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Fiche 1: la notion de frontière
 
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    Ci dessous deux fiches très différentes et utiles: celle de Sophie Beaupère, très pratique,  et celle de Véronique Astien, excellente sur les aspects juridiques, et que j'ai complétée de quelques indications plus historiques. Panachez!

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    Pour commencer, la fiche de Sophie Beaupère
     

    I La notion de frontière : une notion polysémique

    A) Définition :
    -le terme frontière a un double sens : ce qui fait face mais aussi ce qui est contigu (en contact)
    - la définition contemporaine : une ligne continue, juridiquement délimitée, avec une démarcation précise sur le terrain. Cette notion s’est dégagée parallèlement au développement des zones frontières. 
    - les frontières séparent deux souverainetés territoriales distinctes en délimitant le territoire de deux Etats. La séparation physique entre deux Etats comporte une triple dimension : protection de l’identité des populations et contrôle des passages individuels, préservation de l’intégrité d’un espace économique (application de droits de douanes), défense de l’ intégrité territoriale

    B) Les différents types de frontières
    La frontière est une notion conventionnelle, ne s’appuyant pas forcément sur des réalités naturelles. Distinction de plusieurs types de frontières physiques :
    - correspondant à une ligne purement abstraite, définie par des critères géographiques, méridiens ou parallèles ( frontière Etats Unis / Canada, Etats Unis /Mexique)
    -    s’appuyant sur des  obstacles naturels, chaînes de montagnes, lacs, fleuves ( les Alpes ou les Pyrénées pour la France, l’Italie et l’Espagne, le Rhin pour la France et l’Allemagne, le Jura ou le Léman pour la France et la Suisse). NB:  pour les frontières fluviales s'applique une règle coutumière dite du "Talweg",  (ligne de fond maximal d'un cours d'eau), ce qui peut amener des tracés décentrés. En cas de construction d'un barrage avec écluse sur un fleuve frontalier, cela déplace la frontière au milieu de l'écluse: cas du Parana entre le Brésil et le Paraguay.
    - La délimitation des espaces maritimes et aérien obéit à des considérations en partie différente de celle des espaces terrestres : espaces maritimes et aériens limitrophes tantôt de territoires d’autres Etats, tantôt d’espaces ouverts à l’usage de tous.

    II La frontière en droit international : un enjeu de souveraineté

    A) Droit international et consolidation des frontières
    - ligne internationale, la frontière ne peut être définie de façon purement unilatérale mais doit être acceptée et reconnue par les Etats intéressés. L’établissement par traité : fréquent sans être obligatoire, d’autres formes de reconnaissance sont pratiquées. Dans le cas d’accession à l’indépendance des territoires coloniaux, les anciennes frontières entre Empires ou leurs frontières administratives internes ont été acceptées par les Etats nouveaux  comme frontières internationales, exemple : en Amérique latine puis en Afrique (principe dits de l’uti possidetis juris ou du respect des situations acquises). 
    - posséder une frontière déterminée n’est pas une condition d’existence de l’Etat. A cet égard, on ne doit pas confondre une ligne permanente avec des  lignes de démarcation, ou d’armistice, provisoires (entre la Corée du Sud et la Corée du nord, entre Israël et certains de  ses voisins arabes) 
    - le droit international moderne : largement orienté vers la consolidation des frontières, dont le respect conditionne le maintien de l’intégrité territoriale des Etats. Ainsi on ne peut invoquer un changement fondamental de circonstances pour remettre en cause un traité établissant une frontière ( convention de Vienne sur le droit des Traités, 23 mars 1962, art. 2 & 2). Dans certains cas, des contestations frontalières ont été réglées par voie d’arbitrage ou par recours à une juridiction internationale (CIJ, arrêt du 22 décembre 1986, Burkina Faso et Mali ; CIJ, arrêt du 11 septembre 1992, Honduras et Salvador ; CIJ, arrêt du 3 février 1994, Lybie et Tchad ; sentence arbitrale du 29 septembre 1988, Egypte et Israël, à propos de l’enclave de Taba….) 

