Kanon ramassa avec agacement la longue natte bleue qui pesait sur sa nuque et serpentait loin derriere lui, comme une riviere ondulante aux tons de saphir profond.
Il ne s'etait pas amuse a essayer de couper ca tout seul, il savait que ce serait un veritable massacre...
Mais d'un autre cote, l'encombrante mais surtout, si LOURDE masse de cheveux qu'il s'etait decouverte au reveil, etait bien partie pour lui donner un mal de tete memorable, et il ne pouvait pas continuer a la trainer plus longtemps comme ca, a travers couloirs et escaliers; elle avait deja balaye tant de poussiere et de moutons sur son passage, qu'il se voyait d'ici enrole dans l'equipe de nettoyage du chateau, par une Greta et ses compagnes ravies de l'aubaine.
Il ne manquerait plus que cela.
Tout en grommelant que ca n'etait pas demain la veille qu'on le verrait avec un chiffon a la main, il essaya de faire plusieurs noeuds a la longue corde de cheveux bleus, se retrouva avec un ignoble embrouillamini style "fil d'aspirateur mal rentre" dans le dos, et defit finalement le tout... en trepignant de rage.
Apres avoir essaye en vain plusieurs variantes du "tas de noeuds", et en desespoir de cause, il se l'enroula et noua autour de la taille, par dessus la robe d'interieur qu'il avait hativement passee avant de s'aventurer hors de sa chambre.
Puis il prit une profonde inspiration, et des qu'il eut juge avoir un tant soit peu recupere son calme, se tourna vers la porte a laquelle il avait eu l'intention de frapper quelques secondes plus tot.
Toctoc!
...
" Y'a ... hem... Y'a quelqu'un? "
... (gros silence)
Sa gorge lui faisait mal, et il sentit qu'il n'allait pas tarder a de nouveau perdre la voix, celle-ci restee fragile apres les evenements de l'avant-veille.
Heureusement, dans le cas ou il finirait vraiment par s'egosiller, il lui resterait encore la telepathie, et en se concentrant vraiment fort, il etait a peu pres certain d'arriver a se faire entendre.
Par contre, ce serait bien le tout dernier recours, etant donne que ca l'obligeait a completement s'exposer, pensees et emotions a nu, face a quelqu'un qui allait peut-etre tenter d'en profiter.
Quelqu'un comme Siegfried, quoi...
Mais pour l'instant et histoire d'oublier que l'autre Ostrogoth s'en donnait a coeur joie des qu'il le pouvait, il pouvait bien se hasarder a frapper VRAIMENT FORT contre la porte?...
On ne savait jamais, ca allait peut-etre marcher...
... BAM, BAM, BAM!!... BAMBAMBAM!!!
" ... Siegfried? Tu es la? Tu es reveille? J'... J'entre, hein? Si tu etais en train de faire... des choses inavouables, desole, mais ca fait un bon bout de temps que j'erre dans cet espece de $%&!! de labyrinthe, et je commence a... heu?... "
Kanon, dont la voix etait de toute facon en train de s'eteindre, s'interrompit en decouvrant une sorte de petit salon dont les meubles, couverts de draps aux armoiries de la famille Siegfried, semblaient de prix bien que non utilises depuis des annees.
Il referma la porte en silence, et laissa echapper son enieme soupir (mais celui-ci se termina par un curieux sifflement) depuis qu'il s'etait lance a l'aventure dans cet immense chateau silencieux.
Siegfried etait quelque part, pas si loin, et peut-etre avait-il ete maintenu eveille toute la nuit par la douleur de blessures qu'il avait ignorees pour mieux pouvoir le soigner...
Il lui tardait de le trouver et de se rendre compte par lui-meme.
Il ne le laisserait pas se rendre au Palais ce jour-ci; II etait pret a l'en empecher, par n'importe quel moyen.
Et face a ce bloc de "sens du devoir incarne", il allait avoir interet a trouver le bon.
Kanon tourna les yeux vers les profondeurs de l'interminable couloir encore plonge dans une obscurite qu'un pale soleil matinal ne parvenait qu'en partie a dissiper.
Des portes, des portes et encore des portes, a perte de vue.
RHAAAAAAAAAA!!!
Mais pourquoi donc n'arrivait-il toujours pas a s'y retrouver, depuis le temps qu'il squattait les lieux?!
Et pourquoi fallait-il qu'elles se ressemblent toutes, ces satanees portes, hein?!!
Toujours le meme blason grave dans le bois, et representant la Grande Ourse assortie d'une longue epee semblable a celle qu'il avait failli utiliser pour...
Kanon secoua vivement la tete.
Non, il ne voulait plus penser aux evenements de ces deux derniers jours.
Non pas qu'il ait envie de les oublier... Ils etaient a l'origine de ce Kanon au regard si serein, qu'il surprenait dans chaque miroir.
Mais disons qu'il n'avait pas de temps a perdre a tourner en rond.
Avant de le laisser s'endormir dans ses bras, Siegfried lui avait chuchote quelques mots qui, a present, l'intriguaient.
C'etait aussi pour cela qu'il essayait de retrouver la chambre du Guerrier Divin.
"Ne crains rien, Kanon. Quoi que le Seigneur d'Asgard nous reserve, je suis a tes cotes. Je t'accompagnerai jusqu'en Enfer s'il le faut. "
Lui avait-il dit en lui caressant doucement les cheveux.
Son regard, a ce moment-la, avait ete un puit aux eaux calmes et silencieuses au fond duquel le Dragon des Mers, a bout de forces, s'etait laisse couler avec reconnaissance.
Mais maintenant qu'il etait de nouveau en pleine possession de ses moyens, il s'en voulait de s'etre laisse *tromper* par ce regard.
Il etait a peu pres certain de ne pas y avoir lu ce qu'il *fallait* y lire.
Il y avait encore de nombreuses portes sur sa droite, comme sur sa gauche.
Voyons, un peu de courage.
C'est peut-etre la suivante?
Kanon avait de fait tout le temps devant lui, pour explorer les lieux.
Par cette heure matinale, le chateau semblait desert, comme sorti d'un conte de fees sombre recelant quelque Dragon ou sortilege endormi qui attend l'imprudent Heros en mal de Princesses a secourir.(NDLR : "Le Dragon des Mers au Bois Dormant "... )
Ou qu'il aille, il n'y avait pas ame qui vive sur son chemin, et au hasard de ses pas...
Kanon decouvrit qu'il commencait a aimer ces vieilles pierres ancestrales.
Chaque tapis aux couleurs fanees, ou ses pieds nus s'enfoncaient sans un bruit, contait la gloire d'une Famille dont les vaillants Heros posaient pour l'eternite entre arabesques florales et frises d'epees entrelacees qui, seulement la, sur les canevas antiques, n'etaient que de simples parures inoffensives.
Sur les plafonds ternis par le temps et au fond des couloirs, la ou la lumiere avait renonce a essayer de chasser les ombres tristes de l'oubli, Dragons et Guerriers habilles de sang et de feu deployaient grand leurs ailes et etendards glorieux, dans une ultime etreinte mortelle, un tout dernier acte d'amour lyrique et desespere.
Au dessus des larges atres dont se degageait une apaisante odeur de braises et de poussiere, diverses lames antiques emoussees bien qu'etincelantes comme l'argent amoureusement poli d'un bijou precieux, luisaient dans la penombre orangee d'un feu mourant, et il leur vit, a toutes, le meme blason auquel Asgard avait, tout au long de son histoire, rendu bien des hommages.
Alors qu'il se hasardait a laisser le bout de ses doigts courir sur l'un de ces nombreux blasons graves jusque dans le bois des meubles et les poignees de marbre des portes, Kanon s'immobilisa, attentif.
C'etait etrange, mais voila que meme le silence qui regnait dans ce chateau, venait brusquement de lui apparaitre sous une toute nouvelle forme.
Tout le chateau "murmurait".
C'etait un peu comme une sorte de long echo tres bas, qui vibrait insensiblement a travers chaque objet.
Les murs qui l'entouraient debordaient d'histoires a conter, ils etaient la memoire meme de la Famille Siegfried.
Peut-etre un jour arriverait-il a comprendre cet etrange langage?
Remarquant un rayon de soleil qui venait a grand-peine de s'infiltrer dans le salon ou il se trouvait alors, Kanon s'approcha d'une fenetre.
Derriere les lourds rideaux aux franges emmelees, la cour du chateau toute aussi deserte.
Et au fond de cette cour, sur la gauche, la haute herse encore baissee.
C'etait par la qu'il etait entre pour la premiere fois dans le domaine, sur le meme cheval que Siegfried et maudissant ce jour ou il lui semblait avoir plonge la tete la premiere dans le pire piege a Dragons qui ait jamais existe.
Mais a present, ses sentiments etaient tout autres.
Alors qu'il cherchait les ecuries du regard, Kanon vit une petite porte s'ouvrir discretement en contrebas des hautes tourelles voisinant la herse.
Une frele silhouette empressee se faufila dans la cour, pour se diriger a pas rapides vers le batiment principal, la ou lui-meme se trouvait.
Il reconnut une des deux camarades de Greta.
Mais pas Lorelein...
Heu... tiens??
Mais elle s'appelait comment, deja, la troisieme servante??
Bizarre... Il lui sembla ne meme jamais avoir entendu le nom de cette petite casse-pieds la.
Longs cheveux noirs nattes, yeux sombres.
Quoi qu'il en soit, c'etait bien elle.
Mais bon.
La demoiselle venait de disparaitre par une des petites portes derobees du domaine, et c'etait pas tout ca, mais il avait un Guerrier d'Alpha dans les choux, lui.
S'il ne se trompait pas, il avait explore toutes les chambres de cet etage.
Ce qui voulait dire que ca n'etait PAS le bon etage.
Au point ou il en etait, il pouvait bien encore grimper (voire descendre) un escalier ou deux.
Enfin, cela, des qu'il aurait termine de fourrer dans ses poches le contenu la corbeille de fruits qu'il venait de reperer, la.
Ah, oui, il allait explorer?!... mais PAS sans provisions.
Non, Madame.
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Elle venait enfin de revenir au Chateau.
Ca n'avaient ete que deux petits jours d'absence, deux jours de conge qu'elle avait pris afin de retourner dans son village natal, et aider ses grands-parents a remettre d'aplomb leur petite chaumiere " secouee " par les tremblements de terre qui avaient sonne la fin de la bataille.
Pour elle qui n'avait plus de parents et avait ete recueillie et elevee par de vieilles gens que son sort avait apitoyees, c'etait la, la moindre des choses qu'elle pouvait faire.
Pourtant...
Pourtant, elle savait qu'elle n'etait pas tout a fait la bienvenue.
Cela avait, semble-t-il, un rapport direct avec ses defunts parents, dont on ne parlait que sous robe, au village.
Elle avait entendu les rumeurs les plus variees et les moins fondees, pour ne pas dire, les plus fantastiques a propos de ce couple non marie qui avait fait scandale dans un petit village certes paisible, mais aux mentalites etriquees.
Elle avait grandi avec la rumeur, bercee par de curieuses comptines empoisonnees dont elle se serait bien passee.
Heureusement, elle etait d'un naturel doux et efface, si efface meme, qu'on ne la remarquait pas.
Qu'on ne se souvenait meme pas vraiment de son nom.
C'etait peut-etre cela qui l'avait sauvee; La visible aversion que les villageois nourrissaient a l'egard de ses parents pourtant morts et enterres depuis plus d'une dizaine d'annees, n'avait pas ete transposee sur sa propre personne.
On l'evitait, ou on l'ignorait.
Quelques rares fois, on lui adressait meme un sourire gene, avant de presser le pas.
Mais cela ne la blessait pas.
