IMPROBABILITES VI(2e partie)
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Disclaimers : Les personnages de Saint Seiya ainsi que la trame scenaristique appartiennent a Masami Kurumada ainsi qu'aux differentes compagnies chargees de la production et de la distribution du manga, de l'anime, et autres produits derives. L'auteur de la presente histoire, n'en tire aucun benefice materiel ou autre et celle-ci n'a ete ecrite que pour le plaisir des fans de la serie.
Genre : Romance, aventure, challenge de coupling improbable.
Couples :
Siegfried x Kanon
Rating :
NC-17
Auteur :
Esthezyl
Notes : ATTENTION!!
Cette fic n'est pas NC-17 pour rien!! (lol) Lemon!! Passages penibles pour les ames sensibles qui voudraient voir nos deux zebres trouver dare-dare le bonheur ensemble!!
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Kanon n'attendit pas que Greta vienne le chercher, il se rendit directement dans les cuisines.
Sisi, il les trouva!!
... On appelle ca " l'instinct ".

A cette heure-ci, il n'y a avait personne dans les lieux, et il put s'en donner a coeur joie, vandalisant le garde-manger, s'empiffrant de tout ce qui pouvait lui tomber sous la papatte(!), emplissant ses poches de friandises diverses, fouillant partout pour etre sur de ne RIEN laisser passer.

Alors que, couvert de poudre de cacao et de sucre glace qu'il avait leches a meme la boite, il enfoncait joyeusement un enorme morceau de viande CRUE dans un gros pain de campagne qu'il avait deja fourre d'oeufs durs, de tomates, et de jambon (NDLR: bonjour les calories... ), il ressentit une "presence".

Il s'immobilisa, les sens en alerte, ses deux petites noreilles roses dressees au sommet de la tete. (NDLR: Oui, je sais, vous allez me dire:" Un Dragon avec deux petites 'noreilles' roses... qui ronronne??"... Et je vous repondrai que s'il est imaginable de voir un Prince natif de la Planete Euphor debarquer en collant rouge et aux commandes d'un robot viking, dans un ranch japonais, et bien mon Dragon, il peut bien avoir deux petites noreilles roses et ronronner!)

Quelqu'un en voulait a son sandwich?!!
Il allait le defendre avec sa vie!

Mais non, il n'aurait pas a aller jusque la.
La tete passee par l'entrebaillement de la porte des cuisines, Brunehilde le fixait sans un mot.

Ils se regarderent un instant dans les yeux, puis la jeune femme lui sourit, et, un doigt sur la bouche, lui designa le sommet d'une grande armoire.
Kanon, intrigue, s'approcha du grand meuble, decouvrit un gros pot de miel a l'endroit indique.
Tout content, les bras pleins de victuailles incluant le pot en question, il se retourna vers sa complice, qui lui fit un petit clin d'oeil, et disparut.

Kanon verifia qu'il n'y avait plus rien a piller, puis s'esquiva a son tour, en rasant les murs avec des airs de conspirateur.
Tout cela allait rejoindre les deja abondantes provisions qu'il avait cachees sous son lit.

Quelques dizaines de minutes plus tard, Greta qui l'avait cherche partout, arrivait sur les lieux. Interdite devant l'etendue du desastre, elle decida que puisqu'elle en avait pour toute la journee a faire le menage, se reapprovisionner, et aller demander les services d'un serrurier pour munir la porte des cuisines, d'un bon verrou solide, le Dragon pouvait bien se passer de Diner et de Souper.

Tout en maugreant qu'elle allait aussi en profiter pour confisquer toutes les corbeilles de fruits du Chateau, voire les bouquets de fleurs, parce qu'on ne sait jamais, le Dragon allait peut-etre aussi les lui brouter, elle s'arma d'un balai... et de courage.
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Kanon etait repu.
Il empestait le cacao, le miel et la viande crue, parfum peut-etre pas tres ragoutant, mais peu lui importait. Apres le gueuleton, la sieste!

Il ne savait pas pourquoi, mais depuis quelques minutes, ses idees s'embrumaient de plus en plus, et une fatigue telle qu'il en avait rarement connues, s'etait abattue sur ses epaules.
Plus vite il trouverait un endroit ou s'etendre, mieux cela vaudrait, parce qu'il sentait qu'il n'allait pas tarder a s'effondrer.

Au fait...
Il avait bien fait de graver une petite croix sur le blason de cette porte avec ses ongles, parce qu'il n'y avait aucun doute: c'etait bien la, la chambre de Siegfried.

Pourquoi avait-il choisi cet endroit-la pour sa sieste, et pas sa propre chambre?
Mais voyons, ca coulait de source? Apres avoir vandalise les cuisines, il imaginait tres bien Greta et ses compagnes organiser un "Lynchage de Dragon", voire essayer de le forcer a tout nettoyer, et ici, au moins, elles ne viendraient pas le chercher.
Pas si elles voulaient eviter de reveiller leur Seigneur epuise, par la meme occasion.

Et, tout content de son idee, Kanon se faufila dans la chambre.

Siegfried, dont on avait change les bandages avant de s'assurer que cette fois, il allait bien dormir DANS son lit, et pas SUR celui-ci, reposait entre les draps que sa respiration soulevait en silence.
Tourne vers le mur, le nez dans un coussin que Kanon se souvint avec un brin de gene, avoir etreint au cours d'une de leurs nuits... agitees, il semblait profondement endormi.
D'une certaine facon, cela le rassura.
De toute evidence, ses blessures ne lui faisaient pas assez mal pour l'empecher de dormir.

Kanon s'approcha sans un bruit, scruta le visage endormi dans la penombre que les lourds rideaux fermes avaient reussi a creer.
Un feu tremblotait dans la cheminee; La chambre toute entiere etait chaude, et il y flottait une odeur de plantes medicinales apaisante.

Il devait faire bien chaud, pres de lui...
Et ces draps devaient porter le parfum de seve qu'il savait impregner ses cheveux.
S'il essayait de se glisser sous les draps lui aussi, Dieu seul sait ce qu'il risquait encore...
Quoique, dans cet etat de fatigue avancee, ca l'etonnerait vraiment que le Guerrier Divin trouve la force de poser un seul doigt sur lui.

...

mmh...

Il perdait son temps a reflechir.

Et Kanon se glissa lui aussi sous les draps, avec precautions, pour ne pas dire mefiance.
Mais tout au bord du lit comme il l'etait, on ne pouvait pas dire qu'il ait tres chaud.
Alors il commenca a se rapprocher de la silhouette de Siegfried, lentement, tres lentement.
Guettant le moindre changement dans la respiration de l'homme qui ne se doutait de rien.

Oui... Ici, il faisait bien plus chaud.
Et il n'avait meme pas eu besoin de se coller au Guerrier Divin.

Il se felicitait de son audace, en se disant qu'il allait TRES bien dormir, quand Siegfried bougea.
Non, Il RECULA dans les draps.
Au moment ou son dos entra en contact avec la poitrine de Kanon, ce dernier sut que l'homme allait se reveiller.
Frappe d'horreur, il se tendit et ferma precipitamment les yeux, jouant les Dragons profondement endormis...

Siegfried, surpris par un contact inattendu dans le dos, se retourna lentement, et son regard embrume de sommeil tomba sur un Kanon tout raide et tout effraye, qui faisait semblant de dormir.
Trop fatigue pour percer son Dragon a jour malgre sa pitoyable comedie, Siegfried, qui n'avait pas du tout les idees claires, attira dans ses bras un ex-General plus mou et inerte que necessaire, en marmonnant:
"... Tu me prends pour une peluche, a vouloir dormir avec moi?... "
Et il se rendormit, au grand soulagement de Kanon qui pouvait cette fois etre certain d'arriver a dormir sur ses deux oreilles.
Tout en fermant les yeux, il se pelotonna un peu plus contre sa... peluche.
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Ils se reveillerent le lendemain (!).(NDLR: On passe sa vie a pioncer, dans cette fic?!)
Personne n'etait venu les deranger, mais ni l'un ni l'autre n'avait le coeur a s'en rejouir.

Siegfried avait passe de longues heures dans le meme lit, avec son Dragon, et il ne l'avait meme pas touche?!
AAARGH!!

Il etait deshonore!!!

Kanon se souvenait vaguement avoir gronde, rugi, ronronne, pleure comme une fontaine, mange de la viande CRUE, et sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, ca lui *restait sur l'estomac*.

Sans compter qu'il connaissait une Epee de Damocles nommee Greta, qui le guettait a sa sortie de la chambre de Siegfried.
Il avait ravage son Sanctuaire (hem), connu sous l'autre nom de "cuisines", et il se doutait qu'il ne perdait rien pour attendre.

Il se drapa frileusement dans un des draps du lit de Siegfried, qui commencait d'ailleurs a le regarder avec quelque chose de pas catholique DU TOUT au fond des yeux.
A tous hasards, il lacha:
"Je te previens, tu m'approches, je te mords."
"Parce que ca ne t'a pas suffi, toute cette *viande crue*??"
"!!... mais, mais comment tu... "
"TOUT MON LIT sent la viande crue, le... cacao?... le... miel??... la... la tomate et le pain... non, le pain DE CAMPAGNE???... les oeufs durs et... et... et le sucre glace??!!... "
Commenca a enumerer Siegfried, le nez dans un coussin, les yeux de plus en plus ronds au fur et a mesure qu'il decouvrait l'odeur d'un nouvel ingredient.
Tout rouge, Kanon le coupa net:
"Bon, ca va, ca va!!... j'avais tres faim, c'est tout, pas de quoi en faire un plat!"
"de nouilles?... "
"LA FERME!!"
Puis, plus bas, comme pour lui meme:
"J'en avait trouve, mais je ne sais pas comment les faire cuire... "
"Hein?!... Kanon, tu ne sais pas comment faire cuire des nouilles?! Mais qu'est-ce que tu mangeais, au Sanctuaire??"
"Ben... Pas des nouilles, en tous cas."
"Oui, ca, j'avais compris! Alors, quoi?"
"Heu... des pommes... "
"Des ... pommes??... et ... et puis??"
"Et puis... et puis... !!... Mais qu'est ce que ca peut bien te faire?!"
Se rebiffa tout a coup Kanon, se refusant a avouer que quand son frere ne daignait pas leur preparer quelque chose, il volait dans les champs et poulaillers du voisinage, des legumes crus et des volailles qu'il rotissait en cachette.

En voyant l'air amer de Kanon, Siegfried se fit une idee plutot juste de ce qu'il essayait de lui cacher.
Il soupira, se dit qu'il etait peut-etre de son devoir de se devouer.
"Bon, alors, Kanon, pour cuire des nouilles, c'est tres simple. Meme moi, je sais le faire, et ca n'est PAS parce que je suis un Guerrier Divin."
Et, sous les yeux d'un Kanon qui comprit pour la premiere fois a quel point Siegfried le prenait pour une ... nouille, Siegfried commenca a lui expliquer qu'avant tout, il lui fallait une casserole, et de l'eau.

Puis, et la, c'etait tres important, mais il fallait la faire chauffer, l'eau.
Quand il verrait des bulles commencer a crever la surface, ca voudrait dire que l'eau etait en train de "bouillir". Tres important, ca aussi!!

Une seconde, qu'il trouve un papier et un stylo, il allait lui ecrire tout ca.

Siegfried se leva, trainant l'autre drap de son lit que Kanon n'avait pas requisitionne, derriere lui.
Sans du tout se rendre compte que le Dragon, tout rouge, etait en train de lui faire les gros yeux en grincant des dents, il se mit a chercher son "papier" et son "stylo".
Alors, on frappa a la porte.

"Siegfried? Tu es reveille? J'entre... "
Fit une voix que tous deux reconnurent tout de suite.
Kanon plongea derriere un fauteuil, tandis que Siegfried, affole, faisait trois tours sur lui-meme en cherchant une robe d'interieur, une tunique, n'importe quoi qu'il puisse se mettre sur le dos.
Trop tard.

Heleine entra dans la chambre.
En voyant son fils tout rouge, plante au beau milieu de la chambre, un grand drap entortille autour de lui, elle le toisa lentement de haut en bas, et laissa tomber:
"Mon fils, je peux savoir a quoi tu joues?"
Siegfried ouvrit grand la bouche, se dit que c'etait la le moment de tout mettre sur le dos de ce deserteur de Dragon.

