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régionales! Ce sont les plus captivantes: on ne parle plus trop
d'institutions ennuyeuses mais de réalités politiques et
humaines.Vous avez, sur l'Afrique, une série de sujet d'oral possible:
l'Afrique du Sud, la crise congolaise ou, plus largement, la question des
Grands lacs; la place de la France, la démocratisation en Afrique,
les crises de l'Afique de l'ouest, Le retour américain en Afrique,
etc... Par ailleurs l'étude des problématiques ici évoquées
alimentera toute une série de sujets transversaux: le maintien de
la paix, les crises, les matières premières, les frontières
, l'influence américaine, le rôle des multinationales dans
le monde, le Sud après l'URSS, indépendances et dépendances,
etc..
Nous évoquerons tour à tour: 1) les caractéristiques hérités de
la géographie et de l'Histoire dans cette zone
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1) Les caractéristiques héritées de la géographie et de l'histoire. 1.1) un milieu physique violent et contraignant L'Afrique conjugue une géographie continentale massive et une position centrée sur l'Equateur propice à des climats très violents. Géographiquement, l'Afrique est le continent des cuvettes: c'est
un épais bouclier continental, très vite assez élevé
et isolé des influences maritimes, où se dégagent
de vastes dépressions drainant les eaux en bassins imposants. On
pense aux cuvettes du Niger, du lac Tchad, du Nil Blanc dans la zone du
Sahel;
Climatiquement, l'Afrique présente une succession en latitude de climats extrêmes bien caractéristiques de la zone tropicale. A hauteur des tropiques, des anticyclones chauds génèrent de vastes déserts: Sahara au nord; Kalahari au sud. Entre les deux, sur la ceinture équatoriale, règne un climat dépressionnaire humide. C'est la zone équinoxiale, sans saisons marquées, avec des pluies torrentielles continues arrivant par l'ouest de l'Atlantique. Au nord, entre forêt et sahara, ne subsiste qu'un mince corridor supportable, où la circulation des hommes est facile: c'est le Sahel. Il court du Sénégal au nord du Kenya, point où il débouche sur le monde des savannes de l'est. Dans la zone centre-est et australe, ces caractéristiques structurales sont accentuées par la présence de l'arc montagneux du rift. On retrouve bien les cuvettes: celle du Congo, du Nil Blanc, du lac Victoria, et enfin l'immense dépression du Kalahari. Mais la présence du Rift va aggraver les contrastes des climats. Sur son flanc ouest, le rift va en effet arrêter les pluies équatoriales arrivant de l'Atlantique. Les précipitations sur les hauteurs atteignent des records: il tombe15 mètres d'eau par an sur les hauteurs des Mitumba et sur le Ruwenzori, (5400m d'altitude) au nord du lac Kivu. Cette zone hyperhumide (c'est le pays des forêts de montagne où vivent les derniers gorilles) alimente de puissants bassins fluviaux qui s'épandent, en contrebas dans les cuvettes: le Nil Blanc, qui draîne le lac Victoria et le lac Albert; le Nil Bleu, qui descend du lac Tana et des hauts plateaux ethiopiens; le Congo, alimenté par le lac Tanganika et le Kivu; le Zambèze où se vide le lac Malawi; l'Orange, dont toute l'eau provient des hautes terres du Lesotho. Mais à l'inverse, sur le flanc est des chaînes du rift, l'air est fortement asséché: c'est le domaine semi-aride de la savanne qui commence. Plus la barrière est puissante et plus le versant oriental sera asséché. Sur la rive de l'Océan indien, le phénomène des moussons vient contrebalancer cet assèchement. Mais si la mousson est forte au sud (Natal, Mozambique, Madagascar) elle perd en pussance en gagnant le nord (Tanzanie, Kenya et Somalie) et elle n'a plus aucun rôle pour atténuer l'aridité de l'Ogaden et de l'Afar (su est et nord est de l'Ethiopie). La présence du Rift a pour effet de rendre difficile à
vivre l'essentiel du territoire, soit saturé d'humidité côté
congolais, ce qui favorise les maladies infectieuses (tsé-tsé
et paludisme dans les zones humides, fièvre jaune) soit trop sec
pour autoriser les cultures sur le versant Est. Mais le rift génère
aussi, en altitude, des oasis tempérées. Au dessus de 2000
mètres les maladies infectieuses disparaissent pour la plupart;
aussi, dans les hautes terres d'abyssinie (Ethiopie) et du Kivu (Ruand-Burundi-Ouganda),
de même que dans le Ngong (Kenya) , et dans nombre de foyers plus
limités, on rencontre des concentrations humaines beaucoup plus
importantes. Ensemble, le Ruanda et le Burundi et l'Ouganda cumulent 36
millions d'habitants, soit les 3/4 de l population du Zaïre (50mh)
pourtant dix fois plus étendu.
1.2) population Il ne faut pas réduire l'Afrique aux affrontements ethniques, c'est faux et par ailleurs le fait qu'un état soit multiethnique n'est pas, loin s'en faut, négatif. Mais le fait ethnique, contingent ou exploité par certains, est important pour comprendre le continent. 1.2.1. L'Afrique occidentale L'Afrique occidentale présente une situation assez compliquée d'imbrication, et les circulations dans le sahel ont un peu mélangé les choses. Retenez de façon générale que le monde du Sahel est plutôt pastoral, quoique il y ait des zones sédentaires, et que c'est souvent là qu'on trouve les peuples les plus "dominants": peuls, Haoussas du Nigéria. Sur la dcôte on trouve des populations plus sédentaires et agricoles, christianisées alors que l'intérieur est islamisé. On trouve nombre de conflits de faible intensité: etcasamance essentiellement diola vis à vis du reste du Sénégal où prédominent les Wollofs; autochtones du Libéria face à l'élite d'esclaves affranchis au Libéria; partout en Afrique de l'ouest antagonisme entre les ethnies côtiètres (sur le territoire desquelles se trouvent les villes) et les populations de l'intérieure, islamisées et souvnt allogènes, attirées par ces dernières (cas de la Côte d'Ivoire contre les "burkinabés, de l'ouest du Nigéria contre les "béninois". ) Mentionnons deux zones plus compliquées à long terme. D'abord, à la marge saharienne, l'évolution singulière du monde touareg, et plus largement des tribus nomades sahariennes,qui n'appartiennent ni au monde arabe, ni au monde africain, et qui voient se réaffirmer son identité dans les zones vides où les souverainetés étatiques ont peu de prise. Ici, les populations se caractérisent par le métissage séculaire, l'itinérance et une acculturation réciproque qui convoque, pêle-mêle, plusieurs registres identitaires. Parcouru par des acteurs tant étatiques que non étatiques, par des nomades, des commerçants et des aventuriers, et structuré par une véritable chaîne de suzerainetés, cet espace reste fortement marqué par une culture de la razzia et du butin. Ici plus qu'ailleurs, la forme de territorialité dominante est itinérante et nomadique. C'est extrèmement marqué au Tchad, mais à l'est jusqu'au Borkou soudanais et plus à l'ouest jusqu'au Mali on retrouve ce modèle avec l'agitation des touaregs. Ensuite on trouve des ethnies enchevêtrés de façon inextricable au Nigeria et au Cameroun (ce dernier pays reconnaît plus de 110 groupes). Au Nigeria ces fractures sonr reconnues et l' indirect rule britannique avait déjà encouragée le morcellement en « pays » et « communautés » dont la coexistence est perturbée par une multiplicité de conflits locaux. La plupart de ces conflits s'expriment sous la forme d'une opposition entre populations autochtones et populations allogènes. Dans la région du Delta, les Ogonis, les Ijaws, les Itsekiris et les Urhobos s'opposent ; puis chacun de ces peuples, à l'Etat fédéral nigerian dpominé par les Haoussas du Nord et aux compagnies pétrolières 1.2.2. L'Afrique centrale et australe Le peuplement de l'Afrique centrale et australe est plus simple et dominé par les bantous. Les bantous ne sont pas à proprement parler un groupe ethnique, c'est une famille linguistique, comme les indo-européens. Originaires de la vallée de la Bénué, dans le nord est du Nigéria, ils vont entreprendre entre le néolithique et l'âge de bronze une lente migration vers l'est, suivant le corridor du Sahel à travers le Tchad et le Soudan, pour arriver vers -3000 dans la région du lac victoria. D'abord chasseurs-cueilleurs, ils vont devenir semi-pastoraux à partir de cette étapoe de leur migration, au contact d'une autre famille de peuples, les koushites, dont descendent les actuels Somalis de la corne de l'Afrique. La migration va alors prendre une ampleur considérable et les clans bantous, se poussant les uns les autres à la recxherche de paturages et de terres arables, vont lentement investir la totalité de la région en descendant la rift valley et en contournant la grande forêt congolaise. A l'ouest, ils ont pratiquement effectué une boucle autour de la cuvette équatoriale puisque les ethnies bakongo vivent à quelque 1500 km du foyer originel nigérian. Les groupes résiduels des pygmées leur cèdent la place, disparaissant dans l'immense forêt congolaise. Au sud, les bantous descendront jusqu'à l'actuelle ville de Port Elisabeth, où en 1799 les "caffres" (Xhosas) affrontent pour la première fois les fermiers trekboers qui, depuis 1648, remontent depuis le Cap le long de la cote sud-est de l'Afrique du Sud. Il faut savoir que les bantous ne sont pas arrivés les premiers dans l'ouest de l'Afrique du Sud, où les blancs sont arrivés avant eux, trouvant sur place (et éliminant par la contagion de la variole) une population à peau cuivrée, les khoïsan, dont ne subsistent que les bushmen isolés dans le Kalahari et les métis du Cap, descendants des hottentots disparus, des colons blancs et d'esclaves ramenés de Java et de Malaisie par les hollandais. A l'est, quelques groupes bantous pousseront jusqu'à la côte nord ouest de Madagascar (la population mlgache de soiuche, celle des haut plateaux, n'est en revanche pas bantoue et s'apparente de façon peu claire au cinghalais et ux mélanésiens). En revanche, au nord est du lac victoria, la migration bantoue n'a jamais pénétré la corne de l'Afrique (Somalie et Ethiopie) restées kouchites et amharik. Les bantous sont organisés en groupes, ethnies, tribus et clans. Un groupe n'est qu'une famille linguistique: les Zoulous, les Xhosas et les Swazis d'Afrique du Sud forment ainsi avec les Matabele du Zimbabwe un seul groupe. En revanche, l'ethnie est généralement l'entité politique, en tout cas chez les ethnies dominantes. Mais s'il existe des peuples organisés politiquement à l'échelle de l'ethnie toute entière (zoulous, lunda du Zaïre, Tutsis, Buganda) la grande majorité ne sont pas dans ce cas et leur organisation est plus éparpillée, limitée à la tribu, voire au clan quand ce n'est pas au lignage direct d'une chefferie. Ainsi, à la différence des Zoulous, leurs voisins Sothos et Xhosas n'ont jamais constitué un état unique, le pouvoir se divisant en plusieurs grandes tribus (Sesothos, Basothos et Setswana pour les premiers, dont sont issus les états du Botswana et du Lesotho; tribus pondo et tembu pour les Xhosas). Cet inégal degré d'organisation politique va avoir une conséquence directe: c'est que lorsqu'une structure politique est instituée à l'échelle d'une ethnie entière, elle v systématiquement en tirer assez de force pour soumettre des tribus voisines, voire des ethnies. Les Lunda ont disposé d'un royaume dominant toutes les savannes du Sud; les Xhosas ont momentanément dominé les autres ethnies nguni et les tribus de l'ethnie sotho; les masaï ont longuement dominé les autres ethnies de l'est africain. Notre connaissance des états bantous est limitée parce que nous n'avons pas de traces écrites. Les marchands arabes omanais, qui commerçaient à Sofala (Mozambique) ont mentionné dès le 16eme siècle la présence de l'empire du Monomotapa sur l'actuel état du Zimbabwe. On a retrouvé à Phalaborwa en Afrique du Sud des vestiges d'acropoles qui laissent présumer l'existence de royaumes assez anciens; pour le reste, nous connaissons le royaume Zoulou (début XIXeme) parce qu'il entre vite en conflit avec les anglais, et, pour les mêmes raisons, le royaume Matabele édifié peu de temps après à l'est du Zimbabwe. Nous connaissons enfin les royaumes Lunda, Buganda et Watussi par les récits de Stanley et Livingstone. Et c'est tout. On peut se borner à noter qu'il y a entre ces tribus et ethnies des rapports dominants/dominés assez constants, et nous verrons plus loin les conséquences paradoxales et perverses que cela a pu avoir sur la gestion coloniale. 1.2.3. La corne de l'Afrique Dans cette zone la situation est bien différente: l'Ethiopie
depuis le Négus est organisée en royaume depuis les débuts
de l'ère chrétienne (église monophysite) et la Somalie
a une organisation en chefferies, totalement anarchique vue du dehors,
mais réglé par un système complexe d'arbitrage, le
Dehrr. Le problème se joue aux marges de l'Ethiopie: Ogaden somali
à l'est, Tigrée et Erythrée au Nord, de peuplement
mélangé somali et sémitique. Le monde somali et danakil
est pastoral et, comme toutes les zones pastorale, narturellemente belliqueux
car il faut se battre sans cesse pour les paturages.
