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Erakis. Ann�e 5482 de l'Ath�nit� ou �re des doutes.
Au hameau du Tertre, la porte de l'auberge s'ouvrit � la tomb�e de la nuit, laissant s'engouffrer un vent puissant et une pluie battante au seuil de la porte. Les montagnes de Melk � l'ouest avaient d�j� projet� leurs ombres sur les for�ts et les rivi�res du Plateau du Levant. Un homme au cr�ne ras�, portant au front l'embl�me du Plateau �galement tiss�e sur les franges de son kimono et sur le turban ceignant sa t�te, et son compagnon, halfelin habill� d'une tenue l�g�re malgr� le froid, referm�rent vite la porte, agress�s d�s leur entr�e par les grognements de paysans locaux qui tenaient � la chaleur ambiante. L'atmosph�re joyeuse �tait lourde de fum�e et d'odeur de bi�re, et un barde gnome jouait de la mandoline dans un coin. La salle se trouvait bond�e car en ces temps pluvieux, les habitants n'avaient que peu d'activit�s autres que discuter autour de quelques verres. Ce hameau �tait une des nombreuses communaut�s peuplant le Plateau du Levant. Ce dernier portait bien son nom issu des origines : les Hommes s'y �taient install�s pour la beaut� des lieux, car �tant sur�lev� et plat, ce plateau recevait de plein fouet et sur tout son long le soleil levant, qui, traversant les arbres et rebondissant sur l'eau de la mer, donnait aux paysages des couleurs f�eriques et paisibles, inspirant le calme et la paix. Le Plateau formait un immense carr� entour� d'une barri�re de falaises abruptes infranchissables plongeant dans la for�t s'�tendant jusqu'aux plages au sud et � l'est. La douceur de vivre de ce lieu et ses saisons superbes avaient attir� � lui toutes sortes d'itin�rants qui s'y install�rent d�finitivement. C'est pourquoi sans surprise se rencontraient des voyageurs de toute ethnie dans les tavernes. Jamais cette contr�e n'avait connu de guerre, r�put�e pour sa simplicit� et son influence modeste. Les seuls adversaires �taient les b�tes sauvages arpentant les for�ts ou les plaines, cependant avec une bonne garde on ne craignait rien d'un village � l'autre.
Les deux compagnons, de taille diff�rente d'au moins un m�tre, ne trouv�rent de place qu'aux cot�s d'un homme encapuchonn�, un arc pos� � ses c�t�s, la t�te baiss�e et plusieurs verres vides devant lui. Ce n'est que lorsque l'homme lui parla que ce myst�rieux personnage se rendit compte de leur pr�sence. - " Bonjour l'ami, pouvons-nous partager votre table le temps d'un repas ? - Bien s�r, dit le grand jeune homme aux traits fins, je m'appelle Araknor. - Merci. Je suis N�am, et voici mon ami halfelin d'Ourgast, Nejma. Nous sommes des moines de passage pour la nuit. - Ourgast, la ville au sud de N�v�e le continent des glaces �ternelles, n'est-ce pas ? interrogea Araknor en ne s'adressant qu'� l'homme, l'halfelin n'ayant que les yeux d�passant de la table. - En effet, intervint Nejma. - Et qu'est-ce qui vous am�ne au Levant ? - Je suis venu me former aupr�s de N�am et il m'accompagne maintenant jusqu'� N�v�e. - Nous allons, continua N�am, y cr�er un monast�re pour former les halfelins d�sirant s'initier � cet art. Mais dites-moi, vous n'avez pas l'air du coin non plus. - En effet, je suis de L�an, r�pondit Araknor. - L�an, r�p�ta Nejma, vous �tes donc un elfe ? - Un demi-elfe pour �tre pr�cis. " Sur ces mots il reprit un verre et le vida d'une traite. Les expressions de son visage se partageaient entre tristesse et gait�. Il recommanda des bi�res et ajouta doucement : " Je viens de gagner mon ind�pendance, ma m�re a fini ma formation de r�deur et il est temps que je fasse ma propre vie. Je ne la verrai h�las plus avant longtemps, mais au moins... je suis libre ! " cria-t-il dans la taverne, ce que personne n'entendit �tant donn� le vacarme environnant. " Alors je f�te �a, c'est ma tourn�e ! " Ainsi Araknor, N�am et Nejma pass�rent la soir�e � boire en discutant de leurs contr�es respectives. Les moines ne buvaient pas autant que le r�deur, conscients que de toute fa�on, jamais ils nous pourraient �tre aussi saouls que lui. Araknor, la t�te chancelante, commen�a � fredonner pour lui-m�me des po�sies improvis�es avant de rejoindre le barde et d'essayer de chanter � c�t� de lui, ce qui ne plut gu�re au gnome qui se mit � jouer d'autant plus fort. |
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Araknor |
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La cacophonie serait devenue insupportable si elle n'avait �t� interrompue par la porte s'ouvrant bruyamment, suivie d'une voix puissante : " Mes amis, silence s'il vous plait. " Sytrien, le pr�v�t du hameau, �tait accompagn� d'un nain visiblement soucieux. On n'entendait plus rien sinon les " Oh, pardon ! " et les " D�sol� " d'Araknor, compl�tement ivre, tentant malgr� son manque d'�quilibre de regagner sa place. Sytrien continua : - "Voici Ark, un nain des Roches Vertes, la communaut� situ� non loin � l'est. J'ai besoin de votre attention et de votre aide. Ark va vous expliquer. - Bonjour � tous, commen�a Ark. Il y a deux jours de cela nous avons d�gag� des rochers pour les travailler et cela a r�v�l� l'entr�e d'une grotte apparemment tr�s ancienne. H�las, les explorateurs ne sont toujours pas revenus, et nous sommes inquiets. Nous ne sommes pas des combattants comme nos amis de Melk, et nous cherchons des personnes qui accepteraient de v�rifier ce qu'il est advenu des explorateurs. Ceux qui y prendront part se verront r�compens�s par dix pi�ces d'or chacun. Nous partirons demain � l'aube, je vous guiderai jusqu'� la grotte et vous y accompagnerai. Certains d'entre vous sont-ils int�ress�s ? " Dix pi�ces d'or ne constituaient pas un butin fantastique mais les rares nains r�sidant sur le Plateau n'�taient pas riches. Le silence suivit la question d'Ark et les paysans regardaient leurs verres ou �changeaient leurs commentaires en murmurant. Nejma demanda � N�am s'ils ne devaient pas s'y joindre mais N�am avait encore un peu peur d'entra�ner son jeune �l�ve avec lui dans des situations inconnues et dangereuses. Nejma en fut d��u mais respecta sa d�cision. Il restait souvent effac� devant son ma�tre et ne parlait que lorsque c'�tait vraiment n�cessaire.
Puis soudain s'�leva une voix forte et tremblotante : " Moi ! ... Je suis partant ! En avant l'aventure ! " C'�tait Araknor, de nouveau debout apr�s avoir chut� de sa chaise, qui arborait un grand et fier sourire, les yeux mi-clos. Ark semblait perplexe jusqu'� ce qu'il aper�ut sous le capuchon d'Araknor des oreilles pointues. Les Elfes et demi-Elfes savaient d�couvrir facilement les pi�ges et �taient particuli�rement habiles. Et comme personne d'autre ne se proposa, Ark accepta. N�am tenta de faire revenir Araknor � la raison car il concevait difficilement que ce jeune demi-elfe ainsi agit� puisse sauver � lui seul qui que ce soit, mais ce fut peine perdue. Son c�ur plein de compassion s'ajoutant aux yeux illumin�s de Nejma discernant le doute dans l'esprit de son ma�tre, N�am accepta d'accompagner le r�deur.
Le matin suivant, Araknor, endormi sur une table, fut r�veill� par N�am qui lui tapa sur l'�paule en disant : - " A cheval l'ami. - A cheval ?! " Sa t�te lui faisait mal, il n'avait pas assez dormi et n'avait plus de souvenir de la veille apr�s son " duo " avec le barde. Il lui fallut un moment pour comprendre qui �tait ce nain chevauchant avec eux et vers quoi ils se dirigeaient. Il eut beau rechigner quelque peu, N�am lui fit bien comprendre qu'il lui fallait assumer ses paroles.