Il allait mettre son plan a execution, quand sa Mere reprit brusquement:
"Mais peu importe. Je suis venue vous chercher pour vous annoncer que le Diner vient d'etre servi, mais surtout... "
Et elle se mit a chercher quelque chose du regard, tandis que Siegfried, qui avait degluti peniblement en notant son emploi, de toute evidence PLURIEL, du "Vous", se remontait le drap jusque sous le nez.
Comme pour confirmer ses craintes, elle reprit, yeux braques sur le bout d'une tresse bleue depassant de derriere le fauteuil :
"Kanon, si vous pouviez me faire le plaisir de vous montrer? J'ai un message a votre attention, de la part d'une Greta qui m'a l'air de fort mauvaise humeur depuis hier?"
Siegfried vit un Dragon tout contrit sortir de derriere son fauteuil en fixant le sol d'un air miserable.
" 'Remettez TOUT a sa place avant demain midi', m'a-t-elle demande de vous repeter. Je suppose que vous savez de quoi je parle?"
Kanon, qui avait tressailli en prenant connaissance du contenu du "message", hocha la tete avant de retourner d'un pas trainant derriere son fauteuil.

Il avait englouti le pot de miel tout entier, et ete alle jusqu'a en racler l'interieur avec des tranches de pommes (Un delice!!!)... ca irait quand meme, s'il le remettait a sa place... VIDE?

Siegfried se dit que decidement, il faudrait un jour qu'il pense a la faire exorciser, sa servante. Il etait sur de voir en sortir tout un tas de Demons plus terribles les uns que les autres...

Mais il y avait plus preoccupant.
"Mere?... Qu'est-ce que c'est?"
Demanda-t-il en designant le gros paquet qu'Heleine venait de recevoir de Lorelein, par la porte entrouverte.
"Je vous expliquerai ca apres le repas. Rejoignez-moi dans la salle a manger, des que vous serez... presentables."
Et elle deposa son fardeau sur le fauteuil, dont monta alors une plainte pathetique.
"Mais... j'ai l'habitude de manger dans ma chambre, moi?"
Gemissait Kanon.
"Vraiment? Et bien ca va changer, mon ami. Vous n'etes pas a l'hotel, ici."

Et Heleine sortit de la chambre, avec une petite moue contrariee.

Elle laissait deux hommes silencieux et angoisses derriere elle.

Une bonne minute passa.
Puis Kanon sortit de derriere le fauteuil en pleurnichant:
"Puisque c'est comme ca, je retourne dans ma chambre... "
"Ah, non, ma Mere vient de nous dire de la rejoindre dans la salle a manger?!"
"Nan."
"Kanon, ca n'est pas le moment de me faire un gros caprice! Mets ma Mere en colere, pour voir?! Ca va nous retomber dessus, a tous les deux!"
"Gnagnagna... "
"Kanon!!"
"... "
"Tu sais, elle est capable d'aller te chercher, et je peux te dire que tu risques de le regretter?! Je la connais, elle n'est pas ma Mere pour rien?... Sois raisonnable."

Siegfried paraissait aussi effraye que lui quand il avait entendu le nom "Greta".
Une idee tordue vint a l'esprit de Kanon.
Il allait pouvoir prendre sa revanche.

"... Dis: "S'il te plait"... "
Marmonna-t-il, ravi d'avoir trouve de quoi faire chanter Siegfried.
Celui-ci le regarda d'un air incredule, ne vit devant lui qu'un sale gamin en train de faire sa Terreur.
Mais lui, etait adulte!
"S'il te plait."
Dit-il, avec un regard de defi et une belle assurance.
Ce qui ne plut pas trop a Kanon, qui reprit:
"Dis: "S'il vous plait, Venere Seigneur Dragon des Mers"... "
"Tu veux ma main dans la figure?!"
Repliqua vertement Siegfried, plus"adulte" du tout.

Kanon se rendit compte que s'il continuait comme ca, il risquait de se mettre a dos, non seulement Greta, mais Siegfried ET sa Mere.
Il attendrait d'etre mort, pour voir l'Enfer, merci.

Il detourna le regard d'un air boudeur, donna un petit coup de pied dans le tapis.
"Tu as des vetements a me preter, ou je retourne dans ma chambre pour m'habiller?"
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Kanon et Siegfried firent leur entree dans la salle a manger, guides par une Greta qui fusillait le malheureux Dragon du regard.
Ils portaient tous deux exactement la meme tunique vert eau, Kanon ayant emprunte l'une de celles de son hote.
Brunehilde avait eu la gentillesse de couper les cheveux du Dragon.

"J'ai failli attendre?! Prenez place."
Leur lanca Heleine severement.
Sans un mot, mais le profil plutot bas, Siegfried fit quelques pas vers sa chaise, de l'autre cote de la grande table chargee de victuailles.
Mais Kanon ne bougeait pas.
Surpris, il se retourna, l'interrogea du regard.

"Siegfried, y'a... y'a plein de choses a manger, la, partout?!!"
Laissa echapper Kanon, les yeux brillants, mi-emerveille, mi-incredule.
"Ben... oui?... Et alors?"
Siegfried ne voyait pas du tout ou il voulait en venir.
"C'est... c'est TOUT pour moi?"
"?!!"
Voyant tout le monde tiquer, le Dragon rougit et reprit, plus bas mais avec la meme voix vibrante d'emotion:
"Je peux manger ce que je veux?... "

Siegfried et Heleine se regarderent, comprirent enfin ou etait le probleme.
Il semblait que le Dragon n'ait jamais vu autant de nourriture de sa vie.
Et Siegfried, se souvenant de la conversation qu'ils avaient eu dans sa chambre, se dit qu'il aurait du s'en douter.

"Mais oui, vous pouvez manger ce que vous voudrez. Greta, ma fille, vous voulez bien le servir?"
Heleine s'etait adressee a la jeune servante qui se tenait derriere Kanon.
Ce dernier sursauta, tourna un regard angoisse vers sa rousse ennemie, toute droite et silencieuse.
Mais Greta, aussi surprise que tout le monde, etait desarmee depuis longtemps.
Elle repliqua, avec un grand sourire, et en guidant Kanon tout emu vers sa chaise:
"Bien sur, Madame, avec plaisir!... Asseyez-vous la. Qu'est ce qui vous ferait plaisir?"
Sitot assis, Kanon saisit couteau et fourchette dans chaque main, balaya la table d'un regard serieux et concentre, puis se mit a enumerer a toute vitesse, en pointant chaque objet de sa convoitise avec sa fourchette:

"L'espece de soupe avec les trucs roses qui flottent, la-bas! La viande sans les legumes, juste a cote! Le gratin avec les machins verts dedans! Deux, non trois, saucisses de la-bas! La boule de pain blanc, et l'autre en forme de Lune sur sa droite! PLEIN de beurre a tartiner, et la confiture toute noire avec les petites boules (myrtille... )! Le... la... qu'est ce que c'est que ca?? Mais je le veux aussi, juste un petit bout, pour gouter! La cuisse de poulet que Siegfried essaie de saisir, mais qui lui glisse entre les doigts depuis tout a l'heure!!"
"Non mais, ca va pas??!"
Se facha Siegfried, en piquant rageusement ladite cuisse de poulet avec sa fourchette, et juste avant de reprendre:
"Et puis, pas la peine de te presser, comme ca! Mange UNE chose a la fois!"
"Nan. Et puis, je veux ca, donne le moi! Ta Mere m'a dit que je pouvais manger tout ce que je voulais!?"
"Oui, mais pas dans l'assiette de mon fils??"
Objecta Heleine, hilare.
Kanon ouvrait la bouche pour tenter de discuter, quand Greta, qui courait a droite et a gauche pour aller lui chercher tout ce qu'il lui avait "commande", lui ramena un bol de "l'espece de soupe avec les trucs roses qui flottent".
Kanon oublia immediatement l'objection qu'il avait eu l'intention de formuler, et murmura, en tapotant joyeusement l'un des "trucs roses" avec le dos de son couteau:
"Mais c'est une crevette?!"
Et il se mit a pecher les crevettes qui nageaient dans sa soupe.
Le voyant fort occupe, et deja moins bruyant, la Mere de Siegfried se pencha vers son fils en train de mastiquer rageusement sa cuisse de poulet, et lui souffla:
"Mon fils, vous lui avez parle?"
Siegfried comprit que sa Mere evoquait la fete a laquelle Kanon ET Pandore avaient ete convies par Odin lui-meme
Il reposa sa cuisse de poulet a demi entamee, soupira:
" Pas encore... "
(CHLURP... )
"Mais qu'attendez-vous donc?"
(CHLUURP... )
"J'hesite, je... je ne sais pas encore comment lui presenter les choses."
(CHILP, CHLIP, CHLIP,... )

Les deux dignes representants de la Famille Siegfried se rendirent compte qu'il y avait quelque chose de pas tres... digne, qui se produisait a quelques chaises de la.
Ils tournerent de concert la tete vers Kanon.
Apres avoir bu sa soupe A MEME L'ASSIETTE, celui-ci s'appliquait a la nettoyer... de la langue.
CHLIP, CHLIP, CHLIP...
Faisait le Dragon, pas du tout conscient des regards qui pesaient sur lui.
Une fois qu'il en eut termine avec son assiette, il leva les yeux vers Greta qui s'etait figee, les yeux ronds et les bras charges de plats, et lui demanda joyeusement:
"Fini! Y'en a encore?"
La servante prit le temps de poser son fardeau, se precipita vers la porte de la salle, et sitot celle-ci refermee derriere elle, partit dans un fou rire tonitruant.
Kanon, tout etonne, commenta en froncant les sourcils:
"Mais?... Un peu de tenue, tout de meme?"
Et il se pencha au dessus de la table pour se resservir lui-meme.

Heleine allait lui faire une remarque, quand elle nota un detail etrange.
Il y avait une corbeille de fruits, a moins d'une chaise de Kanon.
Et de cette corbeille, debordait une grosse grappe de raisins.
Tous les grains qui s'etaient trouves a la portee du Dragon... manquaient.
QUAND avait-il eu le temps de picorer tout ca?!
Ebahie, elle decida de l'epier discretement.

Elle le vit boire le rince-doigts, lecher discretement le vin qu'il avait renverse sur la nappe, poursuivre a coups de fourchette une pomme de terre recalcitrante qui finit par tomber sur le tapis, ou il l'ecrasa de toute ses forces en pensant dissimuler sa bevue, bombarder Siegfried furax - et n'osant pas riposter- de boulettes de pain et de petits pois, planter une branche de celeri dans le croupion du poulet roti avant de l'en retirer hativement, tout rouge (!), sucer ses cheveux qui avaient trempe dans la soupe, chiper deux boules de pain pour les fourrer dans chacune de ses poches, partir a la chasse de tout morceau de viande qu'il pouvait decouvrir, meme s'il devait eventrer, puis dissequer le gratin pour ca...

Quand elle realisa que le petit tas de billes noires qu'il avait range sur le bord de son assiette, etait les yeux des crevettes de la salade de fruits de mer, qu'il s'etait amuse a mettre de cote, elle se sentit au bord de l'explosion.

Quand Kanon se mit a dechiqueter le poisson a mains nues pour en retirer les arretes, elle EXPLOSA.

"CA SUFFIT!! KANON, LACHEZ CE POISSON!! TOUT DE SUITE!!"
Kanon sursauta, lacha son poisson... sur le tapis.
Ou il essaya aussitot de l'ecraser.

"STOOOOP!!PAS BOUGER!!!!!"
Tonna Heleine, en se levant pour donner un grand coup de poing sur la table, a la terreur de son propre fils qui leva instinctivement une main devant son visage, alors qu'il n'y etait pour rien, dans toute cette histoire. (NDLR: Pour une fois que c'est sur lui, que ca tombe... )

Grosses vingt secondes de silence.
Heleine, haletante, fixait Kanon comme si elle allait l'etriper sur place.
Mais elle prit une grande inspiration (un peu saccadee), ferma cinq six secondes les yeux, et se rassit.
Ses mains, crispees sur la nappe, tremblaient, mais elle fit un effort surhumain pour reprendre la parole sur un ton a peu pres normal.

"Kanon... QUI vous a eleve?"
"M... Mon frere?... "
Murmura le Dragon, d'une petite voix car il etait aussi effraye que Siegfried.
"Votre frere?... et jusqu'a quel age?"
"Heu... cinq six ans?"
Heleine tressaillit, se calma nettement plus.
"Cinq-six ans?... "
"V... Voui, Madame?... "
"Et apres?... "
"Quoi, 'apres?' ?... "
"Apres, qui s'est charge de vous?"
"... Personne."
"P... Personne?... "

Petite seconde de pause.
Soudain, un soupcon vint a Heleine.
Elle souhaita seulement que son initiative n'allait pas se reveler trop cruelle.

"Kanon... Pourriez-vous prendre votre couteau et votre fourchette, et me couper ce morceau de viande en deux, au milieu?"
Dit-elle a Kanon, en lui designant une tranche de roti 'oubliee' sur une des (nombreuses... ) assiettes qui entouraient la sienne.
Kanon la regarda un instant fixement, et avant meme qu'il ne s'execute, elle savait quel serait le resultat.
Il s'arma de ses couverts, disposa lentement l'assiette avec le morceau de roti devant lui, commenca a le couper.
Il en coupa la moitie... par miracle, et apres de longues minutes d'efforts.
A ce stade, les phalanges de ses doigts etaient blanches d'avoir trop peine, et ses mains tremblaient.
"Ca suffit, Kanon... vous pouvez arreter... "
Lui dit doucement Heleine, en le voyant rougir d'humiliation.

