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| La séance est
un peu "fourre-tout" mais devrait permettre de répondre aux questions
éventuelles sur le thème de la construction régionale
hors d'Europe.Et, rassurez vous, j'ai fait plus court que la tirade
fleuve sur l'Amérique.
Nous aborderons quatre zones importantes:
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| 1-
la construction régionale en Amérique
1.1-
l'Organisation des Etats américains
L'organisation a plus de cinquante ans: elle remonte au 30 avril 1948, date où 21 pays du continent se réunissaient à Bogota (Colombie) pour adopter la Charte de l’Organisation des Etats Américains (OEA) qui affirmaient leur engagement envers la réalisation d’objectifs communs ainsi que le respect de la souveraineté des nations. Depuis lors, les nations de la Caraïbe ainsi que le Canada se sont joint à l’OEA. Les principes sur lesquels reposent l’OEA sont issus d’une tradition de coopération régionale qui remontent au XIXe siècle. En 1826,
le libérateur Simon Bolívar convoqua le Congrès de
Panama dans le but de créer une association d’Etats du
En 1890,
la Première Conférence internationale des Etats Américains
tenue à Washington, D.C., donnant naissance à
En 1910, cette organisation devint l’Union panaméricaine. En 1948,
lors de la Neuvième Conférence internationale américaine,
les participants signaient la Charte de l’OEA et la
A l'actif de l'Organisation, il faut citer quelques grandes étapes phares: 1959 - Création de la Commission interaméricaine des droits de l’homme qui depuis joue un rôle majeur dans la lutte contre les régimes répressifs du continent et aujourd’hui continue d’assurer des voies de recours aux citoyens victimes de violations des droits de l’homme. 1961 - Signature de la Charte de Punta del Este qui a lancé l’alliance pour le progrès, un ambitieux programme de coopération conçu pour renforcer la démocratie et favoriser les progrès économiques et une plus grande justice sociale dans le continent. Les programmes de coopération technique de l’OEA ont été élargis pour faire face à ces nouvelles responsabilités. 1962 - Exclusion du Gouvernement cubain de toute participation au système interaméricain. Cuba demeure membre de l’OEA, mais son gouvernement ne peut voter ou prendre part aux activités de l’Organisation. 1969 - Signature de la Convention
américaine relative aux droits de l’homme. Cette convention a pris
effet en 1978 et a été
1977 - Signature des Traités du Canal de panama par le Président des Etats-Unis, Jimmy Carter et le leader panaméen Omar Torrijos. 1986 - Création de la Commission interaméricaine de lutte contre l’abus des drogues (CICAD), pour faire face au problème croissant de la consommation, la production et le trafic illicite des drogues. 1991 - Adoption de la résolution
1080, qui a tracé les procédures à suivre pour
répondre aux menaces à la démocratie dans le continent.
En tant qu’élément aidant à gérer les crises,
la résolution 1080 a été invoquée à
quatre reprises: en Haïti (1991), au
1998 - Deuxième Sommet
des Amériques à Santiago (Chili). Les présidents
et premiers ministres du Continent ont confié à l’OEA de
nouveaux mandats portant sur des domaines tels que les droits de l’homme,
le commerce, l’éducation, la
Tous les 35 pays des Amériques
ont ratifié la Charte de l’OEA et appartiennent à l’Organisation.
Il y a 21 membres originellement membres de l’OEA (1948): Argentine, Bolivie,
Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Cuba, République dominicaine,
Equateur, El Salvador, Guatemala, Haïti, Honduras, Mexique, Nicaragua,
Panama, Paraguay, Pérou, Etats-Unis, Uruguay, Venezuela. 14
pays devenus membres par la suite: Barbade, Trinité et Tobago (1967);
Jamaïque (1969); Grenade (1975); Suriname (1977); Dominique, Sainte-Lucie
(1979); Antigua-et-Barbuda, Saint-Vincent-et-Grenadines (1981); Les Bahamas
(1982); Saint-Kitts-et-Nevis (1984); Canada (1990); Belize, Guyana (1991).
L' organisation de l'OEA inclue des organes deibérents (Assembleé générale, Conseil Permanent, Conseil interaméricain pour le développement intégré), sept comminssions spécialisées ( Commissions et Comites Interaméricain, Comité juridique interaméricain, Commission interaméricaine des droits de l'homme, Cour interaméricaine des droits de l'homme, Commission interaméricaine de lutte contre l'abus des drogues, Commission interaméricaine des télécommunications, Commission interaméricaine des Ports). Il y a enfin une administration avec un Secretariat Général et une pléthore de services. A côté de cet organisation
politique, il y a une enceinte militaire qui est le pacte de Rio ( 1947
) créé pour garantir aux états d'Amérique
latine la paix et la protection des Etats-Unis contre le communisme (protection
militaire et nucléaire). Cela revenait aussi à consacrer
militairement la doctrine Monroe. en font partie les USA et tous les
autres états américains sauf le Canada, l'Equateur, le Nicaragua,
Cuba et les Guyanes. Mais nous le traiterons dans la séance sur
les alliances de défense. L'intérêssant, ce sont
les associations d'etat à visée économique.
1.2 Le Pacte andin Organisme de peu d'influence, le Pacte a été institué par l'Accord de Cartagena (Colombie) le 26 mai 1969. Un de ses principaux buts est l'harmonisation des politiques économiques et sociales. Dans une zone où les échanges internes étaient peu développés et les économies directement concurrentes sur l'exportation de ressources voisines, le bilan en est mince. Dans la recherche des objectifs sociaux,
le Pacte andin a adopté divers instruments, tels que l'Entente Andrés
Bello sur l'éducation, la culture et la science ; l'Entente Hipólito
Unanue en matière de santé, et la Déclaration de Quito
(avril 1973) dans le domaine du travail. La première conférence
des ministres du travail a mis l'accent sur les aspects sociaux de l'intégration.
C'est ainsi que l'Entente Simón Rodríguez sur l'intégration
sociale et sur le travail fut signée à Caracas le 26 octobre
1973, créant officiellement la Conférence des ministres du
travail, l'Instrument andin de sécurité sociale et l'Instrument
andin sur les migrations de travailleurs. En fait, le processus d'intégration
des pays andins a connu des progrès et des reculs, des lumières
et des ombres. Il a été appuyé vigoureusement
par certains gouvernements et soutenu tièdement par d'autres. Ce
processus a récemment été l'objet d'un
refroidissement de la part du gouvernement du Pérou et le Chili
s'en est retiré il y a quelques années.
En ce qui a trait au travail, les
Ententes et les Instruments adoptés ont une force plutôt lyrique
que réelle et authentique. C'est un fait que les échanges
commerciaux entre les pays andins ont augmenté. On peut remarquer,
cependant, l'absence d'un processus d'unification des politiques et des
économies visant à rapprocher les peuples et à dépasser
les chauvinismes, les rivalités, les antagonismes et les méfiances.Malheureusement,
le Pacte andin manque d'une volonté commune ferme. Ses instruments,
notamment au niveau de la coopération en matière de travail,
ne constituent que de beaux poèmes d'amour et de bonnes intentions.
Mais ils ne sont pas appliqués.
