Je suis de retour et plein de changements, plein de nouveaux projets... à suivre
Mercredi 9 février 2000
C'est étrange de réapparaître ici. Sans doute parce que tout à changé, dans ma tête déjà et c'est l'essentiel. Je me défais de l'écorce encombrante de l'enfant que j'étais, je reste pourtant la même pleine de rêves lucides et enfantins. Je suis toujours dans les bras de X et les tempêtes nous ont fait tanguer mais prouvé que l'on pouvait rester debout malgré le vent (oh... quelle belle image...). Je m'éparpille mais différemment, je prends les choses en main. Tiraillée entre des petits bouts de moi qui se cherchaient je finis par trouver une sérénité et je sautille, virevolte, butine toujours autant.
Plus j'avance et plus je sais que je ne me suis pas trompée... je ne me défais pas comme ça de mes habits d'hier et le désir reste toujours palpable à fleur de peau.
Je ne pensais pas que J. me lisait et cela ne change rien, j'avais noté la date et j'irais l'écouter chanter... une insoumise est dans la salle.
Tout s'agite désormais. Je creuse mon sillon, un livre pour enfants par ci, un projet de film par là... je me demande comment je n'avais pas pensé avant à me libérer des contraintes. Je n'étais sans doute pas prête. Sans argent je n'ai jamais été aussi épanouie, je souris et les gens cadrés boudent mon optimisme. Il n'y a rien à en dire qu'à les imaginer rentrer chez eux les chaussons dans l'entrée. Je ne sais pas pourquoi cette image me vient il y a sans doute des hommes à chaussons fabuleux mais je n'en connais pas.
P.S. : toujours pas d'homme enrubanné de papier toilettes à ma porte. J. serait-il candidat ;)))
Grand changement :
Mot au hasard du dictionnaire de synonymes :
Gros bonnet
Ce week-end était agréable et difficile à la fois, pas de gouttes de pluies à compter, les yeux rougis par l'incertitude. Juste le doute parce que travailler sur mes projets seule amène inévitablement au questionnement. Hier j'aurais tout jeter à terre et je me suis écoutée "Immobile" en chantant malgré moi.
Très troublant, j'ai rêvé que je faisais l'amour avec un ami de X, relation bizarre dans la réalité, nous nous haïssions avant, nous nous redécouvrons maintenant, sans empressement, sans grande passion, chacun caché derrière son pilier, épiant l'autre, je m'exprime, il me laisse m'exprimer, il ne me plait pas et je sais pourtant que le seul rapport où je sois gagnante reste la séduction, rapport biaisé.
C'est très crétin mais je ne sais plus qui disait qu'il se sentait chez lui dans les bras de sa femme, et les bras de X m'apportent l'abri recherché, ils sont parfaits, avec la pression suffisante et la tendresse adéquate.
J'étais tellement fatiguée hier soir que j'ai regardé la télé, pendant ce temps X et son ami dessinaient et venaient me montrer de temps à autres leurs délires de papier. C'était M6 et tout son attirail médiocre et vulgaire à la fois. Sur le célibat des femmes. Je n'ai rarement vu d'étendard aussi creux, aussi vide, aucune émotion, rien que du vide à boire jusqu'à l'écoeurement, toutes ces femmes restent enfermées dans les stéréotypes. Pour aimer vraiment je crois qu'il faut savoir apprivoiser le silence et fermer les yeux pourquoi pas.
R. me manque terriblement et je répète toujours la même phrase devant mon miroir : R. est mon animal préféré.
Je paie le prix de ma liberté. Rien n'est plus dur. Depuis trois jours, une semaine peut-être, je pleure pleure et pleure comme si cela soulagerait le reste. Je nage à contre-courant et rien n'est fait pour cela. Plus un gramme d'argent, des murs à abattre et des portes à entrouvrir... je relève la tête, X est toujours là, à me montrer sa confiance mais tout est à construire en soi et je n'admets toujours pas la solitude pesante, quoi que l'on fasse, entouré ou pas, aimé ou non.
