Personne ne parla pendant un long moment. Tous �taient encore sous le choc, et sans l'avouer, ils �taient effray�s de tomber de nouveau nez � nez avec un navire ennemi.
Sy�, pench�e sur Sharkan d�barrass� de son armure, pensait tout haut :
- " Heureusement, je n'ai envoy� qu'un sort de rayon affaiblissant contre Sharkan. Il s'en remettra sous peu, mais les coups qu'il a re�us et le poids de son armure devenu insupportable l'ont affaibli et assomm�. J'ai n�anmoins plus peur pour Lina�lle, elle semble tr�s mal en point. Malgr� cela nous avons une chance incroyable de nous en �tre sortis vivants.
- Ce n'est pas de la chance, dit Nejma. Tu nous as sauv�s Sy�. Sans toi nous serions tous morts.
- D'ailleurs, continua Araknor, la magie que tu as lib�r�e est d'une puissance hors norme. Je ne crois pas avoir rencontr� dans ma vie de magicien capable de lancer un sort d'invisibilit� supr�me sur tout un groupe. J'en tire deux conclusions : pour acqu�rir un tel pouvoir, d'une part tu as suivi les cours de l'Universit� de Magie, et d'autre part tu as brillamment r�ussi en devenant un mage exemplaire. Le Ma�tre de Magie te conna�t sans aucun doute.
- Encore faut-il que nous arrivions jusqu'� lui, se rembrunit Nejma.
- Nous y arriverons, r�pondit Sy� d'une voix douce. Nous n'avons pas le choix. Pour nos amis, pour Edara, et pour ma m�moire. Gardons confiance. Regardez Aspial, il a peur et est empli de tristesse, ne sachant que vaguement o� il nous emm�ne, pourtant il ne se plaint pas, alors suivons son exemple.
- Tu as raison, reprit l'halfelin, et aidons-le � ne pas perdre espoir, car nos vies sont entre ses mains d�sormais ; il est le seul � conna�tre le chemin de Centre, m�me si pour l'instant nous ignorons o� nous sommes. D'ailleurs, nous aurions pu interroger un de nos ennemis � ce sujet, ou � propos d'Heka et de son arm�e� Mais au fait ! "
Nejma fouilla son habit et en sortit un parchemin.
- " Voici ce que j'ai trouv� sur le corps de l'elfe noire avant de partir, je n'ai pas encore eu le temps de l'ouvrir.
- Au fait, tu n'aurais pas r�cup�r� son �p�e par hasard ? demanda le r�deur. Maintenant que j'y pense, elle �tait certainement magique.
- Non, d�sol�, les armes n'attirent que peu mon regard et mon attention.
- Tant pis, soupira Araknor. J'essayerai d'y penser la prochaine fois. Mon �p�e est sur le point de se fendre. Mais oublions... lis-nous donc le parchemin.
F�losyle,

Heka part pour le Plateau du Levant. Ordonne � Yels de conduire notre escadre � Arkab puis de d�truire le royaume de Melk, soutenant l'assaut des mages.

Pendant ce temps tu seras charg�e de veiller sur le peu de combattants restant au temple et de continuer � convertir les prisonniers en morts-vivants. Heka reviendra avec Lersen et d'autres chefs de guerre, vous les convertirez avant de nous les envoyer aux ruines.

Ton p�re Ivellios va bient�t s'occuper des Elfes de L�an avant de poursuivre en direction de H�ze et des communaut�s suivantes. Tu pourras le rejoindre une fois le Conseil d'Erakis enti�rement converti ou r�duit � n�ant.

Rigel.
- " Rigel ? Heka ? s'interrogea Sy�, je connais ces noms.
- Qui sont-ils ? s'empressa Araknor, impatient d'y voir plus clair.
- Je ne me souviens pas, mais leurs noms me sont familiers. Tout ce dont je me rappelle, c'est qu'ils sont fr�re et s�ur. Rigel et Heka� on ne parlait jamais de l'un sans l'autre.
- On ? demanda le moine, intrigu�.
- Oui, m�me si je ne sais pas � qui ce " on " correspond.
- Au moins tes souvenirs reviennent peu � peu, c'est d�j� bon signe. Y a-t-il autre chose dans la lettre qui te fasse appara�tre de nouvelles images ?
- Les ruines� elles se situent entre deux immenses for�ts, mais sur quel continent, je n'en ai pas la moindre id�e.
- Comment peux-tu conna�tre tout cela ? s'enquit Araknor. Les ruines, Heka ou Rigel nous �taient � tous inconnus il y a moins d'une lune.
- Je l'ignore. Et � part cela rien ne m'appara�t plus.
- Et tes sorts, tu te les rappelles ? interrogea Nejma.
- Non. Je ma�trise maintenant les sorts les plus simples, mais je ne parviens pas � retenir les plus complexes, comme celui de ce matin. J'ai la sensation d'entrer en transe, puis ma m�moire s'efface apr�s ce court instant de concentration exacerb�e.
- C'est dommage. Le reste de la lettre cache encore beaucoup d'�nigmes.
- Certaines peuvent se d�duire de notre exp�rience, commen�a le demi-elfe. Yels et la flotte que nous avons crois�e constituaient les renforts annonc�s par Sham pour l'attaque de Melk. Le " ma�tre " dont parlait un des mages d'Arkab pourrait bien �tre ce Rigel, ou Heka, ou m�me les deux. Ce qui m'inqui�te le plus c'est leur d�sir de coloniser les autres civilisations d'Edara. Quelle inconscience, et pourtant ils ne mettent pas leur victoire en doute.
- Et ils convertissent leurs prisonniers en morts-vivants, c'est inimaginable, comment peuvent-ils s'y prendre ?
- Je ne comprends pas non plus... "

Sy� se leva sans parler. Elle regarda l'�caille incrust�e dans sa main, puis partit voir Aspial. Elle avait besoin de penser � autre chose car sa t�te lui faisait mal � force de se concentrer pour �veiller de nouveaux souvenirs. Le silence se fit de nouveau, le bateau glissait toujours vers le nord au milieu d'une mer bleut�e sur laquelle le soleil engendrait un �clat aveuglant.
Ils ne parlaient plus depuis longtemps lorsque Sharkan s'�veilla. Ses compagnons se pr�cipit�rent autour de lui et lui demand�rent s'il allait bien, mais le g�n�ral, en regardant autour de lui, eut l'air affol� et s'�cria : " O� est Lina�lle ? " Araknor lui expliqua la fin du combat au temple de la Lune et d�signa du doigt les escaliers menant aux soutes o� reposait Lina�lle, extr�mement faible et inconsciente. Sharkan se leva avec peine et s'y rendit sans attendre. Il y trouva son amie, livide, la respiration courte. Lui prenant la main, il tentait de contenir les cris de haine qu'il mourait d'envie de lib�rer. Il resta ainsi des heures, allant jusqu'� prier H�ze de ne pas abandonner sa fid�le.
Les autres ne les d�rang�rent pas. Ils s'�vertuaient � construire un radeau o� ils d�poseraient le corps de Fosiac. Cet ouvrage fut termin� � la tomb�e de la nuit, et tous, y comprit Sharkan, se rejoignirent sur le pont. Ils d�pos�rent Fosiac sur les planches, et Aspial pria la mer de recevoir le corps de son capitaine et de le conserver en son sein. Il poussa le radeau qui tanguait sur l'eau, emport� lentement par le courant contraire.

Aspial reprit la barre et Sharkan retourna vers Lina�lle. Araknor, Nejma et Sy� r�fl�chissaient maintenant � la nourriture pour le voyage. Leurs r�serves n'�taient plus comestibles et il leur fallait mettre au point un syst�me de filets pour attraper du poisson. Certains sorts de Sy� se r�v�laient tout aussi efficaces, et malgr� une certaine anxi�t�, ils parvenaient � r�unir assez de nourriture pour l'�quipage.
Nejma, curieux d'apprendre � man�uvrer un bateau, prenait des le�ons aupr�s d'Aspial. Celui-ci le formait avec d'autant plus d'attention qu'il savait qu'ainsi Nejma pourrait le remplacer pendant son sommeil. L'halfelin s'en trouvait heureux car cela lui rappelait le port d'Ourgast o� les p�cheurs parlaient de la mer et de leurs bateaux avec amour et passion. En effet, dans une contr�e comme Ourgast o� il neigeait constamment, prendre la mer �tait une lib�ration, permettant de s'�loigner des c�tes et du front nuageux pour trouver bien plus loin le ciel bleu et la chaleur du soleil. En dirigeant l'embarcation, Nejma avait les yeux emplis d'images de sa ville natale, jusqu'au retour d'Aspial quelques heures plus tard.

Ils furent soudain tous alert�s par les cris de joie du marin. Il venait d'apercevoir une longue bande de terre claire, s'�tendant � l'infini de chaque c�t� de l'horizon. Tandis qu'Aspial mettait cap � l'ouest, Sy� demanda :
- " Qu'est-ce que c'est ?
- Ce sont les c�tes du d�sert, r�pondit Aspial, arborant un large sourire. En remontant vers le nord j'esp�rais tomber dessus, c'est merveilleux, il suffit maintenant de les contourner, et dans une semaine environ nous serons � Centre.
- Une semaine ! s'�cria Nejma, le Conseil d'Erakis ne sera-t-il pas termin� d'ici l� ?
- Peut-�tre, r�pondit Sharkan, mais de toute fa�on il n'y a pas de chemin plus court.
- Le d�sert� r�vait Araknor, n'est-ce pas au sein de celui-ci que se trouve la ville de Sable ?
- Si, r�pondit le g�n�ral, mais quant � savoir o� elle se situe exactement, ce secret n'a jamais �t� d�voil�.
- En tout cas, dans un ou deux jours nous verrons les ruines de l'ancien port de Sable, commenta Aspial.
- C'est � cause de la destruction de ce port et de la forge de Sable par une arm�e inconnue, il y a plus de 300 ans, que le Conseil d'Erakis a �t� form�, suite � la solidarit� de toutes les villes pour financer la reconstruction de Sable. Depuis, la nouvelle ville a �t� interdite, et aucun �tranger n'y est jamais retourn�.
- Une arm�e inconnue ? demanda Sy�. Se pourrait-il que ce soit l'arm�e de la Lune ?
- �a para�t peu probable. C'�tait il y a trop longtemps et les assaillants n'avaient aucun signe distinctif. De plus, apr�s cette attaque pourtant r�ussie, plus jamais cette arm�e n'a �t� vue. "
Ils restaient perplexes. Une seule impatience se sentait chez chacun, le d�sir d'arriver au plus vite � Centre afin d'y �tre en s�curit� et surtout d'aviser de la situation, avoir quelques �l�ments de r�ponse et organiser la d�fense d'Edara.
En attendant, les paysages qui s'offraient � eux les divertissaient chaque instant. Le sable jetait par endroits de longues langues dans la mer et une fine poussi�re s'�levait en silence lorsque le vent venait de l'int�rieur des terres. Nejma se perfectionnait � la barre et menait le bateau aussi souvent qu'Aspial voulait bien le lui laisser en main. Le marin lui confia aussi la t�che importante de changer de cap vers le nord. Ils arrivaient en effet aux limites de l'archipel d'Aramoana, retrouvant l'oc�an s'�tendant � l'infini.
Les journ�es devenaient longues et monotones. Seule Sy� s'ennuyait rarement car elle travaillait ses sorts, devenant assez efficace. Nejma pensait aux derniers jours qu'il passait avec ses amis avant de rejoindre Ourgast ; Araknor chantait de moins en moins en p�chant ; Sharkan restait au chevet de Lina�lle dont l'�tat semblait empirer, pour peu qu'il puisse �tre pire. Toujours dans un profond coma, il �tait presque impossible de la nourrir et chaque jour son corps s'affinait et perdait de l'�nergie. Elle respirait difficilement malgr� les efforts de chacun pour tenter de la maintenir en vie.
Tous eurent un regain d'�nergie et de courage en voyant appara�tre sur la c�te � l'est les traces d'une ancienne civilisation, l'ancien port de Sable. On n'y distinguait plus grand chose, sinon des constructions m�connaissables et du bois �pars. Araknor ne quittait pas les ruines des yeux, �merveill� par les images de la nouvelle Sable que lui dessinait son imagination. Ils suivaient la bonne route, et le vent les accompagnait, lan�ant le bateau � grande vitesse. Une variante du paysage fit son apparition peu avant que le cap devienne plein est : des rochers massifs s'�talaient le long du rivage, jusqu'� devenir de petites falaises cachant le d�sert sur de longues distances. Le lendemain, alors que les nuages envahissaient le ciel, ceux-ci refl�taient une �trange couleur rouge au-dessus du continent. Sy� en demanda l'origine et Aspial lui r�pondit que derri�re ces hauts rochers se trouvait Segin, un lac de lave apparu � la fin de la Col�re des Dieux. Sharkan confirma et ajouta que l'ancienne forge de Sable, d�truite en m�me temps que le port, se trouvait sur les bords de ce magma en �bullition.
La nuit suivante, les rivages du d�sert disparurent derri�re l'horizon ; seule une vaste �tendue d'eau les entourait de toute part d�sormais. En maintenant leur cap, ils arriveraient droit sur Centre. A mesure qu'ils se rapprochaient, leur �nergie les envahissait de nouveau, et leur excitation d'�tre enfin en terrain alli� les rendait presque heureux. Leurs exclamations de joie en t�moign�rent lorsqu'ils crois�rent au petit matin les premiers bateaux de p�che de Centre. Bient�t, une �le immense entour�e de nombreux navires se d�tacha au loin, droit devant eux. Dans quelques heures, ils accosteraient.

En approchant de l'�le, ils aper�urent de larges drapeaux flottant au vent. Parmi eux se reconnaissaient ceux de Centre en grande majorit�, et d'autres repr�sentaient le Conseil d'Erakis, signe que les dirigeants de chaque ville se trouvaient encore en ces lieux. Le groupe s'en sentit soulag� et Aspial man�uvrait pour entrer dans le port. De l� se distinguaient les quais imposants et les entrep�ts coll�s les uns aux autres. Beaucoup de personnes de toutes les races s'y agitaient, d�chargeant des marchandises et engendrant un brouhaha continu. Mais ce qui les surprit le plus fut un haut navire gris dont la voile principale portait la marque de trois griffures. Sans aucune h�sitation, tous reconnurent ce vaisseau de guerre comme l'un de ceux ayant combattu la flotte de la Lune Vierge. Sur le pont circulaient des chevaliers arborant d'�pais boucliers marqu�s de griffures semblables � celles dessin�es sur la voile.
Ils accost�rent sans probl�me, et d�s leur descente un homme maigre et courb� les aborda :
- " Bonjour mes seigneurs, je me pr�sente : Vector, � votre service. Est-ce la premi�re fois que vous venez en cette belle �le de Centre ? Auquel cas r�jouissez-vous d'avoir encore tout � y d�couvrir. Il est vrai que�
- Nous sommes press�s, le coupa Araknor. Nous ne connaissons pas Centre et il nous faut rejoindre au plus vite le Grand Commer�ant.
- M�rope ? Il est dans sa demeure, mais le Conseil d'Erakis s'y tient toujours, il ne sera pas disponible, m�me pour des voyageurs aussi importants que vous en avez l'air. N�anmoins le palais se contemple aussi de l'ext�rieur et�
- Cesse tes flagorneries, s'�chauffait Sharkan qui portait Lina�lle. Si tu es � notre service comme tu l'as dit, am�ne-nous imm�diatement l�-bas.
- Avec plaisir, et comme il est de coutume pour les nouveaux arrivants, laissez-moi vous conter l'histoire de Centre, vous ne l'appr�cierez que mieux.
- Plus tard les discours, h�tons-nous.
- Attends Sharkan, j'aimerais bien conna�tre cette histoire, intervint Sy�, cela m'aiderait peut-�tre.
- Et puisque la ville � l'air grande, ajouta Araknor, cela occupera un peu notre marche.
- Soit, mais ne tardons plus. "
Vector, heureux de pouvoir narrer les vieilles l�gendes et faits reconnus de la ville, ouvrit la marche, laissant Aspial � son bateau, et se lan�a avec passion dans son discours. Son corps ch�tif contrastait �trangement avec l'expression lyrique qu'il essayait de se donner et Araknor le mimait discr�tement pour amuser ses compagnons.
- " Bien avant la Col�re des Dieux, Edara et L�ole, chacun bien d�velopp�s, vivaient en paix et de nombreux navires sillonnaient la mer d'un continent � l'autre. Puis apparurent les magiciens, ma�tres de pouvoirs nouveaux et incommensurables. Quelques d�cennies plus tard, un ph�nom�ne inexplicable vint troubler l'harmonie d'Erakis : entre Edara et L�ole apparut une �le, comme sortie des eaux. Les marins attribu�rent cela aux magiciens qui niaient y avoir une quelconque implication.
- Sortie des eaux ? s'�tonna Sy�, mais comment cela ?
- Certains navires d'Edara et de L�ole y accost�rent, d�posant des colons des deux continents chacun d'un c�t� de l'�le. Ils finirent �videmment par se croiser au cours de leurs explorations. Or, ayant tous deux revendiqu� l'�le pour leur continent respectif, ils s'engag�rent dans un combat sans merci afin de contr�ler cette terre d�finitivement. Les combattants de L�ole re�urent des renforts plus t�t que leurs rivaux, ainsi parvinrent-ils � chasser leurs opposants de l'�le. N�anmoins ils eurent juste le temps de d�velopper quelques b�timents de leur civilisation avant que l'arm�e d'Edara aid�e de quelques mages ne viennent reprendre la future Centre par la force, en d�truisant syst�matiquement les constructions des colons L�oliens. L'arm�e de L�ole riposta violemment et une longue guerre commen�a. Les relations amicales entre Edara et L�ole avaient cess� et tous leurs vaisseaux partaient combattre. Les canons tonnaient r�guli�rement, les �paves s'accumulaient autour de l'�le. Les bateaux transportant des magiciens b�n�ficiaient de la protection de ceux-ci et parvenaient � accoster, cependant sur la terre ferme les affrontements n'�pargnaient personne non plus. Les duels de mages y �taient continuels tandis que les guerriers tentaient d'annihiler toute vie adverse. Les troupes fragment�es sur l'�le se d�pla�aient par groupes avec toujours l'espoir de surprendre ses ennemis.
- Combien de temps cela a-t-il dur� ? " demanda Nejma. Vector n'entendait rien et continuait � marcher machinalement en racontant son histoire.
- " Cette guerre �puisait les forces des deux continents et les Dieux qui d'habitude provoquaient une issue � ces crises semblaient observer sans agir. Le carnage aurait continu� si, selon ce qui est dit, les Dieux n'avaient pas perdu patience et d�cha�n� leur col�re pour punir les Hommes. Erakis trembla et les �l�ments se d�cha�n�rent, d�truisant hommes, for�ts, embarcations.
- On est encore loin ? demanda Sharkan qui s'impatientait.
- Les survivants de l'�le, sans espoir de retour vers leurs terres, v�curent dans la peur pendant toute la Col�re des Dieux et ne furent sauv�s que par les magiciens qui parvenaient � dissiper les feux naissants ou � d�tourner le cours des vagues gigantesques balayant l'�le. Les ennemis d'autrefois furent oblig�s de s'allier pour survivre, ainsi cr��rent-ils ensemble des abris de fortune au centre de l'�le.
- Il commence � m'exasp�rer, siffla Sharkan � ses amis. Je lui pointerais bien ma lame sous la gorge pour voir s'il sait parler d'autre chose que de Centre.
- Et soudain, tout cataclysme cessa, la nature redevint calme. Personne n'osait bouger au d�but, n'osant croire � la fin de l'horreur. Quelques jours plus tard, un cri d�chirant et abominable vint secouer Erakis, puis plus rien. Tout le bois de l'�le ayant br�l�, les hommes ne pouvaient pas fabriquer d'embarcation et se trouvaient prisonniers de l'�le. Devenus alli�s dans la souffrance, les survivants d�cid�rent de d�velopper une nouvelle civilisation, ne s'inspirant d'aucune de celles d'o� ils venaient. Ils laiss�rent n�anmoins les vestiges des colonies sur les bords de l'�le et y fond�rent une ville qu'ils baptis�rent Centre, nom neutre et symbole de leur ind�pendance.
- Sy�, interrogea Araknor, tu n'aurais pas un sort de mutisme par hasard ?
- Taisez-vous bande d'incultes, moi �a m'int�resse ! r�pondit-elle en leur faisant un clin d'�il.
- Les marins des diff�rents continents d�couvrirent Centre de nouveau, mais cette fois-ci Edariens comme L�oliens �taient les bienvenus. R�alisant le r�le qu'ils pouvaient jouer, les habitants de Centre form�rent la Guilde des Marchands et propos�rent aux continents de servir de relais aux bateaux de commerce. Chacun y gagnait car les escadres d'Edara et de L�ole n'avaient plus qu'� parcourir la moiti� du chemin pour d�poser leurs marchandises et embarquer leurs achats. Une partie des b�n�fices �tait ainsi vers�e � Centre. Les habitants �lirent le Grand Commer�ant, puis des �missaires d'Ystria, du Plateau du Levant, de Sable, de Melk et d'Arkab vinrent aider et surveiller les nouveaux marchands de l'�le, afin d'�tre s�r que tout s'organisait dans les r�gles. Peu � peu, Centre et le Grand Commer�ant acquirent la confiance des diff�rents ports, ainsi les �missaires repartirent, s�rs que la mixit� des origines au sein de l'�le emp�cherait une quelconque pr�f�rence.
- Regardez, lan�a le moine en pointant du doigt un palais de marbre gris, voil� probablement le lieu o� se r�unit le Conseil.
- A la cr�ation du Conseil d'Erakis, Centre fut d�sign�e comme si�ge en tant que ville r�put�e pour sa neutralit�. A cette occasion un modeste palais fut cr��, recevant une fois par an le Conseil et servant le reste du temps de logement au Grand Commer�ant, actuellement M�rope. Nous voici d'ailleurs � son palais. Lors de sa construction�
- Suffit ! coupa Sharkan. Merci de nous avoir guid�s, Vector-le-Volubile, maintenant, au revoir !
- Au revoir ? Et ma paye alors ?
- Quelle paye ? Nous n'avons rien.
- Comment ? Vous croyez que j'ai fait �a gratuitement ? Les guides comme nous sont durement form�s pour apprendre tous ces r�cits, c'est de cela que nous vivons.
- Votre vie doit �tre bien r�p�titive � en croire vos monologues, mais si �a vous plait� D�sol� pour l'argent, ce sera votre bonne action d�sint�ress�e de la journ�e.
- Gardes ! cria Vector. Gardes ! Au voleur !
- Voyons, intervint Araknor, nous n'avons pas d'argent mais nous nous arrangerons autrement. "

Six gardes arrivaient de diff�rentes directions et ceux aux portes du palais avaient saisi leurs armes. Vector s'agitait en pointant les visiteurs du doigt et bient�t ils �taient cern�s d'hommes en armure, sans compter les citadins curieux commen�ant � se rassembler. Sharkan d�gaina son �p�e mais Nejma lui prit le poignet et abaissa sa main en disant : " Nous n'arriverons � rien ainsi. " Vector expliqua la situation, et lorsque les gardes constat�rent qu'ils ne pouvaient en effet pas payer, ils leurs demand�rent de d�poser les armes et de les suivre. Sy� essayait de parlementer, mais la ville �tant anormalement agit�e, les soldats ne voulaient rien entendre, pas m�me concernant la lettre du prince Ve�k, tant qu'ils n'�taient pas derri�re des grilles au moins un court instant.
Les gardes ficel�rent les mains des voyageurs et les tra�naient d�j�, malgr� Nejma, Sy� et Sharkan qui tentaient en vain de leur faire entendre raison. Les voyant �chouer si pr�s du but, Araknor se d�cida � abattre sa derni�re carte. Au plus fort de sa voix, il cria  en direction d'une fen�tre ouverte du palais : " M�rope, seigneurs et rois d'Erakis, tremblez, car l'arm�e de la Lune Vierge vient saccager notre monde et r�duire � n�ant nos civilisations ! " L'un des gardes tenta de frapper le r�deur mais celui-ci l'esquiva et parvint � se d�tacher. Il se mit � courir vers le palais en hurlant : " Ecoutez-nous ! Nous ne sommes pas vos ennemis. Heka et Rigel vont nous d�truire, �coutez-nous, au nom d'Erakis ! "
Araknor re�ut un violent coup � l'arri�re du cr�ne et s'effondra, assomm�. D�j� il �tait hiss� sur des �paules solides, mais alors que Sharkan commen�ait � insulter les gardes qui perdaient leur patience, une voix forte et grave se fit entendre d'un des balcons du palais : " Un instant Yor�t. " Le capitaine des gardes s'inclina. " A vos ordres, M�rope. " Le Grand Commer�ant, un petit homme bedonnant et barbu � l'allure sympathique quoique grave, ordonna � Yor�t de lib�rer les �trangers et de les mener jusqu'� lui. Sy� et Nejma se lanc�rent un regard satisfait et complice ; le plan d'Araknor avait fonctionn�, m�me s'il lui en co�terait probablement un bon mal de cr�ne. Vector rageait car il ne toucherait jamais son argent. Il repartit en direction du port en lan�ant quelques jurons inaudibles.
Introduits au c�ur du palais, ils arriv�rent devant une porte �paisse gard�e par quatre hommes qui en lib�r�rent l'acc�s. Araknor reprenait ses esprits ; en ouvrant les yeux il vit une vaste salle o� autour d'une imposante table de marbre, huit personnes d�gageant un charisme hors du commun �taient lev�es et les d�visageaient. " Laissez-nous ", ordonna M�rope, et malgr� leur surprise, les gardes se retir�rent en fermant la porte derri�re eux.
Sharkan sourit et s'inclina :
- " Bonjour mes seigneurs. Je suis heureux de vous revoir, Izar, roi respect� des Nains.
- Je vous salue � mon tour, g�n�ral Sharkan, r�pondit le roi, et je vous remercie grandement vous et vos amis, mais commen�ons par nous pr�senter.
- A ma droite, dit M�rope, voici donc Izar, roi des Nains de Melk, puis Ypsen, seigneur d'Ystria. A ma gauche, Saskia, Grande Pr�tresse des Vents, et Keldish, seigneur de Sable " A cette annonce,  le c�ur d'Araknor se mit � battre intens�ment. " Enfin, en face de moi, voici une agr�able surprise en les personnes de Karsanis, g�n�ral de l'arm�e Griff�e, et son amie Axana�, Initi�e de l'Ecole d'Art de Bruy�re. "
Izar �tait un nain aux muscles �pais malgr� son �ge, qui semblait vouer une sinc�re reconnaissance aux nouveaux arrivants. Ypsen, un grand homme � l'air grave, portait une cape rouge, et une longue �p�e blanche se distinguait au premier coup d'�il � sa ceinture. Saskia, petite gnome souriante, elle aussi �g�e, �tait par�e de longs tissus verts et gris arborant le signe de H�ze, sa D�esse. Keldish les d�passait tous en taille. Ce grand homme � la peau h�l�e, aux cheveux et � la barbe fournis et d'un noir parsem� de gris, impressionnant par l'assurance qui se lisait sur son visage, portait une cape dont l'aspect granuleux laissait penser qu'elle �tait constitu�e de sable. Bien que Karsanis soit un homme presque maigre, il n'en paraissait pas inoffensif pour autant. A ses pieds gisait un bouclier figurant les trois griffes repr�sentatives de son arm�e. Quant � Axana�, elfe fine aux membres �lanc�s dont la fl�te reposait sur la table, la bruy�re tatou�e sur ses mains trahissait son origine, signe incontestable de son ascension � l'ordre des Initi�s.