1.3 l'ALENA 1.3.1. Economie de l'accord Les États Unis , le Canada et le Mexique sont désormais liés par un accord commercial original : l'Accord de Libre Échange Nord Américain (ALENA). Cet accord est en phase avec la régionalisation en cours de l’économie mondiale. Il s’agit d’accord original : Il réunit des pays forts dissemblables tant par la nature de leurs structures d’échanges. Cet accord a été signé le 17 décembre 1992 et il est entré en vigueur le 1 janvier 1994, L’ALENA fait suite à l’accord de libre échange États Unis Canada de 1989 (CAFTA) . L’ALENA peut être compris comme la première expérience d’accession d’un pays émergent, le Mexique, à un club de libre échange de pays industrialisé. L’accord comporte vingt deux chapitres, intégrant nombre de principes inspirés des règles multilatérales du commerce mondial . Avec cet accord les barrières tarifaires et non tarifaires seront éliminés sur une période de dix à quinze ans selon les produits : le Mexique s’est vu attribuer un traitement plus favorable, ces partenaires au sein de L’ALENA offrant un droit zéro sur 70% de ses exportations contre 40% en sens inverse . Il s’agit là d’une disposition classique dans les relations commerciales entre pays industriels et pays émergents . De plus l’investissement direct est libéralisé au Mexique . L’ALENA est un zone de libre échange, non un marché commun : contrairement à l’union européenne . Le nombre de consommateurs concernés est plus important que celui de l’Europe des douze , mais le degrés d’intégration est beaucoup plus faible . L’ALENA n’est pas non plus une union économique, il n’existe pas de politique économique commune , pas d’harmonisation des juridictions , pas de politique de concurrence , et surtout pas de mobilité des travailleurs . L’ALENA n’est pas une union monétaire . L’ALENA enfin , n’est pas doté d’institutions politiques (pas de conseil , pas de commissions , pas de parlement , pas de cour de justice . Il ne s’agit donc que d’un accord commercial .L’ALENA vise d’abord à répondre à un problème spécifique : celui des pressions migratoires et de la concurrence des industries à bas salaires ressenties par les États Unis confrontés à l’émergence du sud . Cet accord a aussi pour but de stabiliser le Mexique , pays dont les sursauts sont porteurs de crises systématiques . C’est une intégration commerciale sans intégration monétaire : L’ALENA constitue en quelque sorte un " contre modèle " pour l’Europe . L’ALENA s’appuie sur des relations commerciales fortement asymétriques : les États Unis représentent 70% du commerce du Canada et du Mexique ; ces pays ne représentent respectivement que 20% et moins de 10% du commerce américain . De plus les relations commerciales entre le Canada et le Mexique sont à peu près inexistantes dans le cas du Mexique , le niveau d’intégration à l’économie américaine a triplé ; dans le cas du Canada il a augmenté d’environ 50% . Du côté mexicain , le chemin à parcourir pour accéder au " club " nord américain était difficile et impliquait des révisions radicales en matière de politique économique , même si le processus de réforme avait été engagé préalablement . 1.3.2. De difficiles effets sur l'agriculture L’agriculture mexicaine n’était pas préparée à une confrontation à la concurrence nord américaine. L’ALENA n'a fait qu’éterniser une situation réversible : environ 60% des ventes mexicaines aux États Unis se faisaient en effet déjà en franchise totale de droits . Les quotas imposés par les États Unis aux exportations mexicaines n’étaient , pour la plupart pas restrictifs , seule l’agriculture restant fortement protégée . En fait, les dégâts ont été importants pour le Mexique. L'agriculture mexicaine était déjà gravement touchée par la crise : entre 1982 et 1994, la production a augmenté d'à peine 1 % en moyenne par an, alors que la population augmentait de 2,2 % par an. Elle ne produit plus que 7 % du PIB, alors qu'elle occupe le quart de la population active. En conséquence, les importations de produits alimentaires ont triplé au cours de cette période. Dans le même temps, l'orientation vers l'exportation s'affirmait par une diversification des produits (fruits, légumes, productions agro-alimentaires variées) et un doublement des exportations. En outre, cette période a déjà été marquée par une ouverture du secteur rural au marché : renforcement de la propriété individuelle, libération des prix, abandon de toute forme de crédit bonifié. Le gouvernement a abandonné pour l'esssentiel l'objectif d'autosuffisance alimentaire et entrepris de liquider ce qui pouvait subsister de la réforme agraire et du système de l'ejido. Néanmoins, l'Alena a porté le coup de grâce. Une des conditions préalables à sa signature était en effet la réforme de l'article 27 de la Constitution, abolissant le caractère collectif du système de l'ejido et remettant sur le marché toutes les terres. On sait comment cette mesure a été accueillie dans les montagnes du Sud-Est mexicain... En tant que tel, le traité s'est traduit par une aggravation de la situation des producteurs mexicains, en particulier pour des produits de culture traditionnelle comme le maïs, soumis à la concurrence de l'agriculture la plus productive et la plus subventionnée du monde. Concrètement, la majorité des produits agricoles entrent dans la catégorie de ceux que le traité prévoit de « libérer » de toute taxe à l'horizon de dix à quinze ans, les légumes, légumineuses, agrumes, entre autres, étant exemptés de tout droit d'entrée au Mexique depuis 1994. Les importations mexicaines de céréales devraient atteindre le record de 11 millions de tonnes cette année, contre 5 à 7 millions les années précédentes. Selon une association de Washington, Public Citizen, l'Alena a été l'occasion d'un « boom pour les grands agriculteurs du Midwest ». 1.3.3. L'effet pervers des maquiladores Les maquiladores s’appuient depuis 1965 sur un régime préférentiel l’importation de composants , l’assemblage puis la réexportation vers les États Unis , le tout effectué dans 80% des cas dans la région frontalière pour minimiser les coûts de transport . Le boom urbain de cités comme Cuidad Juarez a été stupéfiant. Le salaire horaire mexicain moyen représentait en 1990 ,en dépit de l’existence d’un salaire minimum légal , un sixième du salaire américain et moitié moins dans les maquiladores où l’on gagnait moins de la moitié du salaire de Singapour ou de Hong Kong . 5 premières concentrations de Maquila en 1995
Au total les emplois " détruits " par l’accord représente 2% de la destruction d’emplois " naturelle " aux États Unis (c’est à dire provenant de toutes autres causes : progrès technique , concurrence des autres pays , mutations industrielles..) . Depuis le 1 janvier 1994 les statistiques semblent indiquer un flux d’emplois des États Unis vers le nord et le sud: 107000 emplois dans l’électronique et le textile ont été transférés vers le Mexique ou le Canada .. L'« avantage comparatif » principal du Mexique, à savoir les bas salaires, avec un différentiel de 1 à 7 en moyenne (et de 1 à 14 dans les maquiladoras), a été exploité à fond. Dans le même temps, une pression à la baisse s'exercerait sur les salaires américains, d'autant plus que les délocalisations d'entreprises aggravaient le chômage au nord du Rio Grande ; l'absence de normes sur l'environnement au Mexique donnait toute latitude aux entreprises pour aller y polluer à leur aise, ce qu'elles ne peuvent plus faire aux Etats-Unis à cause du Clean air Act. Public Citizen a publié un rapport intitulé Les Promesses non tenues de l'Alena : les créations d'emploi, faisant référence à la campagne de lobbying en faveur de l'Alena d'un certain nombre d'entreprises nord-américaines, soutenues par des voix gouvernementales, promesses qui avoisinaient 170 000 à 200 000 emplois. Ces chiffres s'appuyaient sur une projection de l'Institut d'économie internationale, sur la base d'une prévision de 7 à 9 milliards par an d'excédent commercial des Etats-Unis par rapport au Mexique. Or, suite à la dévaluation du peso en décembre 1994, le commerce des Etats-Unis avec le Mexique a été déficitaire en 1995. Inversant l'estimation, on arrive ainsi à une perte d'environ 300 000 emplois aux Etats-Unis rien que pour 1995. Il est vrai que les licenciements causés par l'Alena semblent se succéder aux Etats-Unis, particulièrement dans les branches les plus vulnérables de l'industrie, comme le textile-habillement, les jouets, la construction mécanique ou électrique. La liste est longue : 520 emplois supprimés par Fisher-Price ; Fruit of the Loom planifie d'en supprimer 3 200 et de fermer six usines, Wrangler d'en fermer trois et de supprimer 700 emplois. On pourrait multiplier les exemples. Ainsi, 80 000 chômeurs se sont inscrits en 1995 auprès du département du travail pour être indemnisés au titre de suppressions d'emplois dues à l'Alena. Le fond prévu à cet effet tablait sur 10 000 demandes. Cependant, il faut se garder de toute appréciation rapide sur ce sujet. Dans les entreprises, les branches et les régions directement concernées, la situation est dramatique pour les salariés. Il ne faudrait pas en déduire pour autant qu'il existe un effet de vases communicants, et que les emplois perdus par les salariés des Etats-Unis seront récupérés par les salariés mexicains. D'abord parce que les entreprises concernées suppriment souvent purement et simplement une partie de leurs activités, en arguant de la concurrence du Mexique, due au faible coût du travail dans ce pays. Ensuite, parce que même lorsqu'il y a délocalisation, celle-ci ne constitue qu'un aspect d'une restructuration plus globale de l'entreprise, en réaction à une demande insuffisante, basée sur le sacrifice de la plus grande part possible de masse salariale. L'exemple de la société Moulinex en France le montre bien. Il y a alignement vers le bas pour tous les salariés, à l'échelle internationale. Par ailleurs, si on se place au niveau global, on s'aperçoit qu'il n'y a pas gain net d'emplois au Mexique. On peut faire référence à ce sujet à une étude intitulée Rien de drôle dans l'Alena, publiée par un réseau d'ONG des deux pays : non seulement les suppressions d'emploi ont été multipliées par deux aux Etats-Unis en 1995, mais le chômage a également doublé au Mexique entre septembre 1994 et 1995 ce qui se conçoit aisément dans la mesure où les faillites et les suppressions d'emploi dues à la concurrence nord-américaine et plus généralement à la politique d'ajustement structurel, ont largement compensé les créations d'emplois dans les maquiladoras. Le pouvoir d'achat du salaire moyen a diminué de 54 %. Enfin, sur les 334 entreprises nord-américaines qui ont délocalisé des activités au Mexique, beaucoup sont hautement polluantes. Conclusion prévisible : les seuls bénéficiaires de l'Alena sont les entreprises multinationales, en particulier nord-américaines. En outre, des deux côtés de la frontière, les femmes ont particulièrement subi les conséquences prévisibles. Aux Etats-Unis, elles étaient nombreuses dans les branches de l'électronique et de la confection, qui ont supprimé des emplois. Au Mexique, les maquiladoras en pleine croissance les surexploitent. Attention l'implantation des maquiladoras est déjà ancienne elle date du milieu des années 60 et elle s'est intensifiée bien avant l'entrée en vigueur de l'Alena, avec la politique d'ouverture pratiquée par Salinas : adhésion du Mexique au Gatt en 1986, orientation définitive vers une stratégie économique néolibérale dès 1987, programme d'austérité et privatisations à la clef. On peut avancer l'idée que la fonction de l'Alena est avant tout idéologique et politique : le traité signifie l'ancrage définitif du Mexique à une économie soumise aux lois du marché, et son adhésion sans réserve à la mondialisation néolibérale, loin des tentations populistes du PRI de l'ancienne génération. Ainsi, les flux de capitaux observés depuis le début des années 90 auraient peut-être été davantage dus au retour de la « confiance », pour employer le jargon du FMI, qu'aux brillantes perspectives de croissance industrielle du pays. L'effondrement du peso en décembre 1994 et la fuite accélérée des capitaux a d'ailleurs bien montré qu'il s'agissait beaucoup plus de placements spéculatifs et à très court terme que d'investissements productifs. Ces réserves faites, il est indéniable que l'Alena a eu, et continuera à avoir, des effets repérables sur le type de spécialisation de l'industrie mexicaine, à l'intérieur et hors des maquiladoras. Seule leur ampleur est pour l'instant difficile à évaluer avec précision. Les « règles d'origine » jouent à cet égard un rôle particulier. Il s'agit des dispositions prévues dans le traité selon lesquelles les exportations mexicaines en direction des Etats-Unis doivent comporter un pourcentage minimal de valeur ajoutée au Mexique même. Ces clauses sont, pour les Etats-Unis, un moyen d'éviter que des firmes d'autres pays, en particulier de l'Est et du Sud-Est asiatique, n'utilisent le Mexique comme base d'exportation afin de contourner les barrières protectionnistes. De plus, les droits appliqués par les Etats-Unis sur leurs importations mexicaines étaient déjà bas. Il peut néanmoins y avoir une différence par rapport au système précédent, dans la mesure où les droits de douane porteraient désormais uniquement sur la valeur ajoutée au Mexique et non sur la valeur des fournitures et consommations intermédiaires, importées des Etats-Unis. Cela pourrait encourager les investissements industriels requérant des intrants de plus haute technologie. Néanmoins la contrepartie de cette modification est qu'aujourd'hui les fournitures doivent rester identifiables dans le produit, ce qui risque d'accentuer les tendances à mettre l'accent sur le caractère d'« assemblage » et de limiter techniquement la complexité du processus productif et l'intégration des différentes branches industrielles. Il y a donc là un jeu de facteurs qui pèsent tous dans des directions opposées. Même si le passé a montré qu'il peut exister des maquiladoras qui ne soient pas uniquement des industries d'assemblage et qui incorporent des technologies plus complexes (comme l'usine Ford d'Hermosillo) (1), on peut penser qu'au total les tendances dominantes joueront en sens inverse. En définitive, l'impact réel
de toutes les dispositions du traité dépend largement de
l'évolution de la demande, aussi bien mondiale que mexicaine. Et
c'est justement là tout le problème : un grand nombre d'entreprises
industrielles, en particulier les plus grandes et celles qui se consacrent
à l'exportation, ont beaucoup investi au cours des trois dernières
années : elles ont incorporé de nouvelles technologies, souvent
en réduisant leur personnel. Cependant, beaucoup d'entre elles,
tout en faisant des profits, sont très endettées et se heurtent
à une insuffisance de la demande, conséquence, au Mexique
même, de la diminution drastique des salaires réels.