C'etait a peine s'il savait se servir d'un couteau et d'une fourchette.
Elle avait commence a s'en douter, en realisent qu'a part pour s'amuser, elle ne l'avait pas vu tenter de les utiliser. Il n'avait jamais utilise que ses doigts, pour manger.

Devant Siegfried qui fixait son Dragon d'un air ebahi, Kanon reposa ses couverts sur la table, et lui sourit vaillamment.
Avec un petit rire casse, il commenta:
"Je pensais arriver a cacher ca toute ma vie... C'est pour ca, que je ne voulais pas manger ici."
Derriere lui, Greta qui etait revenue dans la salle, se mordait les levres en fixant le sol.
Elle, elle savait... C'etait elle, qui avait tout les jours apporte ses repas au Dragon.
"Mais... et quand tu etais au service de Poseidon?... Je veux dire... "
Commenca Siegfried, avec hesitations.
"Nous mangions a part, et j'avais tellement peur que, malgre mon statut... d'eminence grise?, tous se rendent compte que je ne savais absolument pas comment me tenir a table, ni en societe d'ailleurs... que j'ai toujours fui les receptions et autres banquets."
Il termina, en se forcant a effacer de son visage les vestiges de douleur qu'il savait y etre devenu visibles:
"Mais si on pouvait changer de sujet?... je crois qu'il y a 'quelque chose dont tu dois me parler'?"

Aieaieaie... Il les avait entendus.

"Finissons de manger, d'abord. Greta, pourrais-tu nous apporter le dessert, et une tasse de the, s'il te plait?"
Dit Heleine a Greta, qui se hata d'aller donner des instructions pour que l'on presse le dessert.
Puis elle reporta son attention sur son fils et Kanon.

Ces derniers, mais pour des raisons differentes, la regardaient avec desespoir.
"Mon fils, vous allez adorer ce nouveau the a la menthe. Quant a vous, Kanon, ne vous inquietez de rien, et mangez votre dessert comme vous le souhaitez. Je ne vous ferai aucune remarque."
Le visage de Kanon s'eclaira tandis que celui de Siegfried virait au vert menthe.

Ce furent Brunehilde et Lorelein, qui amenerent le dessert.

Deux ENORMES gateaux de gelee anglaise a la fraise, fourres de tranches de fruits et entoures de petits choux nappes de caramel et chantilly. (NDLR: Qu'est ce que c'est que ca?! ET A ASGARD, EN PLUS??!!... )
Greta se dirigea vers la Mere de Siegfried, son "gateau" tanguant doucement en miroitant au beau milieu d'un grand plat, tandis que Brunehilde s'approchait de Kanon.
Le Dragon ne s'apercut de la presence de la jeune servante avec son large plat, que quand il vit Siegfried reculer sur sa chaise en la raclant sur le sol, alors que ses yeux ecarquilles et fixes sur quelque chose, juste derriere lui, menacaient de lui sauter hors de la tete.
Il tourna la sienne, de tete, et tomba nez a nez avec la... 'chose' que Brunehilde avait eu l'intention de deposer a cote de lui, certaine de lui faire plaisir.
Il lacha un grand cri, envoya une *claque monumentale* au "gateau", qu'il venait certainement de prendre pour une nouvelle arme biologique, ou un rejeton du BLOB.
Le bloc de gelee translucide fit un "elegant" vol plane, rebondit contre un tableau, et passa direct par la fenetre qui se trouvait derriere Siegfried... en cassant une vitre au passage.

Siegfried, qui se sentit plus amoureux de son Dragon que jamais.
Et une horreur en gelee de moins!
Mais la, il se rendit compte qu'on venait de lui poser une tasse de the fumante, pile sous le nez.
Il sentit qu'il allait se trouver mal.

Quant a l'ex-General haletant, les sens en alerte, il ne tarda pas a se rendre compte de sa meprise, en voyant les tranches de fruits qui avaient gicle sur le tapis, et les petits choux au caramel colles sur les murs et fiches sur les aretes vives de la vitre eventree.
Pour couronner le tout, un morceau de gelee glissait lentement sur le tableau, avec de petits bruits de ventouse.

"C'etait un ... gateau?... dites donc, heureusement que je ne peux plus utiliser la Galaxian Explosion ou le Triangle d'or, parce que pour le reconstituer ou aller le chercher dans le Triangle des Bermudes, hein... hahahahaha... "

Il avait essaye de faire de l'humour, mais au vu de la facon dont Heleine le regardait, c'etait rate.
Par contre, il eut de la chance dans son malheur, car ce fut Siegfried, certainement pas dans son etat normal a cause de la presence d'une *redoutable* tasse de the si pres de lui, qui s'attira maladroitement les foudres de sa Mere. (NDLR:Quand je disais 'Chacun son tour'... ).
"Combat Kanon contre Gateau, vainqueur Kanon! Bravo, tu as gagne le droit d'aller t'excuser aux cuisines!"
Ricana-t-il, trouvant la, la chance de se venger de la langue de vipere de son Dragon.

"MON FILS, LA FERME!!"
"Oui, Mere... "
"... ouiiii, Meeere... "
Imita tout bas Kanon, d'une voix de fausset qui eut le don de mettre Siegfried dans une colere noire.
"OOoh, TOI?!"
"MON FILS, ASSEYEZ-VOUS!!"
"Oui, Mere... !!... "
Ce coup-ci, Siegfried foudroya si bien Kanon du regard, que celui-ci ne s'amusa pas a reiterer sa petite plaisanterie.
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Dix bonnes minutes de silence total passerent, qui ne suffirent pour autant pas a restaurer la patience nettement entamee de la Mere de Siegfried.

"Bien, on va peut-etre pouvoir discuter ENTRE ADULTES?!"
Gronda-t-elle finalement, sur un ton menacant, et en appuyant lourdement sur les deux derniers mots, de telle facon que les deux hommes, qui s'ignoraient l'un l'autre royalement, hocherent precipitamment la tete.
"Est-ce que quelqu'un, ici, a une derniere plaisanterie de mauvais gout a faire, ou une enieme stupidite a dire?!"

Kanon et Siegfried secouerent la tete avec vehemence.

Heleine, ayant hate d'en terminer, fit signe a Greta et a ses compagnes de debarrasser la table... mais en laissant le the.
Alors que Lorelein, voyant pour la premiere fois de sa vie son Seigneur au bord de la crise de larmes, demandait avec circonspection si elle devait emporter le gateau (restant) aussi, elle hocha la tete en marmonnant entre ses dents serrees:
"Si vous croyez que je vais les laisser gouter a un mets de cette qualite?! Ils pourraient bien venir s'accrocher a mes jupes en pleurant, que NIET de NIET!"

Il y eut deux sujets masculins pour pleurer interieurement de reconnaissance.

Enfin, ils se retrouverent tous les trois seuls, en tete-a-tete avec leurs tasses de the, qui etaient la seule menace encore presente... sans parler d'Heleine.

Celle-ci prit une petite gorgee du liquide brulant, ce qui sembla la detendre un tant soit peu.

"Bien. Alors, mon fils, nous vous ecoutons."
Siegfried sursauta, regarda sa Mere puis Kanon qu'il decouvrit en train de lorgner sa tasse de the d'un air soupconneux, et hasarda d'une voix blanche:
"Je... Mais Kanon n'a pas vu le message que notre Dieu a grave dans l'ecorce de l'arbre qui... "
"Effectivement. Il ne l'a pas vu. Et alors?... "
Le coupa sa Mere, avant de s'adresser au Dragon, qui essayait de pousser la tasse loin de lui le plus discretement possible.
"Kanon?"
"Oui, Madame?"
S'enquit l'interesse, tres poliment, avec les yeux les plus innocents qu'il lui soit capable de faire.

"Si je vous dit que vous, Kanon, et votre double Pandore, avez ete convies par Odin en personne a la fete Nationale qui aura lieu ces Samedi et Dimanche, vous me croyez?"
Siegfried, en entendant le debut de la phrase, avait bondi de sur sa chaise, un cri coince au fond de la gorge.

Il n'avait bien sur aucune chance de s'interposer, et a la fin de la phrase, voyant Kanon bouche bee, blanc comme un linge, il s'effondra sur son siege, la tete entre les mains.
Ah, bravo.
La, si le Dragon ne se faisait pas la belle dans l'heure qui suivait...

Mais Heleine reprenait, calmement:
"Ce qui veut dire que si vous ne voulez pas vous attirer, et attirer par la meme occasion sur mon fils, la colere toute-puissante d'Odin, vous avez TOUT INTERET a vous plier a sa volonte. D'autant plus que tant que vous serez sur le territoire d'Asgard, il pourra vous atteindre N'IMPORTE OU, N'IMPORTE QUAND... "

Voyant que Kanon, plus d'humeur a rire du tout, l'ecoutait avec saisissement, elle se forca a continuer sans se laisser emouvoir:

"Mon fils et moi avons discute de la meilleure strategie a adopter, si vous ne voulez pas vous faire executer a la seconde meme ou vous ferez votre entree au Palais. Samedi aura lieu la fete a laquelle vous assisterez sous l'identite de PANDORE et escorte par mon fils, tandis que Dimanche, vous redeviendrez KANON, et profiterez de votre presence sur les lieux, pour vous rendre sur l'autel des Prieres, face a la Statue d'Odin. La, vous vous debrouillerez pour attirer l'attention de notre Princesse, et vous vous soumettrez, sous ses yeux, au Jugement Divin."

Kanon, enfin en etat de reagir, balbutia, en lancant un regard panique a Siegfried:

"Une seconde!!!... PANDORE??... Il va ENCORE falloir que je joue les fiancees etrangeres ... et pendues au bras de Siegfried, en plus?!... Et, et qu'est ce que c'est que ca, encore, le... "Jugement Divin"??... A la seconde ou tous auront compris QUI je suis, qui pourra bien LES empecher de m'abattre sur place?!... Et puis, je peux savoir pourquoi je n'ai pas ete invite a vos messes basses?!... Celui qui va se faire executer, c'est moi?! Pourquoi est-ce qu'on ne m'a meme pas demande mon avis?!... SIEGFRIED!!... "
"Oui, je sais, j'aurais du te prevenir plus tot, je le reconnais... J'en avais la ferme intention, mais je n'en ai pas eu l'occasion, le... le temps... "
Kanon jaillit de sur sa chaise, abattit violemment ses deux mains sur la table, s'y appuyant de tout son poids pour mieux se pencher vers celui qui venait de lui sortir une enormite pareille.
Il hurla:
"COMMENT CA, 'PAS EU LE TEMPS'?!! Tu veux que je t'enumere TOUTES LES FOIS ou tu m'as eu en contact PLUS QUE RAPPROCHE, avec au moins TOUTE UNE NUIT devant toi?!"
Et la, brusquement, il se rendit compte de ce qu'il venait de raconter face a la Mere meme du Guerrier Divin qui ne savait du coup plus ou se mettre.
Il se detourna avec une exclamation de rage et alors que, tremblant de honte et de colere, il donnait un grand coup de pied dans la chaise a cote de la sienne, l'expediant avec pertes et fracas droit contre un mur, Heleine soupira:

"Calmez-vous, Kanon. Moi qui avais donne des ordres pour qu'on ne vous derange pas, je peux vous assurer que je comprends votre amertume. Mais ce qui est fait, est fait?... Et essayez de comprendre a quel point mon fils avait a coeur de vous menager?... Allons, faites moi plaisir, rasseyez-vous... Je vous donnerai toutes les explications que vous desirerez, mais avant cela, laissez-moi terminer?"

Kanon, malgre lui touche par la douceur de ces mots, tourna legerement la tete vers Heleine, rencontra son gentil sourire un peu triste, et sa main tendue lui designant la chaise vide.
Etonne de lui voir des traits aussi doux, il en oublia une partie de sa colere, et se rassit lentement.
Alors, Heleine reprit calmement:

"Le'Jugement Divin' est une epreuve sacree, qui consiste a mettre en peril sa propre vie, avec l'espoir d'etre sauve si notre Dieu decide d'accorder son Pardon a la personne qui s'y soumet. C'est une epreuve ancestrale dont l'issue ne saurait etre discutee par quiconque, etant donne qu'elle equivaut a l'Auguste Parole d' Odin en personne."
La, elle fit une petite pause, avant d'achever, sur un ton qui n'etait, tout a coup, plus aussi assure:

"Si vous vous en sortez vivant, notre Hilda de Polaris n'aura d'autre choix que de vous accorder son pardon, comme Odin l'aura fait, et vous pourrez quitter Asgard sans etre inquiete. Mais QUOI QU'IL ARRIVE, mon fils restera a vos cotes, du debut a la fin de l'Epreuve. En d'autres termes, il s'y soumettra LUI AUSSI... Parce qu'il est responsable de vous aux yeux de notre Dieu, parce qu'il est le Chasseur, et que vous etes SON Dragon, parce que c'est SA volonte et votre Destin a tous deux. A cela, meme moi, je ne peux m'opposer... Voila, c'est tout ce que je peux vous dire pour ma part... Maintenant, si vous le permettez, je vais me retirer."

