Pénélope Lamour, devint, sous ce pseudo ridicule, la première porno-star de l’histoire du cinéma français. Claude Beccarie avait héritée, elle, du titre peu envié de «  la plus célèbre hardeuse ». Il faut reconnaire que Claudine, qui n’était pas très jolie, se donnait beaucoup de mal pour accéder à la notoriété professionnelle.

Alors que notre Pénélope, bombardée porno-star à son corps défendant, était certainement la plus belle et la moins arriviste des vedettes d’un nouveau genre.

Une fois que je lui avais réglé son fabuleux cachet augmenté de toutes les prestations supplémentaires que Mulot avait obtenu d’elle, qu’elle avait financièrement négocié avec une apreté remarquable, et, une fois rendu une visite d’obligation à ce fameux 1er festival du Film Pornographique de Paris quelques mois plus tard (apparition également rétribuée), je n’entendis plus jamais parler d’elle, jusqu’à ce fameux après-midi de printemps 83.

Pénélope avait conçu l’idée stupide que si elle portait une perruque, dans le film, personne ne la reconnaitrait. Le film connut un succès considérable, et bien entendu tout le monde la félicitait pour son rôle, malgré sa perruque, car il était de bon ton ,à cette époque, d’aller voir un porno, comme on devait visiter le Louvre pour voir la Joconde. Et bien entendu une actrice dont on voyait le corps sous tous les angles les plus inhabituels sur un écran de 20 mètres carré, décuplait les facultés de mémorisation des spectateurs.

Elle eut du mal à rester anomyme, et je comprenais qu’elle désirait fuir cette notoriété indésirable. Peu à peu le temps effaça cette tâche dans sa vie. Elle se rangea, se maria, eut des enfants, une vie calme et bourgeoise. Elle oublia cette erreur de jeunesse… jusqu’à ce qu’une chaine de télévision eut l’idée terrifiante de programmer des films pornographiques. Canal Plus, pour ne pas la nommer, se portait fort mal après une année d’existence misérable, plafonnant à 500.000 abonnés à peine. La presse prévoyait sa disparition prochaine, quand André Rousselet eut le génie de proposer aux télespectateurs ce qu’ils désiraient voir sans oser se l’avouer.

« Le Sexe qui Parle » fut programmé en février 83 . Quelques mois plus tard le distributeur, Francis Miskhind décida de ressortir le film en cassette. Le film connu une deuxième carrière. La photo de Pénélope - avec sa perruque - remplissait les pages et les couvertures des magazines de charme.

J’étais bien loin de penser à Pénélope Lamour ce jour de printemps enfoncé entre les légères et joyeuses cuisses de Brigitte A. qui profitait d’une libération en voie d’accomplissement. J’avais la stupide habitude de laisser ma clé à l’extérieur de la porte d’entrée de mon appartement afin de déjouer les cambrioleurs, en vertu de l’adage qui disait : «  Si tu montres que tu es là, personne n’entrera. » Profonde erreur, aussi profonde que la pénétration dont je gratifiais, avec certaines subtilités récemment apprises, la délicieuse Brigitte. La porte s’ouvrit brusquement. Un petit homme rablé au cou de taureau et blouson de cuir se prècipita dans la chambre. Il fut stupéfait de me découvrir au lit à trois heures de l’après-midi, en compagnie très galante. Spontanément, il dit : «  Décidemment ils n’arrêtent pas dans ce métier !»  Il me sortit du lit en s’adressant à Brigitte : «  Il vous a certainement promis un rôle…»  Elle bafouilla : «  Laissez-le. Je suis pas actrice ! » Il me prit par les bras, me retourna violemment contre le mur et balança son poing sur mon visage avec un «  De la part de…» bien senti.  Il prononça un nom que je ne reconnus pas sur le moment. Puis, tournant le dos au lit dévasté, à Brigitte transformée en furie qui le poursuivait, toute nue, un chandelier à la main (nous aimions les nuits romantiques aux bougies), un type nu qui reprenait ses esprits tout en constatant l’état sanglant de son visage, l’homme au cou de taureau claqua la porte en la refermant à double tour derrière lui. C’était un gentleman : il avait laissé la clé dans la serrure.

A l’extérieur.

Il me fallut dix bonnes minutes pour réaliser que le nom prononcé était le véritable patronyme de cette chère Pénélope Lamour.

La secrétaire de Francis Mischkind n’avait pas fait dans le détail. Elle avait donné adresse, téléphone, tout, au mari de Pénélope qui cherchait à me joindre.

Je réalisais alors à quel point cette époque de folie avait pu transformer ses participants, même les moins enthousiastes, et cela pour une durée immémoriale.

Je revois Pénélope, sans perruque, avec ses arrières petits enfants, au fin fond de la campagne en train de leur raconter : «  Vous savez mes enfants j’ai connu Frédéric Lansac !»

- Le même que celui qu’on apprend à l’école dans les cours d’expression audiovisuelle , mamie?
- Le même, Gontran, c’était un sacré gaillard ! Oh, elle ne s’est pas embêtée votre mamé, dans sa jeunesse !

Et je vois les yeux des gosses qui se marrent l’air de dire : «  Elle est gâteuse, la vieille. Frédéric Lansac ? Non, et pourquoi pas Orson Welles ou Spielberg ? ».
C’est ainsi que va le monde. On croit faire exploser des bombes, on dégoupilledes grenades qui se transforment en pétards de fêtes foraines. Et en fin de course on passe à la télé, on a des hommages à la Cinémathèque Française (ça m’est arrivé) et on fini canonisé. « Saint Lansac, Saint Leroi apportez-nous la joie, le plaisir, la jouissance qui manquent tant à notre vie sordide et triste.»

C'est trop bien. Je veux relire ENCORE !
 
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