LETTRES
À L'AUTRE (suite)
Ailleurs, je
pourrais être une autre.
Le pourrais-je ?
Partir où je ne suis pas,
Etre ce que je ne suis pas.
Folie ! Folie des impossibles désirs
Ici.
Etre le vent dans les sables sans homme,
Etre le vent sur les prairies imaginaires,
Etre le souffle sans corps sur la terre de mes rêves !
Ailleurs, exil
brûlant
Bu lentement
Chaque goutte de feu
En pluie de renaissance
Sur mes paupières sculptées de mots.
Serai-je ce cheval
ivre
Rendu à la liberté des espaces innés ?
Serai-je oiseau
Au dessus des vagues profondes ?
Serai-je ailleurs
En cette migration
Ou rien ?
L'errance passe
ses lèvres douces sur mon oreille.
Son baiser me confond,
Sa langue dans le silence de la mort,
Je viens.
Je viens, je vais
Saurai-je faire ces pas de mots,
Cette parole qui vole ?
La cage des lignes
se brise,
L'ancre se déchire
Et l'encre coule,
Flots d'encre
Et la brise est une caresse.
Ailleurs m'invite,
Ailleurs m'habite.
Suis-je là-bas ?
Est-ce moi cette forme, cette souffrance de mots?
Des pages et des pages d'ivresse,
Des plages mordorées que hantent les tziganes,
Je suis saoule là-bas, si haut.
Loin, c'est
ailleurs,
Tout près de l'autre,
Très loin de toi,
Si loin, j'ai peur.
* * *
Intimité.
Je pense aux détours de l'esprit quand nous sommes deux.
Pas seuls, non.
Deux, chacun seul à part soi,
Mais ensemble, à essayer de partager le temps et la
présence.
Ca ne va pas si
bien pourtant.
Toutes ces masses d'idées sans noms véritables
Enfouies sous les silences, sous les bavardages.
Les voiles légers de la conversation nous enrobent.
Des mots qui jouent, faciles,
Des sous-entendus qui relèvent encore de la surface
Et, par ci par là, au détour d'une remarque
:"d'ailleurs..."
Une bulle précieuse où l'autre éclôt sans bruit,
Si discrètement que pour un peu
On ne le remarquerait pas.
C'est le regard qui dit : "Oui, j'ai
entendu..."
mais on ne dit rien.
Intimité.
Amie perfide qui me fait craindre de m'immiscer dans tes
pensées.
Oserai-je donc forcer la confidence qui ne vient pas ?
Est-ce que je la désire ?
Et pourquoi me fait-elle si peur ?
Je sais en toi des tourments trop connus, trop miens
aussi.
Je supplie pour en partager le poids
Mais je renâcle à en perdre l'exclusivité.
Ris mon ami
Et je ris avec toi, et ce rire-là est bon
Car nous le comprenons tous deux.
Intimité.
L'appel du corps débusqué par le rire
Rend un temps les mots obsolètes.
Quand ils reviendront sur nos lèvres repues,
Indiscrets encore, aimants et possessifs toujours,
Nous serons deux à nouveau,
Très proches dans le souvenir
Du plaisir que l'on donne, que l'on reçoit.
Très proches par nos corps qui se mêlent de jouissance,
Mais deux,
Deux intimes
Isolés par l'amour où ils se cherchent.
suite de
"Lettres à l'autre"
Leïla
Zhour - extraits du recueil "LETTRES À L'AUTRE" - Tous droits
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