IMPROBABILITES III (1e partie)
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Disclaimers : Les personnages de Saint Seiya ainsi que la trame scenaristique appartiennent a Masami Kurumada ainsi qu'aux differentes compagnies chargees de la production et de la distribution du manga, de l'anime, et autres produits derives. L'auteur de la presente histoire, n'en tire aucun benefice materiel ou autre et celle-ci n'a ete ecrite que pour le plaisir des fans de la serie.
Genre : Romance, aventure, challenge de coupling improbable.
Couples : Siegfried x Kanon
Rating : NC-17
Auteur : Esthezyl
Notes : ATTENTION!! Cette fic n'est pas NC-17 pour rien!! (lol) Lemon!! Passages penibles pour les ames sensibles qui voudraient voir nos deux zebres trouver dare-dare le bonheur ensemble!!
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Siegfried se reveilla d'une humeur absolument excellente... mais avec les reins en compote.
Et pas seulement pour les raisons les plus evidentes.
Lui et son invite-surprise avaient passe de longues heures a effacer les traces des evenements de la nuit, epongeant en toute hate l'eau qui avait ravage la moitie de l'etage, trempant couloir, tapis, en bref, tout ce qui avait eu le malheur de passer a la portee de Kanon ou de se trouver dans un rayon de trois metres autour du bac dans lequels ils avaient batifole de longues heures. Et puis il y avait eu l'epique demontage d'une fenetre choisie pour la discretion de son emplacement, et pour remplacer celle qui avait ete litteralement volatilisee. Avec un peu de chance, personne ne remarquerait jamais que pluie, neige et vent glacial d'Asgard etaient desormais libres de s'engouffrer dans une des nombreuses chambres inutiles du dernier etage .et avec beaucoup de chance, celle-ci prendrait tout son temps pour pourrir lentement mais surement, tapisseries et meubles compris.
(_ _);
Mais non, voyons, il n'y avait vraiment pas lieu de s'inquieter: depuis des lustres expose a la fatale humidite des terres d'Asgard, ce domaine ancestral etait deja un fort riche vivier de champignons et mousses en tous genres, alors... Personne ne preterait certainement attention a une odeur de moisi en plus.
Certes, la chambre toute entiere avait des chances d'un jour degringoler jusqu'au sous-sol, mais a choisir, Siegfried preferait encore attendre que la catastrophe se soit produite, pour s'affoler.
A cote de lui, Kanon dormait toujours, etreignant un coussin contre sa poitrine, les jambes repliees sous les draps un peu comme s'il avait voulu se rouler en boule
De la ou il etait, Siegfried ne pouvait apercevoir que son profil, et encore... La longue chevelure bleue avait litteralement envahi le lit, a tel point que lui meme s'etait carrement reveille dessus. Il faut dire que colle contre le dos de son Dragon, comme il s'etait decouvert en ouvrant les yeux...
En y reflechissant, il y avait longtemps qu'il ne s'etait pas reveille avec quelqu'un dans son lit, comme ca. Ca n'etait pas desagreable du tout, mais disons qu'il aurait peut-etre mieux valu qu'il choisisse un peu mieux son partenaire; Ca aurait pu etre une delicieuse jeune femme, voire une future epouse et porteuse d'un heritier? Mais non: il avait fallu que ce soit le Dragon des Mers, en personne.
Un homme, certes splendide et dote de ce genre de caractere retors qui savait si bien l'emoustiller... mais un homme tout de meme.
Et le responsable de trois guerres dramatiques, par la meme occasion.
Mais au point ou il en etait, a quoi bon s'en vouloir? Ce qui etait fait, etait fait.
Impossible de revenir en arriere, de nier les faits et trop tard pour essayer de reconquerir cette part de lui-meme qui avait ete envahie par l'existence meme de * son * Dragon.
Il considera pensivement le corps alangui a ses cotes, nota qu'il avait peut-etre interet a denicher des vetements susceptibles de dissimuler les mutiples traces qu'une nuit - agitee - avait laissee sur la peau presque trop blanche de sa Belle au Bois Dormant aux charmes legerement masculins.
Un sourire se dessina sur ses levres... Comment Kanon allait-il reagir en se decouvrant couvert de sucons des pieds a la tete?
Et, tout content de son oeuvre (NDLR:...), il se pencha sur le beau visage endormi en murmurant:
- Kanon?
- La ferme.
Fut l'inattendue reponse.
Siegfried ne pensa meme pas a relever la grossierete de cette derniere.
Son Dragon etait reveille, et il ne s'en etait meme pas apercu. Un peu surpris, il fit:
- Heu... tu etais reveille?
- Tu m'as colle pendant de LONGUES heures, et j'ai pas reussi a fermer un oeil, si tu vois ce que je veux dire. Etant donne que Monsieur s'est paye le luxe de remettre 3 fois ca devant la cheminee, impossible de savoir si c'etait vraiment termine ou pas. En plus, j'ai mal a la tete... et mal partout. Et puis...
Se saisissant brusquement du coussin serre contre sa poitrine, pour l'intercaller entre sa tete et celle de Siegfried toujours penche sur lui:
- ET PUIS arrete de me souffler dans l'oreille comme ca, c'est enervant, a la fin?!
- Tu permets? Je n'ai pas souffle, seulement respire, comme tout le monde.
- Et bien va respirer un peu plus loin, tu veux?
Et Kanon, d'un geste, se rabattit les draps par dessus la tete.
Appreciant tres peu le ton de cette derniere repartie, Siegfried sentit sa propre humeur commencer a virer serieusement... mais pas a la colere.
Oooh que non, c'est qu'il commencait a le connaitre, son Dragon...
En promenant tranquillement une main baladeuse sur les quelques epaisseurs de draps lui exhibant 'comme a dessein' la courbe d'une hanche sous bien des sens familiere, il fit:
- Tu exageres, franchement. Vu l'etat dans lequel tu m'as mis, tu pourrais te montrer un peu plus comprehensif, tu ne crois pas?
Kanon ouvrit de grands yeux sous les draps, puis les repoussa d'une main pour tourner la tete vers Siegfried, et lui demander, sans meme soupconner l'enormite de la reponse:
- L'etat dans lequel je t'ai mis? Moi? Mais j'ai rien fait??
- Comment ca, 'rien fait'? A cause de qui est ce tu crois que j'ai un mal de reins a ne meme plus pouvoir monter a cheval? Et comment je vais faire, pour me rendre au Palais aujourd'hui, moi, hein? Tu peux me le dire?
Kanon en resta un moment bouche bee.
Puis il vit rouge.
Mais a au moment ou il allait hurler toutes les plus belles insultes qu'il connaissait a la figure de ce maudit Guerrier Divin une fois de plus en train de royalement se payer sa tete, on frappa a la porte.