Parce qu'elle etait "d'un naturel doux et efface".
Comme tout le monde le disait.
Comme tout le monde le pensait.
Elle meme etait... satisfaite? de cet etat de choses.
Tant qu'elle pouvait mener sa petite vie en paix, meme toute seule...
Ses grands parents etaient gentils, mais distants et peut-etre un tout petit peu... froids.
Plusieurs fois, elle avait failli se meprendre, et penser que ca n'avait pas ete par pitie qu'elle avait ete recueillie, mais par pure obligation.
Mais ca n'avait pas de sens : le vieux couple lui repetait souvent qu'elle etait ...
" D'un naturel doux et efface ".
Comment donc une bonne fille docile et travailleuse comme elle, pourrait-elle etre un poids?
Ils l'aimaient mais ne savaient pas tres bien lui temoigner leur affection...
Voila tout.
Et puis...
Le jour ou elle avait parle de quitter le village pour travailler, elle avait vu *tout le village*, justement, se mobiliser!
Pour une raison qui lui echappait, le Pretre qui etait, depuis sa naissance, le seul a sembler avoir un quelconque interet pour elle (plusieurs fois, elle l'avait surpris en train de la fixer d'un air pensif), avait brusquement demande a la voir en particulier.
Elle s'etait retrouvee face a beaucoup de gens qu'elle ne connaissait pas, mais qu'on lui avait presente comme etant *tous*, des pretres des villages voisins, ou plus eloignes.
Pour la premiere fois de sa vie, elle s'etait sentie l'objet d'une attention bienveillante, tandis qu'on lui donnait tous les conseils les plus precieux pour sa situation a venir.
Situation qui, par un miracle qu'elle ne s'expliquait toujours pas, etait d'ores et deja trouvee.
Trois vieillards aveugles qui semblaient tout savoir d'elle, alors que c'etait la premiere fois qu'elle les rencontrait, lui avaient fait de grands discours un peu compliques, mais dont elle avait surtout retenu que :
" Son bonheur etait dans l'etat, bien simple et bien *efface*, de servante ".
Elle avait quitte le village pleine de reconnaissance, le coeur leger, et en sentant les regards inquiets des villageois reunis pour la voir partir, l'accompagner tandis qu'elle s'eloignait.
Sa premiere place avait ete, comme prevu, simple servante aupres d'une vieille dame riche habitant seule dans un chateau bien trop grand pour elle.
Pendant deux mois, elle avait supporte avec bonne humeur les caprices de son employeuse.
Puis celle-ci, qui etait d'une constitution fragile, etait morte un beau matin.
Alors, elle s'etait tout a coup retrouvee sans toit ni emploi.
Se refusant a retourner au village car pensant qu'elle etait certainement capable de se debrouiller toute seule, elle avait commence a se chercher une nouvelle place.
Elle avait chemine pendant quelques jours, sans trop savoir ou aller.
Et puis, completement par hasard mais au beau milieu d'une tempete de neige, elle avait rencontre une grande Dame noble aux traits severes mais harmonieux, qui, en la voyant grelottante et couverte de neige, l'avait fait monter dans son carrosse pour la ramener chez elle.
En y repensant, elle devait la vie a cette Dame genereuse qui lui avait en outre propose sa place actuelle.
Elle avait donc commence a servir chez les Siegfried, chance certes pas donnee a n'importe qui.
Elle avait en outre trouve deux amies enjouees, et, tout dernierement, quelqu'un a *proteger*.
Oui, elle, la petite servante aux yeux et aux cheveux sombres si communs, la jeune villageoise qui avait l'habitude de passer inapercue mais ne s'en plaignait jamais...
Elle, qui se savait douce mais faible, effacee mais transparente...
Elle, qui avait recu a sa naissance le nom magnifique mais bien impropre de " Brunehilde ", avait trouve quelqu'un a proteger.
Un Dragon.
Il etait tout le contraire d'elle-meme; Il attirait et retenait l'attention par sa seule presence, gravait son souvenir dans la memoire de ceux qui l'approchaient, d'un simple regard, d'un simple mot.
Certainement etait-il capable de tuer d'un simple sourire.
Il avait infiniment plus de " relief " que n'importe qui, et cela, meme habille d'un simple drap.
Et pourtant, il etait si fragile, si instable, si exasperant de maladresse et de naivete, que c'en etait a se demander a quoi ca pouvait bien lui servir, d'avoir 28 ans.
Il etait cense etre le plus grand criminel de la planete, mais tout ce qu'elle voyait en lui, c'etait un petit garcon assoiffe d'amour.
Alors un jour, elle avait decouvert qu'elle etait prete a tout, pourvu d'arriver a proteger le sourire qu'elle lui surprenait quelques fois.
Dans ces conditions, ses deux malheureux jours de conge auraient du etre un evenement completement mineur.
Seulement, voila : A son retour au village, elle avait retrouve les sourires tors de gens qui avaient empeche leurs enfants de jouer avec elle, et par cela, un malaise qu'elle avait oublie.
Quant a la maisonnette de ses grands parents, elle l'avait decouverte pratiquement telle qu'elle la connaissait, cela grace a la diligence des villageois qui n'avaient pas perdu de temps pour venir en aide au vieux couple.
Ce dernier, qui l'avait accueillie avec un grand sourire force et en pressant un voisin d'aller chercher le pretre du village, parut consterne en apprenant, de sa bouche, qu'elle avait quitte la place que le village tout entier s'etait demene pour lui trouver.
Quand elle leur annonca qu'elle etait a present au service des Siegfried, elle s'attendait a des felicitations.
Oh, elle n'etait plus dupe, elle voyait parfaitement que c'etait tout, sauf de l'amour, dont etait empreint le regard de ses grands-parents pose sur elle.
Pour l'avoir vu dans le regard des autres, et justement chez les Siegfried, elle ne pouvait plus se meprendre.
Seulement... meme si elle avait enfin ouvert les yeux, elle n'aurait jamais pu imaginer voir le vieux couple reagir comme il le fit.
Son grand-pere commenca par suffoquer de colere, avant de tonner qu'il n'avait aucune intention de continuer a abriter une " Messagere de Destruction " sous son toit, et alla se saisir d'une epee.
Sa grand-mere, quant a elle, lui cracha au visage qu'on aurait du l'executer avec ses sorciers de parents, au lieu de forcer de pauvres gens a se charger de l'education d'une gamine inconnue qui de toute facon, finirait par plonger tout Asgard dans le Chaos.
Voyant la vieille femme s'emparer d'une hachette, Brunehilde, sur laquelle son "grand-pere" etait en outre en train de fondre avec son epee haut levee, sortit juste a temps de son etat de choc.
Bien plus vive que ses deux assaillants, elle se precipita dehors par la porte restee entrouverte, et, apres avoir vole un cheval par chance attache a une barriere a quelques metres de la, se hata de fuir le village dont commencait a monter une rumeur de mauvais augure.
Elle reflechirait plus tard. Pour l'instant, le plus important etait de sauver sa vie.
********************************
M'enfin??
Qu'est-ce qu'il f... dans la cour?!
Et en plus, la porte qui s'etait refermee quand il l'avait lachee, n'avait pas de poignee a l'exterieur?!
Il lui fallait quoi, pour l'ouvrir?!
Un pied de biche?? Une telecommande pour porte de garage?!
Tiens, prends ca, salle porte!!
BAAM!
Fit le pied nu de Kanon, en rencontrant le bois renforce de ferronnerie d'acier de ladite porte.
"Meme pas mal... "
Gemit tout bas le Dragon, les larmes aux yeux, la papatte toute rouge.
"Sur mon armure (NDLR: Kanon... Tu n'as PLUS d'armure... ), je jure que je vais trouver une autre porte pour rentrer!... "
S'exclama-t-il d'une voix qui aurait du retentir a travers toute la cour, mais qui ne fut qu'un murmure s'achevant sur une quinte de toux.
Tout vexe, il leva un regard menacant vers le ciel en train de se couvrir.
Mais comme un petit flocon moqueur en profitait pour venir atterrir sur sa truffe (... ) deja rougie de froid, il rangea sa fierte dans un tiroir de son petit coeur blesse, et se mit sans plus tarder en devoir de contourner le chateau, a la recherche d'un moyen pour y rentrer.
Et en petites foulees, s'il vous plait.
Son Cosmos etait mort et ses facultes physiques reduites a celles d'un mortel, il est vrai, un tout petit peu plus endurant que les autres, mais celles d'un mortel tout de meme. Dans ces conditions et s'il ne faisait pas gaffe, il risquait de se retrouver transforme en Dragon des Glaces de chez Miko, d'ici peut-etre une ou deux heures.
Il ne pouvait pas imaginer de fin plus humiliante pour celui qui aurait encore ete capable, il y a moins de vingt-quatre heures, de faire sauter toute une galaxie (NDLR: c'est lui, qui a peche la sardine qui bloquait le port de Marseille?).
C'est donc en sautillant dans la neige glacee et en maudissant la mauvaise habitude qu'il avait de se promener pieds nus partout, que Kanon se mit a chercher la moindre fenetre, la moindre porte de service, la moindre chatiere (?)...
Il va sans dire qu'il ne trouva pas meme la plus petite gouttiere pour tenter de grimper jusqu'au deuxieme etage ou le narguaient quelques balconnets donnant certainement sur autant de chambres bien chaudes, avec leurs corbeilles de fruits remplies a ras bord et leurs lits aux couvertures epaisses et oreillers moelleux.
Bah, de toute facon, avec sa chance habituelle, il se serait certainement retrouve coince sur une petite corniche, comme quelque gargouille equilibriste grimacant nerveusement un grand sourire plein de dents aiguisees.
Quand il eut fait trois fois, et sans succes, le tour du Chateau voire des ecuries qu'il savait reliees au batiment principal par une petite porte derobee, il se dit qu'au moins, sous le porche de la fameuse ecurie, il aurait des chances de s'abriter du vent glace qui commencait a souffler.
Evidemment, son honneur et le fait qu'il redoutait plus que tout le moment ou Siegfried apprendrait qu'il s'etait aventure a l'exterieur, lui interdisaient formellement de frapper a la grande porte d'entree pour demander a ce qu'on le laisse entrer.
Il commencait a se diriger en claquant des dents vers l'ecurie, quand son regard s'arreta sur une petite tour esseulee a quelques distances de la.
Il haussa un sourcil, jeta un coup d'oeil alentours.
Non pas qu'elle passe completement inapercue dans l'immense cour du chateau, mais obnubile par l'imposante presence de ce dernier, et n'ayant jamais eu, jusque la, l'occasion de se faufiler jusque derriere lui, c'etait bien la premiere fois que Kanon se retrouvait a sa proximite.
Il y avait deux meurtrieres, de chaque cote de l'epaisse porte fermee par un cadenas d'une taille, soit dit en passant, plutot inhabituelle, mais surtout!!... de la lumiere a l'unique fenetre qu'il apercevait a son sommet.
Ce qui voulait dire qu'avec un peu de chance, Kanon avait trouve un refuge.
Youpi!
S'il arrivait a rentrer dans la tour, il allait pouvoir s'y abriter de la neige et du froid, voire (et a condition que sa bonne etoile lui fasse le plaisir de sortir de son hibernation), y denicher des vetements un peu plus chauds que ceux qu'il avait sur le dos a ce moment-la.
Il priait juste pour qu'ils soient a sa taille, et MASCULINS, cette fois.
Et puis tiens, pendant qu'il y etait, et parce que toute cette neige, ca faisait un peu Noel sur les bords, il n'aurait rien non plus contre une bonne soupe bien chaude, et un plan efficace pour se debarrasser de cette collection Integrale des oeuvres du Marquis de Sade, dont il revait carrement la nuit, recemment. Et dans d'epouvantables cauchemars, precisons-le.
