LETTRES D'AMOUR

À haute voix, je te dis que je t'aime
À haute voix, je pense notre amour
À haute voix, je ris de tes baisers
Et je dis tout haut que t'aimer, c'est si bon

Dire sans fin la longue caresse de tes mains sur mon corps
Dire sans cesse tes lèvres au creux de mes épaules
Dire toujours l'ivresse de tes bras serrés autour de moi
Et dire et dire encore ma bouche avide de t'aimer

Parler de toi dans mes rêves sans bride, sans limite
Parler de toi au ciel chargé des pourpres du couchant
Parler de toi dans la nuit silencieuse trop familière
Et parler encore de toi aux murs blafards de la ville

Murmurer dans un souffle le désir sans cesse renaissant
Murmurer dans un frisson l'éclosion du plaisir
Murmurer avant de m'endormir pour cueillir un dernier baiser
Et murmurer encore à mon réveil des mots qui sont l'amour

Ma voix si rauque quand nos corps se rejoignent
Ma voix profonde dans les méandres de l'interminable caresse
Ma voix sur le point de s'éteindre en gémissements lourds
Et ma voix jamais tarie enroulée comme un pagne sur tes hanches

Tout cet amour dans ma parole qui se dévide au fil du temps
Tout cet amour chanté à tes oreilles jusqu'au silence
Tout cet amour qui se prononce pour, oh oui, vraiment pour
Tout mon amour pour toi en griffures de papier

Entends comme chaque mot est la promesse d'un autre, plus doux
Entends dans l'inflexion de mon regard mon corps qui chante
Entends le désir en maraude autour de nos propos
Entends encore cette pulsation lente entre nous deux

Je le dirai jusqu'à le nourrir de mon sang assoiffé
Cet amour aux noms indissociés qui lie mon esprit et ma chair
Je le dirai à toi, aux autres, au monde sourd
Pour que résonne au delà de nos corps la passion qui nous pousse

Et nous serons glorieux, mais sur quel territoire ?
Et nous serons couverts d'une gloire d'amour
Qui offrira un manteau irisé à nos nudités fragiles
Et nous serons nus et vêtus
Et nous irons, si riches dans notre dénuement

* * *

Nocturne (2)

Tes mains si larges, si fortes, très sages autour d'une tasse,
Ont laissé dans mes yeux l'éblouissement d'une randonnée à deux.
Glissées entre la robe légère des soirées d'été
Et ma peau rafraîchie d'un dernier bain,
Elles ont imprimé sur mon corps des volumes en ronde-bosse,
Des itinéraires sans balise, sans kilométrage
Qu'elles sauront retrouver à chaque rencontre.

Tes mains savent de moi des niches de plaisir,
Elles savent déceler l'étendue de mon désir,
Les oasis vives au creux de mes rondeurs.
Tes mains, ma peau se parlent une langue étrange,
Connivence muette de soupirs et d'inspirs
Et mes mains te répondent,
Larges et fortes, posées sur ton dos.

Nos mains à quatre mains pour un quatuor sans ordre,
Assorties dans les rythmes, ponctuation qui respire.
Le phrasé de nos souffles poursuit leur course sans répit,
Tes mains encore qui nouent et qui délacent ma folie
En gémissements flous, encoches pour nos baisers.

Tes mains me vont si bien !
Je me glisse fuyante entre tes doigts qui goûtent,
Satin bruissant et tiède d'un dessous léger.
Tes mains accordent ma peau si nue
A la soif éperdue des saveurs de l'amour,
Frissons vibrants d'une exaspération tranquille.

Tes mains de nuit sont une élégance suprême
Sur mon corps baigné de pâleur native.
Elles dénichent la beauté tendue sous ma peine,
Révèlent dans le noir des lieux de plaisir.

Tes mains me sont une fête tentatrice
Sous des lignes en soie qui fuient
Et je ris et j'enlace de mes doigts tes doigts trop adroits
À déceler les sentiers vagabonds de mes délices.

Mes mains enlacées dans ton dos qui ploie,
Mes mains posées nues sur ta peau qui transpire,
Tes mains nouées sous des draps qui m'échappent,
Nos mains scellées dans la nuit qui s'achève,
Les parfums épuisés de nos bras alourdis,

Tes mains,
Tes mains m'enserrent,
Tes mains tout à moi.


suite de "Lettres d'amour"

Leïla Zhour - extraits du recueil "LETTRES À L'AUTRE" - Tous droits réservés

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