1.4. Un projet concurrent de l'ALENA: le MERCOSUR 1.4.1 vers une grande ALENA? Dès sa conception, l'ALENA a été considérée par les Etats-Unis, comme un modèle possible d'accord de libre-échange pour tout le continent. C'est le sens de l'Initiative pour les Amériques, lancée en 1990 par Bush. Le gouvernement mexicain, en revanche, penchait pour l'exclusivité, l'ALENA, dans son état actuel, lui conférant un accès privilégié au marché nord-américain, par rapport aux autres pays du continent. Les pays d'Amérique centrale, des Caraïbes et de la région andine, de leur côté, ont craint que l'ALENA ne se traduise pour eux par une marginalisation commerciale accrue par rapport aux Etats-Unis. Une «clause d'accès» a finalement été incluse dans le traité, ménageant pour le futur la possibilité de l'élargir à d'autres pays. Le gouvernement mexicain a dès lors joué le jeu, préférant figurer à la table des négociations le moment venu, et espérant aussi faire figure de puissance intermédiaire dans la région ; il compte ainsi avoir accès à de nouveaux marchés d'exportation dans les pays voisins - alors que pour l'instant ses échanges commerciaux avec eux sont plutôt réduits. Une série d'accords bilatéraux ont donc été signés. Le premier, entre le Chili et le Mexique, est entré en vigueur en février 1992, donc avant l'ALENA. Depuis, on compte des accords de libre-échange avec le Costa-Rica, avec la Bolivie, et avec la Colombie et le Venezuela (accord dit du Groupe de Trois). L'ensemble dessine un schéma «centre-rayons», les partenaires du Mexique n'ayant pas entre eux d'accords analogues. Ces nouveaux traités marquent bien l'entrée en vigueur d'un nouveau modèle, entièrement tourné vers l'extérieur et privilégiant les investissements étrangers. Ils tendent à vider de leur substance les anciens pactes d'intégration régionale (Pacte andin dont font toujours partie la Colombie et le Venezuela, Marché commun centraméricain auquel appartient toujours le Costa-Rica). Par ailleurs, le processus de régionalisation commerciale du Cône Sud, dans le cadre du Mercosur, se bâtit pour l'instant à l'écart entre quatre pays, l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, de surfaces économiques très différentes, mais dont le degré d'intégration commerciale est beaucoup plus grand au départ. Le deuxième sommet des Amériques de Santiago du Chili, en 1998, a vu ressurgir le projet d'Alena élargie. Les 34 chefs d'Etat ou de gouvernement se sont engagés à créer une zone de libre-échange à l'échelle du continent. C'est en fin de compte un projet de super-ALENA (accord de libre-échange nord-américain), proposé par Washington, qui a été adopté par les dirigeants nord et latino-américains - à l'exception de Cuba qui n'avait pas été invité au sommet. Cette zone (FTAA) allant de l'Alaska à la Patagonie devrait être mise en route d'ici à l'an 2005 et engloberait 800 millions d'habitants et des économies d'une valeur de 10.000 milliards de dollars. Cela étant, l'unanimité de façade a été perturbée par la revendication des Latino-Américains et du Canada exigeant que cet accord soit négocié pays par pays avec les Etats-Unis. Le président Clinton pour sa part était handicapé dans sa volonté d'aboutir rapidement à briser toutes les barrières par le fait que le Congrès lui a refusé, l'an dernier, le 'fast track'. Cette procédure lui aurait permis de se dispenser d'un accord parlementaire pour tout traité commercial conclu par les Etats-Unis. Cela étant, pour tenir compte de leurs opinions publiques les dirigeants du Sud ont obtenu la promesse que les agences financières internationales consacreront 40 milliards de dollars à la lutte contre la pauvreté dans les trois années à venir. 'Par ailleurs la construction du FTAA se heurte à l'entêtement du Sénat américain sur la loi Helms-burton (anticastro). Les plus virulents sont les canadiens, gros investisseurs à Cuba. Jean Chrétien, premier ministre canadien, a d'ailleurs rendu visite à Fidel Castro peu de temps avant le sommet. Autre sujet de protestations, la lutte contre le trafic de drogue a été l'occasion de mettre en cause le caractère unilatéral des mesures prises par Washington, décrétant, sanctions à l'appui, quels sont les pays qui peuvent être certifiés 'propres' et ceux qui ne le seraient pas. Il a notamment été reproché aux Etats-Unis de pas considérer que les pays consommateurs sont eux aussi partie prenante de ce trafic. Le gros projet US est d'obtenir l'adhésion du Chili au NAFTA. Jusqu'ici, c'est niet car les Américains demandent au Chili d'adhérer à l'ALENA comme il est, alors que les Chiliens estiment qu'une série d'accords (environnement, emploi) sont faits pour le Mexique et pas pour eux. Ils demandent à pouvoir négocier, mais il faudrait le fameux "fast track" que le sénat refuse à Clinton. Entretemps le Chili s'est associé au Mercosur, dont il se sent un membre naturel. Heureusement pour la stratégie américaine, celui ci marche mal... 1.4.2. les déceptions du MERCOSUR Le Marché commun du sud (MERCOSUR), qui regroupe l'Uruguay, l'Argentine, le Brésil et le Paraguay, est, depuis le 1er janvier 1995, la première zone de libre-échange et d'union douanière d'Amérique latine et la quatrième au monde après l'Europe, l'Amérique du nord et le Sud-est Asiatique (SEA). Le MERCOSUR a signé un accord cadre de coopération avec l'Union européenne, le 15 décembre 1995 à Madrid. L'UE est son premier partenaire commercial avec 26% du total des échanges commerciaux. Le MERCOSUR a un PIB de quelque 750 milliards de dollars soit plus de la moitié de ce que produit l'ensemble de l'Amérique latine. Il occupe un espace de 12 millions de km2, autant que les Etats-Unis, l'UE et le SEA réunis. Il compte 200 millions de consommateurs mais leur pouvoir d'achat est en moyenne 5 à 10 fois inférieur à celui de ceux des USA, de l'Europe et du sud-est asiatique (SEA).Mais cet espace est en fait désiquilibré et fragile: le Brésil y est prépondérant. Les 200 millions de personnes se répartissent ainsi : Brésil (154,2 millions), Argentine (33,2 millions), Paraguay (4,5 millions) et Uruguay (3,1 millions), contre 335 millions pour l'Union européenne, 250 millions pour les Etats-Unis et 175 pour le Sud-est asiatique). Le Chili et la Bolivie ont
signé un accord de libre échange commercial avec le Mercosur
le 25 juin 1996, mais ces deux pays ne sont pas membres à part entière
de cet organisme.