Araknor, quelque peu intimid� devant tant de personnalit�s, annon�a :
- " Je suis Araknor, r�deur de L�an et du Plateau du Levant, fils d'Artahor Jaris. Voici Sy�, magicienne talentueuse recouvrant doucement la m�moire ; Nejma, moine form� par N�am, h�las disparu ; � c�t� de lui se trouve Sharkan, g�n�ral du Levant, qui porte Lina�lle, pr�tresse de H�ze dont le nom vous est probablement familier.
- Lina�lle ! " s'�cria Saskia, se pr�cipitant vers elle.
Elle la connaissait tr�s bien pour l'avoir elle-m�me form�e, et en tant que seule humaine pr�tresse, la r�putation de Lina�lle n'�tait plus � faire. Sharkan la d�posa sur la table, et avant m�me de pouvoir expliquer les causes de son coma, la gnome avait pos� ses l�vres sur le front fi�vreux de sa disciple avant de souffler sur son visage. Une l�g�re brise envahit alors la pi�ce et vint tournoyer autour de Lina�lle dont les cheveux et les habits s'agitaient dans le vent. Puis la brise faiblit, comme absorb�e par le corps inerte. La transpiration de Lina�lle cessa, son teint perdit de sa p�leur, et apr�s quelques instants elle dormait paisiblement. " Elle va bien maintenant. Elle se r�veillera dans quelques jours. "
Nejma, rassur� mais trop perturb� par un doute insupportable, demanda :
- " Excusez-moi, Borion n'est pas l�, ni le Ma�tre de Magie ?
- H�las, r�pondit M�rope, il y a des absents au Conseil. Lersen, seigneur du Levant, est port� disparu ; le Ma�tre de Magie est en r�union exceptionnelle avec ses mages ; quant � Borion, administrateur d'Ourgast, nul ne sait s'il est encore en vie.
- Quoi ? cria Nejma, mais comment�
- Je suis d�sol� de vous l'apprendre Nejma, coupa M�rope, Ourgast est d�truite. La ville est en ruine, votre flotte de p�cheurs a enti�rement coul�, la moiti� des Ourgasiens sont morts et ceux dont le corps ne jonche pas le sol restent introuvables. Nous n'avons rien vu, nous ne savons pas comment cela est arriv�. Tout � d� se passer tr�s vite. Je suis navr�. "
Nejma sentit son c�ur se serrer au point de lui provoquer une profonde douleur. Il tomba � genoux, ne parvenant pas � r�aliser et accepter la situation. Il se mit � pleurer et prit sa t�te entre les mains. Ses amis s'en trouvaient tout autant boulevers�s, d'autant que m�me si l'absence de Lersen �tait pr�visible, celle du Ma�tre de Magie abattit une grande lassitude sur eux, surtout sur Sy�. Il �tait le seul � pouvoir r�pondre � plusieurs de leurs interrogations, et son aide devenait d�cid�ment de plus en plus indispensable. La conversation s'anima alors, tous partirent de leurs commentaires, et lorsque le bruit se transforma en cacophonie, M�rope intervint :

- " Silence, mes amis. Il y a en effet beaucoup de questions en suspend et �norm�ment � apprendre de chacun, mais donnons-nous un ordre ou nous ne nous en sortirons pas ! Croyez que nous sommes tous d�sol�s, Nejma ; et que dire du Plateau du Levant r�duit en cendres ? C'est pourquoi pour la premi�re fois de son histoire, le Conseil d'Erakis accueille d'autres personnes que des dirigeants, les circonstances l'imposent. " En regardant Araknor et ses compagnons, il continua : " Nous savions que vous �tiez en route pour Centre mais ignorions si vous pourriez nous rejoindre.
- Comment saviez-vous que nous viendrions ? interrogea Araknor pendant que Sy� prenait Nejma dans les bras.
- Vous avez sauv� le royaume de Melk ! s'exclama Izar, et en cela je suis votre oblig�. Mais laissez-nous vous �claircir la situation. Karsanis, vous qui semblez avoir une vision globale de cette crise, voulez-vous bien faire un bilan rapide ?
- Bien s�r. Une arm�e arborant le visage de la Lune Vierge et dirig�e par une femme a d�truit le Plateau du Levant. Elle se dirige maintenant en direction du domaine de L�an. Elianis, un autre g�n�ral de l'arm�e Griff�e, est en route pour L�an afin de contrer l'attaque de la Lune Vierge. Comme expliqu� pr�c�demment, Ourgast a �t� d�truite sans que nous n'en connaissions la cause. Quant � Melk, les Nains ont �t� sauv�s par un oiseau porteur d'un message les pr�venant d'une attaque imminente. Et cette lettre, selon nos informations, c'est Lina�lle qui l'a �crite. Les Nains ont pr�par� nombre de pi�ges et les mages succomb�rent face � une telle surprise et une si bonne organisation. Izar, votre fils est digne de vous. Enfin, l'arm�e ennemie poss�dait aussi une flotte importante voguant vers Arkab, cependant nos navires en sont venus � bout et j'ai personnellement tu� Sham dont le ch�teau dissimulait nombre de preuves de complots et des lettres sign�es d'un certain Rigel, que nous soup�onnons d'�tre le coordinateur des attaques.
- Avec tout mon respect Karsanis, intervint Keldish, vous ne nous avez pas encore dit d'o� vous puisez toutes ces connaissances, et surtout d'o� votre arm�e et vous-m�me �tes originaires. Nous ne savons rien de vous, et si l'arm�e de la Lune fut une surprise inconcevable, votre existence ne l'est pas moins. Personne sur Erakis ne vous conna�t, vous semblez appara�tre de nulle part avec des milliers d'hommes, et vous arrivez au Conseil d'Erakis en vous pr�sentant comme d�fenseur de nos continents. Je crois que nous devrions commencer par vos explications avant d'aller plus loin.
- Soit, je vous comprends, n�anmoins mon r�cit ne souffrira aucune question. Nous sommes vos alli�s au nom d'Erakis, notre force lev�e contre nos adversaires communs le prouve, alors pour le reste vous devrez me faire confiance. " Il marqua une pause, attendant que chacun acquiesce, puis continua : " Nous servons Alwa�d, et tous les guerriers sous ses ordres sont n�s sur Erakis. Cette plan�te rec�le encore de nombreux lieux inexplor�s et isol�s capables d'accueillir des civilisations enti�res. L'arm�e de la Lune a suivi la m�me r�gle. Malgr� son nom et son apparition soudaine, n'allez pas imaginer qu'elle provient de la Lune Vierge ; elle �tait simplement cach�e.
- Voyons, r�pliqua Keldish, il est impensable qu'une civilisation soit uniquement ax�e sur la guerre et qu'elle se soit isol�e depuis des si�cles dans le but de n'�tre connue de personne.
- C'est pourtant aussi notre cas, m�me si vous n'avez pas � en conna�tre la raison.
- Je trouve �a un peu facile ! s'exclama Izar qui frappa le point sur la table. La menace est � nos portes et nous risquons tous �norm�ment dans cette guerre, nous aimerions au moins savoir avec qui nous nous allions !
- D�sol� Izar, roi de Melk, mais je suis tenu par le secret. En nous faisant conna�tre pr�matur�ment, le Conseil d'Erakis aurait limit� nos effectifs et surveill� nos actes. Il n'en �tait pas question. Nous ignorons le but exact de nos ennemis, seul Alwa�d le conna�t, et peut-�tre le Ma�tre de Magie s'il poss�de l'omniscience qu'on lui attribue, toutefois nos adversaires doivent �tre d�truits sans h�sitation, c'est la seule chose qui compte. La plupart d'entre eux sont des morts-vivants.
- Vous voulez dire, demanda Sharkan, que vous suivez les ordres d'un homme qui vous dissimule des informations indispensables ? D�cid�ment, toutes vos relations sont bas�es sur la confiance. "
Karsanis lan�a un regard sombre � Sharkan en r�torquant :
- " C'est ce qui fait notre union et notre force. C'est une forme de foi, la Grande Pr�tresse Saskia sait de quoi je veux parler. Pas besoin de preuve, nous savons que nous agissons pour le bien.
- Tout porte � le croire, intervint Ypsen. Alors � mon tour de vous dire ce que le Ma�tre de Magie m'a confi�, peut-�tre cela �clairera-t-il certains d'entre nous. Avant la Col�re des Dieux, Naos, l'ancien Dieu du Savoir, a �crit " Le Secret des Dieux "�
- Ce n'est qu'une l�gende, coupa Izar, l'existence des d�it�s n'a jamais �t� prouv�e.
- Izar, vous oubliez H�ze, r�pondit la Grande Pr�tresse des Vents.
- Je ne suis pas le seul ici � ne pas croire en H�ze, Saskia, et m�me si je respecte votre croyance, permettez-nous au moins de douter de l�gendes aussi vieilles que celle du Secret des Dieux.
- N�anmoins, reprit Ypsen, ce mythe donnerait un motif � tous ces carnages : le Secret des Dieux contiendrait les points faibles de chacune des divinit�s, les rendant toutes vuln�rables. Les Dieux demand�rent au gardien de la Biblioth�que - Naos lui-m�me - de le d�truire, mais il s'y refusa et se retourna contre ses fr�res, engendrant le Cauchemar des Dieux dans le but de les d�truire et de r�gner en seul ma�tre sur Erakis. Qui sait si entre de mauvaises mains un tel savoir n'accorderait pas tout pouvoir � qui obtiendrait cet ouvrage ?
- Vous avez parl� d'une biblioth�que, de quoi s'agit-il ? demanda Keldish.
- Elle constituait la demeure de Naos. Il y recevait les Dieux et ceux-ci y entreposaient leurs connaissances. C'est tout ce que j'en sais. Mais cela importe peu. Ce que le Ma�tre de Magie en conclut, c'est que l'arm�e de la Lune tente de mettre la main sur ce livre contenant une puissance d�passant les limites de l'imagination. Ainsi je propose de nous donner comme mission, outre l'�radication de nos ennemis, la destruction de ce grimoire, pour peu que nous parvenions � d�couvrir o� il se trouve.
- Tout cela est bien hypoth�tique, commenta M�rope, mais si un tel ouvrage existe, le mieux serait en effet de le r�duire en cendres.
- Karsanis, interpella Sharkan, qui nous dit que votre arm�e ne recherche pas elle aussi le Secret des Dieux ? Aviez-vous connaissance de l'existence d'un tel recueil ? Et Alwa�d, votre ma�tre ? "
Le g�n�ral de l'arm�e Griff�e regarda de nouveau Sharkan avec un regard de col�re se chargeant de plus en plus d'agressivit�, et Sharkan le lui rendait sans baisser les yeux. Karsanis r�pondit :
- " C'est la premi�re fois que j'entends parler du Secret des Dieux, quant � mon ma�tre, il n'a aucun d�sir de conqu�te ni de domination, et si vous remettez encore ma parole en doute je me verrai oblig� de demander votre exclusion du Conseil. Vous �tes ici exceptionnellement aux vues des circonstances, mais vous n'�tes pas indispensable !
- Vous non plus ne figurez pas au Conseil habituellement, alors ne prenez pas vos grands airs, fulmina Sharkan, et vous n'avez aucun droit sur mes amis et sur moi. "
Les deux hommes pos�rent la main sur la garde de leur �p�e et semblaient vouloir l'utiliser si la situation d�g�n�rait, mais Araknor se pr�cipita entre eux et Sy� leur cria : " Il suffit ! La haine environnante n'a pas � pervertir les relations de ceux qui se battent pour la m�me cause. Erakis est la priorit�, et m�me si ma m�moire me fait d�faut, je n'oublie pas la tristesse de vos yeux quand vous parlez de vos pays ravag�s. Alors cessez vos rivalit�s inutiles et r�fl�chissons ensemble avant de partir sauver nos peuples. "

Sharkan et Karsanis, sans se quitter des yeux, l�ch�rent leurs armes. Araknor et Nejma rest�rent stup�faits de l'acc�s de col�re de Sy�. Ils n'avaient jusqu'alors vu chez elle que son c�t� rieur et doux. Comme sa m�moire, son caract�re r�apparaissait par bribes. Les traits de son visage fascin�rent Araknor qui ne prenait plus garde au conflit, se sentant envahi d'un sentiment de d�sir. Les �paules, le ventre et les jambes sensuelles de l'elfe �taient toujours visibles, et ses m�ches reposaient sur les tissus d�chir�s de sa robe. Il aurait aim� �tre encore � Arkab, lui tenir la main et sentir leur t�te l'une contre l'autre. Il ne revint � la r�alit� que lorsque M�rope reprit la parole :

- " Merci ch�re elfe. Je suis heureux de voir que des paroles raisonnables parviennent � apaiser la tension en ces lieux. Reprenons calmement s'il vous pla�t. Il sera bient�t temps que nos invit�s nous raconte leur histoire, mais avant, une question nous vient � tous : Karsanis, comment pouvez-vous avoir connaissance de la progression de l'arm�e ennemie, de ses actes et de ses �checs ?
- Il est normal que vous appreniez cela, r�pondit le g�n�ral en retrouvant son calme. Axana�, je te laisse l'expliquer. "
Pour la premi�re fois, l'Initi�e prit la parole :
- " Comme vous le savez, les musiciens les plus talentueux de l'Ecole d'Art suivent la formation finale de Bruy�re elle-m�me. Nous y perfectionnons notre art avant de devenir Initi� et de partir � travers Erakis jouer dans toute les villes ; sauf � Sable bien s�r, mais je respecte votre d�cision, Keldish. Quoiqu'il en soit, lorsque nous nous regroupons entre Initi�s afin de jouer ensemble, si nous parvenons � communiquer sans prononcer un mot, la synchronisation musicale devient parfaite. C'est pourquoi Bruy�re nous enseigne la t�l�pathie, et son apprentissage est tel que nous parvenons � nous entendre d'un continent � l'autre. Ainsi je suis au courant des faits actuels gr�ce aux diff�rents Initi�s du Plateau, de Melk, d'Arkab et d'ailleurs.
- Il me semblait bien que vous poss�diez certains pouvoirs, intervint Nejma, l'un d'entre vous, un gnome, nous a suivis le jour o� nous avons vu l'arm�e de la Lune Vierge pour la premi�re fois. Sauriez-vous quelque chose � ce sujet ?
- Je ne connais pas l'ensemble des Initi�s, nous sommes nombreux. Je ne peux h�las vous �clairer sur cette histoire.
- Et sur Bruy�re ? demanda Saskia. Voil� un autre personnage �nigmatique, sans �ge qui plus est. Son Ecole est dans la for�t de H�ze, non loin de nos grottes, pourtant je ne l'ai jamais vue, elle n'est jamais venue au Conseil d'Erakis bien qu'elle y soit invit�e, et j'ignorais jusqu'� aujourd'hui qu'elle avait d'autres talents que la musique.
- Chacun a ses myst�res, r�pondit Axana�. Vous n'avez jamais vu Sable, et cela ne nuit pas � l'amiti� que se portent vos deux peuples. Tous sont les bienvenus au Mont Solitaire.
- Bien, lan�a Keldish, je propose d'arr�ter d'interroger Karsanis et Axana�, n'oublions pas qu'ils se sont pr�sent�s d'eux-m�mes pour nous aider ; acceptons-le avec reconnaissance et nous parlerons plus quand Erakis sera en paix. J'aimerais maintenant entendre l'histoire de nos nouveaux compagnons.
- Certes ", convint M�rope.

Sharkan d�signa Araknor et Nejma du doigt car eux seuls avaient v�cu les pr�misses de la guerre. Le petit moine s'avan�a et raconta leurs aventures depuis la mission confi�e par Sytrien. Il parla de la grotte, de l'ancien mage nomm� Marsius, puis exposa la cordi�rite marqu�e du visage de la Lune Vierge, s�r de l'effet de surprise qu'elle provoquerait. Bien qu'Izar en reconnaisse le m�tal, aucun ne parvint � en deviner les effets magiques, pas m�me Saskia qui se pencha longtemps sur la question. Nejma pr�senta cette pierre comme la probable cause des conflits, � en croire le discours d'Heka aux portes de Verfal. Keldish restait perplexe et examina longuement la pierre � son tour. Il la regardait avec admiration car son peuple forgeait r�guli�rement des artefacts magiques � partir des m�taux les plus pr�cieux fournis par les Nains, et il imaginait d�j� quelles utilisations b�n�fiques il pourrait faire d'un tel m�tal.
Le moine continua en d�crivant les deux hommes de main d'Heka, la chute de Verfal o� son ma�tre perdit la vie, puis la caverne contenant la statue de Naos et de Verfal.
- "  Lersen serait donc un tra�tre ? intervint Ypsen. Si ses anc�tres servaient Naos, il est possible que cette croyance ait perdur� au fil des g�n�rations. Si c'est le cas, cela expliquerait l'attaque du ch�teau. L'arm�e de la Lune pouvait esp�rer y trouver le Secret des Dieux.
- Lersen a toujours servi Erakis et fut un exemple d'honn�tet� et de loyaut�, coupa Sharkan, comme ses anc�tres d'ailleurs. Je l'ai assez fr�quent� pour savoir qu'il ne nourrissait qu'amour et d�sir de paix envers les habitants du Levant et des civilisations alentours. Lina�lle confirmerait mes dires si elle �tait �veill�e. "
Ne d�sirant pas s'�tendre sur ce d�bat sans r�ponse, Nejma poursuivit son r�cit, parlant de Melk, des m�liop�nes dont l'une revenait � Bruy�re et l'autre au Ma�tre de Magie, ce que le roi des Nains confirma. Izar prit le cristal dans les mains et le tourna dans tous les sens ; il �tait parti � Centre peu de temps avant la fin de la confection de ces pierres au sein des forges de Sable. " Beau travail, Keldish, comme d'habitude ", commenta le roi. Lorsque la m�liop�ne passa dans les mains de M�rope, celui-ci la pla�a sous un rayon de soleil, lib�rant la M�lop�e des Montagnes. Karsanis et Axana� se lanc�rent un regard intrigu� et complice. Izar parla alors de la trace atemporelle de feu pr�sente dans la galerie de platine r�cemment mise � jour. Cette trace inexplicable n'�tait toujours pas identifi�e, et cela constituait un myst�re faisant discourir la communaut� Naine de longues heures durant.
Nejma reprit en racontant l'attaque contre les mages d'Arkab et la d�couverte de Sy�. Il pr�senta alors la main de la magicienne o� l'�caille �tait incrust�e, faisant sursauter Izar. " Incroyable ! C'est une �caille de platine ! O� avez-vous pu vous procurer ce m�tal ? " Sy� baissa la t�te, ne trouvant pas la r�ponse en elle-m�me. Nejma savait que ce sujet attristait son amie, alors il poursuivit son discours sans attendre.
Le bruit sans origine des vagues d'Arkab, bien que d�j� connu, rajoutait aux �nigmes s'accumulant d'une fa�on presque inqui�tante � travers les r�cits de chacun. Autour de la table, tous commen�aient � croire que ces ph�nom�nes abscons, signes que des �l�ments �sot�riques les d�passaient tous, avaient finalement beaucoup plus de sens que ce qu'on leur attribuait en temps normal.
Nejma termina par leur emprisonnement dans le temple de l'archipel d'Aramoana, la statue d'Heka, l'attaque de F�losyle, la puissante magie de Sy� et le lien de parent� entre Heka et ce Rigel qui commandait � F�losyle. Karsanis dit alors :
- " Nous n'avons pas d�couvert ce temple, mais peut-�tre le marin qui vous a conduit ici pourrait nous l'indiquer.
- Aspial vous aidera sans aucun doute, r�pondit Nejma. Pour le reste, vous en savez autant que nous d�sormais.
- Alors nous voil� � l'heure des d�cisions ", d�clara M�rope.

Un silence pesant r�gna dans la salle. Chacun tentait d'assimiler les nouvelles informations et r�fl�chissait � la mani�re d'�radiquer leurs ennemis. Mais pour cela, une meilleure compr�hension de la situation s'av�rait n�cessaire, c'est pourquoi rendre visite au Ma�tre de Magie s'imposa comme une id�e accept�e � l'unanimit�. Il r�sidait dans un manoir non loin d'Ystria, au sein de la for�t.
- " Nous sommes douze, continua M�rope, il est inutile de tous nous y rendre. Je reste � Centre et vais envoyer des navires vers les c�tes d�vast�es, avec un peu de chance nous recueillerons des rescap�s.
- J'escorterai ceux qui d�sirent se rendre � Ystria, dit Ypsen.
- Alors vous m'y escorterez, intervint Izar, je veux savoir ce que cache cette cordi�rite avant de retourner au combat. Ve�k s'occupe bien de Melk en mon absence.
- Je serai des v�tres, dit Sy�, plusieurs r�ponses m'attendent aupr�s du Ma�tre de Magie.
- Je viens aussi ! s'empressa Araknor.
- Et moi aussi, ajouta Sharkan, je veux qu'il me dise qui est cette femme responsable de la chute de Verfal. Ensuite nous nous rendrons sur Edara avec l'arm�e d'Ystria.
- Axana�, interrogea Karsanis, veux-tu bien les accompagner aussi ? Je pars porter main forte aux troupes d'Elianis.
- Je vous accompagne Karsanis, encha�na Saskia, les Gnomes vont avoir besoin de moi.
- Pour ma part, conclut Keldish, je retourne � Sable mobiliser mon arm�e.
- Votre arm�e ! s'�tonna Ypsen, vous n'en aviez jamais parl� auparavant, je vous croyais concentr�s sur la cr�ation d'objets magiques.
- Sable a �t� d�truite une fois d�j�, sans raison et par des assaillants aussi inattendus que ceux d'aujourd'hui. Une force militaire fut depuis form�e en secret, au cas o�. Il semblerait que notre m�fiance ait trouv� justification.
- Vos troupes sont-elles importantes ?
- Si vous sous-entendez " Sont-elles plus importantes que celles du Levant et d'Ystria ? ", je vous dirai que non, en effectif tout du moins, donc r�fr�nez votre col�re, ce n'est pas une trahison. Nous n'avons aucune intention belliqueuse et mes hommes ne constituent qu'une arm�e de protection, ce qui n'enl�ve rien � leur efficacit� au combat.
- Eh bien, soupira M�rope, except� l'attaque de Sable, Erakis fut en paix durant pr�s de cinq mille cinq cent ans, pourtant il semble que la guerre couvait en de nombreux endroits. Ainsi la tranquillit� ne fut qu'une illusion balay�e en quelques jours par un �l�ment d�clencheur inconnu. Cela me rend � la fois triste et anxieux. Mais je ne vous en veux pas Keldish, je comprends vos raisons et nous connaissons assez votre droiture et l'honneur de votre peuple pour garder confiance en vous.
- Merci M�rope, je tiens � la paix autant que vous.
Nejma baissait la t�te. Il n'avait pas annonc� sa d�cision, et lorsque Sy� s'approcha et la lui demanda avec un sourire r�confortant, le moine dit d'une voix faible :
- " J'aimerais aller � Ourgast.
- D�sol�, r�pondit M�rope, les bateaux ne s'en approcheront pas assez. De plus nous devons regrouper nos forces et il ne reste d�j� rien d'Ourgast. La priorit� est d�sormais de sauver les peuples d'Edara encore en vie.
- Alors, h�sita-t-il apr�s un long silence, j'irai � L�ole et me joindrai aux forces d'Ystria.
- Et Lina�lle ? demanda Sharkan, qui esp�rait pouvoir l'emmener avec lui.
- Je la ram�ne aux Grottes de H�ze, r�pondit Saskia. Les Gnomes auront besoin de sa magie et Lina�lle retrouvera plus vite sa force aux temples de notre D�esse. "
Cette d�cision �tait l�gitime et Sharkan savait que Lina�lle y serait en effet plus vite gu�rie. Il devinait aussi que son amie voudrait d�s son r�veil prot�ger les Gnomes en se jetant dans la bataille. Cependant la quitter l'attristait.
A la suite de ces d�cisions, M�rope d�clara le Conseil termin� ; il �tait temps de se restaurer. Araknor et ses compagnons s'en r�jouirent car depuis trop longtemps ils n'avaient mang� que du poisson.
Dans une salle de marbre blanc aux colonnes �paisses, ils d�couvrirent des poulets fumants, des dizaines de cruches de vins, et de nombreux autres mets chauds et all�chants. Un lustre gigantesque, portant discr�tement la marque de Sable, illuminait la pi�ce de ses innombrables bougies.
L'ambiance se d�contractait peu � peu. Les choix importants �taient faits, ainsi avant le d�part de chacun il ne restait plus qu'� profiter des bienfaits de Centre et des richesses de son Grand Commer�ant. La disposition autour de la table �tait libre et Sy� se trouva entour�e d'Araknor et de Nejma. Sharkan prit la pr�caution de ne pas s'asseoir trop pr�s de Karsanis ou Axana�, ne les appr�ciant pas et sachant qu'une discussion entre eux tournerait mal. Araknor avait tenu � avoir Keldish � ses c�t�s afin de lui poser quelques questions sur Sable, ville que seul ce seigneur et quelques Marchands Itin�rants � Centre pouvaient d�crire. Il se montra tr�s curieux, trop parfois au go�t de Keldish, mais ce dernier avait l'habitude des questions indiscr�tes tournant autour de sa cit� interdite. Le r�deur lui racontait en retour ses aventures et son lien de parent� avec Armil Jaris, que Keldish avait rencontr� quelques fois.
Nejma mangeait en silence pendant que ses compagnons semblaient vouloir continuer ind�finiment le repas tant ils prenaient plaisir � en apprendre sur des civilisations qui jusqu'alors paraissaient si lointaines. Araknor buvait autant les paroles de Keldish que les verres de vin qu'il n'avait de cesse de se servir. Sy� essayait de distraire l'halfelin mais rien n'y faisait. Plusieurs Initi�s jouaient de la musique dans la salle, et Sharkan les observaient du coin de l'�il. Leur amiti� avec Karsanis ne l'enchantait pas. 

Le repas touchait � sa fin. Araknor, au sommet de son euphorie, parcourant la salle et se m�lant � diverses conversations, exhorta les convives � danser sur la musique des bardes avant de rejoindre sa place, posant sa t�te embrum�e sur l'�paule de Sy�. Elle lan�a un regard affectueux � son compagnon, pr�te � l'aider dans ces instants de r�cup�ration. Le demi-elfe, dont tous les sens furent soudain tourn�s vers la douce fragrance et la peau suave de Sy�, sentit son c�ur gonfl� d'un nouvel �lan d'amour. L'alcool inhibant sa peur, il glissa ses doigts entre ceux de Sy�, mais elle retira sa main, lui chuchotant :
- " Araknor, ne confonds pas amiti� naissante et d�sir d� � l'ivresse.
- Je ne confonds pas, Sy�. Et puis qui sait, peut-�tre qu'un peu de douceur te rappellerait quelques souvenirs.
- Tu es saoul, et je ne veux pas parler de ma m�moire, ne g�che pas ce repas.
- Mais, c'est pour t'aider�
- Alors consid�re que je n'ai pas besoin d'aide.
Devinant qu'Araknor ne serait raisonnable qu'apr�s un bon repos, Sy� proposa � Nejma une balade dans la ville. Alors qu'elle se levait, le r�deur lui saisit le bras et b�gaya :
- " Sy� Sy�, non, ne pars pas !
- Ah oui ? Et pourquoi pas ? interrogea-t-elle, visiblement agac�e.
- Je... euh, reste encore un peu, on� on n'a pas beaucoup parl� tous les deux !
- Il est difficile de boire et de parler en m�me temps, n'est-ce pas ?
- Mais� je ne sais plus ce que je voulais dire� Tu es si� laisse-moi te prendre la main !
- L�che-moi Araknor.
- Attends, ne retire pas ton bras ! " Il tenta de la suivre mais tr�bucha et tomba au sol.
- Viens Nejma, allons prendre l'air. " soupira-t-elle en d�tournant les yeux du demi-elfe.
Araknor se releva maladroitement en renversant sa chaise. Il allait de nouveau parler � Sy� lorsque celle-ci, sans m�me se retourner, pronon�a une formule distincte et Araknor perdit la parole. Il essayait tant bien que mal de faire sortir un son de sa bouche mais il �tait incontestablement muet. Sy� sortit, accompagn�e par Nejma. Araknor se rassit, fi�vreux de col�re et de honte en entendant M�rope partir d'un rire communicatif. Le r�deur versa de nouveau du vin dans sa coupe vide et baissa la t�te en les maudissant tous en silence.

