne pouvait plus revenir
en arrière, il avait agi en ayant partiellement conscience
de ce qu'il faisait. Si tout ça devait recommencer il
aurait tout fait de la même manière, son caractère
borné ne lui aurait pas permis de réagir autrement.
Il aurait voulu s'excuser de plus belle manière mais ses
états d'âme n'intéressaient personne,
l'essentiel pour Saya c'était le résultat, ce qui
allait changer pour elle.
« En bref je ne viendrai
plus vous gêner, c'est fini. Je resterai bien sagement de
mon côté et vous pourrez avoir enfin la paix. »
finit-il dans un soupir.
Elle avait vraiment beaucoup de mal à
croire tout ce qu'il disait. Et pourtant il semblait on ne peu
plus sincère. Rien ne lui coûtait de le laisser
parler, elle verrait elle-même sit tout cela était
vrai. S'il ne mentait pas, c'était la meilleure nouvelle
qu'elle avait entendue depuis des siècles ! Elle ne put
empêcher son optimisme de l'envahir, ne se souciant plus de
ses doutes. Alors toute cette histoire contre Miroku allait finir,
il serait enfin tranquille et pourrait profiter pleinement de sa
dernière année de lycée.
« C'est
vrai ?! »
Elle n'avait pu s'empêcher de lui
poser cette question inutile, un sourire naissant sur ses lèvres.
Voyant qu'elle le croyait au moins un peu il se sentit
immédiatement rassuré, s'il pouvait effacer aussi
facilement son air préoccupé de son joli visage il
ferait tout son possible pour ne lui annoncer que des bonnes
nouvelles, cela lui faisait tellement chaud au coeur de la voir
ainsi.
« Oui c'est définitif, je ne viendrai
plus. »
Il réalisa ce que sa phrase
impliquait. Il releva ses yeux qui s'étaient fixés
au sol, honteux, et regarda attentivement Saya. Celle qui avait
ouvert son esprit mais surtout celle qu'il ne reverrait plus
jamais. Il ne pourrait plus reprendre courage rien qu'en profitant
de sa présence. Il s'était senti libéré
de ne plus être considéré comme un malvenu, il
avait eu l'impression que les prochaines fois il pourrait mieux
s'entendre avec elle. Seulement il n'avait pas pris en compte le
fait qu'il n'aurait plus le droit de jamais la revoir. Cette
pensée l'ébranla encore plus que son retour à
la réalité. Il avait déjà du mal à
encaisser sa rupture avec Yasumi, et son impression d'être
devenu un paria ; mais si en plus il devait s'ôter le seul
endroit de vérité pure qu'il connaissait il ne
pensait pas pouvoir résister face à son désespoir
et ses désillusions. Il déglutit péniblement,
prenant la décision de partir le plus vite possible avant
que tout tourne trop vite dans sa tête et qu'il n'ait plus
aucun équilibre. Il fit un pas en arrière, détachant
enfin son regard du visage radieux de la jeune fille, se
détournant tristement, ses oreilles bourdonnant. Il ne
savait plus qu'une chose c'était qu'il devait rentrer, il
ne devait penser qu'à ça pour enfin se retrouver au
calme, combattant tous ses tourments.
Il était si
rapide, en un clin d'oeil il s'était éloigné
d'elle. Elle perdit son sourire et tendit sa main vers son dos,
n'atteignant que le vide.
« Attends ! »
Elle ne savait pas pourquoi mais elle sentait que si elle le
laissait s'éloigner d'elle maintenant elle n'aurait pas
accompli pleinement ce qu'elle devait faire. Il manquait encore
quelque chose pour que tout soit vraiment fini.
Il s'arrêta
immédiatement, clignant des yeux, semblant sortir de ses
pensées. Il ne s'attendait pas à être retenu
malgré ce qu'il avait dit. Il se tourna vers elle, tout
penaud, osant à peine la regarder, s'attendant à
recevoir plus de foudres. Mais elle semblait seulement inquiète
de le voir s'en aller si vite. Comment cette fille si simpla
pouvait avoir autant de poids dans sa vie, autant d'influance sur
ses décisions ? Mais elle était la voix de la
sagesse pour lui, il ne pouvait l'ignorer.
« Attends... »
Elle se répéta, de peur qu'il ne l'ait pas entendue
avant, profitant de cet instant pour combler la distance qui
s'était formée entre eux.
Il ne bougeait plus,
attendant qu'elle parle, sentant qu'elle allait sûrement
exiger quelque chose de lui. De simples excuses ne lui suffisaient
pas et il trouvait ça parfaitement normal. Du moment
qu'elle en finissait rapidement cela lui importait peu. Il
commençait à ne plus pouvoir supporter l'indécision
et le doute qui n'arrêtaient pas de venir le tarauder.
