les castors
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Comme une m�moire bizarre, un vieux relent de souvenir teint� d�utopie. Le premier � m�en avoir parl� fut mon p�re. Sans tr�molo dans la voix. Il y a si longtemps que plus personne n�y croit. M�me lui� Et pas seulement parce que la m�moire des prolos a �t� � jamais gomm�e des pages des beaux  livres d�histoire que l�on distribue aux m�mes dans les �coles. Raval�e au simple rang d�une lutte entre riches et pauvres, d�un combat de classe sans fin, entre bourgeois et ouvriers, entre poss�dants et exploit�s, leur histoire n�existe qu�� coup de sales gueules imprim�es sur des vieilles photographies en noir et blanc et de m�pris pour ceux qui se sont tromp�s de combat en soutenant un parti qui, apr�s tout, n��tait que le supp�t � peine d�guis� d�un r�gime tyrannique. Bandes de cr�tins apprend-on � leurs petits-enfants dans des �coles dont ils ont, quand m�me, mont� les murs, couvert les toits  et viss� les portes. Alors oui, la banlieue rouge est devenue rose p�le avant de virer vers des couleurs ind�finies  qui n�ont que la teinte de la derni�re ligne du relev� de compte. La carte Carrefour dans la poche, le cr�dit � vie pour la bagnole ou le pavillon et les fins de mois qui se sont transform�s pour tout le monde en quotidien ont depuis longtemps ruin� ce qu�il restait de forces pour au moins esp�rer un jour changer le monde. Les Castors, quel dr�le de nom n�est-ce pas ? Aujourd�hui quand j�appuie sur le champignon  - seconde, troisi�me avant le feu rouge - sur l�avenue qui les longe, je repense toujours � ce que me disait mon p�re. Quand il me racontait cette fin des ann�es cinquante o� tout le monde ne mangeait pas � sa faim du lundi au dimanche et qu��puis�s de croupir dans un putain de bidonville, les types avaient pris le contr�le du terrain et b�ti ensemble leurs maisons. Toujours la m�me, avec quatre fen�tres devant et ce toit si particulier qui plonge vers l�arri�re de la baraque. C�est vrai l�architecture n��tait pas franchement leur fort mais au moins, ils sortaient de leur ghetto, ensemble. Un mot dont d�sormais plus personne ne conna�t le sens. M�me moi d�ailleurs. Il doit vraiment appartenir au vocabulaire prolo.
9-quatre (petit roman)
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