Vous avez le choix entre deux fiches, celle de Mathias Vicherat
et celle d'Hortense Jacquot. Puisez dans les deux pour faire votre propre
cuisine!
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Ci dessous la fiche de Mathias Vicherat.
1 Le rôle croissant de l’opinion publique dans les relations
internationales
1.1 Pendant longtemps l’opinion publique n’a pas été
considérée comme un acteur des Relations internationales
- Jusqu’au vingtième siècle, la formation des opinions
publiques s’inscrit fondamentalement dans des cadres nationaux. En effet,
pendant les deux siècles qui suivirent la Renaissance et la Réforme,
les gouvernants veillèrent à ce que le peuple ne se mêlât
pas des affaires étrangères. « La guerre n’est point
une relation d’homme à homme c’est une relation d’Etat à
Etat » écrit en ce sens J-J Rousseau. Autrement dit la conduite
des relations internationales est l’affaire des dirigeants et non de l’opinion.
Certes, il a toujours existé des courants d’idées affectant,
par delà, les frontières les élites (cosmopolitisme
au 18eme siècle et romantisme au 19eme) mais le caractère
restreint de la population concernée ne permet pas d’en déduire
l’émergence d’une opinion publique internationale.
- Dès le dix neuvième, pourtant, s’esquissent des mouvements
transnationaux d’opinion comme l’illustre dans les années 1820 la
mobilisation européenne pour l’indépendance de la Grèce.
1.2 L’émergence de l’opinion publique dans les relations internationales
- Au cours du vingtième siècle, la démocratisation
des systèmes politiques a permis le renforcement du rôle de
l’opinion publique. A même émergé une opinion publique
internationale. Les facteurs concourant à cette évolution
sont les suivants : moyens techniques (télécommunications,
Internet..) contractant le temps et l’espace, conscience d’une solidarité
planétaire face à certains problèmes (ravages de l’ultralibéralisme,
nécessaire protection de l’environnement…), multiplication des ONG
surtout depuis le milieu des années 1960 (Amnesty International
en 1961, Greenpeace en 1971…).
- Dans ce cadre le rôle des médias est essentiel : un
reportage peut, comme l’illustre l’exemple somalien , pousser une population
choquée à plaider en faveur d’une intervention armée.
Le biais essentiel est ici, en raison de la demande de « spectaculaire
», le mode de perception émotionnel par lequel la population
prend connaissance de l’actualité.
2 Les conséquences de cette évolution
2.1 Amoindrissement du contrôle étatique (autonomisation
de l’opinion publique en tant qu’acteur)
- Les capacités étatiques de contrôle et d’influence
de l’opinion sont amoindries car l’individu a accès de manière
croissante à des sources extérieures d’information. L’Etat
subit la pression de cette opinion publique internationale qui peut même
peser sur le cours des évènements politiques.
- Divers exemples démontrent l’effectivité de cette situation
: libération de Nelson Mandela en février 1990, échec
du Japon, fin mai 1994, en ce qui concerne la chasse à la Baleine
(rôle, notamment, de Greenpeace), « ratage » de la conférence
de Seattle devant les manifestations de la société civile
(hiver 1999).
2.2 Quand l’Etat tente de manipuler l’opinion publique (perte d’autonomie)
- Le concept d’opinion internationale est, en effet, utilisé
comme un instrument de légitimation en politique étrangère.
Importance alors du rôle de la maîtrise de l’information
( voir le film "wag the dog" de Barry Levinson). La couverture de la guerre
du Golfe par les autorités américaines avait pour but principal
de contrôler l’opinion publique aux Etats-Unis puisqu’il fallait
montrer que l’opération militaire contre l’Iraq était à
la fois juste et inévitable. Dans ce cadre, la désinformation
joue aussi un rôle important : exemple de la guerre du Kosovo ou
du faux charnier de Timisoara lors de la chute du dictateur roumain Ceaucescu.