« Si
tu veux vraiment t'excuser il faut que tu ailles voir Miroku... »
Elle vit son air plus qu'étonné et continua
rapidement, un petit sentiment de satisfaction s'installant en
elle. « Oui c'est sûr tu ne dois pas y aller
quand il est seul, c'est hors de question ! Mais il va y avoir une
rencontre sportive ce week-end. Il va jouer au foot. Si tu viens
l'encourager à ce moment-là il sera suffisamment
entouré pour ne pas prendre peur. »
Kotaro
tiqua. S'il n'était pas seul cela voulait dire qu'il y
aurait certainement Sano avec lui et cette fois-ci il ne pensait
pas pouvoir éviter une correction si jamais il l'irritait.
Le jeune homme était impressionnant, il ne souhaitait pour
rien au monde éprouver sa force.
« Ca serait
bien si tu venais le voir pour t'excuser, j'irai aussi. Je fais
pas ça pour toi, attention ! Mais lui aussi a vraiment
envie que tout s'arrange. »
Elle s'arrêta,
calmant son impatience. Elle le regarda fixement, méfiante.
« Par contre tu as intérêt à
être sincère, si tu m'as menti je ne te le
pardonnerai pas !
- Oui je sais, ce n'est pas la peine de te
mentir, tu le sens toujours. »
Elle recula un peu,
étonnée. Décidément elle effrayait
tout le monde. Elle ne pensait pas qu'autant de personnes puissent
croire à tout ce qu'elle disait.
« Bon si
c'est entendu, sache que Miroku ne t'en veut pas, il n'arrive à
en vouloir à personne. Tu es son ami et il a envie que tout
redevienne comme avant. Et moi tout ce que je veux c'est l'aider à
faire ce qu'il souhaite le plus. Alors je t'accompagnerai pour que
tout ses passe bien. »
Il resta un peu interdit
devant son flot de paroles. Elle l'avait cru si facilement, il
n'en revenait pas.
« Pourquoi tu me crois ?
-
Et bien, depuis le début avec Miroku on sentait bien que tu
étais contraint et forcé à faire tout ça. »
Il n'aurait jamais cru cela possible, il était à
des milliers d'années d'imaginer Miroku et Saya en train de
s'inquiéter pour lui. Il restait abasourdi devant leur
perspicacité et surtout sur leur capacité à
ne pas lui en vouloir. Il n'avait cherché qu'à leur
faire du mal et pourtant ils ne désiraient pas se venger.
Il ne comprenait pas cette façon de faire. Il aurait tenté
de suivre leur raisonnement qu'il n'y serait pas arrivé,
son cerveau n'aurait pas résisté. Leur conception de
ce qui se passait était trop tordue. Il abandonna, il se
sentait largement vaincu, il ne pourrait plus que faire tout ce
qu'ils lui diraient de faire. Ils lui avaient pardonné
avant même qu'il ne songe à s'excuser. Il sentit ses
épaules s'affaisser, son visage s'attrista et sa voix se
fit plaintive.
« Que veux-tu que je fasse ? Comment
je peux réparer ce que j'ai fait ? »
Elle
était rassurée de le voir réagir ainsi, elle
arrivait à suivre ses pensées et tout ce qui se
passait dans sa tête, elle sentait qu'il dégageait
directement ce qu'il y avait dans son coeur. Elle se retint de lui
attraper le bras, c'était encore trop tôt, autant
pour lui que pour elle. Elle serra le poing en l'air à
mi-hauteur, faisant un pas en avant, voulant le rassurer juste en
étant près de lui. Il avait besoin d'un repère
pour tenir le coup et continuer sur cette voie.
« Sois
honnête. Ça sera dur mais tu le sais déjà.
Miroku a besoin que tu ailles bien. Il a besoin que tu redeviennes
comme avant, que tu soies son ami. C'est à toi maintenant
de savoir ce que tu veux faire. »
Il fronça
les sourcils, le regard perdu, ressentant que ce qui se passait
allait être décisif, que s'il surmontait tout ça
il en ressortirait changé. Il n'y avait plus de quoi se
poser de questions, le plus important pour lui c'était de
savoir qu'on lui donnait une chance de se racheter.
« Je
veux revoir Miroku... Je veux être son ami. »,
finit-il en relevant la tête, la regardant d'un air décidé.
Elle lui sourit, apaisée.
« Alors tout
va bien. »
Il la regarda, vaguement mal à
l'aise. Elle lui avait pardonné si rapidement, cela ne
cachait-il pas quelque chose d'autre ?