L'apr�s-midi s'�coula ainsi, Araknor d�cuvant lentement, la magicienne et le moine d�couvrant la ville et se changeant les id�es par des conversations l�g�res, Sharkan et les diff�rents seigneurs conversant des faits et l�gendes d'Erakis en prolongeant par des liqueurs raffin�es le repas si copieux de M�rope. Sy� profita de sa visite pour acheter une nouvelle robe, car du fait de sa tenue l�g�re, beaucoup d'hommes se retournaient encore vers elle en parlant � voix basse.
Une robe d'un blanc lilial se jetait le long de l'elfe jusqu'� ses chevilles. Une  fine ceinture de feuilles entourait sa taille, et ses bras comme ses �paules restaient nus. Nejma lui-m�me fut �merveill� par l'aura douce et intense dont cet habit la parait. En plus de la conna�tre mieux et d'appr�cier son caract�re, Nejma se rendit compte pour la premi�re fois combien Sy� avait su rendre sa pr�sence indispensable � leurs c�t�s, et combien elle �tait belle.
La matin�e suivante r�unit une derni�re fois le Conseil d'Erakis, sans ceux n'y figurant pas ordinairement. Au port, les derniers pr�paratifs s'effectuaient alors que Sharkan et ses compagnons contemplaient les bateaux massifs de Centre. M�rope et les dirigeants les rejoignirent enfin, engendrant un attroupement de passants curieux d'observer tant de personnalit�s importantes d'Erakis r�unies en un m�me lieu. " Mes amis, dit le Grand Commer�ant, c'est ici que nous nous quittons. Je vous souhaite bonne chance � tous dans vos missions. Tenez-moi au courant des faits par l'interm�diaire des Initi�s. "

Araknor tapotait l'�paule de Sy� pour attirer son attention. Il lui mimait de le lib�rer de son mutisme, mais Sy� hochait la t�te en signe de refus bien qu'Araknor ne soit plus ivre. Toutefois, Keldish s'approchant du r�deur avec le d�sir visible de lui parler, Sy� mit fin � son sortil�ge et Araknor retrouva l'usage de la parole. Il allait pouvoir vider sa col�re sur Sy�, mais le seigneur de Sable arriva et lui parla : " Araknor, au Conseil d'Erakis j'esp�rais voir Lersen, d'abord parce que c'est un ami, ensuite car je devais lui remettre un objet � destination de votre neveu Armil. Ce dernier m'a command� une arme pay�e d'avance, h�las Armil a disparu. Vous �tes son plus proche parent, cette arme vous revient de droit. "
Il lui tendit alors une �p�e entour�e d'un linge beige. En retirant le tissu, Araknor ouvrit des yeux �merveill�s. Des grains de sable jaune incrust�s en dessins exotiques illuminaient la garde gris sombre. Sur le pommeau figurait le signe de Sable, lui aussi compos� de grains du d�sert. La lame d'acier lib�rait des reflets de cristal, peut-�tre parce qu'elle en contenait � en croire la l�g�ret� de l'arme. Elle semblait si ac�r�e qu'Araknor ne se risqua pas � y faire glisser son doigt. L'ouvrage �tait assur�ment magnifique. En la saisissant, Araknor sentit une aura chaude entourer sa main. L'�p�e �tait magique.
- " Elle s'appelle Sybalure, l'�me du D�sert, commenta Keldish. Soyez-en digne, elle est pr�cieuse.
- Mon neveu s'en serait servi pour prot�ger le Plateau du Levant. Dans ma main, elle vengera ce qu'elle n'a pu d�fendre. "
Araknor pla�a Sybalure � sa ceinture et serra les mains de Keldish. Jamais il n'aurait os� esp�rer un cadeau si prodigieux, une arme magique de Sable.

M�rope conclut : " H�tez-vous de rencontrer le Ma�tre de Magie. Ne vous arr�tez pas � Ystria, le temps est pr�cieux. Si nos ennemis sont � la recherche de la cordi�rite que vous d�tenez, elle ne sera en s�curit� qu'entre les mains du Ma�tre de Magie. "
Nejma s'approcha de Lina�lle toujours endormie mais dont la bonne sant� ne faisait plus aucun doute. Il saisit sa trousse de voleur et en d�logea une petite cl� qu'il glissa dans l'une des poches de la pr�tresse. Quand elle la trouverait, elle saurait que ses amis ne l'ont pas oubli�e et l'accompagnent en pens�e.
Keldish partit vers l'embarcation qui le m�nerait aux rives du d�sert d'o� il rejoindrait Sable. Saskia et Karsanis port�rent Lina�lle vers le bateau aux voiles griff�es o� attendaient nombre de guerriers en armure. Araknor, Nejma, Sharkan, Sy�, Ypsen, Izar et Axana� mont�rent dans un haut navire, accompagn�s d'une garde arm�e et de rameurs qui s'ajouteraient � la force des vents. M�rope leur fit un signe d'adieu et le navire se lan�a vers l'est, o� la mer s'�tendait � perte de vue.
Une grande agitation r�gnait sur le bateau. Entre la conversation des gardes, les clameurs des rameurs et les tambours donnant le rythme, le voyage ressemblait fort peu � celui qui avait men� Sy� et ses compagnons d'Arkab � Centre. La nourriture y �tait vari�e, les chants des marins s'entendaient r�guli�rement, et le pont �tait si vaste qu'on pouvait facilement trouver un coin tranquille pour observer la mer en silence. L'hiver arrivait � grands pas et la fra�cheur du vent en t�moignait avec obstination.
Araknor et Sy� ne se parlaient pas. Ils attendaient les excuses de l'autre mais chacun se montrait trop fier pour chercher la r�conciliation. Sy� allait donc r�guli�rement trouver Nejma, sachant de plus que sur le trajet, les rivages discrets de N�v�e se distingueraient peut-�tre du bateau, tr�s loin au nord. Ourgast s'imposerait de nouveau � l'esprit du moine et Sy� craignait que l'halfelin ne souffre trop de l'image de sa ville ras�e. Izar passait son temps � regarder cette mer sur laquelle il n'avait que rarement vogu� ; Ypsen interrogeait souvent Axana� qui ne r�pondait qu'�vasivement ; m�fiant envers Axana�, Sharkan ne d�sirait pas prendre part � la conversation et finissait toujours avec Araknor � r�ver de Sable et � contempler Sybalure.
- " Araknor ! s'�cria Sharkan, nous avons deux jours devant nous, utilisons-les intelligemment ! Dans quelques temps nous serons en route pour Edara accompagn�s de l'arm�e d'Ystria, et bien que je connaisse tes capacit�s au combat, il me semble que tu aies encore certaines techniques � apprendre. Sais-tu te battre en tenant une �p�e dans chaque main ?
- Pour tout dire, je n'ai jamais essay�. �a para�t int�ressant�.
- Allons ! Saisis ces �p�es et pr�pare-toi ! "
Araknor se r�v�la si passionn� par l'art du combat � deux mains qu'il implorait sans cesse Sharkan de lui montrer de nouvelles passes. Le g�n�ral du Plateau aimait tant les armes qu'il les connaissait parfaitement, et son imagination lui avait permis d'inventer de nombreuses variantes aux techniques de combat habituelles, cela constituant un atout majeur lors d'un duel gr�ce � la surprise engendr�e par l'attaque. M�me pendant la nuit, Araknor essayait d'imiter les mouvements si fluides de Sharkan, mais l'�quilibre est diff�rent lorsqu'on tient une ou deux �p�es, et Araknor ne le r�alisait pleinement que durant ces heures d'entra�nement.

Le temps passa vite. Heureusement, la pluie envahit le ciel et une lourde nu�e proche de la mer tissait comme un voile couvrant l'horizon, dissimulant les c�tes de N�v�e. Le soir du troisi�me jour, ils crois�rent les premiers bateaux d'Ystria. Quelques heures plus tard, les voiles furent pli�es et Ypsen se mit � la proue du navire afin d'entrer dignement dans le port de sa ville. Des gardes se h�t�rent alors et suivirent la man�uvre du bateau s'ajustant aux plateformes de bois. Le port, assez petit, n'avait rien du charme d'Arkab. La ville se situait plus � l'est et de loin s'apercevait d�j� la silhouette du ch�teau d'Ystria.
Sur la terre ferme, Ypsen demanda � un �cuyer de lui apporter imm�diatement les chevaux. Le vent devint violent et les nuages s'amoncelaient, charg�s de neige potentielle. Ils s'�lanc�rent � grandes chevauch�es en direction de la ville. Le tumulte �tait impressionnant et Nejma, maintenu en selle par Araknor, s'accrochait de toutes ses forces de peur de tomber au milieu de la course massive des chevaux. En arrivant aux abords de la ville, la moiti� de l'arm�e accompagnatrice d�via sa trajectoire et p�n�tra au sein de la cit� pendant que les autres galopaient toujours vers l'est.

A quelque distance des murailles d'Ystria, un labyrinthe d�mesur� se dessinait dans le paysage. Plus loin, ils aper�urent un nuage dense reposant au sol et d�versant sa pluie de bas en haut, l'eau �tant recueillie dans un bassin retourn� flottant dans le vide.
- " Incroyable ! s'exclama Nejma. Sy�, n'est-ce pas la fontaine dont tu nous as parl� apr�s notre d�part d'Arkab ?
- Si, en effet ! Je serais donc d�j� venue ici ?
- Excellent, commenta Araknor, cela n'a rien d'�tonnant si on consid�re que tu connaissais le Ma�tre de Magie. Tu t'es probablement d�j� rendue � son manoir.
- Je l'esp�re�
- D'o� vient cette fontaine ? demanda Sharkan.
- C'est l'�uvre du Ma�tre de Magie, r�pondit Ypsen. Depuis l'aube d'Ystria il a contribu� � l'embellissement de la ville.
- Vous semblez le conna�tre assez bien, que savez-vous de ses origines ?
- Nos archives racontent que vers l'an 3 300 de notre �re, un homme aux longs cheveux blancs arriva � Ystria, peu de temps avant la construction des premiers bateaux de L�ole. Il rencontra le seigneur de la ville et se pr�senta comme Ma�tre de Magie, expliquant que ses pouvoirs lui avaient permis de franchir les eaux. Impressionn� par la magie dont ils ignoraient tout � Ystria, le seigneur accepta l'aide et les conseils de cet homme. La formation qu'il apporta � la population permit de d�fricher de vastes �tendues autour de la ville et de construire des navires s�rs et magnifiques.
Les marins d�couvrirent Ourgast, puis Centre, avec qui ils entam�rent leur commerce intercontinental. De toutes les villes portuaires, c'est Ystria qui tire le plus de b�n�fices de ses exportations, entre le bois qu'elle vend en grande quantit� et les peaux et carapaces de b�tes utiles aux forgerons et aux magiciens d'Erakis. Au fil du temps et gr�ce au Ma�tre de Magie, Ystria est devenue la ville phare en mati�re de science et de techniques diverses.
- Excusez-moi, l'interrompit Araknor, vous �tes en train de nous dire que le Ma�tre de Magie aurait plus de deux mille ans ?
- Tout porte � le croire en effet. Quoiqu'il en soit, il a apport� une aide consid�rable � Ystria par ses immenses constructions et ses �uvres surprenantes, comme cette fontaine ou le labyrinthe que beaucoup de voyageurs viennent parcourir par curiosit� et par plaisir. Les dirigeants des diff�rentes villes viennent au moins une fois visiter Ystria. De nombreuses manifestations sont organis�es ici, joutes ou combats amicaux r�unissant les meilleurs champions d'Erakis par exemple. Je me rappelle encore votre victoire Izar, il y a une vingtaine d'ann�es de cela.
- Certes. Mais le combat fut rude, vos champions furent de redoutables adversaires ! " Ypsen sourit et reprit son r�cit.
- " L'arm�e d'Ystria fut importante jusqu'� la cr�ation du Conseil d'Erakis qui limita l'effectif des arm�es apr�s la destruction de Sable. Pour utiliser une derni�re fois cette force de frappe non n�gligeable, le Ma�tre de Magie, si�geant au Conseil, proposa d'envoyer l'arm�e exterminer les monstres des ruines d'Eclaircie. L'id�e fut accept�e mais l'arm�e ne revint jamais, probablement d�cim�e.
- D�cim�e ?
- Oui, par les cr�atures qui hantent les ruines. C'est un lieu maudit o� personne ne se rend, et toute la for�t au sud de l'ancienne Eclaircie doit aussi �tre infest�e de ces monstres. Heureusement nous en sommes loin et nous ne rencontrons aucun probl�me tant que nous ne nous en approchons pas.
- Les ruines, murmura Sy�, est-ce possible que ce soient celles de mes souvenirs ?
- J'en doute, r�pondit Ypsen. Aucun de ceux qui y sont all�s n'en est revenu. Quelques temps apr�s la disparition de cette arm�e, le Ma�tre de Magie partit sur N�v�e y fonder l'Universit� de Magie. Il revient r�guli�rement � Ystria, �tant conseiller des seigneurs successifs. Sa magie le rend immortel ; il ne vieillit pas alors que les seigneurs se succ�dent depuis des g�n�rations. Sa derni�re grande �uvre est la protection magique accord�e � Ourgast.
- Quelle protection ? demanda Araknor, intrigu�.
- Son assistance n'a h�las pas sauv� Ourgast, dit Nejma avec amertume.
- De quelle protection s'agit-il ? insista Araknor.
- Nous en parlerons plus tard si tu veux bien, lui r�pondit le moine. Je pr�f�re ne pas aborder ce sujet.
- De toute fa�on, intervint Izar, nous arrivons.
- Je reconnais cet �difice ! s'�cria Sy�. Le manoir du Ma�tre de Magie ! "
Loin devant eux, une longue bande de terre transformait la plaine en une colline lisse et r�guli�re o� les arbres formaient une barri�re �lev�e. Au-dessus des conif�res assombris par le voile de nuages gris s'�levait une fine tour torsad�e. Les couleurs �taient difficilement discernables car le ciel nocturne endormait le paysage.
A l'or�e de la for�t brass�e par le vent, ne pouvant plus voyager c�te � c�te, Ypsen prit la t�te du groupe. Au milieu d'une v�g�tation �paisse o� un seul chemin permettait de se d�placer, ils remont�rent vers le nord et arriv�rent dans une vaste clairi�re o� se pr�senta devant eux un haut manoir � l'architecture complexe. Le toit le plus �lev� se perdait dans les nues et donnait � l'�difice un caract�re majestueux. Le vent s'engouffrait dans les anfractuosit�s du manoir, engendrant un sifflement diffus dont l'intensit� variait � chaque instant.
Ils descendirent de cheval alors que les premi�res gouttes tombaient sur eux. Ypsen s'avan�a vers le portail de bois noirci par la pluie et dit � voix basse : " Ma�tre de Magie, nous avons � vous parler au plus vite. " Sur ces mots, les deux battants de l'entr�e s'�cart�rent et une douce lumi�re jaune se r�pandit au sol. Ypsen ordonna � ses gardes d'attendre ici pendant leur entrevue avec le Ma�tre de Magie.

Des centaines de bougies br�laient sur les murs et des vitraux laissaient p�n�trer une ambiance vesp�rale. A leur entr�e, une brume apparut au milieu de la pi�ce et se condensa pour prendre la forme d'un escalier rejoignant une ouverture au plafond. Ypsen s'y �lan�a, suivi de pr�t par Izar, Sharkan, Sy�, Araknor, Nejma et Axana� qui posaient avec anxi�t� les pieds sur ces marches peu conventionnelles. Ils arriv�rent dans une chambre aux murs enti�rement peints o� aucune porte n'�tait visible. Sit�t que le dernier quitta les marches, celles-ci s'�vanouirent. Face � eux, une peinture devint diaphane, jusqu'� dispara�tre totalement, ouvrant un passage vers une pi�ce beaucoup plus vaste, tout en bois. Des tissus color�s tombaient le long des murs, des dizaines de meubles emplissaient la pi�ce et des piles de livres  et d'objets exp�rimentaux se voyaient ci et l�. Le plafond �tait constitu� d'une large baie vitr�e dont la charpente rappelait une toile d'araign�e. Seul Ypsen connaissait d�j� ce lieu ; les autres d�couvraient avec plaisir cette salle si belle et intrigante.
Devant un feu vif au centre de la pi�ce, un homme aux cheveux longs et blancs se tenait droit, couvert d'une robe rouge parcourue de lignes et de courbes dor�es. Son allure digne et intimidante le faisait para�tre d'autant plus grand. Son regard �tait franc et il s'y lisait une intelligence et une assurance sans faille. Son visage comme taill� � la serpe r�v�lait un �trange m�lange de jeunesse et de sagesse.
Le Ma�tre de Magie
- " Bienvenue mes amis, dit-il. Ypsen, Izar, je vois que le Conseil d'Erakis est termin�, que puis-je pour vous ?
- Merci de nous recevoir si vite, commen�a Ypsen, nous vous apportons les conclusions du Conseil. Mais avant cela, quelques consid�rations rapides. Pour commencer nous aimerions savoir si vous connaissez cette elfe amn�sique, a priori form�e par vos soins. "
Sy� s'avan�a, les yeux emplis d'attente. Le Ma�tre de Magie ne lui rappelait personne et elle doutait maintenant de l'avoir d�j� rencontr�. " Je suis Sy�, magicienne ", dit-elle en s'inclinant. Le mage la regarda fixement, puis hocha la t�te en signe de n�gation.
- " D�sol�, je ne vous ai jamais vue, dit-il. N�anmoins si vous d�tes avoir �t� form�e par moi, vous saurez inverser la gravit� dans cette pi�ce.
- Mes souvenirs me font d�faut, mais je vais essayer. "

Chacun se tut et laissa Sy� se concentrer. Elle ne se rappelait pas avoir d�j� lanc� ce sort et tentait de retrouver des bribes de phrase, mais cela prenait du temps et son anxi�t� quant � se tromper devant son h�te la d�stabilisait de plus en plus. Ses mots prirent forme, et reconnaissant un sort existant, elle pr�f�ra le lancer plut�t que d'attendre et ne plus pouvoir se concentrer suffisamment. Ses bras s'agit�rent comme par r�flexe et des �tincelles rouges cr�pit�rent entre ses bras, se multipliant jusqu'� engendrer un feu de plus en plus intense qui se condensa en une gigantesque boule de feu. Perdue dans sa transe, elle ne put s'emp�cher d'achever la formule, tendant les bras devant elle puis projetant la boule de feu en direction du Ma�tre de Magie. Tous furent pris de panique, sauf le magicien qui ne bougea pas. Lorsque la boule allait l'atteindre, elle stoppa net sa course, l�vitant � quelques centim�tres du visage du mage, avant de se r�sorber doucement jusqu'� dispara�tre.
Jamais le Ma�tre de Magie n'avait subi d'attaque, et bien que les nouveaux venus connaissent son pacifisme et sa tol�rance, ils tremblaient de sa r�action, de peur qu'il interpr�te cette boule de feu comme une trahison. " Vous �tes incontestablement magicienne, dit calmement le mage, pourtant je ne vous ai pas form�e. D'une part vous ne ma�trisez apparemment pas les sorts que je suis seul � enseigner, d'autre part je me souviendrais de vous avoir rencontr�e. Je crains qu'il ne vous faille chercher ailleurs les r�ponses � vos questions, et je vous pardonne pour cette erreur d'incantation. "

Araknor et les autres soupir�rent de soulagement, et Izar, d�sireux de vite faire oublier cet incident, tendit au Ma�tre de Magie le pr�sent de Melk : la m�liop�ne contenant la M�lop�e des Montagnes. Il lui en expliqua bri�vement le fonctionnement et le mage remercia Izar en rangeant le cristal pour l'examiner plus tard. " Tant que nous parlons de pierre, encha�na Araknor, nous vous amenons celle qui semble �tre � l'origine de l'attaque du Plateau du Levant. C'est � ce sujet que nous avons le plus besoin de vos connaissances. "
Nejma sortit la cordi�rite de sa poche et la donna au Ma�tre de Magie. Celui-ci la regarda attentivement, puis se mit � sourire, de plus en plus visiblement, jusqu'� partir d'un rire d�tonant. Il leva les bras en signe de victoire et continuait de rire sans se soucier de la perplexit� de ses h�tes. Le Ma�tre de Magie, transcend� de bonheur et de satisfaction, ne quittait plus son sourire et contemplait la pierre en parlant � voix forte.

- " Enfin, apr�s tant d'attente, apr�s des mill�naires de pr�paration, acqu�rant patiemment la confiance des Erakiens, mes pr�visions se sont r�v�l�es justes et la cordi�rite nous tombe dans les mains. Notre vie se justifie d�sormais, et bient�t une nouvelle �re d�butera sur Erakis. Merci mes amis, je vous attendais depuis plus de cinq mille ans.
- Qu'est-ce que vous racontez ? s'�nerva Izar. Que signifient ces paroles ambigu�s ? Allez-vous nous dire ce qu'est cette pierre ?
- Ces questions sont inutiles, croyez-moi. Notre victoire est proche.
- Notre ? s'emporta Sharkan, mais de qui parlez-vous ?
- Vous allez comprendre. "

Il se tourna vers une porte au fond de la chambre et dit : " Entre, ch�re s�ur, et contemple la cordi�rite, nous sommes enfin libres. Dans quelques jours, le Destin s'accomplira. " La porte s'ouvrit et une femme p�n�tra dans la pi�ce. Ses longs cheveux noirs, son allure charismatique si particuli�re et son bouclier noir portant la Lune Vierge se reconnaissaient sans h�sitation. Heka leur faisait face. Ypsen et Izar ne l'avaient jamais vu mais les autres reconnurent la statue du temple de la Lune, et Araknor l'avait m�me vue de pr�s sur le Plateau du Levant.
Heka souriait. Elle prit la cordi�rite et regarda le groupe devant elle.
- " C'est donc vous qui avez pu fuir Verfal et fait �chouer l'attaque de Melk. Je dois avouer que vous vous en �tes bien sortis, mais vos efforts �taient vains comme vous pouvez le constater. Tant de morts par votre faute !
- Notre faute ! hurla Araknor, vous �tes les seuls coupables ! Quant aux morts, sachez que de nombreux autres pourrissent dans votre maudit temple !
- Tiens, ce forfait vous revient aussi ? D�cid�ment, bien qu'il nous faille vous remercier, je n'aurai aucun scrupule � vous tuer. Rigel, finissons-en.
- Rigel ? r�p�ta Sharkan. Mais alors, la lettre du temple� "

Sharkan ne put terminer sa phrase car ses pieds ne touchaient plus terre, totalement paralys�. Rigel, le Ma�tre de Magie, le fit l�viter jusqu'� lui, et un �clair scintilla dans ses yeux. Sharkan s'effondra au sol et son armure devint poussi�re. " Tra�tre ! " hurla Izar qui brandit sa hache en se pr�cipitant vers Rigel, mais Ypsen d�gaina sa lame et la pla�a sous la gorge du roi en disant : " Un geste et vous �tes mort, roi des Nains. " Axana� souffla dans sa fl�te et un rayon vint frapper la main d'Ypsen qui l�cha son �p�e. Izar se jeta sur lui pendant que Rigel, ayant vu la magie de l'Initi�e, incanta en sa direction. Une sph�re transparente se forma autour d'elle, l'emprisonnant et rendant sa magie inutilisable. Sy� pr�parait ses sorts, Araknor et Nejma se mirent � courir vers Rigel et Heka. Izar et Ypsen se battaient en retrait et maintenant qu'Ypsen avait r�cup�r� son �p�e, les deux adversaires s'affrontaient � armes �gales.

" Toi l'elfe, dit Heka, voyons comment tu incantes en miaulant. " Sy�, victime du sortil�ge, se transforma en chat, l'emp�chant de prononcer la moindre parole. " Et toi le moine, encha�na Rigel, teste donc ta force ! " Une cage apparut autour de Nejma et celui-ci eu beau forcer autant qu'il pouvait, les barreaux ne vacillaient pas. Araknor atteignit le magicien et sauta sur lui, brandissant son �p�e magique. Mais pendant son saut, il sentit une influence incoercible faire pivoter la lame vers son cou alors que Rigel se d�calait de la trajectoire d'Araknor, tendant la main vers la garde de l'�p�e de Sable. Avec son �lan, Araknor ne put stopper sa course et sous la pression de Rigel, Sybalure s'enfon�a dans la gorge du r�deur.
Ypsen cria. Izar venait de planter sa hache dans l'�paule du seigneur d'Ystria et lui ass�na le coup de gr�ce sans attendre. Il se rua ensuite vers Heka mais celle-ci disparut pour r�appara�tre juste derri�re le nain. Lorsque celui-ci s'en aper�ut, il �tait trop tard. Sa t�te roula au sol, d�capit� par Heka. A part Rigel et Heka, plus personne ne pouvait se battre.
Le Ma�tre de Magie se rapprocha de Sharkan et posa la main sur son corps en parlant � voix basse. Il se forma alors autour du g�n�ral une armure sombre d�moniaque. Ce harnois se trouvait h�riss� de pics, les mains se terminaient en de longues griffes et le heaume repr�sentait une t�te cornue, prot�geant le visage par des crocs ac�r�s. Plus aucune partie de Sharkan n'�tait visible tant l'armure le recouvrait de toute part. M�me son visage ne se discernait plus, cependant ses crispations prouvaient qu'il souffrait terriblement.

" Bien. Vous me semblez tous beaucoup plus aptes � �couter maintenant, d�clara Rigel. Je vous laisse une chance d'avoir la vie sauve, enfin, d'un certain point de vue. Vous avez servi notre cause en apportant la cordi�rite, voici votre nouvelle t�che : le Secret des Dieux, principal �uvre de Naos le tra�tre, est certainement cach� chez Bruy�re au sein du Mont Solitaire. Vous allez vous y rendre et tuer Bruy�re, puis me ramener le Secret des Dieux. Une arm�e est d�j� en route vers l'Ecole d'Art, mais �tant les amis du Conseil d'Erakis, vous y p�n�trerez sans probl�me. La vie de votre compagnon en d�pend. Son armure le tuera si vous me trahissez. Adieu. "
Apr�s l'incantation du Ma�tre de Magie, Sy� et Nejma, les seuls v�ritablement conscients, virent la chambre se d�former autour d'eux, ondulant de plus en plus rapidement. Avant que tout ne disparaisse, ils eurent juste le temps de voir Rigel s'approcher de la sph�re emprisonnant Axana� et dire : " Nous avons � parler tous les deux. "
Sy�, de nouveau sous forme elfique, flottait maintenant avec Sharkan, Araknor et Nejma au sein d'une dimension sans consistance ni gravit� o� de multiples couleurs vacillaient autour d'eux. Elle eut beau r�sister plus longtemps que les autres, elle aussi finit par perdre connaissance.
Nejma se r�veilla dans une pi�ce faiblement �clair�e. Sharkan, invisible sous son armure d�moniaque, gisait non loin du moine. Araknor, dans un coin, se tordait d'une douleur plus intense que celle provoqu�e par son �p�e. La t�te dans les mains, il tournait et se retournait, comme souffrant de toutes les parties de son corps. Nejma ne pouvait bouger. Il aper�ut un bodak sortir de l'ombre, tenant Sy� inconsciente sur son �paule. Cette cr�ature mort-vivante ressemblait � un homme mais sa peau d�v�tue, d'un gris profond, �tait parfaitement imberbe. Son visage extr�mement fin et long ne rappelait en rien celui d'un humain car ses traits d�form�s par une expression d'horreur manifestaient une d�mence continuelle. Ses yeux blancs ne refl�taient aucune raison et inspiraient la terreur.
Il approcha d'un autel o� il d�posa la magicienne. Derri�re l'autel se dressait une statue, identique � celle du temple de la Lune : Heka d�versant de ses mains de la boue et du sang. Le bodak saisit une des nombreuses fioles pos�es vers la statue afin de l'emplir de boue. Il ouvrit alors la bouche de Sy� et s'appr�tait � y verser le liquide. Nejma aurait voulu intervenir, cependant il �tait toujours paralys�. Le bodak versa la boue dans la bouche de Sy� et celle-ci se mit � frissonner imm�diatement, avant de trembler plus intens�ment en geignant. Il d�posa la magicienne vers Araknor dont la douleur semblait se dissiper quelque peu, puis se dirigea vers Nejma et le saisit pour le transporter jusqu'� l'autel. Le moine �tait effray�. Une nouvelle fiole de boue fut remplie et vers�e dans la bouche de l'halfelin qui fut prit � son tour de tressautements avant d'�tre plac� avec Sy� et Araknor.

