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Le Cambodge
A l'instar du Laos, le Cambodge fut, au XIXe siècle, sur le point d'être absorbé par le Siam et L'Empire d'Annam - Vietnam. Il ne dût son salut qu'en se rangeant sous la protection de Napoléon III. Ainsi commença la colonisation française qui fut marquée par de nombreux litiges territoriaux avec le Siam. Au départ, Paris dût céder les provinces de Battambang, Siem Reap et Sisopohvan que la France récupéra en 1907.
Durant la seconde Guerre mondiale, le Siam devenu la Thaïlande, et l'allié du Japon, récupéra ces territoires pour les restituer à l'Indochine française en 1945.
Le Cambodge réussit à se tenir peu ou prou en dehors de la première guerre d'Indochine, oscillant entre le Viêt-Minh et la France. A l'issue de cette première guerre d'Indochine, le Cambodge recouvra son indépendance, mais fut néanmoins progressivement happé par la Seconde Guerre d'Indochine opposant Nord-Vietnam et Etats-Unis; cette fois-ci le neutralisme n'empêcha pas le Cambodge de devenir un théatre d'affrontement entre les Américains et les Sud-Vietnamiens d'un coté, les nord-Vietnamiens et les Communistes du sud de l'autre. Cette progressive insertion dans une guerre qui n'était pas la sienne, fut imposée au Cambodge par la construction des pistes Hô Chi Minh qui traversaient les territoires khmers.
Dans les années 1970, les forces politiques du Cambodge se répartissaient en trois composantes : les neutralismes autour du Roi Sihanouk, les pro-américains emmenés par le maréchal Lon Nol lequel s'était emparé du pouvoir, et les communistes eux-mêmes partagés en deux tendances : l'une pro-chinoise, l'autre pro-Vietnamienne et pro-soviétique.
La chute de Saïgon - voir Vietnam - entraîna dans son sillage le triomphe des forces communistes de Phnom Penh. A_u sein des forces communistes, ce fut la tendance pro-chinoise qui l'emporta et qui parvint à instaurer le régime des Khmers rouges soutenu par la Chine mais également par la Thaïlande, cette dernière étant dans la péninsule. Le régime des Khmers rouges se lança dans une politique à la fois ultra-nationaliste - revendications territoriales sur le sud du Vietnam, xénophobie - et attachée à l'application d'un communisme intégral - désurbanisation, camps de rééducation, totalitarisme.
Le Cambodge contribua à endiguer un expansionnisme vietnamien qui s'exerçait au bénéfice de la stratégie d'encerclement de la Chine par l'Union soviétique. Après trois années d'exactions qui firent plus de un million six cents mille morts, l'armée vietnamienne rentra au Cambodge, délogea les Khmers rouges qui s'enfuirent dans les montagnes orientales, et installa un régime pro-Vietnamien et pro-soviètique. Dès lors, le pays passa sous le contrôle de Hanoï qui installa des colons vietnamiens dans sa partie occidentale. Les régions orientales du Cambodge, adossées à la frontière thaïlandaise, devinrent le sanctuaire de mouvements armés d'opposition : Khmers rouges, résistance nationaliste, et résistance neutraliste sihanoukiste. La guerre civile entre ces factions et les gouvernements pro-vietnamiens s'intensifia, chacune des parties se retrouvant instrumentalisée par les grandes puissances. En fait, le Cambodge se trouvait à l'intersection de trois zones d'influence : la soviétique, avec sa tête de pont vietnamienne, l'américaine avec la Thaïlande et la chinoise avec les maquis khmers rouges.
La fin du système soviétique modifia le profil géopolitique de la région et permit d'aboutir à une relative stabilisation : ce furent les accords de Paris de 1991 qui prévoyaient une réconciliation générale dans le cadre d'un retour à la monarchie.
Le contrôle du Vietnam sur le Cambodge ne diminua pas pour autant et il reste d'actualité. L'évolution la plus récente du Cambodge, à travers les soubresauts et les affrontements divers des maquis, montre un relatif désintérêt de la Chine pour les Khmers rouges; Pékin semble peu à peu s'accomoder de la tutelle vietnamienne, comme atteste son attitude lors de la crise de 1997 - voir Vietnam.
Le Cambodge est un pays qui survit grâce à l'aide internationale et qui demeurera sans doute longtemps encore un pays sous influence et en prise à une guerre incessante entre ses composantes instrumentalisée par ses voisins.
Jean-Marie Gabriac. Avignon. Le 12 mars 2000.
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