1.3) des ressources qui ont eu tôt fait d'attirer les convoitises La région a enfin la particularité de constituer un véritable coffre-fort de matières premières. On y trouve près de la moitié des réserves mondiale d'or, le quart des réserves d'uranium et de cuivre; près de 15% du pétrole; 40% du diamant (et 90% du diamant gemme, le plus recherché), 80% des réserves de chrome (dont 70% en Afrique du Sud). S'y ajoutent du manganèse, de la bauxite, du zinc, du tungstène, du nickel, 50% des réserves de Cobalt (Zaïre 39, Zambie 10), du fer et de solides réserves de charbon. Enfin le sous-continent dispose de près de 95 % des réserves mondiales de platine. Ces réserves minières sont un enjeu considérable.
Au delà de la richesse qu'elles représentent, certaines de
ces ressources ont un rôle stratégique, voir critique pour
de très nombreuses industries. Le chrome est indispensable à
la constitution de tous les aciers spéciaux, auxquels il confère
leur solidité. Le ferrochrome représente plus de la moitié
des ferroalliages sidérurgiques que nous utilisons dans nos industries.
Il est utilisé dans l'élaboration d'aciers inoxydables (qui
contiennent 1/5 de Cr) et des aciers de construction. Le cobalt du Zaïre
est vital pour les superalliages de l'astronautique et pour les céramiques
réfractaires des réacteurs d'avions. L'or est un intrant
incontournable en micro-électronique. Mais le plus sensible est
sans doute le platine, utilisé en très petite quantité,
mais indispensable dans les processus de catalyse. Sans platine, les industries
de l'automobile, des engrais, et tout un pan de la chimie minérale
s'arrètent. Les satellites perdent de leur fiabilité. Bref:
le contrôle des mines du sous continent est un enjeu très
important, dont les conséquences dépassent de très
loin la valeur transactionnelle du commerce de ces produits.
1.3.1) le gisement du Rand L'Afrique du Sud possède le plus important gisement d'or et de
métaux rares connu, le Witwatersrand, centré sur Johannesburg,
exploité depuis la fin du XIXeme. Il fournit un minerai profond,
à très faible teneur en or (6g/tonne), nécessitant
des moyens d'extraction et de traitement énormes. Sur les
2 346 tonnes produites dans le monde chaque année, l' Afrique du
Sud en produit 20% ( 495 t). Mais elle possède une part écrasante
des réserves:
Réserves minières : en 1983, en milliers de t d'or contenu. Monde : 40
L'extraction de cet or, à la différence de celui du Klondike ou de Serra Pelada, au Brésil, nécessite des moyens industriels géants. En 1984, la production d'une once d'or nécessitait l'extraction de 3,3 t de minerai, 39 heures de travail, 5,4 m3 d'eau, 572 kWh, 12 m3 d'air comprimé. Les mines d'or sud africaines consommaient 18 milliards de kWh soit 1/5 de la production d'Afrique du Sud et 1/10 de celle du continent africain. Les 33 mines actives, d'une profondeur comprise entre 1 000 et 4000 m (Western Deep Levels), emploient 145.000 mineurs. Tout le secteur, avec ses sous traitants et ses fournisseurs, fait vivre un demi million de personnes. Cette production très lourde et complexe est le monopole de sociétés énormes, au premier rnag desquells la très puissante Anglo American Corporation of South Africa, qui réalise près de la moitié de la production du pays (226 t). Producteurs : principaux, en 1996, en t.
Le groupe Anglo American est également le premier producteur d'uranium, de platine et de charbon (41,6 millions de t) en Afrique du Sud, ce qui fait de son patron et traditionnel actionnaire familial, "Nicky" Oppenheimer, l'homme le plus puissant du pays. Anglo possède également 24,7 % de GFSA (Gold Fields of South Africa) et 39,2 % de JCI (Johannesburg Consolidated Investment Lt). Il a dénoué en revanche les participations croisées incestueuses qu'il avait établi avecc la De Beers. Pas grave, De Beers est également dans le giron des Oppenheimer. L'Afrique du Sud possède également d'autres ressources remarquables: des gisements géants de charbon à l'est de Johannesburg, si abondant que le pays en extrait des hydrocarbures de synthese dans les usines de Sasol à Secunda. Il y a du fer dans le nord de la province du Cap et à Phalaborwa, le seul gisement gemme de platine au monde, près de Rustenburg et enfin des diamants à Cullinan (Prétoria) et Kimberley. 1.3.2 Les gisement diamantifère de Kimberley et du Kasai Les diamants, formés dans le magma terrestre à des températures et pressions très élevées, sont remontés à la surface de la terre par les cheminées de volcans. Les gisements plongent donc vite en profondeur, formant des cônes renversés s'enfonçant parfois à plusieurs milliers de m sous la surface du sol. La roche de ces cheminées, appelée kimberlite, est exploitée d'abord à ciel ouvert et lorsque la profondeur atteinte devient trop importante, une exploitation souterraine prend le relais. Le plus grand gisement historique, celui de Kimberley, présente l'originalité d'avoir été lessivé pendant des millions d'année par la rivière Orange, ce qui a entraîné à son estuaire, 2000 km en aval, la formation d'un remarquable dépôt alluvionnaire en bordure du littoral: c'est le gisement du Namaqualand, qui occupe le sud de la côte aride de la Namibie. En 1996 ce gisement a produit 0,7 million de carats. Productions : en 1996, en 106 carats et (en 1991), en % selon le type de diamants.
Au coeur de tout ce qui touche le diamant et les pays qui en possèdent, vous retrouverez De Beers. C'est un trust mondial, qui contrôle la production de diamants naturels dans 14 mines (28,4 millions de carats). Mais c'est surtout la commercialisation qui assure son pouvoir. Elle a constitué un cartel, la C.S.O. (Central Selling Organization,) qui bloque la vente de plus de 60 % de la production mondiale. c'est cette structure qui permet à De Beers de contrôler le marché ( 4,8 milliards de $ en 1996). Les acheteurs sont entièrment concentrés sur deux villes qui maîtrisent seules les techniques de la taille: Anvers et Tel Aviv (où une partie de la communauté des diamantaires anversois s'est implantée). Les diamantaires achètent les pierres par valise, d'une valeur de 2 millions de dollars, et qui comprennent une proportion fixe de gemme, le reste étant formé de presque gemme et d'industriel, à charge pour l'acheteur de s'en débarasser. L'acheteur peut refuser 2 valises, s'il en refuse 3 il sort du réseau de la CSO, et il ne peut plus s'approvisionner qu'au noir, c'est à dire auprès de trafiquants effroyables: les chefs de faction congolais, ou pire, les groupes armés de Sierra Leone et du Libéria, principales sources "hors cartel". Dès que De Beers apprend qu'un de ses clients s'approvisionne hors de la CSO, celui ci est également éjecté. Ce système de vente forcée permet de tout écouler en maintenant un cours très haut. Il est rendu possible par la position de force de De Beers sur le créneau de la très belle gemme, pierre la plus convoitée des diamantaires. Nous verrons plus loin à quel prix le trust maintient sa puissance. 1.3.3. Le copper Belt, zone de tous les dangers. A 2000 km au nord du Witwatersrand affleure, à cheval sur la
Zambie, le Zaïre et l'Angola, un deuxième "jackpot" minier:
le copper belt. Il présente au plan géologique des analogies
fortes aveec le Witwatersrand et l'autre grande zone minière de
l'Afrique, située à l'ouest celle-ci , le Fouta Jalon (Guinée).
Il s'agit d'un socle du secondaire fortement minéralisé,
et relevé par l'activité sismique du Rift, ce qui a
amené vers la surface les couches profondes du gisement. C'est avant
tout un gisement de cuivre, mais avec la particularité d'être
associé à toute une gamme d'autre métaux: manganèse,
chrome, uranium et surtout cobalt. Le gisement se poursuit plus au nord,
parallèlement à l'axe du Rift, par de riches mines de Zinc
et toujours de cuivre.
