LETTRES D'AMOUR (suite)

Qui me dira maintenant les peines et les joies du plaisir d'autrefois ?
Tes lèvres boudent l'écho de mes sens
Et ma peau se souvient de l'approche
De tes mains courtisant les courbures de la nuit.

O soirées mornes de l'hiver solitaire
Drapé dans la morsure du givre des sentiments figés !

Qui me dira maintenant la douceur du repos dans nos bras ?
Mon souffle réchauffe nos amours désertées
Mais mon coeur se rappelle le flamboiement du désir,
Le brasier de nos lits en escales enfiévrées.

O nuits éteintes dans les brumes encloses !
Des perles de ténèbres refluent à la source de mes larmes !

Qui me dira désormais les essences rares de la tendresse ?
La caresse de ton amour roule sous des cieux
Où la trace mélancolique de mes pas s'efface dans le sable
Et je pleure à foison, oh oui !

Je pleure sous les orgues crevées des sentiments enfuis.

* * *

Jalousie

Les yeux des filles sur ta peau
Glissent en caresse de pluie incandescente
(Pluie de cendres issues de quel volcan ?).
Noir et bleu de leurs yeux
Autour des cils précis de désir.
Ma jalousie détournée de son ombre.

Provocante,
sa jupe est courte, la cuisse
Soyeuse.
Les regards suivent faute de main
Des épaules aux chevilles.

Une idée du plaisir.
(Est-ce une idée ?),
Ancienne métaphore de la corolle,
Femme au corps fugitif.
J'ai vu dans tes iris
Le reflet chaud et dur des baisers en attente.

Regarde et vois, dis-tu.
Et je te vois
Et lui te vois aussi
Et tes yeux sur sa peau sont une faim
Et ma soif est immense aussi.

Je devine au fond de tes pupilles
Le regard qui consume, qui me consume aussi.
Offense d'un désir qui n'est pas le mien
Et je le veux.
Femme dans la rue,
Présente,
La même qu'en moi, mais le corps est celui d'une autre.

Cette idée du désir si proche !
Et toi et lui,
Car je suis toi et lui,
Entière dans l'anticipation d'un présent qui sera peut-être,
Perverse à mon corps consentant.

Ah les yeux des filles sur ta peau,
Homme de rien, homme de tout,
Des yeux aux douceurs de plage déserte,
Tu sais.

Mes yeux hantent ta peau.
Mes yeux hantés de toi,
Mes yeux de femme sans repos
Ni répit dans le silence du soir trop dense.

Le costume indiffère.
Echancrure d'un ailleurs où apposer les lèvres,
L'ourlet est l'indéchiffrable limite au seuil de mon regard.

Etre femme entre lui et toi
Le désir insistant mais fluide
Echarpe de soie sur les reins
Et je l'attends les yeux enfuis,
Mes yeux de fille sur sa peau,
Mes yeux glissés dans les failles de ton espérance.

Les filles qui passent,
Les femmes au loin
Et ta peau sous ma main.


suite de "Lettres d'amour"


Leïla Zhour - extraits du recueil "LETTRES À L'AUTRE" - Tous droits réservés

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