Le bodak partit, et apr�s quelques instants d'attente Sy� se leva sans douleur et dit aux autres : " Profitons-en, partons ! " Mais personne ne r�pondit. Ils avaient tous encore tr�s mal et bien qu'Araknor ne saigne plus, il s'�coulait de son cou un filet de liquide noir�tre de plus en plus fin. Sy� comprit qu'ils �taient paralys�s, et en v�rifiant que personne ne venait, elle leur dit : " Je vais dissiper la magie qui vous retient, suivez-moi ensuite, il faut fuir au plus vite. " Elle se concentra, les yeux ferm�s, et pronon�a une formule qui n'e�t pas d'effet visible mais qui permit � ses trois compagnons de se mouvoir de nouveau selon leur volont�. Ils se lev�rent avec beaucoup de difficult�. Sharkan titubait sous le poids de son armure, Nejma et Araknor devenaient de plus en plus p�les.
- " Que... que contenaient ces fioles ? b�gaya Nejma.
- Je l'ignore, r�pondit Sy�. Prenons-en plusieurs de chaque, nous aviserons ensuite.
- La statue d'Heka ! s'exclama Araknor.
- Je sais qui ils sont, dit la magicienne. Je sais qui sont Rigel et Heka. Nous en parlerons une fois hors de danger. "
Alors que Sy� remplissait plusieurs fioles de boue et de sang, le bodak revint, et d�couvrant ses victimes debout, il s'appr�tait � crier mais Sy� disposa ses mains en c�ne, lib�rant une aura glaciale venant frapper le bodak de plein fouet. Sharkan sauta sur lui et plongea ses griffes dans le corps du mort-vivant, lui d�chirant le ventre et le visage. Nejma se retourna tant le spectacle �tait abominable, et Araknor eut un frisson de frayeur lorsque Sharkan se retourna vers eux. Le g�n�ral se contenta de dire " Allons-y ", et ils se dirig�rent vers l'unique couloir qui d�bouchait sur l'ext�rieur.

Sy� passa discr�tement la t�te dehors pour observer. Ils se trouvaient au sommet d'une pyramide basse dont les c�t�s �taient creus�s en escaliers. Les nuages noirs fermaient le ciel � tel point qu'on ne pouvait savoir s'il faisait jour ou nuit. Une brume parcourait les alentours en diff�rentes vapeurs que la luminosit� rendait vertes ou brunes. Les miasmes qu'elle v�hiculait envahissaient les poumons et donnaient la naus�e, car il s'y reconnaissait trop bien l'odeur de la mort. De nombreuses ruines s'�talaient alentours, parcourues par des ombres lentes marchant sans but apparent. Loin sur la droite, � l'or�e d'une for�t dense se perdant dans les brumes naus�abondes, d'innombrables formes sombres se tenaient regroup�es et ordonn�es. On y distinguait toute sorte de silhouettes, autant humano�des qu'animales, comprenant des Hommes, des Goules, des Momies, des Zombies, des Gobelours et de nombreuses Ombres des roches. Ils formaient une arm�e massive dont seule une partie apparaissait. Devant les troupes, un humain isol� fixait la for�t comme en attente d'un signal. Bien qu'il ne l'aper�oive que de loin, Araknor reconnut la cape au d�grad� noir et blanc d�j� remarqu�e sur le Plateau du Levant, d�signant sans doute possible l'un des bras droits d'Heka.
Certaines cr�atures, trois fois plus hautes que les autres, parcouraient et surveillaient les rangs. Elles semblaient constitu�es d'obscurit� m�me, malgr� une aura claire et bleut�e irradiant de leur corps. Leurs bras tombaient jusqu'� leurs genoux et leur t�te aux traits imperceptibles derri�re cette noirceur absolue ne laissait deviner que de larges yeux bleus..
- " Des T�n�breux ! dit Sy�. Mieux vaut les �viter, partons vers la gauche, nous prendrons moins de risque.
- Mais il y en a aussi dans cette direction ", souffla Araknor avec peine tant son malaise l'envahissait toujours.
- C'est l� o� tu peux intervenir, Sharkan. Sharkan ? "
Il �tait debout mais ne r�pondait pas. Il tenait � peine sur ses jambes et peinait � ne pas se laisser envahir de somnolence. Sy� le secoua, un peu nerveuse d'approcher de si pr�s cette armure dangereuse, et le fit revenir � lui. " Sharkan, r�veille-toi ! Tu es le seul qui ressemble � un mort-vivant. Tu dois nous guider, nous ferons comme si nous �tions tes prisonniers. Ce n'est peut-�tre pas le meilleur plan mais c'est le seul qui me vienne � l'esprit. Si vous avez des suggestions� "
Encore une fois personne ne r�pondit. Ils poussaient par intermittence d'inqui�tants g�missements et suivaient sans parler. Sharkan passa devant eux et fit signe de le suivre. Sy�, Araknor et Nejma lui embo�t�rent le pas, t�te basse. Ils descendirent les marches de la pyramide jusqu'au sol jonch� de carcasses d'animaux d�vor�s sur place. Du sang s�ch� parsemait les rochers o� plusieurs vautours ramassaient les rares restes. Ils marchaient droit devant eux, croisant des groupes de Goules qui ne leur pr�t�rent aucune attention. Apr�s quelques minutes de marche, ils aper�urent l'or�e d'une for�t en tout point similaire � celle devant laquelle l'arm�e �tait rassembl�e. En traversant les ruines, ils ne reconnurent rien des anciens b�timents d�truits depuis trop longtemps et colonis�s par la v�g�tation. Seules des mousses pourpres et des foug�res naus�abondes se d�veloppaient et recouvraient les pierres mill�naires.

Approchant de la for�t o� ils seraient probablement � l'abri, une voix s�pulcrale brisa leur �lan. " Halte ! Il est interdit d'aller dans les bois, o� allez-vous ? " Un T�n�breux les rattrapait � grandes enjamb�es. " Retournez dans vos rangs, Tr��mhyr-Ankha veut toutes ses unit�s en ordre. " Il passait lentement � c�t� de chacun des compagnons, r�pandant son aura glaciale autour d'eux. Sharkan, conscient que seules la loi du plus fort et l'intimidation r�gnaient en ces lieux, commen�a d'une voix s�re : " Je ne suis pas ton larbin, T�n�breux. Rigel lui-m�me m'a offert cette armure et confi� ces prisonniers, je vous rejoindrai quand j'en aurai fini avec eux. Maintenant, disparais avant que je ne perde patience. "
Le T�n�breux se retourna pour partir, convaincu par l'armure impressionnante de Sharkan, mais fr�lant Sy�, il comprit la supercherie et hurla : " Il y a du sang dans tes veines ! Tra�tresse ! Meurs, chienne ! " Lorsque le T�n�breux tenta de saisir Sy�, elle se projeta en arri�re et incanta avant sa chute. Une lueur apparut et se transforma en v�ritable lumi�re �blouissante. Le T�n�breux grogna de douleur, engendrant une vive excitation autour de lui. De nombreux hurlements t�moignaient de l'arriv�e d'une cohorte de cr�atures. " Courez ! " cria Araknor, et tous se pr�cipit�rent vers la for�t. La lumi�re magique dissip�e, le T�n�breux se lan�a � la poursuite du groupe, suivi de dizaines de Momies et de Bl�mes. Mais le g�n�ral, suivi du demi-elfe, de l'elfe et de l'halfelin d�pass�rent les premiers arbres et s'enfonc�rent sans attendre au sein de la for�t. Le T�n�breux stoppa � regret sa course aux limites des ruines, imit� par ses sbires.
Les quatre amis couraient toujours, sans s'arr�ter malgr� leur fatigue et leurs membres engourdis. Ils se dirigeaient droit devant eux jusqu'au sommet d'une colline rocailleuse o� la brume �tait moins dense, et o� ils aper�urent au loin des rayons solaires donnant un �clat blanc � la for�t enneig�e, signifiant la fin de la nu�e oppressante.
Ils s'arr�t�rent un instant et la bonne visibilit� que la colline accordait leur permit de constater qu'ils n'�taient plus suivis. Le tumulte des ruines s'estompait peu � peu. Malgr� l'obscurit�, un paysage superbe se devinait. De larges et basses combes s'�tendaient sous leurs yeux, enti�rement recouvertes d'arbres. La fin des nuages immobiles se trouvait � plusieurs heures de marche, pourtant ils d�cid�rent de s'y rendre au plus vite, les morts-vivants craignant la lumi�re du jour. 
- " Sy�, demanda Nejma, as-tu donc recouvr� la m�moire pour te rappeler tes pouvoirs magiques avec tant de pr�cision ? Sur trois sorts tu ne t'es pas tromp�e une fois.
- Non, Nejma, mais lorsque j'ai �t� transform�e en chat par Heka, j'ai r�alis�, un peu tard, que je pouvais dissiper ce sort. Cela a fait resurgir � ma m�moire nombre de sortil�ges en les d�duisant de la mani�re de les contrer.
- Et Rigel et Heka, qui sont-ils ? interrogea Araknor qui avait oubli� sa col�re envers l'elfe.
- Plus tard Araknor, parlons-en � t�te repos�e si tu veux bien. La proximit� des ruines n'est pas des plus propices aux longues conversations.
Ils en convinrent tous et s'�lanc�rent de nouveau dans la for�t inconnue. Elle se composait principalement de feuillus dont les feuilles bigarr�es tombaient avec l�g�ret� au sol. L'hiver semblait plus pr�coce ici et d�j� aux couleurs automnales se joignait une fra�cheur s�che et vivifiante. Pendant leur course d'une combe � l'autre, Araknor, Nejma et Sharkan se sentaient moins mal corporellement bien que leur esprit soit toujours dans un �tat de flou malsain. Ils ressentaient moins le froid aussi, bien que celui-ci s'intensifie sensiblement.
Ils entendaient r�guli�rement des bruissements dans les fourr�s environnants. Parfois ils croyaient deviner des formes animales, mais malgr� l'am�lioration de la vue de chacun, sauf celle de Sy�, les cr�atures se d�pla�aient trop rapidement pour �tre vraiment distinguables. " Nous sommes cern�s ", dit Sharkan dans un r�le. Atteignant la lumi�re directe du soleil, Araknor et Nejma s'arr�t�rent et g�mirent de douleur. " Pas par-l� ! " dirent-ils en c�ur. Sy� soupira : " C'est bien ce que je craignais� "
Elle n'eut pas le temps de d�velopper sa pens�e car un sifflement aigu� se fit entendre. D�s cet instant les bosquets autour d'eux se mirent � vibrer et toutes sortes de b�tes en sortirent. Parmi elles se trouvaient des Ankhegs aux mandibules aussi larges que tranchantes, des Charognards Rampants, une meute de Worgs et quelques Ettercaps. Leurs yeux exprimaient une faim non assouvie et une agressivit� non contenue. " Dans les arbres, vite ! " lan�a Araknor, et alors que les monstres se ruaient sur eux, Nejma fit quelques acrobaties et se retrouva sur un haut ch�ne. Sy� et Araknor n'eurent aucun probl�me d'ascension non plus gr�ce � l'agilit� reconnue des Elfes, mais Sharkan se trouvait en difficult� car son armure g�nait ses mouvements. Araknor sauta � terre et eut � peine le temps de hisser Sharkan avant d'avoir les premiers ennemis sur lui. D�gainant Sybalure en poussant un cri guerrier, il se jeta au combat.
L'�me du D�sert traversait les corps et les carapaces avec une facilit� d�concertante. Lors d'un coup dirig� vers un loup, l'animal mourut alors qu'il fut uniquement �rafl�, r�v�lant la magie de Sybalure, �p�e vorpale. Nejma ne pouvait que regarder, impuissant, pendant que Sy� lan�ait des sorts afin d'�loigner certaines b�tes du r�deur. A la premi�re occasion, Araknor sauta en l'air et parvint � attraper une branche du saule dans lequel il se hissa. Les cr�atures tournaient autour des arbres, guettant leur proie mais ne pouvant les attaquer tant qu'ils restaient perch�s.

Apr�s un temps de soulagement et d'essoufflement, Araknor d�clara :
- " On dirait que mes capacit�s de combat s'am�liorent, et cela ne vient pas seulement de la magie de Sybalure.
- Je le ressens �galement, dit le moine depuis son ch�ne.
- De m�me pour moi, intervint Sharkan.
- C'est normal, commen�a Sy� tristement. J'ai compris ce qui s'est pass� dans les ruines. "
Elle soupira, prise d'un air d�sol�. Elle regarda un instant les b�tes sous les arbres dont certaines se battaient entre elles, puis continua, un n�ud dans la gorge : " Vous vous changez progressivement en mort-vivants. " Nejma manqua de peu de chuter tant sa surprise fut grande.
- " La boue qu'ils nous ont fait boire permet cette transformation, expliqua Sy�. Vos facult�s se d�veloppent car votre esprit se focalise petit � petit sur le combat, aussi bien l'attaque que la d�fense. Vous ne vivrez bient�t que selon la loi du plus fort, perdant votre libre arbitre, oubliant la r�flexion et la justice. C'est aussi pourquoi vous commencez � craindre la lumi�re du jour, sauf Sharkan que son armure prot�ge.
- Non, je ne peux pas te croire� ", se d�sesp�ra Araknor, bien qu'il sente en lui que Sy� ne mentait pas.
- " Tu as aussi bu de cette boue, Sy�, intervint Nejma, comment se fait-il que tu n'en subisses apparemment pas les effets ?
- Je l'ignore, mais cela nous a permis de fuir. Nous aurions certainement d� �tre paralys�s jusqu'� ce que la transformation soit effectu�e, justifiant ainsi qu'aucun mort-vivant n'�tait sur ses gardes.
- A propos de gardes, r�fl�chissait tout haut Sharkan, je commence � comprendre quelque chose. Avez-vous observ� les boucliers des hommes ? De vieux boucliers d'Ystria, us�s par l'�ge. Nous sommes probablement sortis des ruines maudites d'Eclaircie au centre de L�ole. Et ces guerriers sont ceux envoy�s par Ystria apr�s la d�cision du Conseil d'Erakis. Pire que tu�s, ils furent chang�s en mort-vivants� Ces combattants ont pr�s de deux cent ans.
- S'ils r�unissent ainsi depuis des si�cles les hommes et animaux qui s'aventurent aux ruines ou y sont envoy�s comme ce fut notre cas, leur arm�e doit �tre v�ritablement impressionnante.
- Oui, se rembrunit Araknor, et chaque instant qui passe nous rapproche d'eux. Nous serons bient�t des leurs. Je me demandais pourquoi je n'avais pas succomb� � ma blessure dans la gorge ; je r�alise que c'est parce que je suis d�j� mort� "
Coupant leur conversation, une pluie de fl�ches s'abattit soudain sur les pr�dateurs. Le sifflement des projectiles ne s'interrompait pas, provenant de toutes les directions. Les corps tombaient et peu parvenaient � fuir sans blessure. En un rien de temps, les derni�res plaintes des b�tes bless�es s'effa�aient derri�re le bruit du vent. Sans attendre, plusieurs elfes bondirent de ramure en ramure et se retrouv�rent sur des arbres proches. Sharkan, Araknor et Nejma avaient chacun plusieurs fl�ches point�es vers eux. Un grand elfe particuli�rement fin glissa le long d'un tronc et arriva sur une branche �paisse qui pointait en direction de Sy�. Il s'y avan�a, et son poids semblait n�gligeable car bien que la branche s'affine � mesure, elle ne ploya pas. De longues oreilles per�aient ses cheveux blonds regroup�s en tresse ci et l�. Il arborait un sourire amical m�l� de beaucoup de curiosit�. Face � Sy� assise sur sa branche, il fit une courte r�v�rence et se pr�senta :

- " Bien le bonjour, je m'appelle Dr��n, Ma�tre chasseur, et voil� M�arten, druide, suivi de nos compagnons : Fy�ia, Upe�le, Lymanion, Vofiol�n, Dyast� et Tralysias. Avec le boucan que vous avez provoqu�, on vous entend � des lieues ! Vous semblez �gar�e, mais rassurez-vous, vous ne craignez plus rien. De quel coin d'Art�sia �tes-vous ?
- Art�sia ? r�p�ta Sy�, perplexe.
- N'�tes vous pas des Elfes de L�an ? " demanda Araknor.
Surpris de l'entendre prendre la parole, Dr��n interrogea Sy� : " Ces revenants sont avec vous ? " Ils avaient en effet l'air plus morts que vifs et on les confondait d�j� facilement avec des morts-vivants � voir la blancheur de leur peau et l'armure de Sharkan.
- " Je ne suis pas un revenant ! objecta Araknor, je suis un demi-elfe !
- Oui, ce sont mes amis, r�pondit Sy�. La situation est compliqu�e�
- Bien, alors pour vous r�pondre, nous sommes assur�ment des Elfes, mais L�an est un nom inconnu ici. Nous sommes au royaume d'Art�sia, et si vous ne venez pas de ces for�ts, je me demande d'o� vous �tes. " dit-il en gardant son ton enjou�.
- Nous venons des ruines occup�es par des cr�atures des t�n�bres, et auparavant, nous venions d'Edara, un autre continent au-del� de la mer.
- Vous venez des ruines ? Un autre continent ! s'exclama Dr��n. Se pourrait-il� ? " Il r�fl�chit un instant puis continua :
- " Que diriez-vous de venir f�ter cette joyeuse rencontre dans notre village ? Vous avez de nombreuses choses � nous conter !
- Nous appr�cions l'invitation, r�pondit Nejma, h�las le temps nous est compt�. Le Ma�tre de Magie est un tra�tre et nous avons grand besoin de soins. Serait-il possible de rencontrer votre roi au plus vite ?
- Le Ma�tre de Magie ? J'ignore qui il est. Quoiqu'il en soit, notre roi est une reine, Edr�ane, et nous sommes � plus d'une journ�e de voyage de son village. Comme la nuit tombe, nous ne pourrons partir que demain, mais � la premi�re heure nous serons en route, promis ! Je comptais vous amenez � Edr�ane de toute fa�on.
- Dans ce cas, nous acceptons votre proposition avec plaisir. " acquies�a Sy�.

Ils avaient tous besoin de reprendre des forces et l'id�e d'un bon repas les r�jouissait d�j�. Ils descendirent des arbres et les elfes firent un cercle autour d'eux. Fy�ia, Upe�le, Lymanion, Vofiol�n, Dyast� et Tralysias charg�rent les b�tes comestibles sur leurs �paules puis band�rent leurs arcs en scrutant les fourr�s. Dr��n et M�arten marchaient en t�te, eux aussi pr�ts � tirer. Ils ne s'occupaient plus des voyageurs, se concentrant enti�rement sur les sons environnants. Cela permit � Araknor et aux autres de parler comme s'ils �taient seuls.
- " Je n'en reviens pas ", dit Araknor, toujours prit de crispations de douleur, � m�me titre que Nejma et Sharkan. " Des Elfes autres que ceux de L�an ! Qui peuvent-ils bien �tre ? Peut-�tre est-ce de l� que tu viens, Sy�.
- Je crains qu'il ne faille attendre de rencontrer leur reine pour le savoir, en tout cas ces paysages ne m'�voquent aucun souvenir.
- Ces Elfes doivent �tre vraiment isol�s pour que personne ne les connaisse, intervint Nejma. Isol�s � tel point qu'ils ne connaissent m�me pas le Ma�tre de Magie.
Ils longeaient la limite des nuages, et devant eux s'�tendait une for�t d'autant plus somptueuse. Par endroits, des amas de neige s'entassaient aux pieds des arbres ou dans un creux. Les rayons du soleil rasaient la for�t et traversaient les frondaisons lib�rant leurs lueurs d'automne. De nombreux oiseaux parcouraient le ciel en chantant, � la recherche d'une nourriture de moins en moins abondante. Une s�r�nit� profonde se d�gageait de cette for�t, bien qu'apparemment elle ne soit pas sans danger. Atteignant le sommet d'une combe, ils voyaient � l'infini des arbres habillant des reliefs vallonn�s, et au loin se devinaient de rares formes noires planant au-dessus de la for�t. Lors d'une pause sous de vieux saules, Nejma demanda avec un tremblement d'anxi�t� dans la voix :
- " Sy�, qui sont Rigel et Heka ?
- Eh bien� " Elle prit son souffle et continua d'un air grave, " Ce sont les enfants des Dieux.
- Impossible, dit Sharkan, les d�it�s n'existent plus depuis la Col�re des Dieux.
- Et quel �ge ont le Ma�tre de Magie et sa s�ur � ton avis ? r�torqua Sy�. Je vous avais dit qu'ils �taient fr�re et s�ur, les souvenirs qui me reviennent ne sont donc pas qu'extrapolations, je sais ce que je dis.
- Et qui es-tu, toi ? s'emporta Sharkan. On ne sait rien de toi, ni d'o� tu viens, ni comment tu connais tant de choses alors que personne ne semble t'avoir jamais vue. Je me demande si nous avons raison de t'accorder une enti�re confiance.
- Du calme Sharkan, intervint Nejma. Elle ne t'agressait pas. Je sais � combien c'est dur, mais ne c�de pas � la haine qui tente d'envahir nos esprits. Araknor et moi r�sistons aussi difficilement, alors n'oublions pas que nous sommes amis, et que s'il se pr�sente un combat, ce ne sera pas entre nous.
- Excuse-moi. Ce n'est pas facile.
- Le Ma�tre de Magie, soupira Araknor, un tra�tre�
- Oui, dit Sharkan dans un souffle de d�sespoir. J'ai eu le temps de r�fl�chir � ses actes, et je me rends compte � quel point rien n'a �t� laiss� au hasard. Si depuis toujours le but de Rigel �tait de r�cup�rer la cordi�rite lorsqu'elle serait d�couverte, il a parfaitement r�ussi, s�r d'�tre aid� de tous. Ypsen sous ses ordres, il contr�lait Ystria. Il a facilement gagn� l'admiration des habitants par l'aide et l'embellissement qu'il a apport� � cette ville. Il si�geait au Conseil d'Erakis, restant ainsi inform� de tout ce qui s'y d�roulait. Sham, lui aussi sous ses ordres, pr�parait une arm�e de mages. D'ailleurs, c'est Rigel lui-m�me qui supervisait la formation des meilleurs magiciens, lui permettant, outre d'avoir une large influence sur chacun d'eux, de contr�ler leur savoir et conna�tre leurs faiblesses. C'est lui aussi qui a lanc� l'id�e du tunnel de Melk, rendant le royaume des Nains plus vuln�rable. Enfin, gr�ce � la protection accord�e � Ourgast, il pouvait d�truire cette ville en quelques secondes.
- Oui, dit l'halfelin, je ne doute plus que ce soit lui.
- De plus, il a r�uni une arm�e gigantesque sans que personne ne s'en aper�oive. Mais le plus subtil, c'est qu'�tant devenu l'ami de tous, il suffisait � Heka de lancer une attaque d�vastatrice pour qu'une seule personne apparaisse comme le sauveur potentiel, le Ma�tre de Magie. Il n'avait qu'� intensifier les attaques pour que l'on s'empresse de lui amener cette maudite cordi�rite. Il faut avouer que c'est un strat�ge exemplaire.
- T'as qu'� faire son �loge aussi ! s'�nerva Nejma sans pouvoir se contr�ler.
- Si vous ne voulez pas de mes explications, vous vous d�brouillerez seuls pour essayer de comprendre. "
Sharkan devenait de plus en plus irascible et froid. Araknor et Nejma, eux aussi emplis d'une col�re irr�pressible, parvenaient mieux � la contenir. Dr��n et M�arten relanc�rent la marche et descendirent au sein d'une vall�e encaiss�e. Ils parcoururent les broussailles sous les arbres pendant plusieurs heures, avec de rares attaques vite contr�es par la rapidit� de tir des Elfes. Une nuit sans lune s'annon�ait, presque aucun d�tail du paysage ne se percevait. Seuls les chasseurs avan�aient avec assurance.
Dr��n stoppa, �couta longuement les alentours, siffla tel le chant d'une grive et d'un ch�ne au pied d'une forte pente se d�roul�rent une �chelle et des cordages. Soulag�s d'arriver � leur village, les elfes s'arr�t�rent pour regrouper les marchandises qu'ils hiss�rent gr�ce aux cordes. Dr��n et M�arten escort�rent Sy� et ses amis le long de l'�chelle d�bouchant sur un plancher de bois construit autour du tronc, o� l'on pouvait marcher en confiance. De l� naissaient des escaliers encerclant l'arbre et permettant d'acc�der plus haut � un pont de bois tendu entre deux arbres, et ainsi de suite de feuillu en feuillu le long de la pente raide.

A son sommet, un fabuleux spectacle se r�v�la : en contre-bas, le relief se tassait, laissant la place � un vaste plateau se perdant dans l'obscurit�, et sur les cimes des arbres des myriades de lumi�res orang�es illuminaient les feuillages et se ramifiaient en toile d'araign�e jusqu'aux collines environnantes. " Bienvenue � �vo'h�l, notre village. " dit fi�rement Dr��n. Ils se situaient � l'extr�mit� de l'une des ramifications de la toile, ainsi il leur suffisait maintenant de suivre les lumi�res pour se trouver en plein c�ur du village. Des terrasses bien plus vastes y �taient am�nag�es, parfois construites autour de plusieurs arbres. Il n'y avait aucune habitation particuli�re, tous semblaient r�sider sur de petites terrasses ouvertes, chacun choisissant l'arbre autour duquel il d�sirait habiter.
Le d�cor enchanteur s'harmonisait parfaitement avec la bonne humeur et l'insouciance des elfes d'�vo'h�l. A peine arriv�, Dr��n se jeta dans les bras de sa femme et embrassa ses deux jeunes filles. Il fit les pr�sentations, un peu g�n� pour trouver les bons mots expliquant la situation de ses invit�s tr�s particuliers, puis d�clara cette soir�e " soir de f�te. " Tout le monde se mit en branle, certains apportant nourriture et boissons, d'autres disposant � terre des couvertures et pr�parant un feu sur un amas de rochers hiss�s sur la terrasse. Le soir tomb�, alors que la chasse prenait fin, les villageois se retrouvaient souvent ainsi, d�gustant les plats pos�s sur des couvertures. Embellissant ces festivit�s, plusieurs musiciens chantaient accompagn�s d'instruments rustiques, et bien qu'ils ne puissent atteindre la m�me perfection musicale que les Initi�s, leur m�lodie n'en �tait pas moins harmonieuse et apaisante.