« Bon et
bien on se reverra pour le match, d'accord ? »
Il
ne put que hocher la tête puis elle partit rapidement, le
laissant planté là, sans se retourner. Il ressentit
un vide immense d'un seul coup. Jusque là il avait pris ses
décisions parce qu'elle était là, il s'était
senti sur la bonne voie mais désormais il devait se
débrouiller seul. Ce n'était pas qu'il ne pouvait
pas le faire, loin de là, mais une présence comme la
sienne qui le rassurait autant c'était quelque chose de
vraiment nouveau pour lui et il aurait préféré
en profiter plus longtemps. Peu lui importait d'être égoïste
pour ça, il savait pertinemment qu'il traversait une grande
période de changements, toute aide serait la bienvenue.
Il
s'ébroua un peu et se détourna, reprenant le chemin
de sa maison d'un bon pas. C'était déjà une
bonne chose de faite. Ça s'était passé si
vite. Toute la tension qu'il avait ressentie avant commençait
à retomber et il se sentit grisé en même temps
qu'exténué. Il se traita d'imbécile. D'avoir
autant gambergé pour si peu de conversation lui sembla
ridicule. Et tout ça ne résolvait rien finalement.
Il devrait voir Miroku bientôt et de voir son ami autrfois
si fort le regarder avec un air si triste et déçu
lui faisait plus peur que d'affronter Sano. Lire la déception
dans le regard d'un être si important faisait l'effet d'un
coup de poignard glacé dans le coeur. Il devait aussi se
faire à l'idée de ne plus aller chez Yasumi tous les
soirs. C'était devenu une sorte de tradition, une habitude.
Il était bien accueilli du moment que Hosei ne risquait pas
de le voir. Son coeur se serra malgré lui alors qu'il
repensait à ses soirées hivernales où il
avait réussi à soutirer un maigre sourire à
la jeune fille alors qu'ils se réchauffaient devant une
tasse de thé. La satisfaction qu'il ressentait en sachant
qu'il allait pouvoir se réconcilier avec Miroku n'arrivait
pas à effacer la nausée qui le prenait à
chaque fois qu'li pensait à ce qu'il avait dit à
Yasumi. Une rupture, voilà comment il voyait cela. Mais de
son côté, elle n'avait pas dû trop s'en faire,
il ne comptait certainement pas pour elle. Un soutien, une aide
mais pas plus. Peut-être même qu'elle ne le
considérait pas comme un ami. Toute cette relation n'avait
été qu'à sens unique. Elle n'avait jamais
voulu se rapprocher vraiment de lui sauf pour l'utiliser. Il était
suffisamment clairvoyant pour s'en être rendu compte bien
avant mais il avait eu confiance en sa propre détermination,
il avait vraiment pensé qu'il pourrait faire évoluer
leur relation. Mais c'était impossible, il n'y avait plus
rien à faire maintenant. Il serait seul à nouveau,
ne comptant pour personne, n'intéressant personne. Mais
pour l'instant cela lui suffisait, il n'aurait pu se forcer à
être avec quelqu'un si tôt. Jouer les solitaires lui
convenait parfaitement. Il rentra donc tout seul chez lui,
essayant vainement de se défaire de toutes les pensées
qui l'assaillaient.
********************************fourth step********
Il
tapa volontairement du pied dans l'entrée, se débarrassant
rageusement de ses chaussures. Il serrait les dents réfrénant
sa colère. Cette journée avait été
particulièrement grâtinée. D'abord son prof de
maths avait de nouveau trouvé sympathique de lui faire une
réflexion cinglante qui n'avait pas eu lieu d'être.
Il était habitué au caractère si particulier
de ce prof mais cela ne l'excusait en rien de s'en être pris
à lui cette fois-ci. Il savait bien qu'il n'était
pas réputé pour être doué en
mathématiques mais il avait réussi à limiter
le sdégâts et s'offrir un peu de tranquilité,
ce n'était pas juste pour arriver à se faire
critiquer de nouveau, ce n'était pas ça qui
l'aiderait à faire des efforts. Mais par la suite d'autres
évènements étaient venus s'ajouter à
cela, ne lui laissant pratiquement aucun répis. On le
bousculait sans état d'âme en pleine rue sans
s'excuser, l'envoyant presque par terre vu son faible équilibre
sur sa jambe blessée. Ce n'était pas que son pied
était encore fragile, bientôt il serait guérit.
Mais de toutes façons se tordre le pied pour éviter
de rentrer dans quelqu'un était un réel traumatisme
pour le corps. Il avait eu peur un instant de devoir de nouveau se
soigner pendant le reste de l'année, tout ça à
cause d'un imbécile qui ne regardait pas où il
allait. Il avait cru sentir son pied se détacher de sa
jambe et l'abandonner. Un froid glacial l'avait bloqué et
il s'était aussitôt penché pour vérifier
que son corps était bien entier. Il avait longtemps ruminé
cet incident tout en continuant son travail, se souciant de
ménager son pied. C'est ce moment qu'avait choisi le
patron, d'habitude si tranquille et ne se souciant de rien,
d'avoir l'envie soudaine de s'occuper sérieusement de son
affaire. Il voulait augmenter son rendement et l'efficacité
du service. Bien sûr le handicap de Sano avait été
largement mis en question. Alors qu'il avait toujours assuré
son travail de façon correcte malgré la douleur,
maintenant sa bonne volonté était remise en doute.