C'est en décembre 1994, à la conférence d'Ouro Preto (Brésil), que le Mercosur acquiert ses traits fondamentaux actuels. Les quatre pays qui le composent optent pour un modèle intergouvernemental, les positions communes restant donc dépendantes de la volonté de chaque Etat membre. Aucun élément ne permet de penser que le Brésil, le partenaire le plus important, souhaite une évolution vers une forme ou une autre de supranationalité. Quand bien même il le désirerait, il ne le pourrait pas : sa Constitution - tout comme celle de l'Uruguay - lui permet seulement de négocier dees accords de coopération dans le cadre de l'Amérique latine. Au contraire, le Paraguay et l'Argentine, qui ont réformé leur Constitution respectivement en 1992 et 1994, se sont dotés de dispositions leur permettant de participer à des organismes supranationaux. Du point de vue juridique, le Mercosur fonctionne, en fait, selon les règles classiques du droit international public et privé. Dès lors, il est hasardeux d'établir des comparaisons avec la création et la construction juridiques sui generis de la Communauté économique européenne (CEE), puis de l'Union. Très rapidement, le volume des échanges intra-Mercosur va croître spectaculairement. C'est entre le Brésil et l'Argentine que cette augmentation est la plus rapide et la plus significative. Ainsi les flux commerciaux - 2 milliards de dollars en 1990 - sont multipliés par six en 1996 et atteignent 6,7 milliards de dollars pour le premier semestre de 1997. Pendant la même période, les échanges du Brésil avec les Etats-Unis sont passés de 12 milliards de dollars à 21 milliards. Une croissance de 484 % dans le premier cas, et de seulement 74 % dans le second. La relance des échanges argentino-brésiliens ne va pourtant pas sans heurts. Depuis 1995, la balance commerciale brésilienne est en constant déficit : 1 604 millions de dollars en 1996 et 968 millions pour les six premiers mois de 1997. Si, vue de Brasilia, la situation n'est guère satisfaisante - d'où la mise en oeuvre de certaines mesures restrictives -, ces performances ne font pas que des heureux en Argentine. Certains y dénoncent les risques d'une trop grande dépendance, environ 30 % du total des exportations se dirigeant vers le grand voisin lusophone. D'autant que cette dépendance se concentre sur des postes tels que l'automobile et les machines agricoles (90 % du total des exportations), le textile (68 %), les dérivés du lait (58 %) et les carburants (38 %). Un simple réajustement à la baisse de la valeur du real - la monnaie brésilienne -, comme le demandent des voix de plus en plus insistantes au Brésil, entraînerait des pertes de marché significatives pour les exportateurs argentins. Cette hypothèse semble cependant peu probable, toute dévaluation du real constituant un signal du retour de l'inflation. Or le gouvernement de M. Fernando Henrique Cardoso a fait de la stabilité de la monnaie sa raison d'être politique et électorale, et l'élection présidentielle aura lieu en octobre prochain. Par ailleurs, en matière macro-économique, le Brésil a adopté, avec le plan real de 1994, des mesures d'ajustement qui ne le cèdent en rien, quant à leur brutalité, à celles mises en oeuvre, en Argentine, par le ministre de l'économie, M. Domingo Cavallo, jusqu'à sa rupture avec M. Menem . Dans cette construction, les Etats jouent un rôle double et contradictoire. D'une part, en tant qu'acteurs uniques, ils mettent en place les mécanismes institutionnels et fixent leurs contours. Certes est prévue une commission du commerce, accueillant également les syndicats patronaux, mais ses décisions peuvent faire l'objet du veto de l'un quelconque des gouvernements. Le Forum économique et social, où se trouvent les représentants des consommateurs, de la société civile et des syndicats des travailleurs, ne peut, lui, émettre que des recommandations. D'autre part, et plus important : dans l'architecture strictement libérale qu'est le Mercosur, toute intervention publique est exclue, contrairement à l'expérience de la Communauté économique européenne (CEE) et de l'Union. Les politiques communautaires de soutien aux régions en retard de développement ou aux secteurs industriels en difficulté - grâce aux fonds structurels -, de m&ême que les aides nationales, sont impensables dans ce nouveau bloc commercial. Sont aussi par avance proscrits des programmes de reconversion industrielle, de recherche technologique ou de développement régional du type de ceux en vigueur chez les Quinze. C'est le marché, et lui seul, qui doit désigner les vainqueurs et vaincus au sein du marché commun. Malgré la croissance des échanges,
le marché commun prévu par le traité d'Asunción
n'est toujours pas complètement en place. Il implique, en effet,
l'instauration d'une zone de libre-échange, préalable à
une union douanière matérialisée par un tarif extérieur
commun. Or nul n'a été surpris lorsque, à Ouro Preto,
en décembre 1994, fut décidée une deuxième
période transitoire protégeant jusqu'à l'an 2005,
dans les secteurs sensibles, environ 300 produits par pays. L'esquisse
d'une politique commerciale commune - avec un tarif extérieur unique
- souffre également quelques exceptioons. Même si plus de 80
% des biens échangés sont assujettis à un tarif zéro
à l'intérieur du Mercosur, et à des tarifs douaniers
identiques vis-à- vis des pays tiers, on n'est pas encore en présence
d'une zone de libre-échange et d'une union douanière dans
le plein sens du terme.
Si la part du commerce intra-zone
dans le Mercosur a certes considérablement augmenté depuis
sa création, cette croissance ne nous enseigne en rien sur la logique
économique de fond qui sous-tend ce mouvement d’intégration
régionale croissante. Un très remarquable travail de Yeats
(Economiste principal de la Banque Mondiale, février 1997) tend
à démontrer que la constitution de ce bloc régional
a clairement entraîné des effets anti-économiques majeurs,
qui tendent à dégrader le bien-être de la zone ainsi
que celui des pays tiers. Ce papier remet en cause le bien fondé
de l'accord sur une base technique solide et irréfutable.
Il y a bien eu une forte croissance du commerce intra-zone qui passe de 6,7 % en 1984-1986 à 19,5 % en 1994 (tableau 1). Ce changement s’est réalisé principalement au détriment de l’Union Européenne, la part des Etats-Unis restant relativement stable. Les échanges intra-bloc portent en outre de façon croissante sur des flux commerciaux relatifs aux biens industriels. Leur part dans le commerce intra-zone est à cet égard passé de 52,5 % en 1984-1986 à 63 % en 1994 (dont 44 % pour l’Argentine, 82 % pour le Brésil, 19 % pour le Paraguay et 58 % pour l’Uruguay) En contrepartie, le poids des échanges agro-alimentaires a sensiblement décru de 32 % à 24 %. Afin de redresser les disparités
de chaque pays en termes de parts de marché mondiales, l’auteur
construit un indice "d’intensité commerciale " qui donne une idée
de l’ampleur de la réorientation des flux commerciaux. A titre d’exemple,
l’indice d’intensité de l’Argentine vis-à-vis du Brésil
atteint une valeur de 39 en 1994, soit cinq fois son niveau de 1979-81.
Cet indice montre donc l’extrême ampleur de la réorientation
des exports de tous les pays de la zone à destination de leurs partenaires.