Les deux hommes se figerent, palirent.
En toute hate, Siegfried balanca litteralement(!) Kanon tetanise hors du lit, et lui jeta tous les draps du lit sur la tete avant de bondir sur une robe de chambre negligeamment jetee en travers d'un fauteuil.
Une fois de nouveau - visible- , pour ne pas dire decent, il s'installa sur le fauteuil en question, prit une grande inspiration, et des qu'il put etre certain d'avoir l'air assez naturel, lanca:
- Entrez.
La porte s'ouvrit, et une jeune servante entra, tenant un plateau a la main.
- Monseigneur, je ne vous ai pas reveille, j'espere?
En la voyant scruter la chambre du regard, d'un air un peu inquiet, Siegfried sentit son coeur s'emballer, mais reussit a lui sourire d'une facon a peu pres convainquante, tout en repondant:
- Me reveiller? Voyons, Greta, tu sais bien que je suis matinal... mais pose ce plateau sur la table, ca a l'air lourd.
Un petit peu rasseneree, la jeune femme s'executa. Mais alors qu'il pensait avoir reussi a donner le change, elle laissa tomber timidement:
- C'est que j'ai entendu un grand bruit, alors...
Un grand bruit? Ah, effectivement, un corps de pres de 80 kilos qui se paie le plancher...
Pensa Siegfried, qui imaginait sans peine la colere de son Dragon, enfoui sous une pile de draps, derriere le lit.
Il reprima tant bien que mal un eclat de rire en resongeant a l'instant ou son - invite- avait fait son vol plane hors du lit. Puis il fit, avec une bonne humeur cette fois tout a fait naturelle:
- Ah, je vois. Ne t'inquiete pas. J'allais deplacer ce fauteuil, quand tu as frappe a la porte. Alors je l'ai lache un petit peu brusquement, c'est tout.
- Ah bon?
En guise de reponse, Siegfried lui adressa un autre sourire, et la jeune femme, tout a fait rassuree, eut un petit rire chantant, avant de reprendre:
- Vous avez raison, quelle idiote je fais... Je sais pourtant qu'il ne peut rien arriver a un grand guerrier comme vous.
La, ma jolie, tu te trompes, il va lui arriver des bricoles, a ton - grand guerrier- , une fois que tu m'auras fait le plaisir de decamper...
Pensa Kanon, petrifie sous ses draps, et d'autant plus mauvaise humeur qu'il venait, a sa voix, de reconnaitre l'une des trois servantes qui l'avaient, la veille, a demi deshabille de force.
Mais tout a coup, il entendit Siegfried laisser tomber, comme s'il ne s'agissait que d'un detail sans importance:
- Au fait, j'espere que toi et tes compagnes n'avez pas ete trop surprises de voir que notre invite de la veille avait disparu? Il a du repartir a la hate, et m'a charge de saluer ses 'trois charmantes demoiselles de la salle de bains'
Charmantes?? Comment ca, charmantes?!
Suffoqua presque Kanon avant de se plaquer en toute hate les deux mains sur la bouche.
C'est alors qu'une violente douleur transperca ses reins, et qu'il sentit un vertige le saisir. Une gene etrange au niveau du sternum lui fit un instant se demander s'il n'allait pas vomir, mais une nouvelle constatation, plus catastrophique encore, le plongea dans des abimes de stupeur horrifiee.
Il y avait quelque chose de chaud en train de couler le long de sa cuisse droite.
Et tandis que Siegfried allignait banalites apres banalites dans l'espoir de finir par arriver a chasser Greta de la chambre (et en esperant ne pas la decouvrir oreille collee contre la porte la minute suivante), Kanon broya longuement du noir, jusqu'a se retrouver sur le point d'exploser.
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Enfin, ils furent a nouveau seuls tous les deux.
Siegfried se releva avec un soupir, ouvrit la bouche pour interpeler le tas de draps gisant de l'autre cote du lit, mais se ravisa. Pensif, il fronca un instant les sourcils, puis se resolut a s'approcher du lit, avant de le contourner.
Enfin, il s'arreta devant le monticule silencieux, se pencha legerement, et chuchota:
- Hem... Kanon?
- ...
- Kanon?... ne me dis pas que tu dors?
- ...
- Heu... tu, tu t'es fait mal, en tombant du lit, c'est ca?
- ...
Gros silence.
Brusquement, Siegfried aboya, a bout de patience:
- Kanon?!! A 28 ans, on ne boude pas, enfin?!!
- DE QUOI?!!
Tout a coup, Kanon, rouge de colere, fut debout face a lui.
Siegfried s'attendait sincerement a recevoir un poing dans la figure, quand il vit son Dragon s'immobiliser, palir, puis se re-tasser en petite(?) boule de draps sur le sol.
- Attends... Tu t'es vraiment fait mal?
Murmura-t-il, sans trop oser y croire, et en essayant de se rememorrer plus en details la chute de Kanon sur le sol.
Sous ses yeux, deux plis de draps s'ecarterent alors, devoilant le regard turquoise de son vis-a-vis, ainsi que quelques meches de cheveux bleus.
Une voix etouffee fit, tres bas:
- Franchement, tu aurais pu t'arreter a la deuxieme fois fois, non?
??-
Au moment ou Siegfried comprenait enfin le sens de ce qui venait de lui etre dit, et commencait a soupconner pourquoi Kanon s'obstinait a se tenir prostre sur le sol, ce dernier reprit faiblement:
- Enfin, ca pourrait etre pire Si j'avais ete une femme, rien qu'a penser aux consequences...
Avant meme que Siegfried n'ait pu risquer d'aggraver la situation par des paroles maladroites, Kanon lui demanda, en se relevant lentement:
- Est-ce-qu'il n'y aurait pas un endroit ou je pourrais... Je veux dire...
Siegfried sortit comme d'un reve eveille de son immobilite, et se precipita vers la porte en jetant:
- Ne bouge pas de la, j'en ai pour une seconde!
Et il disparut.
Kanon retomba sur le sol, reprima un gemissement en sentant ses reins lui faire nettement comprendre qu'il avait interet a eviter tout mouvement brusque.
Puis, brusquement, comme une longue aiguille brulante enfoncee un peu en dessous de son sternum.
Ce qui etait deja moins expliquable .
Il commenca a se demander si les 6 Epees d'Odin de la veille ne lui auraient pas laisse une blessure interne suffisament vicieuse pour echapper aux dons de guerison de Siegfried.
Alors qu'il se pliait en deux de douleur, il apercut quelque chose sur le sol, juste sous ses yeux.
Une perle pourpre veinee de blanc, quelques autres ici et la.
