Il y eut l'automne...




Jardinier de l'amont



Un mur se dessine à la frontière
Mon jardinier travaille au-delà
C'est le jardinier de l'amont

Les fontaines ont des mots amers aux reflets d'argent froid
Les sources cultivent des pavots rouges
Trop rouges
Fleurs de rêve au sang de cœur
Fleurs de silence au creux des songes
Fleurs et rouges
Les pavots luisent sous les pluies d'amont
Derrière le mur nu des frontières

Un graffiti parle
Conteur de villes sombres
Nuit des mots de folies
Maudit fol sur un blanc pur démarqué du rêve
Un tag danse de violence
La mort écrit son nom
Pour le jardinier de l'amont
Devant, juste devant le mur sauvage des no man's land

L'encre déchire
Tue la lumière
En floraison d'incestes
En fusions des mots

Des cris écrus et fauves
Sur le silence du mur racontent le jardinier pauvre
Ici - là bas
Terre blanche, terre ocre
Ils inscrivent une main d'avant dans les grottes aux frontières du temps

Mon domaine a fleuri
Le rouge des pavots encore...
Sang de songe versé dans mes tentures

Tout près de l'amont du regard

J'écris un sacre de douleurs
Un couronnement des fous
Dans le blanc fol des mots qui tuent

Mon beau jardinier fugitif est mort
Dans les plaines - linceuls de l'aride


16 octobre 2001

~~

L'océan demeure



L'océan demeure
Une solitude
Résidence du geste
Sa vague au liseré du regard

Je saisis sa rumeur
Humeur de mer
Je suis son rêve
Sentier de sel et houle amère

L'océan demeure
Terre liquide des hautes solitudes
Très au large
Ma main épouse l'horizon
À peine rond sur fond gris
Dans l'eau j'ai inscrit un sillon d'index
Effacé du même geste

Je prends le vent
Don chaud des courants
L'appel des Suds à une saveur de sable
Ailleurs, houle de songe

Quel bain lavera mon devenir?
J'attends la lame féroce
Qui brisera l'écho douloureux du passé
J'attends la lame
Dans l'éphémère canyon des sculptures de vent

L'océan demeure
Juste un mouvement
L'océan à la mesure du ciel
Du monde

Il absout les désespoirs
Laboureur inlassable sur les hauts fonds de peine
Un bain encore

La blancheur de l'écume dissout mon âge
Entre hier et demain
Longue glissade sur une portée d'eau grave

9 novembre 2001

~~

Sternes

Ce sont de toutes petites traces
Infimes
Légères
À la frontière du sable et des eaux
Dans le liseré des écumes échevelées

Ce sont de minuscules empreintes
Oubliées vite
Dépassées
Car au dessus
Il n'y avait pas de poids
À peine quelques plumes
Deux ou trois os

Ce sont de tout petits pas vifs
A peine déposés dans la course
Le temps d'une pioche
Crustacé du hasard
Vite avalé
Croc !
Rappel fugace des lois latentes
Une mort pour une vie

C'est une course si légère que le vent l'effacera
Une écriture d'oiseaux marins aux pattes innocentes
Discours asymétrique sur un Rien déjà vécu
Entre air et lumière

Ce sont de toutes petites traces
Juste à côté de mes enjambées silencieuses
Un baiser de nature, en somme
Sur l'ourlet or-argent du sable marin

De toutes petites pattes imprimées mais sans pesanteur
Guirlande pointillée
Sautillée
Qui me mène vers toi
Pour te dire du seul regard
Ce que je voudrais savoir rendre tendre et ténu
L'amour
Bien sûr l'amour
À peine un duvet chaleureux contre la douceur de ton cou

13 décembre 2001


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