Sur la route, lorsqu'ils s'arr�t�rent � mi-chemin sous des arbres denses afin de prendre un repas et se prot�ger de la pluie qui s'abattait avec force, l'halfelin demanda, autour du feu que le r�deur avait difficilement r�ussi � allumer : " Le Plateau du Levant n'a donc pas d'hommes arm�s pour s'occuper de ce genre de probl�mes ? " Araknor, ne s'�tant pas encore remis de la veille parlait tr�s peu, ainsi c'est N�am qui expliqua : - " Le seigneur du Plateau, Lersen, qui gouverne au ch�teau de Verfal, est un homme bon et droit. Il tient � la paix et � l'�galit�, sans �mulation. Pour �viter une r�bellion de quelque village que ce soit, il leur a donc impos� une taille limite, et a interdit la construction d'autres casernes que celles d�j� existantes. Son ch�teau regroupe ainsi l'essentiel de l'arm�e, et les villages, partageant des forces et des ressources � peu pr�s �quivalentes, ne nourrissent jamais de jalousie malsaine envers leurs voisins. Les habitants du Plateau l'acceptent fort bien, conscients que cela leur offre une tranquillit� durable. De plus, il est dit que la s�r�nit� et le calme engendr�s par la beaut� du Plateau sont tels que les habitants y deviennent forc�ment pacifiques. C'est pourquoi il y a tr�s peu de soldats sur le Plateau. L'arm�e de Lersen a surtout un r�le de protection contre les hordes d'animaux qui attaquent parfois, venant des for�ts entourant le Plateau. D'Edara, notre continent, Lersen est � la t�te de la plus grosse arm�e. - Sur N�v�e, dit Nejma, nous n'avons pas d'arm�e et nous nous en passons bien. - Et pourtant tu es venu qu�rir un moine pour vous enseigner l'art du combat � mains nues. - Oui, en effet. - Je pense que tu ne m'as pas encore tout dit quant aux raisons te poussant � vouloir cr�er un monast�re, mais j'esp�re qu'avant Ourgast tu te seras plus confi�. " Ark, qui n'avait encore jamais vu d'Halfelin, demanda : - " Quand vous parlez de monast�res, ceux des Halfelins seront sans religion, comme ceux des Hommes ? - Bien s�r, r�pondit Nejma, il n'y a plus que les Gnomes qui v�n�rent un Dieu, ou une D�esse en l'occurrence. Dites-moi si je me trompe N�am, mais un monast�re n'est donc plus qu'un lieu d'entra�nement, un lieu de d�couverte de soi et d'apprentissage de la ma�trise de notre corps, de notre esprit et de notre environnement. " N�am confirma d'un signe de t�te. En effet la religion sur Erakis avait presque totalement disparu. En regardant le ciel sombre et les orages au loin, N�am, seul homme de l'�quipe, commen�a : - " Vous avez tous entendu parler de la Col�re des Dieux � l'origine de notre calendrier actuel, datant donc d'il y a pr�s de cinq mille cinq cents ans, mais connaissez-vous le r�cit qui s'y rattache ? Une ancienne l�gende partag�e par toutes les terres d'Erakis raconte qu'aux origines, les mortels et les Dieux se c�toyaient, jusqu'au jour o� la nature se d�cha�na. Des millions d'hommes p�rissaient r�guli�rement dans les incessants s�ismes, inondations, tornades et incendies d�vastateurs. Ceci dura deux ans, isolant les civilisations. Les Dieux n'�taient pas intervenus depuis le d�but des cataclysmes, et ne se manifest�rent plus ensuite. Un cri d�chirant marqua la fin de ces deux ann�es d'apocalypse qui furent plus tard nomm�es la Col�re des Dieux. Ces derniers ayant apparemment abandonn� les Hommes, les diff�rentes religions disparurent assez vite. - Les catastrophes naturelles, encha�na Araknor qui reprenait doucement ses esprits, sont un fait ind�niable confirm� par tous les peuples, mais le reste peut n'�tre que superstition ou l�gende. Les Gnomes croient encore dur comme fer que H�ze, la D�esse des Vents, les prot�ge encore. C'est pourquoi nombre d'entre eux sont pr�tres, et tous les pr�tres, � une exception pr�s, sont gnomes. - Euh, messieurs� ", h�sita Ark, qui se souciait plus de ses amis perdus que des l�gendes mill�naires, " Peut-�tre pourrions-nous finir le trajet avant la nuit, il ne nous reste que quelques heures de chevauch�e. " Ainsi reprirent-ils la route. La pluie et la nu�e commen�aient � c�der la place � quelques �claircies. En arrivant � la grotte, les nuages �taient loin. L'entr�e, �troite ouverture noy�e d'obscurit�, n'avait rien d'engageant, et Araknor se promit de ne plus jamais r�pondre � des questions en �tat d'�bri�t� avanc�e. Ark distribua les torches et ils s'organis�rent assez vite : Le r�deur, en meilleure forme apr�s la chevauch�e, passerait le premier, suivi de Nejma et Ark c�te � c�te, et enfin N�am couvrirait les arri�res. Apr�s quelques m�tres, l'atmosph�re devenait plus �touffante. Sans circulation d'air, les torches n'�clairaient que faiblement le couloir de pierre. Il est bien compr�hensible que les nains soient entr�s en ces lieux sans arme, aucune vie ne semblant pouvoir �tre terr�e depuis si longtemps dans cette grotte. Pourtant ils n'�taient pas ressortis. A la lumi�re des flammes vacillantes se r�v�laient des torch�res extr�mement vieilles, rouill�es et vides. De l'ext�rieur, l'eau p�n�trait en un petit ruisseau s'�coulant lentement le long du couloir grossi�rement taill� au sein de la roche. Le chemin bifurqua soudain sur la gauche et d�boucha sur deux voies parall�les. A ce stade de leur avanc�e, de forts effluves de moisi et de sang commen�aient � se faire sentir un peu trop fortement pour l'estomac brass� d'Araknor, qui se sentit de nouveau vuln�rable. S'avan�ant dans chacun des couloirs, son b�ton de ch�ne � la main, Araknor les informa que l'odeur de sang provenait de la gauche, esp�rant qu'ainsi ils choisissent la droite, mais N�am r�pliqua que si le sang provenait des nains, autant en avoir le c�ur net au plus vite et ne pas faire de d�tour. L'obscurit� devenait oppressante, sans compter que le danger paraissait bien pr�sent en ces lieux. Araknor avan�ait avec beaucoup de pr�caution, devinant plus son chemin que ne le distinguant � la lumi�re des torches. La f�brilit� d'Ark �tait presque audible dans ce silence que ne venaient briser que le cr�pitement du feu et le bruit de l'eau s'�coulant le long du chemin.
Le demi-Elfe stoppa net, si soudainement que Ark le heurta et poussa un cri �touff� sans m�me savoir ce qui se passait. " Il y a une trappe juste devant. " pr�vint Araknor. Ils s'immobilis�rent, et N�am redoubla de vigilance pendant que le r�deur se baissait pour observer ce qui s'y trouvait. " Je crains que cette trappe n'ait �t� fatale � l'un de vos amis, Ark. " Ce dernier s'avan�a alors et s'�cria : " B�trest ! " Il se mit � sangloter et lorsque la tristesse fit place � la col�re, il se mit � hurler : - " Maudite caverne ! Inort ! Kamias, o� �tes� - Arr�tez esp�ce d'inconscient ! le coupa N�am. Il n'y a peut-�tre pas uniquement des pi�ges ici, et ce n'est pas parce que vos compagnons sont peut-�tre morts qu'il faut attirer le m�me sort sur nous. " Ark ronchonna mais se retint de dire quoi que ce soit. Le demi-elfe enjamba la trappe et les autres le suivirent, tendant l'oreille plus que jamais apr�s l'�clat du nain. Plus loin, le chemin s'ouvrait sur un large espace, mais Araknor s'arr�ta avant de s'y avancer. Il y distinguait � sa gauche une biblioth�que en bois sur laquelle �taient dispos�s quelques ouvrages d�compos�s par les �ges ; � sa droite, un large point d'eau s'�tendait jusqu'aux parois rocheuses perdues dans l'obscurit�. Araknor se retourna vers Ark qui ne percevait rien et lui dit : " Si vous criez cette fois, c'est moi qui vous �gorge. " En effet, entre la biblioth�que et l'eau boueuse gisaient � quelques pas les corps de deux nains. Au milieu de traces de lutte, les corps �taient lac�r�s et du sang s�ch� les entourait. Il n'y avait pourtant pas trace d'ennemi. Ark fut d�compos� mais n'osa pas laisser libre cours � la nouvelle col�re l'envahissant. Cependant il �tait bien d�cid� � bondir sur les assassins de ses amis d�s qu'ils se pr�senteraient.