Fait plus grave, le marché a plutôt bénéficié à des produits relativement " capital intensive ", en moyenne 18 % plus " capital intensive " que la moyenne de l’industrie du Mercosur. Plus déterminant, l’avantage comparatif révélé (RCA) moyen sur un échantillon significatif de 30 produits passe de 0,42 en 1988 à 0,31 en 1994, ce qui signifie en clair que le Mercosur devient de façon croissante moins compétitif internationalement, précisément sur les produits dont les échanges se réorientent le plus rapidement sur le seul commerce intra-bloc. Les analyses de l'OMC ont confirmé que c’est précisément pour les produits qui ont enregistré la réallocation géographique la plus intense à destination de l’intra-zone, que le déclin de leurs avantages comparatifs ressort comme le plus marqué (coefficients respectifs 1988-1994 de 0,43 et 0,24 pour le premier décile ; de 0,64 à 0,48 pour le second et de 0,88 à 0,54 pour le troisième). En clair le MERCOSUR rend les industries du cône sud moins compétitives... ce qui laisse subodorer qu'il préserve artificiellement des secteurs en déclin de la concurrence. Cela se confirme dans les faits: les produits en cause sont justemente ceux qui restent les plus protégés de la concurrence étrangère, tant via l’importance des droits de douane en vigueur (environ 18 % en 1996 contre 7% en moyenne nationale), que via la couverture par des mesures non tarifaires - quotas, licences, sauvegardes - (plu de 60%). En conséquence, les producteurs locaux bénéficient d’une forte incitation à écouler leurs produits les plus chers et les moins compétitifs à destination du Mercosur. La diversion de trafic apparaît donc massive, au détriment des marchés étrangers compétitifs et au bénéfice du marché régional moins compétitif. Au total, tout laisse donc à penser que les pays du Mercosur ont profité de la protection aux frontières pour réorienter leurs échanges de produits manufacturés " capital intensive ", non compétitifs à l’échelon international, vers le marché intérieur. Ce travail démontre ainsi qu’un bloc régional peut porter préjudice tant aux pays membres qu’aux pays tiers. Les secteurs les moins compétitifs du Mercosur se sont massivement réalloués vers l’intra-zone, avec pour conséquence des prix supérieurs (perte de bien-être pour les agents du bloc régional). Parallèlement, les exportations des pays tiers non-membres (notamment celles de l’Union Européenne) ont été beaucoup plus réduites qu’en l’absence de mesures discriminatoires aux frontières. Le cas typique est celui du secteur automobile, où la qualité des produits intra-Mercosur reste bien moindre et les prix de beaucoup supérieurs à ceux pratiqués internationalement. L’article XXIV de l’OMC appelle à un réexamen régulier des conséquences des accords régionaux. A ce titre, le Mercosur fait actuellement l'objet d'attaques de l'organisation qui l'accuse d'avoir généré une diversion de trafic qui n’aurait pas eu lieu en l’absence d’union douanière. 1.4.3 rôle des USA En fait, l'opposition des Etats-Unis procède de considérations autant politiques que commerciales. Washington veut transformer l'ensemble de l'hémisphère en une vaste zone de libre-échange conforme à ses intérêts propres, et veut fixer à 2005 la date butoir pour la création de l'Association de libre-échange des Amériques (ALCA) Cela implique l'élimination des tarifs douaniers qui protègent encore les secteurs productifs latino-américains. Pour le Brésil, qui possède une industrie jeune et encore fragile, ainsi qu'un important marché intérieur, souscrire à l'ALCA reviendrait à accepter la disparition de vastes secteurs de l'économie nationale. Or, après la conclusion du cycle de l'Uruguay du GATT en 1993, la protection douanière moyenne a déjà diminué de plus de moitié... Les dirigeants brésiliens considèrent par ailleurs que leurs intérêts nationaux seront mieux préservés dans le Mercosur, où le poids de leur économie représente 70 % de l'ensemble du bloc que dans la future ALCA où il ne dépasserait pas 10 %. Il est tout aussi vrai que le Mercosur, malgré l'importance acquise ces dernières années, ne concerne que 15 % des échanges du Brésil. Par voie de conséquence, et bien qu'il se pose comme son plus ardent défenseur, ce pays en est le moins dépendant. Cela pose aux responsables brésiliens plusieurs problèmes. Et en premier lieu, le niveau de confiance qu'ils peuvent accorder à leurs partenaires, en particulier argentins. Le grand mérite du Mercosur, en fait, a été de transformer les rapports entre le Brésil et l'Argentine, comme ce fut le cas pour les relations franco- allemandes dans le cadre de l'intégration européenne. Les conflits n'ont pas pour autant disparu. Ils se sont même multipliés depuis la signature du traité d'Asunción, mais ils ont changé de nature : aux traditionnelles confrontations autour de la délimitation des frontières, de l'utilisation des ressources hydrauliques communes et de la définition des zones d'influence, se sont substitués des litiges portant sur le niveau des tarifs douaniers, les déséquilibres - réels ou fictifs - de la balance coommerciale et les politiques nationales d'incitation aux investisseurs étrangers. Allié traditionnel de Washington
depuis le milieu du XIXe siècle, le Brésil a seulement commencé
à prendre ses distances sous la dictature militaire, période
d'industrialisation à marche forcée. Certes, il a toujours
les Etats-Unis comme principal partenaire, mais ses velléités
d'indépendance économique de pays émergent aux ambitions
régionales ne pouvaient qu'irriter profondément la superpuissance
du Nord et la rendre peu regardante sur les moyens à utiliser pour
maintenir son emprise. Ainsi, M. William Clinton n'a pas hésité
à réactiver les anciennes querelles du bassin de La Plata
-encore présentes dans l'inconscient politique - en proposant à
l'Argentine le statut exceptionnel d'allié hors OTAN, donc de partenaire
militaire. Au risque de provoquer une reprise de la course aux armements
dans un sous-continent qui constitue actuellement un relatif havre de paix.
Les réactions négatives du Brésil et du Chili - avec
lequel l'Argentine a un litige frontalier dans les Andes - démontrent
que cette stratégie, qui a vraisemblablement pour objectif ultime
l'éclatement du Mercosur, est grosse de risques.
2. les organisations interétatiques africaines 2.1.L'OUA 2.1.1. Principes et travers Créée en 1963, en pleine guerre froide et dans les affres de la décolonisation, l'OUA a frôlé l'éclatement au début des années 80. L'affrontement entre "progressistes" et "modérés" s'était alors cristallisé autour de l'admission du Sahara Occidental à l'organisation panafricaine. Aujourd'hui, les dividendes de la paix escomptés à la fin de la guerre froide se font toujours attendre, même si le continent a renoué globalement avec la croissance économique et s'est affublé de l'étiquette de la démocratisation. Et le seul forum de dialogue à l'échelle du continent est menacé de marginalisation, voire même à terme de disparition, s'il ne trouve pas de nouvelles raisons d'être. Le problème de l'organisation est double. Tout d'abord, ce n'est qu'une tribune: elle n'est pas assez riche pour se doter de véritables services. De ce fait elle a pour l'essentiel fonctionné comme un lieu de prise de paroles pour des chefs d'Etat nimbés de l'aura des indépendances (Senghor, Nyerere, Sekou Touré) ou tout simplement de leur mégalomanie (Mobutu pour ne parler que des morts). Avec le désenchantement qui suit tous les échecs de toutes les indépendances, ce rôle est assourdi. et à l'heure de la "mondialo-philie", le discours de prise de parole sauce Bandoeng est périmé. Le second problème, c'est que l'OUA s'est compromise à faire de l'hyper-anti-colonialisme, jusqu'à se facher avec le Maroc sur le sahara occidental, et à tenir le dogme de l'intangibilité des frontières, ce qui l'a marginalisé en Ethiopie (partition de l'Erythrée) et immobilisée dans nombre de conflits régionaux: c'était "soutenir les indépendances contre le droit des peuples à disposer d'eux mêmes", pour la simple raison qu'aucun Etat n'étant ethniquement homogène, nul n'aurait prôné pour le voisin ce qu'il risquait de subir un jour... D'où un problème de changement de rôle: on va voir qque ce n'est pas facile. 2.1.2. L'OUA à la remorque du maintien de la paix L'ONU est officiellement chargée du maintien de la paix sur le plan mondial, laissant peu de champ à l'OUA, dont les compétences dans ce domaine sont en outre assumées par des alliances ou des groupements sous-régionaux. Ainsi au Liberia ou en Sierra Leone l'intervention pour mettre fin aux combats a été menée par le Nigeria, au nom de l'Afrique de l'Ouest, alors qu'en République centrafricaine ce rôle a été dévolu à un groupe de pays voisins, avant que les Nations unies ne prennent le relais. La tentative malheureuse de rétablir la paix en Somalie a été le fait de l'ONU, présente également en Angola pour assurer la transition de la guerre civile à la paix. Mais l'OUA n'a même pas été capable de régler le problème relativement modeste des Comores, démontrant ainsi son impuissance ou son incapacité. Les secrétaire-généraux de l'ONU et de l'OUA, le Ghanéen Kofi Annan et le tanzanien Salim Ahmed Salim, souhaitent une plus étroite collaboration entre les deux organisations pour renforcer les capacités africaines de maintien de la paix à travers la création d'une force interafricaine, idée soutenue aussi bien par les Etats-Unis que la France ou la Grande-Bretagne. Il s'agit de choisir, d'équiper et d'entraîner des unités par pays ou sous-régions capables d'intervenir rapidement, en cas de besoin, pour faire taire les armes. Mais là encore, l'Afrique a besoin d'aides extérieures afin de pouvoir mener à bien cette tâche. La réflexion est en cours depuis 1994, mais n'a pas encore donné de résultats, même si Washington, Paris ou Londres ont commencé à former certains contingents africains à cette tâche. L'expérience malheureuse de la communauté internationale en Somalie, son impuissance à empêcher le génocide au Rwanda ou à prévenir d'autres conflits ou violences localisées se traduit aujourd'hui par une certaine désaffection. Personne ne veut plus "mourir pour l'Afrique", notent les observateurs. 