Maitrisant une violente nausee qui lui laissa un gout de sang dans la bouche, il les effaca precipitamment, a l'aide d'un pan de drap qu'il se hata de chiffonner entre ses doigts tremblants quand les pas precipites de Siegfried resonnerent de nouveau dans le couloir.
Le Guerrier Divin fit irruption dans la chambre, retourna au pas de charge pres de lui.
- Je suis en train de te faire couler un bain, est-ce que tu peux attendre quelque minutes?
Alors que Kanon hochait la tete en evitant de le regarder dans les yeux, Siegfried percut une odeur de sang tres nette, et s'exclama:
- Attends, qu'est ce qui se passe? Tu saignes ?!
- Je saigne aussi ...
Se contenta de murmurer Kanon, avant se retrancher de nouveau derriere les draps et contre le lit, s'eloignant visiblement du Guerrier Divin attere.
- Pourtant, j'avais bien vu du sang couler Je savais que je t'avais blesse, je t'avais meme dit que j'allais te soigner, mais au lieu de ca...
Balbutia Siegfried, de toute evidence incapable de ne faire d'autre rapport, qu'avec les 'evenements' de la salle de bains.
Mais brusquement, il saisit Kanon par les epaules, en s'exclamant:
- Ca suffit, Kanon, pas de pudeur mal placee, tu veux?! Je t'ai vu aussi nu qu'a ta naissance, j'en sais meme maintenant plus sur toi que ta propre mere Et je suis responsable de ce qui t'arrive, alors arrete de me fuir?!
Comme Kanon, le regard detourne, se contentait de trembler entre ses mains sans repondre, il reprit doucement, en l'attirant dans ses bras:
- Que crois tu encore pouvoir me cacher? A moi qui ai grave dans ma memoire chaque detail, chaque parfum, tout ce qui fait que tu es * toi * A moins que aies vraiment reussi a me dissimuler quoique ce soit? Dans ce cas, il va faloir que je te ' reapprenne par coeur '...
Et Siegfried, dont la voix s'etait progressivement faite a la fois plus tendre et plus profonde, ponctuait chaque phrase d'un leger baiser, applique au hasard sur le visage de Kanon. Il evitait seulement ses levres, y preferant la blancheur du front lisse, la chaleur d'une tempe, la douceur de cette petite region delicate sous l'oreille. Son Dragon, qui s'etait mis a rougir a ses paroles, se vit incapable de trouver ni force, ni envie de se debattre.Finalement, il se laissa aller contre cette poitrine large dont il avait malgre lui appris a apprecier la chaleur.
Et l'insistante odeur de sang ramena Siegfried a la raison, ou plutot, a l'urgence de la situation.
Il passa une main derriere la nuque de Kanon, lui fit pencher la tete au creu de son epaule; De l'autre main, il se mit en devoir d'ecarter les draps qui recouvraient les longues jambes fines et musclees ruisselantes de sang jusqu'aux genoux.
Il eut un hoquet d'horreur, se maudit interieurement de n'avoir rien remarque plus tot.
Kanon, quand a lui, dit tout bas, contre sa poitrine:
- Je suppose que le sang a du couler a l'interieur pendant que j'etais couche. Quand je me suis brusquement redresse, ca a commence a degouliner. Et je n'ai pas tout de suite compris ce que c'etait...
Siegfried commenca a realiser qu'il devait y avoir quelque chose d'autre.
- Mais ca n'est pas normal... Quoiqu'il en soit, il va falloir commencer par laver ca. Impossible de te soigner si je ne vois rien...
Kanon se rejeta vivement en arriere.
- Comment ca, 'voir'?!
- ... ?!... Parfaitement: 'voir'! Je n'ai pas l'habitude de soigner des blessures invisibles, figure-toi?!
- Dans ce cas, je prefere encore attendre que ca cicatrise tout seul!! Tu crois que je vais te laisser 'regarder'?!!
- Ne fais pas l'enfant, tu sais tres bien que ca n'est pas une blessure benigne! Si on laisse ca comme ca, ca ne peut que s'aggraver!
- Tu m'en diras tant!
- Ecoute, essaie d'etre raisonnable, je veux seulement te soigner?!
- Ah oui, vraiment? Pourtant, me savoir blesse ne t'a pas empeche de t'acharner pendant trois heures sur moi, devant la cheminee?!
- J'ai eu tort, je l'admets. Mais ne me dis pas que tu etais contre?!
- 'contre', non! Mais 'completement ivre', oui! Et par les bons soins de QUI?!
- Je m'inquiete, et c'est tout ce que tu trouves a dire?!
- Ah, parceque tu veux que je te dise autre chose?! Tres bien, alors ouvre grand tes oreilles, parceque tu vas en apprendre deja un peu plus sur ta propre petite personne!
Les yeux de Siegfried commencerent a refleter quelquechose de glacial.
- Kanon, fais attent...
- Et pour commencer, lache-moi! Je peux comprendre que l'odeur du sang t'excite, mais la, ca devient de la rage! Ensuite laisse-moi te dire que...
- Kanon, je te previens...
- Oh, non, tu vas m'ecouter jusqu'au bout!! Parceque je commence a en avoir marre de jouer les Dragons apprivoises pour un individu en mal de domination?! Tes petits jeux malsains, tu peux les garder pour... -
- KANON!!
- Pour les personnes qui vont te demander de l'argent en echange!! En ce qui me concerne, je pense avoir ete deja suffisament sali comme c... ??!!
Le poing de Siegfried vola, atteignit violemment Kannon a la tempe.
Un jet de sang gicla contre les draps du lit, et le Guerrier Divin plaqua son malheureux offenseur sur le sol, sous lui. Le retenant d'une main par le cou et levant son poing libre, il vocifera, d'une voix qui retentit dans la chambre toute entiere:
- Un mot de plus, et je vais avoir le plaisir de ramener ta tete en trophee au Palais!! Ta tete SEULEMENT!!
Siegfried avait une envie devorante d'abattre son poing.
Et d'une certaine facon, d'en finir.
Mais quelque chose fit trembler et hesiter son bras.
Une voix lui cria de mieux regarder celui qu'il maintenait immobilise sous lui, et il faillit lui obeir.
Seulement, au moment ou un semblant de raison s'insinuait dans son esprit, il entendit Kanon siffler avec haine:
- Ma tete seulement?! Mais bien sur!! C'est vrai qu'en voyant mon corps, tous realiseraient que le premier Guerrier d'Asgard est aussi le plus grand pervers de tous les temps?! C'est ca, ton probleme, hein?!
- MAIS TU VAS TE TAIRE?!!
Siegfried explosa, abattit son poing.
Et se retrouva brusquement etendu par terre, enfoui sous une masse de jupons hurlants.
...heu? ...