Araknor se d�cida � avancer. Au premier pas dans la salle, un bruit sourd retentit derri�re eux, imm�diatement suivi de ricanements mal�fiques. N�am vit alors non loin de lui deux gobelins arm�s de morgenstern et de dards qu'ils commen�aient � d�tacher de leur ceinture. Ark se pr�cipita alors vers l'int�rieur de la caverne en criant de s'y r�fugier pour mieux les combattre, mais N�am lui hurla de ne pas bouger et se jeta � sa poursuite pour le retenir, cependant il �tait trop tard. Le nain avait d�clench� un nouveau pi�ge magique et trois autres gobelins apparurent au fond de la caverne, devant Ark et N�am. L'un d'eux faisait le double des autres, en taille comme en muscles, atteignant facilement trois m�tres de haut, et Ark, pris dans son �lan, arrivait droit sur lui. Araknor et Nejma se retrouvaient face aux deux ennemis bouchant la sortie. Nejma sauta sur le premier mais celui-ci se d�fendait efficacement et entaillait les bras de l'halfelin qui esquivait tant bien que mal les attaques en tentant de saisir le cou de son ennemi. Le r�deur projeta son b�ton dans le visage du gobelin face � lui et lui transper�a la boite cr�nienne. Il allait s'occuper du second mais entendit Ark crier. Celui-ci, furieux, avait d�cid� de charger le plus gros des gobelins pour le renverser, mais d'un revers de bras l'�norme cr�ature avait projet� le nain dans l'eau. Ne sachant pas nager, Ark appelait d�sesp�r�ment au secours. N�am ne bougeait pas, bien que les trois adversaires lui faisant face sortent leurs dards pour lancer la premi�re offensive contre lui. Araknor abandonna alors Nejma � sa lutte et plongea dans l'eau glac�e afin de secourir Ark.
Nejma tenait enfin le cou du gobelin dans ses mains, n�anmoins ses bras saignaient abondamment et il n'�tait pas ais� de faire perdre son souffle � ces horreurs. Quant � N�am, il ne bougea que lorsque les trois gobelins jet�rent sur lui leurs dards. En un �clair, il en esquiva deux et parvint � saisir le dernier projectile qu'il renvoya dans le cou de son exp�diteur. Puis il fit un bon hors du commun et se retrouva sur les �paules du petit gobelin. Leur chef tenta d'�craser le moine gr�ce � son morgenstern mais N�am avait d�j� saut� de nouveau, ainsi l'arme lourde s'abattit sur le monstre, broy� sans m�me comprendre comment. N�am se retrouva de l'autre cot� de la cr�ature imposante. Il posa sa main vibrante sur le corps du chef gobelin et lui transmit la vibration. Le morgenstern s'abattit vers le moine mais trop tard, celui-ci �tant d�j� hors d'atteinte. N�am faisait maintenant face � son ennemi qui soulevait avec rage son arme dans le but d'abattre le moine immobile. Au moment o� le coup semblait devenir in�luctable, N�am cria en tendant la main vers son ennemi : " Meurs, MAINTENANT !! " Le chef gobelin stoppa net son geste, puis s'�croula, mort. |
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N�am |
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Araknor d�posa Ark �tourdi sur le sol, et Nejma �tait enfin venu � bout de son adversaire � qui il d�fon�a le cr�ne d'un unique coup de poing inflig� apr�s une courte concentration. Il s'approcha tout essouffl�, et demanda � N�am comment il avait pu tuer ainsi son opposant par sa seule parole. Son ma�tre lui expliqua : " C'est un pouvoir surnaturel qu'il est particuli�rement difficile d'acqu�rir. Tu as assist� � l'attaque de la paume vibratoire. Si la vibration est transmise, tu d�cides alors du moment de la mort de ton ennemi. " Araknor et Nejma en rest�rent impressionn�s un long moment. Cet homme �tait ais�ment venu � bout de trois adversaires, avec une parfaite confiance en soi et aucune h�sitation dans ses actes. Nejma trouva alors sa propre puissance ridicule, mais il �tait aussi convaincu d�sormais de l'utilit� de son projet.
Ils ramass�rent les torches et entreprirent de fouiller cette salle o� la caverne prenait fin. Ark �tant encore assomm�, il ne risquait pas de provoquer d'autre �v�nement intempestif. On y avait apparemment habit�, � en croire les �tag�res et la table sur laquelle reposaient des papiers frustes presque � l'�tat de poussi�re, ainsi que plusieurs fioles vides. Une malle contenait des habits, mais leur �tat n'�tait pas meilleur que le reste. Il avait d� s'�couler un temps incalculable depuis la derni�re utilisation de cette grotte. Ils termin�rent leur inspection par le lit. En soulevant le drap qui se d�composa instantan�ment, ils eurent un mouvement de recul en d�couvrant un squelette. Tr�s ancien lui aussi, il conservait dans une main un parchemin et dans l'autre une pierre plate et ronde. Ils �taient m�fiants, car la caverne leur avait d�j� r�serv� plusieurs surprises d�sagr�ables et ils ne tenaient pas � renouveler l'exp�rience. Araknor osa finalement retirer le parchemin pr�serv� de la d�composition, probablement gr�ce � un sortil�ge. Il lut � voix haute : |
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Je m'appelle Marsius, et je vais certainement mourir. Je parcourais le Plateau du Levant afin de rep�rer d'autres villages en reconstruction � la suite de cette Col�re des Dieux qui a d�cim� les Hommes.
Non loin de mon village, je d�couvris sur une colline un objet abandonn� : une pierre ronde et magnifique, d'un bleu verd�tre tr�s sombre, portant le visage de la Lune Vierge. En tant qu'apprenti mage, je ressentis une aura �manant de cette roche. Je partis alors vers cette grotte o� r�sidait un vieil ermite magicien. Je savais ses connaissances consid�rables et esp�rais qu'il puisse m'aider � identifier la pierre.
H�las, le magicien �tait mort et des kobolds avaient �tabli leur demeure en ces lieux. Je le compris trop tard, et en tentant de fuir, des kobolds barraient la sortie. En voulant les d�truire, mon sort que je ne parvins pas � lancer correctement fit s'�crouler les rochers devant la grotte, condamnant d�finitivement la seule issue.
J'ai r�ussi � me d�barrasser des kobolds pr�sents, mais l'air va bient�t me manquer si les blessures du combat n'ont pas raison de moi avant. Afin de me prot�ger si d'autres assaillants parviennent � revenir, je place deux pi�ges dans cet antre, bien qu'il me semble que personne ne puisse d�gager les rochers me coupant de la lumi�re du jour.
Comme je regrette d'avoir trouv� cette pierre qui m'a men� � la mort et dont je ne saurai rien de plus.
Marsius. |
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" Je comprends pourquoi tout est si vieux ici, dit N�am. A en croire ce texte, la grotte aurait �t� condamn�e depuis plus de cinq mille ans. Les pi�ges que ce mage a plac�s �taient certainement la trappe et les conjurations de monstres. Et voil� la pierre dont il parle. " Il la saisit des doigts du squelette. Elle occupait toute la main du moine et correspondait pr�cis�ment � la description du parchemin. Parfaitement lisse, ses reflets bleus-verts d�gageaient une aura diffuse. Sur l'une des faces se distinguait un dessin flou qu'Araknor reconnut imm�diatement : " C'est la Lune Vierge, comme le disait Marsius. " En effet, dans les ciels nocturnes d'Erakis se voyait cet astre lointain et blanc nourrissant l'inspiration de plus d'un artiste. Araknor poursuivit : " Ce travail est incroyable. Regardez combien les formes et les proportions sont respect�es. Bien que la pierre soit lisse, � la regarder, on apercevrait presque le relief de la Lune. C'est une merveille, et j'ai du mal � croire que cet objet date de plus de cinq mill�naires. "
Ark retrouva ses esprits. Les Nains des montagnes �taient r�put�s pour leur connaissance des pierres pr�cieuses et du travail qu'ils en faisaient, toutefois Ark provenait de la communaut� des Roches Vertes et ces derniers ne poss�daient pas la moiti� du savoir de leurs cousins de Melk. Araknor rangea donc la pierre et le parchemin. Ark se leva, regarda alentours et demanda ce qu'ils avaient d�couvert. Sans r�pondre, N�am conclut : " Partons, il n'y a plus rien � faire ici d�sormais " Jamais Ark ne saurait ce que le squelette tenait dans ses mains. A l'instant m�me o� ils sortirent de la grotte, un brusque souffle se r�pandit autour d'eux, pareil � une onde se propageant en un �clair et dont ils seraient � l'origine. Les chevaux se cabr�rent et hennirent ; les combattants se pr�par�rent � se d�fendre, mais rien ne suivit. La nuit �tait belle, les feuilles brunies tombaient r�guli�rement des arbres, emport�es par le vent. La Lune brillait et quelques cerfs fuyaient au loin, effray�s par l'onde inattendue. Ils s'�loign�rent de la grotte afin de dormir quelques heures avant de revenir au hameau du Tertre. Ark ne parvenait pas � se reposer et proposa de veiller sur le groupe pendant leur sommeil. Malgr� cela, le r�deur l'accompagna la nuit durant, pla�ant une confiance limit�e en l'efficacit� du nain � surveiller un campement. |