Heleine se leva, et sortit de la salle.
Elle savait ne plus avoir sa place en ces lieux, pour ce qui allait suivre.
Elle donna (une fois de plus) des instructions pour qu'on laisse les deux hommes en tete a tete, et regagna sa chambre.

De toute facon, le poids de ses propres paroles oppressait son coeur battant trop vite, et elle ne voulait montrer a aucun des deux guerriers, et surtout pas a son fils, l'image d'une femme que les fantaisies du Seigneur d'Asgard mettaient a rude epreuve... ou allaient cette fois briser pour de bon.

Pour ajouter a son malaise, elle s'en voulait pour l'etat dans lequel elle venait de mettre Kanon, en l'espace de peut-etre... cinq minutes?
Mais son fils etait en bonne partie responsable du massacre...
Elle les avait laisse *suffisamment longtemps* en tete a tete, pour qu'il se decide a doucement, progressivement, preparer son Dragon a ce qui l'attendrait dans ... trois jours?!

Au lieu de cela...
*************** ****************

Siegfried et Kanon se retrouverent seuls dans la salle a manger.

Le Guerrier Divin fixait avec inquietude son Dragon, qui s'etait tasse au fond de sa chaise et ne bougeait plus, tete rentree dans les epaules et baissee de telle maniere, qu'il ne voyait pas ses yeux, mais seulement ses levres serrees tremblantes.

Il desserra les siennes, voulut murmurer "Kanon", mais sa gorge seche refusa de laisser echapper ce simple mot.

Le silence deja lourd se prolongeait en se faisant de plus en plus pesant, quand Kanon se leva de sa chaise en laissant tomber:
"Je vais quitter Asgard... "

Siegfried crut avoir mal entendu.
"Tu vas... quoi??... "
"Quitter Asgard... "
Il semblait n'y avoir eu aucune erreur.

Siegfried, d'abord abasourdi, s'ecria brusquement:
"Mais?!... tu n'as pas entendu ce que ma Mere t'a dit?! Tu n'auras pas fait UN SEUL pas hors de ce Domaine, que la Colere d'Odin se sera deja abattue sur toi?!"
"Et alors?... "
"Et... Et alors?! Mais tu veux mourir, ou quoi?!"
"Je n'ai pas dit ca. Simplement, si c'est pour me faire executer, que ce soit dans trois jours ou maintenant, hein... Et puis, vous me faites rire, avec votre "Jugement Divin"... Dans mon cas, c'est tout vu. Pas besoin de tout ce Cirque avant, et encore moins de te faire inutilement risquer ta vie. Surtout pour moi. Si encore j'etais une femme, pourquoi pas? Ce serait tres beau, tres romantique et tout et tout... Mais la, franchement, je t'assure... il va avoir bon dos, le 'Heros Legendaire d'Asgard'... "
Kanon secouait la tete, comme s'il avait la scene sous les yeux.
Et il s'appretait a sortir de la salle.

Une chaise vola par dessus sa tete, frappa la porte qu'il venait d'entrouvrir, la referma net.
Kanon se retourna.
Plonge dans une cascade d'energie argentee qui tourbillonnait autour de ses membres crispes, Siegfried souffla, d'une voix rauque et vibrante :

"Tu ne sortiras pas de ce Chateau tant que je serai vivant. Je ne te laisserai pas m'echapper comme ca, pour aller mourir quelque part dans la neige, a un endroit que je ne serai meme pas sur de trouver. Tu m'appartiens!! Et si quelqu'un doit te donner le coup de grace, ce sera MOI, et personne d'autre, fut-ce meme un Dieu. Que quiconque essaie de m'enlever ce droit, et le 'Heros Legendaire Siegfried' deviendra le genre de ... Legende!! a cote de laquelle la 'tienne' ne sera plus qu'une comptine pour enfants, je te le garantis."
Puis, tandis que la table qui les separait commencait a se transformer en epaisses banderoles de poussiere de bois calcinee, il se mit a marcher droit sur Kanon:
" Ecarte-toi de cette porte."

Kanon, fascine, ne fit pas un geste. Il ne le pouvait pas.
La seule personne qu'il ait jamais vu rayonner d'autant d'energie concentree, etait son frere.
Mauvais presage, ca.

Les murs qui les entouraient semblaient eux aussi sensibles a cette demonstration de puissance.
Ils *murmuraient* plus fort que jamais.

Kanon commencait a saisir quelques uns de ces mots inexprimes, quand il entrevit une silhouette rougeoyante, flottant derriere Siegfried.
Il reconnut le fantome de la Salle Secrete.
Leurs regards se rencontrerent, il le vit secouer la tete tristement, en murmurant quelques mots qu'il lut sur ses levres.

'Non... ramene-le... ne le laisse pas... s'egarer... '

C'etait aussi la, ce que le Chateau lui *murmurait*.
***********************************

Siegfried venait de s'arreter face a lui.
La table calcinee s'etait effondree, litteralement coupee en deux.
Le fantome avait disparu.

Et Kanon savait ce qu'il devait faire.
Le plus important n'etait pas son Destin deja scelle, immuable.
Le plus important... etait celui de Siegfried, qu'il ne devait pas entrainer dans sa chute.

Odin voulait faire un exemple?
Tres bien, pourquoi pas?

De son cote, il allait le lui faire regretter.

Apres tout, ce serait bien plus marrant, de mourir apres avoir mis la pagaille dans le Palais d'Asgard.
Et puis au moins, ce satane Guerrier Divin verrait qu'il avait raison: le "Jugement Divin", ca n'etait rien de plus qu'une attraction pour Dimanches de fete.
C'etait comme les jeux du Cirque: Un condamne qui ne se fait pas decortiquer par le lion, mais quel interet?!

Il n'en etait plus a ca pres. Et puis...
Tant que ca pouvait maintenir Siegfried dans son droit chemin de Heros qui s'incline face a la sentence de son Dieu...
... ?
Tiens, marrant, ca... c'etait lui, maintenant, qui avait envie de lui faire une scene de jalousie...
********************************

"Si j'essaie de sortir, qu'est ce que tu vas faire? Me rattraper, me briser bras et jambes et m'enfermer dans une geole pour etre sur que je n'appartiendrai jamais qu'a toi? Ou m'enchainer a ton lit et me droguer suffisamment pour que je reste a jamais dans tes bras, comme quelque esclave bien docile incapable de sortir de son long reve eveille? Ou alors, est-ce que tu vas vendre tous tes beaux Chateaux, toutes tes Terres, jusqu'a ton Ame et celles de tes proches, pour essayer de me racheter a la Mort ? Ou a Odin lui-meme?... A moins que tu n'ailles toi-meme abattre ta Princesse et tes freres d'armes avant qu'eux, ne m'abattent?... Dis-moi... Qu'est-ce que tu vas faire, Siegfried?... "

Au fur et a mesure que Kanon parlait, detachant lentement chaque mot, le Cosmos de Siegfried avait commence a decroitre, et ses yeux, a reprendre une lueur de raison.
Pour rien au Monde, Kanon ne reveillerai en Siegfried ce qu'il avait reveille chez son frere.
Il en faisait le serment.

Heureusement pour lui, le Guerrier Divin d'Alpha etait la droiture meme, en plus d'avoir une seule Ame bien ancree. Il etait presque sur d'arriver a le "ramener" sans que ca lui prenne encore trop de temps.
Mais on ne savait jamais, mieux valait en rajouter un peu.

"Tu tiens a m'avoir sur le dos jusqu'a la fin de MES jours, c'est ca?! Et bien, sois content, j'ai pas fini d'empoisonner LES TIENS! Je suis loge, nourri, habille -mais souvent DEShabille, hein, quand j'y pense- protege, alors si tu crois que je vais perdre une seule journee au Paradis?? Desole, mais tu vas devoir me supporter jusqu'au bout!! Voila, c'est decide!!"

Voyons?...
Il en avait peut-etre un peu trop fait, mais...
Ca semblait gagne!
Siegfried lui souriait d'un air un peu perdu, et levait une main hesitante pour lui caresser la joue.

Kanon sentit que ca allait encore etre la, une looongue declaration d'amour.
Bon, comme d'habitude, il n'avait qu'a prendre son mal en patience.

"J'ai l'impression de revenir d'un petit peu loin... "

AAAAAAAH, oui, on peut dire ca comme ca...
Et... c'est deja fini??
Ah, non, ca y est, c'est reparti.

"Si je devais traduire ca par des mots... "
Reprit Siegfried, faisant mine de reflechir.

Ouhla, je suis pas sorti de l'auberge.

"Je fais souvent ce reve etrange et penetrant
D'un Dragon que j'aime, et qui m'aime
Et qui n'est jamais chaque fois tout a fait le meme... "
"Vas-y, plagie-moi Stendhal (NDLR:...?!), je te dirai rien!!... mais tu me prends vraiment pour un inculte?!"
"Desole, j'ai cru que ca pouvait marcher... au fait, tu sais de qui c'est, "Le Corbeau et le Renard"?... "
"Mais bien sur, pour qui tu me prends?!... Allez, treve de betises, on va dans la bibliotheque. Y'a un livre sur lequel il faut que je jette un coup d'oeil, a propos de mes ecailles."
Repondit Kanon, en sortant de la salle, Siegfried sur ses talons.

"Mais... Tu sais qui c'est, l'auteur de... "
"Puisque je te dis que oui?! Pourquoi tu insistes, comme ca?! ... C'est par ou, la bibliotheque?... "
"Par la... mais... tu connais le *nom* de l'auteur?"
"OUI, je connais le *nom* de l'auteur. Ca te va?!... par la, tu dis?... "
"C'est tout droit. Et tu peux me le donner, ce nom?"
"Je peux. C'est cette porte?"
"Non, la suivante, celle qui a deux serrures. Alors, tu me le donnes, ce nom?"
"Non."

Et Kanon referma la porte de la bibliotheque au nez de Siegfried.
Puis il la boucla a double tour.
Qu'est-ce qu'il fallait pas faire, franchement?!
*********************************

Siegfried pietina quelques instants devant la porte, se dit qu'il ne serait peut-etre pas de bon ton de l'enfoncer.
Apres tout, il s'etait deja excite sur une table, ca pouvait bien s'arreter la.

Si son souvenir etait bon, il devait y avoir un passe-partout quelque part dans sa chambre.
Il se donnait maximum dix minutes pour le trouver.
Il etait hors de question pour lui de faire attendre son Dragon plus longtemps.

Il avait du etre tellement vexe de se rendre compte qu'alors qu'il etait venu lui faire des avances jusque dans son lit, lui n'avait trouve rien de mieux que de SIMPLEMENT le tenir dans ses bras toute la nuit?!
Oui, bon, c'etait vrai, il n'aurait pas vraiment eu la force de faire quoi que ce soit d'autre...
Mais, haut les coeurs!!
Il en connaissait un, qui allait etre content de le voir surgir pour venger leurs honneurs a tous les deux?! *^v^*
Attends moi, mon Dragon, je reviens tout de suite!

Kanon, qui a tous hasards, s'etait refugie tout en haut d'une echelle permettant d'acceder aux derniers rayons de l'immense bibliotheque, guettait, comme un chat accroche en haut de son rideau, tout mouvement belliqueux de l'ennemi.

Il n'avait meme pas pris le temps de detailler la grande salle, dont les murs etaient autant de hautes etageres plongees dans une penombre que quelques lampes disseminees ici et la, ainsi qu'un feu de cheminee semblant avoir ete allume recemment, teintaient de rouge et orange sombre.
Il se tenait pret a bombarder de bouquins toute silhouette douteuse se hasardant a faire UN SEUL PAS dans la place. Et si ca ne suffisait pas, il avait deja repere le cable qui retenait le lustre (inutile car ses bougies sous cloches eteintes) pendu au plafond. Que ca tombe, ca, et ca allait faire mal!

Plus ca ferait mal, mieux ca vaudrait.

Vu les circonstances, il ne cracherait sur aucune ruse, meme la plus lache, si ca pouvait l'aider a se debarrasser d'un intrus en voulant a sa... heu... a sa vertu?? (NDLR: Un peu tard, peut-etre?... )
Pourquoi?
Parce que maintenant que son Cosmos etait mort, et ses facultes reduites a celles d'un simple humain (quoique les humains ne RONRONNENT pas), il lui paraissait evident qu'en cas de lutte, il se retrouverait immediatement EN DESSOUS.
Il fronca le nez en se disant que *d'une certaine facon*, ce serait loin d'etre la premiere fois.