Kanon se hata donc vers l'objet de toutes ses esperances.
Bientot, il n'avait plus qu'une idee: entrer, coute que coute.
Mais ca n'etait plus a cause froid, par contre.
Non, c'etait *juste* que cette tour, alors qu'il s'en approchait, avait commence a *l'appeler* d'une voix douce, murmurante, si affectueuse et si pressante a la fois...
Le plus etrange etait que sans meme un seul fremissement, exactement comme si c'etait la quelque chose de naturel, de tout a fait... dans l'ordre des choses?, Kanon s'etait instantanement laisse ensorceler .
A present, il marchait en plein reve eveille, obeissant docilement a cette voix si tendre et si persuasive.
Et son coeur etait gonfle d'espoir naif ne reposant sur rien dont il ne soit vraiment conscient.
'Joli Dragon...
Mon joli Dragon... '
Kanon parvint devant la porte.
A demi endormi, enveloppe dans une agreable torpeur, il ne remarqua pas que le lourd cadenas gisait dans la neige, ouvert et inutile.
Il leva des yeux emerveilles d'enfant qui decouvre sa premiere etoile filante, vers le rayonnement intense qui provenait de la plus haute fenetre.
Il se degageait comme une douce chaleur, de cette haute tour qui semblait a present s'etre penchee sur lui de toute sa hauteur pour lui ouvrir deux *ailes* invisibles, alors que le decor alentour avait carrement disparu pour faire place a une epaisse brume guidant ses pas, volutes tiedes qui caressaient sa nuque et ses bras en le poussant en avant.
Grise, Kanon avait perdu toute notion de temps et d'espace; Il se contentait de boire chaque mot chuchote au creux de son oreille par cette voix seduisante, en suivant d'un pas lent le chemin qu'elle lui indiquait.
'Approche, viens dans mes bras...
Laisse-moi te bercer, laisse-moi te chanter...
Joli Dragon
Joli Dragon... '
Il monta les escaliers en colimacon de la haute tour, sans n'y voir autre chose que d'ephemeres marches de cristal bleu sombre se desagregeant doucement derriere lui, sans le moindre bruit.
Le rayonnement se faisait plus intense a chacun de ses pas.
Il parvint dans une petite salle ronde, au sommet de la tour.
Il n'en vit pas les vieux murs humides, il ne remarqua pas la grande mosaique qui s'etendait sur le sol, et qui representait un Dragon agonisant, baignant dans son sang.
Il ne reconnut pas l'armure d'Alpha, rayonnant d'une lumiere meurtriere qui s'intensifia nettement alors qu'il franchissait les derniers metres entre elle, la "Devoreuse" et lui-meme, sa Proie.
Une fois face a elle, il etendit la main, caressa du bout des doigts le metal brulant dont il ne sentit pas la morsure sur sa peau vulnerable.
Il passa ses bras autour du cou de celle qui continuait a lui murmurer des mots plus tendres encore, et alors que le tissu de ses vetements prenait feu, il se laissa doucement glisser aux pieds de l'armure d'Alpha.
Il commenca a peu a peu perdre ses forces, devore de l'interieur par l'objet d'un amour irraisonne aux pieds duquel il s'etendit puis se roula en boule, yeux mi-clos, *ronronnant* doucement.
Des filaments de lumiere jaillirent de l'armure, plongerent dans sa peau livide, commencerent a drainer son energie vitale, sa vie elle-meme.
Kanon, toujours sous l'emprise du sortilege, ne ressentit que chaleur et apaisement delicieux, jusqu'a ce qu'un violent elancement au niveau de la colonne vertebrale, ne le saisisse totalement par surprise.
Il eut un sursaut, un cri dont il se demanda vaguement si c'etait bien de sa gorge, que cet etrange son proche du rugissement venait de sortir.
Il essaya de se redresser, se rendit compte avec etonnement qu'il ne savait plus comment faire pour se mettre debout.
Debout??
Mais pourquoi se mettre debout??
Qu'est ce que c'etait, deja, "debout"?
Il n'eut pas le temps de plus reflechir: Brusquement et avec un bref eclat urgent, l'armure d'Alpha, qui avait quelques secondes plus tot eu l'intention de le mettre sur son tableau de chasse des "Dragons Devores", venait de lui designer un ennemi.
Il y avait un intrus dans la place.
Un intrus de taille, qui s'etait retrouve oblige de se baisser pour entrer dans la petite salle.
*******************************
Thor ouvrit de grands yeux.
Aucun doute: C'etait le Dragon des Mers en personne!
Il l'avait apercu et immediatement reconnu, a l'instant ou il etait entre dans la cour du Chateau a la suite de la petite servante.
Longs (TRES longs?!!) cheveux bleus et yeux tirant sur le turquoise, peut-etre 1m90, et une beaute que lui-meme avait envie de qualifier comme "maudite".
Il avait vu le Dragon se diriger vers la petite tour, au fond de la cour, et n'avait pas tarde a lui trouver une expression etrange.
Puis, comme par magie, le cadenas qui maintenait la porte solidement fermee, etait tombe.
C'etait la qu'il avait remarque le violent rayonnement de lumiere qui s'echappait de la fenetre, tout en haut... Ce rayonnement-la etait celui d'une Armure Divine, il n'y avait aucun doute!!
L'ARMURE d'Alpha!!
Cet homme voulait-il donc mourir, ou ne connaissait-il pas l'autre nom de l'Armure de Siegfried?!
La "Devoreuse de Dragons" ne ferait qu'une bouchee de lui, maintenant qu'il n'avait meme plus de Cosmos pour l'avertir du danger?!
Thor s'etait donc precipite a la suite de Kanon, tout en se demandant ce qui prenait a Siegfried de laisser SON Dragon se promener seul dans un endroit pareil.
Il allait commencer par le lui ramener, et il lui poserait la question.
Hein?
Pourquoi "le Dragon *DE* Siegfried" ??
Allons donc...
Mais depuis le temps qu'au hasard de son braconnage dans les environs, Thor etait le temoin involontaire de toutes ces decharges d'energie et explosions de Cosmos qui avaient presque sans treve emane du Chateau des Siegfried, il avait fini par comprendre (Il n'etait pas stupide!) a QUI appartenait le Cosmos inconnu qui se melait parfois de facon... louche! (NDLR: excellente analyse des evenements... Quant a Siegfried, il va etre tres content d'apprendre que ses "barrieres d'energie" auront plus ete des indices, qu'autre chose... )... a celui du Maitre des lieux.
Siegfried avait trouve *SON* Dragon, comme quoi, meme les legendes les plus fabuleuses ne pouvaient etre moquees.
Par contre...
C'etait juste une impression, comme ca, mais 'quelque chose' lui disait que meme si la situation lui paraissait deja compliquee a souhait, ca n'etait RIEN compare a ce qui attendait le General en Chef des armees d'Asgard, dans un futur relativement proche.
Aah, bien sur, si Siegfried avait decide de mettre en peril la reputation et l'honneur de sa lignee elle-meme, il devait avoir ses raisons.
Pas necessairement de BONNES raisons, mais ses raisons tout de meme.
Et lui, Thor, avait decide de les respecter.
Apres tout, il connaissait le Guerrier Divin d'Alpha depuis suffisamment longtemps, pour pouvoir lui faire confiance, et les multiples transformations, puis la *mort* du Cosmos de Kanon etaient suffisamment d'evenements notables, pour qu'il decide de se limiter au role d'observateur.
Du moins pour l'instant.
Parce qu'on ne se meprenne pas!
Lui-meme n'oubliait pas DU TOUT ce qu'avait du endurer *sa* Princesse pendant la bataille.
Il reglerait lui-meme ses comptes avec le Dragon des Mers, en temps voulu.
C'est a dire, quand il jugerait son fameux "role d'observateur", obsolete... et Siegfried, suffisamment loin,
parce que, hein... bon.
En d'autres termes: Le fameux Kanon avait interet a surveiller ses arrieres. (NDLR: heu... )
Quoique.
Il pouvait bien s'offrir un petit avant-gout de l'instant beni ou il pourrait regler ses propres comptes avec le "Monstre", la, tout de suite?
Il avait l "excuse" revee:
Parce que ce Dragon des Mers-la, faisait plus vrai que nature.
Voila-t-il pas qu'il lui montrait les dents en grondant, maintenant?!
Et puis il etait a quatre pattes sur le sol, groupe et pret a bondir.
C'est ca, essaie de me mordre, pour voir!
Allez, attaque! tchi, tchi, tchi!!
OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIII!!!!!!!!!!!
Ca y est, le Dragon le chargeait!!
PRENDS CA!!
PAAAAAF!!!
*******************************
Kanon recut la plus belle claque de sa vie, et pour cause, car appliquee avec le genre de paluche dont les dimensions doivent figurer dans le Guiness.
Il avait bondi en visant la gorge du Geant, et avait ete 'cueilli' en plein vol, par un coup d'une violence telle, qu'il en avait perdu connaissance sur le coup.
Quant a l'Armure d'Alpha, une fois son "Dragon de Garde" improvise hors de combat, elle s'etait tout bonnement... rendormie!
Comme dirait l'autre (NDLR: heu... qui?), elle en avait, un sacre culot!
Thor ramassa le Dragon tombe en petit tas tout mou au pied d'un mur, et se mit en devoir de redescendre les escaliers de la tour.
Il en connaissait un, de Guerrier d'Alpha qui allait etre content de voir "son" Dragon lui etre ramene par quelqu'un qui ne devrait meme pas etre au courant de son existence!
BWAAHAHAHAHA!
Pour rien au monde, il ne voulait rater sa tete a ce moment-la.
Et, d'une humeur charmante, Thor se dirigea vers le batiment principal du Domaine des Siegfried.
**********************************
Greta, reveillee de force par une Brunehilde surprise de voir le chateau vide et endormi, se hata d'aller ouvrir la grande porte d'entree, a laquelle un visiteur matinal venait de frapper.
Apres lui avoir resume en quelques mots les evenements des deux derniers jours, elle avait laisse sa compagne figee de stupeur au beau milieu de sa chambre.
Tout en nouant hativement son tablier par dessus sa robe rouge et blanche, elle s'etait precipitee dans le couloir avec dans l'idee d'aller a son tour reveiller Lorelein certainement encore pelotonnee au fond de son lit.
Elle avait bien note que Brunehilde ne la suivait pas, mais cela ne l'avait pas plus etonnee qu'alarmee, car elle savait la jeune femme avoir suffisamment de travail de son cote.
Aurait-elle surpris l'expression d'incredulite choquee melee de colere, qui avait deforme les traits de sa jeune amie, qu'elle en aurait oublie jusqu'a l'existence d'une Lorelein bien partie pour dormir jusqu'a midi, et serait restee aupres de Brunehilde pour tenter de la calmer.
Mais elle ne remarqua rien du tout; Elle etait deja debordee, a deux doigts de la panique a la simple idee de tout ce qu'elle aurait a faire ce jour-la.
Il fallait dire que la veille, tous les serviteurs epuises par la longue nuit de veille que leur avait impose l'etat alarmant du Dragon, avaient beneficie d'une journee de conge... qu'ils avaient pratiquement tous passe a rattraper leur nuit blanche.
En consequence, tous allaient avoir le double de travail que d'habitude, et Greta, qui etait un peu la responsable de l'entretien du chateau, allait bien en avoir le triple.
Cependant, on venait de frapper a la porte.
QUI donc, s'amusait a leur rendre visite a une heure pareille?!
Le soleil venait a peine de se lever?!
Apres avoir rapidement verifie sa mise et ravale sa mauvaise humeur, Greta s'arma de son plus beau sourire, et ouvrit la porte.
GHYAAAA!!