Le cuivre, comme l'or, nécessite des installations industrielles de masse. Il faut concentrer le minerai en "cuivre noir" (blister) puis procéder par électrolyse à la récupération de cathodes de cuivre pur, laissant en sous-produit de l'acide sulfurique et des boues dont sont extraites de l'uranium, du cobalt, du chrome. Des entreprises géantes se sont là aussi constituées, et il n'est pas besoin de rappeler leur détermination à défendre leurs intérêts: côté américain, l'Américain Anaconda, filiale d'ITT (ceux qui ont viré Allende du Chili) est la plus impoprtante. Sur place on trouve aussi l'Union Minière, une vielle maison, ancienne dépendance de la Royale Belge, talonnée par Anglo.L'UM (ancienne Union minière du Haut Katanga) produit de nombreux métaux non ferreux (zinc). La production de cuivre (n°2 européen) est réalisée dans les usines belges de Hoboken et Olen. Cette dernière usine traite aussi les matières cobaltifères secondaires ainsi que le cobalt métal provenant du Zaïre et du germanium (65 t/an de capacité). UM est un rival d'Anglo American qu'elle attaque sur le créneau critique du groupe platine, en traitant des minerais Zaïrois et russes: platine, palladium et rhodium (21 000 t de minerai traités, 7% du volume mondial mais la moitié de la production "non-Anglo".) Sous ses apparences de vieille dame belge flamande, l'UM n'est pas une entreprise philantropique. Vous vous doutez que pour rivaliser au Congo avec la "World Company" d'Oppenheimer, il faut être assez méchant de nature. 1.3.4: le pétrole du golfe de Guinée On trouve dans le Golfe de Guinée des réserves très importantes d'hydrocarbures, notamment en offshore profond (sous plus de 500m d'eau). On prévoit, dans les vingt prochaines années, entre 40 et 60 milliards de dollars d'investissements de la part des compagnies dans la région. Les pays du Golfe de Guinée bénéficient en effet des plus gros efforts de prospection des compagnies internationales. Le Nigeria, avec 2 millions de b/j, demeure toujours le plus grand producteur du continent, mais l'Angola confirme sa place de puissance montante. En effet, il y a dix ans, le pays ne produisait que 300 000 barils par jour. Aujourd'hui il dépasse le million. Ainsi, l'Afrique centrale et australe est devenue largement exportatrice de pétrole. En effet, le continent africain n'a qu'un poids marginal dans la consommation d'hydrocarbures dans le monde (3 % pour le pétrole et 2 % pour le gaz) alors qu'elle assure 11% de la production mondiale du pétrole et 4 % de celle du gaz. Elle est désormais capable d'irriguer les trois principaux marchés mondiaux, c'est-à-dire l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Asie. L'Angola fournit plus de 10 % des importations américaines, soit plus le Koweït. Les Etats Unis surveillent donc çà d'assez près. Plusieurs raisons expliquent cette augmentation de la production.
D'une part, les coûts de productions ont baissé de moitié
au cours des dix dernières années. Cette réduction
est due aux investissements accrus des compagnies pétrolières
qui ont permis de faire des progrès techniques importants. Ainsi,
au cours des trois des dernières années les investissements
ont augmenté de 40 % pour atteindre la somme de 100 milliards de
dollars en 1997. Cette baisse des coûts de production rend bien évidemment
plus rentable la production africaine qui était plus coûteuse
que celle par exemple des pays du Golfe Persique. Cette évolution
est d'autant plus spectaculaire que les coûts techniques ont été
réduits de 30% depuis le début des années 90.
L'exploitation de ces gisements nécessite des techniques encore plus sophistiquées qui permettront de démarrer la production d'autres gisements jusqu'à présent non exploités en raison du coût élevé de la production qui les rendait peu rentables. Certains spécialistes estiment les réserves pétrolières du Golfe de Guinée à environ 20 milliards de barils, soit environ un tiers des réserves prouvées du continent. Des estimations qui ouvrent à l'Afrique des perspectives économiques prometteuses. Il y a quatre zones de concentration de l'activité au sol, sur
le continent africain: Luanda et l'enclave de Cabinda en Angola; Pointe
Noire au Congo Brazzaville, Port Gentil au Gabon, Port Harcourt au Nigéria.
Elf est le plus gros acteur au Congo , Gabon, et se développe en
Angola. Occidental Petroleum et Gulf Oil (USA) sont prépondérants
dans ce dernier pays, concurrencés par British Petroleum,
bien installée au Nigeria. Fait notable, alors que le gisement recelait
initialement des pétroles lourds et sulfureux (Cameroun, Nigéria)
les découvertes récentes au large du Congo et de l'Angola
sont de qualité "Brent" (mer du Nord) c'est à dire à
forte teneur en produits à forte valeur ajoutée (essences,
kérosène).
1.4) une colonisation brutale, une décolonisation plus brutale encore 1.4.1. la longue période des comptoirs La colonisation du sous continent a été à la fois tardive, rapide, et brutale du fait d'une ruée soudaine des ambitions des puissances européennes. Le continent n'a longtemps connu qu'une implantation ponctuelle limitée le long des côtes. Sur la côte orientale, les marchands du Sultanat d'Oman descendent de longue date, en suivant les courants, jusqu'au sud du Mozambique, installant leurs sultanats aux Comores et Zanzibar, fondant sur la Côte Mombasa, Dar es Salam, Quelimane et Sofala. Ils implanteront aussi l'Islam, et un sabir (le swahili, parlé dans toute l'Afrique de l'est). A l'ouest, la navigation européenne restera bloquée par les alizés à hauteur du cap Bojador (Mauritanie) jusqu'au milieu du XVeme siècle. Mais dès que la navigation hauturière prend son essor, le mouvement va vite: moins de 15 ans après la prime offerte par Henri le Navigateur à celui qui doublerait Bojador, Vasco de Gama doublait le Cap de Bonne espérance et ouvrait aux Portuguais la route des Indes. A partir du XVIeme siecle, l'essor du commerce sur cette route rend nécessaire aux puissances maritimes l'implantation de points d'eau et d'escales le long de la côte africaine. Le continent effraie ces premiers navigateurs et leur pénétration ne va pas loin: hormis quelques baies, ils prèfèrent s'installer sur les archipels côtiers. Mais alors que l'Afrique Occidentale voit se développer le commerce triangulaire, le reste du continent n'est ponctué que de rares points d'appui: espagnols (ile des Santa Isabel et Rio de Oro), portugais (Angola et Cabinda, comptoirs du Mozambique) puis hollandais au Cap au milieu du XVIIeme siècle, Français à l'Ile Bourbon, Anglais à l'ile Royale (Maurice). La colonisation, jusqu'à la fin du XVIIIeme, reste réduite: elle n'est nécessaire que pour la production du sucre (Maurice et Bourbon) et du vin (le Cap). Seule l'afrique du Sud connait avant le XIXeme un mouvement spontané d'incursion vers l'intérieur: quelques fermiers hollandais fuyant l'autorité tâtillonne des administrateurs de la compagnie des Indes vont lentement s'écarter du premier comptoir et suivre la côte vers l'est. En 1799, ils rencontrent pour la première fois des pasteurs bantous sur la Fish River, près de Port Elisabeth en Afrique du Sud, à 1000 km à l'Est du Cap. 1.4.2. L'éveil colonial au tournant du XIXeme Entre 1799 et 1850 la situation va évoluer. En échange de l'alliance de Georges III pour reconquérir son trône, le prince d'Orange chassé par Napoléon cède aux Anglais la colonie du Cap. Les pionniers anglais commencent à s'intaller dans cette zone, les missions abolissent l'esclavage que pratiquaient les fermiers hollandais indépendants (les trekboers) qui, peu enclin à leur obéir, se lancent dans une grande migration vers l'intérieur, le Grand trek. Contournant par le nord le Grand escarpement, ils s'enfoncent vers l'intérieur des terres. Leur progression est rendue possible par un évènement dramatique: le Mfecane (la grande calamité en zoulou). Il s'agit d'un épisode étrange de folie sanguinaire qui marque la fin de l'extension du royaume zoulou de Tchaka. Ce chef étonnant, entre 1810 et 1818, se constitue un empire sur tout le Natal et l'est du Transvaal en soumettant ou massacrant les tribus avoisinantes. En 1820, les clans zoulous rebelles à Tchaka, affolés à l'idée d'être massacrés à leur tour, vont fuir. Guidés par Mzilikazi, ils traversent le nord de l'actuelle Afrique du Sud en dévastrant tout sur leur passage et partent fonder leur royaume Matabele à l'ouest du Zimbabwe actuel. La guerre du Mfecane entre Tchaka et Mzilikazi, et entre les généraux de Tchaka après sa mort, va vider la région de ses premiers habitants bantous. De petits groupes affolés se réfugient dans le Kalahari (les Setswana), les hauteurs du Kangwane (Swazi) et du Lesotho (Basothos). Ces royaumes refuges deviendront plus tard des protectorats britanniques. Mais dans les steppes de l'Orange et du Transvaal, les Boers rentrent sur une terre qu'ils croient vierge, mais qui vient en fait d'être dévastée. Certains de leurs chefs, un peu messianniques, ont au demeurant consigné s'être laissé guider tel Moïse par une colonne de feu -en fait par l'incendie allumé devant eux par les dévastations de Mzilikazi. Toujours est il que ce hasard leur a permis de s'implanter facilement dans le centre de l'actuelle Afrique du Sud. 1.4.3. La ruée de la fin du XIXeme siècle Entre 1850 et 1910, la donne et bouleversée par la découverte de l'or et des diamants dans le Kimberley et le Transvaal. La cupidité coloniale britannique s'éveille alors, et les deux républiques "boer" sont annexées, au prix de la cruelle guerre des boers, la plus dure qu'ait du mener l'Empire britannique. A la base de cette annexion on trouve l'ambition visionnaire d'un homme, Cecil Rhodes. Gouverneur de la colonie du Cap, fondateur de la British South African Corporations, repreneur de la De Beers, il lance l'idée de l'Afrique anglaise "du Cap au Caire". Il est l'auteur de la guerre des Boers, le père du capitalisme minier en Afrique australe, le régent direct des territoires du Zambèze qui porteront son nom (Rhodésie), le commanditaire des missions de Livingstone au Nord. La découverte de l'or du Rand, après celle des diamants, accélère la ruée des aventuriers européens sur le Transvaal (leurs descendants sont un millions, s'ajoutant aux 3,5 millions d'Afrikaners descendants des boers); elle incite toute les puissances européennes à avancer, de leurs comptoirs, vers l'intérieur du continent. En 1884, la conférence de Berlin est réunie pour définir le sort des derniers territoires inviolés. Alors que sous l'impulsion de Bismarck la conférence voulait proscrire les partages, l'acte final, qui se fait après le départ du Chancelier, annonce la curée. Après le départ de Bismark, Guillaume II s'empare du Tanganyka et de la Namibie pour doter à marche forcée l'Allemagne d'un empire; les Italiens s'avancent en Somalie et en Erythrée; les portuguais assurent leurs arrières en Angola et au Mozambique; Léopold II recoit à titre personnel le Congo, exploré par Savorgnan de Brazza. Les Français de Mangin tentent de faire la jonction est-ouest entre le Tchad et Djibouti tandis que les anglais de Kitchener se lancent eux aussi en Nubie pour joindre l'Egypte au Kenya: ce sera l'incident de Fachoda, réglé au bénéfice des Anglais. Cette ruée aboutit à des partages absurdes au vu des réalités ethniques: le saillant du Katanga forme un pédoncule en direction du Zambèze, fleuve également convoité par les allemands qui l'atteignent au nord de la Namibie par la longue bande de Caprivi), et les Portuguais qui le remontent à l'est et tente de faire la jonction avec l'Angola. Pas une frontière n'a tenu compte des réalités ethniques. Autre phénomène grave, la précipitation coloniale, gérée avec brutalité par les administrateurs souvent mesquins, des aventuriers cupides, des militaires brutaux, aboutira partout à briser les identités africaines. Exemple peu glorieux pour la France, la voie ferrée de Pointe Noire à Brazzaville coûte un homme par traverse posée. 1.4.4. une décolonisation tout aussi abrupte. En Afrique auxtrale et centrale, la colonisation s'est faite en 20 ans, en a duré 60, et s'est dénouée en 20. Une succession si rapide n'est pas allée sans casse. Quelques repères... Au Kenya, La révolte des Mau Mau est l'une des plus sanglantes
de l'histoire africaine. En mai 1952, au Kenya, alors sous domination anglaise,
les Kikouyous se soulèvent. Ils se sont organisés pour assassiner
les Blancs qui exploitent les terres et font des expéditions punitives.