Sy� avait abandonn� l'id�e de leur expliquer la situation. Etant ainsi coup�s du monde, ils n'auraient pu comprendre l'importance et l'enjeu de la guerre. Ils n'avaient donc plus qu'� attendre le lever du soleil afin de se remettre en route. Araknor, parfaitement conscient de sa situation, parvenait � chasser provisoirement son c�t� mal�fique � travers le bonheur de se trouver au sein d'une f�te si prometteuse qu'il ne servait � rien de g�cher par de sombres consid�rations. Nejma tenta de suivre son exemple mais pr�f�ra finalement se concentrer sur son mal afin de l'analyser pour mieux le contr�ler. Sharkan quant � lui restait assis en silence sous les branches, l� o� les lumi�res ne parvenaient pas. Plusieurs elfes os�rent lui parler, cependant ne recevant aucune r�ponse, ils finirent par penser que Sharkan dormait sous son armure.
Sy� �coutait les histoires et les chants elfiques en discutant longuement avec Dr��n et M�arten qui se r�v�l�rent tr�s curieux d'en apprendre sur les autres continents et les autres peuples d'Erakis. Dr��n �tait tr�s excit� � l'id�e de pr�senter les voyageurs � leur reine et Sy� partageait la m�me impatience. La nuit se passa ainsi, charg�e de convivialit� et d'alcools locaux qu'Araknor c�l�brait par la danse et par ses r�cits emphatiques de leurs aventures pr�c�dentes. De tr�s jeunes elfes s'�taient r�unis autour de lui et le r�deur leur racontait en brandissant Sybalure comment il s'�chapp�rent du temple de la Lune malgr� les blessures mortelles et les ennemis gigantesques tombant comme pluie sur eux. Les petits criaient de frayeur ou de stupeur en lan�ant parfois des " Bouh ! Elle est m�chante l'elfe noire ! "

Des habitants se mirent � danser en couple sur une musique entra�nante et Araknor reconnut cette chor�graphie car ils pratiquaient la m�me � L�an. Gris� par cette f�te si inattendue et par cette danse qui lui rappelait son enfance, il invita Sy� en lui faisant une gracieuse r�v�rence. La magicienne, elle aussi heureuse au milieu de ces villageois si chaleureux, y vit un moyen d'effacer l'ancienne col�re qu'elle et le r�deur s'�taient t�moign�s un temps. Elle accepta donc avec plaisir et se laissa porter par Araknor qui se concentrait au maximum, �pris de Sy� et ne d�sirant plus la d�cevoir. A voir son sourire et ses yeux complices, Sy� appr�ciait visiblement la danse que la dext�rit� du r�deur rendait gracieuse.
A la fin du morceau, Dr��n invita Sy�. Araknor s'assit � c�t� de Nejma qui r�fl�chissait toujours. Accompagnant la musique gagnant en intensit�, Dr��n entra�nait sa gracile cavali�re en des mouvements rapides et fluides. La robe de Sy� volait, engendrant des jeux de lumi�re selon les ombres qu'elle produisait. Ils dansaient en parfaite synchronisation tant Dr��n la conduisait avec talent, et Sy� riait d'all�gresse au sein de cet univers tourbillonnant. Araknor perdit son sourire et serra les poings. Sy� semblait �panouie dans les bras d'un inconnu. Une incontr�lable jalousie s'empara de lui, puis sentant la col�re affluer, il mit la main sur la garde de son �p�e, pr�t � d�gainer afin de ch�tier Dr��n de son assurance et de son emprise sur Sy�. Il s'imaginait d�j� enfoncer sa lame dans le c�ur de l'elfe, n�anmoins au prix de violents efforts il parvint � contr�ler son geste et l�cha son �p�e au profit d'un verre d'alcool.
Dans le m�me temps, Nejma contemplait aussi la sc�ne, voyant de nouveau Sy� dans sa plus grande beaut�. Il ne pouvait pas danser avec elle, car d'une part il ignorait les pas, d'autre part il �tait trop petit pour guider ou m�me suivre les mouvements de la magicienne. Nejma �prouva une grande tristesse et se sentit pour la premi�re fois frustr� de sa diff�rence de taille. Il en vint � maudire int�rieurement tous ces elfes et Araknor. L'halfelin avait lui aussi envie d'�tre seul maintenant. Il saisit une couverture et s'endormit sous les �toiles.
 
Seul Araknor festoyait encore avec quelques r�sistants lorsque les premi�res lueurs de l'aube vinrent frapper les arbres d'�vo'h�l. Dr��n et M�arten arriv�rent, un peu fatigu�s, et ils r�veill�rent leurs h�tes.
- " Debout mes amis, il est temps de partir pour Ypi-Na�, le village d'Edr�ane.
- Oh oui ! cria Araknor, allons danser et boire � Ypi-Na� ! "
Son excitation retomba vite. Les premiers rayons du soleil le heurt�rent et il se mit � geindre de douleur en se recroquevillant. Nejma poussa � son tour un cri de souffrance en se lib�rant de sa couverture. Sy� s'empara alors de trois capes �paisses et en recouvrit le r�deur et le moine, puis Sharkan afin de dissimuler en partie son armure mal�fique. Les elfes s'�taient un peu effray�s mais le calme de Dr��n et de M�arten les l�nifia � leur tour. Dr��n ne comprenait pas tous les �v�nements, pourtant il faisait confiance � Sy� qui semblait ma�triser ses compagnons. Fy�ia, Upe�le, Lymanion, Vofiol�n, Dyast� et Tralysias vinrent saluer les voyageurs. Dr��n et M�arten les emmen�rent ensuite le long de passerelles les menant au sommet d'une colline � proximit�. Ils parvinrent devant un solide radeau suspendu dans les branches, dont le centre �tait occup� par un haut m�t. En dessous, une pente vertigineuse, tapiss�e de planches, se perdait presque au milieu des arbres � une lointaine distance. " Mettez cela � vos doigts " leur dit Dr��n en leur tendant des anneaux. Sy�, en prenant place sur le radeau avec ses amis, examina son anneau. Forg� � partir d'une mati�re difficilement identifiable, ses d�corations lui donnaient l'apparence d'un amas de feuilles morte. A l'int�rieur, elle vit une inscription :
- " 'Dr��n'. Est-ce votre anneau ? s'enquit-elle. A quoi servent-ils ?
- Oui, c'est le mien, et ceux-ci appartiennent � M�arten, Fy�ia et Upe�le. Nous vous les pr�tons jusqu'� notre arriv�e � Ypi-Na�. Ils constituent une s�curit�.
- Une s�curit� ? " demanda Nejma en passant l'anneau � son doigt.
Sharkan ne pouvait l'ajuster car son armure avait recouvert ses doigts de longues et larges griffes. Constatant cela, Dr��n, d�cid�ment peu apeur� par Sharkan, s'approcha de lui avec une corde et lui dit " Laissez-moi vous accrocher au m�t, ce sera plus prudent pour vous. ", mais alors qu'il approchait la corde de Sharkan, celui-ci chassa la main de Dr��n avec violence. " Jamais vous ne m'attacherez ! " hurla-t-il, r�v�lant sous son heaume deux lueurs rouges jaillissant de ses yeux invisibles. Sy� se pr�cipita et prit les griffes du g�n�ral dans ses mains.
- " Sharkan, ce sont nos amis, ils ne veulent pas nous nuire.
- Regarde, poursuivit Araknor, l'anneau est � mon doigt et il ne m'arrive rien de n�faste. Fais-leur confiance, ou au moins, fais-nous confiance. "
Apr�s un long silence, Nejma s'approcha avec la corde et Sharkan ne r�sista pas.

" Tenez-vous bien au m�t du mehve ! " leur dit Dr��n. Ce faisant, Sy� commen�a " De quelle protection� ", mais son cri mit fin � son interrogation, c�dant la place � une frayeur soudaine. Ayant bascul� dans le vide, le mehve s'�lan�ait presque � la verticale le long des planches install�es sur la d�clivit�. Nejma, Araknor et Sy� hurlaient de peur en voyant les arbres d�filer � leurs c�t�s � une vitesse inhabituelle. Le plancher prenait bient�t fin et derri�re, un ravin jetait ses flancs loin en profondeur. Leurs cris redoubl�rent, provoquant les sourires complices de Dr��n et M�arten.
Au dernier moment, Dr��n d�noua une corde du m�t, lib�rant une large voile blanche sur laquelle apparaissait un arbre embl�matique, symbole identique � celui du domaine elfique de L�an. M�arten desserra des cordages et quatre voiles lat�rales prolongeaient maintenant le mehve de chaque c�t�. Le radeau se jeta dans le vide et M�arten entra en transe. Le vent se mit � souffler en remontant le ravin, les propulsant au-dessus des arbres. Ils volaient.
Leurs yeux rest�rent grand ouverts, boulevers�s pas tant de surprise et de nouveaut�. Dr��n riait en voyant les figures crisp�es et pourtant �merveill�es des passagers. Le mehve flottait maintenant dans les airs d'une mani�re assez stable. M�arten restait concentr� et Dr��n dirigeait les voiles. Les cheveux des pilotes battaient dans le vent et on devinait � leur sourire la pl�nitude qui les habitait. Et cela �tait compr�hensible. Les paysages s'�tendaient � l'infini, d'un vert d�chir� par l'automne. Les rayons du soleil filtraient entre les nuages, habillant les arbres de nuances color�es en chaque point diff�rentes. Hormis Sharkan fermement attach� au m�t, les autres commenc�rent � gagner en confiance et � se d�placer avec prudence le long du radeau.

- " C'est merveilleux, dit Sy�.
- Oui, r�pondit Dr��n. Art�sia est un domaine enchanteur o� nous vivons pour et avec la nature. En remerciement elle nous accorde ses faveurs et d�voile de jour comme de nuit ses multiples charmes.
- Et ce symbole ? demanda Araknor sous sa cape. D'o� vous vient-il ? Mon domaine d'origine a le m�me embl�me.
- J'ignore qui en est � l'origine, mais il nous repr�sente depuis toujours.
- Qu'appelez-vous toujours ?
- Plusieurs mill�naires je crois. Edr�ane vous r�pondrait mieux que moi.
- Et ces anneaux ? Quelle s�curit� procurent-ils ?
- Ce sont des anneaux de feuilles mortes. Chacun en re�oit un lorsqu'il arrive en �ge de voler. Si vous tombiez, ils ralentiraient votre chute, vous permettant de vous poser doucement au sol sans aucun mal.
- Incroyable. O� avez-vous appris cette magie ?
- Je ne sais pas ce qu'est la magie, mais comme je vous l'ai dit nous sommes en communion avec la nature et recevons d'elle l'inspiration n�cessaire � la cr�ation de ce genre d'ouvrage.
- Mais alors, sans ces anneaux une chute serait mortelle pour vous.
- Ne vous en faites pas, r�pondit Dr��n en riant, M�arten et moi volons depuis longtemps au-dessus d'Art�sia, nous ne risquons rien.
- D'ailleurs, demanda Nejma, comment parvenez-vous � faire voler une telle embarcation ? Je n'aurais pas cru cela possible si je ne le vivais � l'instant.
- Eh bien, la voile verticale nous permet d'avancer, comme vous le voyez, et les voiles lat�rales permettent de maintenir le mehve en altitude, capturant l'air et amortissant les chutes lorsque nous traversons des trous d'air. Pour s'assurer de l'aide des courants, d'une part nous avons appris � les conna�tre, comprenant par exemple qu'ils aiment souffler vers le haut sous les nuages, et d'autre part, observez la concentration de M�arten, il fait appel aux vents qui nous soutiennent.
- Vous parvenez � les influencer ! s'exclama Nejma. Nous avons une amie pr�tresse des Vents qui serait s�rement curieuse d'en apprendre plus � ce sujet. "

Ils continu�rent de parler pendant des heures. Leur conversation �tait parfois entrecoup�e de grognements sourds provenant de Nejma ou Araknor lorsque la souffrance due � leur combat psychique de plus en plus �prouvant les envahissait de nouveau. Ces crises, devenues fr�quentes, provoquaient des exc�s de violence �touff�s gr�ce � une volont� chaque fois plus vacillante. Sharkan ne parlait toujours pas. Dr��n, assailli des questions de Sy�, racontait pourquoi ils vivaient ainsi en hauteur et ne se d�pla�aient qu'exceptionnellement au sol. De tous temps la for�t dissimulait des hordes sauvages, certaines provenant des ruines. Ces cr�atures peu habiles, inf�od�es aux habitats terrestres, savaient n�anmoins parfaitement tendre des pi�ges et rares �taient les elfes qui �chappaient � leurs stratag�mes. Ils d�cid�rent donc de s'�tablir dans les arbres afin de ne plus risquer d'attaque, parcourant la for�t de branche en branche.
Avec la cr�ation des radeaux a�riens, la communication entre les diverses r�gions d'Art�sia fut facilit�e et une union de coop�ration et d'amiti� s'�tablit entre les villages. Cela favorisa aussi une chasse moins p�rilleuse, leur technique consistant � sauter du mehve  pour tuer la proie et la hisser au sommet d'un arbre o� le radeau revenait les prendre. Depuis, les jeunes elfes d'Art�sia pouvaient se sp�cialiser dans la chasse, le pilotage comme Dr��n, ou devenir druide afin de gagner l'aide des vents, comme M�arten.
Les derniers rayons du jour s'�talaient sur la for�t. Au loin se distinguaient par endroits des nuages d�versant une neige fine. Dans leurs moments de silence, Dr��n et M�arten savouraient la musique du vent et le bruit de leurs voiles ballott�es au gr� des courants. Les vall�es et les combes d�filaient sous les yeux �bahis des passagers. Au sud se dessinaient de basses montagnes per�ant la for�t, et derri�re ces montagnes, le ciel se confondait presque avec la mer naissante.

Ypi-Na� se trouvait dans un cirque aux pieds des premiers monts. Au-dessus de quelques lumi�res faibles apparaissant � l'approche de la nuit, Sy� devina d'autres radeaux volants regagnant la ville. La for�t au pied des falaises se constellait petit � petit de couleurs jaunes et orang�es. En survolant les premi�res lueurs, ils entendirent les chants discrets des elfes ayant pour coutume de chanter � la tomb�e de la nuit afin de c�l�brer la douceur d'une nouvelle ambiance nocturne. Comme � �vo'h�l, Ypi-Na� regroupaient les familles autour d'arbres am�nag�s, et les nombreuses passerelles et cordages reliaient les terrasses � la mani�re d'une toile d'araign�e.
M�arten soliloquait pendant que Dr��n rassemblait les cordages en repliant partiellement les voiles lat�rales. Ils perdaient doucement de l'altitude, le vent soufflait moins fort et ils finirent par se poser en douceur sur une grande plateforme pr�vue � cet effet. M�arten commen�a � ranger les voiles, les anneaux lui furent rendus, et Dr��n les exhorta � rejoindre sur-le-champ leur reine.

Elle se trouvait sous la ramure d'un c�dre, o� plusieurs enfants l'entouraient et chantaient alors que les adultes jouaient de divers instruments. A l'approche du groupe, Edr�ane vint � leur rencontre. Elle laissait vagabonder sa chevelure claire jusqu'� ses jambes, de nombreuses feuilles d'automne recouvraient ses habits et une grive dormait sur son �paule. Dr��n la salua avec respect, pr�sentant sans attendre Sy� et ses compagnons. Edr�ane, reine aux habits simples et au sourire affable, parlait avec naturel et inspirait d�s les premiers instants une confiance apaisante.
Inform�e de l'origine des visiteurs, le regard d'Edr�ane s'�claira. Lorsque Araknor lui demanda des pr�cisions sur leur embl�me commun, Edr�ane leur dit :
- " Aujourd'hui, notre territoire est limit� au nord par les ruines d'Eclaircie et ailleurs par l'oc�an. Personne ne le survole car nous en ignorons tout, de plus notre domaine est largement assez grand pour que nous nous en contentions sans chercher � d�couvrir ce qui nous entoure. N�anmoins ce ne fut pas toujours le cas, et cela, peu le savent. Il y a pr�s d'un mill�naire, alors que les mehves transportaient d�j� les chasseurs d'Art�sia, une centaine d'elfes d�cid�rent de franchir les eaux. Ils partirent vers l'est ou l'ouest, accompagn�s des druides les plus sages. H�las, jamais ils ne revinrent en Art�sia, et tous les crurent morts. Gr�ce � vous, je r�alise aujourd'hui que certains ont fini par d�couvrir une terre d'accueil.
- Nos anc�tres lointains seraient donc les m�mes ? demanda Araknor. Notre peuple est en effet assez jeune et tr�s peu port� sur l'histoire ; cela expliquerait aussi la similitude de nos symboles et de certaines danses.
- Le m�me sang coule donc dans nos veines, se r�jouit Edr�ane. Comment s'appelle ce domaine que ceux d'Art�sia fond�rent sur votre continent ?
- L�an. "
La reine sourit.
- " L�an� Ce nom est peu connu ici car cet elfe a v�cu en des temps recul�s. C'est lui qui r�alisa le premier radeau a�rien, il y a bien longtemps� "

Araknor voyait ses terres avec un regard diff�rent. Son peuple qui n'avait jamais r�ellement eu de pass� s'illuminait de mill�naires d'histoire � travers le discours d'Edr�ane. Araknor s'imaginait d�j� revenir � L�an, criant la nouvelle de l'existence d'Art�sia et de leurs anc�tres � tous. Maintenant qu'il y pensait, il se rendit compte combien L�an lui manquait. R�fl�chissant � cette population si d�sorganis�e et sans r�el lien entre les diff�rentes communaut�s, Araknor se surprit � vouloir gouverner L�an, entour� d'elfes agenouill�s, t�tes baiss�es. Des pens�es noires traversaient son esprit. Se sentant de plus en plus en confiance et l'art du combat lui devenant plus familier, il se voyait arrivant par les airs � L�an, brandissant Sybalure et s'imposant comme roi des Elfes. Puis Araknor pensa � sa m�re, parcourant probablement les for�ts de L�an, et cela r�fr�na ses envies de carnage et de domination. Il reprit son souffle, effray� par ses propres r�flexions. Nejma semblait tout autant perturb� ; son imagination stimul�e par un organisme changeant ne le poussait pas non plus vers la voix de la raison et de la sagesse. Quant � Sharkan, son mutisme volontaire devenait r�ellement inqui�tant.
Edr�ane leur proposa de f�ter leur rencontre et s'appr�tait � crier � tous l'heureuse nouvelle mais Nejma la coupa dans son mouvement. " Excusez-moi, dit-il, mais la priorit� n'est pas � la f�te. Vous encourez de graves dangers en nous recevant. " Nejma retira son capuchon et Araknor fit de m�me. Edr�ane, qui connaissait bien les monstres des ruines, comprit imm�diatement. Sy� lui narra avec pr�cision leurs aventures et la cause de leur mutation. La reine, � l'expression plus grave, leur fit signe de la suivre. " Il y a une personne � qui vous devez pr�senter vos fioles. C'est une vieille elfe, et m�me si elle semble peu concentr�e parfois, son �tat de transe presque constant lui octroie des dons de divination. Elle vous aidera peut-�tre. "

Non loin du c�ur du village, une �chelle menait � une terrasse �tablie autour de la cime d'un pin. A peine entr�s dans une des seules habitations entour�es de murs, ils furent cern�s d'une fum�e dense et inconnue. Sur de confortables coussins, entre les faibles lumi�res �clairant � peine la pi�ce, une elfe rid�e m�chait des champignons qu'elle ingurgitait lentement. Deste�ne r�pondit � peine aux salutations des nouveaux arrivants. Edr�ane lui expliqua la situation pendant que Deste�ne regardait autour d'elle ou fermait les yeux en entonnant de faibles chants �sot�riques. Elle semblait ne rien �couter mais Edr�ane poursuivait ses explications, puis fit signe � Sy� de lui tendre la boue et le sang. Deste�ne les saisit et les porta � son nez. Elle ricana en sentant le sang, mais lorsqu'elle approcha la boue de son visage, elle fut horrifi�e et jeta la fiole qui vint se briser sur l'armure de Sharkan.
- " La mort ! C'est la mort que vous amenez ici !
- Et le sang ? demanda Edr�ane ? Devines-tu ses propri�t�s ? "
La vieille elfe regarda fixement devant elle, leva doucement un doigt comme en attente d'une id�e sur le point d'appara�tre. " Oh, fit-elle en souriant, j'aime bien cette musique. " A part elle, personne ne l'entendait. " Mille feuilles mortes, �a tambourine dans ma t�te... " Sur ces mots, elle attrapa un flacon dans lequel reposait un liquide color� par la mac�ration de champignons et d'herbes inconnues. Elle en avala quelques gorg�es puis ferma les yeux, fredonnant un air confus. Araknor, peu convaincu quant � l'utilit� de leur visite, murmura � Nejma : " M�me moi je n'ai jamais �t� dans un tel �tat second� "
Deste�ne se renversa sur les coussins. Elle parlait � voix basse en s'arr�tant parfois de bouger, si bien qu'on la croyait endormie. Edr�ane fit signe de ne pas parler et chacun se tut, perplexe. Soudainement, Deste�ne se redressa en ricanant.
- " L'un envahit l'autre et l'autre envahit l'un. Ils se chassent mutuellement et ne peuvent cohabiter, mais d'une fa�on ou d'une autre, la mort ne restera plus longtemps une �trang�re.
- Si nous buvons du sang, gu�rirons-nous ? interrogea Nejma.
- Se ils l'un envahit mutuellement et l'autre et ne chassent peuvent l'autre cohabiter envahit l'un. "
L�-dessus elle s'endormit, ronflant discr�tement. " Elle ne dira plus rien aujourd'hui " pr�cisa Edr�ane.
Retournant sous le c�dre, Nejma observait les fioles. Edr�ane refusait d'intervenir dans leur choix, pourtant il devenait clair qu'il leur fallait tenter quelque chose plut�t que de virer encore plus profond�ment vers les t�n�bres de leur esprit. Araknor prit une fiole de sang dans ses mains et la tournait dans tous les sens. Les autres discutaient toujours, pesant le pour et le contre sans parvenir � la moindre d�cision. Confiant en son intuition, le demi-elfe approcha la fiole de sa bouche et but le sang � grosses gorg�es. Stup�faits, Nejma, Sy� et Edr�ane le d�visag�rent, anxieux. Araknor sentit une alchimie �trange se r�pandre dans son corps. Il commen�a � transpirer de plus en plus intens�ment. Le jour �tant couch�, il put retirer sa couverture puis quelques-uns uns de ses habits. Son souffle devenait haletant et il regardait dans toutes les directions, comme affol� par un processus qu'il ne comprenait pas. Ses jambes faiblirent et c�d�rent. Il tomba � genoux et se mit � baver, prit de crispations violentes. Ses compagnons paniquaient mais Edr�ane leur fit signe de ne pas agir. Du front du r�deur coulait maintenant une sueur noire, et de sa bouche s'extravasait le m�me liquide d�l�t�re. Araknor se tordit de douleur et ne put contenir des appels exprimant une souffrance insupportable. Cela dura plusieurs minutes pendant lesquelles Araknor r�pandait autour de lui une mare noir�tre et m�phitique.
" Transportons-le � ma demeure, conseilla la reine. " Elle posa les mains sur Araknor et continua : " L'�nergie n�gative le quitte peu � peu, mais son organisme est boulevers� et il souffre. Il se remettra dans quelques temps. Vous �tes sauv�s. "

Chez Edr�ane, Sy� parvint � convaincre Sharkan de se laisser approcher afin de lui faire boire du sang. Le g�n�ral s'allongea et Sy� versa le sang entre les crocs de son heaume. Malgr� leur attente, aucune r�action ne se pr�senta. Sharkan but de nouveau, sans plus d'effet.
- " C'est le Ma�tre de Magie lui-m�me qui l'a tu�, d�clara Nejma. Ce sang n'est apparemment pas suffisant pour Sharkan.
- Au moins le sera-t-il pour toi. " dit Sy�.
Nejma refusa de boire pour l'instant. Afin de ne pas avoir � trop argumenter il aborda ce qu'ils pourraient faire une fois partis d'Art�sia, car ils ne pouvaient s'attarder plus longtemps. Sharkan, dans un murmure o� sa voix se reconnut � peine, pronon�a : " Bruy�re� " Cela paraissait en effet la seule alternative. Bruy�re devait �tre pr�venue des intentions de Rigel et d�truire le Secret des Dieux dont l'existence fut confirm�e par le Ma�tre de Magie. De plus, l'Ecole d'Art se trouvait aux c�t�s de L�an et H�ze o� les conflits devaient faire rage. Leur force ne serait pas de trop.
Cependant il �tait impossible de remonter jusqu'� Ystria par les airs, car un goulet d'acc�l�ration du vent au niveau des vestiges d'Eclaircie balayait le plus solide des mehves. Aucun elfe d'Art�sia ne s'y risquerait. Quant � traverser la mer jusqu'� Edara, le projet apparaissait insens�.
- " Les Elfes d'Art�sia ont d�j� r�ussi une fois, dit Edr�ane. Avec notre connaissance du vol d�velopp�e depuis des g�n�rations, peut-�tre certains s'y risqueraient-ils, mais je dois avouer que j'en doute.
- Pourtant il nous faut nous y rendre au plus vite, intervint Nejma. "
Edr�ane appela alors une elfe qui jouait d'un instrument � vent perc� de plusieurs trous. " Tymiale, veux-tu bien demander � H�ulo, Wama�, Pie'l et Flyv�a de venir me trouver d�s que possible ? " Tymiale partit et la reine leur annon�a qu'elle s'occupait de trouver un pilote pour les emmener vers leur continent. Sy� et Nejma la remerci�rent, et avant de prendre cong� pour dormir, laissant Araknor aux bons soins d'Edr�ane, Sy� l'interrogea quant � l'�caille de platine incrust�e dans sa main. La druidesse n'avait encore rien vu de tel.