Mais alors, O surprise?!! O miracle?!!
Merci Athena, merci Odin, merci Greta!! (??!)
Revait-il, ou est-ce que" l'ennemi" detalait des lieux a toute vitesse, sans meme avoir essaye de defoncer la porte, comme il s'y etait attendu?!!
Que quelqu'un lui prete une Corne de Victoire!!
Il avait vaincu sans combattre!!
Ca ne devrait pas etre permis, d'etre genial a ce point?!

Ou alors, ca voulait dire qu'il avait un, voire plusieurs allies qu'il ne se connaissait pas.
Des admirateurs anonymes??
Un Fan-club?! (NDLR: Je crois qu'il est temps de lui changer les piles... )
OU, plus simplement... (NDLR: Voila qui est fait... )

Ca devait etre la l'un des effets tardifs de la tasse de the a la menthe de tout a l'heure.
Lui, avait *habilement* reussi a pousser le repugnant breuvage hors du champ de vision d'Heleine, mais le malheureux heritier de la famille Siegfried avait peut-etre ete oblige de l'ingurgiter, jusqu'a la derniere goutte?
Rien que d'y penser, il en avait des frissons glaces dans le dos.
Il etait temoin: Asgard pratiquait encore la torture!!
Il y avait de quoi alerter l'UNESCO!
... Il leur enverrait peut-etre une lettre anonyme...

Ca serait pas la premiere: Il se souvenait avoir lance une bouteille a la mer, pendant son emprisonnement dans le Cap Sunium. Il y avait denonce Athena pour meurtre et non assistance a personne en danger, Saga pour le meme motif, mais avec coups et blessures en prime.
Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, il n'avait recu aucune visite des "Hommes en noir" comme on peut les voir dans les films. Tout ce qu'il esperait, etait que sa lettre n'avait pas ete "egaree" quelque part dans les archives du FBI, a cote des documents touchant l'affaire Roswell.
Non mais franchement, est-ce qu'il avait une gueule de X-Files?!
... oui, d'accord, il avait des ecailles.
ET ALORS?!

Et tout en se demandant pendant combien de temps au juste il allait pouvoir avoir la paix, Kanon commenca a prudemment descendre de son echelle.
Ce faisant, son regard s'arreta sur une rangee d'epais livres noirs d'un format tres different des autres.
Sur la tranche de chacun, il y avait ecrit, en petites lettres dorees:
"Les Dragons du Monde - encyclopedie en dix exemplaires illustres-"
HOooo?... C'etait le moment ou jamais de se documenter.

Voyons, voyons...
Vivivi... Super...
Toutes les photos etaient celles ou on voyait un Dragon poursuivi, traque, accule, tranche, lacere, etripe, brule vif, voire devore.
MAIS que faisait la Police?!

Il leur avait deja envoye une lettre anonyme, pendant son emprisonnement dans le Cap Sunium.
Mais c'etait une autre histoire.

En tous cas, il ne supporterait pas la presence de ces immondes ouvrages, sous le meme toit que lui!
S'il y avait une page le concernant, il l'arracherait, mais autrement, tout ca allait fini dans la cheminee, et pas plus tard que tout de suite.

Nonnonnon, rien sur lui dans le premier tome, allez, direct la cheminee!!
Rien dans le second non plus, ni... ni dans le troisieme? et ZOU!!
Rien dans le quatr...
hmm?
Kececa?

Kanon avait vu une vielle photo jaunie s'echapper d'entre les pages du quatrieme tome de l'encyclopedie.

Il descendit de son echelle pour aller la recuperer, alors qu'elle avait doucement atterri sur un tapis.
Dix secondes plus tard, il se *roulait de rire* sur ledit tapis.
"CETTE FOIS, je le tiens!!"
Souffla-t-il, les larmes aux yeux d'hilarite.
************************************

Les dix minutes etaient passees, et il ne trouvait toujours pas ce maudit passe-partout.
Pourtant, il aurait du etre la, dans ce tiroir, avec les autres cles?!
Rien de rien, ni dans ce tiroir, ni dans les autres, qu'il avait tous ouverts, decouvrant par la meme occasion divers objets qu'il croyait disparus... comme son Saphir d'Odin, d'ailleurs.
C'etait deja la un souci de moins.
Il n'allait plus etre oblige de detourner la conversation quand quelqu'un evoquerait la pierre sacree, qu'il n'avait pu rattacher a son armure malgre tous ses efforts.
Il faut dire qu'il l'avait brise de ses propres mains, son armure, alors il n'allait pas se plaindre, non plus?

Le souvenir des 5 chevaliers de bronze d'Athena traversa son esprit.
Quelle tete ferait Seiya, s'il apprenait QUI il hebergeait sous son toit, actuellement...
Ah, non, ca n'etait pas une bonne idee, de penser a cela en ce moment.

Voyons, le passe-partout, le passe-partout...
Pas sous mon lit, ni derriere non plus? Sous la commode, peut-etre? Ou le tapis? En haut de l'armoire, ou dans celle-ci? Sous le fauteuil, ou DANS le fauteuil, coince entre le dossier et le siege?
Tiens, il avait oublie le colis que sa Mere avait laisse sur le siege en question.
C'etait tout mou et crissant? Qu'est-ce qu'il pouvait bien y avoir dedans? Il ne voyait rien en transparence, mais la triple epaisseur de papier de soie trahissait un contenu de valeur.
Un vetement?

Peu importait; Pour l'instant, ce qu'il recherchait, c'etait le passe-partout susceptible de lui ouvrir les portes du Paradis.

... ?!...
AAAH, ca y est, il se souvenait!!
Dans son sac de voyage, qu'il avait laisse aux ecuries, a cote de la stalle de Schwarzkopf!!

Siegfried jaillit de sa chambre, dans le couloir, a une vitesse fulgurante, devala quatre a quatre deux escaliers, et jugeant qu'il perdait encore trop de temps... sauta par une fenetre du premier etage, directement dans la Cour qu'il traversa comme une fleche, pour enfin faire irruption dans les ecuries.
Pas essouffle du tout, il poussa la porte du batiment ou il savait l'attendre, le petit objet insignifiant qui allait faire TANT de grandes choses pour lui.
C'etait bien la premiere fois de sa vie, qu'il mourait d'envie d'ouvrir une porte.

*Sans se douter du danger*, il se presenta, comme une fleur, devant la stalle de sa monture favorite, et tendit la main pour se saisir de son sac de voyage effectivement la ou il l'avait pense.
Deux rangees de grandes dents blanches capables de broyer un os de belle taille, claquerent a cinq millimetres de son petit doigt, alors qu'il ressentait brusquement, tout pres de lui, une aura vibrante de colere et de menace.
Il sursauta, retira vivement sa main, fit face a son ennemi.

Schwarzkopf, les naseaux dilates et les yeux fous, le fixait en agitant furieusement la queue et grattant du sabot.
Ebahi, Siegfried murmura, en tendant de nouveau la main, mais vers le museau de l'animal cette fois:
"Ben alors, qu'est ce qui te prends? Ca n'est que moi?"

'Ca n'est que moi?! Ca n'est que moi, qu'il m'a dit?!'

S'indigna Schwarzkopf, dans un langage que Siegfried ne pouvait comprendre, mais qui se traduisit par un ebrouement furieux.

'Mais c'est qu'il a de l'humour, en plus?! Je l'ai vu violenter une malheureuse jeune femme sans defense, et la forcer a se deshabiller en pleine tempete, et il s'imagine que je vais le laisser s'en tirer comme ca?! Tu as ose reapparaitre face a moi, tu vas le regretter, ASSASSIN!! BOURREAU!! SATYRE!! ANTI-FEMINISTE!!"

Schwarzkopf, fou de rage, se mit a ruer de plus belle contre les murs de sa stalle, sous les yeux d'un Siegfried qui ne comprenait absolument rien a ce qui etait en train de se passer, mais se souvint brusquement de la raison pour laquelle il etait venu.
Son sac.
Il avait autre chose a faire, que de regarder Schwarzkopf piquer une crise alors qu'il n'y etait pour rien, et qu'il finirait bien par se calmer.

Siegfried tendit une nouvelle fois la main, mais voila: Schwarzkopf, qui l'avait vu faire, fut plus rapide que lui. Saisissant le sac en question entre ses dents, il le lui ravit sous le nez, et ne trouva rien de mieux que de le lacher droit sur un beau tas de crottin frais, derriere lui.
C'etait un avis de guerre, dans les termes suivants:

"Ah, tu veux ton sac?! Et bien viens le chercher!"

"Ah, tu veux la guerre?! Et bien tu vas l'avoir!"
Lui repondit Siegfried, plus d'humeur DU TOUT, a essayer de raisonner.
Il se detourna, alla se saisir d'un grand seau d'eau glacee abandonne pas bien loin, par quelque palefrenier etourdi.

Dix minutes plus tard, un Siegfried epouvante et trempe des pieds a la tete, sortait precipitamment du batiment, fuyant une douzaine de chevaux ayant pris le parti de Schwarzkopf, en ruant et hennissant de plus belle dans leurs stalles, et en mettant sans dessus dessous les ecuries toutes entieres.

"C'est un Coup d'Etat! Une Revolution!"
Balbutia le Guerrier Divin, qui n'aurait plus qu'a se rendre au Palais, en ski.
***********************************

Enfin, Kanon pensa etre tombe sur ce qu'il cherchait.
Une dizaine de gros livres a la couverture vert fonce, et dont la reliure ferronniere avait ete ternie par le temps.

"Memoires"

Ces huit lettres, si minutieusement calligraphiees qu'il avait mis quelque temps a les dechiffrer, etaient presentes sur chaque tranche des epais volumes, et accompagnees du blason de la Famille Siegfried.
Isoles sur une haute etagere, disposes avec soin entre deux lourds serre-livres de marbre, ces ouvrages avaient rapidement attire son attention.
Juche sur l'echelle qu'il avait deplacee, il songea qu'il valait mieux en descendre pour aller etudier sa trouvaille sur le grand bureau qu'il apercevait a cote de la cheminee.
Alors qu'il se saisissait du premier livre, il l'entrouvrit machinalement au beau milieu, histoire de verifier que son contenu correspondait bien a ce qu'il recherchait.

Son regard tomba sur une gravure dont l'encre passee avait jauni, mais dont le dessin empreint de vigueur et de force, retint son attention.
Ce devait etre le tout premier Siegfried, celui de la Legende Originelle.
Plus grand que celui qu'il connaissait et plus large d'epaules aussi, d'une carrure puissante aux membres delies et souples, il exhibait le genre de physique a faire grincer des dents Apollon lui-meme.
Jambes nues dont les muscles saillant sous un court pagne de peau double de fourrure semblaient pretes a bondir a n'importe quel instant, tandis que son bras arme d'une lourde epee promettait mille morts a la Creature haineuse lui faisant face, il se dressait sur fond de flammes et de fumee, et son port de tete etait celui des Rois qui prononcent une sentence.
Sur ses epaules et jusqu'au milieu de son dos cascadait une epaisse chevelure aux longues boucles platine miroitant comme l'argent le plus pur, et ses yeux etaient d'une couleur... d'une couleur qui lui fit plisser les yeux pour mieux la detailler. Il y avait du vert, du gris et du bleu, en tons extremement pales, translucides a l'extreme.
Rien qui ne puisse passer pour vraiment humain...

Quant a la Bete... et bien, c'etait evidemment un Dragon, LE Dragon de la Legende, dont les ecailles luisantes semblaient autant de braises chauffees a blanc, et dont le corps tout entier, herisse de nombreuses cornes torsadees, crevait et rasait la terre sur son passage.
Tel qu'il etait represente la, c'etait la plus belle incarnation du Mal qu'il ait jamais vu... et cela l'attrista.

Que faisait donc ce Dragon, sinon essayer de defendre sa vie?

Si un Heros devait se dresser a chaque fois qu'une Salamandre devorait un insecte vivant...

Il se mordit les levres...
A supposer la Salamandre en question etre un Dragon, et l'insecte, un etre humain, son raisonnement se faisait tout a coup bien moins convainquant.

Il soupira, tourna la page, parcourut quelques lignes d'un regard distrait, referma le livre et se saisit du suivant.

Tiens?
Un autre Siegfried...

Plus mince, d'allure deja moins redoutable, avec de longs cheveux lisses d'une couleur proche du miel, et une tiare parsemee de pierres precieuses. Ses yeux en amande etaient deux perles d'onyx, et il souriait doucement.
Il etait represente assis dans l'herbe, appuye contre un Dragon endormi!!
Ce Dragon etait d'un noir profond, et muni de larges ailes bleutees dont l'une s'etait recourbee, dans un geste qui ne pouvait etre decrit que comme "tendre", autour de son Vainqueur.