C'est a dire, sous trois jeunes servantes affolees qui s'etaient in extremis jetees sur lui en hurlant de concert:
- SEIGNEUR SIEGFRIED, ARRETEZ!!
Abasourdi, il cueillit ici et la des bribes de phrases emmelees se resumant a une phrase simple:
- Mais vous ne voyez pas qu'il est fou de terreur?!
A moins que ce ne soit:
- Mais vous ne voyez pas qu'il pleure?!
Ca devait etre un peu des deux.
En tous cas, Siegfried realisait a present que c'etait vrai.
Kanon, recroqueville sur le sol, pleurait toutes les larmes de son corps. Ses deux poings crispes, serres autour des tempes, tremblaient violemment, de facon convulsive et comme tout le reste de son corps.
Siegfried, tout en se redressant, se rememorra tout le venin qu'il lui avait crache au visage pour dechainer sa colere.
Ca n'etaient pas les paroles de quelqu'un de cense.
Il aurait voulu mourir, qu'il n'aurait pas fait mieux.
Encore un effet de cette panique qui avait tendance a si rapidement lui faire perdre la raison? A moins que...
Siegfried se rendit compte que sous pas mal d'aspects, Kanon lui faisait penser a un gamin malheureux qui aurait tourne mal. Si, comme l'effrayante idee lui en vint, chacun de ses actes n'avait ete qu'une provocation de plus afin d'attirer l'attention, ca n'etait plus un dressage qu'il lui fallait, mais une veritable education... un equilibre?
Mais comment allait-il pouvoir l'aider a le trouver?
!!!!!!
UNE SECONDE!! Pourquoi, lui, Siegfried, se retrouvait-il a devoir jouer les tuteurs pour un homme de quatre ans son aine?! Et certainement, un futur condamne a mort?
Mais le fait est qu'il ne pouvait plus l'abandonner.
Il decida d'arreter de perdre son temps a se psychanaliser.
Pour l'instant, les faits etaient la: s'il s'etait cru habitue a la langue de vipere d'une - prise- qui lui en avait proprement fait voir de toutes les couleurs, il se decouvrait encore bien loin d'etre tout a fait immunise.
Donc, avant tout, s'armer de patience et eviter d'exploser a tout bout de champs des que Kanon avait le malheur d'ouvrir la bouche.
Mais l'interesse, certainement vaincu par la fatigue, se calmait peut a peu.
En voyant deux des jeunes servantes lui raffraichir le visage et les bras avec des linges mouilles, il demanda a la troisieme, qui revenait de la salle de bains avec un grand seau d'eau tiede:
- Au fait, Greta, qu'est ce que vous faites la, toutes les trois?
Le jeune femme rougit.
- On ecoutait derriere la porte...
- VOUS, QUOI?!!
- C'est a dire que vous avez fait tellement de bruit, pendant la nuit, a briser une fenetre, en demonter une autre, et mettre de l'eau partout...
Siegfried murmura, d'une voix blanche:
- Attends tu ne veux pas dire que vous .que vous avez...
- Assiste a tout? Si, mais de toute facon, vu l'effet que ' Kanon ' vous a fait la premiere fois qu'il vous est apparu en uniforme... La suite ne nous a pas vraiment surprises.
Siegfried deglutit avec peine; A defaut de se perdre dans l'immensite du domaine, les echos de ses demeles avec son - invite-surprise- avaient du resonner jusqu'au rez-de-chaussee.
Catastrophe.
- Et, heu... c'est tout ce que vous en pensez?
- He bien... a part que - sauf votre respect -, si vous avez du gout, vous manquez par contre etonnament de tact... oui. Mais pour les explications, ne vaudrait-il pas mieux remettre ca a plus tard? S'il continue a saigner comme ca...
On ne peut pas dire que le ton de Greta ait plu a Siegfried, mais il y avait aussi lu une note de reproche, et savait (obscurement) la meriter.
Alors il ravala sa colere, pour reporter son attention sur son Dragon etendu sur le sol.
A ce moment precis, un long filet de sang coula d'entre les levres de l'ex-General, qui fit sechement, a l'adresse d'une des deux jeunes servantes devenue livide:
- Je te conseille de t'eloigner, si tu ne veux pas tacher de sang ta jolie robe .
- Vous ne pouvez vraiment pas vous empecher de dire des horreurs pareilles, n'est-ce-pas? Mais je vous remercie pour le compliment a propos de ma robe.
Surpris par cette reponse, Kanon leva les yeux, se heurta a un sourire gentiment reprobateur.
Il se demanda avec horreur depuis quand lui et ce maudit Guerrier Divin plus que collant avaient ete epies. Mais alors qu'il allait une fois de plus (et tant qu'a faire), incendier le maitre des lieux, un flot de sang remonta brusquement dans sa gorge, et il se retrouva bel et bien en train d'inonder la robe de la malheureuse servante.
Cependant, a sa grande surprise, celle-ci, loin de s'affoler en poussant le genre de hurlements hysteriques qui lui avaient fait dans le passe redouter de ne serait-ce qu'approcher de trop pres ces brutes en jupons que l'on nomme - femmes-chevaliers- , se precipita sur un linge mouille pour lui essuyer le visage, methodiquement mais avec delicatesse.
Sans un seul regard pour sa robe degoulinante de sang, elle le fit se tourner sur le flanc pour l'empecher de s'etouffer, et apostropha carrement Siegfried:
- Monseigneur, vous avez l'intention de le laisser mourir sur place?!
Siegfried eut un sursaut, rougit de colere. Il fut sur le point d'enjoindre la jeune femme a surveiller son ton, quand il realisa que si elle ne paniquait en apparences pas, de tenir contre elle cet homme qui etait en train de perdre tout son sang, etait une epreuve qui laisserait certainement ses sequelles.
Il leur avait deja, a elle et a ses compagnes, impose pendant de longues annees l'angoisse quotidienne de voir leur maitre revenir gravement blesse apres un entrainement un peu trop pousse; Puis il avait detruit tous leurs espoirs, rendu vaines toutes leur prieres, quand un grand dignitaire en uniforme chamare etait venu, avec une cruelle solenellite, leur annoncer sa mort heroique.
Peu leur avait importe son sacrifice, qui etait d'ores et deja une legende, ou sa fidelite exemplaire. Elles l'avaient perdu une fois, et c'etait deja une fois de trop.
Ne serait-ce que par respect pour leur vaillance, pour leur douleur, il ne pouvait pas laisser mourir Kanon sous leurs yeux. Elles ne le lui pardonneraient jamais. Et lui-meme ne se le pardonnerait jamais.
Il souleva Kanon presque inerte dans ses bras, lui vit le regard deja vitreux.