    B) Contournement et remise en cause des frontières
    - dans le dernier quart du siècle, l’accroissement des échanges économiques et des progrès techniques tend à développer des interdépendances politiques et économiques régionales et donc à un relatif effacement des frontières au profit de la notion d’  « espace », de « région » (Union européenne et espace Schengen, ALENA) 
    - le processus de modification des frontières : tout au long du 20ème siècle notamment en Europe , au Proche Orient. Cf les conséquences du démembrement des empires centraux et ottoman après les traités de paix de 1918 – 1923 créant de nouveaux Etats ou de l’effondrement du monde communiste en 1989-1991 avec le retour de la discussion autour de la ligne Oder-Neisse 
    - Aujourd’hui, poursuite du processus de contestation-modification (ex : conflit Ethiopie – Erythrée) 

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    Et maintenant celle de Véronique Astien

    Origine du mot « frontière » = frons, frontis : zone de batailles, ligne avancée ? connotation militaire ds mots dérivés de « front ». Sens moderne apparu au XIVème ? connotation belliqueuse du mot s’efface ds une virtualisation comme ligne abstraite imaginaire qui sépare 2 territoires limitrophes, mais sens antérieur reste attaché au  capital sémantique du mot ? lien permanent entre frontière et conflit.

    I. La frontière comme délimitation d’un territoire national

    A. La frontière en droit international

    1. Définition
    Frontière = « ligne déterminant où commencent et où finissent les territoires relevant respectivement de 2 Etats voisins ».
    + sentence du Trib arbitral (frontière maritime de la Guinée Bissau et du Sénégal : 31.07.1989) : « une frontière internationale [terrestre et maritime] est une ligne formée par la succession de points extrêmes du domaine de validité spatiale des normes de l’ordre juridique d’un Etat ».
    ? frontière moderne = ligne séparant des espaces territoriaux où s’exercent 2 souverainetés différentes ? « définir un territoire est définir ses frontières » (CIJ, 3.02.1994, « Différend territorial Libye-Tchad »).

    2. Caractéristiques
    Critères : délimitation (opération juridique et politique qui fixe étendue spatiale du pvr étatique) + démarcation (opération technique d’exécution qui reporte sur le sol les termes d’une délimitation établie) + abornement (matérialise la frontière sur le terrain par des repères convenus).
    Etablir une frontière = « arrêter une sol° stable et définitive » (CIJ, 15.06.1962, « Temple de Praeh Vihear ») ? précautions + engagement consacré par traité = solennité de l’opération car souci de stabilité juridique.
    DI n’impose aucune technique pr établir une frontière ? données naturelles ou antérieures peuvent prévaloir ou sinon données artificielles et nvelles.

    B. La mise en place des frontières 

    1. Uti possidetis(1810)
    - NB : dans la constitution des Etat en Europe, on a vu employer simultanément, selon qu’elle était plus avantageuse, la notion de frontière « nationale » ou celle de « frontière naturelle » (cf Danton : pour la France, Pyrénées, Alpes, Rhin, Y.C donc les Flandres).  Or les deux ne se superposent pas toujours : la France a plutôt joué la « frontière naturelle », plus avantageuse ; l’Allemagne la frontière « nationale » (CF Alsace, Sudètes) pour le même motif. Ce jeu d’intérêt a bcp con,tribué à la conflictualité du XIX° et début du XX° siècle ; aussi le DIP contemporain  les a t-il écartés et préfère, en cas de succession d’Etats,  fixer la frontière en fonction des anciennes limites administratives internes à un Etat préexistant dont les nouveaux Etats accédant à l’indépendance sont issus (indépendance pays d’Amérique du sud au XIXème + décolonisation Afrique et Asie au XXème + dissolution Yougoslavie, URSS, Tchécoslovaquie) = solution qui vise à geler les contentieux territoriaux .
    - règle générale (arrêt CIJ, 22.12.1986, « Différend frontalier Burkina-Faso / Mali ») ? selon CS, s’agissant de la Yougoslavie, « aucun changement territorial par la force à l’intérieur de la Yougoslavie n’est acceptable », résol° du 25.09.1991.