La Creature, qui avait d'apparence pourtant tout pour se voir declaree condamnee a mort par n'importe quel Heros cense, semblait avoir ete epargnee.

Pourquoi?

Kanon tourna la page, decouvrit a travers les lignes d'un texte qui se poursuivait sur plusieurs pages, que le Dragon en question etait, comme tous les Dragons d'ailleurs, hermaphrodite, et qu'il portait un petit.

UNE SECONDE!!!!!!!!!
Her... maphrodite???
Comme les escargots?
NONONONONON, il DEVAIT y avoir une erreur quelque part, et une sacree erreur, encore!!

Kanon, panique, au bord de la crise cardiaque, se mit a tourner les pages a toute vitesse. Il ne trouva, dans le reste du livre, que des details lies au decor politique de l'epoque, et a la facon dont le Dragon et son Siegfried reussirent a prouver la sincerite de leur attachement reciproque, puis a temporairement couler des jours relativement paisibles ensemble, jusqu'a ce qu'un autre Heros, a l'esprit particulierement etroit, n'assassine le Dragon et son rejeton.

Alors, il se saisit du troisieme livre.
La aussi, un nouveau Siegfried, et son Dragon HERMAPHRODITE (C'etait marque en toutes lettres!), qui, a la difference du "couple" precedent, s'entretuerent.

Quatrieme livre.
Idem, mais avec un Siegfried d'une douzaine d'annees, recueilli et eleve par le Dragon, qu'il abattra a la suite d'une sorte de tragique malentendu.

Cinquieme livre.
Et ca recommence! Le Dragon est HERMAPHRODITE -sisisi?!-, en plus d'etre sous l'influence de l'Anneau des Nibelungen. Enfin, il a lui aussi un bebe(ou "petit"?), mais tous deux seront executes par le Heros. Celui-ci, un jeune homme aux yeux verts et cheveux chatains ondules, voulait venger les femmes de son village, devorees les unes apres les autres par la Creature possedee.

Sixieme livre.
Seigneur!! (n'importe lequel), faites que cette fois...
...
Ah, ca y est, on y etait!!!
Le Dragon apparaissait enfin sous forme humaine, et cette fois, c'etait ecrit de facon suffisamment claire pour qu'il n'ait aucune erreur: c'etait une FEMME!
Ben si.
Pas une espece d'hybride immonde, non, bel et bien une FEMME, assez belle d'ailleurs, et que le Heros ne trouvera rien de mieux, d'ailleurs, que de mettre enceinte!
Comme quoi, les gouts et les couleurs...
Quoique, il etait mal place pour faire de l'ironie.

En epluchant le texte, Kanon trouva, comme le lui avait indique Heleine, un passage sur ses ecailles.
Les armures d'Alpha semblaient avoir eu plusieurs aspects au fil des siecles, mais une chose les reliait: Un Dragon de forme humaine s'en approchant, verrait sur son corps apparaitre, d'une a six ecailles (chiffre semblant dependre du degre de contact).

Si seulement il l'avait su plus tot...

Mais le plus important, il venait de le verifier.
"Un Dragon de forme humaine"... donc, il etait bel et bien HUMAIN.
Et PAS hermaphrodite!!!!!!
C'etait deja ca.

Maintenant, il y avait peut-etre quelque part, un moyen de faire disparaitre les fameuses ecailles?

Kanon reposa les six premiers livres, qu'il avait tenus en equilibre sur ses genoux, sans meme penser a descendre de son echelle pour aller s'installer deja plus confortablement au bureau de la bibliotheque, ou dans un de ses fauteuils.
Toujours assis en equilibre precaire sur l'un des barreaux de l'echelle, il s'empara du septieme livre.

A ce moment la, la porte de la bibliotheque, arrache de ses gonds, tomba lourdement dans la salle, avec un grand bruit que le tapis ne parvint pas tout a fait a assourdir, et un nuage de poussiere digne d'une tempete du Sahara.
Sortant du nuage en vainqueur qui vient de combattre et abattre une malheureuse porte, le Grand Siegfried.
Enfin, LE Siegfried qu'il connaissait...

A tous hasards, Kanon verifia rapidement l'emplacement du cable maintenant le lustre accroche au plafond.

Siegfried se dirigea au pas de charge vers SON echelle.
Vas-y, envahis MON territoire, surtout, je te dirai rien...
Kanon se sentit une envie furieuse de montrer les dents.
Au lieu de cela, il lanca, d'une voix loin d'etre amicale:

"Non, mais ca va pas?! Tu aurais gentiment frappe a la porte, je t'aurais (peut-etre) ouvert ?!"

Ces paroles semblerent avoir un effet funeste sur le Guerrier Divin, qui repliqua, en levant vers lui un regard courrouce:
"Fais pas attention, je testais seulement une nouvelle attaque. Au fait, je peux savoir ce que tu fais perche la-haut... sans fromage?"
"J'attends le Renard, pour lui balancer un bottin dans la g... .. ."
Repondit Kanon, en designant d'un mouvement de la tete, les belles rangees de livres bien lourds, qu'il avait a sa portee.
"J'imagine que tu sais les lancer a la vitesse de la lumiere, ou au moins, du son?"

L'allusion etait tres claire, mais Kanon ne se demonta pas.
"Je peux toujours essayer? Vu le nombre, il y en aura bien UN pour faire mouche?"

A present, Siegfried etait au pied de son echelle.
Apres "Autant en Emporte le Vent", "Romeo et Juliette" ?!
Ca allait etre quoi, ensuite?
"Pretty Woman"?

OH, NON!! PAS "Pretty Woman" !!!
********************************

Siegfried pensa a tout simplement renverser l'echelle, ou meme, la secouer pour obliger son Dragon, qui le narguait tout en haut, a en descendre.
Puis il se dit que ca n'etait pas le moment de lui mettre une patte dans le platre, et se resolut a... monter a son tour a l'echelle! (NDLR: Ca va faire DEUX platres, je le vois d'ici... )

De toute facon, il avait une question DE LA PLUS GRANDE IMPORTANCE a lui poser, et il voulait le tenir bien entre quatre yeux a ce moment-la.

Il commenca a donc a grimper, au grand dam de Kanon, qui se demanda s'il ne serait pas plus prudent de carrement se refugier SUR le lustre, bien hors de portee de l'envahisseur.
La, il se dit que si le lustre se decrochait, ce coup-ci, il etait mort.

Il pouvait essayer d'imiter l'Araignee, mais... il ne le sentait pas trop, ca non plus...
Alors qu'il reflechissait, Siegfried progressait, et ne se retrouva bientot plus qu'a quelques barreaux de lui.
Catastrophe!

Puisque c'est comme ca, je saute!!
En ecartant bien les bras et les jambes comme un ecureuil volant, j'ai peut-etre une chance d'atterrir en douceur?!
Et Siegfried, epouvante, vit son Dragon se lancer du haut de l'echelle, dans une position bizarre, qui plus est.

BLAAAFF!!
Fit l' "ecureuil volant", en faisant un plat magistral sur le plancher.

Siegfried contempla quelques secondes, avec ebahissement, son Dragon etendu sur le sol comme une etoile de mer echouee sur un rivage.
L'etait bon pour un platre integral et une minerve, la, c'etait certain.

"Kanon?... "
Murmura-t-il, d'une petite voix tremblante.

"Kanon?... ca ira?... "

Il descendit a son tour de l'echelle, s'approcha a pas hesitants de l'homme immobile sur le sol.
Celui-ci eut un petit fremissement, baragouina faiblement quelques mots ou il etait question d'un ecureuil auquel il allait demander des comptes, et se mit a peniblement "nager" sur le sol en essayant, en vain d'ailleurs, de se redresser.
Siegfried s'accroupit a cote de lui, et lui dit, compatissant:
"La prochaine fois, essaie au moins de viser le tapis?... "

Puis il allongea une main pas tout a fait innocente, et se mit a sembler vouloir masser le dos, encore raide de douleur generalisee, ce celui qui reagit illico en grondant:
"Mais?! Je suis tombe sur le VENTRE, alors c'est pas au DOS, que j'ai mal?! Enfin?!"
"On ne sait jamais. Et puis, je m'inquiete pour ton coccis, aussi... "
"OOH, je te vois arriver avec tes gros sabots?!! NE TOUCHE PAS A MON COCCIS, ESPECE D'OBSEDE?!!"
"Ce que tu peux avoir les idees mal placees, quand meme? J'ai juste, *tres innocemment*, l'intention de jeter un petit coup d'oeil?? ... Et de t'ausculter, *tres innocemment* aussi... "
"Tu me touches, et je crie au viol, je te previens?!"
"Mais pourquoi tant de haine?... Et puis je te signale que si je connais des docteurs, je ne connais par contre aucun VETERINAIRE, moi?"
"... "

Kanon, pique au vif, tourna lentement la tete (la seule chose qu'il soit en etat de faire) vers le Guerrier Divin, qui le regardait avec de grands yeux *innocents*.
"Qu'est ce que tu viens de dire, la?!!"
Fulmina-t-il.
"Qui? Moi? ... que si je connais des docteurs, je ne connais aucun APOTHICAIRE, pourquoi?"
Lui repondit Siegfried, toujours avec ses grands yeux a la Candy.
"OOoh, non?! Ca n'est pas CA, que tu as dit?!"
"AAh, tu vois, tu n'as plus toute ta tete? Tu as du te la frapper contre le sol, en tombant. Mais ne t'inquiete pas, JE suis la."
"C'est justement parce que TU es la, que je m'inquiete?!"
"Mais oui, mais oui... "
Et tout a coup, Siegfried rabattit le bas de la tunique de Kanon, sur la tete de ce dernier.
Ce qui voulait dire qu'il lui avait subrepticement ote sa ceinture?!!
"Voyons, voyons?... "
"Siegfried, espece de lache, arrete ca tout de suite?!"

Mais Siegfried, ignorant ses protestations, se mit a promener sa main ici et la dans son dos et sur ses reins.
C'etait pas vrai, il jouait au Docteur, maintenant?!

"Mmh? Rien la... ni la... et ici?... nonnon... alors la, peut-etre?... "

Kanon, de plus en plus mal a l'aise, essaya tant bien que mal d'au moins se retourner, mais son corps tout entier, encore engourdi par le choc monumental qu'il avait recu, refusait de lui obeir.
Alors il siffla, entres ses dents serrees:
"Puisque tu le prends comme ca, j'appelle Greta!"
"Mais bien sur... bon, maintenant, voyons les ECAILLES... "
"GRE... !!!... Hirk??!!... a... aaaAAH!!!!!!!... "
"Qu'est ce qui se passe? Tu ne comptais pas 'appeler Greta?'... "
"... !!!... nha, a, a?!... !!... "
"Tu t'es aussi mordu la langue en tombant, on dirait?... "

Siegfried s'etait contente de laisser le bout de son doigt glisser, TRES legerement, sur l'une des ecailles. Celles-ci s'etaient aussitot illuminees, et c'etait a cet instant precis que Kanon avait "perdu la voix".
Autant appeler les choses par leur nom: Une vague d'indicible, indescriptible plaisir avait, en une seconde, englouti tous ses sens.
Il n'etait meme plus capable de *penser*.
Siegfried, qui avait lu les "Memoires" bien avant lui, savait que dans les neuvieme et dixieme tomes, se trouvait un passage assez long sur les fameuses ecailles, et dans lequel etait explique l'effet -ou les effets- que pouvait produire la moindre caresse du "Chasseur", sur ne serait-ce qu'une seule d'entre elles.
Ces details etaient restes enfouis dans sa memoire, jusqu'a ce que sa Mere n'y fasse allusion, au milieu de ses explications... et en guettant l'expression de son fils, en lequel elle avait aussitot reconnu, et sous bien des sens, le "Chasseur".

A present, Siegfried profitait ehontement de son savoir en matiere de "Dragons" et d' "ecailles".
(NDLR: Si j'avais su, j'aurais pris ca, en option a la Fac)

Tandis que Kanon, brulant de haut en bas, faisait des efforts desesperes pour reguler sa respiration precipitee, et, les yeux remplis de larmes, griffait le sol de ses deux mains crispees, Siegfried redessina le contour d'une des ecailles, du bout de l'ongle, et la vit briller plus fort qu'avant. Puis il la flatta du bout du doigt, comme s'il voulait aviver son eclat en la polissant un peu plus.
Enfin, il se pencha, deposa ses levres sur la surface du bijou miroitant, le caressa du bout de la langue.
Kanon eut un violent sursaut, lacha un cri de noye et perdit connaissance.