2.1.3. pas de missions économiques Les problèmes d'ordre économique et financiers ne relèvent pas de l'organisation panafricaine , malgré ses tentatives passées, mais du Fonds monétaire international, de la Banque Mondiale et des bailleurs de fonds. Ceux-ci dictent la politique à suivre, qu'il s'agisse de gestion économique, des arriérés de la dette ou encore de l'aide au développement, en baisse continue. Devant l'OUA, les Africains réclameront toutefois en contrepartie, comme ils le font dans d'autres enceintes, des ressources financières extérieures accrues et des conditions encore plus favorables pour la réduction de la dette qui étouffe le développement. Pour le moment en Afrique, seuls l'Ouganda, le Burkina Faso, le Mozambique et la Côte d'Ivoire ont bénéficié de la nouvelle initiative internationale pour alléger le fardeau des pays pauvres les plus endettés, dont la majorité sont en Afrique subsaharienne. Certains diplomates étrangers misent sur la présidence du chef d'Etat burkinabé Blaise Compaoré, qui a su gérer l'économie de son pays, pour relancer les activités de l'OUA. Il demeure qu'un nombre croissant de pays membres de l'organisation semblent avoir perdu tout intérêt pour celle-ci. Dans le passé, les pays francophones n'étaient pas très actifs au sein de l'OUA, où les "progressistes" menaient la danse sous la houlette de l'Algérie, à l'époque un des champions du Tiers Monde. Les Anglophones, qui s'étaient montrés plus dynamiques dans la période récente, s'intéressent désormais davantage aux ensembles sous-régionaux qu'à l'OUA. Cette tendance vers la régionalisation est en grande partie due à la nécessité d'une coopération économique plus poussée pour défendre les positions africaines dans le cadre de la globalisation. Cette évolution est favorisée par l'absence d'un pays phare capable de motiver l'ensemble du continent. Nelson Mandela jouit bien d'un prestige personnel mais l'Afrique du Sud, sortie de l'apartheid, contre lequel a lutté l'OUA pendant des années, ne s'est pas montrée capable (ni surtou désuireuse) d'assumer le rôle qu'elle aurait pu jouer, étant donné sa puissance économique et militaire. 2.1.4. les objectifs difficile du président Compaoré Le nouveau président en exercice, Blaise Compaoré, s’était dépensé sans compter durant des mois pour apparaître aux yeux du monde comme le "jeune rénovateur", celui avec qui rien ne serait plus comme avant. Sensible aux critiques qui s’abattent depuis des années sur une organisation à bout de souffle, le président burkinabé était déterminé à faire bouger les choses en espérant faire voter de nombreuses résolutions visant à engager des réformes structurelles de l’OUA. Last – et première surprise –, toute la partition pour ce spectacle régional patiemment organisé par l’hôte burkinabé sera totalement occultée par deux séismes dont l’onde de choc s’est propagée bien au-delà du continent : le conflit érythréo-éthiopien, et la mort subite du chef de l’Etat nigérian, Sani Abacha. Cette mort a produit un tel contre-effet dans le programme de ce sommet que l’on a vu plusieurs chefs d’Etat quitter précipitamment Ouagadougou pour aller présenter leurs condoléances aux parents, partisans et alliés du dictateur nigérian défunt. Une fois entendu que ce sommet n’allait pas apporter à Blaise Compaoré la plus-value personnelle escomptée, ce dernier trouvera dans le conflit érythréo-éthiopien une "sortie" aussi spectaculaire que possible pour son ambition régionale : il obtient le quitus de l’organisation pour se rendre, à la tête d’une délégation, à Addis-Abeba, pour proposer ses bons offices aux belligérants. Mais les Ethiopiens faisaient savoir assez tôt le peu de cas qu’ils allaient faire d’une telle médiation. Blaise Compaoré qui avait voulu un sommet "de la rupture" aura fort à faire, durant un an de présidence en exercice de l’OUA, pour dépasser les symboles et les résolutions et transformer les prises de conscience en véritables tournants pour un "nouveau rêve africain", selon la formule de l’un de ses conseillers. A l'origine, les vingt-neuf chefs d'Etat et de gouvernement réunis à Ouagadougou (Burkina Faso), se proposaient de réfléchir sur le thème de 'l'Africain et le XXIe siècle'. Une volonté clairement affichée de préparer le continent noir à entrer dans le nouveau millénaire avec une nouvelle image et, surtout, des objectifs de développement précis. Las! les affrontements entre l'Ethiopie et l'Erythrée viennent de rappeler que l'Afrique est encore en proie à des guerres meurtrières dont les conséquences régionales sont par trop évidentes. Compaoré voulait lancer une initiative pour le maintien de la pix, qui a raté à cause de l'ethiopie: Si les ministres des Affaires étrangères érythréen et éthiopien étaient bien présents, ils ont surtout utilisé cette tribune pour expliquer, chacun à tour de rôle, leur position de 'victime'. Résultat, l'OUA (dont le siège se trouve dans la capitale éthiopienne) n'a pas proposé ses bons offices pour un rôle de médiation et s'est contentée de lancer un appel pour l'arrêt des hostilités et la recherche d'une solution négociée. La médiation des Etats-Unis, ami commun des deux parties', a été préférée... Contrairement à l'ONU, l'OUA n'a pas de système contraignant faisant que les résolutions s'appliquent à tous les pays ayant signé la charte Enfin il faudra résoudre la
délicate situation financière de l'Organisation Le
montant total des arriérés semble augmenter à un taux
alarmant pour le fonctionnement approprié de l'organisation, au
risque notamment de ne plus lui permettre d'honorer ses obligations.
Les arriérés de contributions, à la date du 31 janvier
2000, s'élevaient à 58 millions de dollars, selon l'OUA.
Les ministres, en cette année de restructuration de l'organisation
panafricaine, doivent adopter un budget de transition d'un an (2000-2001)
dont le plafond a été fixé à 29 millions de
dollars.
2.2.
La SADCC
Il y a une série d'organismes régionaux en Afrique: la CEDEAO (Afrique de l'Ouest, Le Marché commun de l'Afrique centrale, l'UMA (Maghreb). Toutes sont en mauvais état, sauf une, la SADCC. Créée en 1980 par les pays de la ligne de front (Angola, Botswana, Mozambique, Tanzanie et Zambie), associés au Lesotho, au Malawi, au Swaziland et au Zimbabwe sous le titre de Conférence pour la coordination du développement en Afrique australe (SADCC), rejoint en 1990 par la Namibie, elle était destinée à contrer le projet de l'Afrique du Sud de l'apartheid, baptisé CONSAS (Constellation des Etats du sud de l'Afrique). L'objectif était clair: réduire la dépendance du sous-continent vis-à-vis de l'Afrique du Sud. Depuis la chute du régime raciste, le pays de Nelson Mandela a intégré la nouvelle SADC. Viennent de s'y associer la République démocratique du Congo (RDC ex-Zaïre) et les Seychelles. Il s'agit, maintenant, non plus d'une coordination des politiques économiques mais d'une intégration dans un même ensemble. Le secteur des transports et des communications représente le premier des programmes d'action de la SADC, notamment autour de la réhabilitation et du développement des infrastructures portuaires, ferroviaires, routières, aéronautiques et des télécommunications. Parmi ces projets, celui du 'corridor de Maputo' est sans doute le plus important. Il prévoit, d'ici l'an 2000, la modernisation des voies de communication entre la région de Johannesburg et le port de Maputo, au Mozambique, distants de 550 kilomètres. Le poids de l'Afrique du Sud dans cet ensemble (environ 75% du PIB total de la SADC) n'est pas sans inquiéter les autres pays de la région, qui reprochent à leur puissant voisin d'inonder leurs marchés de produits sud-africains, sans contrepartie réelle, compte tenue des tarifs douaniers élevés pratiqués par l'Afrique du Sud, alors qu'eux-mêmes ont réduit leurs droits de douanes dans le cadre des programmes d'ajustements structurels voulus par les institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et FMI). Ils craignent également une désindustrialisation du fait de la concurrence, comme le montre ce chiffre: en 1990, les importations zimbabwéennes en provenance de l'Afrique du Sud était de 20%. Elles sont passées à 38% en 1996. Mais tout porte à croire que l'Afrique du Sud entend faire jouer à la SADC, à l'origine espace économique, un rôle d'intégration politique et militaire. A la veille de l'arrivée de Jacques Chirac à Johannesburg, le vice-ministre sud-africain des Affaires étrangères, Aziz Pahad, a estimé que 'la France a (...) un intérêt plus grand que d'autres pays développés à ce qui se passe en Afrique'. Il a aussi souligné l'importance 'vitale' pour les deux pays de coopérer 'plus étroitement à la recherche de solutions aux problèmes de l'Afrique', particulièrement la résolution des conflits et le maintien de la paix. L'Afrique du Sud est, en effet, opposée à la proposition américaine de former une force africaine permanente. 2.3. La CEDEAO . CREATION
La CEDEAO «Communauté Economique des Etats de l’Afrique de
l’Ouest» a été créée
Le but de la communauté est de promouvoir la coopération
et le développement dans
Un Fonds de Coopération, de Compensation et de Développement
a été institué
3. les organisations
couvrant la zone arabo-islamique
Au sein du mouvement nationaliste du proche-orient, la "renaissance" (An Nadha) qui se développe à partir du début du siècle, coexistent deux tendances correspondant en fait aux réalités politiques internes contrastées des Etats en devenir de la zone. La première tendance joue sur le thème du pan arabisme, l'autre sur celle de la communauté des croyants, la Ummah. Qui prône le pan-arabisme? Grosso mode les pays arabes où les élites désiureuses de reconstruction nationale incluent pas mal de chrétiens, ou bien qui juxtaposent plusieurs confessions islamiques (sunnite, shiite, druze, ismaéliens) -les deux se cumulant parfois: c'est le cas du mouvement nationale en Egypte (rôle des coptes) en Syrie (rôle des grecs catholiques, grecs orthodoxes, maronites et des druzes) et en Irak (actifs chérétiens nestoriens et chaldéens, minorité sunnite face aux shiites). Qui prône le pan islamisme? Les pays claniquement très divisés, mais unis au plan confessionnel: c'est le cas de l'arabie séoudite, du Pakistan (qui n'est pas un pays arabe!) ou du Yémen. Ces deux tendances ont eu un rôle historique fort dont subsistent des traces dans les institutions régionales. Le panarabisme aboutira à la Ligue arabe, l'islamisme à l'OCI. 3.1 La LIGUE ARABE Elle a été créée le 22 mars 1945 à Alexandrie. Dès la seconde guerre mondiale les Britanniques avançaient l'idée d'une fédération des Etats arabes cherchant ainsi à gagner la sympathie des pays arabes. Leurs alliés hachémites d'Amman et de Bagdad tentaient alors de mettre sur pied un Etat unifié du « Croissant fertile » (Palestine et Syrie en plus de leur Etat). L'Egypte, opposée à ce projet, proposa un contre -projet qui aboutit à la réunion d'Alexandrie. Composition : L'Egypte, l'Irak, le Liban, l'Arabie saoudite, la Syrie, la Transjordanie et le Yémen nord (membres fondateurs) auxquels se sont ajouté la Libye, le Soudan, la Tunisie, le Maroc, le Koweït, l'Algérie, les Emirats arabes unis, le Bahreïn, Oman, la Mauritanie, la Somalie, Djibouti et les Comores, la Palestine. Siège : Le Caire