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Au hameau, Sytrien les remercia de leur aide et fournit un chariot � Ark pour qu'il ram�ne les corps chez lui. Ark prit cong� apr�s avoir r�compens� en monnaie sonnante et tr�buchante les trois aventuriers. Une fois seuls avec le pr�v�t, Araknor sortit la pierre et la lui montra, demandant s'il avait connaissance de l'existence d'un tel objet ou si, au moins, il pouvait identifier de quelle mati�re �tait faite cette roche. Sytrien n'en savait rien ; il ne put que leur dire : " Si votre route vous m�ne vers le nord, peut-�tre pourriez-vous faire halte � Verfal. Vous trouverez s�rement des gens qui pourront vous r�pondre l�-bas ; quelques magiciens y r�sident. Si votre pierre est magique comme vous le dites, ils devraient pouvoir reconna�tre l'aura qui s'en d�gage. "
Avant leur d�part, Araknor, N�am et Nejma reprirent des forces autour d'un copieux repas dans la taverne, o� le petit gnome jouait toujours de la mandoline. Ce dernier paniqua lorsqu'il vit le demi-elfe entrer, effray� � l'id�e qu'il vienne de nouveau chanter avec lui, mais cette fois Araknor mangeait plus qu'il ne buvait. Les moines devaient rejoindre le Port du Levant, au nord-est du Plateau, afin de rejoindre Ourgast. Lorsque Nejma interrogea Araknor sur ses projets, celui-ci r�pondit : - " Pour tout vous dire, je n'ai pas de but particulier apr�s l'affaire qui m'appelle � Verfal. - Quelle affaire ? La pierre ? - Non, mais je m'occuperai de cela en m�me temps. En r�alit�, j'aimerais retrouver la trace de mon p�re. C'�tait un homme nomm� Artahor Jaris, jeune soldat r�sidant au ch�teau de Verfal lorsqu'il rencontra Lia, ma m�re. Je ne l'ai jamais connu car apr�s ma naissance, il d�sira d�velopper son savoir magique afin d'occuper des postes plus importants � Verfal, ainsi il partit sur N�v�e o� se trouve l'Universit� de Magie. J'ignore ce qu'il est advenu de lui ensuite, car ma m�re et moi parcourions plus le sud du Plateau et les for�ts de L�an d'o� elle est originaire. Apr�s Verfal, je pense retourner � L�an. - Et si votre p�re �tait � Verfal ? s'enquit N�am. - Impossible, c'�tait un homme, et vu mon �ge il est forc�ment mort maintenant. Je voudrais juste savoir s'il a effectivement eu un r�le � la hauteur de ses espoirs. Mais j'y pense, ma route passe ensuite par le Port du Levant. C'est l'un des chemins pour rejoindre L�an. Si vous n'�tes pas � quelques jours pr�s, nous pourrions voyager ensemble si le c�ur vous en dit. " N�am se tourna vers Nejma qui r�pondit : " En effet nous avons du temps, et cette histoire de pierre m'intrigue aussi. N�am ? " N�am acquies�a, et quelques instants plus tard ils chevauchaient tous trois vers le nord en direction du ch�teau de Verfal. Le r�deur montait son propre cheval et les deux moines partageaient la m�me monture, Nejma ne prenant quasiment pas de place devant son ma�tre. Avant de partir, Araknor avait pris soin de charger les sacoches de gourdes et de tonnelets de bi�re, car " le voyage passera plus vite ainsi " avait-il dit avant de fredonner un air joyeux.
Plus de deux semaines �taient n�cessaires pour atteindre Verfal. Plusieurs voies y menaient, parfaitement connues d'Araknor et de N�am. Ils s'arr�taient chaque soir pour faire un feu, boire quelques bi�res et discuter d'autant plus joyeusement que la nuit avan�ait. Il n'y avait pas d'inqui�tude � avoir sur le Plateau du Levant car les brigands �taient aussi rares que les b�tes sauvages. Les voyageurs pouvaient donc savourer leur repos sans angoisse. Ils partaient d�s l'aube, lorsque le soleil caressait la plaine, traversant les feuillages et donnant � la nature les couleurs jaunes, rouges et brunes des feuilles pr�tes � suivre les caprices du vent. Seul la brise et les sabots des chevaux s'entendaient, ainsi que parfois la voix d'Araknor d�voilant son esprit de po�te, improvisant des chants selon les al�as de leur voyage. Une semaine s'�tait d�j� �coul�e et la for�t se transformait en bosquets �pars. Ils travers�rent quelques villages, s'y arr�tant uniquement pour acheter leur nourriture, car ils �taient d'accord pour profiter des nuits � la belle �toile tant que l'hiver ne les en emp�chait pas. Nejma s'en r�jouissait, n'ayant jamais dormi dehors auparavant, le climat de N�v�e ne le permettant pas.
Un soir, alors qu'ils mangeaient � l'abri d'un bois au bord de la rivi�re, N�am rassura Araknor quant au fait que Lersen, seigneur du Plateau, les recevrait sans doute sans trop de complications et sans qu'ils aient � attendre des semaines. En effet, Erakis �tant en paix, les occupations de Lersen se limitaient � v�rifier le commerce ext�rieur, parcourir ses terres et r�gler les diff�rends locaux, ainsi que de d�velopper les voies de communication sur le Plateau. Araknor paraissait pourtant encore soucieux. Les moines s'en rendirent facilement compte car il n'avait d�tach� aucun tonnelet de bi�re de son cheval. " Il y a un probl�me ? " demanda Nejma. Araknor baissa la voix et leur dit : - " Je pense qu'il faudrait s'occuper cette nuit de celui qui nous suit depuis une semaine. - Comment ? " s'�cria l'halfelin, tout en �tant assez fin pour ne pas se retourner dans tous les sens ni montrer ostensiblement sa surprise. - " J'avais quelques doutes en effet, pr�cisa N�am. Comment en �tes-vous s�r ? - Je l'entends. Il s'�loigne de nous quand nous nous endormons et joue de sa mandoline. Il en �touffe le son en remplissant son instrument, probablement de feuilles, mais certaines nuits le vent me porte les notes qu'il joue discr�tement. - Une mandoline ? Alors ce serait ce gnome qui jouait � l'auberge ? Le barde avec qui vous chantiez ? " Nejma et N�am ne purent contenir un l�ger sourire et un regard complice en repensant au chant catastrophique qu'Araknor avait fait subir au pauvre gnome. - " Il veut peut-�tre se venger, plaisanta Nejma. - Quoiqu'il en soit, il faut en avoir le c�ur net et mettre au point une strat�gie " s'empressa de dire le r�deur, d�sireux de vite d�tourner la conversation. " Nejma, votre petite taille et la discr�tion l�gendaire accord�e � votre peuple peuvent nous aider. - Je vous rappelle que je ne suis en rien un voleur ! " se rembrunit Nejma.
Une r�putation suivait en effet les Halfelins o� qu'ils aillent : certains d'entre eux voyageant dans d'autres villes qu'Ourgast profitaient de leur taille discr�te afin de voler les villageois, en p�n�trant par des endroits trop �troits pour quiconque, sauf pour ces petits �tres de moins d'un m�tre. Et puisque rares �taient les Halfelins hors d'Ourgast et que beaucoup d'entre eux avaient �t� accus�s de vol, cette image les suivait partout et chacun nourrissait � leur �gard une m�fiance plus ou moins prononc�e. Malgr� cela, tous les Ourgasiens �taient honn�tes et droits tant qu'ils restaient dans leur ville natale. Nejma s'affligeait de constater qu'une r�putation pouvait se b�tir sur certains cas isol�s, mais ce qui l'exasp�rait le plus �tait qu'on le prenne lui aussi pour un cambrioleur alors qu'en tant qu'apprenti moine, il se faisait un principe de suivre une morale sans faille, l'altruisme �tant son ma�tre mot. Apr�s s'�tre clairement expliqu� sur ce point, il accepta n�anmoins le plan d'Araknor. Nejma se cacherait sous un couvert de feuilles mortes pr�s de leur campement pendant que N�am et Araknor quitteraient les lieux normalement, une masse de tissu simulant la pr�sence de l'halfelin devant N�am. Lorsque le barde s'approcherait du campement d�sert, Nejma lui sauterait dessus en hurlant, signal pour ses compagnons de le rejoindre au plus vite. |
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Nejma |
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L'aube suivante, tout �tait en place et l'homme et le demi-elfe chevauchaient lentement. Progressivement, un bruit sourd et continu gagnant chaque instant en intensit� se fit entendre au loin, provenant du nord-ouest selon Araknor. Bien vite le r�deur reconnu le mart�lement de chevaux � vive allure, et selon ses dires ils �taient plusieurs centaines. N�am et Araknor se pr�cipit�rent hors de ce qui leur servait de route pour se cacher � l'or�e du bois, �loignant leurs chevaux et se rapprochant de la lisi�re, dissimul�s dans les broussailles. Le bruit venait vers eux, sans aucune h�sitation. Soudain d�boucha non loin une arm�e colossale galopant droit vers le sud. Ils �taient plus d'un millier en armures, couverts de v�tements gris clair et dont la plupart portaient un bouclier du noir le plus profond sur lequel figurait la Lune Vierge. A leur t�te galopait une femme d'une �trange beaut�, irradiant un charisme et une autorit� discernable au premier regard. Sa t�te nue laissait voler au vent de longs cheveux noirs ondoyant contre sa fine armure que recouvrait une cape blanche. A sa droite chevauchait un magnifique elfe noir dont la ceinture soutenait deux �p�es longues aux lames ondul�es ; � sa gauche, un cavalier portait une cape suivant un d�grad� du noir au blanc, par�e au niveau du front d'un clair de lune lilial bien visible sur le tissu t�n�breux. Une capuche camouflait son visage derri�re un voile d'obscurit� opaque. Ils pass�rent prestement devant N�am et Araknor sans les voir ; l'arm�e dans leur sillage r�unissait tant d'hommes que plusieurs minutes furent n�cessaires avant d'en voir la fin.
