UN soir de Noël, une longue jeune fille brune s'envole au-dessus du Caire, direction Paris, Ville lumière. Elle s'appelle alors Yolanda Gigliotti, elle venait d'avoir vingt et un ans et, pour seul bagage, un vague titre de miss Egypte. A l'occasion d'une audition à l'Olympia, elle est remarquée par trois hommes qui joueront un rôle essentiel dans sa vie et sa carrière: Lucien Morisse, tout jeune directeur artistique d'une nouvelle radio: Europe 1; Bruno Coquatrix, le patron de l'Olympia, et Eddy Barclay qui mise le tout pour le tout sur le microsillon. Ces trois-là craquent pour cette brune volcanique. On lui déniche une chanson sur mesure: ce sera 'Bambino'. Pressée sur vinyle par les bons soins de Barclay, en rotation une dizaine de fois sur les ondes d'Europe, cette chanson symbolise une nouvelle ère de l'industrie musicale: la commercialisation. Dalida pénètre dans les foyers et les coeurs des français grâce à la TSF et les tourne-disques Teppaz. Elle séduit, enchante. Pour les uns, c'est sa voix, féminine et masculine. Pour les autres, son accent où roulent sensuellement les 'r'. Femme de la Méditerranée, sourire étincelant, longs bras toujours dénudés et cheveux en cascade, elle est un rayon de soleil dans la France en noir et blanc qui envoie ses appelés 'pacifier' l'Algérie.
Le documentaire diffusé sur Arte retrace chronologiquement sa carrière, jalonnée de succès importants - première chanteuse disque d'or, elle aura vendu au total 120 millions de disques - mais aussi de longs et douloureux échecs dans sa vie sentimentale, qui alimentent les potins de la presse à sensation, mais la rendent encore plus sympathique pour le Français de la rue.
Yolanda est devenue très vite Dalida, oubliant les envies de cinéma qui l'animaient à vingt ans. Construit sur des tubes qui s'enchaînent les uns après les autres, son parcours n'a pas été sans heurts. Il est touchant de voir cette jeune femme de trente ans soudain oubliée, l'espace d'une mode ravageuse baptisée yé-yé. Ceux qui jettent un temps un voile sur son aura s'appellent Johnny Hallyday, Sheila, Sylvie Vartan. Mais Dalida s'accroche et persévère.
Les années soixante-dix sont celles de sa consécration mondiale: en 1974, elle devient numéro un dans douze pays, loin devant les grosses machines américaines et, lors de l'avènement des émissions de variétés des Carpentier, elle y est sollicitée sans retenue. Les modes passent. Pas elle qui, à quarante-sept ans passés, se lance dans la disco avec frénésie, aidée en cela par le chorégraphe de Travolta pour 'la Fièvre du samedi soir'. Dalida danse et fait danser dans les discothèques. Les années quatre-vingt marquent un retour à une Dalida moins soucieuse des modes et plus préoccupée de donner une autre image d'elle-même, plus en accord avec la chanteuse de variétés qu'elle incarnait à ses débuts. Jusqu'à la fin où, un an avant sa mort, elle réalise, enfin, son rêve d'actrice. Le réalisateur Youssef Chahine, enfant comme elle d'un quartier du Caire cosmopolite, lui offre un rôle dans 'le Sixième Jour'. De noir vêtue, les cheveux cachés dans un foulard, Dalida se métamorphose pour interpréter avec talent cette figure de 'Mère Courage'. Il ne reste plus qu'à tirer le rideau sur le mot fin...
On retiendra de cette dame qui incarne à jamais la variété française dans ce qu'elle eut de meilleur comme de pire, une soif de perfection et une volonté tenace qui firent de cette italo-égyptienne une star mondiale. Grâce à ses succès, elle permit à la maison Barclay de signer Brel, Aznavour, Ferrat, Ferré... Elle a parcouru des milliers de kilomètres et chanté tous les soirs lors du célèbre Tour de France qui vit s'affronter au cours d'un terrible duel Poulidor et Anquetil. Elle nous émeut, comme chanteuse, comme actrice, comme femme, brisée par des amours défuntes mais qui chantait, malgré tout, des airs légers et ensoleillés.
ZOE LIN.
Page réalisée par Intern@tif - Lundi 28 Avril 1997
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