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<I> UN PETIT SERVICE
- "Aaaaah, uuum, il fait soleil aujourd'hui, et il y a un
bon moment qu'il est levé.
Il fait déjà chaud; quelle belle
journée en perspective.
Je crois que je vais me lever tout de suite moi aussi.
Je vais aller préparer un petit déjeuner
sucré pour "mes femmes".
J'espère que l'odeur va les réveiller!"
Silencieusement et tout en faisant bien attention pour ne
pas réveiller sa compagne qui dort à ses
côtés,
Jean s'étire voluptueusement et s'extrait de sous
leurs couvertures.
Sur la pointe des pieds, il sort de la cabane
et s'en éloigne un peu pour goûter aux chauds
rayons du soleil.
- "Que ça fait du bien! S'il faisait toujours aussi
beau et chaud,
je crois bien que je passerais ma vie entière ici,
tout nu au soleil!"
Tout en se délectant des chauds rayons qui
caressent son corps nu encore engourdi de sommeil,
il se frictionne vigoureusement pour chasser les
dernières lourdeurs de la nuit.
De taille moyenne, les cheveux châtains clairs
plutôt longs et encore hirsutes,
il porte une barbe et une moustache que le rasoir ou les
ciseaux n'ont pas approchés depuis longtemps.
Il fait rapidement quelques flexions et exercices pour
stimuler la repise de contrôle de son corps encore endormi.
Puis, après avoir ramassé une grande
serviette de bain, il descend au bord de la rivière toute
proche.
Il enfile alors une paire de palmes, met un masque de
plongée ainsi qu'un petit tuba et se jette à l'eau
à côté du quai.
Il parcourt à la nage quelques centaines de
mètres le long de la rive, et revient ensuite au quai.
Après y être remonté, il s'y
dépouille de son équipement de plongée, s'essuie
tout le corps soigneusement
et remonte vers la cabane où dorment encore sa
compagne et leur fille.
Il s'agit en fait d'une minuscule construction de 16
mètres carrés à peine,
aux murs strictement constitués pas des pannaux de
mousticaire métalllique
recouverts par des pans de toile amovibles,
fixés grâce à un système
ingénieux d'attaches repides comme pour les ouvertures d'unne
tente standard.
Construite à une cinquantaine de mètres
d'une habitation beaucoup plus importante mais toujours en
construction,
elle surplombe la rive d'une rivière déserte
dont les eaux paresseuses traverse une contrée boisée
à peu près inhabitée.
- "L'odeur des bonnes crêpes au sirop
d'érable,
y a que ça de vrai pour réveiller sa belle
le matin!"
Pendant qu'il s'affaire ainsi à préparer sa
"fameuse" recette de crêpes,
en partie parce que leurs narines sont titillées
par le fumet de ce plat qu'elles adorent toutes deux
et en partie parce que Jean ne prend vraiment pas soin
d'éviter de faire du bruit en cuisinant,
les dormeuses commencent à émettre divers
grognements caractéristiques d'un réveil bien
entamé.
- "Pour qui la première crêpe?
Le cuisinier est occupé à ses fourneaux!
Est-ce qu'on va d'abord servir la chatte?
C'est encore le seul client à l'horizon."
- "Des crêpes pour déjeuner, quelle bonne
idée Jean!
Je voudrais rester couchée encore un petit peu pour
repenser à mon rêve et je me lève tout de suite
après.
En attendant, tu peux bien t'asseoir et manger la
première toi-même.
Je me charge de faire cuire les autres."
- "Bonjour papa! Je me lève tout de suite.
Gardes-moi la première, j'ai tellement faim!
Elles sont tellement bonnes tes crêpes et en plus
j'avais tellement le goût d'en manger ce matin!"
Bientôt, toute la famille est attablée en
train de se régaler.
"Pschchchuit" fait la cafetière espresso et la
franche odeur du café frais fait se mêle aux relents de
crêpes rôties
et aux parfums subtils des fleurs sauvages et des
conifères environnants.
Les trois convives, encore tous nus tous les trois,
s'occupent à engoufrer goûluement
au fur et à mesure les crèpes
fourrées aux fruits sauvages
que Jean place dans les assiètes dès
qu'elles sont prêtes.
- "Ce matin, il faut que j'aille au moulin à bois
pour commander le bois qui nous manque pour finir la maison.
Je sais bien quependant l'été, c'est encore
ici dans le gasebo qu'on est le mieux,
mais si on espère pouvoir vraiment quitter la ville
et déménager sur "la terre" un jour,
il faut encore travailler un peu et rendre notre
"château" en construction habitable et confortable même
l'hiver!
Et il va falloir qu'elle soit grande la maison,
si je veux y installer un studio de son pour moi et un
atelier de graphisme pour toi!"
- "C'est vrai Jean, mais même lorsque la maison sera
finie,
je pense que je voudrai encore passer mes
étés ici, dans le gasebo:
quand il fait chaud, on y dort tellement mieux que dans
une maison fermée!