KING-KONG!!
Hurla-t-elle en pensee, avant de reconnaitre Thor, l'un des amis et freres d'armes de son Seigneur.
Elle recupera a la hate son sang-froid et son souffle bloque dans sa poitrine, se rearma de son "plus beau sourire", et etait sur le point de begayer la "formule de bienvenue-type", quand son regard tomba sur ce que King-Ko... heu, sur ce que le Geant tenait dans ses bras, ou plutot, *sous* le bras.
Elle avait deja vu ce Dragon-la quelque part?...
En la voyant se figer brusquement et devenir livide, Thor, qui etait tres physionomiste, sut que Greta venait de recevoir un enorme choc psychologique, et que bien plus que la "formule de bienvenue-type" qu'elle n'avait pas reussi a lui presenter, c'etait a present une question dont il devinait les termes, qui lui brulait la langue.
Il decida de commencer par tirer de cette jeune femme de toute evidence plus vraiment en etat de bien reflechir, quelques unes des informations qu'il etait venu chercher.
"Je vous ramene le Dragon de votre Seigneur. Je crois qu'il etait en train d'essayer de se sauver?"
Il savait parfaitement avoir quelques peu deforme ce qu'il pensait etre la verite, mais voila: comme il le pensait, Greta lui jeta un regard pouvant indubitablement se traduire par:
"Ca n'est pas possible?! Pourquoi chercherait-il a s'enfuir?"
Ce Dragon-la restait donc *de son propre gre* aux cotes de Siegfried.
Il s'y etait attache?
Interessant.
Il lui tardait de plus en plus d'aller verifier cette hypothese aupres du Guerrier Divin d'Alpha lui-meme.
Pour une fois qu'il aurait une chance de le voir se troubler, voire... rougir??
HUHUHUHUHU... hem.
D'aussi loin qu'il se souvienne, il ne lui avait jamais vu la moindre faiblesse. Meme le jeune Siegfried pour lequel l'epee portant le blason de sa famille etait encore trop lourde, avait ete une parfaite incarnation du "futur Heros legendaire". Serieux, limite froid aux yeux de certaines personnes, il n'avait jamais laisse quiconque le traiter comme l'enfant qu'il etait pourtant.
Il fallait dire que c'etait une idee qui n'etait venue a personne
Thor n'avait pu, a l'epoque, s'empecher de lui trouver un cote triste.
D'une certaine facon, quelque chose de commun avec le jeune Alberich.
Cette impression curieuse ne l'avait pas quitte pendant toutes ces annees.
Il tenait ce jour-la l'occasion unique de jeter un coup d'oeil sous le "masque" du Heros, il n'allait pas se gener.
De quoi, lui, "voyeur"?!
Mais pas du tout?! Allez jeter un coup d'oeil sur ce mot dans dictionnaire, ma petite dame?!
Et en se rejouissant a l'avance d'avoir peut-etre reussi a mettre la main sur la seule faiblesse de son ami, Thor reprit, en voyant Greta s'effacer pour le laisser passer, apres une seconde d'hesitation, mais sans quitter le Dragon des yeux:
"J'aimerais que tu me menes jusqu'a ton Seigneur, j'ai deux mots a lui dire."
Comme Greta levait deux grands yeux ecarquilles d'inquietude sur lui, il se rendit compte qu'elle retenait courageusement ses larmes, et decida d'arreter de jouer avec elle. Il lui dit gentiment:
"Ne t'inquiete pas, je n'en ai pas pour tres longtemps, et ni ce Dragon, ni ton Seigneur ne risquent quoi que ce soit."
Il avait a peine fini sa phrase, qu'il la vit vaciller, et se rattraper a la porte.
Ses jambes semblaient ne plus la soutenir qu'avec peine...
Mais que se passait-il donc dans ce chateau, a la fin?!
Il passa devant elle, lui tapota doucement la tete au passage.
Ce simple mais chaleureux geste lui rendit-elle une partie de ses forces une seconde amoindries? Elle se redressa, lui sourit timidement et lui fit signe de la suivre.
Frappe de l'avoir vu, pour la premiere fois de sa vie, lui adresser, non pas le sourire poli que son statut lui dictait, mais et bien celui d'une jeune femme comme les autres, il se felicita d'avoir arrete de la taquiner, et la suivit.
Ils gravirent deux etages, et alors que, parvenus en face du troisieme escalier, elle se retournait machinalement pour jeter un coup d'oeil au Dragon, il lui dit:
"Il est juste assomme et un petit peu roussi, rien de grave."
Deuxieme sourire.
Thor, qui n'avait jamais ete sensible qu'a celui de sa Princesse, la douce Hilda, se dit que cette jeune femme-ci, elle aussi, avait... peut-etre?... un certain charme.
Tout en baissant le regard sur son prisonnier toujours inerte, il se demanda devant quel homme il allait se retrouver, quand celui-ci allait se reveiller, cette fois debarrasse du sortilege mais confronte a un deuxieme Guerrier Divin.
S'il lui faisait le plaisir d'essayer de l'attaquer, qui sait, il allait peut-etre reussir a lui mettre une deuxieme claque?
Pourvu qu'il lui fasse le plaisir d'essayer de l'attaquer...
Il jeta un coup d'oeil par une fenetre dont on venait juste d'ouvrir les rideaux.
La tempete etait en train de forcir.
AAah, mais quelle belle journee... *^v^*
*****************************************
Greta frappa a la porte de la chambre de son Seigneur.
L'une des chambres de l'etage ou se trouvait celle de Kanon. (NDLR: doue, vraiment... )
Pas de reponse.
Greta frappa une seconde fois.
Toujours pas de reponse.
Inquiete, elle entrouvrit prudemment la porte.
Thor se pencha, distingua la silhouette de Siegfried, allonge bras en croix et bottes aux pieds, sur un grand lit meme pas defait.
Sous sa chemise ouverte, des bandages taches de sang coagule.
Greta, surprise de decouvrir son Seigneur dans un etat pareil, se rendit brusquement compte que pendant le fameux jour de conge, il n'y avait certainement eu personne pour l'aider a changer ses bandages.
Mais de la a les laisser tel quel?!
Cela voulait a coup sur dire que l'interesse avait lui aussi passe toute une journee a dormir.
D'ailleurs, il semblait encore profondement endormi.
Thor, de son cote, devorait des yeux l'imprevu spectacle du "Heros" terrasse de fatigue, qui n'a meme pas eu la force d'oter ses bottes avant de tomber comme une masse sur son lit.
Un petit rire lui echappa, il poussa la porte de la chambre, et, en se baissant, y entra.
Greta, qui n'avait pas eu le temps de s'interposer, s'affola, lui passa devant en trombe et alla se pencher au dessus du lit de son Seigneur en lui soufflant sur un ton presse, mais sans pour autant oser le toucher:
"Mon... Monseigneur? Reveillez-vous!!... Vous avez de la visite!... Mais??... Mais Monseigneur, reveillez-vous?!Mons... !!"
Une main plus grande qu'elle n'avait jamais ose le croire, passa par dessus son epaule, et, saisie, elle la vit se refermer sur l'epaule de Siegfried pour le secouer tandis que la voix du Geant faisait, loin au dessus de sa tete:
"Siegfried, debout! Regarde ce que j'ai trouve en train de fouiner, dehors!... .. Comment il s'appelle, deja?... Fido?"
Siegfried, emergeant avec peine, ouvrit des yeux embrumes de sommeil, les tourna vers Thor. Alors que son regard tombait sur son Dragon, il murmura, d'une voix ensommeillee et avant de rouler sur le cote pour poursuivre sa 'sieste':
"Thor? Mais qu'est ce que tu me racontes? C'est pas 'Fido', c'est 'Kanon'... mgnmgnmgn... .. "
" 'Kanon', tu dis?... .. hoo... Comme "Kanon des Gemeaux"?... "
"Et pour cause, c'est lui... Mais sois gentil, lache MON Dra... ??!!... .. .!!!!!!!!!!... "
Siegfried se redressa d'un bloc, consterne.
Il tourna un regard effare vers Thor, qu'il trouva tout sourires et penche sur lui de toute sa hauteur, Kanon inerte (?!) sous le bras.
Seigneur Odin, faites que ce soit un reve!! Meme le pire cauchemar que j'aie jamais fait!!!
A ce moment-la, Siegfried remarqua Greta, petrifiee, mains crispees sur son tablier.
Si elle etait la, il n' y avait pas de doutes, c'etait BEL ET BIEN un cauchemar!
HAAaaaHAHAHAHAHAHA.. T_T;
Mais alors, Thor qui le voyait essayer de se persuader etre encore en train de rever, laissa tomber lentement, sur un ton chantant qui trahissait tout le plaisir qu'il concevait de la situation:
"Et bien NON, Siegfried... Tu, ne, re-ves, pas... "
"HAHA... HA... arghh... "
Siegfried leva un regard desespere vers le ciel, sentit plus ou moins qu'il n'avait rien a attendre de ce cote-la.
Il se passa une main sur le visage, tourna les yeux vers Greta, et lui dit, d'une voix tres basse et tres sombre:
"Greta, laisse nous. Et quitte l'Etage, s'il te plait. "
Greta se retint juste a temps d'essayer de discuter l'ordre de Siegfried.
Le regard de ce dernier n'etait pas de ceux qui acceptent la moindre tentative de marchandage.
Elle quitta donc docilement les lieux... mais se hata d'aller trouver ses deux compagnes.
A trois, elles auraient peut-etre une chance d'arriver a escamoter le Dragon pendant que les deux Guerriers Divins regleraient leurs comptes?
Mais?!
Qu'etait-elle donc en train de penser, la?!
Elle devrait avoir honte!
Elle n'avait *pas* honte, mais... elle devrait!
"J'imagine que tu veux des explications?"
Soupira Siegfried, a l'adresse de Thor et des qu'il sut Greta suffisamment loin.
A ce moment la, un leger gemissement s'eleva de la silhouette du Dragon en train de reprendre ses esprits.
Nooooooooooooooon, par pitie, NE TE REVEILLE PAS!!! PAS MAINTENANT!!!!
Hurla en silence Siegfried, dans un petit coin de son esprit torture, et tandis que ses machoires et ses poings de crispaient de desespoir.
Thor haussa un sourcil, baissa le regard sur son prisonnier, et le deposa sur le sol, en avancant, avec interet non dissimule, et une pointe de menace :
"Et si c'etait a LUI, que je les lui demandais, les.. explications? Hein?... Qu'est ce que tu en penses?"
L'expression -poignante- de Siegfried, en reponse a cette question, fut un "J'en pense que ca n'est PAS une bonne idee" tres clair et tres persuasif.
Mais Kanon se redressait, peniblement et en secouant la tete.
"Aieaieaieaie... .. "
Gemit-il, les oreilles sonnantes.
L'instant d'apres, il relevait le nez.
Puis il le leva encore plus haut, lentement et en palissant.
A la fin, il tendait desesperement le cou vers le sommet de l'immense ombre qu'il venait de decouvrir juste face a lui.
Quand il rencontra le regard de Thor, il balbutia:
"Kiki... King Kong?... "
"Non, Thor, Guerrier Divin de Phecda. Et toi? Quel est ton nom?"
Lui repondit Thor, tres patiemment, tres calmement, et sans DU TOUT sembler relever le fait que Kanon venait de le traiter de macaque geant.
Kanon sembla reflechir quelques instants.
Puis il murmura, tres bas, d'une toute petite voix:
"Heu... Camus du Verseau?... J'ai ete ressuscite, ca doit etre la ... la radioactivite?... non?... "
Thor ferma les yeux, ce qui l'aida considerablement a digerer la reponse.
