|
1
La fin de l’histoire a dû commencer là, au Royaume-Uni, dans une de ces banlieues situées au nord de l’agglomération londonienne, à l’intérieur d’une maison de ville du quartier résidentiel de Hampstead, avec cette pièce en angle aux fenêtres donnant de part et d’autre sur un jardin : les lampes y sont allumées, leur éclairage se reflètent sur les vitres et un homme est assis à un bureau. Cheveux poivre et sel, les yeux clairs, épaules larges et mains massives, de profondes rides ravinent son visage. Sur un des coins du bureau, un Beretta Sub-Compact à crosse en bois dépasse d’une pile de journaux. A proximité, un passeport arbore les armes de la République bolivarienne du Venezuela. On l'a établi au nom de Pierre Levaev.
Un téléphone portable se met à sonner dans la pièce. L’homme extrait l’appareil d’une veste posée en bataille sur une chaise. La sonnerie augmente et l’homme chausse ses lunettes pour lire le nom du correspondant ou bien son numéro. D’ordinaire, il s’affiche sur l’écran de l’appareil mais là, il s’agit d’un appel masqué. A l’autre bout du fil, avec un léger accent ivoirien, un homme demande en anglais :
- Je voudrai parler à monsieur Albert Tracey.
Mais on lui répond qu’il y a erreur et il raccroche après s’être excusé. Dans le quart d’heure qui suit, le dénommé Pierre Levaev part de son domicile au volant d’une berline allemande, garée le long du square central, celui sur lequel donnent toutes les maisons du quartier.
Dans une cuisine, à l’entresol de la maison qu’il vient de quitter, deux femmes épluchent des légumes. Toutes deux paraissent la quarantaine, toutes deux revêtent un tablier mais là s’arrête leur ressemblance : blonde, l’une est habillée avec des vêtements de prix et est élégamment maquillée ; brune, l’autre porte des vêtements informes et a le visage grêlé. Comme elles réserveront une part de leur préparation à l’homme qui vient de quitter les lieux, elles suivent des recettes sans sel car :
- Pierre, il doit suivre un régime spécial après ses ennuis cardiaques de l’an dernier.
Au volant de la berline, le dénommé Pierre traverse Londres d’Ouest en Est pour se rendre dans le quartier de Spitchappel. Il longe la City, il passe devant la Liverpool Station, puis il se gare près d’une de ces églises londoniennes au style maçonnique. Contournant l’édifice, il s’engage dans une rue perpendiculaire à ce dernier ; une rue avec épiceries, lieux de vie et agences de voyage aux enseignes afro-antillaises.
L’homme pénètre dans un café nommé Monrovia Negus. Depuis le comptoir, un barman de type africain l’accueille sans démonstration particulière. En grande conversation avec deux jeunes femmes et un homme d’âge mûr, sa voix rappelle celle du correspondant qui cherchait à joindre un certain Albert Tracey. Ce coup de téléphone qui a dérangé Pierre Levaev peu avant qu’il ne quitte son domicile.
Tout en continuant de parler, il désigne une enveloppe en papier kraft nichée contre une vieille caisse enregistreuse qu’on a repeinte au couleur du drapeau libérien. Dans la salle, il n’y a pas d’autres Blancs. Un ventilateur brasse avec difficulté la fumée de tabac et une chanson de Francis Bebey meuble le fond sonore. Réduite, la clientèle ne prête pas attention à l’homme qui a fait irruption et qui ne commande pas de consommation. Après s’être emparé ->
|