La pression internationale monte face aux risques de crises alimentaires
Par Yacine LE FORESTIER AFP - Lundi 14 avril, 23h56LUXEMBOURG (AFP) - Les appels � la mobilisation internationale se multiplient pour faire face aux crises alimentaires qui menacent la plan�te, la France appelant l'Union europ�enne � augmenter sa production agricole tandis que les Etats-Unis ont d�bloqu� lundi une aide d'urgence.
"Il va falloir doubler la production agricole mondiale d'ici � 2050 pour nourrir 9 milliards d'habitants sur la plan�te", a soulign� le ministre fran�ais de l'Agriculture, Michel Barnier, en proposant une initiative pour la s�curit� alimentaire dans le monde � ses partenaires europ�ens r�unis � Luxembourg.
La France propose � l'Europe de "produire plus et mieux" et de rester "une puissance agricole forte" pour r�pondre au "contexte grave de crise" et "aux �meutes de la faim", comme celles qui ont frapp� Ha�ti et fait plusieurs morts, entra�nant le d�part du Premier ministre.
Une mani�re de r�pondre � ceux qui, comme la Grande-Bretagne, pr�nent une baisse des subventions agricoles de l'UE.
Cette profession de foi intervient alors que les 27 sont en train d'�tablir un "bilan de sant�" de leur Politique agricole commune (PAC). Et que la France entend lancer d�s sa pr�sidence de l'UE au second semestre la discussion sur la place de l'agriculture dans la politique europ�enne, en vue du d�bat difficile � venir sur son budget apr�s 2013.
M. Barnier a aussi demand� une aide sp�cifiquement agricole plus importante de la part de l'UE aux pays pauvres, pour qu'ils se rapprochent de l'autosuffisance. Il a enfin plaid� en faveur de la plus grande fermet� de l'Europe dans les n�gociations commerciales mondiales � l'OMC, o� l'Europe est sous pression pour r�duire ses aides et droits de douanes agricoles.
L'initiative fran�aise a dans ce contexte �t� accueillie avec prudence par ses partenaires europ�ens. Si tous, � l'image de la pr�sidence slov�ne de l'UE, soulignent la gravit� du probl�me de la flamb�e des prix alimentaires, certains soup�onnent la France de chercher � profiter du contexte international pour d�fendre ses int�r�ts de premi�re puissance agricole de l'UE.
Le ministre portugais de l'Agriculture, Jaime Silva, a ainsi jug� qu'il ne fallait "pas m�langer" la question de la production alimentaire avec les n�gociations � l'OMC. En priv�, les Britanniques redoutent que l'initiative fran�aise soit utilis�e pour bloquer de nouvelles adaptations de la PAC.
L'inqui�tude grandit �galement aux Etats-Unis face aux �v�nements en Ha�ti ou en Afrique, o� la hausse spectaculaire des prix de denr�es de base comme le bl�, le ma�s ou le riz, suscite aussi une grogne croissante.
Le pr�sident am�ricain George W. Bush a annonc� lundi le d�blocage d'une aide d'urgence de 200 millions de dollars, tandis que le secr�taire g�n�ral de l'ONU, Ban Ki-moon, a appel� la communaut� mondiale � prendre des mesures imm�diates et � long terme face � la crise alimentaire.
Dimanche la Banque mondiale avait lanc� un appel � une intervention urgente, tandis que le Fonds mon�taire international (FMI) mettait en garde contre des "cons�quences terribles" si l'inflation se poursuit, avec "des centaines de milliers de personnes (qui) vont mourir de faim".
Lundi, le rapporteur sp�cial des Nations unies pour le droit � l'alimentation, Jean Ziegler, a enfonc� le clou en estimant que la plan�te se dirigeait "vers une tr�s longue p�riode d'�meutes" et de conflits li�s � la hausse des prix et � aux p�nuries.
Il a en outre jug� que la production massive de biocarburants, encourag�e par les Etats-Unis et l'UE comme alternative aux hydrocarbures, constituait "un crime contre l'humanit�" dans la mesure o� elle tend � se substituer aux cultures alimentaires et encourage la hausse des prix.