(Egypte)
Les instances : - Le secrétaire général
: Esmat Abdel Meguid (égyptien)
Cette organisation régionale a été créée le 22 mars 1945 par les sept états arabes alors indépendants (Egypte, Irak, Liban, Arabie Saoudite, Syrie, Jordanie, Yémen). Elle compte aujourd'hui 22 membres, regroupant 200 millions d'habitants sur une superficie de 14 millions de km². Cas particulier, l'OLP, qui a été admise comme membre à part entière de la Ligue en 1976; depuis 1989, elle en est membre comme "Etat de Palestine". Née de l'aspiration des pays arabes à l'unité et à l'indépendance, la Ligue est composée d'états contigus géographiquement, parlant la même langue, partageant la même culture et dont les populations partagent majoritairement la même foi. C'est avant tout un instrument de concertation et de recherche d'un consensus vis-à-vis des grands problèmes auxquels ces pays sont confrontés. L'organisation de la Ligue des Etats Arabes repose sur quatre organes principaux: le Sommet des Chefs d'Etat, le Conseil des Ministres, les Comités Permanents et le Secrétariat Général. De plus, divers organismes ont été créés en application de traités qui complètent le Pacte de 1945 et plusieurs agences spécialisées travaillent en étroite collaboration avec elle. La siège de la Ligue Arabe, déplacé à Tunis en 1979 suite à la suspension de la participation de l'Egypte après les accords de Camp David, est retourné au Caire en 1989. Son Secrétaire Général est actuellement M. Esmat ABDEL MEGID, précédemment Ministre égyptien des Affaires Etrangère. Il a succédé en 1990 à M. Chedli KLIBI, de nationalité tunisienne, qui avait démissionné au début de la crise du Golfe. C'est la Ligue Arabe qui est l'interlocuteur de la Communauté Européenne dans le cadre du Dialogue Euro-Arabe. En février 1997, l'Union Economique Arabe (une institution créée en 1957 dans le cadre de la Ligue Arabe) a décidé de créer d'ici 2008 une "zone arabe de libre-échange." A cette fin, 18 des 22 membres de la Ligue Arabe ont signé un traité visant à éliminer toutes les barrières commerciales qui existent entre eux en abaissant annuellement de 10% leurs droits de douane, ceci à partir de février 1998. Il est à noter que cette première tentative d'intégration économique inter-arabe et régionale impliquant un nombre limité de participants représente un abandon du principe d'unanimité qui a jusqu'à présent entravé le développement de la coopération économique régionale. La création de la ZALE devrait, dans le chef de ses initiateurs, accroître le commerce inter-arabe qui demeure très faible: 15.5 milliards de $ en 1997, soit moins de 10% de l'ensemble des échanges commerciaux des pays arabes. Il existe aussi un fond monétaire arabe. Institution intergouvernementale arabe créée par un accord signé à Rabat en avril 1976 et entré en vigueur le 2 février 1977. Tous les membres de la Ligue des Etats Arabes en font partie, à l'exception des Comores. Ses objectifs principaux sont:
Le Dinar arabe, unité de comptes du Fond Monétaire Arabe, équivaut à 3 DTS (Droits de Tirages Spéciaux du FMI). Le siège du Fonds Monétaire
Arabe est établi à Abou Dhabi (Emirats Arabes Unis).
3.2. L'O.C.I. Créée en 1969, à l'initiative de l'Arabie Saoudite et suite à l'incendie criminel de la mosquée El-Aqsa de Jérusalem, ressenti comme une agression contre l'ensemble du monde musulman, l'Organisation de la Conférence Islamique (O.C.I.) prétend, avec ses 600 millions de citoyens, représenter le 5ème de l'humanité. Elle se donne pour buts essentiels:
Les cinquante-six membres de l'O.C.I.
sont:
Le statut d'observateur a été octroyé à des pays comme la Bosnie Herzégovine, et la communauté musulmane de la "République turque du nord de Chypre". La structure de l'Organisation est assez semblable à celle de la Ligue des Etats Arabes: Sommet, Conférence des Ministres des Affaires étrangères, Secrétariat général et organisations subsidiaires. La Conférence des Rois et des Chefs d'Etats et de Gouvernements - le Sommet islamique - se réunit tous les trois ans et la Conférence des Ministres des Affaires étrangères deux fois par an en sessions normales. Notons que les décisions peuvent ici être prises à la majorité des 2/3, ce qui est une différence notable par rapport au fonctionnement de la Ligue des Etats Arabes. Signalons enfin que, nonobstant son nom, cette Organisation n'a rien de religieux. Ses buts sont politiques, culturels, économiques et sociaux. C'est ainsi que, d'une part, des Etats d'idéologie laïque comme, par exemple, l'Algérie, l'Irak, la Turquie ou la Syrie, y participent et que, de l'autre, certains Etats membres y sont représentés par des chrétiens. A contrario, plusieurs Etats comptant des centaines de millions de personnes de confession musulmane ne sont pas représentés au sein de l'OCI, comme l'Inde ou de la République Populaire de Chine. En janvier 1998, l'OCI a condamné
les massacres en Algérie en les qualifiant d'"anti-islamiques"
et a appellé Alger à coopérer avec l'Union Européenne
qui a exprimé le désir de participer à la recherche
d'une solution à la crise. C'était la première fois
qu'une institution islamique prenait une telle position dans le dossier
algérien.
3.3. L'UNION DU MAGHREB ARABE L'UMA a été créée le 17 février 1989 lors d'une réunion à Marrakech des Chefs d'Etats d'Algérie, de Libye, de Mauritanie, du Maroc et de Tunisie. Les institutions de l'UMA se composent du Conseil des Chefs d'Etat, du Conseil des Ministres des Affaires Etrangères, d'un Comité de suivi, d'une Cour de Justice composée de dix membres (deux par pays) compétente pour les différends entre parties ressortissantes de pays membres, d'une Chambre Consultative composée de 30 délégués par pays ainsi que de quatre Commissions ministérielles spécialisées. Son secrétariat n'est pas fixé et suit pour l'instant la présidence qui passe annuellement d'un Chef d'Etat à l'autre. Il y a eu par le passé d'autres tentatives d'aboutir à une plus grande coopération entre pays du Maghreb et même des projets d'unification économique et politique. Elles n'ont pas abouti du fait, notamment, des tensions dues à la question du Sahara Occidental. Les initiatives diplomatiques du Secrétaire Général des Nations Unies et de certains pays arabes pour trouver une solution à cette question ont créé un climat favorable à la création de l'UMA, réaction à la perspective de création du "grand marché européen" après 1992. La nouvelle union a certains avantages sur les tentatives antérieures. Tout d'abord, plutôt qu'une union politique, les objectifs de l'UMA sont la libre circulation des biens et des personnes ainsi que la révision des règlements douaniers pour arriver à la création d'une zone de libre-échange. Il est également question d'une unité de compte qui pourrait être utilisée pour le commerce inter-maghrébin. L'accord déjà conclu pour la construction d'un gazoduc de l'Algérie à l'Espagne via le Maroc est l'exemple concret de possible projet d'intérêt mutuel. Parmi les autres projets approuvés ou pris en considération, signalons la création d'une banque Maghrébine d'Investissement et de Commerce International pour financer des projets conjoints dans les domaines agricoles et industriels; l'amélioration du réseau ferroviaire et la création d'une autoroute reliant les pays membres. Si elle a permis un doublement des
échanges entre Etats membres, l'évolution du processus d'intégration
au sein de l'UMA est en pratique bloquée par l'embargo international
imposé à la Libye, la crise interne en Algérie et
certaines dissensions entre les pays membres du fait notamment de la non-résolution
de la question du Sahara Occidental.
3.4. Le CONSEIL DE COOPERATION DU GOLFE Après la réunion de Riyad sur la nécessité d'instaurer un marché commun économique régional, la charte du CCG a été adoptée le 25 mai 1981 à Abu Dhabi. Dès le 1er décembre de la même année, les Etats-membres doivent ouvrir leurs frontières aux biens produits dans la région. Le but général du Conseil est d'assurer la stabilité économique et politique de la région par une coopération accrue entre ses Etats-membres, une coordination et une unification de leur politique économique, financière et monétaire et de leurs réglementations commerciales, industrielles et douanières. Il regroupe l'Arabie saoudite, Bahreïn,
les Emirats arabes Unis, le Koweït, Oman et le Qatar et siège
à Riyad, Arabie Saoudite
3.5. L'OPEP L'Organisation des pays exportateurs de pétrole a été créée lors de la conférence de Bagdad en 1960 (10-14 septembre). Son but est de coordonner et d'unifier les politiques pétrolières de ses Etats-membres et d'assurer la stabilité des prix sur les marchés pétroliers. La Déclaration, adoptée à l'issue de la conférence des souverains et chefs d'Etat des Etats-membres de 1975 a prôné l'établissement d'un nouvel ordre économique mondial basé sur la justice, la compréhension mutuelle et le bien-être de tous. Il s'agissait en fait de cartelliser le pétrole pour en optimiser la rente au profit des producteurs. Il y avait une redistribution entre producteurs riches et pauvres (les riches prenant en charge l'essentiel de la rétension du flux pour maintenir les cours), mais il n'y a guère eu de redistribution au dehors, vers les pays en développement non pétroliers. L'OPEP regroupe l'Iran, l'Irak, le Koweït, l'Arabie saoudite, le Venezuela (membres fondateurs) auxquels se sont ajouté l'Algérie, la Libye, le Nigeria, l'Indonésie, le Qatar et les Emirats arabes unis. L'Equateur, auparavant membre, a quitté l'organisation en 1992, le Gabon en 1995. Autrefois toute puissante, l'OPEP est en déclin: elle ne cartellise
plus que 60 % des exportations mondiales; aussi sa position dominante (
8¨% du fret en 1979) ne joue plus et ne l'autorise pas à fixer
les cours.