Il ne savait pas d'où venait cette nouvelle idée de
rendre plus rentable le café mais il se doutait que
quelqu'un l'avait mise de force dans la tête de son patron.
Il s'était défendu, surtout que toutes les critiques
dataient du début de sa blessure, quand il ressemblait
vraiment à un éclopé, elles n'avaient plus
lieu d'être maintenant. Il avait tout encaissé sans
broncher, sachant pertinemment qu'il quitterait bientôt ce
boulot. D'une part parce qu'il pourrait enfin rejouer au foot et
n'aurait plus le temps de rien faire d'autre ; et d'autre part, la
situation du club s'améliorant ils seraient de nouveau
aidés financièrement donc ce qu'il faisait n'aurait
plus lieu d'être. Lui qui s'était senti si à
l'aise au café, les prochains jours allaient être
bien plus tendus. Il prévoyait une fatigue morale notable
qui risquerait de le rendre irritable comme il l'était déjà
ce soir. Son cerveau avait failli exploser sous le sdemandes
incessantes de ses camarade spour réparer tout et n'importe
quoi. Sous prétexte qu'il se débrouillait pas mal et
semblait vouloir aider tout le monde ils pensaient pouvoir se
délester sur lui de tous leurs problèmes. Sans
compter toutes les remarques à moitié sympathiques
et censées être amusantes, concernant son infirmité.
D'habitude il appréciait ça, ne se formalisait
nullement mais d'en entendre toute la journée c'en était
trop. Il détestait déjà assez d'être si
impuissant face à son handicap, il n'avait pas besoin que
tous les gens qu'il croise le lui rappellent. Alors qu'il était
d'un naturel plutôt tranquille et impassible face à
toute situation, l'accumulation de tous ces ennuis l'irritait
beaucoup, il se sentait remonté contre tout le monde. Pour
une fois qu'il avait pu rentrer assez tôt de son travail il
aurait préféré être plus tranquille. Il
réussit finalement à se débarrasser de toutes
les corvées qu'on lui avait données à faire
et il n'attendit pas plus pour aller monopoliser la salle de bain,
pendant que tous les pensionnaires se trouvaient à
l'entraînement de football. Il s'autorisa enfin un moment de
détente où il laissa à la porte tous ses
soucis et ses états d'âme. Il se reposait
complètement laissant son esprit flotter, léger, ne
s'embarassant que de considérations futiles qui le
divertissaient. Il se laissa engourdir par la chaleur de l'eau,
appuyant sa tête sur le reboird de la baignoire, fermant les
yeux. Il sentit ses muscles se détendre l'un après
l'autre, il ne se rendit compte qu'à ce moment-là de
la tension qui avait pesé sur son corps toute la journée.
Il soupira, se sentant complètement détendu, sa
jambe blessée bien appuyée au fond de la baignoire.
Il se laissa aller à la somnolence, bercé par le
bruit de l'eau qui clapotait doucement, résonnant dans la
pièce vide. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas
apprécié un moment de silence, le pensionnat
débordait tant de vie habituellement, il était
presqu'impossible de le voir au calme. Le temps semblait s'être
arrêté, plus rien ne semblait devoir arriver, le
monde était vide et plus personne ne se manifesterait. Il
n'entendrait plus que le léger bruit de l'eau faisant écho
sur les murs, indéfiniment. Il se sentait lentement attiré
vers le sommeil, tous ses ennuis allaient bientôt s'évanouir
comme de la vapeur d'eau dans l'air. Si simplement et facilement.
D'un coup tout se brisa, quelqu'un frappa à la porte,
réduisant ses rêveries à néant. Il
faillit glisser dans l'eau tellement il était surpris. Il
se rétablit comme il put, plaquant ses mains sur les côtés
glacés de la baignoire. Qu'on vienne le gêner à
ce moment-là c'était vraiment le bouquet. A tous les
coups ce devait être un des gars qui avait besoin d'aide et
qui allait prendre un ton plaintif pour lui demander ce service.
Il n'était pas tout puissant, il ne pouvait pas résoudre
tous les problèmes et puis ils pouvaient faire comme lui et
se débrouiller comme ils pouvaient. Il n'avait pas la
science infuse et personne ne lui avait montré comment
réparer tous les objets, il avait appris sur le tas et
aurait été ravi que ses camarades en fassent autant.
Tout cet instant de détente partait en fumée, tous
ses effets bénéfiques réduits à néant.
