Voici quatre de mes films préférés, qui ont
tous un lien avec mon expérience du Qi Gong. Matrix, le film
culte,
à la croisée de mes deux passions, le Qi Gong et
l'informatique.
Matrix, dont la proposition centrale est la suivante: et si la
réalité
dans laquelle nous croyons évoluer n'était qu'un
rêve?
Impossible? Qui sait? Plus proche de nous, Amélie Poulain
suggère
pourtant une proposition similaire, bien qu'elle n'aille pas aussi loin
que Matrix; Amélie, tellement humaine, tellement sensible,
tellement
comme vous et moi, Amélie qui superpose ses rêves à
la réalité. N'est-il pas vrai que chacun d'entre nous vit
dans un monde qui lui est propre, fait de ses projections, de ses
attentes
et de ses peurs? Ne sommes tous pas comme Amélie, à la
recherche
du grand bonheur, vivant au milieu de nos pensées sans
fondement,
n'osant pas faire un pas vers l'autre, fuyant le contact avec la
réalité
pour nous réfugier dans nos rêves. Ne sommes-nous pas
comme
Cypher, qui pactise avec l'agent Smith pour retourner dans la Matrice?
Cypher, qui, plutôt que de rester les yeux ouverts sur la
réalité,
fait le choix de l'oubli pour retourner dans le rêve. Le destin
de
Cypher s'éloigne de celui d'Amélie: l'un se laisse
entraîner
par la peur, l'autre s'abandonne à l'amour. Un thème que
l'on retrouve dans Blade Runner: le héro va-t-il choisir la voie
de la peur, ou la voie de l'amour? Le Blade Runner va-t-il supprimer la
belle réplicante dont il est amoureux? Choix de la peur, choix
de
l'amour, c'est aussi le thème central de Star Wars, la Guerre
des
Etoiles, opposant Dark Vador à son fils Luke Skywalker. Dark
Vador,
enfant idéaliste qui s'est tourné vers le
côté
obscur de la Force, dont Maître Yoda avait dit "trop de peur en
lui
il y a, un grand danger je pressens dans son initiation". Luke
Skywalker,
idéaliste comme son père, cet autre lui-même; Luke
qui s'accroche à l'idéal Jedi pour ne pas succomber
à
la peur et à la colère stimulées par l'empereur;
Luke
dont le choix renouvelé de l'amour finira par assurer la
rédemption
de son père. Assurément le cinéma se fait
l'écho
de l'ouverture des consciences à une autre manière
d'être.
1. Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain
Amélie Poulain, la romantique au fabuleux destin, c'est vous,
c'est
moi, lorsque sont ôtées les couches de protection que nous
mettons en place pour nous couper de nos émotions. Ces
émotions,
si tumultueuses, si imprévisibles, et pourtant sans lesquelles
la
vie devient morose et terne. Je me souviens de Francis il y a quinze
ans,
Francis le génie de l'informatique, Francis celui qui sait tout,
qui comprend tout, Francis qui se croit supérieur, doué,
indépendant. Francis qui en réalité étouffe
sous sa carapace, Francis qui tremble dès qu'il s'agit de
communiquer
avec l'autre. Francis froid, sarcastique, faussement assuré,
n'ayant
besoin de personne. Francis qui se ment à lui-même en se
croyant
solide comme un Terminator, Francis qui s'ennuie, Francis qui est seul,
terriblement seul. Francis, il était comme le serveur du bar qui
ironise en disant que son micro-onde l'appelle alors qu'Amélie
vient
de redonner vie à Dominique Bredoteau. Francis, il était
comme la mère de Collignon, croyant tout savoir mieux que tout
le
monde. Francis, il était comme Collignon, sans coeur,
méprisant,
sarcastique, ironique, se croyant très doué.
Et puis un beau jour, c'est la grâce, un brave Chinois
renverse
Francis. Non, pas avec une voiture, avec son bon coeur. Et Francis
soudain
il se sent comme il ne s'est jamais senti, totalement en harmonie avec
lui-même et avec le monde. Quand il voit Amélie Poulain
après
qu'elle ait redonné vie à Dominique Bredoteau, Francis
reconnaît
ce qui se produit en Amélie: l'ouverture du coeur, cette
ouverture
rédemptrice qui revalorise soudain les petites choses de la
réalité
quotidienne. C'est la madeleine de Proust, c'est les lumières
des
magasins qui se transforment en sapins de Noël, c'est la
rosée
du matin qui nous caresse, c'est la douceur d'un soleil de printemps,
c'est
une fourmi qui nous dit je t'aime, c'est Paris qui danse pour nous au
son
de l'accordéon de Yann Tiersen.
Amélie Poulain, c'est la magie de l'amour, c'est la
grâce
de l'ouverture du coeur, une grâce contagieuse, qui se propage,
qui
virevolte en ressuscitant au passage un aveugle, un médecin au
coeur
gelé, un écrivain raté, un rêveur
romantique,
vous, moi.
2. Blade Runner
Vision apocalyptique d'un futur sinistre, fait de gris et de gris,
d'obscurité
et d'obscurité. Lui, Blade Runner, le faucheur, le traqueur de
réplicants,
ces androïdes surhumains déclarés hors-la-loi sur
Terre.
Elle, réplicante qui l'ignore, elle, bellissime, ne parvenant
pas
à croire que son passé n'est qu'un implant. Lui, Blade
Runner,
dont la vie est épargnée par un réplicant alors
que
celui-ci expire son dernier souffle, va-t-il tuer celle qu'il aime,
comme
c'est sa mission, ou va-t-il s'envoler avec elle là où le
soleil dispense encore sa lumière sur des forêts
verdoyantes?
