Apparue en mars 2005, une épidémie de chikungunya progresse depuis quelques semaines à grande vitesse sur l’île de La Réunion. Plus de 130.000 personnes ont été touchées, 77 décès ont été directement ou indirectement associés à cette infection virale jusqu’ici tenue pour ne pas être mortelle.
Contre le chikungunya, maladie virale, il n’existe aucun traitement ni vaccin.
Que sait-on précisément de cette maladie et de ses modes de transmission ?
Quelles sont les nouvelles questions médicales soulevées par l’actuelle épidémie ?
Comment comprendre l’ampleur de cette flambée épidémique ?
Comment prévenir de tels phénomènes sanitaires ?
Les microbes aussi ont une histoire : des épidémies de peste aux menaces de guerre bactériologique. Cette histoire montre qu'un microbe ne suffit pas à expliquer une épidémie, les maladies infectieuses évoluant au sein de systèmes complexes où le biologique ne peut être séparé du social. Qu'il s'agisse du risque infectieux alimentaire, des épidémies de peste ou de grippe espagnole dans l'histoire, du sida, de la guerre bactériologique ou du bioterrorisme, tout confirme qu'en fait l'épidémie, c'est l'homme.
L'Organisation mondiale de la santé a annoncé le 2 septembre que le risque de pandémie grippale est grand, qu'il va durer, que les moyens de l'éviter sont faibles et que les traitements manqueront. Cela conforte les craintes de la communauté scientifique, et , en premier lieu, celles des deux plus prestigieuses revues, Sciences et Nature.
La dernière pandémie, la grippe espagnole, a tué entre 50 et 100 millions de personnes en 1918-1919, et , si rien n'est fait, c'est par dizaines de millions qu'on pourrait compter le nombre de victimes de la grippe aviaire.
Il n'y a cependant pas de fatalité, et des moyens existent pour y faire face.
Deux éminents spécialistes des maladies respiratoires et infectieuses font le point sur les aspects les plus récents de la grippe, sur les virus et les risques de mutations, sur les traitements et les stratégies. Ils expliquent pourquoi et comment l'actuelle maladie des oiseaux peut devenir humaine.
Ils montrent les conséquences médicales et non médicales de la lutte contre la pandémie et pourquoi elles impliquent le politique à son plus haut niveau.
Ils décrivent les moyens dont dispose une démocratie pour affronter cette épreuve. Loin d'être alarmiste, ce livre est un message de confiance et d'espoir.
A CAMPAGNE de démoustication entreprise sur l'île de la Réunion, où sévit depuis un an l'épidémie de chikungunya, a-t-elle des chances d'aboutir ? Si les spécialistes pensent que l'épidémie va s'arrêter tôt ou tard, les entomologistes se demandent s'il sera possible d'éradiquer le moustique Aedes albopictus, vecteur de la maladie. Lors d'une réunion organisée, mercredi 1er mars, par la commission des affaires sociales du Sénat, ils ont déploré le manque de connaissances sur le chikungunya et surtout sur le vecteur de cette infection virale.
L'audition faisait suite à la demande de deux sénatrices de l'île de la Réunion, Gelita Hoarau (groupe communiste, républicain et citoyen) et Anne-Marie Payet (Union centriste - UDF), qui avaient alerté le gouvernement en octobre et novembre 2005 avant que l'épidémie n'explose.
Directeur de l'unité Insectes et maladies infectieuses à l'Institut Pasteur de Paris, Paul Reiter a fait le parallèle entre le chikungunya et la dengue, une fièvre hémorragique. Ces deux maladies sont provoquées par un arbovirus et, dans les deux cas, le vecteur est un moustique, Aedes aeypti pour la dengue et Aedes albopictus pour le chikungunya. Le premier prolifère dans des conteneurs artificiels, situés autour des maisons, tandis que le second se multiplie aussi bien dans ces gîtes que dans des espaces naturels (trous dans les arbres, plantes...). « La dengue est difficile à contrôler, mais c'est encore plus difficile pour le chikungunya, a précisé l'entomologiste. Il est très compliqué d'avoir un impact sur l'insecte et sur la transmission de l'épidémie avec la démoustication. Les aérosols d'insecticides ont très peu d'impact sur Aedes aegypti ; peut-être seront-ils plus efficaces sur albopictus, mais on ne le sait pas encore. »
PERTE D'EXPERTISE
Jusqu'ici, les spécialistes des insectes ne considéraient pas Aedes albopictus comme un vecteur d'élection pour les arboviroses, car il ne pique pas de manière privilégiée les humains et les primates. « L'efficacité d'albopictus a constitué une surprise », a reconnu Paul Reiter. Responsable du Centre national de référence des arbovirus à l'Institut Pasteur de Lyon, Hervé Zeller a affirmé que « l'étude du vecteur, que ce soit un moustique, une tique ou un phlébotome, est aussi importante que celle du virus. C'est le noeud du contrôle de ces infections ».
Sur ce sujet, force est de constater que des raisons convergentes sont à l'origine des « grosses lacunes dans les connaissances scientifiques » sur les arbovirus, dont celui du chikungunya, comme l'a souligné Hervé Zeller. La régression du paludisme à la Réunion depuis les années 1970 a fait que « les uns et les autres ont baissé la garde », comme l'expliquait récemment le ministre de la santé, Xavier Bertrand. A la Réunion, les effectifs du service de lutte antivectorielle de la direction régionale des affaires sanitaires et sociales sont passés de 168 membres en 1987 à 40 en 2004. S'y ajoute une perte d'expertise. « Les entomologistes sont une espèce en voie d'extinction », a ironisé Paul Reiter. Pour tenter d'améliorer les connaissances sur le vecteur du chikungunya, l'Institut de recherche pour le développement (IRD) a donc décidé d'envoyer àla Réunion un spécialiste des moustiques, qui travaillera en collaboration avec les Instituts Pasteur de Paris et de Lyon.
A la Réunion, le décès d'une femme enceinte de 40 ans est survenu dans la nuit du mardi 28 février au mercredi 1er mars, a indiqué Anne-Marie Payet, mais les autorités n'ont pas encore établi s'il était lié au chikungunya. Parallèlement, Huguette Bello, députée (non inscrite) de la Réunion, a sollicité et obtenu de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales de l'Assemblée nationale la création, mercredi 1er mars, d'une mission d'information parlementaire sur le chikungunya.