    2. Problèmes suscités par les frontières
    - pb de souveraineté ? important contentieux international. ex : CIJ, 17.11.1953, « Minquiers et Ecréhous » entre la France et le RU. Ms surtout problème des  frontières issues de la décolonisation ou de la dissolution d’Etats préexistants (cf la « boite de pandore » que fut le morcellement de l’empire austro hongrois, qui préfigurait ce qu’on a vu pour la Yougoslavie) avec en plus limite du principe de l’uti possidetis  car manque de précision des délimitations coloniales ou arbitraire de certains partages (Hongrie « minimale » de 1921, avec un irrédentisme toujours latent sur la Transylvanie roumaine et la Ruthénie tchèque,  « petite » Serbie ramenée à sa frontière de 1914, « petite » Russie qui regrette la Transdniestrie, la Biélorussie ou la Crimée rattachée administrativement à l’Ukraine sous Staline)  ? conflits armés.
    - tracé de la frontière repose sur un « titre » qui a valeur juridique en DI (CIJ, 22.12.1986, « Différend frontalier ») ? si différend, Etats doivent établir l’existence et la portée exacte de ce « titre ». C’est pour éviter cela que l’OUA rejette en 1969 l’émancipation du Biafra (Nigéria) et pose le principe d’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Avec l’indépendance de l’Erythrée, le dogme a volé en éclats. D’où un risque de précédent très dangereux :  cf  idée du « Tutsiland » au début de la guerre du Rwanda, et le risque constant d’implosion de l’ex-Zaïre.

    II. Une notion indépassable ?

    A. Une notion ambivalente

    « Invisibilisation » des frontières jamais acquise ? frontières enjeu de cette fin de siècle alors qu’on les croyait en voie de disparition
    Frontière contient autant qu’elle repousse : idée d’une frontière interne et d’une externe : interne contribue à la déf° de la communauté, au renforcement de son identité ou de son intégration / externe signifie aux autres qu’ils ne pourront pénétrer que ss certaines conditions .
    Frontière à la fois visible et invisible ? la faire disparaître diplomatiquement ou physiquement n’entraîne pas sa disparition symbolique cf : résurrection (Baltes) ou émancipation (Caucase, Asie Centrale) de petits Etats sur les ruines de l’ex-URSS ou montée des fièvres ethnico nationalistes (Balkans, Afrique, Asie). Car remise en cause des frontières = remise en cause de l’Etat-nation.(ou de l’Etat « congélateur «  des nationalités et des ethnicités, pour la Yougoslavie de Tito comme pour les Etats africains aux frontières héritées de la colonisation).
     
     

    B. Une notion dépassée ?

    Depuis 1991 en Europe constitution de plus de 20 Etats nouveaux reconnus internationalement : Intégration européenne réduit l’impact des frontières nationales ? caractère historiquement situé ?
    Depuis 1989 (chute du mur et effacement matériel du « rideau de fer », et hors de la ligne de Panmunjom (Corée) les frontières politiques les plus spectaculaires et fortifiées se sont estompées. Mais les frontières ont peut être changé de nature et sont devenues économiques et sociales (cf la frontière américano-mexicaine, avec le phénomène des maquiladoras, ou l’ancien « rideau de bambou » entre Hongkong et la Chine, où a depuis prospéré la zone économique spéciale de Shenzen) ? hiérarchie de zones d’inégal développement, elle aussi propice au conflit (appétits irakien sur le Koweit et l’Arabie) ou, en économie ouverte, à des pressions migratoires mécaniques très délicates à gérer au plan démographique et même sécuritaire (immigration des « latinos » dans le sud ouest américain et la Floride, « colonisation » flamande de Bruxelles-capitale, migration est-européenne vers l’Allemagne, migrants palestiniens en Israël, exode des albanais vers le sud de l’Italie).
    Tjrs mélange d’éco et de politique dans les découpages frontaliers, mais la nouveauté est que le poids de l’éco est allé croissant. 
    ? frontières demeurent : encore bcp d’hommes qui ne peuvent se déplacer librement + Etats où les capitaux sont arrêtés par le contrôle des changes (PED).
     
     
     

 

 
 
 
 
 
 
 
 

 

   
       
       

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