Paroles de silence
(2003)

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Saisons


Je suis au mitan de l'été
Sur mon corps, le soleil est brûlure tendre
Sur mon corps, ton regard est caresse

Demain, d'autres saisons auront des visages que j'ignore

Peut-être le vent n'aura-t-il plus cette force heureuse
Et deviendra bourrasque dure
Peut-être tes yeux verront-ils ailleurs
Autrement…
Peut-être l'hiver sera-t-il solitude
Ou bien craquement vif d'un feu partagé encore

Je suis au cœur de l'été flamboyant
Où les orages ont une violence de planète vivante
Où les nuits sont brièveté pure
Enchâssées entre des crépuscules harassés de couleur
Et des aubes sans cesse renaissantes

Je suis en la saison brûlante d'une incertaine conscience
Perdue pourtant sur les détours d'un labyrinthe de jour
Et je passe d'imperceptibles portes de temps
Toujours
Toujours

Une voix lointaine murmure d'étranges mots de verdure
Quelle langue m'en donnerait la clef ?
Quelle langue aura la folie dense, la légèreté sage
Qui libèrera mon âme des saisons incertaines du devenir ?


avril 2003

 

Solitude-Multitude

Ma solitude est multitude
Une infinité de visages me débusquent
Sans cesse
Me tourmentent et me flattent

L'ami et le méchant tournoient
S'affrontent et puis se mêlent
M'emmêlent

Je suis seule en leur foule
Chaque pensée est reflet d'âme éclatée
Que jamais je ne recompose
À l'image de ce qu'elle pourrait être

Ma solitude dissout infiniment l'innombrable
Farandole jacassante venue fracasser le silence
Ma solitude ment

Elle n'a ni nom ni visage
Pas même les miens
Et je cherche l'instant au delà de toute durée
Où tous les bruits de fondraient en musique
Où tous les mots s'éclairent d'une même clarté


mars 2003

 

 


Clandestine

Une pensée clandestine rôde dans mon esprit
Traverse mes songes et mes veilles
Légère
Passagère

Je la vois mais ne la cherche pas
La débusque mais ne la traque pas

Dans les cales de ma mémoire
Elle danse, vive, précise
Je ne m'en saisis pas

Des ballots de souvenirs lui font un décors d'opéra
Entre clair et obscur

À l'angle d'une idée fixée là
Je l'aperçois
Immobile
Peut-être m'attends-elle?

Elle se dérobe
Je me détourne

Étrangère
Elle laisse dans les corridors de mon âme
Une poussière de sons fugitifs
Des couleurs neuves

Je reconnais sa trace
Pourtant je ne la suis pas

Elle connaît mes itinéraires
Je sais sa présence
Un même vaisseau a rassemblé nos routes
En maraude dans mes pensées
Elle m'évite et me retient

Chaque jour je l'entrevois
Chaque jour je ferme les yeux
Indulgente

Elle passe
S'efface

Je suis étrave
Elle est écume
Clandestine, elle éclabousse d'un rire
Les travées les plus sombres de mon esprit

Je l'espère et la fuis
Brûlure fugitive
Interdite


mars 2003



Où mes pas me mènent
Il n'y a ni herbe ni ombre
Rien

Une saveur surgit
Danse d'une geisha sauvage
Mi fleur
Mi nuit
Rien
Un souffle

Où mes pas me mènent
Est un lieu pauvre
Pur silence
Ce creux connu
Méconnu
De l'explosions du rire

Je vais
Sur ma tête, un chapeau de brise marine convoque les horizons
À grands cris de ciels gris
Voyez!
Voyez où vont nos pas !
Venez déposer à nos pieds les prétentions
Mais sans un mot
Sans un bruit
Chut

Les cimes s'estompent
Les océans se retirent
Nulle herbe
Nulle ombre maintenant

Une géométrie d'absence accueille chaque mouvement
J'oscille dans l'amplitude du désir nu
Je suis sa sœur
Sa peur
Nue aussi

Où mes pas me mènent
Nous sommes trois
Une nacelle aux accents de marée
Ballote nos liens, nos rencontres
Désirs d'herbes tendres où laisser frémir le corps
Peurs d'ombres grondantes débusquées dans l'émoi
Et ces pas
Tout petits
Tout grands
Vers où je ne suis pas
Souffle d'absence
Danse-grésil de l'orchidée sauvage


février 2003

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