La presse accuse le leader Jomo Kenyatta, d'être l'âme
du soulèvement. Il est arrêté. L'état d'urgence
est proclamé et le gouvernement britannique prend des mesures de
répression. La terreur règne chez les colons anglais qui
se sentent entourés d'ennemis. L'Angleterre sera obligée
d'en tenir compte et le Kenya s'acheminera vers son indépendance.
Mais les pires violences eurent lieu au Runda-urundi, où la partition de ces petites possessions, anciennement allemandes puis gérées par les Belges après 1918 déboucha sur une effroyable guerre ethnique. Les Tutsis, bras armé du pouvoir dans un rare exemple d'emploi des dominants pour asservir une majoritée hutu brimée, furent massacrés au Ruanda et s'imposèrent avec une égale violence au Burundi. L'Angola portuguais tint plus longtemps; malgré les progrès de l'UNITA et du MPLA, les deux principaux mouvements indpendantistes, il fallut la chute de Salazar pour que ces derniers bastions s'effondrent. Les gouvernements travaillistes britanniques, après le Mau Mau, se retirèrent également en hâte de leurs colonies. Après le Kenya de Kenyatta, le Tanganyka et Zanzibar formaient la Tanzanie, sous la férule de Nyerere. A noter pour la suite que la "Mwalimwu", qui avait connu le Tanganyka allemand jusqu'au Ruanda-Urundi,, a un peu considéré qu'il était dans son domaine normal jusque dans ces deux Etats. La Rhodésie du Nord, lâchée en 62, devenait la Zambie, et le Nyassaland devenait le Malawi. Restait le cas de la Rhodésie du Sud. Tout comme le Kenya, elle comptait une forte minorité de colons. Elle voyait se profiler le même sort qu'avaient connu ceux ci, a savoir un départ assez rapide, mais à la différence de ceux ci, les colons rhodésiens avaient où s'appuyer; l'Afrique du Sud de l'apartheid, sous Verwoerd et Vorster, appuya l'indépendance unilatérale proclammée, en 1963, par M. Ian Smith. Le régime de Smith tint sans peine la Rhodésie du Sud jusqu'en 1976, quoique le pays ait, progressivement, vu monter la tension ethnique du fait de l'extension de la ségrégation. Après l'indépendance de l'angola et du Mozambique toutefois, la gérilla de la Zanu (M.Robert Mugabe) et de la ZAPU (M. Josuah Nkomo) trouva dans ce pays une base rapprochée pour ses opérations et la situation se dégrada. En 79, l'évêque Abel Muzorewa formait un gouvernement de transition. Sur la base des accords conclus à Londres (Wise house) la Rhodésie du Sud redevint pour 24heure colonie britannique en 1980 et devint indépendante sous le nom de Zimbabwe. Les jeunes nations du sous continent n'avaient aucune structures d'Etat,
et la décolonisation brutale favorisa l'accès au pouvoir
et le maintien de chefs dans le meilleur des cas très autocrates
(Hastings Kamuzu Banda au Malawi, Kenneth Kaunda en Zambie, Julius Nyerere
en Tanzanie) soit bien souvent de crapules cupides (Mobutu Sese Seko Kuku
Nbengu Wa Zabnga -le guerrier tout puissant qui volant de victoire en victoire,
reste invincible) ou enfin, avec une navrante régularité,
de cinglés sanguinaires (Jean Bedel Bokassa, Idi Amin Dada, Mengistu
Haïlé Mariam (Ethiopie)) . Je ne prononce pas de jugement sur
les dirigeants en exercice mais on peut être circonspect sur au moins
six d'entre eux.
2) Enjeux économiques
et politiques des conflis du sous-continent
2.1) Les enjeux économiques La description précédente aura donné à chacun une idée précise de ce que l'enjeux minier et pétrolier peut peser dans l'échiquier régional. Trois points méritent approfondissement: le jeu de la De Beers, celui des compagnies pétrolières, et la position étrange des "nouveaux mercenaires" 2.1.1) Les bourbiers diamantifères Anglo et de Beers forment, à l'échelle africaine une véritable "world Company". Tenue discrètement par la famille Oppenheimer, le groupe est lié au groupe Rio Tinto (et au groupe E. de Rothschild) et à la Chase Manhattan Bank. C'est du capitalisme cosmopolite et apatride comme Le Pen le cauchemarde... (pas la peine de mettre ça dans vos copies: c'est juste pour situer). Les moyens vertigineux que donne au groupe sa position d'etat dans l'Etat en Afrique du Sud en font un acteur quasi souverain. De Beers et anglo sont les héritières de la British South african Corporation, la compagine coloniale de Cecil Rhodes. Elles ont des archives politiques, des milices, des services organisés comme une administration. Cela rend l'organisme particulièrement fort face à des acteurs locaux corrompus ou vulnérables. L'ennui, c'est que le diamant n'est pas si rare, et il est parfois facile à extraire. Cette manne a aiguisé les appétits des parties en guerre au Liberia, au Sierra Leone ou en Angola. Les artisans africains de l'extraction, les « creuseurs » et les acheteurs de diamants de tous pays ont été les relais ou les complices des affrontements politiques et armés. Les quelques pans industriels de l'activité minière qui subsistaient dans ces pays ont dû faire appel aux mercenaires ou à des forces paramilitaires comme la Société minière de Bakwanga (MIBA) pour éviter la mise à sac de leurs concessions par les "garimpeiros" sauvages. Les Etats se sont associés aux aventuriers. Et les méandres des filières de fraude ont embrassé une bonne partie du continent africain, dans des conflits dits de « faible intensité » ou des guerres civiles meurtrières. La reprise de l'économie mondiale à partir du milieu des années 90 a ravivé l'intérêt et la capacité d'investissement pour les minerais dont l'Afrique regorge, et ce que l'on va dire du diamant vaut largement pour l'or, le magnésium, et des métaux critiques comme le cobalt ou le nobium. Face à ce souk, la préoccupation centrale de la De Beers est d'assurer le monopole du cartel, sur lequel repose sa rentabilité grâce à un cours forcé. Pour cela, il faut à De Beers nettoyer les fuites du circuit: en leur offrant une meilleure part quand on ne peut les maîtriser (russes) et en les écrasant partout où c'est possible, quelque retournement d'alliances que cela implique. Le cartel, qui a longtemps aidé l'Unita angolaise pour empêcher le MPLA au pouvoir d'exploiter ses diamants, s'est retourné contre Savimbi,au profit du gouvernement Dos Santos quand le premier a eu pris le contrôle de la région du Lunda Norte et s'est mis à vendre des pierres hors du circuit. De fait, le cartel achète ceux dont il a besoin et broye ceux qui le gènent. Mais comme ceux qui l'aident, en s'enrichissant, finissent par le gêner, le cartel se maintient au prix d' un cynique jeu de pendule entre factions. Quelques données suffisent à illustrer l'ampleur des dégâts sur le terrain. L'ex-Zaïre donne un avant- goût des nouvelles stratégies minières dans une Afrique incertaine. Le Congo « démocratique » dispose des deux tiers des réserves mondiales de cobalt, du dixième du cuivre, du tiers du diamant, ainsi que d'un potentiel appréciable d'or, d'uranium et de manganèse.Quelques grands personnage dominent le secteur minier, comme celle de M. Maurice Templesman, (dernier mari de Jackie Kennedy), un ami du maréchal Mobutu qui a brassé cuivre, diamant et politique internationale : il avait su persuader l'ex-président démocrate américain Carter que le meilleur gardien du trésor congolais - bien qu'aussi son voleur - restait bien le maréchal Mobutu. Dans le désordre résultant de la tentative de transition de 1991, les généraux zaïrois s'étaient reconvertis eux aussi dans la chasse au diamant, boudant leurs missions de répression. S'affranchissant peu à peu de la tutelle politique et financière du maréchal, ils étaient devenus autant de « seigneurs des carrières ».D'une dictature de fer, l'ex-Zaïre était passé peu à peu à une oligarchie régionalisée et privatisée, qui ne disposait plus du ressort nécessaire pour résister à l'avancée de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) dirigée par Laurent-Désiré Kabila. LKabila avait reçu l'aide du MPLA, le parti au pouvoir à Luanda, afin de conquérir le Shaba, une des grandes provinces minières de l'ex-Zaïre par laquelle l'Unita faisait sortir les diamants du Lunda Norte.Grâce aux richesses minérales des régions dont elle prenait le contrôle, l'AFDL put trouver les munitions nécessaires à sa guerre de libération. Elle se donna du même coup des alliés provisoires et surprenants, comme le colonel belge Willy Mallants, l'un des plus importants propriétaires de la Société congolaise minière du Kivu, qui exploite l'or du Maniéma, frère d'armes de certains des militaires belges ayant participé à la mise à mort de Patrice Lumumba comme à la mise en orbite du maréchal Mobutu. D'autres hommes - et d'autres pratiques - se placent dans le fil de la mutation minière qui accompagne la transformation politique du continent, comme M. Jean-Raymond Boulle. Né à l'île Maurice, il fut le plus jeune directeur général de la compagnie De Beers dans l'ex-Zaïre, puis se lança dans la vente à grande échelle de diamants au Texas, et fonda en 1992 Diamonds Fields Ressources, qu'il revendit en 1996 au canadien Inco, après avoir coté en Bourse un gigantesque gisement de nickel et de cobalt. En 1995, il a fondé American Mineral Fields dont l'objectif déclaré est de permettre aux investisseurs américains de participer à la mise en valeur du sous-sol africain. Le projet de M. Jean-Raymond Boulle est de réactiver la mine de Kapushi, propriété de la Générale des carrières et des mines (Gécamines), compagnie d'Etat qui produisait jusqu'en 1988 plus de 100 000 tonnes de zinc et de 50 000 tonnes de cuivre. Il pense pouvoir revenir à ces niveaux rapidement, avec un investissement de 50 millions de dollars, en joint venture (entreprise à capitaux mixtes) avec la Gécamines. Mais l'« homme aux mains de diamant » a aussi un accord de partenariat avec l'Anglo-American Corporation of South Africa, le géant de l'or, qui financerait les 100 premiers millions de dollars de tout investissement réalisé conjointement au Shaba. Il a également un accord d'association pour le diamant avec IDAS-Ressources, une société belgo-néerlandaise qui a pour raison sociale l'enlèvement des mines antipersonnelles, mais qui est désormais détentrice de concessions diamantifères de la taille de la Suisse dans la zone de la rivière Cuango, en Angola. Le groupe minier de type nouveau est donc une architecture financière
passant par les Bourses nord-américaines, surtout Vancouver et Toronto,
qui contracte parfois des alliances avec des conglomérats comme
De Beers, et avance aux côtés de nouveaux responsables politiques
comme MM. Kabila ou Museveni, à l'aide de mercenaires dotés
d'équipements dignes de petites armées modernes. Il y a chez
certains de ces acteurs de la mine africaine un peu de la junior company
et beaucoup de militarisation de l'activité économique, dans
la capture de territoires miniers.