Alors qu'il le deposait sur le lit, il laissa tomber, a l'adresse de Greta qui l'avait suivi et donnait des instructions a ses deux compagnes:
- Mais vous savez qui il est, au moins? Vous savez que c'est lui qui a plonge tout Asgard dans le chaos, et a meme provoque ma mort?-
Greta serra un instant les levres, et une ombre passa dans son regard. Mais elle lui repondit avec lenteur:
- Je sais. Nous savons. Mais nous savons aussi que vous n'etes mort une fois que parceque vous l'avez bien voulu. Et cet homme n'est pas un monstre; il est faible, brise il se debat a sa maniere.
- F,faible? Brise?
Begaya Siegfried, en la regardant d'un air incredule.
Pendant un instant, elle parut se concentrer de toute ses forces pour trouver les mots justes
Puis, finalement, elle dit, avec precautions, et apres avoir consulte les deux autres servantes du regard:
- Disons que il est irresponsable, enervant mais pas mechant?
- ...?!
- Ahlala, je ne sais pas trop, en fait... i, irresponsable mais, heu... oui, c'est ca! Attendrissant?! aieaieaie... Non, je veux dire... Enfin, MEME VOUS, vous n'avez pas eu le coeur a l'abattre?! N'est ce pas?!-
- ??!!
- Dites donc, je ne vous gene pas trop, la?! Si vous pouviez aller disserter sur mon compte un peu plus loin?!
Aboya Kanon, rouge comme une cerise et revenu illico a la vie sous l'effet de l'irritation.
Moi, attendrissant?! Qu'est ce que c'est que cette folle?! Ca n'est pas possible, ne me dites pas qu'ils sont a jeun?!
Et histoire de tous les eloigner de lui, il se mit a leur lancer tout ce qui pouvait lui tomber sous la main: Coussins, draps...
Cela jusqu'a ce que Siegfried ne murmure, en le fixant d'un drole d'air:
- Attendrissant, ca, pas d'erreur.
Kanon s'immobilisa, regardant betement Siegfried comme s'il avait sous les yeux un specimen dit - rare- , mais surtout particulierement ridicule (NDLR:Vous avez deja vu un - Tatou Poilu? ben alors, vous avez une idee de ce que je veux dire.) .
- Tu peux me repeter ca lentement?
- Attends, je te signale que la ou d'autres bruleraient leur Cosmos, toi, tu lances des coussins?!
- Ah, parcequ'a choisir, tu prefererais que je te le brule, mon Cosmos?!
- Vu tes capacites actuelles, tu parviendrais a peine a bruler les coussins.
- #&%$$#!!!
Et tandis que Kanon, dans une colere noire, se concentrait, Siegfried posait en hate une barriere d'energie.
Derriere lui, un murmure emanant d'une Greta fatiguee:
- Et ca y est, ils recommencent...
Kanon ne parvint meme pas a bruler les coussins.
Ce qui n'etait pas etonnant, vu la quantite de sang qu'il avait perdu.
Et alors qu'il retombait inerte sur le matelas imbibe de sang, Siegfried soupira:
- Bien. On va enfin avoir la paix.
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Kanon reprit une fois de plus conscience dans le lit de Siegfried.
Il commencait a avoir l'habitude. (NDLR: Vous aussi?)
Il etait habille d'une longue chemise fraiche, et comprit, aux picotements qui parcouraient son corps tout entier revivifie, que Siegfried avait gueri ses blessures.
Non. Cette fois, il lui avait sauve la vie.
Il se mordit les levres.
Une dette de plus sur la liste.
Dehors, la tempete faisait rage. Il pouvait voir d'ici les bourrasques chargees de neige venir s'ecraser contre les vitres, mais n'arrivait pas a determiner s'il faisait nuit ou jour.
La chambre etait bien chaude et silencieuse, paradoxe apaisant.
Quelle heure pouvait-il bien etre?
Parviendrait-il jamais a sortir de ce maudit domaine?
Quand il y reflechissait, il n'imaginait pas du tout Siegfried le relacher de sitot.
Il y avait deja le danger qu'il representait, mais surtout il avait l'intime conviction que le Guerrier Divin attendait quelque chose.
Mais quoi?
Si seulement il le savait, il pourrait peut-etre se degager de son emprise?
Et qu'est ce qui l'attendrait, alors?
La mort?
La solitude?
... encore?
Il se leva lentement du lit, saisit une pomme juchee au sommet d'une corbeille de fruits disposee comme a dessein a sa portee.
La longue chemise, entierement en soie, lui arrivait jusqu'aux pieds et etait rebrodee de fil d'argent sur la poitrine et les epaules.
Il sentit que les trois servantes etaient passees par la.
Il ne faisait nul doute qu'elles continueraient a choisir ses vetements tant...
Tant que Siegfried voudrait le retenir a ses cotes.
Il mordit dans la pomme qu'il tenait a la main, nota sa saveur riche et sucree.
Asgard etait une terre ne pouvant porter que tres peu de fruits, et il ne faisait nul doute que celui qu'il venait distraitement d'entamer, etait denree rare et chere.
Il s'etait attendu a faire connaissance avec les geoles du Palais, puis a rendre son dernier souffle en satisfaisant une justice vengeresse, mais au lieu de cela...
Il etait la, habille de soie, dans la chambre d'un Guerrier Divin qui avait porte la main sur lui d'une facon tout a fait imprevue, certes, mais...
Il etait toujours bel et bien en vie.
En securite? peut-etre bien que oui.
Il se dirigeait vers la porte, quand il entrevit une silhouette alanguie dans le large fauteuil, pres de la cheminee.
Il n'eut pas besoin de regarder bien longtemps. Il avait tout de suite reconnu Siegfried.
Il s'approcha. S'arreta devant lui.
Le Guerrier Divin semblait dormir, en tout abandon.
Une main attentionnee et certainement feminine lui avait dispose une couverture sur les genoux, et sa tete legerement penchee sur le cote reposait contre une encoignure du dossier.
Il avait les traits fatigues.
Kanon sentit comme un petit pincement au fond de sa poitrine.
Quelle quantite d'energie avait-il donc brule pour le soigner?
Il fit, tout bas:
- Tu dois pourtant savoir que tu perds ton temps avec moi... Un jour, je te filerai entre les doigts ou te poignarderai dans le dos... Si toi n'ouvres pas les yeux et ne m'abats avant...
Siegfried *ouvrit les yeux* , repondit doucement:
- Je ne t'abattrai pas et je ferai en sorte que la simple idee de lever la main sur moi t'inspire la plus grande des terreurs... ou te fasse horreur?
- ... 'Me fasse horreur'? Et tu crois que j'en viendrai jamais a accorder autant de prix a ta vie?
- Qui sait?