Araknor se sentit soudain inspir� par la beaut� de la femme et entama un po�me, mais N�am poussa soudain un cri d'inqui�tude. L'arm�e allait passer � quelques m�tres de Nejma. Le bois �tait m�me assez ouvert pour qu'une partie des chevaux y galope. Cependant, il ne servait � rien de se pr�cipiter, d'ailleurs si Nejma devait �tre pi�tin�, ce serait d�j� fait. Apr�s un court moment d'attente insupportable, Araknor et N�am saut�rent sur leurs montures et rejoignirent au plus vite leur campement de la veille. Le sol t�moignait en effet d'un passage r�p�t� de dizaines de chevaux, et N�am se pr�cipita vers l'endroit o� ils avaient cach� Nejma. Plus personne ne s'y trouvait. Ils en furent autant rassur�s qu'inqui�t�s car malgr� leurs appels, Nejma restait introuvable. Araknor tenta de lire les traces au sol mais la terre �tait trop brass�e pour laisser appara�tre le moindre indice. Ils attendirent plus d'une heure sans entendre autre chose que les plaintes du vent d'automne, puis d�cid�rent de poursuivre leur route vers Verfal.
N�am parla peu les jours suivants. Ayant pass� une ann�e � former Nejma, il s'y �tait d�j� beaucoup attach�. Qui plus est, il ne savait plus quoi faire maintenant qu'ils �taient s�par�s, car il pouvait difficilement se rendre � Ourgast en tant que moine formateur sans son ami. Araknor le coupa dans ses r�flexions en l'interrogeant sur cette arm�e inconnue marqu�e du signe de la Lune Vierge. N�am n'en savait rien. La pr�sence d'une telle force sur Edara, et m�me sur Erakis, restait inconcevable. Les deux seules forces militaires d'Erakis �taient celles de Verfal sur Edara et celle d'Ystria sur L�ole, le continent au-del� de la mer. Et ces arm�es se trouvaient limit�es en nombre, l'une ne devant pas d�passer l'autre. Ce d�cret avait �t� pris d�s la cr�ation du Conseil d'Erakis, en l'an 5205. Ce conseil r�unissait chaque ann�e les dirigeants des diff�rentes contr�es afin de s'assurer de la p�rennit� de la paix, et de s'informer mutuellement des �volutions de chacun des continents et de leurs communaut�s. Depuis un peu moins de trois cents ans, ce conseil avait su prendre des d�cisions respect�es par tous car servant la cause g�n�rale. C'est pourquoi il �tait troublant de voir appara�tre une arm�e � l'effectif trop important pour pouvoir �tre ignor�e des grands seigneurs. Et si eux en avaient connaissance, leurs peuples auraient d� en �tre inform�s aussi. Les deux cavaliers y virent une raison de plus d'aller trouver Lersen au plus vite afin d'obtenir des informations � ce sujet. Le reste du voyage se passa sans encombre, bien que l'ambiance ne soit pas � la d�contraction, d'autant que le temps devenait toujours plus gris et froid. Ils multipliaient les arr�ts et prolongeaient leurs pauses dans l'espoir que Nejma les rattrape, si tant est qu'il soit encore apte � le faire, mais ces retards volontaires �taient vains et les voyageurs mirent presque le double du temps n�cessaire pour enfin arriver aux environs de Verfal en d�but d'apr�s-midi. Depuis la veille, une brume �paisse glissait sur le Plateau du Levant. Les champs rempla�aient les arbres et quelques charrettes se rencontraient plus fr�quemment, n'apparaissant qu'au dernier moment � travers la brume.
De nombreuses maisons et commerces entouraient le ch�teau aux abords des falaises du nord du Plateau, et une grande agitation y r�gnait, notamment gr�ce au march� qui r�unissait la plupart des paysans alentours. Jusqu'au coucher du soleil, les commer�ants vantaient leurs produits et des chariots venaient les approvisionner des diff�rents villages. Certains marchands semblaient furieux et rangeaient leurs �talages vides. D'autres, qui avaient d�j� pli� bagage, �taient r�unis et partageaient une conversation agit�e. Des gardes y �taient m�l�s et se querellaient avec les vendeurs. N�am et Araknor approch�rent et �cout�rent les r�primandes des uns et des autres. Un gros homme criait aux gardes : - " Mais comment voulez-vous que je vive si je n'ai plus rien � vendre ? - Nous le savons bien, r�pondit le garde, mais qu'y pouvons-nous si vos charrettes n'arrivent plus ? - Vous devez aller voir ce qu'il se passe ! - Une troupe est d�j� partie, elle reviendra bient�t, nous ne pouvons rien faire de plus pour le moment. Alors cessez de semer le trouble en ces lieux sinon nous emploierons des m�thodes plus fortes. " Les marchands d�sesp�r�s et m�contents se s�par�rent en grognant et en poussant quelques derni�res exclamations.
N�am s'approcha de l'un des gardes et lui demanda d'o� provenait cette agitation. Le garde lui expliqua que depuis quelques jours, certaines charrettes n'arrivaient plus au march�. Ces marchandises devaient provenir de l'ouest de la province ainsi que du port. Les commer�ants ne gagnaient donc plus d'argent. La route avait pu subir des d�g�ts � cause des vents violents des derniers jours ou les convois se trouvaient peut-�tre ralentis par la brume, mais les paysans s'affolaient et avaient r�clam� qu'une troupe aille v�rifier. Ils l'attendaient sous peu. " Et le seigneur Lersen sait-il qu'une arm�e autre que celle du Plateau parcourt ses terres ? " demanda Araknor, devinant un moyen de rencontrer Lersen facilement. Le garde fut stup�fait de cette annonce et peinait � y croire. Il accepta apr�s un moment de r�flexion et quelques pi�ces d'or de les accompagner jusqu'au seigneur, bien que celui-ci soit en pleins pr�paratifs de d�part. Ils p�n�tr�rent dans l'enceinte du ch�teau, d�couvrant plusieurs b�timents sans �tage, forges, cuisines et �curies entre autres, ainsi qu'une haute et large tour ronde centrale, aux murs extr�mement �pais � en juger par la profondeur des meurtri�res. Il �tait curieux que ce donjon soit � ce point �pais et solide, comme pour pouvoir supporter n'importe quel projectile en cas de guerre, alors que le Plateau du Levant et � plus forte raison le ch�teau de Verfal n'avait jamais subi d'attaque.
Ils furent guid�s dans la tour apr�s qu'Araknor eut d�pos� son b�ton et son arc, et ils y d�couvrirent une salle immense et magnifique, o� s'agitaient nombre de servantes installant des tables pour un grand banquet. Des centaines de chandelles illuminaient la pi�ce et une superbe fontaine de verre en forme d'oiseau, � l'architecture surprenante et exotique, d�versait une eau dont le parcours apparaissait au travers du verre. C'�tait un ouvrage admirable, et Araknor ne put s'emp�cher de s'en approcher. Il distingua, grav� dans le verre et color� d'encre noire, un symbole inconnu repr�sentant un serpent. Il fut vite rappel� � l'ordre par le garde qui les accompagnait et abandonna � contrec�ur son observation. Ils mont�rent des escaliers en colima�on, travers�rent ainsi la salle du tr�ne garnie de statues repr�sentant des guerriers imposants, probablement de la lign�e de Lersen. Des tapis portant l'insigne du Plateau du Levant s'y trouvaient, et au fond de la pi�ce s'entrevoyait la m�me fontaine de verre que dans la salle du banquet. Leur ascension se poursuivit jusqu'� la salle du conseil o� le garde s'annon�a avant de faire p�n�trer les �trangers. Cette vaste salle comprenait de lourdes biblioth�ques aux nombreux ouvrages, de longues tables dispos�es en U, une autre fontaine de verre, et une haute chemin�e de pierre aux c�t�s de laquelle �taient suspendues plusieurs cartes, dont un plan minutieusement d�taill� du Plateau du Levant.
