En 1964, en
pleine « République gaullienne » parait un livre de
François Mitterrand, Le Coup
d’Etat permanent. Jamais la Ve
République n’avait fait l’objet d’une analyse
aussi féroce, d’une condamnation aussi implacable : de
Gaulle n’est qu’un vulgaire dictateur, issu d’un
méprisable coup d’Etat ; les putschistes d’Alger ne
sont que ses complices, devenus ennemis lors du partage du butin ; en
quatre ans il a liquidé ces « modestes broutilles
démocratiques » que sont un pouvoir exécutif, un
pouvoir législatif, un gouvernement, un parlement ; sous son
régime, la justice est devenue l’auxiliaire
dévouée de la police…
Ces propos sacrilèges
horrifièrent les dévots qui, dans un concert
d’invectives, rabrouèrent le malotru. Mais, quarante trois
ans plus tard, on attend encore une réfutation rationnelle.
On peut aussi se demander si la dimension
politique de l’ouvrage n’est pas, en fait, anecdotique,
alors que l’essentiel se trouve dans la forme, celle de la charge
polémique, dont l’origine remonte sans doute à
Catulle, et où les plus grands se sont illustrés. Ainsi
retrouve-t-on chez Mitterrand les accents vengeurs du Victor Hugo des Châtiments :
Tandis que tes valets te montreront ton
Louvre,
Moi, je
te montrerai, césar, ton cabanon.
Mais pas seulement. Au-delà de l’invective,
c’est une analyse fouillée, étayée sur une
expertise de mille ans de nos lois et de nos régimes qui se
développe et soutient l’argumentation. Avec
stupéfaction, on surprend au détour d’une page les
échos d’un Léon Daudet ou même d’un
Maurras.
On connaît cette réflexion désabusée
de Louis XIV : « Que restera-t-il un jour de mon règne ?
» ; et la réponse d’un de ses courtisans : «
Sire, Molière. » Appliquée à François
Mitterrand, il n’est pas totalement improbable que la
réponse puisse être : Le
Coup d’Etat Permanent.
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