Kanon se hata d'oublier le sourire enigmatique qu'il venait de surprendre sur les levres de Siegfried. Il detourna le regard, comme subitement interesse par le vif rougeoiement du feu dans la cheminee.
- De toute facon, quelqu'un se chargera de 'rendre justice' a ta place, un jour ou l'autre.
- Je ne le laisserai pas faire.
- Tu vas etre chasse d'Asgard, marque du sceau de la traitrise...
- Il n'y a jamais eu un seul traitre parmi mes aieuls, et les gens d'Asgard ne se laisseront pas aveugler par la haine.
- Tu deraisonnes...
La voix de Kanon mourut dans sa gorge serree.
Il ne savait pas ce qui lui arrivait, pourquoi il avait brusquement envie de vomir.
Il avait mal. Et il n'arrivait plus a regarder Siegfried en face
Une main vint se poser sur sa taille, une autre prit sa main droite, il se laissa attirer...
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C'etait la premiere fois qu'il surprenait cette expression de rage douloureuse sur le visage de Kanon.
Devait-il se rejouir de voir qu'il avait reussi a briser une partie de ce mur de froideur aggressive auquel il s'etait dans un premier temps heurte?
En tous cas, il n'arrivait pas a se rejouir de le voir souffrir.
Pourtant, il aurait du le hair?...
Oohh, il etait fatigue de reflechir sans trouver de reponse.
Et de toute facon, il avait decide de changer d'attitude, il ne devait plus se concentrer que sur son nouveau but.
Il ne supporterait plus de s'entendre traiter de pervers ou autre, pour un peu que son Dragon ait envie de l'insulter. Il allait faire en sorte que sa proie evite meme de lui reprocher ce qui avait pu se passer entre eux. Evite meme de le lui rappeler.
Ce dont lui ne se priverait evidemment pas. *^v^*
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Kanon se laissa guider.
Il n'avait plus les idees tres claires, le savait, mais n'avait pas envie de resister.
Il se retrouva a genoux sur le fauteuil et de fait assis sur Siegfried, qui avait enfoui son visage contre sa poitrine, et lui avait passe ses bras autour de la taille.
Et lui, n'osait plus bouger.
S'attendant a la suite, la redoutant par avance.
Cet homme semblait ne pas pouvoir s'approcher de lui sans tout de suite essayer de le deshabiller
Il le sentait, qu'il allait devoir recommencer a fuir aux quatre coins du domaine pour essayer de lui echapper!
Siegfried avait ferme les yeux et respirait calmement contre lui.
Comme leur immobilite se prolongeait, Kanon dit, apres un instant de reflexion et en esperant ne pas maladroitement reveiller l'ardeur du Guerrier Divin:
- J'ai dormi combien de temps?
- Toute une journee. Et la nuit est de nouveau sur le point de tomber.
Siegfried leva la tete vers lui, lui sourit.
- Greta et ses compagnes t'ont veille longtemps.
- Et toi? Tu es dans ce fauteuil depuis combien de temps?
- Depuis que ta fievre est tombee, et que tu as commence a revenir...
- C'est a dire?
- A ton avis?
Les bras de Siegfried glisserent d'autour de sa taille, jusque sur ses hanches.
Kanon se tendit.
Ca y est, ca recommence
Se dit-il avec desespoir.
Il devait au moins essayer de gagner du temps...
- Et je suppose que tu as profite de mon inconscience pour...
Les mots se bloquerent dans sa gorge. Il se sentit rougir, et ces longues mains puissantes refermees sur ses hanches n'arrangeaient pas les choses.
- Pour 'regarder'?
Completa Siegfried, une lueur de malice dans les yeux.
Comme Kanon prenait un air menacant, il reprit, en riant:
- Avec mes trois servantes dans la meme chambre? Tu plaisantes, j'espere? Elles n'ont pas voulu nous laisser seuls trois secondes, alors j'ai du utiliser une dose massive d'energie pour te soigner a l'aveuglette. Et je peux te garantir que quelque soit l'etat dans lequel tu etais alors, tu es maintenant 'comme neuf'.
Kanon, bien evidemment, n'allait pas le remercier.
Si l'idee lui en vint, sa fierte la repoussa immediatement, et il fit, avec une pointe d'exasperation 'un rien' forcee:
- Ah, ca, j'espere bien. Non, parceque par la faute de qui est-ce que je me suis retrouve dans un tel etat, hein?
Siegfried aurait pu trouver un livre entier de reponses cinglantes, mais se contenta de sourire en silence.
Il leva les yeux vers son Dragon, qui le regardait avec un air de defi parfaitement pueril, et, etendant une main, lui ecarta une meche de cheveux rebelles de la joue.
Destabilise, Kanon se demanda si ce calme surprenant n'annoncait pas la pire tempete de toute son existence.
Entre les fourrures jetees devant la cheminee et le lit a deux pas de la, il commencait a comprendre ce que ressent un soldat lache en plein champ de mines
Mais brusquement, Siegfried le lacha, le repoussa doucement, et se leva!
Puis il lui dit, avant de se diriger vers la porte:
- Tu ferais mieux de te recoucher; Tu as besoin de repos.
Alors qu'il refermait silencieusement la porte derriere lui, Kanon l'entendit achever:
- Et moi aussi...
Kanon resta petrifie sur place, stupefait, et sa pomme toujours a la main(NDLR: C'est vrai ca, tiens... je parie que vous aviez oublie vous aussi_ _;)
Un peu plus, et il l'aurait lachee.
Il ne m'a pas touche??
IL NE M'A PAS TOUCHE!!
Mais... mais??
Soudainement, une idee lui vint a l'esprit.
Ouioui, ca devait etre ca:
Siegfried devait etre * vraiment * fatigue.
Et lui aussi. Il avait la tete qui tournait, maintenant.
Il allait se coucher, tiens. Histoire de recuperer un peu.
Et Kanon se dirigea d'un pas chancelant vers le lit.
Une fois installe sous les couvertures (sa pomme toujours a la main!), une AUTRE idee lui vint a l'esprit. Terrifiante, celle-ci.
Parcequ'il n'allait certainement pas arriver a s'en tirer si facilement.
Il le voyait d'ici debarquer comme un voleur et au beau milieu de la nuit, ce Guerrier Divin aux appetits particulierement developpes. Il etait certainement tapi dans un coin, a de guetter son sommeil.(NDLR: y devient parano, mais on le serait a moins)
Ah, mais ca n'allait pas se passer comme ca!! Il allait voir ce qu'il allait voir!!
Et Kanon, se redressant, empila hativement les coussins dans son dos pour attendre confortablement que son 'hote' tente de se glisser dans la chambre.
A tout hasard, il prepara un commentaire cinglant.
Il fixait la porte d'un air farouche depuis vingt bonnes minutes, quand il se dit que tant qu'il y etait, il pouvait bien en profiter pour se restaurer.