Lersen �tait un grand homme, aux cheveux denses lui tombant sur les �paules. Il arborait un air avenant et on devinait � son regard un homme franc et honn�te. Un mage en robe rouge et aux traits fins se trouvait � ses c�t�s. Lersen s'approcha de l'homme et du demi-elfe qui s'agenouill�rent devant ce seigneur respect� n'ayant plus besoin de se pr�senter. Il fit s'avancer son compagnon en annon�ant : " Armil Jaris, mon conseiller, mage-guerrier. " Araknor se releva d'un bon en s'exclamant : " Jaris ?! " Lersen eut un mouvement de recul tant il fut surpris par une telle r�action, et il n'e�t pas m�me le temps de lui demander une explication qu'Araknor encha�na : " Vous r�pondez d�j� presque � ma plus importante question. " Il avait un grand sourire aux l�vres, et il d�clara heureux et fier : " Voici mon compagnon, N�am ; quant � moi, je suis Araknor Jaris, fils d'Artahor Jaris et de Lia, elfe de L�an. " Ce fut au tour d'Armil de devenir blanc de surprise. Il observa le r�deur et dit : " Votre ressemblance ne trompe pas. C'�tait mon grand-p�re� Je suis donc votre neveu ! " Lersen partit alors d'un fou-rire. " Eh bien, pour une rencontre inattendue ! " Araknor leur expliqua alors qu'il d�sirait conna�tre le parcours de son p�re, et le seigneur le lui expliqua : " Apr�s son retour de l'Universit� de Magie, Artahor se r�v�la �tre un guerrier-mage tr�s exp�riment�. Il servit mon propre grand-p�re, et depuis ce temps les descendants d'Artahor Jaris deviennent mage-guerriers et sont les conseillers de ma lign�e. Et je dois dire que c'est une bonne chose ! " Il lan�a un regard complice � Armil, exprimant toute l'amiti� qui les unissait. " Ecoutez, continua-t-il, je vous invite � partager notre repas ce soir. Nous f�terons vos retrouvailles et nous parlerons de vous, vous me plaisez. En attendant, je dois finir mes pr�paratifs pour le Conseil d'Erakis. " Puis il s'adressa � Armil : - " Veux-tu bien t'occuper d'interroger l'halfelin ? - L'halfelin ? sursauta N�am. - Oui, un petit voleur qui essayait de grimper aux murailles du ch�teau pour y p�n�trer. Lorsque nous l'avons attrap�, il criait pour se justifier qu'il cherchait des amis ! " Lersen fut pris d'un nouveau fou-rire en imaginant ce petit �tre tendre la main vers les soldats du ch�teau en leur demandant s'ils voulaient devenir ses amis. - " Mais il avait raison ! s'�cria N�am. Nous nous sommes perdus et il savait que nous viendrions vous voir. Les gardes n'ont pas d� accepter de le laisser entrer et il aura essay� de nous rejoindre tant bien que mal. - D�cid�ment, r�pondit Lersen, amus�, vous �tes plein de surprises. Allons, allez donc le chercher et rejoignez-nous ce soir. " |
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N�am et Araknor, r�jouis de retrouver leur ami, en oubli�rent le reste. Ils trouv�rent Nejma dans les ge�les du ch�teau o� il �tait le seul prisonnier. Ce fut certainement lui le plus soulag� de retrouver ses compagnons. Une fois laiss�s � eux-m�mes dans la cour du ch�teau, Araknor ne put s'emp�cher de plaisanter : - " Alors monsieur le petit moine, on grimpe aux murs comme un voleur ? - Depuis deux jours je me fais traiter de voleur, je n'en peux plus ! Je croyais que vous �tiez � Verfal depuis longtemps. - Nous avons tard� sur la route en t'attendant au cas o� tu pourrais nous rejoindre, dit Araknor, mais raconte-nous plut�t pourquoi et comment tu as disparu. - Eh bien, je me trouvais donc cach�, lorsque j'ai senti sur le sol des vibrations de plus en plus fortes. Quand je compris que des centaines de chevaux arrivaient dans ma direction, je suis sorti pr�cipitamment de ma cachette et fus surpris par le barde qui s'approchait. Il se mit � fuir et j'ai tent� de le rattraper, mais il se d�pla�ait vite bien que sa mandoline le g�n�t dans sa course. Il m'entra�na dans les bois et apr�s un long moment de poursuite, il tomba et je me ruai sur lui, cependant il joua � la h�te trois notes de son instrument et disparut. J'avais perdu sa trace, et mon chemin par la m�me occasion. En essayant de revenir sur mes pas, je r�alisai que je m'�tais �gar�. J'ai finalement crois� un village o� j'ai achet� un poney afin de rejoindre Verfal au plus vite. Pensant que vous �tiez au ch�teau et ne pouvant y p�n�trer, j'ai tent� d'escalader mais les gardes m'ont surpris. Vous connaissez la suite. - En effet. Quant au barde, c'est curieux, je ne savais pas que certains d'entre eux ma�trisaient aussi la magie. Et vous Araknor ? Araknor ? " Mais Araknor, pouss� par sa curiosit� vers la fontaine de verre, tournait autour en l'observant sous tous les angles. Quand il revint vers les moines, il d�clara, en ouvrant les bras comme pour les y accueillir : " Mes amis, je retrouve un parent, nous voil� r�unis, nous sommes entour�s d'objets merveilleux et un somptueux repas nous attend. Nous allons f�ter cela dignement ! "
Les chevaliers, mages et autres personnages notoires de la ville commenc�rent � affluer, emplissant la salle du banquet petit � petit. Tout �tait pr�t, de la table et des mets fumants qui y reposaient aux hommes et demi-elfes bardes jouant une musique des plus agr�ables. Avant de s'installer � table, Araknor demanda � Armil quel �tait ce signe en forme de serpent figur� sur les fontaines de verre. - " C'est l'embl�me de Sable, une ville d'Hommes perdue dans le d�sert du nord d'Edara. Elle est r�put�e pour les objets et armes magiques qu'elle produit. Sa principale mati�re premi�re est le sable, qu'ils ont appris � travailler et � transformer en verre ou en cristal, et certainement aussi en d'autres mat�riaux dont nous ne soup�onnons pas m�me l'existence. H�las, c'est une ville interdite. Il est aussi dit que Sable est invisible. Plus d'un ont tent� de la trouver mais ils sont rentr�s bredouille, lorsqu'ils sont revenus� - Comment assurent-ils leur commerce alors ? - Par leurs Marchants Itin�rants ; ce sont eux qui pr�sentent leurs produits ou enregistrent les commandes, puis ils assurent eux-m�me les livraisons. On en voit souvent � Verfal, mais pas ce soir. " Le r�deur en resta fort intrigu�, toutefois bient�t, tous furent install�s � leur place et il ne pensait plus qu'aux nombreux pichets et � toute cette savoureuse nourriture dispos�e devant lui. A la gauche de Lersen se succ�daient Armil, Araknor, une femme en �paisse robe diapr�e, aux longs cheveux ch�tains, ondul�s et volumineux, et enfin Nejma, suivi de nombreuses autres personnalit�s. A la droite du seigneur se trouvaient son �pouse et N�am, puis plusieurs hommes, elfes ou demi-elfes. Araknor buvait autant les paroles de son neveu lui parlant d'Artahor que nombre de verres des vins d�licieux. La femme � c�t� de Nejma se trouvait �tre Lina�lle, une pr�tresse de la D�esse des Vents, la seule de la race des Hommes � �tre convertie � la religion de H�ze. Enfant, elle fut abandonn�e sans raison apparente par ses parents au sein des for�ts de H�ze. Les Gnomes la d�couvrirent et la recueillirent, assurant aussi son �ducation, principalement religieuse. Une fois pr�tresse, elle revint parmi les Hommes pour leur prodiguer soins et protection, et tenter de les convaincre que les Dieux r�sidaient toujours sur Erakis. Sa magie constituait la preuve de son assertion, les pr�tres ne faisant qu'emprunter une force divine. Depuis son abandon, Lina�lle avait acquis un caract�re fort et r�solu qui pouvait la rendre intimidante de prime abord, avant que ne se d�voile son affabilit�. Se sentant investie de la mission d'�veiller ses semblables � sa croyance, elle alternait entre s�jours � Verfal et visites chez les Gnomes afin de parfaire son savoir, ce qui lui valait, outre une r�putation d�passant les limites d'Edara, une grande ma�trise de ses pouvoirs. Elle tenta de lancer la conversation avec l'halfelin en lui disant amicalement : " Alors c'est vous le voleur ? ", mais Nejma soupira de d�pit sans r�pondre. |
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Lina�lle |
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Pendant ce temps, N�am avait pr�f�r� ne plus attendre et parler � Lersen de l'arm�e inconnue. Le seigneur fut abasourdi d'apprendre qu'une arm�e non identifi�e parcourait le Plateau. Le symbole lunaire ne lui �voquait rien et aucun �l�ment du pass� ne faisait allusion � une telle arm�e. Lersen peinait � y croire et semblait soudain soucieux. Ces cavaliers venaient soit du nord-est, mais les Elfes de L�an l'auraient pr�venu, soit du Port du Levant, auquel cas l� aussi des hommes � lui auraient d� se manifester. A cela s'ajoutaient les chariots de marchandises n'arrivant plus, justement de cette direction. N�am d�tailla leur parcours depuis la grotte du vieux mage o� ils avaient d�couvert cette pierre magique portant elle aussi la marque de la Lune Vierge. Le moine fut surpris d'apprendre que le souffle engendr� � leur sortie de la grotte fut ressenti jusqu'ici et par tous. Armil examina la pierre apr�s qu'Araknor soit difficilement parvenu � la sortir de sa poche, la vue troubl�e par l'alcool, mais le mage-guerrier ne put rien d�terminer, pas m�me la nature de la roche. Lersen conseilla alors � N�am de rendre visite au Ma�tre de Magie qui aurait s�rement une r�ponse. De plus il r�sidait sur N�v�e, dans son Universit� de Magie, et les moines se rendaient justement sur ce continent.