Puis il les rouvrit, et voyant Siegfried, assis sur son lit, les machoires decrochees et fixant d'un air bete ce Dragon pas moins bete, il se presenta deux hypotheses.
1. Nonnon, il n'avait pas reve, le Dragon le prenait vraiment pour un c...
2. Sisi, c'etait de sa faute, meme qu'une seconde claque aiderait certainement a remettre en place les idees de la 'bestiole', derangees par la premiere qu'il avait prise dans la tour.
La deuxieme hypothese lui sembla la meilleure.
Il dit a son vis-a-vis, sur un ton tres courtois, tres poli:
"J'ai l'impression que c'est grave. Est ce que tu pourrais te relever, que je te mette une claque... curative?"
Kanon ferma les yeux, ce qui l'aida considerablement a digerer la reponse.
Puis il les rouvrit, et voyant Thor, toujours penche sur lui, un grand sourire placide fendu d'une oreille a l'autre, il se presenta deux hypotheses.
1. Nonnon, il n'avait pas reve, ce Guerrier Divin le prenait vraiment pour un c...
2. Sisi, le dernier des c... s, meme!
Et Kanon, qui aurait a chercher le mot "hypothese" dans un dictionnaire, un jour, sauta a la gorge de Thor.
Pour la seconde fois d'une journee qui ne faisait que commencer.
Bien sur, son attaque ne rencontra que le vide, tandis que son opposant, qui lui, etait tout a fait en mesure d'utiliser son Cosmos et les facultes qui y etaient liees, se transposait sur son flanc gauche, le poing deja leve.
Il l'abattait avec la force que tout le monde lui connaissait, ce qui voulait dire que Kanon avait toutes les chances de se retrouver deux etages en dessous dans peut-etre une seconde, quand il se produisit quelque chose que le Geant avait ... plus ou moins... prevue.
Siegfried, sortant pour le coup de son hebetement, s'etait interpose.
Thor, suspendant son coup a quelques centimetres de ce qui etait donc devenu la tete du Guerrier d'Alpha, se contenta de demander a celui qui etait a deux doigts -il pourrait en jurer- de stimuler son Cosmos:
"Je peux savoir ce que tu fabriques?"
"Tu me sembles suffisamment au courant de la situation, pour que je n'aie pas a me justifier."
Lui repondit Siegfried, du tac au tac.
Pendant un instant, les deux hommes se regarderent sans un mot.
Mais alors, Kanon, suffisamment vexe et furieux pour ne pas realiser que la, il aurait plutot ete dans son interet de se faire tout petit, declara avec force et defi, et en fusillant Thor du regard:
"Siegfried, je te remercie, mais je peux me defendre tout seul?!!"
La, Thor vit le visage de Siegfried se durcir, et ses machoires se serrer. Kanon, qui se tenait dans son dos, ne pouvait surprendre son expression, mais le Geant, lui, sut immediatement qu'une rage froide doublee d'exasperation a deux doigts de l'explosion, venait de saisir le Guerrier d'Alpha.
Il se prit a plaindre le Dragon, qui n'avait aucune idee de ce a quoi il s'exposait.
Quand Siegfried lui lanca un regard style " OK. Charge-toi de lui." avant de completement composer son expression pour se tourner vers le Dragon qui continuait a le defier du regard, Thor vit sa chance lui etre presentee sur un plateau d'argent.
Mais il n'en etait plus si heureux?
"Tres bien. Comme tu voudras."
Venait cependant de repondre Siegfried, a un Kanon que Thor eut la surprise de voir legerement tressaillir.
Se pouvait-il que ce Dragon connaisse aussi bien le Guerrier d'Alpha que lui-meme, et cela malgre le fait qu'ils ne devaient s'etre pour la premiere fois rencontres, que deux ou trois semaines plus tot?
Non, peut-etre pas *aussi bien* que lui...
Parce que sinon, il ne serait pas en train de le laisser passer derriere lui, meme avec cette expression detachee, style "comme si de rien n'etait".
Thor s'avanca jusque devant Kanon.
Celui-ci, preoccupe par l'attitude de Siegfried qui etait alle s'appuyer contre un mur, derriere lui, jeta au Geant un regard ou subsistait -bien malgre lui- un brin d'inquietude.
"A tous hasards", il se mit en position defensive.
Thor le sut completement deconcentre, loin d'etre pret, mais leva une nouvelle fois le poing.
Il aurait pu faire appel a son Cosmos, mais il ne le fit pas.
Ca n'etait pas le moment d'abattre le Dragon, sous les yeux meme d'un Siegfried qui les fixait sans un mot, *pret lui aussi*.
Au moment ou Thor abattait son poing, Siegfried se materialisa derriere Kanon, lui saisit et maintint solidement les poignets dans le dos.
"Siegfried?!"
Le Dragon, stupefait, ne s'etant *tout de meme* pas attendu a une chose pareille, tourna la tete vers l'homme aux yeux pales. Il lui vit un regard qui, a cet instant, l'epouvanta.
En une fraction de seconde, il comprit dans quel genre de piege il venait de tomber, mais il etait deja trop tard.
Le poing de Thor l'atteignit de plein fouet, et alors que Siegfried le lachait, il se retrouva catapulte contre une table, qu'il renversa avant de violemment percuter le mur qui s'etait trouve derriere elle.
Il resta une bonne seconde plaque contre le mur, sous l'effet de l'impact colossal qu'il venait de recevoir. Crispe de haut en bas, il tenta brievement de resister, mais alors, il decouvrit que c'etait la, bien plus que son corps *actuel* ne pouvait en supporter, et, terrasse d'humiliation, il abandonna la lutte.
Il se relacha, glissa lentement contre la froide paroi si dure, puis s'abattit sur le sol.
Le souffle coupe, son corps tout entier a tel point engourdi, qu'il ne ressentait pas encore la douleur, Kanon se recroquevilla en cherchant un peu d'air a pousser de force dans ses poumons opprimes.
Avec un sifflement sourd, une bouffee d'oxygene accompagnee par la douleur enfin reveillee, trouva enfin son chemin dans sa poitrine.
Etait-ce la, la *douleur* que ressentait le commun des mortels?
Lui qui etait ne avec un Cosmos actif, n'avait jamais rien connu de tel.
Il avait toujours ete ne serait-ce qu'en partie protege par cette defense naturelle qui surgissait pour agir en bouclier contre toute forme d'attaque, y compris sensorielle.
Il realisa que, comme il en avait entendu parler, il etait possible de mourir de souffrance.
Mais il aurait donne n'importe quoi pour ne pas faire cette decouverte, de CETTE facon-la.
Le souffle court et difficile, il se demandait comment il allait bien pouvoir trouver la force, voire le courage, de se relever, quand il entendit des pas s'approcher de lui.
Non, qu'on ne lui dise pas que CA allait recommencer?!
Plutot mourir.
Mais alors, il comptait bien emporter avec lui, AU MOINS, un bras de son adversaire.
Une seconde.
C'etait qui, deja, son adversaire?
King Kong.
Alors, il ne pouvait pas se montrer si ambitieux.
Allons, une MAIN suffirait.
OU alors, allez... un doigt? Juste un ?
Une main, justement, passa sous son visage pour le lui faire lever.
Cette main-la etait de taille "normale".
Sieg...
Siegfried?
Siegfried, qui baissa sur lui un regard grave, et lui demanda:
"Kanon... De TOI ou LUI, *qui* est le plus en droit de frapper l'autre, ici?"
Kanon fremit.
Il y avait plus de sens, dans cette simple phrase, qu'il n'aurait compris y en avoir quelques semaines plus tot.
Maintenant, il le savait.
Le jour viendrait, ou il arriverait a comprendre dans quelle langue ce Chateau lui parlait...
Ce jour n'etait plus si loin.
Il commencait a se douter de QUEL langage il s'agissait.
La reponse, toute simple, evidente, la seule reponse possible s'il voulait se montrer digne de Siegfried, s'imposait.
Elle allait l'obliger a faire un pas de plus sur le chemin que le Guerrier Divin lui avait trace, un chemin tout droit, sans le moindre coin d'ombre ou se cacher; Un chemin ou tenter de se retourner etait risquer de faire face au Neant.
Mais il voulait voir jusqu'ou Siegfried serait capable de le mener.
"Lui... "
Souffla-t-il, en repondant au regard de Siegfried, par le sien rempli d'espoir.
Siegfried eut un soupir dans lequel il put lire un indicible soulagement, et hocha la tete.
Sa main, contre sa joue, la caressa brievement, discretement.
Enfin il lui sourit, doucement, tendrement, et se pencha sur lui pour l'aider a se redresser.
Dans leur dos, Thor qui n'avait rien perdu de la scene, ni de la reponse du Dragon dont les yeux avaient ete tout, sauf ceux d'un assassin en puissance, jeta un coup d'oeil par la fenetre, et lanca, d'une voix forte qui tremblait legerement, car il savait a quel point elle sonnait faux:
"Quoi, mais il fait deja si tard?!... Siegfried, desole, mais je crois qu'il est l'heure pour moi de rentrer!... Merci pour tout, et salut!"
Et il se hata de decamper!
Kanon et Siegfried, les yeux ronds, le regarderent sortir en coup de vent de la chambre.
Il n'etait encore que sept heures du matin.
************************************************
Alors qu'il se depechait de sortir de la cour, Thor fut rattrape par l'un des serviteurs de la Maison Siegfried, qui lui remit un petit papier.
Quoi?! Ca n'etait quand meme pas la note pour la table detruite et le mur a repeindre?!
Non.
C'etait quelques lignes lui conseillant d'aller jeter un coup d'oeil a un certain tronc d'arbre sur lequel etait tombe la foudre.
Il parait qu' y etaient graves des mots de tres grande importance pour la "suite des evenements".
Mais ce qui lui parut le plus interessant, dans ce petit mot griffonne a la hate, etait le "merci" ecrit tout en bas, en lettres plus petites que les autres.
Pour ne pas dire, en pattes de mouches presque illisibles.
Il allait falloir qu'il se retienne pour ne pas les faire encadrer, ces "pattes de mouche".
Thor, de tres bonne humeur pour le coup, se dit qu'il pouvait bien aller faire une petite excursion, et en profiter pour partir a la recherche fameux tronc d'arbre.
Cela, des qu'il aurait capture quelques lapins bien gras sur les Terres des Siegfried, bien sur.
D'accord pour partir en excursion, mais PAS sans provisions.
Non, Madame. (NDLR: Bon. On va peut-etre arreter de se repeter, hein? *^v^*)
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Thor oubliait un seul detail, alors qu'il s'absorbait dans la poursuite de sa premiere boule d'ouate bondissante, avec ses mignonnes noreilles(... ) completement couchees sur le dos de terreur, genre: "Oskour les mecs, j'ai KING KONG aux trousses!!!!".
Kanon allait se retrouver confronte a un interrogatoire qui avait toutes les chances de le mettre dans une position delicate. (NDLR: Je SENS que certains viennent de se meprendre sur le sens du mot "position"... )
D'ailleurs, ca n'avait pas tarde: En essayant de remettre d'aplomb la table en piteux etat, Siegfried avait demande a son Dragon, de facon completement anodine:
"Au fait, comment est-ce que Thor t'a trouve? Ne me dis pas qu'il est par erreur entre dans ta chambre?"
"Ben non, j'etais dehors?"
Repliqua innocemment Kanon, en remettant droit un tableau de guingois.
Siegfried ouvrit tout grand une bouche en O majuscule, lacha la table qui lui tomba royalement sur les DEUX pieds.
Mais il n'etait pas Guerrier Divin pour rien, et il parvint sans trop de peine a ne pas hurler.
Du moins, pas de douleur.
