Un maintien de prix élevés du pétrole rendrait les énergies renouvelables compétitives
Les industriels attendent toutefois de voir si la hausse des prix se confirme pour investir massivement.
La flambée des prix du pétrole, qui ne cessent d'augmenter depuis un an, rend les énergies renouvelables plus compétitives que jamais, mais les industriels attendent de voir si cette tendance à la hausse se confirme pour investir massivement.
A partir de 40 dollars le baril, certaines énergies renouvelables deviennent compétitives par rapport au brut, indépendamment des soutiens publics, estime l'Agence de l'environnement et de la maîtrise d'énergie (Ademe, France).
Or, depuis près d'un mois, le baril a franchi le seuil historique des 40 dollars. Mardi 10 août, le brut de référence américain a inscrit un nouveau record en atteignant en séance 45,04 dollars.
"On travaille habituellement à faire baisser le coût des énergies renouvelables, mais la hausse actuelle des prix du pétrole contribue tout autant à favoriser leur développement", estime Virginie Schwarz, directrice Energies à l'Ademe.
DES COÛTS ÉLEVÉS
Depuis leur apparition, les énergies telles que l'éolien, le solaire ou les biocarburants ont souvent pâti du coût de leur technologie dans le choix des politiques énergétiques des pays industrialisés.
Face à l'envolée du prix du brut, la compétitivité de ces énergies est renforcée dès qu'il s'agit de petits investissements, relève l'Ademe.
"Si le fioul domestique augmente, les particuliers vont pouvoir se doter d'un insert au bois dans une maison individuelle, car le coût de ce chauffage alternatif va paraître moins élevé", souligne Virginie Schwarz.
Même scénario pour les biocarburants, où le point d'équilibre se fixe plutôt à 45 dollars le baril. Lorsque le baril tourne autour de 20-25 dollars, ce type de carburant mélangé au carburant classique revient deux fois plus cher au consommateur.
Quant à l'éolien, "il est favorisé lorsque les centrales qui produisent de l'électricité fonctionnent avec des carburants fossiles, donc plus sensibles au prix du pétrole, que celles qui fonctionnent au gaz", poursuit-elle.
Ainsi, en Espagne, le prix du pétrole actuel peut favoriser le développement de parc d'éoliennes, déjà bien implantées sur le territoire, relève l'Ademe.
LES INDUSTRIELS PAS ENCORE CONVAINCUS
Mais pour que les énergies renouvelables puissent surfer sur la flambée du brut, "il faut que les industriels, qui demandent plus de visibilité que les particuliers, jugent ce phénomène structurel et non pas conjoncturel", note un expert français de l'énergie.
Les chaudières à bois, par exemple, ne sont rentables qu'au bout de quinze à vingt ans et les panneaux photovoltaïques coûtent, en France, dix fois plus cher du mégawatt/heure que le prix actuel du marché, relève-t-il.
Il faudrait en outre que le prix du baril double, alors qu'il a jusqu'à présent été multiplié par 1,5, pour que l'éolien en France devienne compétitif.
Or, "on ne base jamais une politique d'investissement sur une tendance, et la montée des prix du pétrole n'est pour l'instant qu'un pic", assure Philippe Lambert, directeur de la communication de BP France.
"Même nos investissements dans l'exploration-production restent basés sur un baril à 15 dollars", souligne-t-il.
Le développement des énergies renouvelables ne peut en outre se passer d'aides publiques, car "ce sont des énergies très capitalistiques", relève la direction d'EDF, qui produit 1 % d'électricité à partir de l'éolien.
"La hausse du brut n'a pas de conséquence sur notre politique, le baril n'est pas encore assez haut", a-t-elle jugé.
Avec AFP