2.1.2) Le mauvais jeu des pétroliers Pas de développement propre ici: tout ce que j'ai pu dire en cours vient de l'accablant rapport Aubert, (Rapport d'information déposé en application de l'article 145 du Règlement par la commission des affaires étrangères sur le rôle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et son impact social et environnemental et présenté par Mme MARIE-HÉLÈNE AUBERT, MM. PIERRE BRANA et ROLAND BLUM). Je vous invite vivement à feuilleter ce document, disponible en ligne sur le site web de l'Assemblée. 2.1.3) les nouveaux mercenaires A côté du britannique Sandline et d'autres organismes américains, une "société" de mercenaire" (officiellement en sommeil depuis un an) dénote un changement profond de l'ordre africain: Executive outcomes (EO). Bannie par une loi spéciale en 1999, EO continue à travailler depuis Londres et à travers une nébuleuse de relais. Repaire de mercenaires pour ses détracteurs, société de sécurité privée pour ses fondateurs, Executive Outcomes a su jouer au maximum les cartes conjuguées de l'ambiguïté politique et de l'esprit d'entreprise. Même au sein du gouvernement de M. Thabo Mbeki on trouvait des gens indulgents. La date de fondation d'Executive Outcomes est significative : 1989 est l'année charnière où les prémices de la fin de l'apartheid sont déjà perceptibles, tout comme, à l'Est, celles du démantèlement du bloc communiste. L'histoire d'EO peut être vue comme la réponse des élites des services spéciaux de l'armée suda fricaine, la South African Defense Force (SADF) et de la police (South African Police -SAP) de l'apartheid à un monde où les motivations racistes et anticommunistes ayant présidé à leur formation semblaient en passe d'être frappées d'obsolescence, et avec elles leurs emplois. Quant au passage du service des intérêts de l'Etat à ceux d'une société privée, il se situe dans la continuité de la «stratégie totale » mise en oeuvre par l'apartheid dès la fin des années 70 : après 1978, la SADF a commencé à privatiser des branches secrètes des forces de sécurité. Fondée sur les théories de la CIA sur les conflits de faible intensité, la privatisation des services de renseignement et des opérations de terrorisme d'Etat permet de maintenir à distance les personnes responsables d'actes de déstabilisation et leur commanditaire. Les changements politiques de 1990 auront simplement forcé les anciens agents des forces spéciales à agir dans le cadre d'une entreprise privée. A l'hiver 1992-1993 on entend parler de mercenaires sud-africains ayant rejoint les rangs de l'armée angolaise. Les anciens soldats de l'apartheid se battant aux côtés de leurs ennemis d'hier : ce renversement d'allégeance idéologique, quelques années après la fin de la guerre froide, avait de quoi surprendre et fasciner. Les premières opérations d'Executive Outcomes en Angola ont été couronnées de succès; Leur premier contrat a été signé en 1992 lorsque les compagnies pétrolières angolaises Gulf-Chevron et Petrangol ont loué ses services afin de protéger les champs pétrolifères côtiers de Soyo. Cela a ensuite abouti en 1993 à une offre en vue de restructurer et réentraîner les Forces armées angolaises. Résultat : il aura fallu moins de dix-huit mois aux hommes d'EO pour contribuer d'une façon décisive à la victoire militaire et politique du MPLA, grâce à la reconquête des territoires qui étaient tombés aux mains de l'UNITA lors de la reprise de la guerre civile, fin 1992. Mais les victoires d'EO sur le terrain n'ont pas été seulement militaires : elles ont mené, durant l'année 1994, à la reprise en main spectaculaire des centres diamantifères de Saurimo et Cafunfo, dans la province Lunda Norte qui jouxte le Zaïre : M. Nick Van Den Bergh, qui dirigeait à l'époque la société en Angola, reconnaissait qu'avant sa reprise Cafunfo était devenu la filière principale du diamant jusqu'au Zaïre. Principal bénéficiaire de ce retour à l'ordre, la De Beers. Savimbi, qui a conservé le contrôle de certains autres sites d'exploitation, a exigé comme condition lors des accords de paix signés en novembre 1994 l'annulation du contrat entre le MPLA et Executive Outcomes. La place au côté des forces armées angolaises n'est pas restée vide longtemps : l'organisation américaine Military Professional Resources Inc. (MPRI) a repris aussitôt le contrat, sans que l'opinion publique s'en émeuve. Les récents faits d'armes d'Executive Outcomes au Sierra Leone ont confirmé la capacité des Sud-Africains à faire régner l'ordre là où ils passent et à défendre les intérêts des sociétés minières. EO a obtenu un contrat en vue de remettre à niveau les troupes d'un gouvernement épuisé par cinq ans de guerre civile contre le Front révolutionnaire uni (FRU). Et, de nouveau, les opérations les plus spectaculaires se sont concentrées sur la reprise de plusieurs champs de diamants, notamment celui de Koidu, à l'est du pays. Branch Energy (BE), une société proche de la De Beers, même si elle nie tout lien organique avec le conglomérat, a pu négocier dans la foulée des droits d'exploitation minière. Un article du Sunday Independent confirmait récemment les liens étroits qui lient EO à BE : « A Freetown, tout le monde sait que les contrats de Branch Energy et EO sont conclus par la même équipe. » Au niveau politique, la convergence des intérêts d'EO, de BE, de la De Beers et d'autres sociétés étrangères a pris le gouvernement du Sierra Leone en otage : en décembre 1995, les conseillers sud-africains ont réclamé au ministre des finances alors en poste, M. John Karimu, un paiement de 15 millions de dollars, soit la moitié de la somme que le FMI venait d'accorder au Sierra Leone... Après un véritable chantage sur les menaces d'un retour au chaos en cas d'un retrait d'EO, auquel se sont jointes les pressions d'investisseurs étrangers, qui exigeaient aussi le maintien des Sud-Africains dans le pays, le nouveau président élu a été contraint de s'accommoder tant bien que mal de ces demandes. La réponse du gouvernement sud-africain aux activités d'Executive Outcomes est ambiguë : bien que celles-ci aient été régulièrement dénoncées comme inacceptables, il a fallu attendre 1999 avant qu'une législation appropriée entre en vigueur. C'est que par ce relais, l'Afrique du Sud de Mandela et Mbeki se dispense d'intervenir directement dans les crises du continent. Or, nul ne peut croire sérieusement que les nouveaux dirigeants, qui ont si bien endossé les habits de leurs prédécesseurs pour tout le reste, n' exercent pas, derrière la rhétorique de laa paix, la même influence hégémonique qu'eux dans leur arrière-cour africaine. La constellation formée autour d' « Executive Outcomes » incarne par ailleurs le retour à une politique privée de la canonnière : ses hommes sont intervenus, de l'Angola en 1993 au Sierra Leone en 1997, pour lutter contre les forces rebelles, surtout quand elles menaçaient les richesses minérales. Les hommes de MM. Anthony Buckingham et Eben Barlow, les deux porte-étendard de cette société de prestations paramilitaires, ne cherchent pas à planter le drapeau d'un pays : leur prime de guerre se paie en droits d'exploitation de gisements, confiés à leurs sociétés spécialisées, comme Branch Energy, Branch Mining ou Heritage. M. Salim Saleh, demi-frère du président Yoweri Museveni, détiendrait des participations dans Branch Mining, qui exploite en partenariat une mine d'or dans le parc national de Kidepo, en Ouganda. Il posséderait aussi 45 % de Saracen Ouganda, qui assure la sécurité des mines d'or et des opérations armées contre les rebelles ougandais. Ainsi se tissent, selon un écheveau serré, des relations entre mines et sécurité, diamant et bauxite, Bourses de Vancouver et intérêts basés à Bangkok ou à Tel Aviv. On y retrouve la plupart des protagonistes de cette nouvelle ruée vers les minerais stratégiques, du Sierra Leone à l'Ouganda, dont certains possèdent également des permis en Afrique sahélienne, au Mali ou au Niger. Ca ne vous fait pas dégueuler tout çà? C'est très bien! Venez aux Affaires étrangères. 2.2) Les enjeux politiques Il n'y a pas que des histoires d'argent dans la région: il y a aussi des histoires tribales et des affaires de pouvoir. 2.2.1) les ambitions de l'Ouganda Elève modèle de la Banque mondiale, choyé par l'Amérique, l'Ouganda fait figure de locomotive économique en Afrique de l'Est. Les autorités espèrent en faire une plaque tournante des investissements dans la région. Pour autant, le pays n'est pas encore, loin s'en faut, une puissance économique dominante, quoique il ait presque réussi à le devenir au niveau diplomatique. Le pays est le premier au monde à avoir bénéficié de l'initiative spéciale de réduction de la dette, lancée par la Banque mondiale lors de ses assemblées générales de septembre 1996. Mais il n'y a pas que le climat ambiant qui incite à l'optimisme : certains chiffres parlent d'eux-mêmes. La croissance, négative il y a dix ans (-8,5 % en 1987), tourne aujourd'hui autour de 7 %. L'inflation, vertigineuse au moment de l'arrivée au pouvoir de l'actuel président Yoweri Museveni en 1986 (240 %), est largement maîtrisée (aux alentours de 3 % ces dernières années). La corruption, endémique sous les précédents régimes, est toujours présente, mais de l'avis des investisseurs, elle a été ramenée à des niveaux raisonnables. Les investissements étrangers affluent : 200 millions de dollars entre 1992 et 1996. Malgré la persistance de foyers isolés de rébellion, le pays bénéficie aujourd'hui d'une bonne stabilité politique. Face à de telles performances, les autorités rêvent de faire du pays un dragon sur le modèle des pays du sud-est asiatique. De là à penser que l'Ouganda sera la locomotive de l'Afrique de l'est comme la république sud-africaine est celle de l'Afrique australe, il n'y a qu'un pas que les officiels franchissent allègrement. Le puissant voisin kenyan est aujourd'hui fragilisé : tensions ethniques, instabilité politique et corruption endémique. Par ailleurs il y a une raison politique : les victoires des pro-tutsis du FPR au Rwanda et des troupes de Kabila dans l'ex-Zaïre, soutenus dès le départ par l'armée ougandaise, ont donné à Kampala une place prépondérante dans l'échiquier diplomatique de la région... et un appui énorme, douteux parfois des etats Unis (visite de Clinton). Toutefois, si les succès économiques de l'Ouganda paraissent importants, il demeure un tout petit pays pauvre: 23 millions d'habitants (deux fois moins que l'Afrique du Sud et 5 fois moins que le Nigéria) et un pib de 22.7 MD$, soit 7% de celui de l'Afrique du Sud. Pas de quoi entraîner le sous continent, quoi qu'en disent les Etats Unis... Ses performances économiques doivent être relativisées : les années de folle croissance interviennent après plus d'une décennie d'effondrement économique et le pays retrouve tout juste son niveau d'avant 1972, lorsqu'Amin Dada a expulsé la communauté indienne qui contrôlait jusqu'alors l'essentiel de l'économie. Les succès récents ne doivent pas faire oublier les faiblesses structurelles du pays. Les investisseurs d'ailleurs, s'ils ne tarissent pas d'éloge sur l'Ouganda, s'intéressent plutôt à la région Afrique de l'Est dans son ensemble: la région a de bonnes perspectives de croissance, au moins 5 % sur plusieurs années. A l'heure de la mondialisation, il faut voir cette région comme un tout . Le Kenya devrait retrouver sa puissance perdue. La Tanzanie, très en retard sur le plan économique, devrait décoller. L'Ouganda a pour lui une dynamique de redressement, une gestion plutôt plus saine qu'ailleurs, et surtout une excellente image à l'extérieur. Pour autant, la seule image de marque ne suffit pas forcément à assurer une prédominance économique. Surtout si on regard derrière. Car j'en viens maintenant au sordide. Tout le monde sauf les intéressés l'a oublié, mais à l'issue de la partition du Ruanda-Urundi lors des indépendances, le Rwanda devint hutu et expulsa une partie de ses tutsis, réfugiés soit au Burundi, soit en Tanzanie, soit en Ouganda. A la fin de son règne sanglant, le président ougandais Idi Amin Dada avait envahi le nord de la Tanzanie. Cela n'avait pas trop plu à Julius Nyerere, le "mwalimwu" tanzanien, qui suscita contre Amin Dada, originaire du nord de l'ouganda de peuplement nilotique, un rival originaire d'une ethnie Buganda du Sud, Milton Obote.Vous vous souvenez que les royaumes Buganda et Ruanda sont liés, on en a parlé plus tôt. Passons sur le règne d'Obote, il y avait presque de quoi regretter Amin Dada. Durant cette période qui va jusqu'au milieu des années 80, les factions ougandaises se sont livrées à des massacres répétés dans une zone dite du triangle de Luwero, au nord de Kampala. Il y a eu plusieurs centaines de millier de morts. L'un des lieutenants d'Obote dans ces opérations était M. Museveni, qui s'appuyait sur des forces propres et sur une milice supplétive recrutée chez les réfugiés tutsis. Obote n'ayant pas donné satisfaction à Nyerere, celui ci a aidé Museveni à l'écarter, avec l'appui des Tutsis, auxquel fut promis en échange une aide pour reconquérir leur patrie d'origine. Arrivé au pouvoir, Museveni et Nyerere ont tenu parole et aidé
le mouvement tutsi à engager la guérilla contre l gouvernement
rwandais. N'y voyez pas de la noblesse d'âme: s'ils avaient pu, ils
les auraient massacrés comme ils ont fait d'autres alliés
plus tard. Mais il les avaient puissament armé, et quand on a suscité
chez soi une milice trop forte pour qu'on puisse la détruire, il
faut alors tout faire pour qu'elle aille faire la guerre au voisin. Le
mouvement tutsi, devenu le FPR, a donc mené la guerre au Rwanda
en 1990 et 1991. La France avait un accord de défense avec le Rwanda
et nous l'avons respecté, aidant Habyarimana à repousser
le FPR. Mais c'était l'esprit de La Baule, et au lieu d'anéantir
l'adversaire, nous avons imposé à notre allié de rechercher
une paix avec lui. Ce furent les accords d'Arusha, parainnés...