Tout le monde, sauf peut-�tre certains paysans et quelques rares communaut�s v�ritablement isol�es, connaissait de nom le Ma�tre de Magie. Ce personnage mythique n'avait pas d'�ge. Il vivait d�j� des centaines d'ann�es auparavant et vivrait, selon les dires, apr�s que tous les hommes aient quitt� ce monde. Il �tait r�put� pour sa sagesse et participait lui aussi au Conseil d'Erakis bien que n'�tant ni seigneur ni roi. Son Universit� attirait tous les mages, car sa ma�trise des sortil�ges s'av�rait illimit�e. Enfin, il occupait aussi le r�le de conseiller personnel du seigneur d'Ystria, et cette ville �tait connue pour les embellissements enchanteurs qu'il y avait apport�s.
Le repas termin�, chacun vaquait � ses occupations. Certains s'�taient assembl�s en groupes et devisaient gaiement, Nejma observait les bardes, m�fiant, Araknor essayait sa nouvelle pipe dont Armil lui avait fait cadeau. Il �tait vautr� dans un coin, pr�s de la fontaine, riait par intermittence et r�citait � Lina�lle des po�sies fuligineuses ; la t�te lui tournait fortement et il articulait � peine. Quant � la pr�tresse, elle riait de l'�tat du pauvre r�deur et lui resservait du vin de temps en temps.
N�am se trouvait avec Lersen et Armil, dans la salle du conseil. Ils parlaient de l'arm�e inconnue, et N�am tentait de d�crire le plus pr�cis�ment possible ceux qu'il avait observ�s. Lersen regardait dehors par la meurtri�re, d'o�, sans cette brume, il pouvait voir jusque loin au sud les �tendues du Plateau. Soudain il l�cha son verre qui se brisa au sol. Sa bouche �tait grande ouverte, le regard riv� sur l'ext�rieur, et il ne disait mot. Armil et N�am accoururent et d�couvrirent avec stup�faction des dizaines, puis des centaines de cavaliers sortir de la brume. Ils rev�taient presque tous des manteaux ou des armures d'un gris p�le les rendant � peine discernables et leur donnant des allures de spectres ; la troupe de t�te poss�dait des boucliers noirs orn�s du dessin de la Lune Vierge. N�am reconnut imm�diatement la femme dans sa cape blanche, entour�e de l'elfe noir aux deux �p�es � ses c�t�s et de celui au visage dissimul� derri�re un voile d'obscurit�. Ils �taient maintenant un nombre incalculable aux portes du ch�teau, trouvant de la place o� ils pouvaient entre les habitations. Des gardes affol�s arriv�rent dans la salle du conseil, et Lersen leur ordonna de fermer toutes les portes et de prendre place sur les murailles. La plupart des villageois dormaient ou venaient de fermer leurs volets. Armil informa Lersen que l'arm�e s'�tait r�pandue aussi � l'est et � l'ouest, les cernant compl�tement. En effet, la partie nord du ch�teau de Verfal donnait directement sur la falaise, pr�cipice infranchissable. N�anmoins aucune arme de si�ge n'�tait visible, et Lersen savait qu'ils ne pourraient ainsi p�n�trer uniquement par la force.
" N�am, restez ici, ordonna Lersen. Armil, accompagne-moi au sommet de la tour, nous allons leur parler. " Dans la salle du banquet, tous s'affolaient, sauf Araknor qui dormait profond�ment, allong� sur le sol. De nombreux gardes et quelques magiciens s'�taient post�s dans la cour du ch�teau, entre la tour et le portail. Un silence pesant r�gnait, tous attendaient. Lersen apparut et aussit�t la femme prit la parole. Elle cria : - " Lersen, seigneur de Verfal, livrez-nous les �trangers que vous abritez et votre ch�teau restera debout. - Je ne connais dans ce ch�teau aucun �tranger, je n'y vois que des amis et des membres de familles estimables. Vous connaissez mon nom, pourtant j'ignore celui de celle qui nous menace et qui donne des ordres sur ma propre terre sans m�me s'�tre annonc�e. - Je suis Heka, et l'arm�e de la Lune est � mes ordres. Sachez aussi que d�sormais j'irai o� bon me semble et que personne n'est habilit� � m'ordonner quoi que ce soit. - Et qu'ont bien pu faire ces voyageurs de si pr�judiciable pour qu'une arm�e enti�re vienne ainsi les qu�rir avec tant d'impatience en mena�ant la paix qui r�gne ici depuis plus de cinq mill�naires ? - Ils d�tiennent un objet qui est n�tre. Qu'ils nous le livrent et vous aurez la vie sauve. - Votre chantage ne m'impressionne pas. D�posez les armes et entrez en amis, nous tiendrons un conseil. Sinon, tournez les talons et disparaissez ! "
A ces mots, Heka leva la main vers l'entr�e du ch�teau, un �clair jaillit de ses yeux et la porte comme la herse vol�rent en �clat, d�couvrant de l'autre c�t� les combattants de Verfal pr�ts au combat. Lersen hurla " A l'assaut ! ", et ce fut la ru�e. En une seconde, les archers lib�r�rent leurs fl�ches vers Heka qui d�tourna les projectiles d'un geste de la main. Les chevaliers se pr�cipitaient dans la masse grise des adversaires et d'abominables cris retentissaient d�j�. Alors que les lumi�res des incantations naissaient des deux camps et embrasaient le ciel nocturne d'explosions et d'�clairs, les maisons s'enflammaient et les villageois qui en sortaient mouraient sur-le-champ. Lersen et Armil se pr�cipit�rent dans la tour et y trouv�rent le moine. Lersen lui fit signe de le suivre et tous se rendirent en courant dans la salle du banquet. A peine arriv�, il ordonna : " Que tous ceux capables de se battre se pr�parent. Que les femmes fassent bouillir de l'huile et s'arment par la suite. N�am, r�unissez vos compagnons et suivez-moi. Lina�lle tu viens aussi. Armil, tiens bon, je te rejoins sous peu. "
Araknor dormait toujours et rien ne semblait pouvoir le r�veiller. Lina�lle jeta un sort pour all�ger le corps du r�deur puis le hissa sur ses �paules et le porta jusqu'� la salle du conseil. Nejma et N�am les suivaient. Lersen d�gaina son �p�e et s'approcha de la carte du Plateau du Levant en chuchotant : " Faites que mon p�re ait dit vrai ! " Il planta sa lame dans la carte, sur le ch�teau de Verfal, et un d�clic se fit entendre. La lourde chemin�e de pierre venait de basculer, r�v�lant un passage. Il dit alors : - " Fuyez. Cette issue n'a jamais �t� utilis�e mais elle doit selon mes anc�tres d�boucher au bas des falaises. Lina�lle, emm�ne-les � Melk au plus vite et pr�viens Sharkan et les Nains. - Et si nous leur donnions l'objet ? demanda Nejma. Il doit s'agir de cette roche en forme de lune, les conflits peuvent cesser ! - Il est trop tard, r�pondit Lersen. Ils veulent nous d�truire. Alors gardez au moins cette pierre, qu'ils ne l'aient pas ! " A cet instant un tremblement fit vibrer la tour. La porte inf�rieure venait d'�tre pulv�ris�e, et Armil se jeta dans le combat. " Partez maintenant ! " conclut Lersen en tendant une arbal�te � Lina�lle. Il leur donna des torches et se rua dans les escaliers apr�s avoir jet� une bourse remplie � Lina�lle. La chemin�e se refermait lentement, et au dernier instant N�am retourna dans la salle. Nejma s'affola : - " Que faites-vous ? - Je reste pour combattre. Si je le peux je vous rejoindrai � Melk. Nejma, prends la pierre sur toi, ce sera plus prudent que de la laisser � Araknor. - Ma�tre ! " hurla l'halfelin, mais la chemin�e �tait d�sormais close.
