de l’enveloppe, il quitte les lieux sans avoir prononcé un mot. Toujours en pleine conversation, le barman salue son départ d’un signe de tête.
De retour chez lui, Pierre Levaev retrouve le bureau où nous l’avons découvert. Assis à sa table de travail, il y passe les heures suivantes, comme prostré. Un cigare Moods se consume dans le cendrier. A intervalle régulier, le souffle court, presque sifflant, il tire dessus une bouffée. Les murs de la pièce sont vierges : pas de tableaux, pas de cadres photos, ni de glaces. Au sol, des piles de magazines et de dossiers gênent la circulation. Adossée à la cheminée, face aux fenêtres, une banquette est recouverte d’une couverture et de coussins en bataille. On y a sommeillé récemment.
Sur la table, près du Beretta et du passeport, l’enveloppe en papier kraft est déchirée : son contenu se limite à une photographie représentant un homme d’une cinquantaine ou soixantaine d’années, les traits tirés, le crâne entièrement chauve et les yeux profondément enfoncés dans leur orbite. Le tirage est en noir et blanc. L’homme paraît épuisé comme une personne malade ou en manque de sommeil. Au dos du cliché, le message suivant a été griffonné : « Bruxelles, villa Horta, Après-demain, 15 heures ».
Vers minuit, la femme blonde, celle qui cuisinait lors du départ de Pierre, vient aux nouvelles. Elle frappe à la porte mais ne prend pas l’initiative d’entrer. Sans lui ouvrir, Pierre lui fait part de son souhait : demeurer seul. La femme n’insiste pas. De l’extérieur de la maison, on peut suivre ses pérégrinations au fil des pièces qui s’éclairent puis s’éteignent. Dernière station au premier étage : une chambre et un cabinet de toilettes où elle se prépare pour la nuit.
Le lendemain, Pierre Levaev se rend à un immeuble de bureau situé dans le quartier de Chelsea. Sept heures sonnent lorsqu’il passe les portillons de contrôle. Au cinquième étage, sur une paroi de verre, un logo PDVSA Petroleos de Venezuela lui fait face à sa sortie de l’ascenseur. Le bureau où se rend Pierre est une vaste pièce où sont disposés entre autres choses : une table de travail, des canapés en cuir, un écran de visioconférence et une carte infographique des différents océans. Pierre prend possession des lieux.
Vers neuf heures, une secrétaire lui apporte un café, du courrier et une pile de journaux. Pianotant sur un Palm Pilot, il lui fait annuler ses rendez-vous de la journée. Après son départ, il ouvre deux coffres muraux disposés derrière des tableaux. La matinée durant, il procède à un tri parmi des archives dont il fait détruire la majeure partie. De même, à sa demande, un ingénieur réseau récupère son ordinateur portable avec pour consigne d’en détruire le disque. Lorsqu’il quitte les lieux, vers midi, il déclare qu’il ne reviendra pas sur place avant trois jours. Dans l’intervalle, il ordonne à sa secrétaire de renvoyer toutes les communications sur Caracas.
- Je dois prévenir monsieur Casuar ?
- Non… Je l’appellerai moi. S’il appelle, dites-lui de chercher à me joindre sur mon portable.
En fin de matinée, dans le quartier de la City, Pierre se rend chez Floyden, un agent d’affaires, dont les bureaux sont proches de la cathédrale Saint-Paul et de la nouvelle passerelle jetée sur la Tamise. Aux termes d’un accord passé, Floyden reprend possession de la maison de Notting Hill ainsi que d’une maison de campagne située en Cornouailles. Toutes deux sont cédées avec l’intégralité de leur mobilier. Cinq voitures s’ajoutent à la transaction. Enfin, différents transferts de fonds et revente de participation sont également effectués. Le montant de toutes ces opérations est viré sur plusieurs comptes dans des banque de Saint-Hélier à Jersey et de Douglas à Man.
- Aux Seychelles, vous verrez, Von Brockhurst fait du très bon boulot.
- Oui… J’ai déjà eu affaire à lui, précise Levaev … A Durban… Mais je vais quand même prendre un million également… En cash…
Dans une agence de voyage, à l’heure du déjeuner, Pierre achète sous une nouvelle identité un billet Eurostar Londres-Bruxelles pour l’après-midi même, départ de ->

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