4. L'ASEAN, un ensemble économique de 500 millions d'habitants L'Asie est peu organisée régionalement. On peut comprendre pourquoi: antagonisme indo pakistanais en Asie méridionale, méfiance envres la Chine en Extrême orient, ernvers le Japon partout. Une seule organisation mérite un examen, mais elle est essentielle: L'ASEAN (ANASE en Français). 4.1. Cadre général L'Association des pays de l'Asie du sud-est (Asean) est une institution régionale à dominante économique qui rassemble neuf pays représentant un ensemble de 500 millions d'habitants et un PIB de 600 milliards de dollars. Fondée en août 1967 à Bangkok, l'Asean comptait à l'origine cinq membres: Thaïlande, Malaisie, Singapour, Indonésie et Philippines. Ses fondateurs souhaitaient s'organiser face à ce qui était perçu à l'époque comme une menace croissante du communisme en Chine, au Vietnam, au Laos et en Mongolie. Avec la disparition de l'URSS, la menace s'est estompée et l'Asean est devenue principalement une organisation à vocation économique.
Le riche sultanat de Brunei a rejoint l'Asean en 1984. Il a été suivi en 1995 par le Vietnam puis en juillet 1997 par Laos et la Birmanie.L'admission du Cambodge a été retardée longtemps en raison de l'instabilité à Phnom Penh mais elle vient d'avoir lieu. L'Asean est fondée à tirer fierté des progrès économiques considérables accomplis dans une région qui a été ces dernières années la plus dynamique du monde. La crise financière qui secoue l'Asie a cependant jeté une ombre sur l'avenir. L'Asean est davantage une zone de libre-échange en gestation qu'un mécanisme d'union politique. Il n'est pas question comme dans l'UE de politiques étrangère et de sécurité communes. L'Asean n'en a pas moins mené un processus d'intégration spectaculaire ces dernières années. Les pays de l'Asean entendent créer d'ici 2003 une nouvelle institution qui aura pour nom Asean Free Trade Area (Afta) où les droits de douane seront limités entre 0 et 5%. Le Vietnam, le Laos et la Birmanie rejoindront l'Afta avant 2008. L'Asean organise quelque 300 réunions par an au niveau des ministres des Affaires étrangères, de l'Economie, des Finances et de hauts fonctionnaires ou d'experts. De multiples accords ont été conclus dans des domaines comme la pêche, le sauvetage en mer, la lutte contre le marché noir, la libéralisation des économies, la standardisation des pratiques douanières et bancaires, l'harmonisation des systèmes d'imposition. L'Asean a créé en 1993
une nouvelle institution entièrement consacrée à la
sécurité intitulée Asean Regional Forum (ARF). Outre
les neufs pays membres de l'Asean, l'ARF est élargie à: Australie,
Cambodge, Canada, Chine, Corée
Il s'agit de la seule institution multilatérale officielle qui permette un dialogue régulier sur les questions de sécurité entre tous les partenaires associés à l'avenir de la région. L'Asean organise régulièrement
des sommets auxquels sont associés le Japon,
4.2 L'épreuve du feu: la crise asiatique de 1997 La crise a commencé en juillet 1997 avec un effondrement des devises de l'ASEAN. Cinq des économies dominantes de l'ASEAN sont techniquement en récession. En 1998, la contraction économique est supérieure à 15% en Indonésie, 8% en Thaïlande et 6% en Malaisie. A Singapour et aux Philippines, la croissance est nulle. Selon la Banque mondiale, celle du Vietnam se situerait aux alentours de 6% contre 8,8% l'année précédente. Le Japon, premier pourvoyeur d'aide bilatérale à la région, est aussi en récession, mais il s'est engagé à faire un geste dans l'espoir de récupérer la mise qui serait l'instauration d'une zone yen face au dollar. Tokyo apporte une aide de 28 milliards de francs sous la forme de prêts préférentiels venant en supplément d'une assistance massive de 170 milliards de francs annoncée en octobre. Tirant les leçons de la crise monétaire asiatique, les ministres des Finances de l’Asean se réunissaient à l'éte 1997 à Kuala Lumpur pour mettre en oeuvre l’accord dit de Manille, établissant une surveillance mutuelle et une solidarité régionale. En ratifiant l’accord régional de Manille et en précisant les conditions de son application au niveau de l’Asean, les ministères se sont ralliés à l’exercice de “pression des pairs” que le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Michel Camdessus veut voir pratiquer dans la région, afin d’éviter la répétition des erreurs et des excès qui ont conduit à la crise. Les ministres ont également porté le coup de grâce à l’idée d’un fonds monétaire régional distinct du FMI, y compris dans une version réduite de l’Asean. 4.3. Le sommet de Hanoi (1998) Le VIe sommet des chefs d'Etat de l'ASEAN regroupait les présidents indonésien Jusuf Habibie, philippin , le sultan de Bruneï , les chefs de gouvernement de Malaisie, Mahathir Mohamad, de Singapour , de Thaïlande , du Laos , du Vietnam et le chef de la junte birmane, le Général Than Shwe. Les pays d'Asie du Sud-Est, frappés durement par la crise depuis un an et demi, étaient alors contraints de se consacrer au difficile et nouvel exercice de rechercher des formes, si possibles conjointes, pour tenter de redresser leur situation économique. Des dizaines de millions de salariés se retrouvaient à la rue sans protection sociale. La stabilité politique, tant vantée par le passé, de régimes autoritaire comme en Malaisie et dictatorial en Indonésie était (et demeure) sérieusement mise en cause. En Corée du Sud, en Thaïlande et aux Philippines, le choc de la crise a fragilisé un consensus social de plus en plus ténu. Au Vietnam, en plein passage d'une économie dirigiste au système du marché, le débat politique, face à une situation sociale qui se dégradait, notamment pour les couches les plus pauvres, a eu du mal à se frayer un chemin. Sur le plan international, la région - devenue par la force des choses qué;mandeuse d'aide - est devenue l'enjeu d'une rivalité entre le dollar et le yen. D'autant plus que le Japon espère pouvoir tirer profit de la crise pour tenter de créer une sorte de zone yen face à un dollar toujours envahissant. Pour la Chine, qui en refusant de dévaluer sa monnaie, le yuan, est apparue comme un pôle de stabilité économique, il s'agissait également d'accroître son influence, pas uniquement politique. Les capacités de production et l'épargne des pays de l'ASEAN sont une manne convoitée par les grands groupes. La Thaïlande, cédant aux pressions du FMI, a mis aux enchères internationales les sociétés endettées et mises en faillite pour cause de mauvaises dettes. La mise à prix a été fixée à hauteur de 40% de leur valeur nominale. Une occasion rêvée pour des multinationales, comme par exemple le Crédit lyonnais, Goldman Sachs ou encore General Electric Capital Corp, de s'accaparer l'économie du pays tout en espérant pouvoir récupérer avec profit à la clé les créances encore solvables. Ira-t-on dans la même direction dans les autres pays de l'ASEAN? Il est un fait que seule la Malaisie continue actuellement à refuser de brader son économie. Mais à quel prix? Dans ce contexte, malgré leur réticence à tout processus contraignant - lui préférant durant les années fastes le système du statu quo évolutif - les pays de l'ASEAN ont décid&eacutte; d'avancer d'un an, à 2002, la date-butoir d'un abaissement à moins de 5% des tarifs douaniers pour la plupart des pays membres. Ils ont aussi affirmé vouloir mettre en oeuvre un vaste programme économique destiné à accélérer l'intégration régionale et favoriser l'investissement par des 'mesures radicales'. Ces mesures étant destinées avant tout à attirer les capitaux étrangers. Un "plan d'action de Hanoi", qui couvre les années 1999 à 2004, dresse un catalogue de mesures en faveur de règles communes de fonctionnement des marchés des capitaux, d'une coopération monétaire et d'une coopération en matière d'infrastructures. Il lance aussi une étude sur l'établissement d'une monnaie commune à la région, une perspective toutefois inenvisageable avant une vingtaine d'années. L'ASEAN a aussi décidé d'accélérer la libéralisation du commerce et des investissements et d'avancer ses délais pour l'établissement d'une zone de libre-échange; la région, d'un demi-milliard d'habitants, renouvelle son engagement à 'rester un marché ouvert'. Un communiqué séparé sur des 'mesures radicales' prévoit de fortes incitations à l'investissement en Asie du Sud-Est sur la période 1999-2000.
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