Se retournant brusquement vers son Dragon qui etait en train de se mordre les levres, les sourcils fronces de colere contre lui-meme, il tonna:
"DEHORS???!!!MAIS... MAIS!!! QU'EST CE QUE TU F... .. DEHORS?!!!!"
"Ben, heu... Je... je cherchais ta chambre, et... et... "
"ET??... ET??!!"
"Et je me suis... un petit peu... perdu?"
Avoua Kanon, en rougissant et detournant le regard.
(Seigneur, surtout, ca n'etait pas le moment de perdre la voix!!)
"PERDU?!!PERDUUU?!!EN CHERCHANT MA CHAMBRE??!!AU MEME ETAGE QUE LA TIENNE??!!"
Tonnait cependant Siegfried.
"BEN OUI!!! ET ALORS??!! J'AI MEME PAS LE DROIT DE ME PERDRE TRANQUILLE, C'EST CA?!"
Hurla a son tour Kanon, a bout de nerfs, et degoute de se rendre compte que Siegfried ne trouvait rien de mieux que d'insister lourdement, alors qu'il avait deja assez honte comme ca.
Il ne se douterait jamais a quel point il aurait mieux valu pour lui perdre la voix le plus rapidement possible...
"ATTENDS, TU ESSAIES DE ME FAIRE CROIRE QUE TU T'ES PERDU, ET COMPLETEMENT PAR HASARD RETROUVE DANS LA COUR?! MAIS TU TE FOUS DE MOI??!!"
"MAIS C'EST VRAI!! J'Y PEUX RIEN, SI C'EST UN VRAI LABYRINTHE, CETTE BARAQUE, QUAND MEME?! ET PUIS... ET PUIS... "
Petite seconde de silence, pendant laquelle la colere de Kanon atteignit son point culminant.
"ET PUIS D'ABORD, TU AURAIS PU M'AVERTIR QU'IL NE FALLAIT PAS QUE JE M'APPROCHE DE TON ARMURE, J'AI FAILLI ME FAIRE BOUFFER, MOI, ESPECE DE C... !!"
Aboya-t-il, saisi par la terreur retrospective d'etre tombe sur *pire* que Siegfried, completement par hasard qui plus est!
Enfin, il ajouta la cerise sur le gateau (NDLR:tarte aux pommes?):
"REGARDE-MOI CA, JE SUIS TOUT BRULE DE PARTOUT, MOI, MAINTENANT!! TU VAS VOIR, LA PROCHAINE FOIS, JE VAIS LUI COLLER UNE ETIQUETTE 'BANDAI', A TA #%$& D'ARMURE !! PARCEQUE MOI, ON M'ATTAQUE, HEIN, ET BEN, JE ME DEFEND!! OUI MONSIEUR!!" (NDLR: Non Madame... )
Kanon, dans une colere noire, ne savait plus du tout ce qu'il disait.
Siegfried, ne trouvant meme plus la voix pour exprimer la sienne, de colere, ferma les yeux et se mit a grincer des dents en se pincant la base du nez entre deux doigts. Comme ca ne le calmait pas pour autant, il se mit a tourner sur lui-meme en cherchant quelque chose a casser.
Quand son choix se fut fixe sur la malheureuse table qui avait ose agresser ses orteils encore endoloris, il lui jeta un regard style "Tu vas mourir, Chevalier!", stimula son Cosmos (!) et lui allongea un terrible coup de latte qui la souleva du sol et la jeta contre le mur deja passablement endommage.
La table resta une bonne seconde plaquee contre le mur, sous l'effet de l'impact colossal qu'elle venait de recevoir. Crispee de haut en bas, elle tenta brievement de resister, mais alors, elle decouvrit qu'elle n'etait rien de plus qu'une ... table... et, terrassee d'humiliation, abandonna la lutte. (NDLR: Oui, je sais, j'avais promis de ne pas me repeter... )
Etait-ce la, la *douleur* que ressentait le commun des tables?
Ben oui.
Par contre, ca ne fut pas de douleur qu'elle mourut.
Parce que les tables ne meurent pas.
Elles se retrouvent reduites a l'etat de petit bois pour la cheminee, mais elles ne meurent pas.
Et cette table-la, se retrouva reduite a l'etat de petit bois pour la cheminee.
Par contre, elle fut heureuse de voir Kanon rendre hommage a sa bravoure:
"Combat Table contre Siegfried, vainqueur, Siegfried! Bravo, tu as gagne le droit d'en acheter une neuve."
Laissa-t-il tomber avec ironie, parce que c'etait plus fort que lui, et que decidemment, ca n'etait pas demain la veille qu'il allait apprendre a LA FERMER.
Pour meilleure preuve, alors que le tableau qu'il venait aimablement de remettre droit, se cassait la g... .. . sur le sol, il commenta:
"AAaah, ben tu vois, c'est malin?! Remarque, ca va etre plus facile a remettre en place que tes vertebres, hein?"
Siegfried se tourna vers lui.
Kanon, fixe par un regard meurtrier, devint tout blanc.
Une seconde plus tard, il se precipitait droit vers la porte.
Un quart de seconde plus tard, Siegfried se *materialisait* face a lui, lui barrant farouchement le passage.
Aureole par son aura qui avait pris un eclat "chauffe a blanc" il siffla entre ses dents, en faisant un pas en avant alors que Kanon en faisait un en arriere:
"Tu es sorti du chateau... "
"Mais j'ai pas fait expres?!"
Se hata de completer Kanon, ses petites noreilles roses tremblantes plaquees a l'arriere de la tete (??).
"Tu as touche a mon armure... "
"Ah, non!! Quand meme?!! C'est elle, qui m'a appele?! Tu as deja entendu parler d'Hamelin et les souris? Et ben, pareil!!"
"Tu as menace mon armure... "
"RHOooh, pour une petite etiquette 'Bandai'?!... "
"Tu m'as traite de c... "
"Qui, moi? Ou? Quand?... Et je te rappelle que je parle TRES MAL allemand?!"
"... Kanon... "
"Oui?"
Souffla le Dragon, qui DETESTAIT quand Siegfried l'appelait par son nom, comme ca.
"Viens ici."
"AAah, que NON?... "
"J'ai dit: Viens ici. Tout de suite."
"Pas question. Ou alors, tu tiens les mains dans ton dos, et tu fermes les yeux. On ne sait jamais, je vais peut-etre... heu?... t'... t'embrasser?... "
Fit Kanon, avec un petit regard en dessous et certain que ce coup-ci, ca allait marcher.
Mais l'expression de Siegfried, tres loin de s'eclairer, se fit plus nuageuse encore.
"Oooh, vraiment? Dans ces conditions, tu ne verra aucun inconvenient a ce qu'on retourne dans la chambre secrete?"
GLOUPS!!
"Heuuu, non, attends... je veux dire, *pourquoi* la chambre secrete? C'est tout noir, humide et froid? C'est lugubre,... c'est, c'est pas ce qu'il y a de mieux pour... "
"Dans la chambre secrete, il y a des fers et tout un tas d'instruments marrants pour s'amuser; Des cordes, des fouets... Surtout des fouets... "
"... !!!!!!!!... Siegfried, je t'assure, ARRETE de lire du Sade, reste un minimum humain... "
"Aah, parce que tu ne me trouves pas assez humain, avec mon raisonnement du 'qui aime bien, chatie bien?' "
"Ca, ca veut dire que tu vas essayer de me taper dessus parce que tu m'aimes?!Mais c'est n'importe quoi?!... Tu vois, c'est ce que je te disais: tous ces livres degoutants, c'est mauvais pour ce que tu as?!... JE VEUX DIRE: C'est mauvais pour ta sante psycoclogique... psychocolchique (NDLR: ... dans les pres... )... psiclic-o??... olique... ??!... Je disais, c'est mauvais pour la sante... de... de ta tete?... heu?... .. "
"C'est bien ce que je disais: Tu t'es assez paye ma tete. ALORS VIENS ICI TOUT DE SUITE!!!"
"!!!"
Kanon, qui sentait avoir depasse son temps de parole en meme temps que les bornes, fit volte face pour s'elancer vers le balcon.
Siegfried se "materialisa" devant lui, menacant, une seconde fois.
Mais cette fois, il commenca par lui allonger une gifle monumentale, avant de le saisir par un bras.
Mais?! Il est vraiment fou de rage?! (NDLR: Nooon, sans blagues?!), pensa Kanon, catastrophe, la joue en feu.
Se voyant traine vers le lit, il se dit que d'une certaine facon, il avait de la chance, dans son malheur: Encore quelques claques, et une looongue nuit bien eprouvante...
En bref, rien qu'il ne connaisse pas.
Hmm?
Une seconde?
Pourquoi est-ce qu'il se retrouvait brusquement maintenu tete sur le lit de Siegfried??
Et c'est lui, qui avait critique ses "positions loufoques"??
Aaah, non, il semblait que ce qui l'attendait ne soit pas le "programme habituel".
Siegfried venait d'enlever sa ceinture, et d'en faire une boucle.
!!!!!!!!!
AaaaAAAAAAAAAAAHHHHHH, NOOOOOOOOOOON??!!
ALORS, CA, MON VIEUX??!!
Une terreur monumentale s'empara de Kanon.
D'un coup de reins et juste a temps, il se retourna sur le flanc, et arreta le bras de Siegfried. Celui-ci, les dents serrees, lui jeta un regard de TRES mauvaise augure.
Seulement, voila.
Treve de plaisanterie, Siegfried avait failli abattre son bras, et rien que d'y penser...
Ca n'allait pas se passer comme ca.
Parce qu'il n'avait RIEN FAIT, d'abord?!
Et puis si jamais quelqu'un le surprenait dans une situation pareille, il allait definitivement passer pour un maso de premiere, ce QUI N'ETAIT PAS LE CAS, qu'on se le dise!!!
Quoi qu'il arrive, il ne le laisserait pas toucher a son dos.
Il en faisait une affaire d'honneur.
Il lacha, d'une voix rauque de colere:
"Siegfried, CA, pas question!"
"Je n'ai que faire de ton avis. Lache mon bras."
"J'ai dit, pas question!! C'est toi, qui va lacher ca!!"
"Attends, qu'est ce que c'est que ce ton?! Je croyais que tu avais retenu la lecon?!"
"Oui, et bien, c'est toi, qui va en prendre une, de lecon, si tu t'amuses a me faire une chose pareille!!"
"Kanon... Ca, ca va se payer tres cher. Je t'avertis une derniere fois: LACHE MON BAS!!"
"Et moi, je te previens une derniere fois: LACHE CA!! TU M'ENTENDS?!! JE TE DIS E LACHER CA!!"
Vocifera Kanon, qui ne se possedait plus.
A ce moment-la, il y eut trois grands coups frappes a la porte.
"Messeigneurs, que se passe-t-il??!!"
Fit la voix de Greta, qui etait revenue avec ses deux compagnes, dont une Brunehilde qu'elle avait trouvee en train de se couper les cheveux au niveau des epaules, a l'aide d'une courte dague.
Siegfried allait ordonner qu'on les laisse tranquille, quand Kanon le devanca, et hurla, en dernier recours, et en essayant de forcer un Siegfried pas d'accord du tout, a lacher la longue tresse bleue dont il s'etait empare pour etre sur de ne pas le voir filer:
"GRETAAA!! IL VA ME TUER!!!"
Siegfried lui-meme n'en crut pas ses oreilles.
Qu'est ce qui lui prenait?!
Mais ensuite, ce fut de ses yeux qu'il douta, quand une espece de furie aux courts cheveux noirs fit irruption dans sa chambre.
Brunehilde?!
C'etait vraiment la, la douce... Brunehilde?!
Et comment se faisait-il qu'elle ait ose entrer dans sa chambre sans meme y etre autorisee?!
C'etait la premiere fois qu'une chose pareille se produisait.