- Cette volonté de la part des Etats d’utiliser l’opinion publique
est particulièrement manifeste en cas de situation conflictuelle
(gage de légitimité). En effet, les exemples des Première
et Seconde Guerres mondiales d’une part et de l’ « épisode
» américain au Vietnam d’autre part ont montré l’importance
qu’un gouvernement doit attacher au moral et au sentiment de sa population
lorsqu’il s’engage dans des actions diplomatiques ouvertes ou, à
plus forte raison, des opérations militaires. En ce qui concerne
la guerre du Vietnam, il est évident que le retournement progressif
du sentiment populaire aux Etats Unis, sous l’action de médias de
plus en plus hostiles à l’intervention américaine a été
fatal à l’engagement de Washington dans la péninsule indochinoise.
Ne pouvant, du fait de l’emprise étatique, être considérée
comme un acteur autonome des relations internationales, l’opinion publique
serait alors une « force occasionnelle » (Marcel Merle).
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Sur le même sujet, voici la fiche d'Hortense Jacquot, également
très utile.
Les relations internationales ont longtemps été le domaine
exclusif du jeu des Etats. Cependant, l’idée d’une société
internationale exprimant son opinion sur les affaires mondiales s’est peu
à peu fait jour avec le besoin de trouver un espace d’expression
pour la voix de ceux qui sont mal représentés par la voix
des Etats. Cependant cette opinion est-elle autre chose qu’un instrument
de légitimation utilisé par les Etats pour justifier leur
action ? arrive-t-elle à avoir une quelconque influence sur les
R.I. ?
I- L'opinion, un élément informel des RI.
A) Le jeu d'acteurs des RI ne reconnaît pas en tant que telle
l'opinion.
- La théorie des relations internationales :
Selon les réalistes «l’ opinion mondiale » n’existe
pas, c’est une notion floue qui ne peut être qu’une invention de
ceux qui ont le pouvoir pour faciliter la réalisation de leurs propres
desseins.
Pour Morgenthaus, il peut exister une opinion publique en R.I. mais
elle n’a pas les moyens d’influer sur les R.I.
- La pratique historique des RI: un domaine plutôt fermé
au grand public.
Organisation en un système d’Etats souverains.
- Caractère limité des compétences des assemblées
représentatives en RI.
Cf. prédominance du Conseil de Sécurité par rapport
à l’Assemblée Générale à l’ONU.
B) Toutefois, l'intérêt public pour les affaires internationales
est une réalité que les décideurs politiques prennent
en compte.
- Pour les fonctionnalistes, les opinions exprimées en dehors
du cadre strict des Etats sont un élément fondamental pour
comprendre les R.I.
exemples: positifs (pressions de l'opinion pour faire agir les politiques
dans les situations de crises humanitaires depuis le Biafra) ou négatifs
(le refus à tout prix de la guerre en 38: Daladier acclamé
après Munich alors qu'il vient de trahir la parole de la France).
- L'opinion, moyen de pression d'un acteur contre un autre:
Cf. les otages du Liban. L'opinion publique, par le relais indispensable
des médias, est une arme en RI.
Enfin groupes d'opinion militants qui mettent les politiques sous pression:
communauté juive; etc.
II- Vers une institutionnalisation de l’opinion publique dans
les R.I. ?
A) L’affirmation d’une société civile de plus en plus
autonome, capable de résister aux injonctions gouvernementales et
d’utiliser des ressources spécifiques pour agir en propre sur la
scène internationale.
Nécessité de trouver collectivement des réponses
à des défis devenus planétaires : environnement…
Association des ONG aux grandes conférences internationales
: Conférence sur l’environnement à Rio en 1992, Conférence
sur les femmes à Pékin en 1995…
B) Une reconnaissance de facto ou de jure du poids de l'opinion et
de ses relais: comment, jusqu'où?
- statut d'observateurs à l'ONU ou au conseil de l'Europe
- Quelle légitimité pour les représentants de
l’opinion publique internationale ? quels critères pour sélectionner
les organisations associés aux processus de décision ? problème
de la multiplicité des acteurs, de la possible contradiction entre
les objectifs des uns et des autres mais surtout problème de leur
vulnérabilité face aux Etats.