Il termina sa pomme(NDLR: Vous croyiez qu'un grand garcon comme Kanon allait gacher de la nourriture?), et continua a se servir sans facons dans la corbeille de fruits pleine a ras-bord.
Il passa toute la nuit a grignotter en surveillant la porte.
Au petit matin, il etait rassasie, certes, mais passablement fatigue.
Siegfried ne s'etait pas montre.
Qu'est ce que ca voulait dire?!
Il lui etait peut-etre arrive quelque chose?!
Il ne l'avait pas lache pendant toute une nuit, et tout a coup, plus rien?
Ca n'etait pas normal.
Kanon se leva du lit, et, laissant derriere lui des draps couverts de pepins (NDLR: un vrai campagnol, ce type! Oui, je sais, j'y tiens: souris, campagnol... Mais ce texte n'est PAS sponsorise par - 30 Millions d'Amis- .), se glissa dans le couloir apres avoir mis deux bonnes minutes a ouvrir la porte le plus silencieusement qu'il le put.
Silence complet sur tout l'etage.
Siegfried ne devait pas etre loin mais OU?
Il ne voyait qu'une vertigineuse succession de portes se ressemblant toutes, a droite et a gauche.
Il prit sur sa droite, changea d'avis et repartit sur sa gauche, sur la pointe des pieds.
Il sentait qu'il avait l'air tres malin, en chemise de nuit et a raser les murs comme il le faisait, mais bon...
Il ouvrit la porte d'une premiere chambre.
Vide.
Une seconde.
Vide.
Une troisieme.
Vi...
Oooh, mais il n'allait pas passer toute la matinee a ouvrir des portes?!
Il se campa solidement sur ses jambes, planta les poings sur ses hanches, bomba le torse, et hurla(NDLR: tout en finesse, le type, je vous dis ):
- Siegfried!! Sors de ta cachette!!Je sais que tu es la!!
Trois petits cris de surprise fuserent dans son dos.
Il se retourna d'un bloc, retomba instantanement en plein cauchemar.
ELLES etaient la.
Pas une, pas deux, pensez-vous: Toutes les trois!!
Et l'une d'entre elles, celle nommee Greta, lui marcha droit dessus en s'exclamant:
- Mais enfin, voulez-vous bien vous taire?! Vous allez reveiller tout le domaine?!
Puis, en lui agitant son index sous le nez, elle reprit:
- Et d'abord, qu'est ce que vous faites debout?! Et dans cette tenue?! Mais vous etes pieds nus?!!
Il revait, ou elle etait en train de le * gronder *?!
LUI, Kanon des Gemeaux, Dragon des Mers, Danger Public (et prive) no1?!!
Il cracha, en reculant d'un pas, ne serait-ce que parcequ'il n'arrivait pas a detacher son regard de ce doigt insolent toujours pointe dans sa direction:
- Ou est Siegfried?!
- Notre Seigneur dort, et a cette heure, le contraire serait etonnant!
A ce moment la, une voix ensommeillee s'eleva a quelques distances de la:
- ... 'dormait' serait plus juste. Et c'est la premiere fois que je me reveille en entendant quelqu'un me crier dessus, je te remercie, Kanon.
Siegfried, bien sur.
Seuls sa tete un rien ahurie et un pan de chemise blanche, depassaient par l'encoignure d'une porte, un peu plus loin.
Kanon, qui commencait a comprendre etre en train de se couvrir de honte, aggrava etourdiment son cas en lachant:
- Je t'ai attendu toute la nuit, je te signale?! Qu'est ce que tu foutais?!
- Quel langage... - soupira Siegfried, qui reprit ensuite, avec un grand sourire placide:
- Je dormais?? Qu'est ce que tu attendais que j'aille faire, dans ta chambre et au beau milieu de la nuit?
Kanon n'avait pas eu besoin d'entendre la fin de la phrase, pour savoir qu'il n'allait pas l'apprecier. Et il apprecia moins encore de voir les trois jeunes servantes pouffer de rire en rougissant et en se poussant du coude.
Il balbutia, avec colere et en sentant le rouge lui monter aux joues:
- Je.. Tu...Tu...
- Il, nous, vous, ils?
Completa Siegfried, d'un air parfaitement innocent.
Greta, n'y tenant plus, eclata de rire tandis que Kanon, vexe et furieux, faisait volte-face pour se diriger au pas de charge vers sa chambre.
Mais tout-a-coup, il s'immobilisa au beau milieu du couloir.
Il eut un bref tremblement, puis se relacha completement, et murmura sombrement, la tete basse:
- C'est laquelle? ma chambre?
Siegfried s'enferma en toute hate dans la sienne pour essayer d'au moins etouffer l'echo d'une crise de fou-rire qui lui laissait a peine la force de tenir debout.
Quand a Greta, tout a fait calme, elle alla doucement prendre le bras de Kanon, pour le guider avec une gentillesse qui ressemblait etonnament a de la pitie.
Et sans un mot, le malheureux Dragon des Mers se laissa faire, en se disant qu'au point ou il en etait, le mieux qu'il pourrait faire etait encore... de dormir.
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Quelques jours passerent, ponctues par les eclats de colere d'un Kanon avec l'humeur duquel Siegfried jouait allegrement.
D'un cote, il voulait en savoir plus sur son - invite- , de l'autre, il adorait l'embarrasser. Du coup, ils ne pouvaient pas aborder le moindre sujet sans se retrouver de nouveau en pleine joute verbale, Kanon faisant un pas en arriere des que Siegfried en faisait un en avant.
Et les "Mais ca ne te regarde pas?!" et autres " Qu'est ce que ca peut bien te faire?!" d'un Dragon des Mers peu a peu pousse a parler de lui meme, se transformaient, a une vitesse hallucinante, en insultes ou menaces rendant impossible toute discussion.
Determine a ne pas s'enerver, Siegfried se contentait alors, avec un grand sourire, de le remettre entre les mains des ses trois servantes, qui ne le lachaient pas tant qu'elles ne l'avaient pas gave de sucreries, ou couvert de soie et de rubans.
Curieusement, il n'arrivait pas se mettre en colere a leur contact. Elles avaient beau tourner autour de lui comme de petites abeilles affairees, a se disputer pour savoir laquelle allait lui brosser les cheveux voire le maquiller(!!)ce jour-la, il se contentait de les regarder avec des yeux plus ou moins ronds, un peu comme si le mot - femme- etait pour lui devenu synonyme de - petit animal etrange, aux moeurs non moins etranges- .
Non, ce qu'il supportait deja beaucoup moins etait de voir Siegfried prendre un malin plaisir a lui retourner ses insultes et autres menaces, sous la forme de boutades qui ne manquaient pas d'avoir leur public hilare.