Et comme si la liste des "premieres fois" devait se voir rallongee, la jeune femme cria, en accourant vers Kanon qui continuait a tirer sur sa natte de toutes ses forces:
"LACHEZ ce Dragon!!"
De stupeur, Siegfried lacha la natte de Kanon, qui la ramassa en toute hate et en profita pour prendre ses distances dare-dare.
Lui meme surpris par la tournure que venait de prendre la situation, il jeta un coup d'oeil (de loin) a Brunehilde haletante et furieuse, puis a Siegfried tout aussi furieux, mais petrifie.
Enfin, il jugea plus prudent de prendre la poudre d'escampette avant que l'orage n'explose, et s'elanca vers la porte.
Il se heurta a la Mere de Siegfried, qui avait ete reveillee par des eclats de voix, et etait accourue apres avoir jete un chale sur ses epaules. (NDLR:Je vais bien finir par arriver a faire intervenir le Pape, dans cette histoire... )
En le voyant, elle lui sourit, et lui dit:
"Mais vous semblez en bien meilleur etat qu'il y a deux jours?"
Kanon, qui ne s'attendait pas a une remarque pareille a un moment pareil, balbutia maladroitement, avec un grand sourire crispe:
"Heu... oui, m, merci?... "
Et il essaya de s'esquiver.
C'est alors qu'Heleine le retint.
Elle venait de jeter un oeil au visage de son fils, et sans pour autant tout comprendre de la situation, avait en un eclair compris que s'il y avait une personne a ne pas laisser prendre le large, c'etait bien le Dragon... un peu trop presse a son gout d'ailleurs.
Elle l'attrapa par une epaule, et le fit pirouetter sur ses talons en lui disant, sur un ton n'admettant aucune replique:
"Vous, vous restez LA."
De nouveau pousse dans la chambre, Kanon tout decu, mais surtout tout penaud, retourna a sa place precedente.
C'est a dire, bien a l'ecart de Siegfried, et cramponne a sa natte dont il souhaitait ardemment qu'une bonne ame l'aide TOUT DE SUITE a la couper... tres court...
Alors que le Guerrier Divin lui jetait le genre de regard a vous donner envie de vous armer d'un extincteur, Heleine donna quelques ordres brefs.
"Tout le monde dehors, sauf mon fils, son Dragon... et vous, ma fille. J'ai l'impression que vous allez vous aussi avoir votre part d'explications a donner."
Intimee de rester dans la chambre, Brunehilde dont le changement de coiffure ne suffisait pas a justifier l'impression toute nouvelle qu'elle produisait, alla se placer juste a cote de Kanon, qui la regarda faire avec de grands yeux.
Ceux de la jeune femme, dont il venait tout juste de se rendre compte qu'elle les avait aussi noirs que deux perles d'ebene, brulaient doucement.
Ils avaient une jolie forme d'amande, de longs cils recourbes...
Mais pourquoi n'etait-ce que maintenant, que tous ces details lui sautaient aux yeux?
Greta et Lorelein, bien que de types tout a fait differents, etaient fort jolies elles aussi, mais il n'avait pas mis tout ce temps a s'en apercevoir?!
Tout en trouvant la chose etrange, Kanon reporta son attention sur le probleme le plus grave du moment.
Il y allait avoir des "explications" a donner, et Heleine ne les laisserait certainement pas en paix, tant qu'elle ne serait pas satisfaite.
Mais...
Mais il n'avait aucune envie de les donner, ces explications, lui?! T_T;
Ce qui venait de se produire avec Siegfried, c'etait le genre de choses a garder en PRIVE, non?!
...
Siegfried devait penser que non, car il se fit un net plaisir de repondre a TOUTES les questions de sa Mere, et sans LE quitter des yeux, en plus!
'Sale cafeteur!!'
Gronda Kanon entre ses dents, les larmes aux yeux d'humiliation.
C'est alors qu'il sentit la petite main de Brunehilde se glisser dans la sienne.
Il baissa le regard avec etonnement, et la vit lui sourire, comme si elle cherchait a l'apaiser.
Ce qu'elle etait donc gentille.
Il lui retourna son sourire...
Ce qui ne plut PAS DU TOUT a Siegfried, qui s'ecria, en se levant d'un bond:
"Non mais, dis donc, toi!! Lache la main de MON Dragon tout de suite!!"
Kanon en resta bouche bee.
Il n'allait pas lui faire une scene de jalousie, en plus?!
Il recula d'un pas, avec un grondement sourd.
... avec un grondement sourd??
A present, Siegfried comme Brunehilde le regardaient d'un air surpris.
Mais c'etait bien lui, le plus surpris!
Lui qui pensait bientot perdre la voix a force d'avoir braille, se mettait a gronder?!
Heleine, qui le regardait fixement, eut un petit rire qui sonna etrangement dans le silence.
Se tournant vers son fils pas peu surpris, elle lui tint, avec le plus grand naturel, des propos que PERSONNE (a part elle) ne comprit sur le moment:
"C'est bien ce que je pensais. Siegfried, tu m'as dit que ton Dragon etait rentre en contact avec ton armure, n'est ce pas? Et bien maintenant, il essaie juste de proteger sa queue."
... ..
???????????????????
Heu... mais bien sur??
Comme Siegfried, sourcils fronces et bouche bee comme la premiere fois qu'il avait goute a l'un des thes favoris de sa Mere, la regardait sans paraitre avoir compris goutte a ce qu'elle venait de lui dire, Heleine lui sourit, et, se tournant cette fois vers Kanon, dit a ce dernier:
"Approchez, mon cher... "
"???"
Kanon recula d'un autre pas.
Que comptait-elle lui faire?!
Mais alors, elle eut un autre des ses petits rires chantants, et reprit, en lui tendant une main:
"Mais non, n'ayez pas peur, vous ne risquez rien."
Kanon ne put tout simplement pas imaginer qu'elle soit en train de lui mentir.
Cette femme ne savait meme certainement pas mentir...
Apres avoir jete un petit coup d'oeil a Brunehilde qui ne savait pas trop non plus comment reagir, il ota doucement sa main de dans la sienne.
Et la, ce fut curieux, mais il lut dans son regard que s'il risquait quoi que ce soit, elle volerait a son secours sans meme penser a proteger sa vie.
Il en etait... d'une certaine facon, heureux? Mais quelque chose lui disait que la jeune servante n'etait pas en etat de faire le moindre raisonnement "dans la norme".
Non. Elle n'etait pas dans son etat "normal".
Il detacha enfin les yeux des siens, et s'approcha d'Heleine.
Ce faisant, il prit soudainement conscience qu'il n'aimait pas sentir quelqu'un derriere lui.
Meme si c'etait une jeune fille en apparence inoffensive, comme Brunehilde.
En le voyant de toute evidence preoccupe par la "presence" derriere lui, Heleine se permit un petit sourire amuse.
Une fois arrive pres d'elle, elle l'invita a se retourner, pour presenter son dos a son fils.
Comme Kanon secouait violemment la tete en essayant de nouveau de s'eloigner, elle lui saisit le visage entre ses deux mains, et, en l'obligeant a la regarder bien en face, lui declara:
"Kanon, je vous le repete, il ne vous arrivera rien tant que je serai la. Vous entendez? Vous comprenez?"
Kanon hesita, et, apres avoir longuement sonde le regard de la Mere de Siegfried, tourna docilement le dos a ce dernier.
Et la, il sentit une panique irraisonnee commencer a serrer sa gorge.
Heleine avertit Kanon qu'ELLE allait legerement toucher son dos, et le vit se raidir.
Sachant que moins l' "experience" se prolongerait, mieux cela vaudrait, elle fit signe a Siegfried de s'approcher, lui saisit la main droite en l'invitant d'un regard, a rester absolument silencieux, et lui appliqua doucement le bout des doigts a la base de la colonne vertebrale de Kanon, c'est a dire, a la naissance de ses reins.
Kanon bondit litteralement a ce leger contact, et laissa echapper un cri etrangle.
Quant a Siegfried, il se figea en voyant quelque chose comme trois losanges lumineux disposes en triangle, se mettre a briller sous ses doigts et a travers les vetements de l'ex-General des Mers... lequel etait en train de faire un effort surhumain pour ne pas ceder a la tentation de s'enfuir loin, tres loin de cette chambre maudite.
Siegfried leva un regard interrogateur vers sa Mere, qui lui dit:
"Ce que tu viens de voir sont des ecailles de Dragon. La preuve ultime que ce Dragon-la est bien *le tien*, puisqu'elles ne brilleront que si UN MEMBRE DE NOTRE FAMILLE les effleure, et seulement apres que l'armure d'Alpha et le Dragon en question soient une premiere fois entres en contact."
Siegfried avala l'explication avec l'impression qu'elle etait trop en sa faveur, pour etre veridique.
C'est qu'en prononcant les mots "membres de notre famille", Heleine lui avait fait un petit clin d'oeil qui lui avait appris que, pour etre plus juste, les trois ecailles ne brilleraient que si LUI, les touchait.
Le reve?!
SON Dragon, etait bel et bien *SON* Dragon!!
Pas besoin de le couvrir de morsures pour indiquer qu'il etait "sa propriete"?!(NDLR: pas besoin de collier non plus, Siegfried... )
... Quand il pensait qu'il avait ete sur le point de lui faire une stupide scene de jalousie?!...
Tandis que Siegfried, tout emu, regardait tour a tour ses doigts et les trois losanges qui brillaient encore, bien que faiblement, au bas des reins de Kanon, ce dernier, qui venait de recevoir un choc terrible, se mit a trembler violemment.
Qu'est ce que c'etait que cette histoire?!
Trois losanges??
Trois ECAILLES DE DRAGON??
Mais il etait ne d'une femme et d'un homme, comme tout le monde?!
Qu'est ce qu'on allait lui deballer, ensuite, qu'il allait bientot etre capable de cracher du feu par la bouche?! Qu'on allait lui sacrifier Athena??(NDLR: AAAH, NON!!)
S'ils pensaient qu'ils allaient arriver a l'embobiner aussi facilement?!
Au moment ou Siegfried se rendait compte qu'un grondement sourd etait en train de monter de son Dragon, ce dernier se precipita hors de la chambre, et disparut en courant.
Comme il se lancait a sa poursuite, Heleine le retint par un bras, et lui dit:
"Laissez-le quelques instants en paix. Il vient de recevoir un choc terrible. Parlons plutot de ce a quoi vous allez devoir faire attention, a l'avenir... hmm? Ah, j'allais oublier... Vous, ma fille, vous pouvez vous retirer."
"Mais?! Mere, je ... "
Essaya d'objecter Siegfried, dont la colere venait de se raviver au souvenir des actes de Brunehilde, de fait toujours presente dans la place.
"Mon fils, vous souvenez-vous de ce qu'a crie votre Dragon, juste avant que Brunehilde ne fasse irruption dans votre chambre?"
"Heu?... "Il va me tuer"??"
"Exactement. Votre fidele servante a cru qu'il etait la question de vie ou de mort. Je pense que cela se passe de commentaires?"
Siegfried ne repondit pas.
Il pensa seulement, en voyant sa "fidele servante" quitter silencieusement la chambre apres l'avoir salue profondement, que les choses lui paraissaient bien moins simples que cela.
**************************************
Kanon envoya le grand miroir valser au fond de la chambre.
Ca n'etait pas possible, ce qu'il venait de voir dans son dos, n'etait pas REEL!!
Ces trois ecailles d'un delicat vert-eau, brillantes comme trois pierres precieuses minutieusement taillees et polies avec le plus grand soin, ces trois... choses etranges et inconnues qui luisaient doucement au bas de ses reins, entre les interminables rivieres de sa chevelure trop longue... ne POUVAIENT PAS... etre reelles!!