D'un coup il était de nouveau nerveux et de mauvais poil.
C'était rare mais quand cela lui arrivait il ne pouvait
rien fair epour y remédier. Il espérait qu'une bonne
nuit de sommeil le remettrait d'aplomb. En attendant il essaya de
maîtriser sa voix pour qu'elle ne semble pas trop énervée.
Les gars ne voyaient pas du tout que tout cela l'agaçait au
final, ils ne savaient pas qu'il était déjà
assez fatigué par sa journée. Il ne pouvait pas leur
en vouloir et ne le voulait pas. Malgré tout il était
attaché à ce petit groupe, il n'arriverait jamais à
leur en vouloir bien qu'ils fassent preuve d'une immense stupidité
quelques fois.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
Sa voix si forte d'un coup résonna contre les murs,
semblant ne pas être à sa place.
« Ah
! » Une petite voix lui parvint de l'autre côté
de la porte, un peu surprise. « Sano ? »
Il
reconnut alors son ami. C'était Miroku qui avait interrompu
son moment de détente. Toute sa colère et son
impatience se calmèrent aussitôt. Tout ce qui lui
importait maintenant c'était de savoir s'il pouvait être
d'une quelconque aide pour le jeune garçon.
« Miroku
? Qu'est-ce qui se passe ? » Il commençait déjà
à se préparer à sortir de la salle-de-bains
dès qu'il saurait de quoi il retournait.
« Ah...
Euh... Je ne voulais pas vous déranger, je reviendrai plus
tard...
- Attends ! » Il sortit complètement
du bain et commença à s'essuyer dans son immense
serviette qui paraissait si petite par rapport à sa taille.
« Dis-moi pourquoi tu es venu ? » Il
noua sa serviette autour de sa taille et jeta un coup d'oeil à
son reflet dans le miroir, essayant de recoiffer ses cheveux qui
même mouillés semblaient avoir leur vie propre. Ils
étaient devenus de nouveau trop longs.
« En
fait normalement c'est moi le premier à la douche après
l'entraînement aujourd'hui mais ce n'est pas grave je peux
repasser plus tard...
- Non, non ! Reste ! C'est moi qui suis
venu sans tenir compte de l'ordre de passage. Et puis j'ai fini de
toutes manières. » Il récupéra
rapidement ses affaires éparpillées par terre et
avant que Miroku n'ait pu répondre il ouvrit la porte,
pieds uns, mouillant le sol là où il marchait. Son
ami en resta interdit. Sano avait surgit devant lui, les cheveux
en bataille, l'eau goûtant sur ses épaules, ses
affaires en fouillis dans ses mains. Il lui apparut si grand d'un
coup, si imposant, il en resta sans voix.
« Désolé,
tu peux y aller maintenant. » Il libéra le
passage, baissant un peu la tête. Il cligna des yeux, une
mèche de cheveux venant lui chatouiller les cils, déposant
des goutelettes d'eau sur sa joue. Tout son énervement
avait soudain disparu bien qu'il n'ait pu complètement se
reposer, toute son attention était tournée vers le
bient-être de son ami, il ne pensait plus à rien
d'autre. Il sentait vaguemen les gouttes d'eau qui coulaient sur
sa nuque, si froides qu'elles lui donnaient la chair de poule.
« D'accord, merci... » Miroku disparut
derrière la porte qu'il referma. Il n'aurait jamais osé
faire ça si le premier conseil que lui ait donné
Sano n'avait justement concerné ce droit de passage à
la salle-de-bains. Ce n'était pas le moment de faire preuve
de trop de retenue, il devait montrer qu'il se souvenait de ce
qu'il lui avait dit. Il espérait qu'il s'en rappelait sinon
Miroku serait de nouveau plongé dans la culpabilité.
Mais il devait lui faire confiance, il verrait plus tard s'il
devait s'excuser rétrospectivement sur ce qu'il venait de
faire.