Finalement, craignant constamment de voir le Guerrier Divin profiter du moindre ecart de langage de sa part, pour creer une nouvelle variation de la - scene du couloir- , l'ex-General se resolut a surveiller ses paroles.
Au debut, il se contenta de brusquement se taire, mais alors que Siegfried lui refaisait le coup du:- Tu boudes?! Encore?! Mais tu as quel age?!- ( etc... ), il opta pour une nouvelle tactique, et se mit a changer de sujet des qu'il se sentait en - terrain glissant-
Seulement, comme il n'arrivait a improviser que sur les passionnants themes de la pluie et du beau temps, Siegfried, qui s'amusait comme un petit fou, se mit a faire la sourde oreille, si bien qu'ils se retrouverent tous les deux a parler en meme temps de deux choses differentes.
La premiere fois que Siegfried le gratifia d'un:- Mais tu racontes n'importe quoi?!- lapidaire, Kanon, rouge pivoine, changea de toute urgence de strategie.
Comprenant enfin qu'il n'arriverait jamais a avoir le dernier mot a ce petit jeu-la, il se mit a eviter toute formule blessante, toute insulte... gratuite ou non.
Ce a quoi il aurait peut-etre pu penser un peu plus tot, pensa Greta, qui avait suivi l'evolution de la situation avec le plus grand interet, et peut-etre la hantise de devoir les separer s'ils en venaient une nouvelle fois aux mains.
Seulement, si Kanon se permettait encore, de temps en temps, de laisser tomber un commentaire acide (le plus souvent totalement ignore), il y avait UNE sorte d'allusions qu'il ne pouvait plus formuler.
Car voila: Siegfried ne le touchait plus.
Ah, certes, il lui arrivait de temps a autres de lui caresser les cheveux ou de lui passer un bras autour de la taille, mais il n'allait jamais plus loin, semblant se contenter de simples effleurements ou regards un peu appuyes, qui le prenaient d'ailleurs systematiquement au depourvu.
C'est qu'il lui semblait y lire toute cette violence, ce desir implacable de predateur aux abois, qui avaient ete ceux de la premiere nuit.
Et il se sentait glisser...
Sous l'effet du seul souvenir, c'etait comme si tous les endroits ou il pouvait se rappeler que Siegfried l'avait touche, se transformaient en foyers de chaleur, en brasiers affames.
Et c'etait alors son corps tout entier qui brulait.
Plus le temps passait, et plus ces foyers mettaient du temps a se rendormir.
Au bout de cinq jours , Kanon fuyait le regard de Siegfried.
Ce qui n'etait pas chose aisee, la quasi-constante presence des trois servantes lui faisant craindre que son attitude ne se revele comme ce qu'elle etait, c'est-a-dire: suspecte.
Greta et ses compagnes remarquerent sa gene, mais comme si elles avaient voulu dissimuler leur connaissance d'un secret qu'elles voulaient lui laisser le temps de decouvrir * par lui-meme *, elles n'en montrerent rien.
Kanon avait encore deux-trois choses a apprendre a propos des liens ambigus qui se tissent entre un etre pour la premiere fois touche par un autre, et ce dernier.
Cependant, apres le regard de Siegfried, Kanon se prit aussi a redouter sa presence elle-meme.
Il aurait voulu l'eviter, mais vu la situation, c'etait chose impossible.
Alors il se contenta d'abreger au maximum leurs entrevues, en pretextant un peu tout et n'importe quoi, mais surtout n'importe quoi. Ca allait de la fatigue a la migraine, en passant par - L'envie d'etre seul pour reflechir- (NDLR: - reflechir a quoi?- , me direz-vous. C'est la que ca devient n'importe quoi.)
Mais en fait, aurait-il * sincerement * desire reflechir a, par exemple, la facon dont il aurait interet a se comporter s'il tombait nez-a-nez avec un Chevalier d'Or ou pire, Athena en personne, - au detour d'un couloir- , qu'il s'en serait retrouve bien incapable, obnubile comme il l'etait par cette chaleur de jour en jour plus tenace, plus difficile a combattre.
Tout ce qu'il avait trouve d'a peu pres efficace contre elle, etait de se forcer a dormir.
Alors il multipliait les - pretextes- , pour aller en hate se refugier dans les bras de Morphee. Il se levait tres tard et se couchait tres tot.
Bien sur, Siegfried n'etait pas dupe.
Il se produisait exactement ce a quoi il s'etait attendu.
De fait, c'etait meme qu'il avait recherche.
Le compte a rebours avait commence, et il se tenait pret.
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Kanon se sentit perdre la tete.
Pourtant, ca n'etait pas la premiere fois que Siegfried lui caressait les cheveux en toute innocence.
Mais son coeur s'emballait, et ca y est, il se sentait de nouveau brulant de haut en bas.
Juste un petit coup d'oeil...
Mais non, il ne lisait rien de troublant dans le regard de Siegfried?!
Qu'est ce qui lui arrivait?
Il n'entendait plus rien. Juste une sorte de fond sonore assourdi, comme s'il se trouvait a plusieurs metres sous l'eau.
Je suis en train de me noyer...
Il avait la tete qui tournait... encore ...
S'il ne trouvait pas tres vite un moyen de d'eloigner... d'eloigner Siegfried, il allait... il allait...
Il allait quoi??
- ...on ... ecoutes?!...
Une voix?
- Kanon?! Tu m'ecoutes?!
Non, je ne t'ecoute pas, je ne suis pas en etat de t'ecouter!
Siegfried avait vu Kanon recommencer a eviter son regard.
Il lui avait seulement caresse les cheveux distraitement, tout en parlant.
Il ne s'etait pas doute que ce simple geste suffisait a present a le mettre dans un tel etat.
Mais les faits etaient la: Kanon, qui avait du se sentir commencer a rougir, avait brusquement baisse la tete, se cachant derriere un torrent de meches bleues providentielles.
Puis son regard s'etait fait fixe et intense, comme s'il cherchait a se concentrer sur quelque chose d'autre que le monde qui l'entourait.
Une vague de panique avait traverse et trouble le turquoise translucide de ses yeux.
A present, ses levres etaient serrees et tremblantes.
Il ne l'ecoutait plus.
Il n'etait plus en * etat * de l'ecouter.
Impitoyablement, il le rappela a l'ordre.
- Kanon, tu m'ecoutes?
Pas de reponse.
Aucune reaction.
Il eleva la voix:
- Kanon! Tu m'ecoutes?!
Kanon eut un leger frisson, puis hocha la tete lentement.
Siegfried s'assombrit, lui passa une main sous le menton pour le forcer a lever la tete.
- Kanon!!
***a suivre(2e partie)***