En souriant, Siegfried le souleva dans ses bras, et alla le deposer sur le grand bureau de la bibliotheque, la ou Kanon avait quelques instants plus tot eu l'intention d' * etudier*.
Ensuite, il s'assit dans un confortable fauteuil, face a sa proie evanouie, et attendit qu'elle se reveille en feuilletant un ouvrage pris au hasard dans une pile de livre.
"Comment choisir votre nain de jardin"
Certainement tres instructif.

Kanon "emergea" peut-etre un quart d'heure plus tard.
Il ouvrit des yeux d'un bleu delave, entrouvrit les levres et laissa echapper une faible plainte.

Que se passait-il? Que lui etait-il arrive?

Tout son corps, qui lui faisait en outre mal, n'etait qu'un brasier; Le plafond, face a lui, semblait tourner sur lui meme, lentement, dans un sens, puis dans l'autre. Quelque chose comme le long et grave echo des grands fonds, resonnait dans ses tympans.
Il lui sembla que tous ses sens etaient fausses.
C'etait comme s'il etait tombe en petits morceaux et que quelqu'un ait maladroitement recolle ces derniers, detruisant en lui toute notion d'equilibre et dereglant toutes ses perceptions.
Il tourna la tete sur la droite, se rattrapa instinctivement a la surface dure sur laquelle il etait etendu; Il avait ete certain de tomber, sans pouvoir s'arreter et en entrainant avec lui, dans un grand tourbillon vertigineux, tout ce qui s'etait grave au fond de ses retines.
Oui, c'etait ca... Il etait allonge, mais il avait le vertige.

Si ca n'etait que cela, avec un petit effort, il parviendrait bien a se redresser?
Une fois qu'il aurait le monde bien droit face a ses yeux, ca irait certainement mieux.

Kanon prit appui sur ses avant-bras, essaya de decoller son dos de sur le bureau.

La, il decouvrit qu'il tremblait de haut en bas, si fort qu'il eut un mal fou a ne pas immediatement retomber. Tandis qu'il se penchait en avant, ses longs cheveux bleus colles par la sueur, sur son visage et dans son cou, le souffle court et saccade, une boule de chaleur, dans son ventre, explosa brusquement, et un voile rouge tomba devant ses yeux. A une vitesse effrayante, son corps semblait s'etre enflamme, et il y avait un autre foyer de chaleur devorante, quelque part au fond de ses reins. Malgre cela, il se forca a rester assis sur le bureau, agite de spasmes comme si la foudre venait de lui tomber dessus.

Il se plia en deux, lentement, de grosses larmes coulant sur ses joues empourprees, claquant des dents sans pouvoir s'en empecher.

Allait-il mourir?
Etait-ce comme ca, qu'il allait mourir?

Il leva les yeux, cherchant quelque chose a se raccrocher pour combattre sa terreur, et vit...
Siegfried.

La, il se souvint.
Siegfried avait touche a ses ecailles, l'avait rendu a moitie fou.

Mais Siegfried ne le regardait pas.
Absorbe dans la lecture d'un petit livre qu'il tenait ouvert dans une de ses mains, il ne le regardait meme pas.
Alors qu'il etait assis sur le bureau devant lequel il s'etait installe, et qu'il venait de se redresser avec toutes les peines du monde.
"Sieg... fried?"
S'entendit-il souffler, si bas que l'interesse n'avait peut-etre pas entendu.

Siegfried leva un sourcil, puis son regard sur lui.
Avec sur le visage une surprise qu'il sut feinte, il lui dit:
"Tiens? Tu es reveille?... Interessant, ce livre, tu sais... Moi, je pencherais pour un avec une charrette plutot qu'un avec une pioche, mais bon... Chacun ses gouts, hein?"

????????????
Qu'est ce qu'il venait de lui sortir, la?

Mais Kanon n'avait ni la force, ni l'envie de s'enerver.
Il venait de se rendre compte du pire: Cette brusque chaleur, qui avait explose dans son ventre, etait en train de forcir tout en s'etendant exactement comme un feu de foret qui devore tout ce qu'il rencontre. Elle attisait la fievre qui faisait deja rage dans tout son corps,et c'etait INTENABLE!
Qu'est-ce qu'attendait donc Siegfried, pour continuer ce qu'il avait commence?!
Il n'avait tout de meme pas l'intention de le laisser comme ca?!
Il n'allait pas passer la nuit, lui?! Ou alors, on allait le retrouver fou a lier le lendemain?!!

"Siegfried... "
Murmura-t-il, en essayant de maitriser le tremblement de sa voix.

"Ah, c'est vrai, j'allais oublier... Je n'ai pas encore fini de t'ausculter, moi."
Lui dit tout a coup Siegfried, comme s'il etait en train de commettre une faute professionnelle.

Hein??
"Ausculter"???
Mais ca n'etait pas de CA, dont il avait besoin??

"Bien, deshabille-toi, que je me fasse une idee de l'etendue des degats."

Ah, voila?! Ce langage-la, il le comprenait deja beaucoup mieux?!
Bon, encore un petit effort.

Kanon descendit avec difficultes de la table, et, les jambes en coton, commenca a se debarrasser de sa tunique. Ce faisant, le tissu, en frottant au passage sa peau trop sensible, en raviva le feu, et avec un frisson de honte, il sentit une partie plus sensible encore de son anatomie repondre a cet indesirable stimulus. (NDLR: Vous avez vu, comme j'en connais, des mots savants??... C'est que je ne sais plus comment tourner autour du pot, surtout... T_T;)
Il leva un regard inquiet sur Siegfried, s'attendant a une remarque salee.

Siegfried... LISAIT!!!
SI!! SI!!
Il ne daignait meme pas jeter un coup d'oeil au corps de *son* Dragon (comme il se plaisait tant a le dire et a le repeter) en train de se denuder face a lui!!
MAIS qu'est-ce que c'etait donc que ce livre?!!

PAS du Sade, tout de meme?!Non?!

Kanon se rendit compte que, pour le coup, il etait vexe.
Il jeta rageusement le haut de sa tunique sur le sol, et alors qu'il s'attaquait au bas, ne remarqua pas le sourire qui venait de TRES legerement etendre les levres du Chasseur.

Une fois completement nu, sa longue chevelure saphir ruisselant sur sa poitrine et son ventre pour mieux en cacher les tresors, mais surtout pour dissimuler LE detail capable de trahir le facheux et plus evident effet de la "boule de chaleur" qui continuait a s'etendre a travers tout son corps, il lacha, d'une petite voix pas assuree du tout:
"S... Siegfried?... "

Siegfried allait *a coup sur* commencer par lui demander d'ecarter sa chevelure de sur sa poitrine, afin qu'il puisse mieux se rendre compte de la presence d'eventuelles blessures.
LE pretexte evident, gros comme une maison...

"Hmm? Tu as fini? Oh, tres bien? Bon, par contre, les cheveux, la, ca me gene plus qu'autre chose. J'y vois rien, comment veux-tu que je me fasse une idee?!"

BINGO!
Et il avait gagne QUOI, Mesdames et Messieurs?... le droit de se payer la honte de sa vie.

Allez, courage.
...
Voila, ca y est. T'es content? Vas-y, te gene pas pour commenter?!
Ca va etre quoi?
"Et ben dis donc, mais c'est moi qui te mets dans un etat-la?"
ou alors:
" Rhooo, Kanon!! Un peu de tenue, tout de meme!"
A moins que ce soit:
"Mais je vois que mon petit Dragonichou en sucre est en pleine forme??"

Heu...
Non, le dernier commentaire, surement pas.


" Bien. Rien de grave, a l'evidence."
Commenta laconiquement Siegfried, sans aucune remarque deplacee, ni meme une toute petite etincelle de plus au fond du regard, a la vue de tout ce qui, habituellement, l'aurait fait bondir, la bave aux babines et la truffe fretillante. (NDLR:... ??... )
Kanon, la machoire decrochee, allait begayer quelque chose comme:"QUOI?! C'EST TOUT?!", quand le Guerrier Divin reprit:
"Mais je n'en avais pas fini avec le dos, tout a l'heure? Retourne-toi, pour voir?"

Ca, ca voulait dire qu'il allait se retrouver debout face a un bureau, avec un Siegfried derriere lui, capable de tout, mais surtout de n'importe quoi.
La, s'il ne se passait rien... il etait pret a ingurgiter tout une theiere de 'The-a-la-menthe-que-vous-allez-adorer-mon-fils' (Brrr... )

Mais d'une certaine facon, ca le rassurait.
Il retrouvait son "predateur", et plus fourbe que jamais.

En plus, ca y est, l'insistante chaleur contre laquelle il se battait depuis tout a l'heure, etait redevenue presque aussi vive que quand Siegfried avait touche a ses ecailles, et ses idees se faisaient de plus en plus floues; Il avait franchement hate que le responsable de ses tourments prenne ses responsabilites, et l'aide a mettre un frein a ce dechainement sensoriel.

Kanon se retourna donc, et s'appuya au bureau quand son mouvement commenca a faire danser de petites etoiles devant ses yeux.
Non... Il n'allait pas pouvoir tenir sur ses jambes encore bien longtemps...

Quinze secondes s'ecoulerent, pendant les lesquelles il ne se passa ABSOLUMENT RIEN.
Puis la voix de Siegfried monta derriere son dos, calme et posee:
" Rien a signaler. Tu peux te rhabiller, je pense."

Ca... n'etait ... pas... VRAI?!!
Comment pouvait-il lui faire un coup pareil?!
Ou alors, il se moquait vraiment de lui?
Il comptait VRAIMENT le laisser comme ca?!
C'etait un cauchemar?!

Les dents serrees de desappointement, Kanon sentit les larmes lui monter aux yeux.
Tout en se retenant au bureau, il se retourna vers Siegfried.

Celui-ci avait repris son livre, et ... LISAIT.

Kanon explosa.
Il lui arracha le livre des mains, le jeta rageusement, droit dans la cheminee.
Puis il allait invectiver l'homme impassible, quand celui-ci se leva.

Le Dragon recula, pour le coup effraye.
Mais quand il sentit le bureau bloquer sa retraite, il leva un regard noir de colere, rempli de larmes et de defi vers Siegfried. Les levres serrees, la tete legerement rentree dans les epaules, il le regardait par dessous les longues meches bleutees de sa chevelure, comme pour essayer de provoquer sa colere.

Tout, plutot que l'indifference.

Siegfried laissa tomber doucement:
"Qu'est ce que tu veux?... "
"... "
"Si j'essaie de te toucher, tu vas encore appeler... Greta?"
"... !!... "
"Tu sais que ca m'a blesse, ca?"

Kanon commenca a comprendre ou Siegfried voulait en venir, et un aiguillon de culpabilite vint se planter douloureusement dans son coeur.

Cependant, Siegfried continuait:
"Tout ce qui pourra bien se passer entre nous deux... ne regardera jamais, que nous deux."
"... "
"Tu comprends ce que je te dis?"
Kanon, qui avait fini par baisser les yeux, hocha la tete, avec une petite moue boudeuse, mais un regard completement brouille de larmes qu'il essayait desesperement de retenir.
"Ne refais jamais ca. Tu me le promets?"
La voix de Siegfried etait douce, presque tendre, et il s'etait approche de lui d'un pas.
Kanon releva la tete, la hocha vigoureusement, et ses larmes se mirent a degouliner de guingois jusque dans son cou.

Siegfried fondit. Il ne pouvait QUE fondre.

Il saisit Kanon a bras le corps, le souleva et deposa sur le bureau, puis il alla embrasser ses paupieres et boire ses larmes, une a une, les recueillant delicatement sur ses levres au fur et a mesure qu'elles degoulinaient.
Alors il se rendit compte que son Dragon ne devait pas seulement pleurer de honte melee de soulagement. Il serrait de toutes ses forces les jambes, secoue de petits spasmes rapides, et semblait essayer de se replier sur lui meme, les poings serres contre le ventre.
Siegfried baissa le regard, ecarta d'une main les meches de cheveux bleu lui cachant la source de cette douleur poignante qui semblait rendre son Dragon a moitie fou.

Il lui decouvrit les cuisses trempees d'une substance qu'il voyait pour la premiere fois de sa vie.
C'etait comme une huile transparente, mele de sang clair.

"Mais... Qu'est-ce que c'est que ca ?!"
Murmura-t-il, d'une voix ou transparaissait l'inquietude.
Kanon secoua la tete avec desespoir, les dents serrees de douleur.
Il semblait ne rien en savoir lui-meme.

Soudain, Siegfried eut un doute.
Il se redressa, jeta un coup d'oeil par dessus le dos de son Dragon.
Ses yeux s'agrandirent de stupeur.
Une grande flaque d'huile etait en train de s'etendre sur le bureau!!

Par Odin, mais que se passait-il donc?!
Qu'on ne lui dise pas que c'etait ENCORE de sa faute?!