C'etait un sortilege, une malediction, l'oeuvre de quelqu'un ou quelque chose qui avait jure sa perte!!
Il n'y avait aucun doute la-dessus, et ca n'etait pas de pleurer comme il etait en train de le faire, qui allait changer les choses?!
Ca n'etait pas cela qui allait... l'aider... a effacer... ces choses... in... fames...
Kanon tomba a genoux sur le sol, se plia en deux de douleur, les bras refermes autour du torse, secoue de sanglots d'humiliation et de desespoir.
Pourquoi lui?!
Avait-il merite cela, aussi??
Il n'avait de Dragon, que le nom!!... Il le savait!!
Il etait HUMAIN!!
Il etait HUMAIN!!!!
Personne n'avait le droit de lui voler cette derniere fierte?! PERSONNE?!!
Il essaya d'arracher ces "marques d'infamie" qui etaient apparues sur son corps sans meme qu'il s'en rende compte, mais au moment ou ses ongles deraperent sur la surface lisse des ecailles, une douleur fulgurante, telle qu'il n'eut meme pas de voix pour l'exprimer, traversa son corps tout entier, et il redoubla de larmes.
Pourquoi lui??
"POUR... QUOI!!!... "
Gemit-il entre deux hoquets.
Il se traina jusqu'a un coin sombre de cette chambre qu'il n'avait choisie que pour le miroir qu'il y avait trouve. Mais meme la, la lumiere lui paraissait trop forte.
Il ne voulait voir personne, plus jamais.
Parce que personne ne devait le voir comme ca...
***********************************
Siegfried mit quelques temps, mais finit par le retrouver.
Il n'y avait eu qu'une seule porte entrebaillee dans tout cet etage, qui etait de plus, un etage desaffecte.
Il n'y a avait donc pas d'erreur, Kanon devait etre LA.
Siegfried se rememora les explications de sa Mere.
Les trois ecailles qui s'etaient dessinees sur la peau de son Dragon, etaient les sequelles d'une queue qui ne pouvaient apparaitre sur le corps d'un ETRE HUMAIN. Leur emplacement etait en outre une region au moins -si ce n'est plus- sensible a celle, dans son propre dos, que la Legende avait voulu vulnerable.
Le moindre egratignement serait l'equivalent d'une blessure grave, et a la faveur d'un choc trop fort, Kanon pouvait parfaitement mourir de douleur.
Pas etonnant qu'il ait pique une crise de nerfs quand lui, avait tente de le frapper dans le dos.
Quoique, pour etre franc, Siegfried n'avait pas... tout a fait... vise son *DOS*.
Mais bon, ca ... hem... disons qu'il allait le garder pour lui, hein?...
Siegfried s'approcha a pas de loup de la chambre, colla son oreille contre le mur. (NDLR: Rhooo, ca ne se fait pas, d'ecouter aux por... aux murs!!)
Kanon... etait bien la.
Il l'entendait tres distinctement... pleurer.
Siegfried inspiration profondement, inspecta sa mise sans que ca ait le moindre sens, poussa la porte de la chambre, et appela doucement, TRES doucement:
"Kanon?... "
Les pleurs s'arreterent immediatement, et un lourd silence hostile tomba sur la chambre dans laquelle Siegfried entra en se grattant la gorge.
"hem... Kanon?... "
Repeta-t-il.
Aucune reponse.
Pas gagne.
D'autant plus qu'il ne l'apercevait nulle part, son Dragon?!
Voyons... un tapis, deux chaises, un profond fauteuil, deux armoires (une petite et une grande) sur sa droite, une commode pres de la fenetre, une table de chevet avec son vase rempli de fleurs fraiches juste a cote du grand lit a baldaquins (ouverts) se trouvant contre le mur sur sa gauche, un secretaire avec sa plume et son petit pot d'encre...
Et puis, un grand miroir qui avait recemment ete fracasse contre un mur.
Ce qui voulait dire que Kanon avait verifie la presence des trois ecailles, dans son dos.
D'ailleurs, il semble s'etre deshabille pour cela, puisque ses vetements gisaient en petit tas sur le tapis, au beau milieu de la chambre.
Ensuite, choque par sa decouverte, il avait du se cacher quelque part.
Mais ou?
Et brusquement, Siegfried se souvint!
Kanon ADORAIT se cacher dans les armoires! (NDLR: surtout quand il est en robe... *^v^*)
Il y en avait deux, et la plus petite, il avait beau la scruter, il l'imaginait TRES mal pouvoir contenir un Kanon, avec ses 1m88.
Siegfried s'approcha donc de la plus grande.
Il se racla une deuxieme fois la gorge, se pencha legerement vers le meuble, et commenca son plaidoyer.
"He-hemm... heu... Kanon?... (silence plat) Kanon?... Tu es la??... ca... ca ira?... Tu sais, ces ecailles, ca ne veut rien dire, ca ne t'ajoute ni ne t'enleve rien?... C'est... C'est un petit peu... comme une tache de naissance?... d'une facon, moi aussi, j'ai quelque chose qui y ressemble, sauf que chez moi... heu... ca indique a mes adversaires... la ou il faut frapper, tu vois? D'une certaine facon, je suis ... peut-etre?... un petit peu plus... a ... a plaindre que toi?... "
Oups, ca avait peu de chance de toucher Kanon, dit comme ca.
Il reflechit, et reprit avec hesitations:
"Ma Mere m'a dit que ces trois ecailles etaient tres sensibles, qu'il fallait eviter d'y toucher... tu... tu as ... mal?... C'est qu'elles viennent tout juste d'apparaitre, alors, je... je ne sais pas trop, moi, seulement... heu... je me disais que peut-etre, si tu as mal, on pourrait... mettre des glacons dessus?... par exemple."
Ca y est, il commencait a derailler.
Allons, du calme, Siegfried, essaie de reflechir un peu plus, avant de parler.
"Il parait qu'il y a un vieux livre, dans notre bibliotheque, qui mentionne ces ecailles... Je pense que tu devrais y jeter un coup d'oeil, mais... tu sais... Tout a l'heure, je les ai apercues, par transparence, c'est vrai, mais... on aurait dit des pierres precieuses, c'etait... vraiment! Tres beau... Comme ... comme tout le reste de ta... de ta personne... d'ailleurs... "
Siegfried se sentit rougir, se gratta le crane en se disant que la, il avait de bonnes chances de completement passer pour un cretin.
"Je pense que je ne te l'ai jamais dit?... a quel point j'aime la couleur de tes cheveux?... comme leur parfum? Il m'est deja arrive de rester de longues minutes le... heu... le... le nez dans un oreiller ou je t'ai vu dormir, juste... juste pour verifier a quel point... a quel point ce parfum me... heu, me plait... hem. Et ... et puis... et puis il y a tes yeux, qui changent legerement de couleur selon les jours, ou le temps... ou ton humeur... un peu plus verts ou un peu plus bleus... quelque fois, tout a fait turquoise... Tout en toi me plait, tes yeux, tes cheveux, ta peau... ton parfum... C'est peut-etre... pour ca? que j'ai du mal a me contenir, en ta presence."
Toujours le silence, seulement le silence.
"Kanon?... s'il te plait, sors de la... "
Soupira Siegfried, au bord du desespoir.
"Je sais que rien n'est de ta faute, c'est juste moi qui me suis enerve... mais tu sais... si tu savais la peur que tu m'as faite, quand j'ai vu Thor te ramener... quand je t'ai vu inerte sous son bras... Pendant un instant, j'ai failli devenir fou... Je me suis dit que c'etait trop bete, que... que ca ne pouvait PAS se terminer comme ca, apres tout ce par quoi on est passe... Si j'ai ... UNE! Seule chose a te reprocher, c'est cette peur que tu m'as faite... Mais je ne te reprocherai rien! Tu ne risques rien! ... alors, sors de la, s'il te plait... Kanon?... ne... Ne me dis pas que tu dors, pendant que je te fais tout ces beaux discours, hein?!... Kanon?... Tu m'entends?"
A ce moment-la, Siegfried entendit un tout petit reniflement... derriere lui!!
Il se retourna d'un bloc, les yeux ecarquilles.
Bon sang, c'etait pas vrai?!!
C'etait provenu de sous le lit, il pouvait en jurer?!
Il retint un eclat de rire.
Nooon, mais... Vous parlez d'un REDOUTABLE Dragon des Mers?!
Il se mit a genoux, se pencha pour jeter un coup d'oeil.
Dans la profonde ombre qu'il decouvrit, luisaient deux yeux bleu fonce effarouches.
Et alors qu'il les fixait, fascine par sa trouvaille, il entendit un grondement sourd monter de sous le lit.
"Kanon?... Qu'est ce que tu fais la? Sors de la-dessous, voyons?... Allez, n'aie pas peur, tout va bien, je t'assure?... "
Second petit reniflement. Il lut une interrogation prudente et un debut d'espoir, dans le regard fixe au sien.
Encore un petit effort...
" Kanon?... Viens, ne crains rien... Tu... Tu n'as pas faim?... "
ENORME espoir, dans les grands yeux bleus.
Mais meme si il commencait a avoir envie de sortir de sa cachette, le Dragon ne semblait pas se decider a faire le moindre geste.
Siegfried soupira, reflechit quelques instants.
Dans ces conditions...
Il se releva, saisit le rebord du lit, et le souleva carrement!
"Allons, sors de la!"
Un rugissement rauque lui repondit, et alors qu'il pensait serieusement a RENVERSER le lourd meuble, une fleche bleue jaillit de sous celui-ci!!
Il lacha precipitamment le lit qui s'ecrasa avec fracas sur le sol, pieds brises, et se jeta sur son Dragon, qu'il attrapa a bras le corps au moment meme ou il lui passait a cote.
Pendant dix bonnes minutes, Dragon et Chasseur se livrerent a un combat de Catch acharne, jusqu'a ce que Kanon, fatigue d'hurler et de se debattre en vain, ne jette l'eponge en grondant sourdement, tout fremissant.
Siegfried, qui savait qu'il finirait bien par se calmer, le retint un long moment contre lui, en lui caressant les cheveux comme on caresse le pelage d'un chat sur la queue duquel on vient de marcher.
Jetant un coup d'oeil au dos nu de son Dragon, il murmura avec un sourire:
"Je le savais... C'est magnifique."
Kanon se rejeta vivement en arriere, leva sur lui un regard teinte de colere humiliee qu'il accueillit par ces quelques mots:
"Kanon, ca n'est pas une tache? C'est la plus belle des parures. Et c'est normal, puisqu'elle signifie que tu m'appartiens."
Kanon, frappe par ces paroles, reflechit quelques instants.
Apres s'etre longuement demande s'il pouvait y croire, a ce mensonge-la, il decida qu'il avait envie de se laisser tromper.
"Ne te meprends pas, je suis en colere... "
Grommela-t-il, avant de nicher son visage brulant dans l'epaule de Siegfried, qui ne se gena pas pour l'enlacer et le serrer contre lui.
ET EN PLUS, il RONRONNAIT ?!!
Ooh, s'il ne se retenait pas?!
Mais ca n'etait pas encore aujourd'hui, qu'il pourrait mettre a... profit?... la bonne humeur de son Dragon.
Parce qu'il etait epuise, et que ca n'etait pas demain la veille que lui, Siegfried, lui ferait l'affront de s'endormir "au beau milieu".
(NDLR: Y a-t-il des personnes pour se demander "au milieu de quoi?"... non?... ouf... )
Il allait donc docilement retourner se coucher, apres avoir confie "Fido" a Greta, qui allait certainement lui preparer une bonne patee. (NDLR: Siegfried est TRES fatigue... )
*** a suivre (2e partie)***
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