C'est vrai que pour l'hiver, c'est impensable."
Dès qu'il a fini de manger sa dernière
crèpe,
Jean se lève et va sortir du gazebo quand
Marie-Elfe, sa fille de dix ans ans à peine lui saute sur le
dos en riant
et lui colle un baiser sonore dans l'oreille gauche.
Il s'arrête alors un moment et se retourne pour
embrasser Christiane, sa femme,
qui s'est approchéepour le saluer avant son
départ.
La jeune femme qui porte des cheveux noirs presqu'aussi
longs que ceux de sa fille,
quasi blonde quant à elle, est un peu plus petite
que son compagnon
et son corps bien bronzé et parfaitement
proportionné respire la santé et l'énergie.
Après avoir troqué son costume d'Adam pour
celui d'un motard tout de cuir vêtu,
Jean enfourche sa moto et démarre en
pétaradant.
Il va traverser les champs qui le séparent de la
route,
quand il aperçoit son ami Paul, le
célibataire endurci,
qui sort de son propre "shack" en construction et qui lui
fait des grands signes de la main.
Agé d'un peu plus de trente ans comme Jean,
Paul est un jeune homme de taille moyenne lui aussi et
qui, sans avoir le physique parfait d'un
athlète, est tout de même doté d'une
saine musculature, exempte de graisse et suffisante.
Tout nu lui aussi, il s'appoche à grande
enjambées du petit sentier qui
passe devant sa propre habitation avant de ralier le
chemin public du rang un kilomètre plus loin.
- "Jean, est-ce que tu vas au village?
Peux-tu me rendre un petit service?"
- "Oui, je vais passer par-là en allant au moulin
à scie."
- "OK. J'aurais besoin d'un rouleau de film à
diapositives.
Mais si tu vas au moulin à scie, j'aimerais en
profiter pour passer une commande moi aussi...
Je n'ai pas fini de faire ma liste, j'allais m'y remettre
tout de suite.
J'en aurais pour une heure environ...
Alors plutôt que te faire attendre que j'aie fini,
c'est moi qui pourrais te rendre un petit service:
si tu voulais me donner ta propre liste et me prêter
la moto et ton casque,
je pourrais y aller à ta place et passer nos deux
commandes à Ronald.
Profite du beau temps pour moi pendant ce temps
là!"
- "Comme tu voudras.
Avec le temps qu'il fait aujourd'hui,
j'avoue que je ne serais pas fâché de me
baigner plutôt que d'aller me faire secouer sur les routes de
terre du coin.
Alors si tu veux souffrir à ma place, vas-y,
je te laisse mes clefs, la moto, le casque, les listes et
tout le reste."
Après avoir donné sa commande de bois
à Paul,
Jean lui remet les clefs de sa BMW, son casque, sa veste
et son pantalon de cuir.
Puis il retourne à pied chez lui pour finir de se
déshabiller et replonger dans la fraîche rivière.
Une heure plus tard, il entend Paul partir et il continue
à savourer sa baignade avec "ses femmes".
Il n'y pense déjà plus, quand il a tout d'un
coup la surprise de voir apparaître au bout du champ une
voiture de police.
Il s'habille aussitôt en toute hâte pour
recevoir cette visite inopinée dans une tenue plus
appropriée.
La voiture n'est conduite que par un seul agent,
agé d'une cinquantaine d'années environ et
dont le crâne est très dégarni.
Il stationne sa voiture entre le gazebo et la maison en
contruction
et, après avoir logé un appel grâce au
poste de radio de sa voiture pour avertir son poste de commande de
son arrivée,
il descend du véhicule et se retourne pour
s'adresser à Jean qui lui fait maintenant face.
- "Bonjour monsieur. Je cherche Monsieur Jean St- Pierre,
vous le connaissez?"
- "C'est moi. En quoi puis-je vous être utile?"
- "Vous êtes bien le propriétaire d'une moto
BMW bleue immatriculée MG 7950?"
- "Oui, pourquoi?"
- "Il faut que je vous annonce une bien triste nouvelle:
elle vient d'avoir un accident.
Très léger, rassurez-vous: la moto n'a
presque rien. Par contre, son chauffeur...
Un certain monsieur Tardif, Paul tardif. Vous le
connaissez? ...
Bien. Alors, il n'est pas question de vol? ... Un emprunt
tout simplement? ...
Bon. Les détails de l'accident maintenant:
il n'a pas vraiment eu de collision:
il a simplement perdu le contrôle à basse
vitesse et il a chuté.
Il ne semblait pas avoir rien de cassé, il ne
portait pas son casque
ou alors il était mal attaché et il l'aura
perdu en tombant...
En tous cas, il semble qu'il a subi un traumatisme
crânien,
parce qu'il est tombé dans le coma peu après
l'accident.
Une ambulance l'a amené tout de suite à
l'Hôpital Général d'Ottawa."
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