Sano restait planté là où il
était, tout seul dans le couloir vide. D'un coup cette
situation luia vait sauté aux yeux. Lui et Miroku devant la
salle-de-bains c'était exactement lors de cette soirée
où il avait croisé le jeune garçon qui
semblait si seul et perdu. Cela remontait à plusieurs mois
maintenant, une vraie éternité. Miroku avait
beaucoup changé depuis et de constater ça lui fit
plaisir. Tous ses efforts ne lui avaient pas semblés si
importants que ça mais apparemment ça avait servi à
quelque chose. A cette époquef Miroku était juste
une petit nouveau qui semblait un peu perdu dans un environnement
tout nouveau pour lui. C'était un inconnu, juste une
connaissance qui était avec lui en classe et vivait au
pensionnat avec tout le monde. Il ne s'y était pas
intéressé plus que ça, ce n'était pas
ses affaires. Il avait d'autres choses à faireà
cette époque, le foot occupait quasiment toutes ses pensées
alors, il était très insouciant et nonchalant. Sa
rencontre avec Miroku l'avait bien changé lui aussi. Il
avait finalement bien relativisé toutes ses activités
et sa blessure. Il avait découvert plus de trésors
qu'il n'en soupçonnait rien qu'en s'intéressant aux
autres. Rester avec Miroku lui avait montré à quel
point une personne pouvait recéler de secrets. Ce petit
bout d'homme qui semblait si chétif lui avait plus appris
sur lui-même qu'il ne l'aurait imaginé. Il
n'imaginait plus se désintéresser totalement de sa
vie, de ses inquiétudes et de ses peurs ; il partageait ses
envies et ses problèmes. Avec ses autres camarades ils ne
s'étalaient jamais là-dessus, trop fiers pour avouer
leurs faiblesses mais toujours d'accord pour se soutenir
mutuellement. Mais au final c'était complètement
différent. Ils pouvaient ne plus s'occuper des soucis des
autres dès qu'ils le voulaient. Mais ça, Sano ne
pourrait plus le faire avec Miroku. Il s'était approprié
tous ses problèmes, s'en souciant même plus que des
siens. Il ne pouvait s'en empêcher, de le voir si petit et
fragile face à des problème démesurés,
cela le forçait à réagir. C'était
assez nouveau pour lui et pourtant il trouvait ça tellement
évident. Il ne pouvait plus le laisser se débrouiller
seul, il se sentait trop impliqué et voulait plus que tout
garder leur amitié telle qu'elle était, si pleine de
confiance en l'autre. Tout ça tenait à si peu de
choses, une simple rencontre, des circonstances particulières
qui leur avait permis de se rencontrer. Cela finit par lui donner
le tournis, en plus il s'était considérablement
refroidi en restant debout en plein milieu du couloir. Il était
encore mouillé, les gouttes d'eau coulant sur son torse
jusqu'à toucher ses affaires qu'il avait toujours pressées
dans ses bras contre lui. Une petite flaque s'était formée
à ses pieds, il s'en rendit enfin compte et se déplaça
légèrement, remettant ses pieds au sec. Les gouttes
ruisselaient dans son dos, dans le creux entre les omoplates
jusqu'au bas du dos et allaient se perdre dans la serviette qui
arrêtait leur progression. Il frissonna, se demandant enfin
combien de temps il était resté perdu dans ses
pensées sans bouger. La porte de la salle-de-bains s'ouvrit
alors et Miroku en sortit. Il fut très étonné
de voir que son ami n'avait pas bougé d'un pouce depuis un
bon quart d'heure. Il se bloqua, le regardant avec des yeux ronds.
Il n'avait aucune raison de rester là, en plus il devait
avoir froid comme il était peu couvert. Il eut soudain peur
que quelque chose se soit passé. C'était la première
fois qu'il faisait ça, qu'il semblait si perdu dans ses
pensées. Il semblait aussi surpris que lui d'être
resté comme ça pendant tout ce temps.
« Sano
? Est-ce que ça va ? »
Il commença à
s'agiter, sentant la touche glacée des gouttes d'eau qui
continuaient de tomber sur ses épaules, il se sentit bien
nigaud d'un coup. Heureusement que c'était Miroku qui
l'avait surpris comme ça. Au moins ne se moquait-il pas de
lui. Au contraire il s'inquiétait pour lui, cela le décida
réellement à bouger.
« Oui ça
va t'inquiète pas. J'étais juste un peu perdu dans
mes pensées. Et maintenant je suis gelé, c'est malin
!
- C'est un peu normal. » Miroku était
soulagé et il ne put s'empêcher de sourire devant
l'attitude si gauche de sonami qui dansait un pied sur l'autre,
l'air un peu bête.
Voyant ce petit sourire, Sano
s'arrêta aussitôt et regarda gentiment son ami.
C'était agréable de le voir si détendu et à
l'aise.
« Je ne voulais pas vous presser pour la
salle-de-bains... » Malgré tout il avait besoin
d'une confirmation, il voulait faire les choses comme il faut et
ne surtout pas froisser son ami.
« Non de toutes
manières je t'avais dit de le faire et ça marchea
vec moi aussi. Je vais pas te dire de faire quelque chose avec
tout le monde et ne pas m'y soumettre moi-même. »
Il vit Miroku soupirer de soulagement, apparemment il avait
vraiment eu peur de mal agir. Mais il n'avait demandé cela
qu'après l'avoir fait. Au moins n'avait-il pas hésité
avant, il y avait de l'évolution. Il fallait l'encourager à
être plus à l'aise, ne pas le laisser douter. Il
libéra une de ses mains prises sous ses affaires et la
tendit pour ébouriffer les cheveux encore mouillés
du garçon. Il aimait bien le petit air à demi
renfrogné et à demi content qu'il affichait le
visage de son ami. Si vraiment ce geste l'avait excédé
à force il l'aurait fait comprendre d'une manière ou
d'une autre. Mais là c'était comme si au contraire
il attendait avec impatience toutes les occasions de se retrouver
dans une situation propice à ce geste. Peut-être cela
le rassurait-il ? En tous les cas Sano ne se faisait pas prier
pour le faire. Miroku releva la tête, les yeux rieurs.