par Nyerere, le parrain occulte du FPR derrière Museveni. Nous avons
forcé nos alliés à respecter l'accord. Nyerere et
Museveni de leur côté ont donné au FPR tous les moyens
pour le violer. En 1994, le FPR occupait un bon tiers du Rwanda et était
aux porte de l'aéroport. Est ce un groupe du FPR qui a, de cette
position, tiré sur l'avion du président Museveni? A prouver.
Toujours est il que cet assassinat allait ouvrir la guerre, susciter les
tueries "désespérées" de tutsis par les interahamwes
hutus (auxquels le FPR a laissé tout le temps de se déshonnorer
avant de les détruire et d'envahir le pays). Vous connaissez la
suite, l'exode de goma, les centaines de millier de morts, l'ambition de
M. Paul Kagamé débordant sur l'ex-Zaïre. Ajoutez au
pedigree de M. Museveni son demi frere traficant d'or avec les mercenaires
sud africain de Branch Mining et Executive Outcome, et vous pourrez avoir
un portrait réaliste du nouvel "interlocuteur responsable" de l'est
africain.
2.2.2) les ambitions de l'Angola
En Afrique centrale, la crise du Congo Brazzaville a révélé les ambitions de l'Angola et le déclin du Gabon. Paralysé depuis son accession à l'indépendance en 1975 par l'intervention de l'Afrique du Sud et la lutte féroce que se sont livrés les principaux mouvements de libération - notamment le MPLA, dont se réclame l'actuel président Eduardo dos Santos, et l'UNITA, fondée par Jonas Savimbi -, l'Angola commence à émerger comme puissance régionale : l'armée gouvernementale, intervenue à Pointe-Noire et à Brazzaville début octobre1997, a permis à l'ex-président congolais Denis Sassou Nguesso, en guerre ouverte depuis juin 97 contre le président élu Pascal Lissouba, de triompher le 16 octobre 1997. Le régime de Luanda se trouve désormais en position d'exiger de son allié-obligé du Congo-Brazzaville qu'il interdise à la guérilla indépendantiste du Cabinda d'utiliser son pays comme base arrière. Cette enclave angolaise en territoire congolais assure 65 % de la production de pétrole de l'Angola (qui s'élève, au total à 700.000 barils/jour). L'isolement de l'UNITA est par ailleurs quasi-total : elle est privée de sa base arrière « historique » par la chute du maréchal Mobutu, en avril dernier ; elle ne peut plus espérer faire transiter armes et autres soutiens par le Congo-Brazzaville ; une partie de ses troupes sont en cours de cantonnement et de démobilisation sous contrôle international ; elle est privée également d'une partie des mines de diamant qui assuraient sa subsistance ; et elle est soumise par l'ONU depuis le 30 octobre à des sanctions pour non-respect des accords de paix signés à Lusaka en 1994. Tirant avantage de cette situation, le président dos Santos a pu convoquer à la fin octobre un sommet régional et faire adopter un accord de non-ingérence mutuelle entre pays voisins. Il se pose en interlocuteur légitime et incontournable de la communauté internationale, et des intérêts pétroliers (notamment américains et français). Encore un modèle de vertu... Bon soyons sérieux: M.Dos Santos, arrivé au pouvoir à la faveur d'un coup de force appuyé par l'armée cubaine en 76, s'est maintenu avec l'appui de conseillers militaires russes, est allemands et cubains jusqu'en 1989, après quoi il a retourné ses alliances et choisi de recourir aux mercenaires sud africains. Ses appuis privés sont la De Beers et les grandes compagines pétrolières: tous gens de bonne compagnie comme on l'a vu plus haut, avec l'argent desquels il a pu acheter à la Brenco Trading Limited de MM. Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak quelques 500 millions de dollars d'armes avec l'intermédiation de M. Mitterrand Junior. Un modèle là encore. A côté de Dos Santos, le président gabonais Omar Bongo fait figure d'enfant de choeur. Le Gabon, servi jusque-là par sa relative opulence « d'émirat pétrolier » et l'entregent de son président, a échoué dans sa tentative de médiation au Congo-Brazzaville, tout comme le groupe des « dinosaures » francophones n'avait pas réussi à « sauver » le maréchal Mobutu. Omar Bongo est lié personnellement à Sassou Nguesso, le président congolais. Il n'a pas réussi à asseoir l'autorité de son parent sur les "ninjas" de l'ex maire de Brazzaville Kolélas, ni sur les fidèles de Lissouba. Si Sassou était menacé (par la pression des Angolais par exemple) on pourrait craindre un effet de "dominos" au Gabon. Ce basculement d'influence, sensible depuis plusieurs années,
s'effectue au profit des Etats « miniers » (Afrique du
Sud, Congo-Zaïre, Namibie, Angola, Zambie), en direction
du monde culturel swahili, vers l'océan Indien, au détriment
des « pétroliers » (Gabon, Congo-Brazzaville, Cameroun,
Nigeria) et de l'Afrique de l'Ouest en général. Cette
« autre Afrique » est incarnée par une nouvelle génération
de dirigeants - éthiopien, érythréen, ougandais, angolais,
rwandais, congolais, sud-africain - souvent légitimés par
la lutte armée de libération contre une occupation étrangère
ou contre des régimes honnis. Les dirigeants sud africains gravitent
au dessus de cette basse cour. Mais dans l'arrière cour, on trouve
désormais des chefs pragmatiques, plus managers que prophètes:
des hommes qui combinent souvent économie libérale et parti
unique, processus de paix en public et boucherie par milices interposées
en privé, et qui manient bien les déclarations de défiance
à l'égard des modèles étrangers mais vivent
des rentes versées par Elf, Exxon ou la De Beers. Tout cela n'a
rien de joyeux.