Kanon lacha un cri etrangle, et au meme moment, un long filet de sang vint se meler a la flaque de liquide transparent.
Siegfried contourna Kanon, le fit se pencher en avant en le retenant contre lui, un bras autour de sa tete, sa main libre appuyant doucement sur son dos.
Et la, il realisa qu'une QUATRIEME ECAILLE etait en train d'apparaitre sur le corps du Dragon.

Mais ... Comment?! Pourqu...

... !!!...

LE SAPHIR D'ODIN!!

Extirpant de la poche le joyau qu'il avait oublie y avoir hativement fourre quand il l'avait retrouve, Siegfried le lanca avec colere a l'autre bout de la piece.

Mais COMMENT avait-il pu etre aussi stupide?!

Apres l'Armure, le Saphir?

Et il fallait voir l'effet que ce dernier avait produit sur Kanon?!

Il souleva ce dernier dans ses bras, le posa avec precautions sur le tapis, et allait s'eloigner pour chercher de l'aide, quand Kanon, affole, a demi fou de douleur et de terreur, le rattrapa par la manche.
"NE T'EN VA PAS!!! NE T'EN... VA PAS!!!"
Siegfried, panique, hesita quelques secondes. Puis il detacha de sa manche la main de Kanon qui lacha une plainte dechirante, et bondit vers le fauteuil le plus proche, ou il savait trouver une epaisse couverture. Il revint aussitot aupres de son Dragon qui s'etouffait de larmes, et, apres lui avoir donne le baiser le plus brulant qu'il lui aurait jamais donne, l'enveloppa dans la couverture, ou il le vit commencer a se calmer.
Enfin, il se releva, se precipita dans le couloir, et hurla, en tenant Kanon serre dans ses bras:
"GRETA!!! GRETAAA!!"

Presque immediatement, il entendit la rumeur d'une cavalcade, et vit debarquer le Trio Infernal, au grand complet.
"Greta, fais tout de suite couler un grand bain froid dans la salle d'eau a cote de ma chambre!! Lorelein, apporte-nous le plus de compresses que tu pourras, et va faire appeler ma Mere!! Toi, Brunehilde, suis-moi!!"
Et, sans plus attendre, Brunehilde pale d'inquietude sur ses talons, Siegfried se mit en devoir de gravir les trois escaliers menant jusqu'a l'etage ou se trouvait sa chambre.
S'il avait su, il aurait choisi une chambre du premier etage, tiens!

Moins d'une minute plus tard, il faisait irruption dans ce qui etait en fait SA salle d'eau, avec Kanon sous un bras, et Brunehilde qu'il avait failli semer, sous l'autre.
Par un miracle qu'il ne s'expliqua pas, sa Mere etait deja sur les lieux.

"Rhoo!! Mon, fils, en voila des facons de porter une jeune fille?! Voulez-vous bien lacher cette pauvre enfant tout de suite?!"

Siegfried s'executait precipitamment, quand Heleine reprit, en fixant la substance huileuse veinee de rouge qui etait en train de suinter de la couverture qui enveloppait Kanon:
"Mais... qu'est-ce que c'est que ca?!"
"Une quatrieme ecaille, qui a emerge a cause de la proximite de mon Saphir d'Odin. Mere, auriez-vous l'obligeance de vous ecarter, s'il vous plait? Nous devons preparer le bac pour y faire couler un bain."
"Ah, parce qu'en plus, vous avez l'intention de le noyer?!"
"Je vais renter dans l'eau avec lui pour le soutenir (groumpf)!! ... Et au fait, que me vaut votre visite, dans ces lieux... inhabituels?"
"Je me demandais quel savon vous utilisez, parce que j'en ai un nouveau pour vous. C'est un savon au the a la rose, que j'ai commande par correspondance. Je suis sure que vous allez l'adorer."
"... Ce qui veut dire que dorenavant, je vais sentir la rose, Mere?... "
"Aah, heu... Oui, c'est vrai que vu sous cet angle-la... Mais puisque vous en parliez, mon fils; Vous avez donc retrouve votre Saphir?"
"... ?!... Comment savez vous que je l'avais per... heu... "
" 'Perdu' ? Mais voyons, il n'y a rien de vous, que je n'ignore, mon Fils?"
"... (gloups)... "
"Et ou est-il, maintenant, ce precieux Saphir?"
"P... .. Par terre, dans... dans un coin de la bibliotheque, je pense?... "
"Mon fils... vous me decevez, vous savez... "
"... (re-gloups)... "

En evitant de plus croiser le regard de sa Mere, Siegfried se hata vers Lorelein, qui venait tout juste d'arriver, les bras remplis de compresses, et suivie de Greta qui avait ameute la moitie des serviteurs.
En un clin d'oeil, le bain fut pret.
"Mais, Monseigneur, pourquoi un bain *froid*?"
S'enquit Greta, inquiete.
"Parce qu'il faut avant tout faire baisser sa fievre."
Avait hativement repondu Siegfried, en trempant sa main dans le bac pour en verifier la temperature.
Il ne fallait pas non plus que ce soit trop froid, et il demanda que l'on rajoute un tout petit peu d'eau chaude.

Se rendant tout a coup compte qu'il ne pouvait pas, en presence de toutes ces femmes, debarrasser Kanon de sa couverture, s'il ne voulait pas provoquer l'hysterie quand elles se rendraient compte de l'etat... particulier dans lequel il etait, Siegfried evoqua un pretexte quelconque pour se refugier dans sa chambre, avec son precieux fardeau.
Heureusement, c'etait la piece voisine, et il savait pouvoir y trouver l'une de ces longues chemises d'interieur dont il appreciait les larges plis flottants.
Il posa Kanon a demi inconscient sur son lit, le debarrassa de sa couverture.

Il se figea cinq secondes, se mordit les levres.
Les yeux mi-clos, Kanon respirait lentement, et divers endroits de son corps trop sensible avaient vire au rose plus ou moins fonce, irrites par le contact de la couverture et le frottement de ses bras quand il l'avait tenu contre lui.
Il lui caressa la joue, murmura:
"Ne t'inquiete pas, ca va aller bientot beaucoup mieux."
Il alla chercher sa propre chemise d'interieur, dont le tissu mele de soie etait doux comme l'aile d'un papillon, et l'en revetit.

Puis il l'enleva une nouvelle fois dans ses bras, et retourna dans la salle de bains.

Les draps de son lit etaient imbibes de cet etrange liquide transparent; Il allait devoir les faire changer pour pouvoir coucher Kanon au plus vite, une fois la fievre tombee.

A part sa Mere, il n'y avait plus personne dans la salle de bains.
Avant de se retirer, elle lui demanda:
"Mon fils, je pense que vous savez que malgre les apparences, sa vie n'est pas en danger; Si un Dragon devait mourir a chaque fois qu'une ecaille lui apparait?!... Par contre, une seule chose: Auriez-vous par hasard *touche* a ses trois autres ecailles?... "
"... Oui, Mere... C'est pour cela que j'ai mis du temps a me rendre compte de ce qui etait en train de se passer."
"Je vois. Dans ce cas-la, une fois que sa nouvelle ecaille sera cicatrisee- ce qui ne devrait plus tarder, je pense - surtout, ne le laissez pas seul dans son etat actuel. Affaibli comme il l'est, il ne saurait pas se controler. L'un de vos aieuls ne savait pas quoi faire, et son Dragon est devenu fou, mais vous, vous savez de quoi il en retourne, alors... "
"Je sais, Mere... Et ne vous inquietez pas, je reponds de lui."
Apres un dernier sourire, Heleine se retira.

Decidemment, elle ne pouvait pas quitter ces deux-la du regard, une seule seconde.
******************************************

Une fois qu'ils furent seuls, Siegfried deshabilla Kanon, dont la chemise d'interieur ruisselait du liquide transparent.
En y regardant de plus pres, la nouvelle ecaille etait, a present, a moitie cicatrisee.
En temps ordinaire, il serait deconseille de mouiller une blessure vive, mais son Dragon etait un Dragon des Mers, et il y avait de fortes chances pour que l'eau ait des effets benefiques sur lui.
Histoire de ne pas avoir de mauvaise surprise, il allait verifier ca tout de suite.

Il attrapa une compresse qu'il trempa dans le bac, et la passa delicatement sur l'un des cotes de l'ecaille dont s'echappait la curieuse substance.

Kanon eut un frisson, un gemissement sourd, et se remit a claquer des dents en tremblant.

Mais si Siegfried n'etait pas encore sur de pouvoir soigner sa fievre et son ecaille en meme temps, il savait par contre que ce ne serait qu'en tout dernier, qu'il pourrait s'occuper ce qui le devorait de l'interieur.

Il recommenca l'operation plusieurs fois, guettant la reaction de Kanon, qui etait toujours plus violente.

Mais que cette maudite ecaille arrete de "saigner"?!

Kanon etait dans un etat lamentable, ca ne pouvait plus durer?!

Enfin, il constata que, comme il s'y attendait, l'eau avait accelere la cicatrisation de l'ecaille seulement sur le cote qu'il avait humidifie.
"Encore un petit effort!"
Souffla-t-il a Kanon, en le debarrassant de sa chemise d'interieur avant d'entrer avec lui (tout habille, imaginez que Greta ou une de ses compagnes debarquent a l'improviste?!) dans le bac.

L'eau, a laquelle on avait rajoute un peu d'eau chaude, etait tout de meme tres froide, et il benit le hasard qui avait voulu qu'il soit un natif d'Asgard.
Il resterait la-dedans tout le temps qu'il faudrait, jusqu'a ce que l'ecaille de Kanon ait cicatrise, et que sa temperature soit a peu pres revenue a la normale.

Ce qui se produisit bien plus vite qu'il ne le pensait.

De temps en temps, une petite main etait venue frapper a la porte pour demander si tout allait bien, et il avait invariablement repondu que oui, tout au long d'une heure et demie pendant laquelle il n'avait pas une seule seconde relache son attention.
Kanon, dont la respiration s'etait regulee, s'etait niche contre lui, et il l'avait compris definitivement hors de danger en l'entendant commencer a faiblement *ronronner*.

Par tous les Dieux, c'etait, a ses oreilles, une veritable musique divine!

Il se releva, ruisselant, et alla deposer Kanon sur une grande serviette, le temps de passer les vetement secs qui avaient ete laisses a sa disposition.

Puis il se mit en devoir de secher son Dragon, qui profita du fait qu'il l'avait appuye contre lui, pour lui passer les bras autour de la taille, et refusa obstinement de le lacher jusqu'a ce qu'il ne se releve en le tenant dans ses bras.

Il debarrassa le fauteuil de sa chambre du colis que sa Mere y avait laisse, et l'y deposa.

Il ne put s'empecher de le trouver curieusement faible et vulnerable, avec sa longue chevelure encore humide, qui retombait en rubans presque lisses sur sa poitrine et ses epaules, sa paleur extreme contrastant avec les taches rosees qui etaient apparues sur son corps, et son regard vague qui le suivait lentement.

Inquiet de le voir si amorphe, il alla s'accroupir face a lui, et lui dit doucement, en plongeant son regard dans celui de son Dragon qui semblait le voir sans vraiment le regarder:
"Kanon, tu me vois?... Tu m'entends? Dis-moi comment tu te sens?"

"... Sieg... fried?... "
Une voix qui n'etait qu'un souffle...

Mais il lui avait repondu, et il avait pu surprendre une lueur d'intelligence, dans ce regard.
"Comment tu te s... ?!... "

Le bras droit de Kanon venait de se lever de sur le siege ou il semblait y avoir repose sans force.
Puis l'autre bras le suivit, tandis que Kanon se redressait lentement dans le fauteuil.
Il le vit froncer les sourcils pour essayer de se concentrer, de sortir de sa torpeur, et il decida de l'y aider. Il lui prit les mains dans les siennes, reprit:
"Kanon?... Tout va bien, tu as juste besoin de te reposer... "
Et la, ce fut plus fort que lui, mais il lui transmit une toute petite dose de son energie vitale.
Le resultat fut immediat: Kanon eut un sursaut, ouvrit tout grand les yeux, puis les baissa de nouveau sur lui.
Et cette fois, Kanon le *regardait*, il n'y avait pas de doute la-dessus.
"Kanon?... tu te sens comment? Parle-moi... "

Le Dragon se laissa tomber en avant dans ses bras, et lui passa les siens autour du cou.
"J'ai... besoin... de ... *toi*... maintenant. Tout de suite."
Glissa-t-il a son oreille, alors que la douce petite musique divine se remettait en marche.

Siegfried ne se fit pas prier.
Meme sa Mere l'avait mis en garde, ca n'etait pas le moment de discuter.
Seulement, mesure de precautions parce qu'il se voyait mal "remettre le couvert" apres chaque evanouissement de son Dragon, il lui transmit une petite dose d'energie supplementaire.

Le ronronnement s'intensifia, et il sentit que ca y est, il pouvait enfin les pousser, les Portes du Paradis.


*** a suivre ***

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