« Est-ce que ovus voulez qu'on révise
ensemble ce soir ? »
Cette proposition faite tout
de go l'impressionna fortement. Mais il ne fallait pas faire
l'étonné, il fallait montrer à son ami que
c'était tout à fait normal, pour qu'il sache qu'il
pouvait toujours le faire.
« Ouais pas de problème.
Faut juste que j'aille me changer.
- Bon alors je vous attends
dans ma chambre.
- Ok on fait comme ça.
- A tout de
suite. »
Il regarda ce garçon si frêle
repartir dans le couloir d'un pas des plus décidé.
Avait-il tout préparé avant ? Avait-il répété
ses phrases pour être sûr d'arriver à les dire
? Sano en doutait, tout cela lui avait semblé très
naturel, comme une impulsion soudaine, une idée qui était
apparue toute seule et qu'il n'avait pu s'empêcher
d'exprimer tout haut. Cela ne présageait que de bonnes
choses. Miroku se sentait plus à l'aise alors. Il fallait
tout faire pour lui permettre de continuer sur cette voie. C'était
tout ce qu'il pouvait faire.
Miroku sautillait presque en
marchant. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il avait fait.
Et pourtant il n'y avait pas du tout pensé à
l'avance. Sous la douche il n'avait fait que penser à sa
journée et son entraînement, à tout ce qu'il
pouvait faire pour s'améliorer. Il s'était déjà
établit un plan d'attaque et s'imaginait déjà
retourner sur le terrain déserté, passer des heures
à s'entraîner pendant que tous les autres se
reposaient. En cela il se sentirait proche de Sano, il ne doutait
pas que son ami s'entraînait discrètement sans que
personne ne le sache et contre l'avis du docteur. Il avait
ressassé toute sa journée et ne s'attendait vraiment
pas à retrouver Sano devant la porte. Tout s'était
passé comme dans un rêve, ses mots lui étaient
venus à la bouche sans qu'il ait réfléchi à
les dire à l'avance. Il ne s'était rendu compte de
ce qu'il disait qu'une fois qu'il l'eut entendu. Il était
resté un peu sidéré par sa proposition. Il
avait attendu la réponse avec appréhension mais cela
n'avait pas duré bien longtemps. Il était tellement
heureux que tout se passe bien. Il se sentait léger, il ne
se sentait plus peser sur le sol, il était sur un petit
nuage. Finalement il pourrait réviser avec son ami, depuis
le temps qu'il voulait l'aider en mathématiques.
********************************fifth step********
Sano
rentra après avoir frappé à la porte. Il
déposa ses cahiers sur le bureau de Miroku alors que
celui-ci demandait d'attendre un moment pour lui de changer de
t-shirt. Il se tourna vers lui, commençant à
s'appuyer sur le bureau, croisant ses bras. Il arrêta son
geste et se retrouva comme suspendu dans l'air, en équilibre
précaire. Ses bras retombèrent ballants et il se
tint penché en avant, ses yeux ne pouvaient plus quitter le
dos de Miroku. Il mettait du temps à trouver quelque chose
à se mettre. Sano réalisa enfin ce qu'il voyait, une
chair de poule le parcourut des pieds à la tête alors
qu'une rage sourdait en lui. Il levait le poing pour le cogner
violemment contre le mur de dépis mais il se retint. Tout
cela ne ferait qu'effrayer son ami. Il serra les dents, sentant
son ressentiment s'accompagner de honte et de regret. Il aurait
tout donné pour... Il aurait pu en pleurer tellement cela
lui retournait le coeur. Et c'était à son ami si
innocent, si doux et gentil que cela arrivait, c'était
injuste. Il s'approcha lentement, tendant la main devant lui. Son
épaule se souleva à ce contact et il frissonna. Sano
affermit sa prise et se pencha, les sourcils froncés,
toujours tourmenté par sa colère et son impuissance.
Il regarda minutieusement le dos de son ami qui, effrayé,
n'osait plus bouger.