3) Les incertitudes de l'avenir 3.1) Effacement russe, entrée en scène hésitante de l'Amérique 3.1.1) les conséquence de l'effacement russe La Russie était entre 1976 et 1979 l'acteur triomphant en Afrique (on a parlé de "Brejnev l'africain"). L'empire satellisait l'Angola et le Mozambique, l'Ethiopie, et dans une moindre mesure la Guinée, Madagascar, le Congo, la Libye, la Tanzanie, la Zambie, avec l'objectif prioritaire d'emporter l'Afrique du Sud. A cette époque de puissantes bases nvales sont équipées: Massawa (Ethiopie) Luanda et Moçamedes (Angola). L'armée cubaine intervient massivement en Angola contre l'Unita, des conseillers tchèques et est-allemands conseillent la junte de Mengistu en Ethiopie. Avec l'effacement de l'est, la chute de ce dernier régime, sanguinaire et honni, est rapide en Ethiopie. Il n'en est pas de même en Angola et au Mozambique, mais les Alliances se retournent. Le plus habile est Dos Santos en Angola. En revanche l'atout soviétique, menace facile des vieux dirigeants envers l'ouest, a disparu: il y a donc une perte de marge de manoeuvre pour de nombreux dirigeants, et dès lors que ce n'est plus "moi ou les rouges", mais" lui ou un autre", et l'Ouest cessera de les soutenir, comme on l'a vu notamment pour le maréchal Mobutu. 3.1.2) les hésitations américaines La chose la plus surprenante à première vue, et malgré beaucoup de bla-bla, c'est que les Américains n'aient pas vraiment pris la place des Russes, ni d'ailleurs celle des Français.L’année 1996 aura marqué le retour diplomatique en force des Etats-Unis en Afrique, illustré par l’éviction de l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali du poste de secrétaire général de l’ONU et son remplacement par le candidat africain de Washington, le Ghanéen Kofi Annan. Mais le Président Bill Clintonn'a jamais pu convaincre le Congrès à majorité républicaine de lui donner les moyens de ses ambitions africaines et de freiner la chute constante de son aide publique au développement (APD). Après la fin de la guerre froide et l’éclatement de l’empire soviétique, les USA arrivent désormais en quatrième position derrière le Japon, la France et l’Allemagne et leur APD a diminué de plus de 27 % ces dernières années. Washington s’est trouvée en concurrence directe sur le terrain africain avec la France qui conserve des liens étroits avec ses partenaires francophones courtisés par les Américains depuis qu’ils ont renoué avec la croissance économique. L’administration Clinton a tenu un discours assez mélangé de commerce, d’investissements et de secteur privé mais aussi de sécurité dans le cadre d’une force de maintien de la paix interafricaine. Elle promettait une zone de libre-échange américano-africaine pour 2010, un forum de coopération économique et un partenariat pour le commerce et l’investissement. Washington affiche une opinion très optimiste qui sent un peu la propagande : ainsi les échanges commerciaux (exportations + importations) ont atteint, selon le Département d’Etat, 18 milliards de dollars en 1995, en progression de 11 % par rapport à 1994. Les exportations américaines augmentent quant à elles de 23 % pendant la même période pour atteindre le chiffre 5,4 milliards de dollars. Les Américains n’hésitent pas à affirmer que le marché africain est pratiquement aussi important que celui que forment les Etats nouvellement indépendants de l’ex-Union soviétique y compris la Russie. Mais ils sont obligés d’admettre que les flux des investissements vers l’Afrique ont fortement diminué depuis le début des années 80, contrairement à ce qui s’est passé en Asie ou en Amérique latine. En fait, l’intérêt renouvelé des Etats-Unis pour l’Afrique reste focalisé sur certains pays ou certaines régions, même si les entrepreneurs américains, soutenus par leur gouvernement, apparaissent là où cela peut être rentable. L’Afrique du Sud reste un des principaux pôles d’attraction en raison de son poids économique, mais la dégradation des conditions sécuritaires constitue un solide frein à l'investissement. L’Angola demeure un pays intéressant en raison de son pétrole, d’autant plus que le principal partenaire étranger dans ce secteur est la compagnie américaine Gulf Chevron. On y a vite fait sacrifié Savimbi. Surtout, l’Ouganda constitue aux yeux de nombreux experts américains un rempart contre le Soudan, perçu comme islamiste et nouveau foyer de terrorisme international personnifié par les intégristes iraniens et soudanais, d’où l’importance pour eux de l’Ethiopie et de l’Erythrée. Pour le moment, l’initiative américaine concernant la force interafricaine avec un choix préalable de pays contributeurs a fait long feu, d’autant plus qu’elle était destinée au Burundi considéré en 1996 comme un détonateur prêt à exploser, avant que n’éclate la crise du Kivu au Zaïre. Autre facteur relativisant les ambitions américaines, les échecs américains au Liberia et en Somalie ont durablement limité l’engagement américain sur le terrain.Le nouveau secrétaire général de l’ONU, contrairement à son prédécesseur, jouit d’un préjugé favorable à Washington. Il n'a néanmoins pas su convaincre le Congrès que le moment était venu de payer les arriérés dus à l’organisation internationale. Celle-ci en a besoin pour poursuivre les réformes engagées et d’ailleurs réclamées par Washington et assurer son rôle de maintien de la paix. En fait les Africains sont un peu dégrisés quant à l’intérêt porté à leur continent. Ils attendaient beaucoup de leurs alliés américains, qui ne se sont guère montrés généreux. Et puis au final, et sans faire grand'chose, Paris reste malgré un certain désengagement le principal bailleur de fonds de l’Afrique subsaharienne. Ca créé des liens... 3.2) La France attentiste 3.2.1) Les échecs des grands lacs La politique française en Afrique a été ébranlée, pour ne parler que de l'Afrique centrale, à partir de notre échec dans la crise du Rwanda. Derrière, notre pays a enchaîné les revers: débandade de Mobutu et ambitions américaines en Ex Zaïre, implosion du Congo Brazzaville, fragilisation du Gabon, relations chaotiques avec un régime de voyous au Tchad, faiblesse de Paul Biya au Cameroun, crises à répétition du Centrafrique. Nous n'avons jamais eu d'influence sérieuse dans la corne de l'Afrique hors de Djibouti, tenu à bout de bras pour des raisons militaires. Et en Afrique australe, nous ne faisons pas le poids pour intéresser les sud africains. En Afrique de l'Ouest, les choses sont différentes; mais ailleurs, ne tournons pas autour du pot: nous nous sommes largement effacés de la scène, sauf dans les points où nous maintenons -à quel prix- nos intérêts pétroliers. 3.2.2) l'avis du Quai d'Orsay Ce texte est pompé du Quai. Soumis tel quel à votre appréciation donc... La politique africaine de la France est engagée dans un processus d'adaptation et d'ajustement visant à renforcer les conditions du développement de l'influence de notre pays sur l'ensemble du Continent. Les visites régulières du Président de la République, dont la dernière l'a conduit successivement en Guinée, au Togo, au Nigéria et au Cameroun en juillet 1999, ainsi que celles effectuées par les Ministres des Affaires étrangères, de la Défense, et par le Ministre délégué à la Coopération et de la Francophonie qui s'est rendu en octobre 1999 au Kenya, au Burundi, en République démocratique du Congo et en Tanzanie, sont constamment l'occasion de préciser et d'illustrer les éléments importants de cette politique. La France, qui entend rester fidèle à ses partenaires traditionnels, notamment francophones, s'ouvre plus que jamais sur l'ensemble de l'Afrique. Notre pays modernise ses relations avec le continent africain, notamment dans les domaines politique et militaire : s'il encourage la démocratisation, le renforcement de l'Etat de droit et les pratiques de bonne gouvernance, c'est avec le souci d'éviter toute ingérence dans les affaires intérieures de ses partenaires. Cette volonté, toutefois, ne s'accompagne d'aucune tentation de désengagement : si la France privilégie désormais une approche multilatérale des questions de sécurité sur le continent africain, elle continue d'honorer les accords de défense qui la lient à certains pays et maintient pour l'essentiel le dispositif de ses forces prépositionnées. Ces adaptations de notre politique africaine trouvent leur prolongement dans le traitement des questions liées à l'immigration. Elles se traduisent à l'égard des éléments les plus dynamiques des sociétés africaines, par la recherche d'une attitude plus accueillante en matière de visas (listes d'attention positives), de méthodes plus souples pour assurer le contrôle nécessaire des flux migratoires, et de politiques spécifiques d'aide au développement pour les pays d'émigration. Elles se traduisent également par la recherche des moyens permettant de répondre plus largement aux demandes de bourses d'étudiants qui seraient tentés autrement de se tourner vers d'autres pays, notamment nord-américains. Enfin, une réforme de notre dispositif de coopération
a été mise en place depuis le début de cette année
: adaptée aux enjeux du monde actuel, elle vise notamment à
doter notre pays d'un outil diplomatique unique et moderne.
I - Fidélité et ouverture L'Afrique est une priorité de l'action extérieure de la France. Notre pays inscrit sa politique africaine dans le cadre de la fidélité à un continent auquel l'attachent des liens anciens. Mais, conscient que ses liens privilégiés avec l'Afrique francophone ne devaient pas le conduire à ignorer le reste du continent, il a entrepris depuis plusieurs années une ouverture progressive vers les pays lusophones, hispanophones et anglophones d'Afrique. Cette ouverture a été symbolisée par la XXè Conférence des Chefs d'Etat d'Afrique et de France qui s'est déroulée à Paris les 27 et 28 novembre 1998 qui a rassemblé quarante neuf Etats africains, dont 34 représentés par leur Chef d'Etat. Le premier voyage de M. Hubert VEDRINE en Afrique (en octobre 1997, moins de six mois après sa prise de fonction) avait marqué cette volonté d'ouverture vers des pays représentatifs de la renaissance de l'Afrique (Afrique du Sud, Ethiopie), dans le maintien des amitiés de longue date (Côte d'Ivoire, Sénégal, Gabon), et dans le respect de l'organisation qui incarne l'unité du continent (l'OUA, à Addis Abeba, où il s'est adressé à l'ensemble des ambassadeurs accrédités auprès de l'organisation). La visite conjointe de MM. Vedrine et Cook à Accra et Abidjan, les 10 et 11 mars 1999, a illustré également cette politique d'ouverture : elle est le signe que, désormais, il n'y a plus de zones exclusives en Afrique, pas plus que de zones interdites. Elle signifie aussi que deux pays engagés traditionnellement sur le continent africain et rivaux d'hier, veulent unir leurs efforts aujourd'hui sur ce continent. il s'agit là d'une approche moderne, dynamique et ouverte qui suscite des réactions positives de nos partenaires africains. Les Ministres des Affaires Etrangères français et britannique se sont à nouveau réunis, cette fois à New York en marge de l'Assemblée Générale des Nations Unies, le 22 septembre dernier, pour un exercice inédit: avec quatre de leurs homologues africains (les Ministres des Affaires étrangères de Côte d'Ivoire, du Gabon, du Nigéria et du Kenya), MM VEDRINE et COOK se sont entretenus notamment des crises qui affectent le continent africain et ont décidé que ce dialogue aurait une suite dans le courant de l'année 2000. Cette ouverture vers de nouveaux horizons répond aux voeux des Africains : au moment où l'Afrique s'ouvre à des influences multiples, et s'ouvre sur elle-même, notamment par la montée en puissance d'organisations sous-régionales transcendant les clivages linguistiques, les Etats africains francophones jugent naturel et souhaitable que la France intensifie ses propres échanges, politiques, économiques et culturels, avec d'autres. En effet, la capacité de notre pays à s'adapter constitue pour une part la garantie de la densité et de l'utilité des échanges que nous développons avec eux. Au-delà des objectifs traditionnels de solidarité, la France entend bien développer avec l'ensemble des régions du continent des échanges mutuellement profitables. Des efforts considérables sont actuellement engagés sur l'ensemble du Continent pour libéraliser l'économie, sortir des stuctures paralysantes qui ont longtemps caractérisé beaucoup de pays africains, donner une nouvelle impulsion à l'initiative privée et gérer avec plus de sérieux et de transparence les fonds publics. La France contribue fortement à cette évolution, par son aide publique au développement, par l'action de ses entreprises et la présence sur le sol africain d'une forte communauté d'expatriés mais aussi par son intervention dans les instances internationales. La France, qui occupe le troisième rang mondial en valeur absolue après le Japon et les Etats-Unis, des bailleurs d'aide publique à l'ensemble des pays en développement (0,40 pour cent du PIB en 1998, soit 33,8 Mds FF) et le premier rang des sept pays les plus industrialisés et des donateurs du CAD, demeure, et de loin, la première pour l'aide au continent africain. L'Afrique subsaharienne reste la première bénéficiaire avec une moyenne de 45% des versements nets, dont 90% vont aux pays les plus pauvres. Le niveau des intérêts économiques