Un film d'une grande profondeur sur le thème de la peur de la
mort,
de la peur de la vie, de la peur de l'amour, sur une musique magistrale
de Vangelis.
3. Matrix
Libère ton esprit.
Telle est l'injonction que Néo reçoit de Morphéus.
Morphéus, le Maître, qui éveille ceux qui sont
prêts,
qui les fait accoucher à la réalité en les sortant
de l'illusion créée par la Matrice. Et si la vie que nous
vivions n'était qu'une contrefaçon de la
réalité?
Si tous nos savoirs, notre passé, nos certitudes, si tout ce
petit
monde bien réglé n'était qu'un implant artificiel,
superposé à la réalité? Matrix, version
moderne
de la caverne de Platon. Matrix, superproduction américaine, et
pourtant si proche du message de l'Orient: illusions, tout n'est
qu'illusions,
libère ton esprit, afranchis-toi des limites
créées
par la peur, et la réalité te sera
révélée.
Matrix, un film où l'apparente violence trouve son harmonie sous
l'effet d'une nouvelle manière d'observer, d'une nouvelle
manière
de filmer, se jouant d'un temps devenu élastique et fluide.
Matrix,
tourbillon dont on ne sait s'il évoque l'extrême vitesse
ou
l'extrême lenteur, chorégraphie du combat, danse de la
fusillade,
un film révelant une nouvelle forme d'esthétisme, un film
dont l'amour de la vérité et la noblesse du corportement
sont les héros. Matrix, moins romantique que Blade Runner ou
Amélie
Poulain. Et pourtant, n'est-ce pas le baiser de celle qui l'aime qui
redonne
vie à Néo? Après avoir connu l'agonie et la mort,
sous l'effet de l'amour, Néo renaît à la vie, le
regard
ouvert sur le code de la Matrice. Néo, l'esprit enfin libre, se
lance au coeur de l'agent Smith, l'agent de la peur, le gardien de
l'illusion.
L'agent Smith, pénétré par la lumière de
celui
qui voit en vérité, se déforme, s'étiole et
vole en éclat, comme vole la peur en éclat sous l'effet
de
l'amour. Matrix, simple spectacle à sensation, ou instrument
d'éveil
de la conscience humaine?
4. Star Wars
"Que la Force soit avec toi!", une expression-phare, devenue le fer de
lance du joyau de Georges Lucas, Star Wars, la Guerre des Etoiles. Star
Wars, à nouveau superproduction américaine, gigantesque
succès
commercial, qui pourtant puise son inspiration au coeur de la
mythologie.
Sous-tenant l'univers, il y aurait une énergie unifiée,
la
Force, omnisciente, omniprésente, omnipotente. La Force, le
guide
infaillible du Jedi, d'où jaillissent ses intuitions et autres
capacités
extraordinaires. La Force, à laquelle le Jedi s'ouvre au cours
de
son parcours initiatique, sous la direction de son Maître. La
Force,
avec son côté obscur, qui tente de séduire et
détourner
le Jedi de sa noble destinée. L'arme du côté
obscur:
la peur, symbolisée par le personnage de l'Empereur, un
être
hideux, froid, calculateur. La Guerre des Etoiles, que l'on peut voir
comme
on regarde un film d'action, avec les bons et les méchants, que
l'on peut voir aussi sous son aspect initiatique: Star Wars, c'est la
guerre
qui se déroule au coeur de chaque conscience humaine. A tout
instant,
nous faisons le choix de la lumière ou de l'obscurité.
Quand
pour gagner un contrat, je m'autorise quelques coups bas, quelques
trahisons,
ne suis-je pas Dark Vador, qui utilise sa Maîtrise de la Force
pour
s'assurer coûte que coûte la victoire? N'est-ce pas la peur
qui m'anime quand je prends par la force ou la ruse ce qui pourrait
revenir
à un autre? N'est-ce pas la peur de manquer, la croyance en un
monde
de pénurie, qui me justifie dans mes actions les moins nobles.
Et
ne suis-je pas comme Luke Skywalker, quand, ignorant les conseils
insidieux
de la peur, je choisis le respect de l'autre. N'est-ce pas
l'intégrité
du chevalier Jedi qui m'interdit d'utiliser la force ou la ruse pour
nuire
à autrui, quand bien même autrui choisirait le
côté
obscur. Si Luke avait tué Dark Vador, son père,
lui-même,
il aurait lui aussi basculé du côté obscur,
devenant
le disciple de l'Empereur. Par l'intégrité de son choix,
par la ré-affirmation de l'idéal Jedi, Luke a
sauvé
son âme, et il a aussi sauvé l'âme de son
père:
Dark Vador, déchiré entre la soumission à son
obscur
Maître et l'amour pour son fils, se range enfin du
côté
de l'amour en sauvant son fils Luke alors que l'empereur déploie
son énergie mortelle de haine. Par dela la peur, par dela la
mort,
l'âme du Jedi survit, et le Jedi libéré de son
corps
devient un guide invisible, à l'instar d'Obi Wan Kenobi: "si tu
me terrasses, Vador, je serai bien plus puissant". Le Jedi vit sans
peur,
car le Jedi sait que la mort n'existe pas, identifié qu'il est
à
la Force unique qui assure la cohésion de l'univers.