Nejma et Lina�lle se trouvaient dans un �troit couloir suivant la courbe de la tour, descendant entre deux �paisseurs du donjon. " Voil� pourquoi ces murs sont si �pais " pensa Nejma. Ils d�valaient les marches, et � plusieurs reprises ils manqu�rent de recevoir sur la t�te des pierres de la tour en cours de destruction. Une intense cacophonie r�gnait au-dehors entre les hurlements, les d�flagrations et les chocs des armes. Le passage s'enfon�ait toujours plus loin dans la terre et semblait ne pas avoir de fin. A mesure de leur descente les bruits devenaient plus sourds, plus lointains, et ils devinaient qu'ils se trouvaient maintenant bien en dessous des fondations de Verfal. Nejma peinait avec ses petites jambes et Lina�lle portait un lourd fardeau. Soudain, m�me � leur profondeur fut ressenti un terrible tremblement. La gorge de la pr�tresse se serra, car Lina�lle comprit que la tour de Verfal venait de s'effondrer. Plusieurs rochers s'engag�rent dans les escaliers mais furent vite arr�t�s par l'�troitesse du tunnel.
Apr�s d'interminables minutes, la descente prit fin et ils d�bouch�rent sur une immense caverne naturelle. En hauteur comme de tous c�t�s, l'obscurit� ne laissait rien entrevoir sinon quelques gigantesques stalactites de pierre descendant leur pointe fine et ac�r�e assez bas pour �tre �clair�es par les torches. Ils avan�aient avec pr�caution, le son de leurs pas r�sonnait entre le relief des roches. Un peu plus loin, ils d�couvrirent deux statues de pierre. L'une repr�sentait un beau et massif tigre aux longs poils ; l'autre figurait un homme agenouill�, apparemment un magicien, devant un autre homme, tr�s grand, coiff� d'un couvre-chef sur lequel reposait un l�zard au dos couvert de pointes. Lina�lle, connaissant les �critures anciennes, parvint � d�chiffrer l'inscription grav�e sur le socle : " Moi, Verfal, remercie Naos le Dieu du Savoir de m'avoir ouvert l'esprit et montr� les V�rit�s " Naos �tait donc l'homme au chapeau, et il pointait son index, le bras tendu, comme pour envoyer Verfal en mission. Lina�lle d�posa Araknor et partit observer les alentours, laissant Nejma perdu dans ses tristes pens�es concernant son ma�tre. Il fut vite clair qu'il n'y avait aucune sortie, bien que de l'air parvienne en ces lieux. Cette circulation s'effectuait par d'�troites galeries reliant la vo�te � l'ext�rieur, bien trop hautes pour �tre atteintes. La pr�tresse scruta les murs un long moment, mais le p�rim�tre de la grotte �tait trop important pour tout examiner en d�tail. Nejma quitta ses r�flexions et tenta de r�veiller Araknor. Auparavant, il r�cup�ra la pierre dans la poche du r�deur et la glissa sous ses habits. Araknor restait impassible, cherchant inconsciemment la meilleure position pour son sommeil.
Lina�lle porta son attention sur les statues et commen�a � v�rifier si celle des deux hommes ne cachait pas de m�canisme. Nejma demanda alors : " Qui est ce Verfal ? " La pr�tresse continuait de parcourir la statue en lui r�pondant : - " Selon la l�gende, Verfal est un mage qui v�cut avant la Col�re des Dieux, c'est lui qui fit construire ce ch�teau. Depuis lors, les descendants de Verfal sont les seigneurs du Levant. Lersen est de cette lign�e. Le ch�teau reconstruit apr�s la Col�re des Dieux n'avait plus subi de d�g�t depuis l'aube de l'Ath�nit�. - l'Ath�nit� ? - C'est ainsi que l'on nomme l'�re suivant le D�init�, Temps des Dieux. La fin de la Col�re des Dieux en est le d�but. - Je me rappelle en effet que l'an 0 d�buta apr�s le cri qui mit fin aux catastrophes naturelles. Car c'�tait bien de cataclysmes qu'il s'agissait, et non d'un r�el ch�timent des Dieux, n'est-ce pas ? - La seule chose dont je sois s�re, c'est que les Dieux, ou H�ze tout du moins, se trouve toujours sur Erakis et veille sur les Gnomes et sur ses serviteurs. Aussi� "
Elle allait continuer de parler, aimant � d�fendre sa religion et sa D�esse, cependant elle s'�tait approch�e du tigre et lui manipulait la m�choire. Sous ses doigts, la pierre devenue plus mall�able, plus chaude, fut soudain anim�e de mouvement. Le tigre prit vie et sauta sur sa proie toutes griffes dehors. Nejma se pr�cipita et sauta sur le dos de l'animal pour l'assener de coups, mais la b�te se cabra, projetant le moine � quelques m�tres et permettant � Lina�lle de se lib�rer de son �treinte. La pr�tresse incanta sans attendre et un bouclier flou apparut devant elle puis disparut aussi vite. Elle rejoignit l'halfelin en criant : " Araknor ! Araknor r�veillez-vous ! " Mais cela n'y fit rien. Le tigre faisait face � ses deux adversaires ; plut�t que d'attaquer, il poussa un hurlement terrifiant pendant que la fourrure de son visage se r�tractait jusqu'aux oreilles, offrant une vision d'horreur que peu parvenaient � supporter. Ils affrontaient un krenshar, dont la sp�cialit� �tait d'effrayer ses victimes afin de leur faire perdre leurs moyens. Nejma devint d'ailleurs comme fou et fuyait dans la salle, courant sans but sinon d'�tre loin du krenshar. Lina�lle, dont la sagesse agissait comme une protection contre l'effroi inspir�, avait charg� un carreau d'arbal�te et le tira dans l'un des yeux de l'animal. Furieux et borgne, ses griffes se referm�rent sur la femme qui tomba au sol, brisant sa seule arme. Un corps � corps sanglant s'engageait alors que Lina�lle ne savait pas se battre � mains nues. Elle ne pouvait que se d�gager un court instant avant d'�tre rattrap�e et de nouveau plaqu�e au sol. Les griffes du krenshar lui d�chiraient les �paules. Elle se croyait perdue, lorsqu'elle vit au plafond ce qui pouvait la sauver. Elle se concentra pour prononcer quelques mots et la base de la stalactite de pierre les surplombant s'affina jusqu'� se d�tacher. Au dernier moment, Lina�lle se d�gagea et le krenshar fut transperc� par le pic ac�r� tomb� droit sur lui.
La pr�tresse soupira de soulagement et commen�a � soigner ses blessures. Nejma quant � lui avait recouvr� ses esprits et revenait, d�sol� de son inutilit�. Araknor dormait toujours, mais Lina�lle comptait bien que cela cesse. Elle pla�a sa main au-dessus du demi-elfe et de l'eau en jaillit, arrosant abondamment Araknor qui sursauta et prit imm�diatement sa t�te entre les mains en geignant, affubl� d'un terrible mal de cr�ne. - " Vous allez le remettre en forme ? " demanda Nejma. - Non, que cela lui serve de le�on � l'avenir. M�me si j'ai ma part de faute en lui ayant servi quelques verres, il s'�tait d�j� bien amoindri sans moi. - En attendant, nous sommes toujours enferm�s. - Enferm�s ? " grogna Araknor, qui ouvrit enfin les yeux pour constater qu'il avait probablement loup� quelque chose. Ils lui expliqu�rent sommairement la situation, et il aper�ut les statues. Au loin, on ne voyait toujours pas les murs � travers l'obscurit�. Araknor dit na�vement : - " Et l�-bas, l� o� pointe le doigt de Ni� Naro� - Naos, corrigea Lina�lle. Il n'y a qu'un mur dans cette direction. - Mais oui ! " cria Nejma en s'enfon�ant dans l'obscurit� vers la direction indiqu�e par le doigt. " Verfal remercie Naos de lui avoir montr� les v�rit�s. Peut-�tre la v�rit� est-elle en partie une porte cach�e� " T�tant les roches et ses anfractuosit�s, il sentit une pierre mobile, et la d�pla�ant, une partie du mur avan�a d'un cran. " Bien jou� mon p'tit voleur " lui dit Lina�lle. La roche bascula, laissant p�n�trer les faibles lueurs de l'aube.
La brume s'�tait dissip�e. Ils se trouvaient dans la for�t, au pied des falaises du Plateau du Levant. Quelques morceaux de la tour et des remparts gisaient ci et l� au pied des falaises, parsem�s de corps alli�s et ennemis reposant sur ou sous les pierres. Au niveau de Verfal s'�levait une fum�e dense et noire. Aucune clameur ne s'entendait. R�alisant vraiment l'ampleur de la trag�die, Araknor tomba � genoux, le c�ur bris�. En observant les ennemis tomb�s des falaises, ils y d�couvrirent outre des hommes des cr�atures humano�des dont des gobelours et des gnolls. Ces derniers ne se trouvaient qu'en dehors des territoires habit�s. Il �tait �tonnant de les voir dans une arm�e, mais l'existence m�me de cette arm�e �tait d�j� inconcevable. Les trois fuyards se retrouvaient donc en terrain sauvage, sans nourriture ni monture, d�pourvus d'arme, tr�s loin de Melk. Le Port du Levant certainement d�truit, la route vers L�an probablement surveill�e, les affluents du Sylvin�sl interdisant l'acc�s de la for�t de H�ze, les montagnes de Melk restaient leur seule �chappatoire. |
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2005 � Julien Jay |
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