Aujourd'hui j'ai été chieuse, à me plaindre de moi même... ça va beaucoup mieux, mes problèmes sont toujours là mais j'ai les tripes à vif et toute la révolte, la colère, l'amour me poussent à la création, que je le veuille ou non, toutes mes émotions transcendent l'angoisse et la tristesse... j'adore cet état-là avec à la clef le traçage de route, peu importe les commentaires, peu importe les jugements, une conviction qui dépasse les dogmes bien ancrés.
J'ai enfin coupé les ponts avec mon père et le plus dur est passé. Je ne l'ai jamais rappelé, lui non plus, j'ai pensé "comme c'est simple", simple d'être tout pour quelqu'un et plus rien le lendemain. La filiation, une ombre qui m'empêche d'évoluer, c'est tout, le reste appartient au passé... je le laisse avec ses tourments, j'ai fait un pack, j'ai relu une dernière fois ces lettres, il m'a promis son suicide sur chacune... je ne regrette pas l'éloignement... salutaire
Sur ce journal, je couche mes aléas et je garde ma richesse et mes plaisirs pour les gens qui m'entourent, je me disais que ceux qui me lisent ne voient qu'une parcelle de moi, la pire sans doute, la plus tourmentée que je laisse s'exprimer, baillonnée à longueur de journées derrière un sourire radieux, des mots drôles et des phrases insensées. L'espace d'un instant ça m'a ennuyé. Mais égoïstement je m'en fous, je n'ai rien à prouver, rien à devoir. Un jour je laisserais entrevoir mon univers, mais à présent je garde pour ailleurs mes expos, mes cinés, mes idées, mes regards, mes amours.
J'ai vu R. ce matin, ses bras m'ont fait du bien, nous travaillons et des projets émergent, j'ai beau me persuader de ne plus le voir, il me fait rire et c'est irrésistible. Tiens c'est vrai le rire est irrésistible.
Mot au hasard du dictionnaire :
septennal
Poussée à écrire par les propos d'un garçon qui d'habitude me laisse généreusement un à deux mots en pâture et qui hier, exceptionnellement sans doute, m'offrait deux ou trois phrases négligemment posées...
J'avoue qu'écrire ce journal m'ennuie parce que je n'ai finalement pas l'impression de pouvoir y "parler" librement, prise à mon propre piège... parce que certains yeux me connaissent et c'est absolument terrible. Je m'autocensure et je déteste cela. les faits sont jetés sans contextes, et je crois aimer les contextes plus que les faits.
Pour tout dire hormis le journal délicat de cet homme, les autres ne m'intéressent pas. Vase clos et manque d"ouverture, l'introspection est nécessaire mais ce 'n'est qu'une étape, rien d'autre, comme "manger" est délicieux parfois et écoeurant à d'autres moments. Il n'y a que faire l'amour qui ne soit pas si souvent pénible mais aimer vraiment est difficile. Je suis passée d'un stade enfantin à celui de l'adolescence révoltée, et la mutation continue, je garde mes états d'âme à vif et toujours l'émotion à fleur de peau. Je canalise toute cette surenchère plutôt que de m'éparpiller. En continuant mon exploration pour découvrir ce qui m'avait à ce point touché, traumatisé et j'ai mis à nue il y a peu la réponse, j'ai maintenant ce soulagement énorme de celle qui sait. Nouveau terrain à conquérir. J'aime beaucoup cette idée de conquête.
Il y a deux jours nous avons pleuré comme des cons, désespérés, parce que c'est dur de vivre ses rêves, d'aller contre ce qui est acquis, de semer le doute et de récolter petit à petit le bien être, livré par bribes, comme si la saveur devait se laisser apprivoiser, comme le reste. Je pensais à ce moment là que ma vie valait 15000 francs, parce que sans argent le combat est plus audacieux et les secondes coûtent davantage. Je ne sais pas baisser les bras... Je pourrais peut-être envisagée de louer mes émois à ceux qui n'en ont pas, tarif aléatoire et vibrations arbitraires.
Mot au hasard de ma déclaration d"'impôts :
organisme
Si Neil Hannon sortait de cette enceinte où il s'est enfermé, est-ce qu'il m'inviterait à danser (?)