La nuit d�j� bien avanc�e, la plupart des elfes d'Ypi-Na� somnolaient ou m�ditaient autour de leurs arbres. Nejma demanda � Sy� de le suivre. Ils travers�rent en silence plusieurs ponts et s'assirent au bord d'une terrasse isol�e � partir de laquelle se distinguait la for�t s'�tendant vers les collines. On n'y voyait aucun signe de vie, et quelques flocons noircis par l'obscurit� firent leur apparition au-dessus d'eux.
- " Pourquoi n'as-tu pas voulu boire le sang, Nejma ? Edr�ane nous assure qu'il peut vous redonner vie, et je la crois.
- Moi aussi, dit gravement Nejma. Je conserve une fiole sur moi, mais je la boirai sans vous.
- Tu veux que je m'�loigne ?
- Non, Sy�. Je pars. Seul. Il faut pr�venir Centre de la trahison du Ma�tre de Magie. Il y a des Initi�s l�-bas qui pourront transmettre la nouvelle � tous nos alli�s.
- Nejma, c'est de la folie ! Nous devons aller voir Bruy�re et tenter d'�viter qu'Edara soit d�truite.
- Je le sais. Je vous rejoindrai au Mont Solitaire si vous et moi parvenons finalement jusque l�. Qui nous dit que l'arm�e des ruines n'est pas destin�e � d�truire Centre ou m�me les habitants d'Ystria ?
- Mais il est impossible de s'y rendre sans traverser les ruines. Tu as bien vu qu'elles sont infranchissables !
- Pas si je suis un mort-vivant.
Sy� resta stup�faite. Le courage de l'halfelin l'impressionnait. Rien ne semblait pouvoir le faire changer d'avis, et il pr�voyait son d�part pour l'aurore, sans pr�venir Sharkan ni Araknor.
- " Araknor ne me laisserait pas partir seul, cependant il sera plus utile avec vous, et Edara est sa contr�e, il est normal qu'il la d�fende. Ourgast n'existe plus et je ne veux pas que d'autres peuples subissent le m�me sort.
- Tu n'as jamais parl� d'Ourgast, Nejma. Et je ne sais toujours pas pourquoi lors de notre premi�re rencontre tu paraissais si d�pit� par le fait que je sois une magicienne.
- C'est vrai. Mon ma�tre N�am n'a jamais su les v�ritables raisons qui m'ont pouss� � devenir moine et � lui demander de venir enseigner son art dans ma ville. Je te fais confiance Sy�, et maintenant que mes doutes sont lev�s je peux t'en parler. "
Nejma se rembrunit, attrist� car tout ce dont il parlait �tait d�sormais d�truit. Sy� l'�coutait sans l'interrompre, et en racontant, Nejma ne contemplait que l'immensit� de la for�t s'offrant � leurs yeux.
" A Ourgast, le ciel est constamment couvert de nuages clairs, et la neige tombe sans interruption sur la ville. Jusqu'� il y a peu, mon peuple habitait dans des igloos solides. L'hiver permanent et la nu�e omnipr�sente emp�chaient la neige de fondre, nous permettant de vivre sans souci dans ces demeures modestes mais suffisantes car chaleureuses. Des feux �pars �clairaient la ville de jour comme de nuit, lui donnant une ambiance vesp�rale magnifique et conviviale. Bien avant que je naisse, les premiers navigateurs parvinrent � Ourgast. Cette terre n'offrant aucune ressource, ils ne la convoit�rent jamais, ainsi les Halfelins furent toujours laiss�s en paix, d'autant qu'aucune personne d'un autre continent ne parvenait � supporter longtemps son climat. Ourgast vivait donc parfaitement autonome.
" Il y cent cinquante ans, les Ourgasiens re�urent la visite d'hommes venus des terres et parcourant le continent en guise d'apprentissage. Ces voyageurs expliqu�rent qu'ils venaient d'une universit� au nord, cr��e depuis peu. Le village atypique plut aux mages en formation et malgr� la distance, ils pouvaient gr�ce � leur magie y retourner r�guli�rement afin d'en go�ter les plaisirs. La cordialit� de mon peuple leur plaisait. Les magiciens finirent par se lier d'amiti� avec nous et revenaient souvent au milieu des igloos d'Ourgast, symbole de d�tente.
" Pr�s de huit d�cennies apr�s leur venue, une catastrophe eut lieu. Un �t� pourtant aussi frais et sombre que les autres eut pour effet de faire fondre et s'effondrer tous les igloos. Un grand nombre des habitants furent bless�s ou tu�s.
" Compatissants et avec l'accord du Ma�tre de Magie, les mages apprirent aux constructeurs d'Ourgast l'art de faire l�viter les blocs de glace � l'emplacement souhait�. Une nouvelle ville prit alors forme. Les anciens igloos devinrent des maisons de glace, enti�rement bleut�es. Apparurent alors les �tages et les balcons, impossibles � r�aliser auparavant. Une fois la ville reconstruite, les magiciens l'envelopp�rent d'un champ invisible emp�chant les hautes temp�ratures de nous atteindre. Ce champ de protection pr�venait aussi la naissance de toute flamme au sein d'Ourgast, sauf de flammes sp�ciales enferm�es dans des lanternes magiques. Ainsi, aucun mage ne pouvait utiliser ici ses sorts de feu, garantissant une s�curit� d�finitive � la ville.
" Ourgast en fut d'autant plus belle, c'est vrai, avec toutes ces lumi�res pendues aux balcons, compensant par leur doux �clairage l'obscurit� quotidienne. Malgr� cela, les mages ne vinrent plus en ville. Seuls quelques-uns s'y install�rent d�finitivement apr�s leur formation. Discrets et courtois, ils ont �t� bien accept�s par la population qui voyait en leur pr�sence une aide suppl�mentaire en cas de besoin.
" Mais moi, je n'aimais pas ces hommes. Je ne leur faisais pas confiance car ils ont des pouvoirs bien trop sup�rieurs aux n�tres et en cas de conflit, nous n'avions aucun moyen de d�fense. C'est pourquoi je suis parti apprendre � me battre. Rejetant leur magie, force d'invocation, je pla�ai ma confiance en ma connaissance int�rieure, en la m�ditation et l'apprentissage du fonctionnement de notre corps et de la mani�re de canaliser sa propre �nergie. C'est pourquoi je n'�tais pas enchant� que tu fasses partie de la communaut� des mages. Mais ton cas est particulier, j'ai appris � t'appr�cier, et bien que tu restes � mes yeux - et s�rement aux yeux de beaucoup - tr�s myst�rieuse, tu as mon enti�re confiance. "
Sy� se sentit g�n�e, alors Nejma reprit :
- " La trahison du Ma�tre de Magie confirme mes doutes. Ce sont ses �l�ves qui ont d�truit Ourgast, j'en suis certain. Je n'ai personne qui m'attende sur Edara, ma patrie et morte et mon peuple d�cim�. Je ne veux pas que cela arrive de nouveau, c'est pourquoi je dois partir.
- Je te comprends Nejma.
- Dr��n et M�arten me ram�neront � l'aube � �vo'h�l, puis nous partirons aussi loin au nord que leur mehve nous le permettra. De l�, je remontrai vers Centre.
- Mais il y a des jours de marche pour atteindre Ystria, et la mer !
- Je n'irai pas � Ystria. Je vais voler une embarcation � l'arm�e des morts-vivants. Aspial m'a appris � naviguer ; si je parviens � prendre un bateau je serai � Centre en moins de deux jours. "
Apr�s un soupir, Sy� demanda :
- " Ta d�cision est irr�vocable ?
- Oui. "

La nuit s'�claircissait. Le jour s'annon�ait, bien que lointain, et Sy� et Nejma savaient qu'ils se quittaient pour longtemps. Le moine la mit en garde contre Sharkan, qui devenait impr�visible. Il �tait certes indispensable de trouver un moyen de le lib�rer de son mal, toutefois il fallait rester conscient qu'il penchait de plus en plus du c�t� ennemi. Il lui demanda aussi de prendre soin d'Araknor, puis se leva lentement et s'�loigna sans se retourner, le c�ur serr�. Les premi�res chansons elfiques se firent entendre, c�l�brant la nouvelle journ�e � venir. Lorsque le soleil frappa la cime des montagnes d'Art�sia, Nejma s'envola en compagnie de Dr��n et M�arten.
Araknor se sentait mieux. La fatigue de la lutte int�rieure qu'il avait d� livrer n'�tait rien face � l'interminable calvaire dont il sortait. Il avait retrouv� un teint normal et le soleil ne l'affectait plus. Une fois r�unis, Araknor, Sy� et Sharkan rejoignirent la reine qui se trouvait accompagn�e d'un elfe aux cheveux courts particuli�rement sombres. Chaudement v�tu, seuls le haut de son visage et un regard plein de d�termination apparaissaient derri�re une lourde �charpe. Edr�ane pr�senta Pie'l, leur pilote. Sy� leur expliqua l'absence de Nejma et bien qu'Araknor en soit d�pit� et soucieux, il ne pouvait que respecter la d�cision du moine. Edr�ane donna � chacun un anneau de feuilles mortes, et tous purent y lire leur propre nom grav� � l'int�rieur. Elle confia celui de Nejma � Araknor, et pour Sharkan, elle avait mont� l'anneau sur une cha�ne enchant�e qu'elle attacha � son cou.
- " Ainsi vous serez prot�g� cette fois-ci.
- Ne faut-il pas un druide afin de vous aider, Pie'l ? demanda Araknor.
- Si, r�pondit Edr�ane. Je serai ce druide. La travers�e est certainement des plus d�licate, il vous faut donc une aide sans faille des vents. Je m'y emploierai. Aussi, je tiens � conna�tre cette civilisation elfique issue de nos racines, c'est un grand privil�ge pour moi d'aller � leur rencontre. " S'adressant � Tymiale, sa musicienne, elle continua : " Si je ne suis pas revenue d'ici deux lunes, organisez l'Epreuve du Regard. Que la for�t vous prot�ge ! "

Pie'l les mena alors jusqu'� un chemin am�nag� sur les flancs de la montagne d�bouchant au bord d'une pente abrupte. L� se tenait le mehve royal, au m�t orn� de gravures elfiques, couvert de tapisseries �paisses et confortables et pourvu d'une vaste tente am�nag�e � l'arri�re, assurant par avance un voyage des plus plaisants. Ils y prirent place, Pie'l d�tacha les cordes sans tarder et ils s'�lanc�rent le long de la montagne. Le froid glacial de la matin�e les saisit violemment. Edr�ane fermait les yeux en souriant, communiquant secr�tement avec les vents. Le radeau prit son envol et vira vers l'ouest, voiles d�ploy�es ; au-dessous d'eux, les for�ts d'Art�sia constituaient un oc�an de verdure.
" Au revoir, Ypi-Na�, tu vas nous manquer ", murmura Araknor. Il quittait cet endroit si accueillant avec tristesse et soulagement, car il n'oubliait pas que sa propre contr�e �tait en danger. Sa main se portait d�j� sur Sybalure lorsqu'il pensait trop fort aux combats s'y d�roulant probablement. Araknor s'entra�nait � manier ses deux �p�es comme Sharkan le lui avait appris, mais ce dernier refusait d'enseigner d'autres techniques au r�deur, pr�f�rant rester assis sans parler.

Tant qu'ils survolaient la for�t ils ne risquaient rien, Pie'l ma�trisant parfaitement le vol au-dessus des continents. Le pilote en profitait pour parler avec ses passagers d�s que les man�uvres ne requ�raient pas une grande concentration.
- " Qu'est-ce qui vous a d�cid� � entreprendre ce voyage ? demanda Sy�.
- Art�sia a beau �tre un domaine superbe, je commen�ais � m'ennuyer. J'aime voler et c'est ce que je fais de mieux. Je n'allais pas louper l'occasion de diriger le mehve royal vers des contr�es inconnues. Et puis il est agr�able d'�crire des po�mes dans des d�cors inspirateurs ; une nouveaut� telle qu'un autre continent ne peut �tre source que d'une inspiration exacerb�e.
- Tiens, voil� donc un deuxi�me po�te parmi notre �quipage ! " dit Sy� en faisant un clin d'�il � Araknor.
Araknor regardait Sy� et ses pens�es le port�rent en Art�sia, pendant cette soir�e d'oubli o� ils dans�rent ensemble. Il se rendait compte de la gravit� de la situation, que dans peu de temps ils risqueraient leur vie et qu'avec la malchance contre eux ils ne s'en sortiraient pas tous vivants. Araknor s'�veillait � un sens des responsabilit�s qu'il n'avait encore jamais ressenti auparavant. Dans ses entra�nements fr�quents, il imaginait en secret surgir devant lui des hordes de mort-vivants et il tailladait leurs silhouettes d�compos�es gr�ce � Sybalure. Il se figurait Sy� effray�e et perdue puis lui se jetant dans la masse ennemie afin de la sauver. Pour elle, il ne craignait plus rien, mais pour lui, il s'�lan�ait vers un destin bien incertain. Et Nejma lui manquait. Ne pas avoir pu lui dire au revoir remuait � chaque fois qu'il y pensait une nostalgie inali�nable. Toutes ces consid�rations nobles, ces sentiments purs li�s � l'amiti� ou � l'amour le boulevers�rent soudain, et il se d�couvrit une nouvelle personnalit�, plus responsable, plus courageuse. En cet instant de lucidit� redoubl�e par des �lans d'affection, il se promit de ne plus boire d'alcool tant qu'Erakis ne serait en paix. Pour se consoler, il imaginait d'avance le festin que constituerait le banquet c�l�brant la lib�ration d'Erakis. Pourtant, rien ne lui assurait qu'une telle f�te puisse avoir lieu. Il se sentait bien faible face aux adversaires qui se pr�sentaient � eux, n�anmoins le d�sespoir ne lui �tait pas permis.

Le soir approchait, et alors que Dr��n, M�arten et Nejma s'appr�taient � se poser � �vo'h�l, Edr�ane, Pie'l, Sharkan, Araknor et Sy� approchaient de la mer. L'horizon s'aplanissait sous la courbure r�guli�re de l'eau, jusqu'� laisser appara�tre la limite des arbres c�dant la place � une mer bleu-gris. L�ole s'�loignait, Edr�ane et Pie'l s'engageaient pour la premi�re fois vers l'inconnu.
Les courants a�riens devinrent plus impr�visibles. Loin devant eux s'amoncelaient de nombreux nuages blancs. Il �tait dur d'estimer le temps que n�cessiterait la travers�e de la mer, cependant Edr�ane se concentrait sans cesse, ne rel�chant jamais son attention. Les heures �taient longues mais leurs conversations les comblaient. Parfois, Pie'l et Araknor po�tisaient ensemble, vantant les beaut�s que leur offrait le voyage. Pie'l parlait aussi d'Art�sia, et Sy� lui demanda en quoi constituait l'Epreuve du Regard qu'avait mentionn�e Edr�ane avant leur d�part. Pie'l leur expliqua que cette �preuve d�terminait la succession � la royaut�. Tous les elfes d�sirant devenir roi s'assoient sur une terrasse, en cercle, et s'observent avec l'interdiction de prononcer le moindre mot. Dans un silence complet, chacun analyse les sentiments des autres � travers leurs regards, en toute amiti�. Au bout de quelques heures, les regards convergent vers la m�me personne, celle en qui ils voient leur roi ou leur reine. Certains sont plus longs � se d�cider, attendant d'�tre vraiment convaincus, cherchant dans l'expression de leurs compagnons la raison de leur choix. Au final, l'unanimit� d�signe l'�lu sans qu'un seul mot ne soit prononc�. Ce syst�me permettait que les participants ne soient pas en d�saccord avec la d�cision puisqu'ils l'avaient accept�e de bon c�ur. De plus, le roi ne disposait d'aucun pouvoir enviable si ce n'est d'�tre le lien des Elfes en cas de probl�me.

La nuit suivante, l'agitation monta au sein de l'�quipage. Un front nuageux s'avan�ait doucement au-dessus d'eux, d�versant une pluie diluvienne. Les vents devenaient de moins en moins contr�lables tout en gagnant en puissance. Pie'l man�uvrait tant bien que mal mais les courants irr�guliers poussaient les voiles dans toutes les directions, faisant perdre toute notion d'orientation. M�me la nuit venue, la pluie ne s'apaisa pas. Sy�, Araknor et Sharkan s'�taient attach�s et les mouvements brutaux du mehve leur donnaient la naus�e. Les Art�siens faisaient preuve d'un courage in�branlable. Immobiles � leur poste malgr� les intemp�ries, leur concentration ne vacillait pas. Araknor se demandait comment Edr�ane pouvait tenir ainsi depuis leur d�part, et il scrutait les environs dans l'espoir d'y voir enfin les terres d'Edara mais le rideau de pluie coupait toute visibilit�.
La journ�e suivante n'accorda aucun r�pit, jusqu'� ce qu'ils aper�oivent au loin un rai de lumi�re. Les elfes tentaient de diriger le radeau dans cette direction o� les vents semblaient moins capricieux. Apr�s de p�nibles efforts, ils parvinrent enfin � la fronti�re des nuages qu'ils quitt�rent au profit d'un ciel violac� surplombant un paysage enti�rement blanchi par la neige. " Le Plateau du Levant ! " s'�cria Araknor.
" Nous sommes trop au sud. " d�clara Sharkan.
Gr�ce au soleil Araknor s'orienta de nouveau et sous ses directives, Pie'l mit cap au nord. Les vents redevenus calmes lui permettaient de se rapprocher de la terre afin de mieux voir les lieux. Le mehve ondoyait dans l'air au-dessus des bois et aussi loin que portent leurs vues, ils ne voyaient personne dans les champs et les prairies. Les quelques for�ts alentours ne semblaient abriter aucun animal � en croire le silence qui y r�gnait. A chaque village survol� ils d�couvraient les m�mes carnages. De nombreux paysans gisaient, recouverts de neige autour des maisons en ruines marqu�es de traces d'incendie. Certaines for�ts n'�taient pas �pargn�es non plus. Araknor sentit la haine monter en lui, mais cette fois, une haine port�e vers ses r�els ennemis. Sharkan aussi, constatant cela, boulevers� malgr� son mal envahissant, poussa un cri d�chirant m�lant � la hargne un profond chagrin. Sy� n'osait rien dire, ni Pie'l afflig� de ce spectacle, lui qui ne connaissait que paix et fraternit�. Edr�ane n'ouvrit pas les yeux, pourtant quelques larmes caress�rent discr�tement ses joues. 

Ce silence que rien ne perturbait pesait sur eux comme une annonce de mort. Loin � l'ouest, les montagnes de Melk jetaient leurs ombres le long du Levant, recouvrant ces sc�nes macabres. Edr�ane commen�ait � montrer des signes de fatigue. Araknor estimait leur arriv�e au nord du Plateau au lendemain et proposa de rejoindre le Sylvin�sl, fleuve s�parant le domaine de L�an et le territoire de H�ze, d'o� ils pourraient donc avoir un aper�u des deux contr�es. Ce fut tout ce dont ils parl�rent ce soir l�. Sy� s'approcha d'Araknor et lui prit les mains avec un regard r�confortant. Sa seule pr�sence suffisait � diminuer l'affliction du r�deur. Elle ne pronon�a pas un mot, assise � c�t� de lui en regardant les paysages nocturnes d�filant des dizaines de m�tres au-dessous d'eux. Pie'l entonnait un faible chant, hommage aux d�funts et souhait que leurs �mes soient transport�es par les vents et chantent pour les vivants en parcourant les feuillages.

Ils franchirent les limites du Plateau du Levant, l� o� ses falaises se jetaient dans une mince bande de for�t cisel�e par les affluents du Sylvin�sl. Il suffisait maintenant de suivre l'eau pour atteindre le cours principal. Dans cette direction, effa�ant brutalement les �toiles, une �trange nu�e s'�tendait au-dessus de L�an et de H�ze, d�gageant une lueur peu naturelle et charg�e d'une �lectricit� anormale. Ils auraient �t� en s�curit� en la survolant, n�anmoins il leur fallait observer la situation et l'avanc�e de l'arm�e de la Lune avant de rejoindre le Mont Solitaire.
L�an t�moignait de combats termin�s. Des feux se r�pandaient ci et l� et comme sur le Plateau du Levant, les incendies de for�ts d�voilaient de nombreux corps elfiques ou mort-vivants. Se dirigeant vers le nord, rien ne changeait. La d�solation s'�talait inlassablement sur leur droite et aucun groupe ami ou ennemi ne s'y distinguait. Araknor d�gaina ses �p�es, le c�ur battant, et plus que de rejoindre Bruy�re il nourrissait maintenant un violent d�sir de vengeance. Sa m�re se trouvait en ces lieux et avait s�rement �t� prise dans les combats.
Contrastant avec le silence jusqu'alors envahissant, de l�g�res clameurs se distinguaient en direction de H�ze. Pie'l vira vers le nord-ouest pour rejoindre les grottes encore �loign�es. Les combats y semblaient plus proches, confirm�s par les plaintes des derniers mourants s'�levant des plaines. Il devenait clair que les cris les plus intenses se localisaient vers les grottes elle-m�mes, ainsi apr�s un long vol pour s'en approcher leur apparurent enfin les reliefs rocheux perc�s de dizaines de trous. Mais de ces entr�es se d�gageaient d'�paisses fum�es sombres rougies par le feu envahissant l'int�rieur des grottes. Des combattants apparurent en contrebas, o� des gnomes r�sistaient � l'assaut de cr�atures d�moniaques. Les pr�tres jetaient leurs sorts les plus destructeurs mais leur inf�riorit� num�rique ne leur laissait aucune chance.

Les voyageurs long�rent longtemps les grottes, jusqu'au moment o� � l'horizon sud-ouest, ils distingu�rent la cime d'un mont isol� perdu dans le paysage. " Voil� le Mont Solitaire, d�clara Araknor, l'arm�e de la Lune va s'y rendre, il nous faut l'atteindre avant elle. " S'�lan�ant dans cette direction, ils virent apr�s une heure de vol, � mi-chemin de l'Ecole d'Art, une arm�e immense se r�pandant le long de la vaste plaine de Louhna. Les premi�res cohortes qu'ils survol�rent les laiss�rent sans voix. A l'arri�re des combats, une grosse troupe dirig�e par des T�n�breux entourait d'innombrables hommes et elfes prisonniers. Araknor regardait avec f�brilit� et attention en esp�rant y reconna�tre sa m�re, mais la couverture nuageuse s'ajoutant � la nuit tomb�e, il devenait difficile de bien voir. Les captifs marchaient lentement et certains tombaient � terre en poussant des cris bestiaux. Devant eux, des myriades de formes peu d�finissables avan�aient en un amas compact d�mesur�ment large. Au loin, un fouillis de couleurs g�n�r�es par les sortil�ges des pr�tres illuminait la sombre arm�e. Pie'l volait assez haut pour se rapprocher du Mont Solitaire sans rien risquer. En scrutant l'ouest, Araknor s'affola. La for�t semblait se mouvoir anormalement, agit�e par un mouvement massif en son sein. Araknor y reconnu clairement l'approche d'un nombre incalculable d'hommes ou de b�tes. Assur�ment une arm�e qui atteindrait le lieu des affrontements dans quelques minutes.
Poursuivant leur route vers Bruy�re, ils survolaient le c�ur du combat, l� o� naissaient les lueurs divines des pr�tres. Presque tous les gnomes restant s'y trouvaient, face � l'arm�e de la Lune qui continuait inexorablement son avanc�e. Les gnomes reculaient et beaucoup tombaient sous les coups des doppleganger, trolls ou n�crophages. Leur pr�sence dans le ciel ne passa plus inaper�ue et plusieurs gnomes pointaient le radeau a�rien du doigt, ne sachant pas s'ils voyaient l� des amis ou des ennemis suppl�mentaires. Certains h�sit�rent � attaquer mais d'autres les en retinrent toujours. Soudain, Sharkan se leva et courut � l'avant du mehve.
- " Descend plus bas Pie'l !
- Je ne peux pas, nous serions trop vuln�rables " r�torqua le pilote.
Au sein du heaume de Sharkan brilla alors deux vives lumi�res rouges et mena�antes ; sa voix s'amplifia jusqu'� devenir terrifiante lorsqu'il r�p�ta : " Descend plus bas, Pie'l. " Araknor et Sy� n'os�rent intervenir, et Pie'l r�tracta en partie les voiles lat�rales, leur faisant perdre de l'altitude. Sharkan se baissa comme pour mieux voir, et il ne s'�tait pas tromp�. Il reconnut cette forme si haute parmi les gnomes, cette silhouette humaine par�e d'une longue robe diapr�e, cette femme, seule � pouvoir faire vibrer de nouveau ses �lans d'amour pour l'humanit�. " Lina�lle ! " criait Sharkan. Ses appels r�p�t�s restaient vains, la pr�tresse n'�tant concentr�e que sur les combats. Elle se situait � l'arri�re du front de bataille, lan�ant sans interruption sur ses amis des sorts de protection et de gu�rison. De temps � autre elle incantait un sort offensif, un vent puissant jaillissant alors de ses mains avant de se convertir en v�ritable temp�te m�lant acide, �clairs et gr�lons. Bien que cela suffise � tuer beaucoup d'ennemis, leur nombre �tait pourtant trop important pour qu'une telle attaque les handicape vraiment. Le radeau s'�loignant de Lina�lle, Sharkan sauta dans le vide. Araknor fut fig� de surprise et Sy� cria, mais l'anneau au cou de Sharkan se mit � scintiller, ralentissant sa chute en le rapprochant de la terre � la vitesse d'une feuille morte. Le g�n�ral tomba dans un bosquet, et du mehve qui reprenait de l'altitude ils ne purent que le voir sortir des arbres et courir en direction de Lina�lle.

A quelques lieux s'apercevait un tertre enneig� sur lequel d'autres combats se d�roulaient. Un groupe de l'arm�e de la Lune avait perc� la d�fense des gnomes et partait en �claireur avant d'�tre surpris par une formation de gnomes qui tentait de les encercler. Les ennemis n'�taient pas de simples �claireurs, ni les gnomes de simples pr�tres. Araknor y reconnut Saskia dont la magie creusait les lignes ennemies. Sous ses invocations naissaient des barri�res de lames d�chiquetant ceux qui tentaient de les franchir. De l'autre c�t� se trouvaient des adversaires tout aussi redoutables : accompagnant une troupe d'elfes noirs, des wyvernes empoisonnaient les gnomes alors que des allip se contentaient de les fr�ler, leur �tant tout espoir de r�sistance en les plongeant dans une d�mence incurable. Les allip, � la forme grossi�rement apparent�e � celle d'un homme, l�vitaient au ras du sol. Leurs membres comme d�chiquet�s laissaient tra�ner derri�re eux une l�g�re brume noir�tre. A leur suite, les lames des drows multipliaient les cadavres jonchant le sol.
Entre ce tertre assailli et le Mont Solitaire, aucun alli� ou ennemi n'�tait visible. Au moment o� ils surplombaient Saskia, ils virent s'approcher d'elle un elfe noir particulier. Il tenait dans chacune de ses mains une obscure �p�e longue � lame ondul�e. Malgr� l'obscurit�, Araknor reconnut celui qui accompagnait Heka dans sa chevauch�e sur le Plateau du Levant et lors de l'assaut de Verfal. La magie des pr�tres ne l'atteignait que superficiellement et � lui seul il d�cimait les rares guerriers gnomes se risquant au corps � corps.
- " Ils sont perdus ! " s'affola Araknor. Il faut les aider !
- Non, intervint Sy�, Bruy�re n'est plus tr�s loin et son aide sera plus efficace que la n�tre.
- Mais c'est une artiste, pas une combattante !
- Ses bardes ne ma�trisent pas que la musique. Si Bruy�re est de notre c�t�, ses musiciens se r�v�leront pr�cieux. "

Pie'l continuait sur sa lanc�e, l'Ecole d'Art ne se trouvant plus qu'� une dizaine de minutes, mais un Allip les vit et se mit � flotter dans les airs, s'�levant � la hauteur du mehve. Deux autres le suivirent, encerclant l'�quipage. Les fl�ches classiques d'Araknor restaient inefficaces contre les monstres, les traversant de part en part sans les faire vaciller. Pie'l ne quittait pas les cordages des mains afin d'�loigner leur radeau. Lorsque Edr�ane stoppa sa concentration les vents devinrent moins ma�trisables, cependant lib�r�e de sa transe, elle pouvait maintenant attaquer. Se joignant � Sy� qui engendrait d'�paisses mains repoussant provisoirement leurs ennemis, Edr�ane en appela aux forces de la nature et deux des Allip se chang�rent en vapeur vite diss�min�e au gr� du vent. Sy� envoya sur le dernier une sph�re de feu frappant l'Allip de plein fouet, provoquant une forte d�flagration v�hiculant des gerbes de flammes au hasard. Les voiles du mehve prirent feu et celui-ci perdait de l'altitude en virant de direction. Les cordages �taient coup�s et le vent les transportait vers les combats du tertre.
- " Il n'y a rien � faire ! hurla Pie'l, nous allons nous �craser !
- Vous ne craignez rien gr�ce aux anneaux, d�clara Edr�ane. Sautez ! "
Araknor, Sy�, Pie'l et Edr�ane s'�lanc�rent dans les airs, atteignant lentement la terre au milieu de quelques arbres clairsem�s. Le mehve se fracassa plus loin, d�vor� par les flammes. Ils se situaient entre le tertre et les arm�es, point strat�gique �pargn� pour l'instant des combats, o� plusieurs gnomes coordonnaient les attaques en criant des instructions.
- " Il ne nous reste plus qu'� combattre, dit Araknor.
- Attendez ! protesta Pie'l, je ne sais pas me battre�
- Tu as des fl�ches enchant�es, r�torqua Edr�ane, et voici ma dague, cela devrait t'aider. Quant � moi, je vais voir qui est cette arm�e dont vous avez per�u la pr�sence. S'ils sont de vos amis, je les guiderai jusqu'� vous. Mais je dois savoir qui sont nos alli�s. Approchez Araknor, et fermez les yeux. "
La reine des Elfes posa son front contre celui d'Araknor pour lire en lui. " Je vois. " Elle les salua rapidement puis se courba sur elle-m�me. Se d�ployant subitement, des ailes jaillirent de son dos, des griffes blanches remplac�rent ses mains et ses pieds ; elle se transforma en aigle pour s'envoler au-dessus des arbres. Son envergure �tait telle qu'on pouvait la voir de tr�s loin, le blanc de son plumage contrastant avec le d�cor environnant. Avant de voler en direction de l'arm�e encore dissimul�e par la for�t, elle survola les milliers de formes sombres constituant l'arm�e de la Lune. Elle ne pouvait pas jeter de sort sous son aspect animal, n�anmoins Edr�ane comptait tout de m�me aider ses nouveaux amis. Elle prit donc de l'altitude, traversa la nue puis reparut sous sa forme elfique, tombant au ralenti vers l'amas noir. Elle envoya un baiser vers la terre qui se mit alors � trembler violemment au milieu des b�tes. Des fissures se creusaient, emportant les monstres par dizaines. Juste avant que les premi�res armes de distance puissent l'atteindre, Edr�ane se transforma en aigle et s'�leva de nouveau dans les cieux. Elle provoqua d'autres tremblements, ainsi certaines cr�atures magiques concentraient d�sormais leurs attaques sur la druidesse. Pesant le danger croissant, celle-ci se d�tourna finalement des combats et plana en direction des for�ts de H�ze.