français en Afrique fait de celle-ci un partenaire commercial de premier ordre : l'Afrique assure 20% du solde commercial français. Elle reste le troisième marché du commerce extérieur français (hors UE) avec 87 mds de F en 1997. Hors Maghreb et Egypte, les marchés les plus importantes sont l'Afrique du Sud, la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Nigéria, le Cameroun, le Gabon et Maurice. En 1997, la France a exporté pour 37 MF vers l'Afrique subsaharienne et importé pour 27 MF en provenance de cette région du monde. La part des investissements de la France en Afrique atteint environ 15%. La communauté française est importante. En 1998, 140.000 ressortissants français ont été recensés en Afrique dont 123 000 en Afrique noire francophone. La moitié de cette population est active et travaille surtout dans le secteur tertiaire. La France développe une solidarité active avec l'Afrique dans les instances internationales, pour éviter que le monde développé ne s'en désintéresse et pour que l'aide publique au développement soit maintenue à un niveau suffisant. Depuis trois ans, après avoir appelé en juin 1996, au Sommet du G7 de Lyon, les pays les plus industrialisés à augmenter leur aide à l'Afrique, et obtenu que soit défini un nouveau partenariat global entre pays en développement, pays développés et institutions multilatérales, la France a plaidé, lors des assemblées annuelles de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, pour de nouveaux progrès dans le traitement de la dette. Elle y a obtenu de ses partenaires une augmentation sensible du pourcentage de dette pouvant être annulée en Club de Paris (''termes de Lyon''). Le Sommet du G8 de Cologne a été l'occasion d'annoncer de nouvelles mesures substantielles en vue d'alléger le poids de la dette des pays pauvres les plus endettés. Au sein de l'Union Européenne, la France s'était battue au premier semestre 1995 pour obtenir que les crédits mis à disposition du VIIIème FED ne soient pas en diminution acceptant pour ce faire de porter sa propre contribution à 23,5 pour cent des ressources du Fonds. Dans le débat sur l'avenir de la Convention de Lomé (qui arrive à échéance en mars 2000), la France a d'emblée marqué fortement son attachement à la continuité des relations privilégiées de l'Union Européenne avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Elle sera en particulier attentive à ce que la négociation, avec chaque sous-région africaine, de volets commerciaux particuliers ne soit pas l'occasion d'accroître les divisions du Continent. II - Non ingérence, sans désengagement La fin de la guerre froide a eu pour effet de limiter l'ampleur des divergences idéologiques entre les candidats au pouvoir en Afrique, créant les conditions d'un débat démocratique dans un nombre croissant de pays. La France, avec ses partenaires européens, apporte son aide à la consolidation des progrès de la démocratie et de l'Etat de droit. De nombreux exemples ont toutefois montré que la démocratie ne se réduit pas à l'organisation ponctuelle d'élections, et qu'il s'agit d'un processus à long terme auquel les populations doivent être constamment associées, notamment au niveau local. La Constitution d'un Etat de droit, qui passe par la clarté des règles, la transparence de l'administration, le fonctionnement régulier du système judiciaire, le respect des engagements et le paiement des dettes publiques et privées, est à nos yeux l'un des éléments essentiels permettant de poser les bases d'une démocratisation durable. C'est en ce sens que la France encourage la progression sur le continent africain des grandes libertés publiques, et la généralisation des processus démocratiques qui impliquent l'adhésion des pouvoirs en place mais aussi des oppositions à certains grands principes que nous appuyons par notre politique de coopération. En ce qui concerne la gestion des affaires publiques, elle encourage ses partenaires à poursuivre dans la voie de l'ajustement et des réformes pour aboutir à un accord avec les institutions de Bretton Woods, gage de bonne gestion et donc de confiance pour les investisseurs (la bonne gouvernance avait été le thème central du Sommet franco-africain de Ouagadougou en 1996). Cette même préoccupation d'encourager les évolutions positives sans recourir à l'ingérence guide l'action de notre pays dans son approche des questions de sécurité qui ont été au centre des débats du dernier Sommet Afrique-France de Paris en 1998, comme elles l'ont été lors de la première Conférence commune d'une vingtaine d'Ambassadeurs français et britanniques réunis à Abidjan, le 11 mars 1999. Notre pays apporte une contribution bilatérale active au règlement ou aux efforts de règlement encore en cours de certaines crises : différends territoriaux entre le Nigeria et le Cameroun, crise récurrente en Centrafrique (où la France a soutenu la MISAB et a obtenu du Conseil de Sécurité, en avril 1998, le déploiement, pour succéder à cette force interafricaine, d'une opération de maintien de la paix, la MINURCA), crises dans la région des Grands Lacs, où nous défendons notamment l'idée d'une Conférence sur la paix, la sécurité et la stabilité afin de rechercher sous l'égide des Nations unies et de l'OUA, un règlement durable aux problèmes de fond affectant plusieurs pays de cette région, et au premier chef le Rwanda, le Burundi et la République Démocratique du Congo. Dans ce dernier pays, comme au Congo voisin, la France a noué avec les nouvelles autorités des relations visant à la stabilisation de la région. Elle reste néanmoins vigilante sur les processus de démocratisation annoncés et sur le respect des droits de l'homme et du droit international humanitaire, s'attachant à ce que chacun soit traité selon ses mérites propres et que ne se généralise pas une politique du ''deux poids, deux mesures'' dont certains bailleurs de fonds semblent trop facilement s'accommoder. Parallèlement, la France oeuvre pour concrétiser les réflexions engagées sur les moyens que la communauté internationale doit mettre en oeuvre pour éviter la répétition de tragédies comme celles de la Somalie ou du Rwanda. En accord avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, elle a ainsi présenté en mai 1997 aux Secrétaires Généraux des Nations unies et de l'OUA, ainsi qu'aux Chefs d'Etat africains, un projet de dispositif visant à coordonner la coopération internationale au profit du renforcement des capacités africaines de maintien de la paix. Placé désormais sous les auspices des Nations Unies, ce dispositif vise à donner les moyens aux Etats africains de prendre une part plus active aux opérations de maintien de la paix, en Afrique notamment. Le Secrétariat Général des Nations Unies a organisé autour de ce projet, plusieurs réunions de l'ensemble des Etats intéressés. L'OUA, le 25 février 1998, a mandaté son Secrétaire Général pour assurer le suivi de cette initiative. D'ores et déjà, la France a apporté dans le cadre de son programme RECAMP (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) dès 1998, une aide de 180 MF aux Etats africains pour le renforcement de leurs capacités à s'intégrer à des opérations de maintien de la paix. La même dotation a été reconduite cette année. Une partie significative de notre coopération militaire traditionnelle se trouve ainsi réorientée vers la formation au maintien de la paix, dans un cadre qui sera de plus en plus sous-régional. L'exercice Guidimakha, qui a réuni fin février 1998 plus de 3500 soldats de huit pays d'Afrique de l'Ouest (avec la participation d'unités françaises, américaines et britanniques), a été un premier pas dans cette voie. L'inauguration en 1999 d'un centre de formation au maintien de la paix à Zambakro en Côte d'Ivoire en constitue une autre application comme la mise en place à Dakar du matériel nécessaire à l'équipement d'un bataillon africain de maintien de la paix. La France a coorganisé avec le Gabon un séminaire politico-militaire à Libreville en juin 1999 afin de préparer le prochain exercice de maintien de la paix qui aura lieu au Gabon en janvier 2000. De façon générale, la France a constamment cherché, dans les crises africaines récentes (Centrafrique, Burundi, République Démocratique du Congo, Congo, Comores, Guinée Bissau) le dialogue avec les instances africaines régionales ou sous-régionales susceptibles de jouer un rôle stabilisateur. Plus que jamais, notre pays entend ainsi avoir une approche
globale de l'Afrique. Elle privilégie aujourd'hui chaque jour davantage
une approche multilatérale des questions de sécurité
sur le continent africain. Dans cette optique, elle apporte son aide à
l'OUA (6 MF) pour son mécanisme de prévention, gestion et
règlement des conflits, et, tout en maintenant ses accords de défense,
refuse de se laisser impliquer dans des conflits internes. Cette nouvelle
approche ne signifie toutefois en aucune manière que notre pays
entend se désengager d'Afrique : au plan militaire, la France maintient
les liens qui l'unissent à un certain nombre de pays et qui permettent
à ses forces de remplir une mission stabilisatrice utile. Des bases
seront donc conservées mais, en accord avec nos partenaires, nous
procédons en tant que de besoin à des aménagements
tenant compte notamment de l'évolution technique et de la professionnalisation
de notre armée. Le Ministre de la Défense s'est rendu dans
chacun des pays concernés afin de recueillir, avant toute modification,
l'opinion des autorités locales.
III - Réforme du dispositif de coopération Au cours des dernières années, les objectifs et les instruments de la coopération se sont diversifiés, prenant en compte les évolutions du monde contemporain : aspirations à la démocratie, ouverture croissante des marchés, disparition des zones d'influence traditionnelle, différenciation plus marquée au sein de l'ensemble des pays en développement, acuité grandissante des problèmes d'environnement, effets de l'intégration européenne. Dans ce contexte, le Gouvernement a engagé une réforme de la coopération française. Cette réforme vise à conférer davantage d'efficacité et de cohérence à l'action extérieure de la France et à souligner l'importance de la coopération en tant qu'instrument et expression de notre politique étrangère. Le rapprochement entre les services actuels du Secrétariat d'Etat à la Coopération et à la Francophonie et ceux du Département a été officialisé le 1er janvier 1999, sous l'autorité du Ministre des Affaires étrangères, et a conduit à la constitution d'un ensemble diplomatique unique. Le Ministre chargé de la coopération et de la francophonie est à présent délégué auprès du Ministre des Affaires étrangères. Cette rationalisation politique et administrative s'accompagne d'une réaffirmation de la fidélité de la France à ses solidarités traditionnelles, en particulier avec les Etats d'Afrique francophone. La France, qui entend maintenir des flux substantiels d'aide publique au développement, s'attache à leur plus grande cohérence, à leur efficacité accrue et à une meilleure maîtrise de la dépense publique. Ainsi, l'aide bilatérale est sélective et concentrée sur une zone de solidarité prioritaire, qui comprend les pays les moins développés en termes de revenus et n'ayant pas accès aux marchés de capitaux. Les contours de cette zone ont été fixés en comité interministériel et pourront évoluer à la suite de décisions gouvernementales en fonction de critères politiques et économiques. Lors de la mise en place de la réforme, l'ensemble des pays bénéficiant actuellement des crédits du FAC a été inclus dans cette zone : 54 pays font partie de la ZSP en 1999, dont 41 appartiennent à l'Afrique subsaharienne. Hors de celle-ci, notre coopération poursuit essentiellement un objectif de présence politique et économique. Elle est confortée par un recours accru à l'aide multilatérale, notamment européenne. La vocation à l'universalité de notre coopération culturelle, scientifique et technique est également réaffirmée. Le renforcement de la coordination interministérielle s'est traduit par la création d'un Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID) dont le secrétariat est assuré conjointement par le Ministre des Affaires étrangères et le Ministre de l'Economie et des Finances. D'autre part, afin de permettre aux représentants de la société civile (ONG, fondations, journalistes, représentants de collectivités locales) de donner un avis consultatif dans des domaines où ils interviennent de façon croissante, et afin de favoriser une convergence de leur action avec celle de l'Etat, un Haut Conseil de la Coopération internationale a été créé. Enfin, la Caisse Française de Développement, qui a pris le nom d'Agence Française de Développement, est devenu l'opérateur pivot des programmes d'aide au développement, le Ministère des Affaires étrangères conservant, pour l'essentiel, la gestion de l'aide aux secteurs institutionnels et de souveraineté (justice, défense, police, etc). Les inflexions ainsi apportées à chacune
des composantes de notre politique africaine forment un ensemble, qui vise
à une meilleure adéquation de nos pratiques et de nos instruments
à l'évolution d'un continent dont la France est le premier
partenaire, et où ses intérêts n'ont cessé de
croître et de se diversifier
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