| ENTREVUE AVEC LE REVOLUTIONARY WORKER! | ||||||||||
| Le "Revolutionary Worker" (revue politique publi�e aux �tats-Unis) a eu un entretien avec Mumia Abu-Jamal dans la prison d'�tat � Huntingdon en Pennsylvanie. Cet entretien fut men� par Clark Kissinger, collaborateur du RW (revolutionary worker). Il a paru dans les num�ros 784 et 785 de RW en d�cembre 1994. ------------------------------------------------------ RW: Mumia, vous avez d�j� mentionn� une fois que la police � Philadelphie ne vous voie que comme une "cible � neutraliser". Qu'est-ce que vous pensez qui se cache derri�re cette campagne ciblant votre mort de la part de l'�tat de la Pennsylvanie? Pourquoi veulent-ils faire un exemple de votre ex�cution? MUMIA: Parce que pour eux et pour d'autres gens, je devenais plus qu'un �tre vivant, je devenais un symbole...un symbole de r�sistance face au syst�me. RW: Vous avez appuy� � maintes reprises le fait que votre seul crime �tait d'avoir surv�cu. La police a tir� sur vous et vous en �tes presque mort. Une balle est entr�e dans votre poitrine par le dessus et est descendue en biais dans votre abdomen vers le bas pr�s de vos reins et s'est log�e contre votre colonne vert�brale. Vous deviez �tre pli� en deux ou par terre apr�s un tel coup. Comment la police vous a trait� tout de suite apr�s votre arrestation et � l'h�pital? MUMIA: Je ne dirais pas qu'ils m'ont trait�, je dirais plut�t qu'ils m'ont battu. Ils m'ont battu dans la rue, ils m'ont battu dans le panier � salade. RW: �a se passait alors que vous aviez une h�morragie � la poitrine r�sultant d'un coup de feu que vous aviez re�u, et ils vous battaient? MUMIA: H�morragie r�sultant d'une blessure qui a perfor� un poumon et le foie, ce qui pouvait s'av�rer funeste. Selon un t�moin au proc�s, je suis arriv� � l'h�pital, environ � deux ou trois p�t�s de maison de l'incident, entre 40 et 45 minutes plus tard. Alors, non seulement ai-je �t� battu sur place et battu dans le panier � salade mais ils m'ont fait visit� la ville de Philadelphie en attendant ma mort. RW: Qu'est-ce qui s'est pass� lorsque vous vous �tes r�veill� � l'h�pital? MUMIA: Apr�s l'op�ration, j'ai ressenti une pression tr�s forte et prononc�e, une sorte d'enflure. Je me suis senti gonfl�, plein. C'�tait ma premi�re sensation de conscience apr�s l'op�ration. Malgr� la poignante sensation de fatigue, je me suis ouvert les yeux de force. Je voyais un policier juste devant moi, m'observant le visage. Il avait environ 35 ans, les cheveux ch�tains, une moustache. Au d�but, je ne comprenais pas ce qui se passait. Je l'ai vu baisser les yeux et sourire am�rement, froidement, un sourire mortel. Puis apr�s ce qui m'a sembl� �tre des minutes, mais pouvait en r�alit� n'avoir �t� que 15 ou 20 secondes, il est sorti de mon champ de vision et j'ai �t� soulag� comme si un ballon avait d�gonfl� dans mon abdomen. Bien que j'ai eu des menottes aux poignets sur ce lit d'h�pital, j'ai �t� capable de me tourner un peu et voir ce qu'il faisait. Il �tait en train de marcher sur mon sac d'urine, car �videmment apr�s mon op�ration je ne pouvais me lever pour aller � la salle de bains. C'�tait un r�cipient en plastique clair et l'action du policier consistait � forcer l'urine � remonter par le tuyau de plastique jusqu'� ma vessie. Il a essay� de faire �clater ma vessie pendant que je r�cup�rais dans cet h�pital seulement une demie-heure environ apr�s l'op�ration qui m'avait sauv� la vie. J'�tais l�, attach�, menott� � ce lit d'h�pital, dans un h�pital. Pas dans un h�pital carc�ral mais un h�pital civil, public, avec un policier de Philadelphie portant une mitraillette uzi qui essaya de me tuer. Il continuait et je ne pouvais rien faire. Je ne pouvais rien dire parce que j'avais un tube faisant office d'oesophage pris dans ma gorge, j'avais des tuyaux dans le nez et dans d'autres orifices de mon corps. Tout ce que je pouvais faire c'�tait de le regarder. Il souriait et il recommen�ait encore et encore. Je me suis recal� et j'observais. RW: Vous �tes condamn� � mort depuis 12 ans. On a essay� de vous briser, non seulement le corps mais aussi l'esprit. Pourtant, ce qui continue � ressortir de vos �crits est votre profond attachement envers le peuple et votre engagement envers la r�volution. Nos lecteurs-trices aimeraient bien savoir non seulement comment vous vous �tes d�fendu en prison pour vos droits mais aussi ce qui vous donne le courage de supporter la tension? MUMIA: J'ai une forte et exceptionnelle croyance en la structure de MOVE (les membres de MOVE sont des hommes et des femmes qui suivent l'enseignement du fondateur de MOVE, John Africa. Les membres de MOVE croient � la vie, humaine et animale. Ils sont intransigeants et ne font aucun compromis quant � leurs croyance. Cela les renforce et les unis). John Africa enseigne que "c'est insens� de ne pas r�sister � quelque chose qui ne donne rien d'autre que de la souffrance � vous, votre famille, vos m�res, vos p�res et vos b�b�s." Et quand vous y pensez, il y a tant de sagesse enferm�e dans cette petite expression. Contrairement � la croyance populaire, le bon sens voudrait que quelqu'un croie que c'est insens� de r�sister au plus puissant des empires, � la victoire de la Guerre Froide, � l'empire qui a d�vor� l'Iraq et tout �a. Mais ce que l'histoire d'aujourd'hui montre vraiment c'est que l'empire d'aujourd'hui deviendra les cendres de demain. Rien ne dure pour toujours et � ne pas r�sister, on accepte notre propre oppression. La plus grande forme de sagesse pouvant �tre exerc�e c'est de r�sister � cette force qui essaie de r�primer, d'opprimer et de vaincre l'esprit humain. RW: Qu'est-ce qu'ils ont essay� de vous faire ici? |
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