Araknor, Pie'l et Sy� se retrouvaient seuls. Ils pouvaient se diriger vers Lina�lle, vers Saskia ou fuir pour tenter de rejoindre le Mont Solitaire par les bois. La course de Sharkan vers Lina�lle les avait inqui�t�s, et sachant que le temps d'atteindre Bruy�re, les gnomes seraient d�j� presque tous d�cim�s, ils d�cid�rent de partir rejoindre les combattants. Peu rassur�, Pie'l ne les suivit qu'� contre-c�ur. Approchant le front de combat, ils distingu�rent sans mal la haute silhouette de Lina�lle prodiguant sans rel�che soins et protections. Sharkan se trouvait devant elle et si un ennemi ayant franchi la ligne des gnomes se pr�cipitait sur la pr�tresse, Sharkan se jetait dessus et le d�chiquetait en poussant des hurlements bestiaux. Il prot�geait Lina�lle.
La pr�tresse fut ravie de retrouver ses amis mais ne put manifester sa joie trop longtemps, la guerre battant son plein et les gnomes reculant toujours sous l'assaut des morts-vivants.
- " Vous voil� aussi, quelle bonne surprise ! Vous avez l'air plus en forme que Sharkan, il s'en est fallu de peu que je ne le tue avant de reconna�tre sa voix.
- Repliez-vous chez Bruy�re, dit Araknor. Vous ne r�sisterez pas longtemps et mourrez tous si vous continuez � combattre.
- Non, il faut les ralentir ! Saskia et son groupe sont partis pr�venir Bruy�re. Si les Initi�s peuvent nous aider, ils arriveront bient�t.
- Mais Saskia est attaqu�e ! Ils ne sont qu'� quelques minutes d'ici !
- Comment ? s'�cria Lina�lle.
- Et une autre arm�e arrive de la for�t � l'ouest, ajouta Pie'l, nerveux.
- Amis ou ennemis ?
- Nous l'ignorons, r�pondit Sy�. L'arm�e Griff�e nous avait promis de l'aide, esp�rons que cette arriv�e en soit la confirmation.
- Non, l'arm�e Griff�e nous a aid�s hier, sous le commandement d'Elianis. Ils �taient trop peu nombreux et il n'en reste que quelques-uns uns parmi nous.
- Alors qui sont ceux qui arrivent ? "
En r�ponse, ils virent se d�tacher des nuages une lueur blanche. De puissantes ailes d'aigle entra�naient Edr�ane vers Araknor et ses compagnons. A sa suite sortirent de l'or�e de la for�t des hommes par centaines en un flux continu. Les cavaliers de t�te montaient de lourds destriers et leurs banni�res flottaient au vent, grises avec trois marques de griffure. L'arm�e s'immobilisa � distance et un petit groupe approcha au galop. Ils reconnurent sans mal le g�n�ral rencontr� � Centre, Karsanis. Il s'avan�a avec six de ses hommes et salua ceux qu'il reconnaissait.
- " Heureux de vous voir sur pieds Lina�lle, mais il semblerait que vous ayez grandement besoin d'aide. Je suis Karsanis de l'arm�e Griff�e. O� est Elianis ?
- Il a p�ri, comme la plupart des v�tres et des miens. Votre secours est salutaire.
- Salutaire� " ricana Sharkan, qui n'avait pas oubli� la m�fiance et la haine qu'il vouait � Karsanis depuis Centre. " Tout �a pour qu'ils se proclament ensuite les sauveurs d'Erakis et qu'ils s'imposent en ma�tres. Le Ma�tre de Magie lui-m�me nous a trahis, alors pourquoi pas lui ?
- Arr�te de d�lirer ! intervint Araknor.
- Le Ma�tre de Magie, un tra�tre ? O� est Axana� ? Et qui est ce d�mon ? demanda Karsanis en pointant l'armure d�moniaque du doigt.
- Je suis Sharkan, et si votre m�moire vous fait d�faut, laissez-moi vous rappeler que nous avons un diff�rent � r�gler.
- Ce n'est ni l'heure ni le lieu. Je vois que votre esprit malsain a trouv� confirmation dans votre apparence. J'esp�re seulement que vous vous battrez pour Erakis. Un geste de ma main suffira � lancer mon arm�e contre les gnomes ou les mort-vivants, vous verrez de quel c�t� je suis.
- Alors n'attendez plus, intervint Lina�lle. "
Du front d'attaque qui s'�tait rapproch� s'�chappaient des trolls courant � leur rencontre. Araknor, Sy� et Lina�lle se jet�rent au combat pendant que Pie'l tentait de se cacher afin d'attaquer les ennemis de revers.

Karsanis tourna sa monture vers la for�t et allait agiter sa banni�re mais Sharkan planta ses griffes dans le destrier du g�n�ral qui se cabra et fit chuter son cavalier. Les gardes eurent � peine le temps de d�gainer leurs �p�es que d�j� Sharkan s'�tait ru� sur Karsanis. Il lui chuchota " Voyons si tes griffes sont plus ac�r�es que les miennes " puis perfora l'armure du g�n�ral, lui transper�ant le corps de part en part. Karsanis hurla, son arm�e enti�re s'�lan�a vers lui. Lina�lle se pr�cipita vers Sharkan pour le ma�triser, mais il �tait trop tard, les �p�es des cavaliers s'enfonc�rent en nombre dans les chairs de Sharkan � travers son armure mal�fique. Ses griffes toujours fig�es dans le corps de Karsanis qui agonisait, Sharkan tomba sur lui, mort.
" Non ! " hurla Lina�lle. Les gardes l'encercl�rent et la menac�rent de leurs �p�es. L'arm�e se rapprochait � grande vitesse et serait bient�t sur eux. " Sharkan ! " criait Lina�lle, sans effet. Son corps r�pandait un liquide noir recouvrant presque Karsanis. Araknor, Pie'l et Sy� avaient eux aussi une lame sous la gorge, sans possibilit� de mouvement. R�alisant leur situation, Lina�lle comprit que le seul espoir r�sidait en un homme peut-�tre d�j� mort. " Karsanis ! implora Lina�lle. Karsanis �coutez-moi je vous prie. Sharkan n'�tait plus lui-m�me, pourtant nous nous battons pour la m�me cause. Dites � vos hommes d'attaquer, et laissez-nous vous pr�ter main forte. "
Karsanis, haletant plus qu'il ne parlait, leva avec difficult� une main pour appeler � lui un garde. Il lui murmura quelques mots dans lesquels il �puisa ses derni�res forces. Sa t�te tomba de c�t�, ses yeux ouverts ne regardaient plus rien. Le garde se releva, et alors que l'arm�e Griff�e les entourait de tous c�t�s, il dit d'une voix forte et audible en regardant les captifs :
- " Karsanis a ordonn� de combattre imm�diatement l'arm�e de la Lune. Quant � vous, il vous laisse partir. Je respecterai strictement cette consigne. Vous partez, mais rien ne nous emp�chera de vous tuer si nos chemins se croisent de nouveau.
- Et les Gnomes ! s'exclama Lina�lle. C'est mon peuple, je ne peux pas les abandonner.
- Vous n'avez pas le choix. "
Lina�lle le savait. L'arm�e de Karsanis s'�branla et fondit en direction des m�l�es. Ils d�pass�rent les lignes perc�es des gnomes et leurs �p�es faisaient voler des t�tes pendant que leurs destriers pi�tinaient gobelins et gnolls. Avant de partir, Lina�lle s'attarda au-dessus de Sharkan. Elle d�chira un bout de sa robe, essuya ses larmes puis glissa le tissu entre les crocs du heaume. " Adieu Sharkan. Je t'aimais. "
Ils s'�loign�rent � pas lents, accabl�s et rageurs. Ils ne pouvaient plus aider les Gnomes et avaient �t� d�clar�s ennemis de l'arm�e Griff�e. Lina�lle d�tourna son d�sespoir en pensant qu'il restait une chance d'aider son peuple d'adoption. Selon ses compagnons, Saskia et quelques gnomes se battaient plus loin, n'ayant pas atteint le Mont Solitaire. Un regard suffit aux amis pour comprendre vers quoi ils se dirigeaient. Seul Pie'l tentait de d�vier leur route pour se r�fugier dans la for�t mais rien n'y faisait. Les yeux riv�s vers le bosquet cachant le tertre, Sy�, Araknor et Lina�lle montraient une r�solution in�branlable.
Peu avant qu'ils ne s'engagent entre les premiers arbres ils entendirent une voix derri�re eux : " Attend Lina�lle, o� vas-tu ? " C'�tait une petite gnome aux cheveux �bouriff�s et au visage couvert de sang.
- " Nous avons besoin de toi ! continua l'inconnue.
- Je ne peux pas y retourner, S�gol�n. Saskia se trouve plus loin et a aussi besoin d'aide. Ne t'inqui�te pas, je ne vous abandonnerai jamais.
- Alors je vous accompagne, nos alli�s font des ravages en s'infiltrant dans les rangs ennemis, cela nous laisse un peu de temps pour nous soigner. Je vais bien alors je vous pr�terai main forte. " Se tournant vers les autres, elle s'inclina rapidement. " Les amis de Lina�lle sont mes amis. Je suis S�gol�n. "

Ils poursuivirent leur route apr�s de courtes pr�sentations, Araknor d�gainant ses deux �p�es. Il pensait � Sharkan et esp�rait �tre capable de l'honorer et de le venger gr�ce aux techniques qu'il lui avait apprises. Les arbres vite travers�s, le tertre leur apparut enfin. Un groupe d'allip, d'hommes et de t�n�breux entouraient l'elfe noir dont les armes trahissaient l'identit�. Observant les combats de la plaine de Louhna, ceux-ci virent sortir des arbres Araknor et ses compagnons. Lina�lle crut mourir de rage et d'affliction. Non loin d'eux gisaient nombre de gnomes dont le sang maculait la neige ; l'une d'entre eux portait une robe verte et grise bien reconnaissable. Saskia demeurait � terre, inerte. S�gol�n tomba � genoux en d�couvrant ce spectacle mais Lina�lle lui saisit le bras et la releva brusquement. " Plus tard les pleurs. Certains ont rendez-vous avec la mort, agissons pour que ce ne soit pas nous. "
Araknor, reconnaissant parfaitement ce drow, l'elfe noir du Plateau du Levant, fut pris d'un violent d�sir de vengeance et se pr�cipita en direction des ennemis. Sy� incanta, permettant � Araknor de courir plus vite, envahi d'une force anormalement �lev�e. S�gol�n fit jaillir de son doigt un fin filet de feu qui d�passa le r�deur et vint toucher le sol au sommet du tertre. Une gerbe de flamme prit naissance de l'impact et s'�tendit rapidement, embrasant hommes et cr�atures alentours. Lina�lle engendra des �clairs frappant au hasard au milieu des flammes. Tandis que les allip s'envolaient pour �chapper � l'�tau br�lant, Sy� les aveuglait en g�n�rant de vives lumi�res, accordant l'occasion � Pie'l de les transpercer de ses fl�ches enchant�es.
Des flammes se d�gag�rent soudain des halos bleut�s pr�c�dant la sortie de plusieurs t�n�breux deux fois plus grands qu'Araknor. Celui-ci se serait jet� seul contre ses opposants si derri�re eux n'�taient pas apparus des dizaines d'hommes p�les et l'elfe noir, apparemment prot�g�s contre les flammes. Ils approchaient, pourtant Araknor ne fuyait pas, fig� par un m�lange de peur et de courage. Lina�lle invoqua l'aide de sa D�esse et irradia une �nergie positive repoussant certains des morts-vivants. Pie'l passait autant de temps � tirer ses fl�ches qu'� v�rifier qu'aucun assaillant ne venait d'ailleurs. Il regrettait maintenant sa d�cision de quitter Art�sia, lui qui r�vait uniquement de voler pour d�couvrir les nouveaux Elfes. S�gol�n et Sy� invoquaient des cr�atures humano�des ou animales qui se jetaient imm�diatement au combat, ralentissant l'avanc�e de leurs adversaires vers le r�deur. Derri�re eux s'entendaient toujours les cris de guerre et le fracas des armes. Les arm�es se battaient maintenant � forces �gales malgr� l'inf�riorit� num�rique des gnomes et des hommes de Karsanis.
Lorsque les premiers t�n�breux arriv�rent au niveau d'Araknor, celui-ci appela l'elfe noir en le pointant de sa lame magique : " S'il te reste un semblant d'honneur, battons-nous en duel � armes �gales. " Les t�n�breux stopp�rent leur marche et le drow s'avan�a au milieu d'eux. " Soit. Quatre �p�es pour deux hommes, cela me convient. " S'inclinant, il ajouta : " Ivellios, pour vous d�truire. " En d�signant S�gol�n et les autres il ordonna � ses hommes : " Occupez-vous du reste ", puis brandit ses deux �p�es noires � lames ondul�es.
- " Ivellios ? r�p�ta Araknor. Erakis est d�cid�ment bien petite. Ma lame s'est enfonc�e dans le c�ur de ta fille il y a quelques jours.
- F�losyle ? Je suis �tonn� que tu sois sorti vivant de cette rencontre. Qu'importe, si elle est morte elle le m�ritait, et tu vas bient�t la rejoindre. "
Sur ces mots, il se jeta sur Araknor pendant que Pie'l, terrifi� devant les t�n�breux et autres morts-vivants n'avait m�me plus le courage d'utiliser son arc. Sy�, S�gol�n et Lina�lle, ayant peu de chance de vaincre, enferm�rent leur groupe au sein d'un globe transparent. Ils ne pouvaient plus attaquer mais ne recevraient aucun coup. Impuissants, entour�s d'ombres s'�vertuant � d�truire la sph�re, il ne leur restait qu'� regarder Araknor se battre contre Ivellios.
D�s le premier assaut du drow, le demi-elfe sentit une vive br�lure sur son visage. Un filet de sang coula, la joue d�chir�e par les lames noires. Araknor se mit � tournoyer, les bras tendus, comme Sharkan dans le temple de la Lune. Ivellios, esquivant sans mal les �p�es tournoyantes, plongea au sol et roula sous les lames avant de planter une de ses �p�es dans la cuisse d'Araknor. Le r�deur tomba au sol et se releva aussi vite, courb� sur sa jambe boiteuse d�versant des flots de sang. Ses amis enferm�s rageaient et commen�aient � se concerter pour tenter quelque chose. Il leur fallait agir, ils ne pouvaient rester ind�finiment hors-combat.
Fendant les airs d'une main puis de l'autre, Araknor marchait tant bien que mal vers Ivellios. Avant d'arriver sur lui, il jeta son �p�e longue dans le ventre de l'elfe. Elle s'y planta sans mal, faisant choir Ivellios. Gris� par son succ�s, Araknor tendit le bras pour r�cup�rer son arme mais Ivellios grogna de haine et malgr� l'�p�e dans son ventre il parvint � frapper Araknor � l'�paule, lui tranchant le bras gauche. Le drow se releva en retirant la lame. Araknor se tordait de douleur, pourtant il gardait Sybalure � la main. Bien convaincu de se battre jusqu'au bout, il retenait ses cris de souffrance et s'appr�tait � se d�fendre. Ivellios jouait avec habilet� de ses �p�es. Araknor reconnu les coups classiques que lui avait enseign�s Sharkan et parvenait donc � les esquiver bien qu'il n'ait plus qu'un bras pour se prot�ger. L'attaque de l'elfe noir devenait si violente que jamais Araknor ne trouvait de moment o� il put tenter une riposte. Ivellios ne faiblissait pas et ses coups devenaient moins pr�visibles. Soudain il recula puis sauta tr�s haut afin de retomber sur Araknor. Lorsque celui-ci brandit Sybalure pour recevoir le drow, une des �p�es noires vint chasser son arme alors que la seconde traversa le cuir de l'armure du r�deur. Avant de terminer son saut, Ivellios mit tout son poids sur cette �p�e qui s'enfon�a en Araknor, lac�rant et traversant son c�ur. Ils �taient visage contre visage ; Araknor, horrifi�, sentait ses forces s'�chapper. Ivellios plongea son regard dans celui du r�deur et lui dit : " Voil� pour ton arrogance, meurs comme ma fille. Tu as toi-m�me choisi ta mort. " Il l�cha son �p�e fig�e en Araknor. Le demi-elfe n'entendait plus rien, tout devant lui s'effa�ait au profit d'un voile d'obscurit�. Il ne ressentait plus la douleur. Lorsqu'il tomba � terre, il �tait d�j� mort.

Trop ax�s sur leur concertation et entour�s d'ennemis leur cachant la vue, ses amis ne le virent pas mourir. Leur attention fut toutefois attir�e par un halo blanc se d�pla�ant dans le ciel. Pie'l sauta de joie en reconnaissant la forme blanche. " Edr�ane ! " appelait-il, mais le globe emp�chait tout son de sortir. Edr�ane savait o� elle allait. Ivellios ne la vit pas venir, car il soignait ses plaies profondes. Elle piqua vers l'elfe noir et saisit son visage par ses serres. Des sortil�ges la prirent imm�diatement pour cible et la druidesse ne put que recevoir de plein fouet les salves magiques. Emportant Ivellios avec elle, Edr�ane remonta p�niblement dans les cieux, tournoyant au-dessus du tertre en enfon�ant toujours plus ses serres dans le visage du drow avant de le laisser s'�craser au sol. La reine des Elfes reprit son apparence afin de se soigner, chutant lentement dans les airs. Sa fatigue brisant sa concentration, elle ne parvint pas � se transformer de nouveau en aigle et disparut au sein de la masse ennemie.

D�couvrant la chair pantelante de leur ma�tre, les t�n�breux pouss�rent un cri aigu s'entendant dans toute la plaine malgr� la cacophonie des combats. L'assaut contre le globe perdit de son intensit�, comme devenu incertain. La sph�re fut dissip�e sous une injonction commune puis des sorts se d�cha�n�rent contre les ennemis restants.
Les mort-vivants fuirent le tertre pour rejoindre en contrebas leurs alli�s encore innombrables. " Ils fuient ! Ils fuient ! " s'�criait Pie'l. Du tertre, ils pouvaient observer les affrontements de Louhna. La situation n'avait pas �volu�e. Les morts s'entassaient des deux c�t�s, aucun ne perdant de distance sur l'autre. Deux mar�es de combattants se heurtaient dans une obscurit� oppressante et malsaine.
Lina�lle et S�gol�n coururent vers Saskia alors que Sy� et Pie'l se dirigeaient vers Araknor. Malheureusement, les uns comme les autres ne trouv�rent qu'une d�pouille inerte. Lina�lle laissa S�gol�n � ses pleurs et rejoignit Araknor. Leurs c�urs � tous �taient d�compos�s. Seul celui de Pie'l se r�jouissait du danger �cart�. Lorsqu'il demanda si la victoire �tait leur, Sy�, qui tenait la t�te d'Araknor dans les mains, r�pondit : " C'est loin d'�tre fini. Regardez. " Pie'l perdit son sourire. L'arm�e de la Lune, qui respectait jusqu'alors une certaine organisation, avait �t� prise de panique lors des cris des t�n�breux. Les troupes ennemies � l'arri�re contournaient la ligne des combats, formant deux immenses bras de cr�atures se repliant peu � peu, encerclant l'arm�e Griff�e et les gnomes. Les prisonniers livr�s � eux-m�mes se jet�rent aussi � l'attaque, mais d�j� presque transform�s en mort-vivants, ils n'attaquaient pas les monstres mais leurs amis. Les alli�s se trouvaient d�sormais encercl�s. Les destriers ne r�sist�rent plus longtemps, obligeant les guerriers � se battre au corps � corps.
- " Et nous ne pouvons rien faire ! ragea S�gol�n.
- A part les quelques gnomes, tous sont nos ennemis l�-bas, d�clara Lina�lle. Si seulement j'avais le pouvoir de ressusciter nos amis, h�las ce n'est pas le cas. "

Depuis son r�veil aux grottes, Lina�lle combattait. Elle n'avait pas eu un moment pour r�fl�chir et peser la gravit� de la situation. En cet instant de r�pit, la pr�tresse ne pouvait que constater les d�g�ts. Elle venait de perdre trois amis proches. Sharkan, Saskia et Araknor gisaient non loin, morts. Elle ignorait o� se trouvait Nejma et s'il vivait encore. Le Plateau du Levant, le domaine de L�an et les grottes de H�ze �taient ravag�s. Le Ma�tre de Magie, seul espoir devant la menace, devenait soudain leur plus dangereux ennemi. Enfin, les derniers combattants de la plaine se trouveraient bient�t submerg�s. Les genoux de Lina�lle ne tinrent plus et elle s'effondra au sol, la t�te dans les mains, pleurant comme jamais auparavant. Elle souffrait tant la tristesse ne laissait de place � aucun autre sentiment. Abattue, afflig�e, elle aurait voulu mourir � son tour.
Les forces n'�taient plus �quilibr�es dans la plaine. Le cercle des adversaires se resserrait visiblement. Entre les deux arm�es s'amoncelaient par endroits des collines de cadavres. La magie divine des gnomes �puis�e, seule leur restait la force des poings qu'ils n'avaient jamais apprise � utiliser. Plusieurs groupes guid�s par des t�n�breux se form�rent hors des combats, s'�loignant de Louhna en direction du Mont Solitaire.
- " Ils reprennent leur avanc�e vers l'Ecole d'Art, s'affola S�gol�n. Il faut y parvenir avant eux. "
- Et d�truire le Secret des Dieux. " ajouta Sy�.

Pie'l ne disait mot, plong� dans la douloureuse contemplation d'une bataille � mort.. Ses r�flexions furent interrompues par le son de tambours pr�c�dant l'apparition soudaine d'une naine bien en chair dont la chevelure rousse se regroupait en deux nattes courant le long de sa g�n�reuse poitrine jusqu'� ses genoux. Elle tenait quatre tambours reli�s par des ficelles. Arborant un franc sourire, elle fut bient�t rejointe par deux elfes, un homme et trois gnomes. Chacun d'entre eux poss�dait un instrument de musique, et la marque sur leurs mains finissait de confirmer leur identit�. Une dizaine d'Initi�s leur faisaient face. La naine se pr�senta : " Nolda�, Initi�e. Nous sommes � la recherche de voyageurs nomm�s Sy�, Araknor et Sharkan, savez-vous o� ils se trouvent ? "
Malgr� leur surprise, ils se pr�sent�rent sans attendre, montr�rent le cadavre d'Araknor, puis Sy� demanda :
- " Qui vous a appris nos noms ? Comment saviez-vous que nous serions l� ?
- Nous �tions pr�venus. Mais parlons de cela plus tard. Il vous faut me suivre au plus vite, Bruy�re vous attend.
- Bruy�re ! s'exclama S�gol�n.
- C'est l� o� nous d�sirions nous rendre, dit Lina�lle, votre venue est providentielle. "
D'autres groupes d'Initi�s survinrent de divers endroits, se pr�cipitant dans la plaine en direction des combats alors que les t�n�breux arrivaient pr�s du tertre. Nolda� posa son instrument � terre et se mit � battre un rythme de plus en plus rapide. Ses mains devenaient floues, perdues dans l'intensit� du mouvement en acc�l�ration. Une poussi�re diffuse se mat�rialisa sous les mains de la naine puis se regroupa en une porte de poussi�re. " Suivez-moi. " leur dit Nolda�. Sy� hissa le corps d'Araknor sur ses �paules ; Lina�lle aurait voulu transporter la d�pouille de Saskia mais d�j� les t�n�breux la pi�tinait. Les Initi�s se mirent � jouer, engendrant une magie autant destructrice qu'efficacement protectrice. Abandonnant � regret Saskia et Sharkan, Lina�lle franchit � son tour le portail.
Une neige blanche non souill�e de sang les entourait, les rayons du soleil embrasaient les fins nuages clairs et les bruy�res alentours. L'endroit exhalait le calme. Devant eux, un haut massif rocheux s'�levait, perc� � la base d'une arche m�ticuleusement sculpt�e. " Bienvenue au Mont Solitaire, l'Ecole d'Art de Bruy�re, dit Nolda�. Nous ne pouvons nous y t�l�porter, mais Bruy�re n'est plus tr�s loin. "
Ils p�n�tr�rent dans l'un des plus beaux lieux qu'ils aient visit�s. Le c�ur du massif enti�rement creus�, il �tait �tonnant que le poids de cette vo�te se perdant dans l'obscurit� ne soit maintenu par aucune colonne. La roche, perc�e en de nombreux endroits, laissait passer la lumi�re en des rais distincts. A toute hauteur, de l'eau ruisselait sur les roches et nourrissait diff�rentes plantes se d�veloppant sur de petites avanc�es de la pierre. Des �lots verts parsemaient donc les falaises int�rieures du mont. Au sol, sous les ouvertures de la vo�te se formaient des petits �tangs o� la vie se d�veloppait. De plus loin s'�levaient des chants voluptueux accompagn�s de guitare, et les �chos donnaient une r�sonance magique � la chanson. En ces lieux, toute anxi�t� disparaissait. Tout d�gageait une atmosph�re paisible et rass�r�nante. M�me Pie'l habitu� aux spectacles elfiques ressentait une �motion intense.