Sano sentit que c'en était trop,
son coeur était piétiné, ses doutes étaient
confirmés. Il n'avait rien pu faire et pourtant il se
sentait tellement responsable. Il se sentait si faible et
impuissant, si petit face à la taille que pouvait atteindre
la méchanceté. Il sentit que toutes les émotions
de la journée n'étaient rien comparées à
celle-la. Il était las de faire tant d'efforts alors que
d'autres personnes ruinaient tant de vies d'un geste, sans y
penser, sans mesurer les conséquences de leurs actes. Et
malgré tout ce qu'il avait subi il sentait sous sa main la
chaleur de ce corps si mince et fragile qui avait résisté
malgré tout. Il recélait tellement plus de force et
de courage que lui. Il ne lui avait été d'aucune
aide. Il céda sous le flot d'émotions qui l'envahit.
Il baissa la tête, fermant le plus fort possible ses yeux
pour échapper à ce qu'il avait vu. Il eut une envie
soudaine et irrépressible de le prendre dans ses bras et de
l'éloigner de ses souvenirs, de le couper de tout ce mal
qu'on lui avait fait. Il voulait faire quelque chose maintenant
pour rattraper le fait qu'il n'avait pu agir quand il l'aurait
fallu. Il pensait n'avoir fait qu'imaginer le serrer contre lui
mais il réalisa qu'il l'avait vraiment fait. Il se sentait
frustré de ne rien pouvoir faire pour effacer ses
blessures. Il nepouvait revenir en arrière, il ne voulait
plus le lâcher maintenant.
Miroku sentit le visage de
son ami s'appuyer contre sa tête, ses cheveux venant lui
chatouiller le front. Il ne savait plus quoi faire. Sano agissait
vraiment étrangement. Il n'avait fait que regarder son dos
et puis... Son sang sembla se glacer dans ses veines. Il frémit
de nouveau, réalisant qu'il venait de s'exposer
inconsidérément. Il voulait partager ses sentiments
avec son ami, pas lui imposer des souvenirs.
« Miroku...
Je suis tellement désolé... »
Sa voix
plaintive chuchotait à son oreille. Il ne voulait pas que
ça se passe comme ça. Il avait toujours réussi
à se cacher des autres, à garder ça secret.
Il n'avait pas été assez vigilant et voilà
que maintenant il inquiétait Sano sans raison.
« Sano...
Non...
- J'aurai voulu t'aider, j'aurai voulu être là
pour te protéger mais je ne pouvais pas... Je n'ai rien pu
faire.... »
Miroku sentit son étreinte se
resserrer et abandonna l'idée de se dégager au plus
vite. Il se détendit dum ieux qu'il put et posa une main
qu'il voulait apaisante sur le bras de Sano. Il aurait tellement
voulu ne pas être seul à ce moment-là, si
seulement Sano avait été là. Il ne put
s'empêcher de pleurer alors qu'il se rappelait des
circonstances dans lesquelles il s'était retrouvé.
Il avait cru être en plein cauchemar et que rien n'était
réel mais à son réveil les marques dans son
dos ne lui permettaient plus de fuir la réalité.
Voilà pourquoi il savait soigner les blessures, il avait dû
en cacher tant, il savait exactement combien de temps un bleu
restait visible suivant la région où le coup avait
été porté. Il voulait croire que ce démon
qu'il avait vu n'était pas son père et que cette
statue immobile et impassible, cruelle, n'était pas sa
mère. Il avait cru et croyait encore que cela pouvait
s'arrêter, il voulait espérer, il ne voulait pas
admettre la fin de sa famille. Il se refusait à abandonner,
même s'il devait en pâtir.
Une douce chaleur
l'enveloppait à présent, les bras solides de son ami
le soutenant et lui donnant bien plus de force et de courage que
de simples mots. Il sentit quelque chose lui mouiller la joue mais
ce n'étaient pas ses larmes qui déjà
ruisselaient jusqu'à son menton. Il réalisa alors
que c'était Sano qui pleurait, il pleurait sur son sort, il
pleurait à cause de lui. Mais il ne pouvait se sentir
coupable de ça, quelque chose dans sa façon de le
tenir près de lui lui interdissait de s'en vouloir pour ça.
Malgré sa tristesse et sa peur il se détendit petit
à petit se laissant bercer par la respiration profonde de
son ami qui résonnait dans son oreille.
Sano se pensait
impuissant à présent mais c'était faux.
Miroku sentit qu'une cicatrice qui était restée
désespérément ouverte dans son coeur, venait
de se refermer grâce à la présence de son ami.
Eut-il gardé cela secret qu'il en aurait souffert.
Maintenant il savait tout de lui et l'acceptait comme il l'était.
Il se laissa aller contre l'épaule grande et rassurante de
son ami, ne bougeant plus d'un pouce, profitant de ce moment pour
se ressourcer.
Seuls tous les deux ils représentaient
la pureté au milieu des problèmes et des mauvais
sentiments, une étincelle dans l'obscurité, de la
douceur et de la compréhension, un vrai paradis où
se reposer l'esprit. Chaud, doux et lumineux.
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