<III> ÉVEIL?

 

 

Dès le début, Mary-Lou entrecoupe ses séances de

traitement au stimulateur électrique avec des sessions de massages et de

"mobilisations" où elle impose aux membres de Paul des séries de flexions et

d'élongations destinées à leur permettre de conserver toute leur flexibilité. Elle

maintient un tel programme pendant plus de douze mois. Pour elle, c'est vraiment

la première fois de sa vie qu'elle a à se charger intégralement de tous les soins

dispensés à un malade totalement inconscient pendant une aussi longue période.

 

D'un naturel assez taciturne, au fil des mois à travailler

avec ce patient inusité du Dr Hearthbound, elle développe tout de même à un degré

de complicité avec le physiatre suffisant pour qu'elle en vienne un jour à se confier

sincèrement à lui. Celui-ci, qui n'a quant-à lui jamais eu à prendre en charge de tels

patients au coma interminable, en est venu à se fier presque totalement au

jugement de la physiothérapeute puisqu'elle est la seule personne qui aie eu

l'occasion de voir le patient problème pratiquement tous les jours pour lui appliquer

un quelconque traitement. Aussi se sent-il presqu'obligé d'obtempérer lorsqu'elle

lui demande un jour de bien vouloir chercher à placer leur patient inconscient dans

un institut spécialisé, à Montréal ou ailleurs, puisque "son état lui permet un

transport en ambulance et que ses amis ne demandent sûrement pas mieux,"

et la libérer ainsi de ses obligations envers le malade, car, dit-elle, "elle ne se sent

plus de taille à s'en occuper". Elle lui confie alors qu'à force de travailler avec lui,

elle en est arrivée à éprouver de "fortes angoisses lorsqu'elle le manipule" et

commence à craindre pour sa propre santé mentale si elle continue à travailler

avec ce patient inconscient. Elle en est venue à avoir de telles hallucinations

pendant ces traitements qu'elle commence à redouter une dépression nerveuse à

cause de ce travail insensé!

 

Aussi, le docteur Hearthbond demande-t-il à Jean, lors de

l'appel téléphonique subséquent de ce dernier, de bien vouloir l'aider dans ses

démarches pour faire admettre Paul à l'Institut de Réadaptation de Montréal.

L'amélioration de l'état du patient peut enfin permettre, dit-il, son déplacement vers

cette institution dont "les services et la situation géographique conviendront

mieux aux besoins de votre ami", dit-il. Celui-ci fera le voyage dans une

ambulance spécialement aménagée pour le transport de tels malades.

 

C'est ainsi, qu'à cause des états d'âme dépressifs de Mary- Lou et grâce à la

détermination et l'entêtement de Jean, qui n'a pas craint de

contacter et rencontrer individuellement à tour de rôle tous les physiatres travaillant

à l'Institut de Réadaptation de Montréal, Paul peut enfin prendre le chemin de

Montréal où le docteur Denise Landré, très intriguée par l'histoire médicale de ce

patient inusité, a accepté de le prendre en charge.

 

 

 



 

 

 

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