A quelques m�tres d'eux se dressait une statue repr�sentant une gnome irradiant un charme inspirateur. Sa beaut� lui venait principalement de ses yeux emplis de tristesse. Il �tait surprenant de trouver ici une statue d�gageant un d�sespoir si troublant. Une inscription grav�e sur leur socle l�gendait " Melk. "
Nolda� les guidait � travers le mont vers un �difice lointain. Sur leur chemin, ils crois�rent des Initi�s isol�s jouant de leurs instruments en fredonnant ; d'autres si�geaient en silence au bord d'un �tang o� la lumi�re frappait les eaux en cr�ant des reflets de toutes couleurs. " Ils entrent en harmonie avec leurs instruments avant de partir au combat " commenta Nolda�.
Il ne se trouvait aucun b�timent except� un grand palais au fond du mont, taill� � m�me la roche. Sans mur, seules de larges colonnes s'�lan�aient d'�tage en �tage, par�es de nombreuses torches. Les salles du palais diminuant de taille � chaque �tage, les plus hautes demeuraient invisibles. Lina�lle, Pie'l, Sy� et S�gol�n se sentaient bien, mais ne comprenaient pas comment un tel calme pouvait r�gner malgr� les affrontements � Louhna. Nolda� ouvrit la marche le long des premiers escaliers, puis s'inclinant, elle leur fit signe de s'avancer. Ils continu�rent donc leur ascension, suivis de Nolda�.
Gravissant les derni�res marches, ils arriv�rent � un palier sur lequel un homme attendait. Form� comme un homme, son visage n'avait pourtant rien de commun. Ses oreilles plus petites, son air plus vif, ses membres fins, son regard profond et son cr�ne ras� le rendaient atypique mais �trangement familier. Il portait un kimono de toile brune et souriait amicalement.
- " Il n'a pas le visage d'un homme, murmura S�gol�n.
- On dirait plut�t� " commen�a Lina�lle, assaillie d'un doute �vanescent. R�alisant qui se trouvait devant elle, elle se jeta dans les bras de l'inconnu en criant, heureuse : " Le p'tit voleur ! " Nejma s'exclama en riant : " Je ne suis plus si petit que �a, et toujours pas un voleur, Lina�lle. " Sy� n'en revenait pas, Nejma avait plus que doubl� de taille. Elle posa Araknor et se jeta elle aussi dans les bras de l'halfelin.
Distinguant le corps d'Araknor �tendu au sol, Nejma s'y pr�cipita et le trouva inerte. Les yeux attrist�s de Sy� r�pondirent en silence � la question du moine. Lorsqu'il demanda quand viendrait Sharkan, Lina�lle baissa la t�te. Nejma se releva, contr�lant tant bien que mal sa peine. " Chaque chose en son temps, dit-il. Mes amis, laissez-moi vous mener � celle gr�ce � qui l'espoir rena�t sur Erakis. "

Apr�s de br�ves pr�sentations � Pie'l et S�gol�n, il s'engagea prestement vers l'�tage, laissant � peine aux autres le plaisir de savourer leurs retrouvailles. Sy� courait presque derri�re lui pour lui parler.
- " Attends Nejma, comment es-tu parvenu ici ? Tu es l� depuis longtemps ? Et pourquoi es-tu si grand ?
- �a fait beaucoup de questions, dit Nejma en continuant son ascension, mais le temps que nous atteignions le dernier �tage je peux r�pondre � quelques-unes. "
Les l�vres de Lina�lle br�laient des m�mes interrogations que Sy�, et plus encore, n'ayant pas vu Nejma depuis le temple de la Lune.
- " Mon plan c'est d�roul� mieux que je n'aurais os� l'imaginer. Dr��n et M�arten m'ont rapidement men� jusqu'aux ruines. L'arm�e �tant partie, seuls quelques mort-vivants parcouraient encore les lieux. Je n'ai eu aucun mal � me faire passer pour l'un d'eux, ni � d�rober un bateau lorsque leur vigilance s'att�nua. Pendant le voyage facilit� par les vents favorables, je luttais de plus en plus pour repousser le mal m'envahissant, n�anmoins cette exp�rience ne fut pas n�gative apr�s tout, car comme nous l'avions vu elle d�cuplait nos forces de combat. J'ai ainsi r�alis� que je ma�trisais certains pouvoirs surnaturels, et les enseignements de N�am m'apparaissent d�sormais sous un jour plus clair.
" En apercevant l'�le, j'ai finalement bu le sang de la fiole. Il y a quelques heures � Centre, j'ai expliqu� la situation � M�rope et aux Initi�s de Centre qui communiqu�rent avec leurs semblables pour r�pandre les mauvaises nouvelles. Apr�s la trahison d'Ypsen, Ystria s'est engag�e dans une guerre civile d�chirant la population. Les pouvoirs des mages et du Ma�tre de Magie ont rapidement eu raison des s�ditieux, cependant une escadre est parvenue � fuir L�ole et � rejoindre Centre. Inutile de dire que les Initi�s de l'�le surveillent attentivement les mers et sont pr�ts � se d�fendre en cas d'attaque.
" Nolda� vint me trouver en me demandant de la suivre chez Bruy�re � qui je devais raconter pr�cis�ment mon histoire. Je ne demandais pas mieux que de m'y rendre, d�sirant vous rejoindre au Mont Solitaire o� Nolda� nous t�l�porta. Bruy�re me re�ut imm�diatement et je lui racontai notre histoire. Lui annon�ant votre arriv�e possible en ces lieux, et ayant connaissance des combats � Louhna, Bruy�re envoya Nolda� et ses musiciens � votre recherche.
- Qui n'a pas dur� bien longtemps ! s'�cria joyeusement la naine.
- Pourquoi d�sire-t-elle nous voir, demanda Lina�lle. Tu sais tout ce que nous savons.
- Il y a un objet en votre possession qu'elle aimerait observer et qui lui revient de droit.
- La m�liop�ne ?
- Exact.
- Et ta taille ? " demanda Sy�. Nejma sourit et r�pondit :
- " Bruy�re m'a accord� l'immense honneur de me faire grandir ainsi, sous ma demande. Et elle m'a offert ce kimono qui me va comme une seconde peau.
- Bruy�re est donc bien une magicienne�Pourquoi d�sirais-tu un tel changement ?
- Concernant le changement, excusez-moi mais� c'est personnel. "
A chaque nouvel �tage se distinguait mieux l'�tendue du Mont Solitaire. La v�g�tation �parse et les �tangs coloraient cet ensemble gris d'o� la musique s'estompait � mesure qu'ils montaient. Il n'y avait ni garde ni Initi�. De trois c�t�s, les piliers du palais ouvraient la voix � un l�ger courant d'air matinal. Le fond du palais non fa�onn� aboutissait contre les flancs du mont. L'eau de la vo�te ruisselait jusqu'� des bassins de pierre d'o� se d�ployaient foug�res et lianes.
- " Quant � Bruy�re, continua Nejma, elle poss�de en effet des pouvoirs hors du commun, � m�me titre que ses bardes.
- Alors pourquoi n'ont-ils pas attaqu� avant ? s'exclama S�gol�n.
- Bruy�re vous r�pondra, intervint Nolda�. Nous arrivons. "
Atteignant la plus �lev�e des salles du palais, ils virent en son centre une femme de haute stature rev�tue d'une robe aux couleurs joyeuses. De fines tresses et des plumes parcouraient ses longs cheveux mordor�s. Des bracelets et des colliers embellissaient ses mains, son cou. Son visage irradiait un charme et une sagesse d�mesur�s. Quittant sa harpe grav�e de motifs �nigmatiques, elle venait � leur rencontre lorsque Sy� s'�cria " Alya ! " Bruy�re, boulevers�e, put � peine prononcer " Sy� " L'elfe r�fl�chissait, comme assaillie de souvenirs et tentant d'en r�veiller un maximum. Bruy�re lut le doute sur le visage de la magicienne et devina son amn�sie. Sy� s'agenouilla devant Bruy�re et dit :
- " Mes respects, Alya. Nos retrouvailles ont raviv� de tr�s lointains souvenirs, pourtant les d�tails de mon pass� restent incomplets. Je vous en prie, pourriez-vous me dire qui je suis ?
- Tu d�couvriras ton pass� en temps voulu, Sy�, inutile de brusquer les �v�nements, r�pondit amicalement Bruy�re. La seule chose qui compte est que tu saches pour quelle cause tu te bats. Pr�sente-moi tes amis. "
Sy� ressentait un m�lange d'excitation et de frustration. Bruy�re, ou Alya, ne lui raconterait qu'une partie de sa vie, toutefois peut-�tre avec ces �l�ments pourrait-elle compl�ter seule sa m�moire. Ce qui lui revint � l'esprit � la vue de cette femme marquait son visage d'une expression �trange. D'anciennes sensations resurgissaient en Sy�. Nejma et les autres la regardaient, intrigu�s et d�sireux de conna�tre les images du pass� qui traversaient l'esprit de la magicienne. Ils s'interrogeaient aussi sur Bruy�re que Sy� nommait Alya. S�gol�n et Pie'l se regardaient d'un air perplexe, se sentant compl�tement perdus au milieu d'eux.
L'elfe pr�senta ses compagnons, dont Araknor d�pos� � terre. Sans un mot, Bruy�re s'approcha du corps en une d�marche l�g�re et gracieuse. En silence, tous s'�cart�rent pour lui ouvrir le passage. Elle souleva Araknor et l'amena aux c�t�s de sa harpe. Elle ferma les yeux, les doigts sur les cordes, puis joua une m�lodie lente ne laissant aucun r�pit au silence, les notes semblant se figer autour d'elle et r�sonner d'un son pur avant de mourir lentement. Ses mains caressaient en des mouvements fluides les cordes argent�es ; de petites �toiles naissaient autour du r�deur et se r�pandaient sur son corps. Certaines se rassembl�rent au niveau du bras manquant avant de se convertir en os et en chair, r�g�n�rant le membre du r�deur. La lame noire fich�e en Araknor se retira d'elle-m�me pendant que les blessures cicatrisaient. Sa peau recouvrit un teint normal et Araknor ouvrit les yeux apr�s quelques �tirements, d�couvrant une superbe inconnue jouant pour lui un air envo�tant.
Alya
Ne d�tournant plus son regard, il se leva sans mal et avan�a � pas lents vers cette femme myst�rieuse et hypnotisante. Araknor, qui n'avait toujours pas vu ses amis derri�re lui, parla � la musicienne. " Pourquoi ne suis-je pas mort avant pour arriver plus vite dans un tel lieu ? Je n'aurai jamais imagin� que la mort puisse cacher en son sein de telles beaut�s, et si je devais mourir cent fois pour �tre de nouveau � vos c�t�s, p�rir deviendrait un plaisir. "
Araknor, tomb� amoureux de cette muse, la contemplait comme s'il regardait un ange. Nejma se mit � rire, suivi de ses compagnons, heureux de la r�surrection du r�deur et amus� de sa confusion. " Tu ne perds pas de temps Araknor ! lan�a Lina�lle. A peine �veill� et tu fais d�j� la cour � Bruy�re, notre h�te. " Araknor d�couvrit ses amis, stup�fait, et malgr� sa g�ne en r�alisant qu'il venait de courtiser Bruy�re elle-m�me, il exulta en se d�couvrant vivant et en reconnaissant Nejma tellement chang�. Leurs sourires suffirent � t�moigner de leur joie d'�tre r�unis de nouveau. Araknor fut pr�sent� � Pie'l, S�gol�n, puis Bruy�re qu'il couvrit de remerciements. " Araknor, dit Nejma, Bruy�re nous a fait venir pour que nous lui donnions la m�liop�ne. Tu la remercieras d'autant mieux en la lui offrant. "
Araknor fouilla ses habits et en sortit le cristal. Bruy�re le saisit avec soin et alla le placer dans un rai de lumi�re tranchant l'obscurit� de la vo�te. La M�lop�e des Montagnes se r�pandit alors au sein de l'Ecole d'Art, parcourant jusqu'aux plus fines anfractuosit�s de la roche. Pie'l, S�gol�n et Nolda� l'entendaient pour la premi�re fois. Silencieux, ils absorbaient cet air enivrant et triste. Bruy�re ne bougeait plus, paralys�e par la d�couverte. Ses yeux s'embu�rent, sa main vibrait sous un m�lange de surprise, de joie et de nostalgie. Elle semblait happ�e par la musique, envo�t�e par les paroles qu'elle accompagnait de ses l�vres muettes. Fermant les yeux, de ses paupi�res s'�chapp�rent des larmes.

Bruy�re remit le cristal dans le tissu, puis se tournant vers Nolda�, elle dit :
- " Par la cr�ation d'une telle pierre et la d�couverte de ce chant, Sable et les Nains redonnent l'espoir � Erakis.
- Qui donc �tes-vous vraiment pour poss�der tant de pouvoir et de connaissance ? demanda Lina�lle.
- Je vais vous le dire, car une mission vous incombe d�sormais. Mais commen�ons par toi, Sy�. De quoi te rappelles-tu ? "
Sy� r�fl�chit puis r�pondit :
- " En vous reconnaissant, des temps tr�s anciens sont revenus � ma m�moire. Je me rappelle Erakis jeune, lorsque la race des Hommes partageait le s�jour des Dieux. Pourtant rien n'est clair ensuite. Il y eut un conflit, correspondant certainement � ce que vous appelez la Col�re des Dieux ; les souvenirs suivants me restent inaccessibles. N�anmoins en vous voyant Alya, des noms trouv�rent leur visage en mon esprit, comme celui de H�ze, D�esse des Vents, Naos, Dieu du Savoir, Art�sia, D�esse des Oiseaux�
- Les Dieux existent donc ? s'�tonna Araknor.
- Oui ", r�pondit Sy�. En d�signant Bruy�re de la main, elle d�clara : " Je vous pr�sente Alya, D�esse de la Musique. "
Un silence solennel suivit cette d�claration. A mieux observer la musicienne, Pie'l, Nejma, et Araknor ne purent remettre la parole de Sy� en doute. D'Alya �manait une aura divine. Lina�lle et S�gol�n d�tenaient maintenant la preuve de l'existence de H�ze.
- " Mais, mais alors, b�gaya Araknor, Sy�, est-ce que toi aussi tu es� ?
- Non, r�pondit Alya. Sy� est notre invit�e, celle qui eut sa place � nos c�t�s et � qui nous avons accord� l'immortalit�.
- Rigel et Heka sont-ils aussi des Dieux ? demanda Nejma.
- Des demi-Dieux, pr�cisa Alya.
- Alors que veulent-ils ? A quoi sert la cordi�rite qu'ils poss�dent d�sormais ? Et la m�liop�ne, en quoi constitue-t-elle�
- Vous allez comprendre ", coupa Alya.
La D�esse parla dans une langue inconnue que seule Sy� parvenait � comprendre. L'espace se tordit non loin de la harpe, et de ces vibrations chaotiques apparut un homme. Araknor, Lina�lle et Nejma l'avaient d�j� vu dans les souterrains de Verfal ; Sy� le reconnaissait elle aussi. D'une m�me voix ils s'exclam�rent : " Naos. " L'homme se tenait devant eux, par� d'une �paisse tunique brune. Il portait des lunettes et un chapeau sur lequel reposait un l�zard au dos couvert de pointes. Son allure lui donnait plus l'air d'un savant que celui d'un combattant. La seule diff�rence avec leur souvenir �tait une cicatrice traversant le visage de l'homme, du haut du front � la joue. Et cette griffure leur �tait �trangement famili�re : la m�me se trouvait dessin�e sur les voiles et les boucliers de l'arm�e Griff�e.

" Je ne suis pas Naos, commen�a-t-il. Mon nom est Alwa�d, fils du Savoir et de la Musique. Puisque vous vous le demandez, je suis en effet celui qui dirige l'arm�e Griff�e. Je sais qui vous �tes et ce que vous faites ici. Vous �tes porteurs d'une excellente nouvelle, mais moi d'une mauvaise. Se tournant vers sa m�re, il lui dit : " Axana� a fini par succomber � la magie de Rigel. Elle lui a parl� du Secret des Dieux. Heka et Rigel vont bient�t partir � la Biblioth�que, il faut faire vite. "
M�me Sy� ne comprenait plus. Trop de l�gendes prenaient soudainement vie, et trop d'informations leur manquaient pour comprendre les v�ritables raisons de la guerre en Erakis. Alwa�d se tourna vers eux : " L'heure du choix est arriv�e. Alya va vous raconter l'histoire d'Erakis, cependant si vous l'entendez, c'est que vous aurez accept� de partir ensuite, pour un combat qui vous m�nera peut-�tre de nouveau devant Rigel et Heka. Vous n'�tes pas oblig� de rester, cependant si vous le faites vous ne pourrez plus revenir en arri�re. D�cidez-vous. "
S�gol�n s'avan�a et dit : " Je n'entends rien � vos histoires de Naos ou de Secret des Dieux. Mes amis se battent encore dans la plaine, je veux les y rejoindre et me battre � leur c�t�. " Plus h�sitant,  Pie'l finit par dire : " Edr�ane est ma reine, et la seule de mon peuple sur Edara, je dois savoir si elle est vivante et l'aider si je le peux. Je suis d�sol�. " Alya inclina la t�te en signe d'approbation.
- " Nolda�, demanda Alwa�d, veux-tu raccompagner nos amis et rejoindre les Initi�s ?
- Bien s�r, r�pondit la naine, nous allons vite finir cette bataille. "
Elle alla serrer la main de Nejma et salua ses compagnons avant de se diriger vers les escaliers. Pie'l et S�gol�n souhait�rent bonne chance � leurs amis et s'�loign�rent � leur tour. Seuls restaient Alya et Alwa�d face � Nejma, Araknor, Sy� et Lina�lle.
- " Je suis surpris que tu ne pr�f�res pas rejoindre les Gnomes, d�clara Alwa�d � la pr�tresse. Es-tu s�re d'avoir bien pris ta d�cision ?
- Oui, r�pondit-elle. Je veux conna�tre la v�rit� concernant la Col�re des Dieux et la soi-disant absence des d�it�s sur Erakis, � laquelle je n'ai jamais cru. "
La lumi�re naturelle du mont se dissipait, couverte par une sombre nu�e. Un silence que rien ne venait briser envahit L'Ecole d'Art devenue obscure. Plus personne ne semblait s'y trouver. Une lourde neige se d�versa des nuages et p�n�tra par les ouvertures du mont, formant de massives colonnes blanches, piliers de lumi�re diffuse se jetant de la vo�te aux �tangs loin en contrebas.

" Aux origines, commen�a Alya, les Hommes et les Dieux vivaient en harmonie. Erakis se nourrissait d'un �quilibre serein. Les Dieux d�cid�rent alors de d�velopper leur savoir et entreprirent la construction d'une impressionnante Biblioth�que perdue sur un continent isol�. Naos, cr�ateur des Hommes, appr�ci� des Dieux, fut d�sign� gardien de la Biblioth�que. Il fit construire une terrasse surplombant l'�difice, o� il recevait ses h�tes. Des heures durant, il philosophait avec les Dieux, et je d�cidai de m'y installer, y puisant une nouvelle inspiration au milieu d'eux. Naos consigna les conclusions de ses entretiens dans une �uvre intitul�e le Secret des Dieux. Le Dieu du Savoir y analysait ses fr�res et recensait leurs troubles et leurs forces. Jamais il ne s'en serait servi contre eux, n�anmoins les Dieux se m�fi�rent et aucun ne vint plus � la Biblioth�que. Je restai avec Naos, pouss�e par notre amour commun. Bient�t, il sentit une menace croissante. Les Dieux lui ordonn�rent de d�truire le Secret des Dieux, mais Naos ne pouvait ruiner son oeuvre sans renier sa propre existence en d�truisant le Savoir Supr�me qu'il d�sirait offrir aux Hommes afin qu'ils s'�veillent enfin.
" Les Dieux pr�parant une attaque, nous avons fui jusqu'aux Montagnes de Melk, au sein de replis s'enfon�ant dans les profondeurs des roches. En cet endroit, je traduisis chaque chapitre du Secret des Dieux en partition et fragmentai ce savoir en diff�rents airs. Ainsi les Initi�s puisent directement leurs pouvoirs dans l'Art Divin ; ce ne sont donc pas des magiciens mais des artistes, aux pouvoirs capables de contrer ceux de nos fr�res.
" Pour pallier la crainte de voir le livre de Naos accord� aux mortels, les Dieux d�cid�rent d'�liminer les Hommes avant qu'ils ne puissent utiliser une telle connaissance. D�sirant retrouver une plan�te vierge et inoffensive, les d�it�s d�cha�n�rent leur plus grande force en �veillant les quatre Grands El�mentaux, l'Air, la Terre, le Feu et l'Eau. Pendant cette p�riode de destruction nomm�e la Col�re des Dieux, les divinit�s se regroup�rent � la Biblioth�que vide. Gr�ce au Secret des Dieux, Naos fit la synth�se des peurs et des faiblesses de ses anciens pairs et parvint � d�finir le Cauchemar des Dieux. Seulement, le pouvoir ne lui �tait pas donn� de g�n�rer une telle puissance sans se sacrifier. Nous con��mes Alwa�d, puis Naos br�la le Secret des Dieux et se jeta dans les flammes. Pendant que son corps disparaissait, mon chant d'adieu l'accompagna et fut prisonnier des montagnes de Melk. "

Alwa�d pr�cisa :
- " Vous avez vu la trace de feu o� br�la le Secret des Dieux dans la caverne de platine. Les Nains ont eu une riche id�e de creuser en ces lieux et de commander cette m�liop�ne aux forgerons de Sable. "
- Mais alors, demanda Lina�lle, le Secret des Dieux ne peut plus nuire, et Rigel et Heka ne peuvent pas s'en servir contre nous.
- Ils n'en ont jamais eu l'intention. Ils d�siraient le d�truire, car les r�v�lations de cet ouvrage et l'absence de la cordi�rite �taient les deux seuls �l�ments les emp�chant de r�aliser leur but. Ils ont maintenant la pierre, et savent depuis peu que l'�uvre de Naos est en cendres. "
Alya reprit :
- " Lorsque le Cauchemar des Dieux se dirigeait vers la Biblioth�que, les d�it�s pr�f�r�rent fuir, conscientes de leur impuissance. Marquant la fin de la Col�re des Dieux, ils cr��rent l'Arche des Esprits Divins, ouvrant la voix � un refuge dimensionnel. Avant de la franchir, ils enfant�rent Rigel et Heka, ayant pour mission de lib�rer leurs parents une fois leur Cauchemar �radiqu� et l'ouvrage de Naos d�truit. C'est aussi � ces demi-Dieux que revenait la garde de la cl� de l'Arche, une cordi�rite polie au visage de la Lune Vierge.
- Quand je pense que nous l'avons eue en main si longtemps, soupira Araknor.
- Vous affirmez, dit Lina�lle, la voix emplie d'anxi�t�, que H�ze n'est plus sur Erakis ?
- En effet. Je suis la derni�re D�esse d'Erakis.
- Je ne peux pas vous croire ! fulmina la pr�tresse, d'o� me viendraient mes pouvoirs sans son inspiration divine ?
- Les druides d'Art�sia communiquent aussi avec les vents, dit Alwa�d, sans faire appel � H�ze ni aucun autre Dieux. Vous pouvoirs de pr�tres sont en partie similaires aux leurs. Vous vous �tes accord�s le respect de la nature, que vous avez confondu avec une influence divine.
- Non� c'est impossible, r�p�tait Lina�lle, pourtant �branl�e dans sa foi.
- H�ze faisait partie de ceux qui ont d�clench� les Grands El�mentaux contre Erakis. Maintenant que Rigel a fait parler Axana� et sait que le Secret des Dieux n'est plus, lui et sa s�ur vont faire revenir leurs parents afin que ceux-ci d�clenchent une nouvelle Col�re des Dieux qui r�duira toute vie en cendres.
- Le Cauchemar des Dieux ne peut-il rien faire, qu'est-il devenu ? demanda Nejma.
- Zosma, la seule divinit� capable de combattre sa propre peur, ne franchit pas l'Arche avec les autres. A la suite d'un long combat, le Cauchemar des Dieux fut repouss�. Il se r�fugia dans un temple souterrain abandonn� o� il hurla une derni�re fois. Ce cri secoua � tel point la terre que le temple �croul� fut cern� par le magma remontant depuis les failles d�chirant jusqu'au c�ur d'Erakis. La chaleur d�gag�e ass�cha les cours d'eau alentours et br�la terres et for�ts.
- Le d�sert ! dit Araknor. Et le lac Segin dont parlait Aspial� Le Cauchemar des Dieux reposerait donc au sein d'Edara�
- C'est exact. Et c'est l� que vous allez vous rendre. "
Alya ne les laissa pas r�pondre. Ils avaient accept� la mission avant de l'�couter parler. Elle continua :
- " Mon chant d'adieu incrust� dans votre cristal est la seule chance d'�veiller le Cauchemar. Je parle bien de chance, car rien n'est certain. Toutefois, la lumi�re du jour ne p�n�tre pas jusqu'au c�ur du temple. Il vous faudra chercher un miroir magique parvenant � contenir la lumi�re.
- O� pourrons-nous le trouver si vous ne le poss�dez pas ? objecta Nejma.
- A Sable, r�pondit Alwa�d.
Araknor esquissa un large sourire. Leur mission lui parut soudainement plus attrayante. L'id�e de d�couvrir Sable et d'y entrevoir les merveilles qu'il imaginait en ces lieux lui redonna courage et �nergie. Lina�lle semblait perplexe.
- " Alwa�d, dit-elle, vous n'ignorez pas que Sable est une ville interdite et invisible au milieu du d�sert. Personne n'en a jamais trouv� le chemin.
- Car personne ne portait son regard au bon endroit. Je connais les secrets de Sable et le moyen de s'y rendre. Alya vous t�l�portera entre l'ancienne forge et la nouvelle ville. De l�, au lieu de regarder l'horizon, vous observerez le sable du d�sert. Les jours et nuits sans vent, la chaleur du tunnel souterrain approvisionnant la ville en lave engendre une texture particuli�re du sable en surface, visible par les discrets reflets du soleil ou de la Lune. Ce ph�nom�ne est presque imperceptible et vous devrez rester attentifs.
- Il est probable que Sable ne nous re�oive pas amicalement, dit Araknor.
- Keldish vous conna�t, c'est suffisant.
- Vous ne pouvez pas nous accompagner ?
- Non, r�pondit Alya. Nous savons o� se dirigent les enfants des Dieux. Je vais me rendre � la Biblioth�que avant qu'ils ne franchissent l'Arche. Alwa�d va r�unir nos arm�es et ses alli�s pour les mener sur le continent o� sommeille la Biblioth�que. Toutes les arm�es de la Lune Vierge y convergent d�j�, sauf les troupes d�cim�es de la bataille de Louhna. Les survivants hommes, gnomes et elfes retrouveront dans quelques jours les nains et navigueront � la suite de nos ennemis. "

Depuis le r�cit d'Alya, Sy� ne parlait plus. La t�te basse, elle semblait d�pit�e et �nerv�e. Lorsqu'elle reprit la parole, ce fut pour interroger d'un ton col�rique :
- " Alya, je n'interviens pas dans votre r�cit. Je ne sais rien de plus sur moi. Que m'est-il arriv� depuis la Col�re des Dieux jusqu'� aujourd'hui ? O� �tais-je pendant plus de cinq mille ans ?
- Je suis d�sol�e Sy�, peut-�tre le d�couvriras-tu en chemin, mais je ne peux te l'apprendre maintenant.
- Et cette �caille dans ma main, je suppose que vous ne me direz rien � son sujet.
- En effet. "
Le regard compatissant et amical d'Alya ne consolait pas le d�sespoir de Sy�. Ceux qui pouvaient tout lui apprendre restaient muets. Elle se rappelait avoir c�toy� de nombreux Dieux, pourtant la majeure partie de sa m�moire ne s'ouvrait pas. La magicienne tournait et retournait en son esprit les images d'Erakis, ses villes et sa campagne ; rien ne lui revenait. Ses souvenirs de l'Ath�nit� se limitaient � divers lieux flous.

En rejoignant sa harpe, la D�esse d�clara : " Araknor, tendez la m�liop�ne vers moi, il est une arme dont vous aurez besoin. " Araknor ob�it et Alya se mit � jouer un air �trange. Aucune v�ritable m�lodie ne s'y  reconnaissait. Les cordes s'agitaient, comme ballott�es par le vent. L'air circulant dans les roches sifflait pour accompagner la harpe. Les colonnes de neige blanche disparurent au profit de fins rais lumineux ; des ouvertures de la vo�te apparaissait un ciel hivernal p�le.
- " Je vous offre le Souffle des Nuages, dit la D�esse. Si le ciel est d�gag�, cette musique appellera des nues d�versant une pluie diluvienne. Dans le cas contraire, le ciel s'�claircira.
- A quoi cela nous servira-t-il ? demanda Nejma.
- Les mort-vivants craignent la lumi�re, r�pondit Araknor. Il suffit que nous chassions les nuages qui les surplombent pour les r�duire en poussi�re. C'est une arme puissante, merci Alya.
- Je n'ai pas fini, approchez tous. Votre t�che peut �tre ardue, voil� qui devrait vous aider. Avant cela, rangez la pierre Araknor, ce sort est trop puissant pour que vous le d�teniez. Je vais augmenter vos facult�s de combat et de r�flexion. "
Alya joua de nouveau. Le son des cordes fermement pinc�es semblait envahir les alentours et se condenser, devenant presque perceptible au toucher. Nejma, Lina�lle, Araknor et Sy� sentirent les notes les p�n�trer, leur conf�rant une meilleure perception de leur corps et de leur esprit.
- " Je lis en vous une autre inqui�tude, dit Alwa�d. L'arm�e Griff�e n'est plus votre ennemie, malgr� la mort de Karsanis.
- Jamais nous ne vous remercierons assez, dit Araknor.
- Si, r�pondit Alya, en �veillant le Cauchemar des Dieux. "

Alwa�d engendra un cercle de t�l�portation et les invita � y p�n�trer. A la suite des autres, Araknor le franchit apr�s un dernier regard � Alya, reine de beaut� r�gnant d�sormais sur le c�ur du r�deur. Les quatre compagnons reconnurent la dimension sans consistance ni gravit� o� le Ma�tre de Magie les avait d�j� envoy�s. La voix d'Alya s'y fit entendre :
" Un dernier conseil, ouvrez vos esprits autant que vos yeux. Aussi, ne tardez pas. En aff�tant vos sens, j'ai lanc� un autre sortil�ge sur vous. Dans six jours, vos corps commenceront � s'�tioler et vous mourrez lentement. Le Cauchemar des Dieux vous lib�rera de ce v�n�fice lorsque vous parviendrez � lui. Nous ne sommes pas vos ennemis, nous nous assurons uniquement que vous ne reviendrez pas sur votre d�cision, car si les Dieux sont lib�r�s, le salut des peuples d'Erakis ne sera plus qu'entre vos mains. "

L'espace se stabilisa, r�v�lant un paysage immobile. Entour�s de sable � perte de vue, un silence parfait r�gnait. Le soleil mourant embrasait ces vastes �tendues o� quatre chevaux attendaient non loin. Lina�lle, Sy�, Araknor et Nejma ne bris�rent pas la qui�tude du d�sert, tentant au contraire de s'en inspirer. Leur r�alit� venait d'�tre boulevers�e, ils disposaient de moins d'une semaine pour atteindre leur but et ils se sentaient porteurs d'un espoir trop important pour leur groupe isol�. Contemplant les alentours sans savoir quelle direction prendre, leurs yeux se perdaient vers un futur oppressant.
Hosted by www.Geocities.ws

1